Libérez Navalny !

Cet homme est dangereux
(Photo AFP)

Sans doute irrité par les remarques de Joe Biden, qui a admis récemment que le président russe était un « tueur », Vladimir Poutine a décidé de relancer les tensions avec l’Occident en se livrant à une série de provocations.

POUTINE se prend sans nul doute pour un meneur d’hommes, un cavalier chevauchant torse nu sur sa monture, une référence positive pour nombre de ses concitoyens, mais il construit sa démarche politique autour des principes soviétiques. Il a réinventé le Goulag, l’assassinat par procuration, l’exaltation du nationalisme propre à faire des Russes de la chair à canon, l’expansionnisme territorial alors qu’il ne sait pas gérer son pays, le dénigrement de la démocratie, alors que son système autocratique n’a pas fait ses preuves. Il fait abattre ses opposants, comme Boris Nemtsov, en plein jour à deux pas du Kremlin ou la journaliste Anna Politovskaïa, assassinée un jour de juin 2006 dans sa cage d’escalier. Il ne sait plus comment se débarrasser d’Alexei Navalny, son opposant le plus puissant actuellement, l’homme incroyable qui a fait l’objet d’une tentative d’empoisonnement, y a survécu dans un hôpital allemand et n’a pensé qu’à rentrer à Moscou où il a été arrêté, jugé et envoyé dans un camp de travaux forcés.

Tueur et voyou.

Poutine se moque des réactions hostiles de l’Amérique et de l’Europe, qui ne parviennent pas jusqu’aux oreilles russes. Il a pleinement justifié la remarque de Biden en massant des troupes à la frontière du Donbass, cette partie de l’Ukraine occupée par des séparatistes ukrainiens et où les combats ont repris, faisant des morts dans les deux camps.Bien entendu, depuis 2014, la Crimée a été réintégrée dans le territoire russe et, pour le réaffirmer, elle a été reliée à la Russie par un pont flambant neuf. D’aucuns se rassurent en rappelant que la Crimée a été donnée à l’Ukraine par Khrouchtchev au terme d’une soirée alcoolisée, mais le tableau général des conquêtes de Poutine, qui crée des milices et occupe militairement des territoires, par exemple en Géorgie, et songe à avaler la Biélorussie, indique qu’il ne lâchera rien, qu’il tire avant de négocier et dont la mauvaise réputation, non seulement de tueur mais aussi de voyou, lui est parfaitement indifférente.

Rapprochement avec la Chine.

Biden et son équipe ont décidé de ne rien céder aux manœuvres militaro-diplomatiques de Moscou, pas plus d’ailleurs qu’à celles de la Chine. C’est une autre chose que Poutine a réinventée : la guerre froide. Il ne s’agit plus, cette fois, d’une guerre idéologique, communisme contre capitalisme, mais d’une bataille de grignotage : le maître du Kremlin avance des pions, et si la riposte occidentale n’est pas convaincante, il continue de progresser. Il vient à peine d’obtenir un vote qui lui permet de rester président jusqu’en 2036, une folie dictatoriale résultant de sa conviction qu’il ne peut exister de meilleur président que lui. Poutine est dangereux pour son pays et son peuple, il l’est pour le monde entier. Le rapprochement entre Moscou et Pékin n’est que la collusion aléatoire et peut-être éphémère entre deux autocraties qui n’ont en commun que les privations de libertés dont leurs peuples sont affectés. Ces deux immenses pays s’efforcent, par des manœuvre militaires qui sont autant de provocations, d’intimider l’OTAN et les pays de l’Asie du sud-est. Bref, une politique de force.

Navalny lui fait peur.

C’est pourquoi le combat pour la survie d’Alexei Navalny doit être une priorité occidentale. Certes, Américains et Européens ont dénoncé l’atteinte grave aux droits de l’homme. Certes, Poutine n’ose plus tuer Navalny dans sa cellule. Mais il le hait moins qu’il n’en a peur. Il craint que la dissidence russe se renforce et finisse par mettre à bas le système artificiel qu’il a mis en place. Remettre Navalny en liberté sous la pression occidentale reviendrait à faire preuve de compassion, ce qui ne conviendrait guère à ce maître du cynisme. Le tuer sous les yeux du monde indigné coûterait à la Russie de nouvelles sanctions économiques. Ce qui est sûr, c’est qu’Américains et Européens doivent renoncer à toute politique d’apaisement. Ils doivent réclamer la libération de Navalny comme un geste de conciliation capable de déclencher des négociations plus sereines et à l’abri de toute accusation d’ingérence. Car l’autre argument de Poutine, c’est que la Russie est isolée, diffamée, menacée alors que, en réalité elle menace et diffame les adversaires qu’elles a désignés. Cet homme est l’un des plus dangereux leaders de la planète et il a le culot de se présenter en victime. En 1989, le président Ronald Reagan s’écriait : »Mr Gorbatchev, tear that wall ! », (« M. Gorbatchev, abattez ce mur ! »), en référence au mur de Berlin dont, quelques mois plus tard, les Allemands de l’Est se chargèrent. Aujourd’hui, Biden peut dire à Poutine : « Mr Putin, free Alexei Navalny ! ».

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Libérez Navalny !

  1. Alan dit :

    Se présenter en victime quand on agresse est hélas une tactique très en vogue actuellement, à tous les niveaux.

  2. Laurent Liscia dit :

    On ne peut guère accuser Biden d’apaisement, et la mauvaise « surprise » pour Poutine, fut moins la gifle (« Tueur ») qu’un constat: l’Amérique de Biden n’est pas celle de Trump. Elle ne laissera pas agir les autocrates sans conséquences. Pas étonnant que Poutine ait essayé (et réussi ?) à tout prix de faire élire (puis réélire) son disciple Trump.

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