La vie sans Astra

Macron et Castex en première ligne
(Photo AFP)

La suspension, fût-elle de courte durée, du vaccin AstraZeneca, s’accompagne d’un corollaire inévitable : le troisième confinement (cependant limité à l’Île-de-France), qui sera vraisemblablement décrété en fin de semaine. Il n’est pas excessif de dire que cette suspension donne même l’occasion au gouvernement de se déjuger sur sa stratégie anti-Covid, au nom d’une nécessité qu’il ne pouvait prévoir.

LE VACCIN AstraZeneca présente-t-il des risques ? On le saura cette semaine, mais le moins qu’on puisse dire est qu’il lui a été fait une bien mauvaise réputation, suffisante pour ralentir encore plus la campagne vaccinale. En effet, les autorités françaises ne peuvent pas se procurer des doses de Pfizer et de Moderna en quantités massives et le Johnson et Johnson ne sera disponible que dans au moins un mois. Sans Astra, pas de vaccination chez les généralistes ni dans les pharmacies. L’idée que l’immunisation devancerait la contagion est maintenant inapplicable et les pouvoirs publics n’ont pas d’autre choix que de miser, une fois de plus, sur les gestes-barrières.

Question d’approvisionnements.

La crise a donc atteint un pic qu’il serait malséant de traiter par l’imprécation. Plusieurs grands pays européens, la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, et d’autres, mettent en œuvre les mêmes mesures au même moment. Ici, nous sommes revenus aux transferts de malades graves par TGV, à la saturation des hôpitaux, notamment en Ile-de-France, et à l’augmentation sensible du nombre de cas. Assurément, le gouvernement donne de ses errements une image très négative qui ne rassure pas nos concitoyens, éberlués par une pénurie de doses qui n’aura pas été passagère et s’inscrit dans la durée. Jouer le va-tout français sur la vaccination n’était compréhensible que si nous nous étions assurés de disposer d’approvisionnements massifs.

Un triomphe de la recherche.

En définitive, les stratégies sanitaires s’annihilent mutuellement. Si nous jouons sur le seul vaccin, nous allons vers une hécatombe intolérable qui, en termes économiques et sociaux, nous coûtera aussi cher que le confinement. Ce qui ne veut pas dire non plus que nous ne payerions pas le prix élevé du confinement. Nous sommes bien placés pour le connaître puisque nous y avons déjà eu recours. J’ignore si c’était possible, mais nous ne pouvions pas miser sur le seul vaccin si nous n’avions pas adopté le quoi qu’il en coûte vaccinal, ce qu’ont fait les Britanniques et les Américains et ils ont obtenu des résultats. Il est bien peu vraisemblable que les pays qui vaccinent en masse retournent cette année au confinement. Celui-ci est, depuis plus d’un an, le choix privilégié en l’absence de vaccin. L’annonce, l’an dernier, de la production de plusieurs vaccins efficaces et sans effets indésirables a été saluée triomphalement. Personne, alors, ne se doutait que nous nous heurterions en Europe à de très sérieux problèmes logistiques.

Il y a toujours un risque.

Ces problèmes sont une bénédiction pour tous les pays producteurs de vaccins, comme la Russie ou la Chine, qui font homologuer leurs produits et comptent bien nous les vendre, ce qui achèvera l’humiliation infligée à une Europe incapable de mettre sur le marché la quantité nécessaire de vaccin. Aussi bien,  si, au terme des études lancées par l’Agence européenne du médicament, le Spoutnik V est accepté, comment l’AstraZeneca pourrait-il être récusé alors qu’il a déjà passé tous les contrôles ? Le soudain souci de nos autorités pour l’innocuité de l’AstraZeneca est totalement contraire à la notion de vaccination massive : les cas de contagion supplémentaires constituent un risque supérieur aux cas de thrombose qui ont été relevés. Le rapport bénéfice-risque était de toute façon suffisant pour que continue la vaccination avec Astra. En réalité, les autorités politiques se sont emparées du sujet pour préparer l’opinion à un retour au confinement qui serait dicté non par la pénurie de vaccins mais par le danger que présente l’un d’entre eux.

Une campagne vigoureuse de vaccination, si elle avait été possible, aurait joué le rôle d’un bulldozer. Elle aurait balayé la population à grande vitesse et atteint en quelques mois un certain degré d’immunisation collective. On aurait sûrement décelé des cas d’effets indésirables, légers ou graves, mais on aurait sauvé beaucoup de vies humaines. C’est bien pourquoi les jugements portés chaque minute sur la politique sanitaire n’ont aucun sens : en attendant de démettre Macron, personne n’a prouvé qu’il aurait mieux fait et, dans cette affaire, nous avons tous besoin d’une grande dose d’humilité, celle-là même que le vaccin ne nous apporterait pas de toute façon.

RICHARD LISCIA

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One Response to La vie sans Astra

  1. D.S. dit :

    Et si nous décidions d’appliquer l’immunité juridique à nos décideurs politiques ? Nous les sentons paralysés par leurs responsabilités. Mais il est vrai que nous serions pareils à leur place.

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