Aquarius : le dilemme

Migrants secourus par l' »Aquarius »
(Photo AFP)

Le navire humanitaire « Aquarius », avec 58 migrants à bord, a demandé à la France, à titre exceptionnel, de pouvoir accoster à Marseille. Le gouvernement n’est pas enthousiaste.

CE N’EST PAS la première fois que l’« Aquarius » fait parler de lui. Son équipage poursuit obstinément sa mission humanitaire, malgré le refus, tout aussi entêté, de l’Italie et de Malte de recueillir des migrants. Le gouvernement italien vient de durcir ses lois d’immigration. Sa législation prévoit maintenant des expulsions rapides de réfugiés délinquants, la suppression des autorisations de séjour pour raisons humanitaires,  et l’entrée en Italie ne sera permise que pour des motifs médicaux. L’« Aquarius » relève de deux ONG, Médecins sans frontières et SOS-Méditerranée. Il avait un pavillon panaméen que le Panama vient de lui retirer, de sorte que Malte et l’Italie n’ont pas la moindre raison légale de le laisser accoster.

Le flux se tarit.

Paris cherche, comme dans des cas précédents (l’« Aquarius » a secouru 1 200 migrants au large de la Libye) une solution européenne, avec une répartition des 58 personnes entre différents pays. Mais le temps presse et, s’il est absolument vrai que le droit international prévoit qu’un navire avec des réfugiés à bord doit se rendre au port le plus proche, la nouvelle donne instaurée par l’Italie empêche l’application de ce droit. Marseille n’est pas le port le plus proche et le gouvernement français s’appuie sur cet argument, en laissant de côté, pour le moment, l’urgence humanitaire. Mais combien de temps encore la France pourra-t-elle ignorer le cas de ce bateau soudainement plongé dans l’illégalité par le Panama ? On n’a pas de mal à comprendre la nature du dilemme. Le rappel du droit a été, jusqu’à présent, l’argument essentiel de la France. Emmanuel Macron n’a pas craint de se dresser contre le gouvernement italien, présidé par Giuseppe Conte, mais en réalité dominé par Matteo Salvini, de la Ligue, un parti d’extrême droite. Le durcissement des conditions d’accueil en Italie sous la houlette de Salvini a coïncidé avec une diminution considérable des immigrés clandestins. En 2017, l’Italie avait accueilli plus de 90 000 migrants, mais cette année, elle n’en a reçu « que » 18 000.

La volonté du gouvernement italien de mettre un terme définitif à l’immigration contribue au tarissement de l’immigration clandestine. A part « l’Aquarius », il n’y a plus de mission humanitaire en Méditerranée, il n’y a plus de marine nationale pour recueillir les migrants en détresse. Les spécialistes de la géopolitique nous parlent d’une vague à venir de centaines de millions d’Africains, mais, au fond, qu’en savent-ils ? La promesse d’un voyage en enfer et d’un péril mortel semble être entendue en Afrique. Les pays occidentaux ont en outre pris des mesures pour que les jeunes tentés par l’aventure renoncent au voyage. Il faudra aussi traiter le problème au fond, c’est-à-dire une contribution de l’Europe au développement des pays africains de manière à fixer les populations sur leur continent. Mais, bien entendu, il y aura toujours des Africains pour essayer de trouver une vie meilleure en Europe. M. Salvini tente de régler le problème en fermant les ports italiens et en se défaussant sur les autres Etats de l’Union européenne. Pour appliquer son programme, il faut se moquer du sort de ces malheureux, alors que la loi et la règle, sont toujours, immanquablement, de secourir les personnes en danger sur une mer hostile.

Menacés de mort par le cynisme.

Le problème vient moins de l’immigration elle-même, qui est sur la pente descendante, que de l’usage qu’en font des partis politiques qui se hissent au pouvoir en jouant sur l’idée de grand « remplacement » et sur la peur des Européens. Emmanuel Macron n’ignore rien des nécessités humanitaires. Mais d’une part, il veut tenir tête à un gouvernement italien dont les méthodes sont dangereuses pour ces malheureux, menacés de mort par le cynisme. D’autre part, il sait que l’opinion en France, n’éprouve pas moins d’aversion pour l’immigration que les partis politiques qui en font leur instrument de conquête du pouvoir. Le président sait parfaitement qu’il ne peut pas raisonner Matteo Salvini, qui fait très exactement ce qu’il a promis de faire avant d’être élu. Il s’efforce seulement de ne pas abandonner la politique européenne d’immigration à la seule Italie qui, aujourd’hui décide de tout et impose sa volonté. Quant à l’opinion française, elle en voudra à M. Macron s’il accepte d’accueillir les 58 migrants. Elle lui en voudra encore plus s’ils meurent de faim et de soif à bord du navire.

RICHARD LISCIA

PS-Un accord intervenu cet après-midi entre la France et Malte permet le débarquement des 58 migrants à Malte et leur répartition entre plusieurs Etats européens.

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Un budget réaliste

Édouard Philippe
(Photo AFP)

Le projet de budget du gouvernement n’est pas vraiment enthousiasmant. En dépit des promesses officielles de relance du pouvoir d’achat des ménages, il se caractérise par la prudence, elle-même dictée par une croissance faible.

PROMIS, juré : la pression fiscale va diminuer de six milliards pour les particuliers et de 20 milliards pour les entreprises. Ce qui n’empêche pas le projet de budget d’avoir une forte odeur d’austérité. Certes, le gouvernement a renoncé à augmenter les impôts directs, mais il se rattrape avec les taxes sur l’essence et le tabac et par une nouvelle diminution des aides au logement, des allocations familiales, et une revalorisation des pensions de 0,3 % qui, comparée à un  taux d’inflation de 1,3 %, correspond en réalité à une diminution du pouvoir d’achat pour les retraités. En d’autres termes, les plus mal lotis de nos concitoyens sont les retraités qui fument et roulent en voiture.

 

Croissance insuffisante.

Le pouvoir table sur une croissance de 1,7 % qui, selon le Haut Conseil des finances, organe de contrôle, est un chiffre réaliste, mais qui risque d’être trop élevé, affirme la Banque de France, dont les prévisions de croissance ne dépassent pas 1,6 %. Le déficit budgétaire va augmenter, de 2,6 % cette année à 2,8 % l’an prochain. En chiffres bruts, cela signifie que les recettes devraient passer de 306 à 291 milliards (soit une baisse de 15 milliards), à cause d’une diminution des impôts et des rentrées de TVA. Les dépenses, pour leur part, devraient augmenter de 4 milliards (390 milliards contre 386 en 2018). Ce qui signifie qu’il manque plus de 98 milliards à l’équilibre du budget (contre 81 en 2018). 4 164 postes de fonctionnaires vont être supprimés, mesure qui sera vivement contestée mais traduit en fait la prudence de l’État, censé éliminer 120 000 postes pendant le mandat du président Macron. Il n’en prend pas le chemin car il a révisé le nombre de suppressions d’emplois dans le secteur public à 50 000 en cinq ans. Le gouvernement d’Édouard Philippe est tiraillé entre la nécessité de répondre à la clameur populaire qui exige une amélioration du pouvoir d’achat, et l’impérieuse nécessité de rester au-dessous du seuil européen des 3 % de déficit budgétaire. Comme ses prédécesseurs, le Premier ministre est confronté à l’impatience des Français, alors que la croissance, qui a fait un bond de 2 % en 2017, est retombée depuis le début de l’année actuelle, avec 0,2 % pour le premier trimestre et encore 0,2 % pour le deuxième. Bien entendu, c’est largement insuffisant pour une distribution de largesses aux ménages.

Le prix de l’énergie.

Le prétexte environnemental a permis une hausse de la fiscalité des carburants qui, combinée à la baisse de l’euro (elle participe à l’augmentation du prix du baril importé) et à la hausse des prix voulue et obtenue par les États pétroliers, rend l’énergie extrêmement chère. La hausse a été assez forte et durable pour déclencher une vive inflation qui, sur les douze dernières mois, dépasse en France les 2%. Quoi qu’il en soit, ce budget, d’un classicisme très « ancien monde », n’enthousiasme à peu près personne. L’insuffisance de la croissance contribue à un déficit budgétaire dont on espérait encore il y a quelques mois qu’il reculerait encore en 2019,  la pression fiscale n’a pas vraiment diminué et elle se concentre sur un nombre de secteurs limité, ce qui aggrave les injustices, et la baisse du pouvoir d’achat risque d’ouvrir un nouveau cycle de consommation en berne et de chômage en hausse.

Le gouvernement présente néanmoins un projet dont la prudence est louable car personne ne peut dire de quoi sera fait l’avenir économique. Le protectionnisme de Donald Trump risque d’augmenter le taux de chômage dans le monde ; l’endettement mondial, excessif, peut entraîner une crise du type de celle de 2008 ; en France, les réformes doivent être poursuivies dans un climat de plus en plus hostile au changement. Or il se trouve qu’Emmanuel Macron a déjà lâché du lest : son budget montre qu’il n’est pas resté sourd à l’appel de ses concitoyens pour plus de pouvoir d’achat. En même temps, la prudence de ses mesures indique qu’il est inquiet pour l’avenir immédiat, marqué par des risques sur lesquels il n’a pas d’influence personnelle. Personne ne nie qu’il a procédé à des réformes fulgurantes. Or non seulement elles ne sont pas achevées, mais elles n’ont pas encore produit de résultat tangible. Les écueils de la conjoncture économique et financière ont réduit sa marge de manœuvre de telle manière qu’il a dû se résoudre à une forme d’immobilisme.

RICHARD LISCIA

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Brexit : accord improbable

May à Salzbourg
(Photo AFP)

Le sommet européen de Salzbourg a montré deux éléments importants dans la négociation avec le Royaume-Uni sur le Brexit : l’unité solide entre les 27, en dépit de leurs divergences idéologiques, et l’impossibilité, pour Theresa May, la Première ministre britannique, d’obtenir un accord douanier avec l’Union européenne qui protègerait ses intérêts commerciaux.

LES EUROPÉENS ne souhaitent pas un « hard Brexit ». Ils espéraient seulement faire comprendre à Mme May qu’elle ne pouvait pas à la fois quitter l’Union et obtenir des dérogations commerciales qui auraient privilégié son pays par rapport aux partenaires européens. Cela ne veut pas dire qu’elle ne comprend pas le raisonnement que Donald Tusk, président de l’UE, et Emmanuel Macron lui ont fait entendre. Depuis le référendum britannique et la démission de David Cameron, Mme May se bat pour tenter de concilier deux forces inconciliables : son parti, les Tories, et celui qui l’a aidé à se maintenir au pouvoir, qui exigent de l’Europe toutes les concessions mais refusent d’une faire une seule ; et une Union, certes divisée sur l’immigration et les libertés publiques, mais dont les liens se resserrent face au projet britannique. De ce point de vue, le sommet de Salzbourg a démontré que l’ascension des populistes et des extrêmes en Europe n’a pas diminué l’intérêt des 27 pour un renforcement de l’unité européenne. Le Brexit a agi comme un révélateur : il pose un danger à la cohésion européenne et les chefs d’Etat ou de gouvernement ont resserré les rangs.

Propositions inacceptables.

Ce qui a permis à Emmanuel Macron de ne pas fléchir devant les exigences britanniques : « Les propositions (de Mme May) en l’état ne sont pas acceptables et le plan de Chequers (celui concocté par Londres) ne saurait être un plan à prendre ou à laisser ». Le problème, c’est que le temps presse. Le Royaume-Uni est censé quitter l’Union le 31 mars 2019. On ne met pas fin à 45 ans de coopération intense sans une préparation très élaborée. Les Européens se sont donné jusqu’au 18 novembre pour conclure un accord avec la Grande-Bretagne, parce que, au-delà de cette date, aucun plan ne serait applicable. Les tabloïds britanniques, constants dans leur discours ordurier, font porter à MM. Tusk et Macron, et en quels termes (Macron décrit comme un rat ou un gangster), tout le poids du désaccord. Mais la réalité est bien plus simple : Mme May est écartelée entre son désir de trouver les modalités d’un Brexit soft qui épargnerait à Londres et à l’Europe des dysfonctionnements dans les échanges commerciaux et financiers, et la pression des élus anglais et anti-européens qui, en somme, se moquent des conséquences. La Première ministre n’a pas résolu un problème d’importance vitale : que devient la frontière entre l’Irlande et l’Ulster ? Depuis les accords de paix entre protestants et catholiques  de l’Irlande du Nord, la frontière est ouverte. Si le Nord, qui reste partie intégrante du Royaume-Uni, sort de l’Europe, il faudra rétablir cette frontière, ce qui relancerait le conflit qui a produit la guerre civile et serait totalement négatif pour les intérêts économiques de tous les Irlandais. A terme, l’Ulster pourrait quitter le Royaume-Uni.

Sombre pronostic.

Mme May a une majorité assez fragile pour que celle-ci ne supporte aucun coup de force de sa part. Elle ne peut rien opposer aux Brexiters parce qu’elle serait mise en minorité s’ils ne sont pas contents. Peu importe que des éléments de la classe politique britannique poursuivent un jeu suicidaire depuis le référendum de 2016. L’enjeu n’est pas pour eux le Brexit, mais le pouvoir. Ainsi Boris Johnson, qui a démissionné récemment du ministère des Affaires étrangères, sous le prétexte que Mme May est trop conciliante avec les Européens, attend son heure. Il n’hésitera pas, le moment venu, à se présenter comme le sauveur  du royaume, celui avec qui les Européens ne négocieront pas, celui qui se jettera dans une politique économique dont tous les coups seront permis.

Marc Roche, journaliste et écrivain belge installé depuis des lustres en Grande-Bretagne, croit au Brexit. Il publie un livre pour annoncer le paradis dans l’au-delà européen. C’est évident, dit-il : le royaume deviendra un super-Singapour et se lancera dans l’évasion fiscale pour tous les fortunés de ce monde. Avec un sang-froid surprenant pour cet homme compétent en la matière, il imagine donc que la Grande-Bretagne se transformera en Etat-voyou. Délirante, l’hypothèse a néanmoins un avantage : elle démontre parfaitement que le salut après le Brexit consiste à se jeter d’un TGV sans se faire mal. Tout ça n’est pas sérieux. Nous subirons certainement les conséquences négatives du Brexit et les dirigeants européens essaient de les éviter. Les Britanniques ont voulu affirmer leur liberté, personne ne doit ou ne peut les empêcher. Mais le pronostic est sombre.

RICHARD LISCIA

 

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Délire médiatique

Castaner et Bas
(Photo AFP)

La journée politique d’hier aura été tout ce qu’il ne faut pas faire dans le domaine de l’information instantanée. L’actualité politique devrait suffire.  La distorsion dans la hiérarchie des informations devient absurde et ridicule. 

LE RÔLE d’Alexandre Benalla dans les fonctions qu’il a exercées à l’Élysée est un sujet politique nourri par les fautes qu’il a commises, précisément à propos de l’interprétation qu’il a accordé souverainement, sans consulter ses supérieurs, à ce rôle. Jamais, cependant, aucune autorité législative ou exécutive de l’État n’a dit ou laissé entendre qu’Emmanuel Macron lui avait ordonné ou suggéré d’aller sur la place de la Contrescarpe tabasser des manifestants. Il ne fait plus aucun doute, enquête judiciaire ou pas, enquêtes parlementaires ou pas, que le chef de l’État a été séduit par l’immense disponibilité et par le dévouement de M. Benalla, que celui-ci a été gagné par l’ivresse de son étroite proximité avec le pouvoir, qu’il a pu croire, dans l’hubris qui l’a gagné, que rien ne lui était interdit, qu’il était autorisé à s’imposer dans tous les milieux politiques et policiers, et qu’il pouvait laisser libre cours à ses penchants, notamment l’expérience de la castagne dans les manifestations. Les actes qu’il a commis n’ont cependant fait ni mort ni blessé et ils ne mettent pas en cause le président lui-même, qui s’attache en ce moment à réorganiser les services de l’Élysée.

Préoccupation maladive.

Ce qui veut dire très clairement que les questions de la presse et celles des oppositions font partie intégrante de la dialectique politique, qu’elles ont été utiles. Mais aussi que toute enquête, de quelque autorité qu’elle vienne, doit avoir un objectif clair. Au lieu de quoi nous avons eu droit à un spectacle de cirque invraisemblable, avec des journalistes levés à 5 heures du matin et faisant le pied de grue devant le Sénat, et presque 24 heures d’affilée consacrées à Benalla, sa vie, son œuvre. Le passé de ce jeune homme dont on pensera ce que l’on veut mais qui se défend fort bien quand il est cerné par les projecteurs des médias, a été épluché, son parcours recomposé heure par heure, son éducation, son comportement, les vidéos innombrables que l’on ne cesse de diffuser et montrent une certain tendance à l’autoritarisme soutenu par la force physique, tout cela conduit à faire de cette personne la seule préoccupation du pays, ce qui est excessif et même maladif. Alors, pourquoi ce déploiement tous azimuts de l’information, sinon pour tenter d’associer Emmanuel Macron à Alexandre Benalla et tenter d’en faire le couple infernal qui accroîtrait encore la méfiance des Français à l’égard du président qu’ils ont élu ? L’excellent Philippe Bas, président de la commission d’enquête sénatoriale, un modèle de discrétion, de calme et de modestie, n’a pas pu nier qu’en dehors de la fameuse « recherche de la vérité », il ne savait pas très bien à quoi avait servi la séquence d’hier. Mais il propose une solution : d’enquêter davantage et, peut-être, de réinterroger Benalla.

Et la justice, alors ?

Le pouvoir, la semaine dernière, avait eu le pressentiment de ce qui allait se produire le 19 septembre et, en prononçant le mot de destitution, Christophe Castaner a tenté de déminer l’opération des sénateurs  pour obtenir en fait l’inverse de ce qu’il recherchait. Quand on lui parle de destitution, M. Bas lève les bras au ciel : a-t-il jamais prononcé ce terme ? Non, bien sûr. Mais alors ne peut-on pas soupçonner la commission sénatoriale d’hypocrisie, quand elle déclenche un tel spectacle qui laisse bouche bée nos voisins étrangers, plongés dans une durable perplexité par cette séquence d’ivrognerie nationale, mais qu’importe le vin, n’est-ce pas ?  La vérité est la suivante : le Sénat a plus de succès dans l’affaire que l’Assemblée parce qu’il est dominé par les Républicains. Il existe une lutte entre le RN, LFI et LR pour le titre de premier opposant au pouvoir et les sénateurs espèrent obtenir ce trophée. Ce qui ne nous dit rien de ce que LR ferait s’il accédait au pouvoir, rien de son programme, rien d’une triste réalité, à savoir que la droite est au moins aussi divisée que la gauche, aussi incapable d’exposer un projet gouvernemental qui ait la moindre signification. La gestion du pays par M. Macron mérite, assurément, d’être décortiquée et critiquée. Le débat doit avoir lieu sur tous les aspects de la politique économique, intérieure et étrangère. Ce n’est pas ce à quoi nous assistons. Nous assistons à un usage des institutions, certes parfaitement légitime, mais dévoyé par les réseaux sociaux et par des médias plus soucieux de révéler un faux scandale que d’exposer aux spectateurs et auditeurs la réalité sociale du pays.

Zones d’ombre, aires obscures que la lumière sénatoriale ne parvient pas à éclairer. Mais la justice traite l’affaire, que diable ! Nous finirons par tout savoir, pour autant que nous devions être intéressés.

RICHARD LISCIA

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Paris, fin d’un rêve

Anne Hidalgo
(Photo AFP)

La maire de Paris, Anne Hidalgo, sort meurtrie de la démission de son premier adjoint, Bruno Julliard, en désaccord avec elle sur sa méthode.

BRUNO JULLIARD ne désavoue nullement les projets et les initiatives d’Anne Hidalgo, mais il prend acte des échecs de son ambitieuse politique. Dans un long entretien qu’il a donné au « Monde » hier, il a reconnu sans effort la faillite d’Autolib’, la difficulté et le retard pris par le renouvellement de Vélib’ et n’a pas caché que la maire prend des décisions insuffisamment mûries. Les Parisiens, pour leur part, constatent que la restitution des voies sur berge aux piétons complique l’activité économique et commerciale, que la ville est dans un état de saleté alarmant et ils ont le sentiment que Mme Hidalgo a davantage un plan de carrière qu’un humble projet pour améliorer la vie quotidienne dans la capitale.

Hidalgo affaiblie.

Un plan de carrière que M. Julliard, ancien président de l’UNEF, vient de faire voler en éclats, en prenant une décision qui affaiblit Mme Hidalgo : après avoir travaillé de manière fusionnelle, ils se sont brouillés parce qu’il ne cessait d’exiger d’elle une plus grande rigueur dans sa gestion. Elle se serait moins intéressée au sort des Parisiens au profit des voyages à l’étranger et de ses ambitions politiques. Mais la démission de M. Julliard ne suffit pas à la détruire : elle garde de nombreux alliés et, si d’aucuns souhaitent un maire dont le programme ne serait pas axé sur l’écologie punitive, il y a une telle bousculade au tourniquet de la mairie que, lors des prochaines municipales, le combat pourrait cesser à cause de la pléthore de combattants. Paris, en effet, inspire à beaucoup de gens l’ambition de se présenter, d’autant que le camp socialiste, que Mme Hidalgo représente, est affaibli depuis le triomphe de la République en marche en 2017 et, plus spécifiquement, un vote des Parisiens à la présidentielle qui a sacré Emmanuel Macron. De sorte que la REM souhaite s’emparer de la capitale, ce qui n’est pas facile : le dernier sondage en date indique que Anne Hidalgo et Benjamin Griveaux,  le supposé candidat de la REM, feraient un score égal au premier tour, à 23 % des suffrages.

Trop tard.

Ce qui signifie tout de même que la maire actuelle n’est pas sûre d’être réélue et que, pour une envolée au sommet de l’action politique nationale, dans le cadre d’une renaissance bien peu probable du parti socialiste, c’est trop tard. Mme Hidalgo s’évertuera à rester maire parce qu’elle est convaincue d’avoir raison : elle estime avoir accompli, en quatre ans déjà, une œuvre considérable : elle a créé une plage sur les bords de la Seine, favorisé les transports publics et les transports individuels à la carte, obtenu que les Jeux olympiques se tiennent à Paris en 2024, ce que son prédécesseur, Bertrand Delanoë, n’avait pas réussi à faire. Mais, sous le prétexte qu’elle est l’adversaire de Valérie Pécresse, présidente LR d’Île-de-France, elle a opposé frontalement Paris à sa banlieue alors que la région vit et prospère grâce à ses interactions. Certes, maire de Paris est forcément une fonction politique. Il n’empêche que les Parisiens ne veulent pas être les otages de ce privilège : comme d’autres administrés, ils réclament d’abord propreté, sécurité et un minimum de confort.

On a tôt fait de présenter Mme Hidalgo comme une femme qui ignore le compromis, mais elle n’a pas tort sur le fond : la pollution à Paris doit être combattue par tous les moyens.  Paris, cependant, n’est pas une forteresse dont les habitants calfeutrés devraient respirer un air qui leur serait réservé. La lutte contre le moteur à explosion ne se livre pas au niveau du 75, mais au niveau national. Un maire, fût-il celui de la capitale, doit insérer son action dans un programme hexagonal. Ce qui veut dire que, pour abolir la voiture à essence, il faut donner aux consommateurs un accès facile et moins cher aux automobiles électriques.

RICHARD LISCIA

PS-Pas de blog demain. Je vous retrouve jeudi.

 

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Le bras-de-fer exécutif-Sénat

Christophe Castaner
(Photo AFP)

L’Élysée a lancé en fin de semaine dernière une attaque virulente contre le Sénat au sujet de l’audition d’Alexandre Benalla. Il ne s’agit pas d’une simple polémique, comme l’actualité nous en offre tous les jours, mais d’une sorte de duel institutionnel qui oppose l’exécutif et le Parlement.

TOUT a commencé par les déclarations de Benalla lui-même, apparemment offensé par la convocation de la commission sénatoriale chargée de faire la lumière sur les incidents du 1er mai dernier, où l’ancien conseiller de l’Élysée à la sécurité est impliqué. M. Benalla et son avocat ont fait mine de rejeter la convocation, mais se sont ensuite ravisés, sans doute pour ne pas exposer le jeune homme aux sanctions prévues en cas de refus de comparaître. Ce qui n’a pas empêché Benalla de prononcer les mots plutôt surprenants, par leur agressivité, qu’il a a adressés aux membres LR de la commission, et plus particulièrement son président, le sénateur Philippe Bas, lequel, pour sa part, est un modèle de modération. Que M. Benalla et son avocat cherchent par tous les moyens mis à leur disposition pour échapper à une audition susceptible d’aggraver son cas, on le comprend. Ils ont mentionné une clause de confusion des genres : la comparution devant la commission du Sénat serait incompatible avec l’enquête judiciaire en cours. Les précédents ont toutefois montré que les deux enquêtes concomitantes, celle de la justice et celle du Parlement, sont possibles, pour autant que les députés ou sénateurs n’entrent pas dans les détails susceptibles d’alourdir le contentieux judiciaire de la personne auditionnée.

Un coup de fil à Larcher.

Il s’est alors produit un événement extraordinaire. On a appris qu’Emmanuel Macron avait appelé le président du Sénat, Gérard Larcher, pour lui exposer son point de vue sur cette audition. Puis on a entendu successivement Christophe Castaner, secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement, et Nicole Belloubet, ministre de la Justice, défendre non sans vigueur la thèse de l’incompatibilité des deux enquêtes. Puis, pendant le week end, les membres LREM de la commission sénatoriale ont démissionné, ce qui réduira la crédibilité des conclusions d’une enquête que l’on soupçonnera d’être à charge. Rien de cet épisode n’a fait ciller les Républicains membres de la commission et dont le président, Philippe Bas, affiche une sérénité totale. On est amené à soupçonner l’Élysée de réduire à néant l’ensemble des efforts fournis par l’opposition pour le confondre, à propos d’une affaire dont les tenants et aboutissants sont désormais connus de tous, mais qui donne lieu à toutes sortes d’arrière-pensées. Ce que le pouvoir affirme, c’est qu’il suffit de laisser faire la justice.

Le précédent de l’Assemblée.

Déjà, quand la commission de l’Assemblée s’est réunie avant les vacances, ses membres LR ont claqué la porte des débats, en premier lieu le co-président de la commission, Guillaume Larrivé, ce qui a permis à l’autre co-présidente, Mme Braun-Pivet, de mettre un terme aux auditions sans formuler de conclusions. Aujourd’hui, c’est la commission sénatoriale qui est affaiblie, comme si, en quelque sorte, l’exécutif, censé vouloir autant la vérité que les partis d’opposition, prenait la défense de Benalla. Ce qui semble grave, dans les propos de M. Castaner, c’est qu’il a dénoncé une tentative de destitution du chef de l’État, propos certes excessif qui en laissé plus d’un abasourdi, mais qui explique emphatiquement le danger posé au pouvoir par la commission : la politisation d’une affaire  dans laquelle, pour le moment, l’Élysée ne veut reconnaître rien d’autre qu’une négligence et refuse de se laisser embarquer dans la théorie d’une complicité possible entre le pouvoir et Benalla, la présence d’une police parallèle qui court-circuiterait l’autre, bref, des méthodes à la fois occultes et interdites.

La tentation autoritaire.

Mais pourquoi devancer les conclusions de la commission sénatoriale ? Certes, Philippe Bas n’est pas insensible à la lumière dans laquelle il baigne depuis quelques jours et souhaite sans doute, comme tant d’autres élus, avoir ses quelques minutes de gloire. De là à en faire le pivot d’une cabale parlementaire contre l’Élysée (et le dire de cette manière), il y a un pas que M. Castaner n’aurait pas dû franchir et, s’il l’a franchi, ce ne peut être qu’avec le consentement et même sous la dictée du président. Au fond, M. Macron conteste que l’affaire Benalla soit autre chose que le dérapage d’un fonctionnaire qui, ébloui par les fonctions qu’on lui a confiées, aurait pêché par excès de zèle. Sa contre-attaque virulente l’a conduit, par l’entremise de M. Castaner, à attirer sur lui le soupçon : est-il suffisamment attaché aux institutions qu’il a pour rôle premier de défendre ? Ne veut-il pas réduire l’influence des Assemblées et gouverner sans encombre ? Une chose est sûre : les présidents en exercice ont tendance à modifier les règles du jeu pendant leur mandat sans se souvenir qu’une fois qu’elles ont changé, elles vont servir aussi à leurs successeurs. Il faut laisser faire la commission sénatoriale qui, de toute façon, laissera le choix de la sanction à la justice. M. Macron n’avait pas besoin de se livrer à une opération préventive ou dissuasive. Il avait le temps de remettre les pendules à l’heure. Après coup.

RICHARD LISCIA

 

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Européennes : le RN en force

Marine Le Pen
(Photo AFP)

Un sondage Odoxa pour « le Figaro » et France Info accorde 21,5% des suffrages à la République en marche et 21 %  au Rassemblement national. Les Républicains (LR) obtiennent 14 % seulement, la France insoumise 12,5 %, le PS 4,5 % et  EELV 5 %.

CE SONDAGE confirme la perte de vitesse d’Emmanuel Macron, qui aura fort à faire pour remonter le courant, d’autant que le RN risque d’arriver en tête si le mécontentement de la population à l’égard du pouvoir augmente. Mais les élections européennes auront lieu au mois de mai 2019 et, d’ici là, les pourcentages évolueront forcément. Car si la REM perd des plumes, la popularité du RN risque aussi de diminuer à cause des problèmes judiciaires du parti, dont les maigres finances ne lui permettent plus de procéder à ces démonstrations de force que sont ses meetings et ses rassemblements. Le fractionnement de l’électorat entre quatre grands partis indique en outre que le sort de l’Europe compte moins aux yeux des Français que leurs affinités idéologiques. On vote non pas pour ou contre la construction européenne mais en fonction de son affiliation politique.

Cohn-Bendit, chef de file ?

C’est le thème principal sur lequel doit porter la campagne. Pour commencer, la liste de la REM doit trouver rapidement son chef de file. On parle beaucoup de Daniel Cohn-Bendit, qui a décidé de ne pas remplacer Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique, après un entretien avec le président de la République. Les deux hommes sont convenus que l’idée n’était pas, politiquement, la meilleure. Dans ce cas, M. Cohn-Bendit, qui n’est plus, aujourd’hui, le provocateur de 1968, fait-il l’affaire pour les élections européennes ? Louis Alliot, le numéro deux du RN, l’a traité aujourd’hui de « taliban », jugeant que, lorsque Cohn-Bendit était député européen à Strasbourg, il se livrait sans cesse à des coups d’éclat. En réalité, il a toujours exprimé avec la vigueur et le mépris du qu’en dira-t-on qu’on lui connaît ses convictions écologistes et européennes. Et, après tout, même s’il a le don d’indisposer pas mal de gens, qui voient en lui un trublion, il a une analyse et une vocation européennes que personne ne peut lui enlever.

Macron l’Européen.

Car ce que montre le sondage Odoxa, c’est que le parti le plus anti-européen de France, le RN, peut arriver en têtes du scrutin de 2019. La campagne, qui n’a pas commencé, doit dire les choses. Elle doit montrer que voter pour l’extrême droite, c’est prendre des risques excessifs pour la France, avec des incertitudes graves sur l’appartenance de notre pays à la zone euro et même à l’Union européenne. Sur ces deux points, Marine Le Pen n’est jamais sortie de l’ambiguïté, conformément à un procédé qui consiste à rendre opaques ses options les plus sérieuses pour s’attirer un plus grand nombre de votants, quitte ensuite à les trahir. Le vrai slogan de cette campagne devrait être : aux européennes, on vote pour l’Europe. Certes, le parti majoritaire à l’Assemblée va encore rencontrer, dans les mois qui viennent, des difficultés dans l’exercice du pouvoir. Certes, la cote de popularité de M. Macron, déjà basse, pourrait plonger encore à la faveur des réformes à venir qui provoqueront de nouveaux mouvements sociaux. Mais Macron reste en France le meilleur défenseur de l’Europe.

Ce qui devrait faire réfléchir ceux qui votent à droite, mais ne souhaitent pas que nous retournions au franc, ainsi que ceux qui votent écologiste sans être assurés d’être représentés. Pour devancer Marine Le Pen, il faut, aux élections de mai 2019, une coalition des forces européennes en France, ce qui implique le soutien à la REM d’électeurs de droite, du centre et écologistes. Dans le sondage Odoxa, l’UDI recueille 3 % des voix et EELV 5 %. Alors que « Debout la France » obtient 6 %, ce qui accentuera le virage à droite de l’opinion. La bataille oppose donc clairement les pro-Européens aux anti-Européens, mais l’éparpillement des voix devrait être contenu par des rassemblements dans les deux camps.

 

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Macron, côté social

Huit milliards contre la pauvreté
(Photo AFP)

Emmanuel Macron a annoncé un plan de huit milliards d’euros en quatre ans pour lutter contre la pauvreté en France, qui touche neuf millions de personnes.

POUR LE chef de l’Etat, cette rentrée est celle des bonnes résolutions : parfaitement conscient de la chute de sa popularité, qui ne dépasse guère les 32 %, il annonce notamment la mise en oeuvre d’un plan contre la pauvreté qui, en France, toucherait quelque neuf millions de personnes. Il a prononcé ce matin, au Musée de l’Homme, un discours comme il aime les faire, en présentant une analyse qui montre la fatalité de la misère, pour un certain pourcentage de citoyens, dans une économie de marché. Il entend dépenser huit milliards (dont quatre étaient déjà affectés au projet) en quatre ans, ce qui, il est vrai, peut faire une différence, dès lors que le président de la République met l’accent sur la formation professionnelle.

Le choix du chômage.

La pauvreté n’est quantifiable en France que selon les paramètres que nous avons adoptés. Beaucoup de ceux qui ne sont pas considérés comme pauvres, au sens statistique du terme, ont du mal à joindre les deux bouts. M. Macron n’est pas non plus le premier président qui souhaite mettre un terme à la pauvreté, c’est même une constante historique en France. Elle est toutefois le produit du système et elle s’aggrave en période de vaches maigres, c’est-à-dire quand le taux de chômage devient insupportable, comme c’est le cas aujourd’hui, à 9 % de la population active. Dans une société dominée par les lois du marché, il n’existe pourtant qu’un vrai remède à la pauvreté : un fort taux de croissance. La France, qui a eu une bonne année en 2017, avec beaucoup de créations d’emplois, est retombée cette année dans le marasme, avec des distorsions nouvelles du marché du travail, emplois proposés mais non pourvus, cherté du logement dans les grandes villes à laquelle un salaire insuffisant ne peut pas répondre, choix fréquent du chômage parce qu’il correspond, en définitive, à la meilleure protection.

Grand réformateur devant l’Eternel, Emmanuel Macron souhaite tout à la fois accompagner l’éducation et l’apprentissage des laissés-pour-compte, mettre un terme progressivement aux emplois aidés qui n’ont pas prouvé leur pérennité, mais qui peuvent pourtant amorcer une carrière, bref donner une chance à tout le monde, y compris ceux dont le destin est déterminé par la misère familiale. Il n’est pas le premier président à se dresser contre le chômage, mais il tente de placer l’argent là où il peut jouer un rôle, en insistant non plus sur la générosité de l’Etat, mais sur l’apprentissage et la formation. On ne peut pas lui en faire le reproche tant les efforts précédents pour réduire le chômage ont abouti à des résultats insuffisants ou nuls. Mais M. Macron lui-même ne niera pas que les huit milliards d’euros qu’il a mis dans la balance ne suffiront à réduire qu’une partie du chômage, pour autant qu’ils portent leurs fruits.

Dissuader les chômeurs « professionnels ».

Sa politique a donc un aspect généreux, mais elle sera aussi plus stricte à l’égard des chômeurs, surtout ceux qui se complaisent dans une inactivité encouragée par les prestations sociales. Il va engager une négociation avec les syndicats pour limiter et plafonner la durée des indemnités allouées aux chômeurs. Ce qui est sûr, c’est qu’il existait jusqu’à présent dans la société française une complaisance à l’égard des indemnités chômage, qui permettaient à tout un chacun de bien dormir, mais ne résolvaient guère le problème. M. Macron n’invente rien en adoptant une attitude plus ferme à l’égard ds chômeurs professionnels, qui ne peuvent plus désormais compter sur une rente permanente et devront chercher un emploi plus activement. Il demeure un paramètre inquiétant, qui est le taux de chômage en France, l’un des plus élevés en Europe, sans doute parce que, jusqu’à présent, il a été plutôt combattu par des moyens budgétaires alors qu’il fallait mettre l’accent, comme ailleurs en Europe, sur la formation et la flexibilité du travail.

Le gouvernement est en tout cas assuré, de rencontrer, dans la mise en oeuvre de son plan contre la pauvreté, un certain nombre d’obstacles, à commencer par les syndicats, peu enclins à accepter une révision en baisse des prestations allouées aux chômeurs (pour ce qui est, à la fois, du montant et de la durée). Il ne faut pas oublier qu’il y a au moins trois millions de chômeurs en France, si on ne compte que ceux qui n’ont aucun emploi, fût-il partiel, alors que les maigres milliards jetés dans cette crise sociale qui dure depuis quarante ans n’auront pour effet, si tout va bien, que de mettre au travail quelques centaines de milliers de personnes.

RICHARD LISCIA

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Et revoilà Benalla

Marine Le Pen
(Photo AFP)

Alexandre Benalla, dans la foulée de la rentrée politique, revient en force dans les médias. Il a tenté de refuser de se rendre à une convocation de la commission d’enquête du Sénat au sujet de l’affaire dont il est le lieu géométrique, puis il s’est ravisé.

EN VINGT-QUATRE heures, il a changé deux fois de position. La commission sénatoriale n’avait pas encore fait mine de le convoquer qu’il semblait se féliciter de pouvoir s’exprimer devant ses membres, dirigés par Philippe Bas. Puis, manifestement sous l’influence de son avocat, il a soulevé un point de droit important, à savoir qu’il ne pouvait pas témoigner devant une commission parlementaire pendant que se poursuivait l’information judiciaire. En réalité, il peut être convoqué et répondre aux questions des sénateurs, si ces questions ne portent pas sur l’état actuel de l’enquête. Dans l’affaire Cahuzac, les enquêtes parlementaire et judiciaire ont été menées de front.

Une affaire politisée.

On aurait cru l’épisode terminé, mais c’eût été négliger l’irritation du gouvernement. La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a rappelé ce matin qu’il ne peut y avoir « d’interférence entre une commission d’enquête et une information judiciaire ». A quoi Philippe Bas a aussitôt répondu qu’il ignorait « que Mme Belloubet était le conseil de M. Benalla ». Non, a-t-elle riposté, « je ne suis pas le conseil de M. Benalla, je rappelle simplement des principes ». Bien entendu, ces deux personnages éminemment pacifiques que sont M. Bas et Mme Belloubet ont été jetés dans la bataille par la politisation de l’affaire. Le pouvoir, avec une impatience qui souligne une forme de nonchalance à propos du fonctionnement des institutions, est agacé par la poursuite de l’enquête sénatoriale alors que la commission de l’Assemblée a levé ses travaux. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a d’ailleurs regretté ce matin que la commission du Sénat fût uniquement composée d’élus de la droite, alors que celle de l’Assemblée était co-présidée par Yaël Braun-Pivet (LREM) et par Guillaume Larrivé (LR) . Il n’a pas rappelé que M. Larrivé, entretemps, avait claqué la porte de la commission, ce qui a permis à Mme Braun-Pivet de boucler l’enquête.

Le coup du respect.

Il est clair que l’exécutif est plus qu’énervé par la volonté de l’opposition de poursuivre une enquête parlementaire qui, de toute façon, ne changera rien au destin judiciaire de M. Benalla. Il s’agit, une fois de plus, d’exercer une pression permanente sur le président et le Premier ministre et de tenter de donner à l’affaire une dimension dommageable pour le pouvoir. Les sénateurs républicains ont d’ailleurs trouvé aujourd’hui un appui  chez Marine Le Pen qui, interrogée sur ses propres déboires judiciaires, a tenté de les dédramatiser en reprenant à son compte la thèse de « l’irrespect total (du pouvoir) pour les institutions ». Remarque d’autant plus drôle qu’elle a commencé elle-même par refuser de répondre aux convocations des juges, avant d’annoncer ce matin qu’elle irait les voir.
Il est vrai que Mme Le Pen parle du haut de son immense compétence en matière judiciaire au moment où 15 personnes du Rassemblement national sont poursuivies par les juges Claire Thépaut et Renaud Van Ruymbeke pour avoir payé des membres permanents de leur parti avec les fonds alloués par l’Union européenne aux assistants des députés européens. Le 28 juin dernier, les juges ont saisi deux millions d’euros dans les caisses du RN, ce qui a privé Mme Le Pen de la rentrée bruyante qu’elle souhaitait faire sur les tréteaux. Comment mieux se défendre qu’en attaquant et en comparant ses travers à ceux du parti d’en face ? Hélas pour elle, l’affaire Benalla n’efface pas ses  propres soucis : les juges menacent de requalifier l’accusation d’abus de confiance en détournement de fonds publics, passible d’un an de prison et d’un million  d’amende. Multipliés par quinze ?

RICHARD LISCIA

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Terreur au couteau

L’arrivée de la police
(Photo AFP)

Dimanche soir, dans le XIXe arrondissement de Paris, un homme, armé d’une barre de fer et d’un couteau, a attaqué sept personnes, toutes blessées, dont quatre dans un état grave.

L’AGRESSEUR serait un Afghan, mais les autorités judiciaires hésitent à qualifier son crime de « terroriste ». Les premiers constats ont mis en évidence un déséquilibre mental. Ce n’est pas la première agression du genre, ni en France, ni ailleurs, par exemple en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Italie. Ce genre d’acte pose un problème particulier : apparemment, il n’est pas inspiré par une conspiration de djihadistes, mais il a exactement les mêmes effets délétères qu’un attentat. Il est d’autant plus effrayant qu’il est imprévisible. Il contribue à augmenter le climat d’insécurité dans les grandes villes. De même que la justice aborde ce genre de crime avec précaution, les médias tentent de lui donner moins de résonance, avec le souci de ne pas alarmer la population. Il n’est pourtant pas banal de se promener dans une rue par une belle nuit d’été et de se retrouver dans un état sérieux sur un lit d’hôpital.

L’excuse pathologique.

L’attaque au couteau a cette spécificité qu’il est impossible de la prévoir et, probablement, d’empêcher qu’elle ne se produise. La qualification de terroriste n’est pas essentielle pour la suite à donner au crime, dès lors qu’il a causé des dommages identiques à ceux que recherchent nos ennemis fanatisés par la religion. C’est d’ailleurs pourquoi le souci de certains juges de ne pas qualifier de « terroristes » des actes qui pourraient n’être dictés que par un déséquilibre mental (ce qui semble être le cas pour l’agresseur afghan) les conduit parfois à hésiter sur la définition  du crime induit par l’antisémitisme. L’excuse pathologique est pourtant fragile. On peut être sous l’emprise de la folie, il reste remarquable que, dans nombre de cas, la violence à laquelle elle conduit trouve sa logique dans la haine des juifs. De sorte que, même si le crime n’est pas revendiqué par une organisation terroriste qui a pignon sur rue, on est amené à penser que le climat général d’insécurité créé par les terroristes fait des émules, y compris chez ceux qui devraient être enfermés dans un asile et nourrissent des pensées désordonnées propres à justifier le passage à l’acte.

Insécurité générale.

Nos concitoyens ont compris en tout cas que l’insécurité est générale et qu’aucun d’entre eux n’est protégé par la classe à laquelle il appartient, par sa confession ou par son niveau de vie. La violence ne connaît pas de frontières. Dans un délire dont la source peut être soit la haine et le fanatisme, soit la démence qui alimente elle aussi de tels sentiments, l’ennemi est partout, y compris chez les personnes qui n’ont pas affiché leurs convictions ou ne sont engagées dans aucun combat politique. Autre fait remarquable dans l’épisode de dimanche dernier : la prompte réaction des passants qui ont tenté de neutraliser l’agresseur et qui, d’ailleurs, ont reçu des coups pendant la bagarre. La sidération provoquée par ce genre d’incident, bien plus que la lâcheté, empêche généralement la neutralisation de l’assassin en puissance. C’est pourtant ce que les victimes ont fait : elles ont fini par maintenir l’Afghan à terre jusqu’à l’arrivée des policiers.

RICHARD LISCIA

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