Un troisième confinement

Jean-François Delfraissy
(Photo AFP)

Le troisième confinement est inéluctable. Il faudrait manquer de réalisme pour ne pas le croire. Il résulte de la progression de la pandémie en France et il pèsera sur une croissance que l’on espérait plus forte en 2021.

LA PROPORTION élevée de malades atteints non par le virus lui-même mais par ses variants, la saturation progressive des hôpitaux et des lits de réanimation, quelque 20 000 nouveaux cas chaque jour, une pénurie consternante de vaccins qui laisse en rade les plus de 75 ans dont on reporte ou supprime les rendez-vous, augmentant ainsi leur vulnérabilité, tous ces éléments d’appréciation notés par le gouvernement et discutés avec les élus conduisent l’exécutif à porter un coup préventif contre le virus. Entretemps, le différend s’aggrave entre les partisans du confinement, par exemple le Premier ministre, Jean Castex, et ceux de la croissance, par exemple le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire.

Aucune bonne solution.

Le mécontentement de la population, augmenté par la frustration des personnes âgées, la difficulté du choix entre Charybde et Scylla, la perspective lointaine d’une immunisation par la campagne vaccinale, le sort de toute une génération de 18-25 ans qui risque d’être sacrifiée sur l’autel de décisions brutales, mais indispensables, la hausse de la mortalité, les séquelles présentées par ceux qui ont été malades mais ont survécu, la contagion qui touche maintenant les 40-65 ans, tous ces faits désastreux résultent de la violence du virus et des nouvelles souches virales bien plus que de l’indiscipline des Français qui, dans leur immense majorité, sont prêts à appliquer les mesures de l’exécutif, même s’ils en dénoncent l’inconfort.

À quoi s’ajoute une querelle politique profonde, jamais atténuée, et qui laissera des traces lors des rendez-vous électoraux à venir. Candidat à la présidentielle, le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand (ex-LR) a nuancé ses jugements à l’emporte-pièce contre le gouvernement qui se plaint de l’opportunisme de ses opposants, alors que nous sommes tous dans le même bateau. Plus généralement, une rivalité sourde oppose l’exécutif aux partis, lesquels souhaitent ravir à nos dirigeants la direction des opérations. Le président de la République finira par s’exprimer et l’on sait que, quand il parle du Covid à la télévision, son audience est immense. Mais il le fera avant le débat à l’Assemblée nationale, qui ne votera pas, de sorte qu’elle sera mise devant le fait accompli.

Le différend n’est qu’apparent.

La droite, la gauche, tout le monde se plaint. La vérité de ce débat public est la suivante : il y a un consensus sur le durcissement des mesures de prévention parce que le vaccin, dont le nombre de doses est insuffisant, n’est pas encore le miracle que l’on attendait. Il n’existe pas de danger que l’opposition propose autre chose que de sévères décisions. Les contacts entre l’exécutif et les partis ont été longs et multiples. Chacun sait vers quoi on va. L’appel à un débat purement démocratique est donc formel. Il ne porte pas sur le fond. Si les propos du président étaient uniquement dictés par la tendance qui se dégagerait du Parlement, Emmanuel Macron craindrait de perdre le contrôle des mesures. L’opposition le sait mais c’est dans sa nature et c’est à cause du contexte politique qu’elle fait feu de tout bois.

Vaccin : pour le moment, un fiasco.

Ainsi va la vie, hélas ! Les enjeux de cette crise sanitaire n’empêchent absolument pas les vils calculs de se poursuivre dans le labyrinthe des mesures et de leur médiatisation. La gravité de la situation balaie pas mal d’ambitions et une bonne partie de la crédibilité de tous. L’impréparation du gouvernement avant le début de l’an dernier a été flagrante ; sa capacité à gérer la pandémie n’est pas nulle, mais médiocre ; le début de la campagne vaccinale est un fiasco dont il était possible de faire l’économie ; certes, la France ne se situe pas parmi les pays les plus mal lotis et les appels pessimistes du Pr Jean-François Delfraissy, chef du Comité scientifique de M. Macron, ont un objectif préventif. Ils ne correspondent pas au constat d’une déroute en rase campagne. C’est l’horizon le plus proche qui est le plus sombre, pas la perspective à plus long terme qui s’améliorera sûrement grâce au vaccin.

La question première porte sur notre façon collective de nous relever de cette tragédie humaine et sociale. Elle porte sur la nature des cicatrices corporelles et mentales que le virus nous laissera, que nous ayons été contaminés ou non. Elle porte sur notre force de caractère, sur le degré de patience qu’il faut savoir atteindre, sur la maîtrise de nos nerfs au moment où nos dirigeants sont en train de les perdre. S’il faut donner du temps au vaccin, cela veut dire que ce sera le temps des frustrations et des risques.

RICHARD LISCIA

PS- En définitive, Emmanuel Macron a décidé vendredi soir de ne pas imposer un nouveau confinement à la population. C’est sans doute reculer pour mieux sauter. Les surfaces commerciales de plus de 20 000 m2 seront fermées, les mesures de contrôle renforcées.

R. L. 

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3 Responses to Un troisième confinement

  1. D.S. dit :

    Depuis quelques jours, les journalistes de tous bords avaient décidé que le 3ème confinement aurait lieu. Cette situation me rappelle celle de nos chers patients, quand ils viennent nous réclamer une IRM pour leur genou, ou un courrier pour le dermatologue. Dans nos cabinets, c’est le médecin (choisi) qui décide, et en France, c’est le président (élu) qui décide (Le général De Villiers l’avait appris à ses dépens).

    Réponse
    Il ne me paraît pas insensé qu’un patient qui souffre du genou demande à un médecin s’il est justiciable d’une IRM, ni que le président prenne des décisions d’ordre politique (la pandémie ayant des conséquences économiques et sociales) ni qu’un général obéisse au chef de l’État, à moins qu’il souhaite faire un putsch.
    R. L.

  2. Laurent Liscia dit :

    Nous sommes dans une situation sans précédent et aucun pouvoir, public ou privé, ne sait gérer la crise du COVID. Les critiques ricanent au sujet des contradictions inévitables ; et pourtant la recherche elle-même fonctionne en dents de scie, c’est sa nature: on en apprend tous les jours un peu plus sur le virus et ses variants, d’où, forcément, un impact sur la politique de confinement. Trump, Bolsonaro et Duterte se sont contentés d’ignorer la réalité scientifique avec les résultats que l’on connaît. Ceux qui, comme Macron, ont essayé de mettre en place une politique etayee par les faits scientifiques, se sont mis à la merci de la chicane et du quolibet. Ce que je constate, néanmoins, c’est que la science et la médecine en France, bénéficient du profond respect qu’elles éeritent.

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