La mort de Berlusconi

Berlusconi tout sourire
(Photo AFP)

Ancien président du conseil à plusieurs reprises, Silvio Berlusconi est mort hier d’une leucémie à l’âge de 86 ans. Sa forte présence dans la vie politique italienne depuis au moins vingt ans explique le deuil et le chagrin de son pays. 

BERLUSCONI aura été le précurseur du populisme en Italie et dans le monde. Il a gouverné en bravant les institutions et la notion de décence ; il a servi ses intérêts d’industriel plutôt que l’intérêt général ; on ne pouvait pas dire qu’il se souciait des problèmes de gestion tant il a été impuissant à les gérer. Il fut le grand ami de Vladimir Poutine qui, hier, lui a rendu un hommage plein d’éloges parce qu’il voyait en lui un partenaire dépourvu de toute suspicion à son égard. On se souvient peut-être de cette conférence de presse commune Merkel-Sarkozy qui ont souri avec commisération quand la presse leur a demandé si Berlusconi avait des plans pour adapter l’Italie aux exigences européennes. Le président du conseil italien ne cherchait même pas à jouer les chefs de gouvernement déterminés, sa façon de rire de tout masquait son absence de programme.

Démêlés avec la justice.

De Boris Johnson à Jair Bolsonaro, il a préparé avec constance l’apparition de ces nouveaux dirigeants qui gouvernent par les mots, pas par les actes, et qui répondent par une fuite en avant à une question qui fâche.  Comme d’autres avant lui et après lui, il est passé de l’acquisition d’une grande fortune à la politique. Il a fait publiquement état d’une vie dissolue et d’une sexualité débridée. Il a eu, comme Trump, des démêlés avec la justice et à été condamné à une période de travaux d’intérêt général dans un Ehpad. Mais il se soumettait à la justice sans trop faire d’histoires et pensait plus au coup d’après sans jouer, comme Trump, les victimes d’un système voué à le punir.

Il avait vieilli.

L’Italie méritait mieux que Berlusconi et sa trajectoire n’ayant eu aucune influence sur le développement du pays, dont le maillage de petites entreprises exportatrices est remarquable, elle aurait pu se passer de lui. Son parti, Forza Italia ! lui a permis de remporter quelques batailles  mais, avec le temps, il s’est affaibli, tout comme Berlusconi que toute la chirurgie esthétique du monde n’a pas empêché de vieillir.  La péninsule souffrait et souffre encore d’un système qui ressemble à notre IVè République, un modèle de désordre. Il demeure que si Berlusconi à accompli une œuvre, c’est d’avoir renforcé l’extrême droite jusqu’au moment où elle s’est emparée durablement du pouvoir.

Un faible besoin de leader.

Actuelle présidente du conseil, Giorgia Meloni, en effet, a réalisé le rêve de Marine Le Pen en mettant beaucoup d’eau dans son vin européen. La voilà qui est prise très au sérieux par ses partenaires européens depuis qu’elle ne menace ni l’Union ni l’euro (et comment pourrait-elle se le permettre ?), qui a son mot à dire en matière d’immigration, qui a désavoué Poutine et qui de foudre de guerre intransigeant s’est transformée en délicate centriste, avec un sens de la nuance très développé. Ce sont des choses plutôt heureuses qui ont évité à l’Italie la marginalisation. Mais ceux qui pensent que Berlusconi, tout occupé à des frasques sexuelles, n’était pas indispensable au bien-être de la péninsule penseront peut-être que Mme Meloni ne l’est pas davantage.

La recette italienne.

L’Italie est un pays intéressant, parfois fascinant, car quand elle fait une expérience, elle introduit toujours un peu de son génie dans sa recette. Ses extrêmes ont une saveur unique. Ses expériences sont toujours teintées d’un latinisme qui déroute ses amis. Le bilan de Silvio Berlusconi étant nul, les Italiens, pourtant capables de vénérer une idole, savent se débrouiller dans cette mélasse qu’est le monde sans qu’on les oblige à prendre l’initiative. C’est ainsi qu’en Italie, la réforme des retraites est passée comme un lettre à la poste. C’est ainsi qu’on réserve tambours et trompettes aux sujets de société sans faire d’une réforme l’exploit de l’année. Je n’irai pas jusqu’à dire que les Italiens n’ont pas besoin d’un Duce, mais, depuis Mussolini, quand ils en ont un, ils le castrent.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à La mort de Berlusconi

  1. Jean Vilanova dit :

    Le regard condescendant de la France ou, à tout le moins de ses responsables politiques sur l’Italie m’a toujours énervé. Et rarement le proverbe selon lequel on voit la paille dans l’oeil du voisin sans voir la poutre dans le sien n’aura été aussi juste. Ici on devine où se trouve la paille et où se trouve la poutre… L’Italie est un grand pays lequel, depuis l’Antiquité, ne cesse de léguer à l’humanité sa profusion de génies dans les sciences, les arts et ailleurs (l’industrie notamment). Bien sûr, avec le fascisme, le terrorisme des années 70, la mafia, le pays porte sa part d’ombre comme la France porte la sienne avec la Terreur, la collaboration… Quant à sa chronique instabilité politique, elle semble ne pas trop gêner le remarquable dynamisme de ses petites et moyennes entreprises. Espérant ne pas sombrer dans une forme de facilité sinon de caricature, je perçois les Italiens comme des pragmatiques joyeux. Et ce qui se passe dans les allées du pouvoir, ma foi, le peuple s’en accommode et vit sa vie… Berlusconi, homme d’affaires de talent fut ensuite, outre ses frasques, un bien piètre politique à même d’écorner l’image de son pays à l’extérieur. Peu rancuniers, les Italiens semblent ne pas lui en tenir tellement rigueur maintenant qu’il est mort. Quant à Giorgia Meloni prise de haut dès ses débuts tant par le président Macron que par Ursula Van der Leyen (encore ce pénible réflexe de condescendance !), elle paraît mesurée et à la hauteur de ses responsabilités. Sans partager ses idées, loin s’en faut, je ne peux m’empêcher de sourire en imaginant la rage que doivent ressentir ceux qui, chez nous, parmi les bien-pensants hautains l’imaginaient déjà comme un repoussoir idéal.

  2. Laurent Liscia dit :

    Le parallèle entre le Duce et Berlusconi (et en filigrane Mme Meloni) est imparable. On trouve dans cette pizza politique des saveurs très italiennes, et même gourmandes, mais le levain est à la fois amer et mondial. Les chaudes larmes versées sur cette crapule de Silvio relèvent du même fanatisme que celui des supporters de Trump, de Narendra Modi, de Bolsonaro naguère, de Poutine et de Marine Le Pen chez nous. C’est l’ère des dictateurs en costume trois-pièces ou jupe et tailleur Armani. Ils/elles mettent de l’eau dans leur piquette pour paraître plus appétissants, mais ne nous y trompons pas: ces gens sont un poison qui ronge la démocratie aussi sûrement que l’abstentionnisme et l’apathie.

    • Jean Vilanova dit :

      Monsieur,
      Sur le fond, je suis d’accord avec vous et mon exécration de Trump, Bolsonaro, Poutine, Berlusconi et quelques autres dont… Mélenchon et ceux dont il se réclame équivaut sans doute à la vôtre. Concernant Mme Meloni, nous savons tous d’où elle vient et quels sont ses soutiens et ses amitiés mais je persiste à trouver ses débuts assez raisonnables et, contrairement à Silvio Berlusconi, elle affiche sa fermeté contre Poutine. Je la crois sincère. Evolue-t-elle vers davantage de raison ? J’ai envie, et peut-être me trompé-je, de lui laisser sa chance. Pour le reste, je reviens sur le fond de mon précédent message. Nous devons changer notre regard sur l’Italie, le respecter davantage et c’est pourquoi, à son endroit, je ne choisirai pas le terme de « pizza politique ».

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.