Mieux vaut un accord

Trump et Netanyahu
(Photo AFP)

Coup de tonnerre dans la torpeur de l’été ? Révolution diplomatique ? Jalon vers la paix au Proche-Orient ? L’accord conclu entre Israël et les Émirats arabes unis et annoncé en premier par Donald Trump doit être pris au sérieux, ne serait-ce que parce qu’il met un terme, théoriquement, à la colonisation de la Cisjordanie et qu’il ramène au premier plan le projet de deux États cohabitant pacifiquement, projet auquel Israël et les États-Unis avaient renoncé.

LE TRAITÉ de paix  (c’en est un) contient plusieurs énigmes : il ne semble pas avoir été négocié avec l’aval des Palestiniens. A Ramallah, Mahmoud Abbas réunit ses conseillers pour en évaluer les avantages et les inconvénients, et à Gaza, le Hamas le rejette sans réserves. Or il semblait entendu que rien ne pouvait se faire entre l’État juif et le monde arabe sans le consentement des Palestiniens. Il semble que, pour complaire à Donald Trump et lui offrir un gage, à deux mois et demi des élections aux États-Unis, Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, soit revenu au concept des deux États et se soit convaincu lui-même qu’il existait une autre piste, celle de la géopolitique. Le traité, en effet, semble davantage renforcer les relations entre l’État juif et les pays arabes que donner un destin viable aux Palestiniens. Il ne faut pas s’y tromper : Israël a déjà des traités de paix avec l’Égypte (qui a salué l’accord) et la Jordanie et, après les Émirats, l’Arabie signera un jour le document. Cela fait des années qu’un rapprochement tacite s’est effectué discrètement entre Riyad et Jérusalem, unis de facto par la menace militaire de l’Iran dont le vassal libanais, le Hezbollah, trépigne aux portes d’Israël. L’Arabie saoudite préfère mille fois reconnaître l’État juif que céder à l’expansion iranienne : les deux pays s’affrontent, notamment au Yémen, dans une immense guerre d’influence entre le sunnisme et le chiisme.

Mourir pour la Palestine.

Une alliance de fait existe donc entre Israël, l’Égypte, la Jordanie  et l’Arabie saoudite pour tenir tête à l’Iran des ayatollahs et même le vaincre. D’autant que Téhéran poursuit la production d’uranium enrichi et possède déjà les ogives capables de raser Israël. Ce que pensent Riyad et le Caire, à tort ou à raison, c’est qu’à défaut de vaincre Israël, il est préférable de s’entendre avec lui et qu’il faut donc empêcher l’Iran de pouvoir crier victoire contre l’État juif. C’est assez dire que le traité avec les Émirats convient aux intérêts sécuritaires d’Israël et qu’il représente un triomphe pour Trump et Netanyahu qui se sont dépêchés d’en tirer un profit immédiat en termes de popularité. Il existe aujourd’hui une nouvelle carte du Proche-Orient découpé en deux blocs : la zone sunnite et la zone chiite dont les passions sont assez exacerbées pour oublier toutes les promesses faites par le monde musulman aux Palestiniens. Et si, aujourd’hui, les Iraniens sont pratiquement les seuls à vouloir mourir pour la Palestine, c’est bien parce que le reste du monde musulman ne le veut pas.

Le retour de la notion des deux États.

Tout dépendra, dans les mois qui viennent, des résultats de ce poker-menteur géopolitique : si Netanyahu gèle effectivement la colonisation, ce qui ne saurait suffire à M. Abbas, une négociation directe entre Palestiniens et Israéliens peut démarrer. Il ne fait pas de doute que le Premier ministre israélien doit aussi gérer ses ultras, les religieux et l’extrême droite, qui passent leur temps à faire de la surenchère et que l’engagement en faveur de la paix fait aussi des morts, comme on l’a vu avec les accords d’Oslo et l’assassinat de Yitzhak Rabin. D’un autre côté, les Palestiniens, qui ont raté une douzaine de trains pour la paix, doivent prendre conscience de la nouvelle donne. On peut certes s’élever contre la politique de Trump et de Netanyahu, on doit admettre qu’ils ont remporté cette fois un extraordinaire succès diplomatique. Trump, notamment, tentera de convaincre les électeurs juifs américains qu’ils ont tout intérêt à voter pour lui, même si par tradition 70 % d’entre eux votent démocrate. Il existe réellement une chance de revenir à la politique des deux États, la plus juste, si M. Abbas s’engage dans une politique réaliste soutenue par les États à majorité sunnite. Elle serait longue et ardue, notamment à propos de la capitale de l’État palestinien. Mahmoud Abbas exige la partie Est de Jérusalem alors que le traité lui offre un petit quartier périphérique de la ville sainte.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Mieux vaut un accord

  1. Michel de Guibert dit :

    Netanyahu a déjà dit que l’annexion des territoires palestiniens occupés était seulement « suspendue », « reportée » à plus tard, mais qu’il n’y avait pas renoncé à plus longue échéance… Je ne vois pas de motif de se réjouir de cet accord.

    • Laurent Liscia dit :

      Faute d’espoir, c’est une embrasure, au moins, et la reconnaissance d’une réalité politique: l’affrontement entre chiites et sunnites est devenu plus mortel et central que la haine traditionnelle du monde arabe contre Israël. Les Palestiniens s’en retrouvent isolés, ce qui conduira peut-etre au mouvement. (Pas du Hamas, qui lui n’a jamais voulu négocier quoi que ce soit, et est directement responsable du durcissement israélien).

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