Une peur publique

Macron face à ses « procureurs »
(Photo AFP)

Le retard pris par la campagne vaccinale a semé des craintes incontrôlables dans le public français. Pour beaucoup de personnes éligibles, donc âgées de plus de 75 ans, la prise de rendez-vous reste impossible, en tout cas dans les jours à venir.

LES RAISONS de l’inadéquation de l’offre vaccinale et de la demande sont multiples : les Français, d’abord sceptiques quant à la vaccination, y adhèrent massivement alors que des centaines de milliers de patients ont passé l’épreuve sans dommages ; les stocks de doses et d’aiguilles ont diminué drastiquement là où l’offre aurait dû être  inépuisable ; l’impuissance des gens à contrôler leur calendrier vaccinal se présente comme une belle occasion de déprime. Du coup, les critiques contre l’action des autorités sanitaires pleuvent comme des hallebardes. Les partis politiques d’opposition reprennent en chœur les réflexions du public, ce qui a conduit Emmanuel Macron a parler de « 60 millions de procureurs ». Sa réflexion est nourrie par les tombereaux de critiques qui sont assénées depuis trois ans par les partis d’opposition, relayés par le grand public, jamais satisfait (et comment le serait-il dans un contexte aussi angoissant ?). Bref, le président reste tel qu’en lui-même, mais il ne saurait écarter d’une pichenette une crise dont l’intensité ne cesse d’augmenter.

Une société indocile.

La France est probablement le pays le plus mal préparé à la pandémie. L’action gouvernementale, toute en réformes et en contestations populaires, a considérablement détérioré les relations entre l’exécutif d’une part, les partis d’autre part, sans compter la grogne du public. Le virus a pénétré dans une société par nature indocile qui a vu les mesures contre la contagion comme inacceptables par rapport à un … miracle. Les gestes barrières, le confinement puis le couvre-feu n’ont pas eu raison du virus. Ses variants facilitent grandement sa propagation. Ceux qui organisaient des rave-parties ou des rassemblements familiaux ont fini par mesurer la dimension des risques. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le nombre des cas, des hospitalisations et des décès  ne cesse d’augmenter. Soudain, dans la conscience nationale, est apparue la solution ultime et irréversible : la vaccination. Las ! L’exécutif a eu clairement les yeux plus gros que le ventre. La population vaccinée à ce jour est dérisoire par rapport à la population nationale, la pénurie des vaccins conduit les centre d’accueil à la fermeture provisoire, des centaines de milliers de personnes âgées tentent en vain d’obtenir un rendez-vous par téléphone ou sur Internet sans l’obtenir. Ce qui signifie que, depuis le début du mois, les mêmes personnes n’ont même pas commencé à se faire connaître, dans un contexte où les mairies se montrent incapables de venir en aide aux patients, de leur donner, par exemple, le mode d’emploi.

Un temps précieux.

Le paradoxe est que, de toute façon et quelle que soit la durée de temps nécessaire, tous les Français qui le souhaitent seront vaccinés, selon la promesse du ministre de la Santé, Olivier Véran, dont la crédibilité, hélas, est quelque peu érodée. Un mouvement de panique s’empare des demandeurs qui ne veulent pas seulement être vaccinés mais qui exigent d’être vaccinés maintenant et d’avoir un rendez-vous ferme pour la seconde injection. On assiste à un choc frontal entre les moyens et les besoins. On peut ne pas aimer les polémiques surtout quand elles sont nourries par des arrière-pensées électorales, mais cette fois, il ne suffit pas que l’exécutif fasse des promesses, comme l’a encore fait Olivier Véran, ministre de la Santé, quand il a prédit que toute la population serait vaccinée à la fin du mois d’août. Oui, peut-être, mais, entretemps, des gens vont mourir et le vaccin salutaire, pour eux, arrivera trop tard. Il manque encore à la communication gouvernementale une indispensable transparence. Nous devons tous être associés dans un combat positif, utile et même salvateur. De même que nous avons été cent fois appelés à la discipline, de même les autorités doivent passer en force pour l’achat du vaccin, pour la multiplication des centres vaccinaux, pour gagner un temps d’autant plus précieux qu’il est celui qui, pour les plus de 75 ans, précède la mort.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Une peur publique

  1. Thoulon Jean-Marie dit :

    la stratégie de la vaccination est-elle la bonne ? Il me semble que l’on devrait vacciner en priorité ceux qui risquent de transmettre le Covid : c’est-à-dire tous les soignants au sens large car ils sont très exposés à la contagion et risquent de transmettre à leur tour en étant porteurs sains ou avant que les premiers symptômes apparaissent. Ainsi on pourrait casser la chaîne de transmission. Ensuite, on vaccinera les personnes à risques. Bien sûr, cela pose un problème d’éthique !

  2. Laurent Liscia dit :

    Le même malaise est vécu aux USA, ou il y a même une campagne de destitution en cours contre le gouverneur de Californie, précisément sur la question du Covid et des vaccins. Le public francais, hollandais, américain … est à bout de patience.

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