La faute de Lavrov

Poutine et Lavrov
(Photo AFP)

Ci-devant ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov a commis une faute. Interrogé sur la « dénazification » de l’Ukraine par « l’opération sociale » russe, il a cru bon de dire qu’Hitler avait « du sang  juif ».

LA RÉPARTIE lui est venue tout naturellement, comme dans l’esprit peu subtil d’un apparatckhik insensible aux nuances. Le président Volodymyr Zelensky dénonce cet accès absurde d’antisémitisme et Israël bout de colère. Mais les Russes, en tout cas la clique au pouvoir, ne sont pas doués pour la subtilité : de même que Poutine a tenté de s’emparer de l’Ukraine, de même qu’il y a mis les grands moyens, croyant achever l’opération en quelques jours, ce qui lui a valu beaucoup de déboires, de même Lavrov a cru, dans son effort proche de la panique pour justifier les pires exactions, qu’il offrait ainsi une explication convaincante.

Les deux frères.

M. Lavrov n’est pas homme à commettre une gaffe au cours d’une conférence de presse. Il pèse ses mots car il est obligé de démontrer à chaque instant qu’il n’y a aucune différence entre Vladimir Poutine et lui. En Russie, la longévité politique n’est jamais assurée, de sorte que, pour se maintenir au pouvoir, il faut prouver que l’on appartient au camp du Kremlin, ultime horizon de toutes les ambitions, mais pour encore combien de temps ? De même que Lavrov utilise une phraséologie parfaitement conforme aux fantasmes de Poutine, de même il saura parler un jour comme le potentat qui prendra sa place. De toute façon, les dirigeants russes s’expriment de manière à satisfaire l’opinion : si on peut casser du juif quand une guerre tourne à la défaite, il n’y a pas de raison de se gêner. La suite a prouvé qu’ils savent ce qu’ils font. Agacés par les protestions du gouvernement israélien, ils ont dénoncé les postions d’Israël favorables à l’Ukraine, alors que les relations entre Moscou et Jérusalem étaient restées bonnes ces dernières semaines.

Une « explication ».

De sorte que la Russie, qui cherche ardemment des « nazis » en Ukraine, a fini par en trouver puisqu’il y a des Ukrainiens juifs, y compris le président Zelensky. Voilà de quoi contenter l’opinion : « S’il y a des juifs en Ukraine, il est normal qu’ils se comportent en sécessionnistes, il est normal qu’ils entrent en guerre contre nous, il est normal que nous les combattions ». C’est une explication suffisante pour l’apathie des civils russes, qui ont certes du mal à comprendre ce qu’une armée de conscrits est allée faire en Ukraine, mais qui ne voient pas comment Moscou pourrait tolérer les agissements de ce pays, historiquement très proche de la Russie, mais actuellement très hostile au pouvoir russe. On a compris pourquoi.

Un pays victime, mais surpuissant.

Comme dans tout schéma antisémite, le meilleur instrument de lutte contre « les » juifs, pour autant que ce « les » signifie, c’est de se présenter comme leurs victimes. Ce sont eux qui sont allés chercher Vladimir Poutine au Kremlin, eux encore qui menacent Lavrov dans son confort, eux qui font peser une menace sur la Grande Russie. Le plaidoyer constant de Moscou, c’est sa double caractéristique, un pays menacé par tous les autres, mais doté en même temps d’armes supérieures à celles de tous les autres. Un pays puissant victime de la calomnie, mais qui n’a de comptes à rendre à personne. Un pays imprégné de valeurs humaines qui doit aller les défendre au-delà de ses frontières et casser de l’Ukrainien, surtout s’il est juif. Un pays qui a réinventé la démocratie, la vraie, l’indiscutable, la seule, celle qui s’épanouit en Russie, avec ses interdits multiples et ses prisons pour dissidents.

Une lointaine crainte de Dieu.

Ce faisant, Serguei Lavrov a levé un coin du voile. Quand on ment tous les jours, il est difficile de continuer à cacher la vérité. La guerre de la Russie contre l’Ukraine n’est pas seulement atroce, elle est absurde, elle n’a aucun fondement, elle ne repose sur aucune logique. Le mensonge selon lequel il est temps, aux yeux de Poutine, de « dénazifier » l’Ukraine répond à la peur panique d’une révolution de palais au Kremlin. Poutine se sait tellement hors normes, tellement féroce et tellement cynique qu’une lointaine crainte de Dieu lui serine qu’il doit payer pour ses péchés. À voir de quelle manière bizarre il reçoit ses invités étrangers, Macron par exemple, qu’il a tenu à distance, au bout  d’une table de huit mètres de longueur, montre qu’il craint une infection quelconque ou, qui sait ? un assassin en puissance qui porterait une dague sous son veston.

À invoquer ainsi des puissances maléfiques comme seules les sorcières les ont sorties de leur imagination, Poutine se croit dans un monde médiéval. Si bien que les cuirasses sont trop lourdes pour ses soldats, plus prompts à violer des Ukrainiennes qu’à se battre contre contre leurs maris. À quoi doit-on l’enfer ukrainien ? Aux caprices d’un hypocondriaque doublé d’un paranoïaque.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à La faute de Lavrov

  1. BASPEYRE dit :

    « À invoquer ainsi des puissances maléfiques comme seules les sorcières les ont sorties de leur imagination, Poutine se croit dans un monde médiéval. « 
    Don Quichotte version post-soviétique, oui, mais celui-ci ne nous fait pas rire !

  2. Laurent Liscia dit :

    La dénazification se double donc d’une déjudaisation de l’Ukraine, contradiction flagrante qui ne dérange pas le Kremlin. La raison n’est pas le fort des tyrans.

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