Le fiasco vaccinal

Macron promet le vaccin pour tous
(Photo AFP)

Ce débat interminable sur un troisième confinement (avec ses conséquences économiques) n’aurait jamais eu lieu si nous disposions d’un nombre suffisant de vaccins. Sont en cause la recherche française, la prévision sanitaire, les contraintes européennes, les effets du Brexit, un triomphe de Poutine (avec son vaccin Sputnik)  alors qu’il réprime durement la dissidence, et notre dépendance à l’égard des laboratoires pharmaceutiques. 

POUR LE PUBLIC français, la lenteur de la campagne vaccinale est un phénomène inquiétant, de sorte que le président de la République annonce, pour nous soulager, que nous serons tous vaccinés avant la fin de l’été prochain. Pour parvenir à ce résultat, diverses mesures d’approvisionnement, la mise sur le marché de vaccins parvenus au terme des essais cliniques, la pression exercée par la Commission de Bruxelles sur Pfizer et AstraZeneca, le recours (lointain) à des laboratoires français pour la mise en condition du vaccin sont présentées comme l’arsenal extraordinaire tout droit sorti de la tête du génie de nos dirigeants. Disons plutôt que, si nous prenons des mesures secondaires pour augmenter notre puissance vaccinale, c’est qu’en réalité, nos stocks sont très insuffisants, et dans certaines régions, inexistants.

Un vaccin très géopolitique.

Le vaccin, quel qu’il soit, classique ou fondé sur l’ARNm, anglais, américain ou russe, est devenu en quelques semaines le facteur numéro un des relations géopolitiques entre États et continents. La démarche la plus significative, en l’occurrence, est celle de Moscou, qui vole au secours de l’Union européenne, en lui proposant le Sputnik, efficace à 94 %. Une offre irrésistible, mais le vaccin russe doit être examiné et entériné par l’Agence européenne du médicament, puis par les agences nationales, avant d’être livré (en nombre suffisant ?) et distribué entre les pays membres. Ce ne sera pas demain la veille que Vladimir Poutine pourra se targuer d’avoir secouru une Europe défaillante, mais déjà, quel triomphe ! Car le maître du Kremlin est confronté actuellement à une crise intérieure provoquée par le dissident Alexei Navalny qui, derechef, a été emprisonné pour près de trois ans dans un climat tendu, avec manifestations dans toutes les grandes villes russes, émeutes et milliers d’arrestations.

Ridicule européen.

M. Poutine a toujours dit que son système, autoritarisme, paternalisme, répression des dissidents, est infiniment meilleur que la démocratie. Le voilà qui jubile : il peut se targuer d’avoir une recherche plus efficace que celle de l’Europe et d’avoir donné un nom futuriste à son vaccin. Nous n’avons, bien sûr, aucune raison de récuser un vaccin de bonne qualité, mais ne nous voilons pas la face : l’Union européenne vient de sombrer dans le ridicule et la présidente allemande de la Commission de Bruxelles, Ursula van der Leyen, qui s’est dressée non sans courage contre les géants de la pharmacie, n’a pas obtenu d’eux une réponse empressée. Ils font ce qu’ils peuvent, ils acceptent de coopérer mais ils sont liés par les contrats signés avant la campagne vaccinale. Ces contrats ne leur permettent pas de déshabiller Paul pour habiller Pierre. Paul, c’est plutôt Boris, Johnson pour le grand public, qui tente d’expliquer à ses supporters que la vitesse de la campagne vaccinale en Grande-Bretagne est directement liée au Brexit.

Simple rupture de stocks. 

En conséquence, le Brexit est sanctifié durablement et acquiert ainsi ses lettres de noblesse. Ce serait grâce à lui que le Royaume-Uni échappe à des contraintes européennes qui ont affaibli la stratégie vaccinale de l’Union. Bien raisonné et tout le monde va le croire, mais il ne s’agit que de l’amplification du mythe souverainiste : l’Europe a procédé à temps aux commandes de vaccins auprès des laboratoires qui parvenaient au terme des essais cliniques. Ce sont les labos qui n’ont pu satisfaire une demande énorme, encouragée par l’innocuité du produit PfizerBiotech, qui a éliminé le scepticisme et l’hostilité au vaccin. Mais ce n’est pas un problème européen, c’est un problème national. Cela fait au moins deux décennies que nous n’investissons pas assez dans la recherche, que nous subissons la fuite des cerveaux, que nous sommes très soudainement confrontés à une pandémie que quatre présidents de la République successifs n’ont jamais anticipée. De même que la France ne possède pas une grande entreprise comparable aux GAFA dans le secteur numérique, de même nous n’avons pas un laboratoire capable de prévoir un virus et, le cas échéant, de produire massivement (au moins cent millions de doses en une fois) un vaccin efficace, indolore et disponible.

Refus de vaccin ?

Le résultat est que, dans cette fameuse tranche d’âge des plus de 75 ans qui doivent être vaccinés le plus vite possible, beaucoup ne sont même pas capables, à ce jour, d’obtenir un rendez-vous pour la première injection ce mois-ci, le mois prochain ou plus tard. Le problème n’est pas que le rendez-vous risque d’avoir lieu dans trois ou quatre mois, c’est que, tout simplement, on leur demande de rappeler plus tard, donc qu’ils ne peuvent même pas se projeter dans un avenir proche. La première des solutions consiste donc à accorder des rendez-vous éloignés aux personnes âgées pour qu’elles soient à la fois enregistrées et rassurées. Cette mesure, on n’en parle même pas, on fait des promesses qui seront vite oubliées, sans véritablement envisager l’affreuse hypothèse en vertu de laquelle beaucoup de personnes âgées ne seront jamais vaccinées.

RICHARD LISCIA 

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3 Responses to Le fiasco vaccinal

  1. Dr S. GUINARD dit :

    En attendant que toute la population puisse être vaccinée, une mesure préventive simple est à mettre en œuvre pour prévenir et/ou atténuer l’infection par le SARS-Cov-2 : la supplémentation en vitamine D (Recommandations d’experts et de sociétés savantes françaises in La Revue du Praticien vol. 71 janvier 2021)

  2. PLANTARD dit :

    Oui, vous avez raison , je suis pneumologue en milieu rural et je relève qu’un nombre plus élevé que je ne l’imaginais de personnes agées n’utilisant pas internet ne sont pas inscrites sur les listes COVID,sont mal informées sur le vaccin, et désespèrent en écoutant radio et télé. Seules les personnes aidées par leurs enfants bienveillants seront vaccinées, pour les autres même aidés de leur médecin généraliste (maltraités, maljugés par les politiques et l’administration ) je désespère de les revoir l’an prochain.

  3. alan dit :

    Je suis médecin de plus de 50 ans et j’avais rendez-vous aujourd’hui pour la première dose du vaccin, à l’hôpital où je travaille. Une fois sur place, le médecin du travail m’a dit qu’il n’y avait plus de vaccin. « C’est réservé aux deuxièmes doses, et quand ça arrivera ce sera peut-être celui d’Astra Zeneca. Et d’ailleurs est-ce que vous souhaitez vraiment vous faire vacciner? »
    Ce à quoi j’ai répondu que oui, car je prends le métro tous les jours et travaille avec des patients dans des petites salles non aérées (échographie). « Bon, je vous tiendrai au courant.
    Donc, il y a encore du pain sur la planche.

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