Marine, mauvaise perdante

Marine en action
(Photo AFP)

Marine Le Pen a dit jeudi et dira encore aujourd’hui tout ce qu’elle a oublié de dire à Emmanuel Macron: elle l’a couvert d’injures, l’a jugé « méprisant » et « arrogant », ce que les téléspectateurs n’ont pas vu, mais qui dénote chez elle une sorte de frénésie pré-scrutin. Bref, elle a joué son va-tout.

En effet, la dé-diabolisation de Marine Le Pen, amplifiée par la concurrence d’Éric Zemmour, est acquise. La moitié de la France estime, à tort ou à raison, qu’elle souffre trop pour ne pas assurer la destruction de l’Europe, la fin de l’OTAN, le repli sur soi au nom de notre souveraineté et quelques aventures extraordinairement risquées que rien n’exige.

Jugements fallacieux.

La vérité est que le bilan de Macron n’est pas négatif et que Mme Le Pen a tout fait pour assombrir artificiellement un tableau trop favorable au président sortant. Elle est que le choix d’un débat policé entre les deux tours a caché la vraie nature de la candidate. Frustrée par sa défaite médiatique, elle a tenté de remonter la pente à la dernière minute et, conseillée par un entourage quelque peu paniqué, elle est redevenue ce qu’elle n’a jamais cessé d’être, la fille de Jean-Marie, la théoricienne d’un clan qui, au nom de Jeanne d’Arc, déverse sur le pays des torrents de commentaires et jugements fallacieux et vulgaires.

L’apogée de l’intolérance.

Cela ne va pas sans impressionner beaucoup d’électeurs, qui continuent à rappeler que Macron est un banquier venu de chez Rothschild, patronyme qui, hélas, aux yeux de beaucoup d’entre nous, décrirait la face cachée de la Lune, l’officine diabolique. Il y a un « Tout sauf Macron » d’une rare intolérance dans un pays qui devrait crier d’une seule voix, au nom de la République, « Tout sauf Le Pen ». Marine a toujours eu le projet d’arriver au pouvoir par les urnes. C’est pas les urnes que les Français doivent lui interdire l’accès de l’Élysée. Encore une fois, il ne s’agit pas de s’en prendre à la candidate ou au candidat. Il s’agit de prendre le scrutin au sérieux, de comprendre qu’il correspond à un virage historique, qu’il nous engage tous dans une voie peut-être irréversible.

Un bien précieux.

Il est encore possible que Marine Pen soit élue présidente, issue sinistre d’un processus qui a été conçu pour l’empêcher. Contrairement à ce que prétendent tous ceux qui estiment qu’ils ont le choix entre la peste et le choléra, le choix est entre une chape de plomb et un régime toujours soumis aux contre-pouvoirs nombreux assurés par la constitution. Il n’est pas question de haïr ou d’aimer le ou la candidate. Il est question de garantir pour cinq ans la stabilité politique, le débat populaire, la critique, la réforme avec le consentement du peuple, la liberté et l’égalité. Vous qui croyez aux fantasmes des extrêmes, sachez que la démocratie est un bien précieux et universel qu’on ne met pas en danger parce qu’on est de mauvaise humeur.

Le risque.

Pour la dernière fois avant les législatives, je me contenterai de suggérer à tous mes concitoyens d’aller voter. Ne dites pas, après le vote, que le tour était joué d’avance si vous n’y avez pas participé. Ne dites pas que le choix entre les deux finalistes n’a à vos yeux aucun intérêt, car il est entre deux visions de la vie et du monde et qu’il est préférable à une absence de choix. Un pouvoir autoritaire a, par essence, une capacité destructrice. Il surgirait dans un environnement démocratique qui lui serait hostile, il ferait le mal au-delà des frontières françaises. Il serait anachronique en France, nihiliste en Europe et je pèse mes mots, de la même manière que Marine Le Pen n’a jamais su peser les siens.

RICHARD LISCIA

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5 réponses à Marine, mauvaise perdante

  1. Doriel Pebin dit :

    Merci pour ces commentaires clairs. Chacun doit être responsable. Malheureusement, le sens de ce mot comme le sens des valeurs républicaines semble être plutôt confus chez certains de nos concitoyens. Les jeunes ont oublié de voter mais aussi oublié que leurs grands-parents ont souffert du régime d’extrême droite de Vichy et que nombre d’entre eux ont été déportés, torturés ou sont morts pour défendre l’idéal républicain. La gauche insoumise est dans la même confusion de valeurs ou parfois, dans une démarche perverse: Le Pen puis le chaos puis nous après.
    Cette paresse intellectuelle ne peut et ne doit pas primer. Il n’y a pas de peste ou de choléra. Votons dimanche pour la défense des valeurs de la République.

  2. marie josephe jo dzula dit :

    je ne suis pas d’accord avec vous: d’abord chacun a le droit de penser ce qu’il veut et on ne doit pas l’influencer sous tel ou tel prétexte (le bien, le mal…qui êtes vous pour savoir ce que c’est vraiment.) et d’autre part en 40, ceux qui ont été dénoncés…l’ont été par des Français « normaux » qui réglaient leurs comptes avec des voisins juifs, le plus souvent. Le gouvernement n’a pas mis un couteau sous la gorge des gens..
    Les résistants : pas trés nombreux, généralement pas plus de 10% de la population et souvent communistes !
    Pour les médecins, c’est le conseil de l’ordre qui a donné la liste des médecins juifs.
    Le monde n’est pas blanc ou noir mais gris, et vous aussi.
    La banalité du mal !
    Le monde porté par M. Macron et ses prédécesseurs n’a pas empêché la guerre en Ukraine, la fracture sociale en France (éducation, ruralité, quartiers sensibles….), la poursuite du dérèglement climatique avec ses conséquences humaines (migratoires, santé, économie), l’apparition de pandémie, alors même il y avait eu des alertes, avec ses conséquences dramatiques sur les populations à risque : patients atteints de maladies chroniques liées à notre mode de vie occidental sur lequel beaucoup de gens alertent (depuis au moins 40 ans) sans être écoutés tant que ça rapporte à un certain nombre !
    Entre quelqu’un qui affiche ses réelles convictions qu’on aime ou pas et quelqu’un qui me prend pour une imbécile qui votera pour lui parce qu’il a peur de perdre son confort, j’hésite !
    Le vrai discriminatif pour moi: ce sont les migrants, or ni l’un ni l’autre n’a eu une parole humaine !

    Réponse
    J’espère que vous vous sentez mieux après cette algarade qui, permettez-moi de vous le dire, n’a ni queue ni tête. Vous dites que le gouvernement de Pétain n’a pas mis le couteau sur la gorge des gens. Parfait, nous sommes d’accord. Puis, le climat, l’Ukraine, le Covid, le passé vichyste et une attaque personnelle qui n’a aucun sens. « Le bien, le mal, qui êtes-vous pour savoir ce que c’est vraiment ? » Mais c’est très simple. Macron est le bien et Le Pen le mal. Moi, je suis journaliste. Je sais distinguer le bien du mal. Je ne vous force à rien et surtout pas à me lire. Maos encore une fois, c’est très simple : si vous votez Le Pen, vous faites le mal. C’est une affaire de conscience, mais à part la mauvaise humeur que je semble vous inspirer, je n’ai pas d’autre ambition que de donner à lire. Je ne dis pas des sermons, j’écris, et je ne cherche nullement à vous déranger.
    R. L.

    • marie josephe jo dzula dit :

      Ma réponse ne vous était pas destinée mais à la personne qui avait répondu.
      C’est marrant votre réponse, on dirait du Macron !

      Réponse
      Je vous signale qu’il est facile d’indiquer à qui on répond. Mais pour ce qui me concerne, on ne dirait pas du Macron, c’est du Macron.
      R. L.

      • marie josephe jo dzula dit :

        Moi, je suis journaliste. Je sais distinguer le bien du mal: moi je suis président, je sais mieux que vous ! quelle équipe !
        Réponse
        Votre réaction est nulle.
        R.L.

  3. Radaxès dit :

    Bonjour,
    Pour moi, tous les problèmes que nous avons pu rencontrer lors de ce scrutin, et qui étaient déjà en germe en 2002 et 2017, ont une origine assez simple.
    Du côté des institutions, un système électoral qui ne tient pas debout (uninominal à deux tours), on le sait depuis… Condorcet. De nombreux jeunes intellectuels proposent des modes de scrutin alternatifs pas plus compliqués, voire plus simples (on peut voir notamment les excellentes vidéos de Thibault Giraud, mais il y en a d’autres). Or ceci n’est pratiquement jamais évoqué par les journalistes politiques. Tant qu’on devra voter de façon débile, on n’aura pas envie de voter. C’est une vraie raison de l’abstention, même si ceux qui s’abstiennent ne se rendent pas forcément compte que c’est le mode de scrutin proposé qui ne va pas et pas seulement l’offre électorale.
    Le deuxième raison, c’est l’illettrisme (que d’aucun eux-mêmes illettrés confondent avec l’analphabétisme). Le manque cruel de culture historique et politique, de connaissance et de réflexion. Appendre, réfléchir, pour essayer de comprendre, ça demande plus d’énergie que de passer son temps à jacasser sur les réseaux sociaux ou à regarder des séries télévisées.
    Aussi ne doit-on pas s’étonner d’une sorte de négationnisme passif, par ignorance.
    Ceux qui votent pour les fascistes ne le font pas forcément parce qu’ils sont eux-mêmes des fascistes (espérons qu’il n’y a pas 40 % de fascistes parmi les électeurs) ou des paranoïaques complotistes, ni par pure sottise. Il le font parce qu’ils sont ignorants. L’ignorance est généralement fille de la paresse intellectuelle.
    Enfin, il y a une grave confusion au sujet des extrêmes. Il y a en France une extrême droite, celle de Zémour et Le Pen, qui vient de remporter 40% des votes. Et une extrême gauche, qui cette année représentait 1,4% des voix (Poutou + Arthaud).
    Or il est devenu commun de classer LFI à l’extrême gauche, ce qu’elle n’est pas. Que Mélenchon soit une personnalité exécrable, qu’il penche volontiers vers l’islamo-gauchisme et que ses accointances avec Poutine soient déplorables, c’est sûr. Mais d’une part il ne représente pas à lui seul tout son parti, d’autre part, le programme de LFI est un programme de gauche banal – pas d’extrême gauche. Ce ne sont pas des bolcheviks ni des trotskistes.
    La confusion vient de ce que le PS s’est déplacé vers la droite au point que Hollande a gouverné plus à droite qu’au centre (et c’est le problème de toute les sociales-démocraties qui ont refusé de se confronter au capitalisme), que Macron arrive encore à faire croire qu’il est « centre droit » alors que sa politique économique est purement tatcherienne.
    Cordialement

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