Obama gagne la troisième manche

Romney et Obama
(AFP)

De l’avis général, le président Obama a remporté le troisième et dernier des débats télévisés qu’il a engagés avec son adversaire, Mitt Romney. Le débat portait essentiellement sur la politique étrangère. Fort de l’action diplomatique entreprise depuis quatre ans, M. Obama a semblé beaucoup plus compétent que le candidat républicain, dont la diplomatie n’est pas la tasse de thé.

BARACK OBAMA a donc gagné deux débats sur trois, mais le premier, celui qu’il a perdu, et qui portait sur la crise, l’économie et le chômage, était le plus important. Le résultat des trois débats est plutôt négatif pour le président en exercice, qui a tout simplement perdu, selon les enquêtes d’opinion, l’avance de quatre à six points qu’il avait acquise sur M. Romney. Ils sont maintenant à égalité dans les sondages. Ce qui signifie, pour autant que les enquêtes d’opinion disent la vérité, que les Américains auront beaucoup de mal à les départager. Comme le résultat final dépend des « grands électeurs » c’est-à-dire du collège électoral composé d’élus de chacun des 50 États, le risque est grand d’une élection semblable à celle de 2000 : il avait fallu plusieurs semaines de décomptes en Floride et l’intervention (scandaleuse) de la Cour suprême pour désigner George W. Bush comme le vainqueur d’Al Gore.

La Navy en 1916.

L’importance de l’échec de M. Obama lors du premier débat est incalculable : une élection qui semblait jouée d’avance va se transformer en une élection à l’arraché. Mitt Romney a gagné, grâce à ce débat, une crédibilité en matière de prospérité et d’emplois que l’électorat lui concédait chichement et que, aujourd’hui, il lui accorde plus généreusement. Le débat d’hier, à Boca Raton, en Floride, a certes donné lieu à des épisodes où M. Romney s’est quelque peu ridiculisé, notamment lorsqu’il a demandé un renforcement de la marine de guerre, dont la flotte était plus nombreuse « en 1916 ». On ne fait plus la guerre comme au XXè siècle, a rétorqué le président ; nos fantassins ont moins de baïonnettes, ils n’en sont pas moins efficaces. L’anecdote a fait le tour de la galaxie Internet qui a agoni M. Romney de quolibets. Reste à savoir si cet épisode est suffisant pour diminuer la popularité du candidat républicain.

Lequel devient plus éligible aux yeux de la majorité silencieuse qui nourrissait des doutes sur sa capacité à gouverner l’Amérique. Perçu naguère comme incompétent, M. Romney a acquis une certaine crédibilité. Il reste à peine deux semaines jusqu’au jour de l’élection, mardi 6 novembre, et M. Obama, s’il veut de nouveau créer un écart à son avantage, devra se montrer aussi offensif dans la campagne que dans les deux derniers débats. Il doit surtout être très explicite sur les réformes qu’il compte engager ou achever, ce qu’il n’a pas vraiment fait jusqu’à présent pour ne pas s’aliéner les gros bataillons de l’électorat, ceux qui réclament des créations d’emplois, moins de dépenses fédérales et un programme sérieux de réduction des déficits publics.

L’ostracisme du Congrès.

Barack Obama a subi, pendant la durée de son mandat, l’ostracisme absolu du Congrès, surtout depuis les élections législatives de mi-mandat (2010) qui lui ont fait perdre la majorité à la Chambre des représentants et l’ont conduit à raréfier ses initiatives. Le seul objectif certain des Républicains, depuis 2008, c’est de s’assurer que M. Obama soit privé d’un second et dernier mandat. Pour échapper à ce dénigrement systématique, fait de gloriole nationaliste et de libéralisme élégiaque (quand il ne s’agit pas d’intolérance à l’égard d’un président noir), M. Obama s’est recentré, au grand dam de la gauche démocrate. S’il a déçu, c’est surtout parce qu’il est apparu assez vite comme un président moins dynamique que le candidat de 2008.

De son côté, l’appareil républicain n’a jamais été enthousiaste au sujet de Mitt Romney, dont les lacunes lui apparaissent clairement, dont les gaffes sont nombreuses et l’ignorance inquiétante, jusqu’au moment où lui aussi s’est recentré en se créant de toutes  pièces l’image d’un homme capable de compassion envers tout Américain, à quelque classe qu’il appartienne. Quand M. Romney a dit qu’il ne s’intéressait pas aux 47 % des citoyens qu’il considère comme des assistés, et s’est ainsi tiré dans le pied comme aucun candidat ne l’a jamais fait auparavant, il a certes commis une erreur profonde, mais c’était la dernière. Aujourd’hui, il tente de se racheter une conduite. N’importe quel observateur pas particulièrement futé aura vu la manoeuvre. Pourtant,  il a regagné beaucoup de terrain.

RICHARD LISCIA

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