Faure versus Castaner

Olivier Faure
(Photo AFP)

Comme si le débat politique n’était pas déjà incendiaire, voilà qu’Olivier Faure, chef du PS, s’en prend à Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, parce que celui-ci a tenu sur le socialiste des propos qu’il juge désobligeants. Il faut en parler parce que cet épisode décrit à lui seul la baisse de qualité des échanges publics et parce que le climat dans lequel se déroule la campagne des municipales devient irrespirable.

CERTES, c’est M. Castaner qui a tiré le premier, encore que, si on doit faire des comptes, les diverses polémiques entre les deux hommes ont commencé il y a si longtemps qu’il est impossible de retrouver le crime à l’origine de leur guerre fratricide. Fratricide, car ils viennent tous les deux du socialisme, le ministre ayant choisi très tôt Macron et la République en marche pendant qu’Olivier Faure ramassait les décombres du parti socialiste. D’où une bataille qui aurait dû être sporadique, mais qui devient frontale, au point que M. Faure, qui n’est pourtant pas un béotien en politique, a très mal pris un discours du ministre dans lequel celui-ci rappelait que, en tant qu’ancien ami, il avait aidé Olivier Faure dans un divorce et une séparation. Atteinte à la vie privée, s’est exclamé non sans douleur, le chef du PS, qui n’a pas hésité à exiger du président de la République qu’il convoque Castaner pour le réprimander. Comme si le socialiste ne savait pas se défendre tout seul, comme si lui-même, sous des dehors doucereux, était incapable de toute violence verbale, comme s’il était utile  de réclamer au chef de l’État une mesure qu’il ne prendra pas, comme si on était dans la cour de l’école et qu’il fallait appeler le surveillant pour mettre de l’ordre.

Castaner se croit invulnérable.

Non seulement les hommes politiques survivent à leurs pires erreurs, mais ils ne savent plus quoi inventer pour placarder leurs adversaires. M. Faure se conduit comme un enfant qui invoque son père, M. Castaner, provocateur comme toujours, raille un ancien ami auquel il reproche, en quelque sorte, de n’avoir pas fait le même parcours que lui. Politiquement, la manœuvre est absurde, comme tout ce qui n’est pas d’abord réfléchi. Pour le camp de Macron, il suffit de laisser les socialistes mûrir dans l’épreuve, longue et douloureuse, qu’ils traversent. Ils ne menacent pas la majorité et, contrairement aux Républicains, ils ne commencent même pas à redresser la tête. À quoi bon aller les chercher, au moyen d’arguments éminemment discutables, sur les sables mouvants dans lesquels ils sont enfoncés ?  De plus, on imagine que le ministre de l’Intérieur, l’un des hommes les plus contestés de l’équipe d’Édouard Philippe,  a assez de travail pour ne pas se livrer à de nouvelles provocations et surtout à d’indignes railleries contre un personnage politique qui a le droit d’exiger que sa vie privée soit respectée.

Je suppose que M. Castaner est gagné par la fièvre des réseaux sociaux, eux-mêmes contaminés par le virus de la délation, de la moquerie, de la diffamation et qu’il n’a pas trouvé de dialectique plus noble pour confondre ses adversaires. Le nombre de ses saillies, souvent contestables, fait de lui un ministre qui a vraiment besoin d’un attaché de presse, capable de mettre des mots élégants sur les attaques politiques qu’il lance tous azimuts. Celui qui triomphe par l’épée mourra par l’épée ? M. Castaner se croit invulnérable, lui dont les oppositions réclament sans cesse la démission.

RICHARD LISCIA

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Comment combattre les « séparés »

Macron hier
(Photo AFP)

On attendait d’Emmanuel Macron un grand discours refondateur de la laïcité. Il a préféré changer de sémantique. Au communautarisme, il oppose le « séparatisme ». Est-ce une révolution ? Non. Mais ce qu’il veut, c’est changer les mentalités pour mettre un terme à la radicalisation, ou tout au moins la rendre inopérante.

LE PRÉSIDENT a raison sur un point : on ne rétablira pas la paix et la sérénité dans la société française en désignant l’adversaire et en s’opposant non pas aux seuls salafistes, mais en accusant une religion. Il ne faut pas, en effet, désespérer ces millions de musulmans qui, loin de vouloir créer une société hermétique, sorte d’enclave dans le pays, souhaitent participer, comme les hommes et les femmes des autres religions, au mouvement de la communauté nationale. Ce serait rejeter des personnes de bonne volonté qui nous prouvent tous les jours, par de brillants exemples, qu’elles aussi sont capables de trouver une place au soleil. M. Macron n’est pas dupe de la conduite de nombre de ses interlocuteurs musulmans qui, souvent, occupent des fonctions dirigeantes et s’en servent pour influencer leurs coreligionnaires dans le sens d’une obéissance absolue à la loi religieuse, au détriment des us et coutumes républicains. Ceux-là tendent à minimiser la radicalisation qu’ils entretiennent eux-mêmes et ne méritent pas de figurer parmi les référents du gouvernement. Il demeure que, si le chef de l’État s’était présenté à eux pour exiger qu’ils se conforment illico aux règles républicaines, sa force de persuasion aurait été nulle.

De la stigmatisation à la laïcité.

Contrairement à ce qui dit l’opposition, le choix du vocabulaire de M. Macron n’est pas neutre et, si la même opposition craignait qu’il s’engage dans une période d’accommodements avec le ciel musulman, ils peuvent maintenant se réjouir. Le gouvernement a empêché la construction de 27 mosquées en 2019, écarté ou expulsé des imams, surveille, comme le lait sur le feu, les foyers  d’incendie. Mais, en bon stratège, il ne veut pas que les dirigeants du culte musulman, quelle que soit chacune de leurs tendances personnelles, deviennent en général des hommes tentés par le « séparatisme ». Non seulement, il ne suffit pas de combattre une radicalité dangereuse, mais il faut associer à la lutte l’ensemble des musulmans. Ce que, parfois, ils n’ont pas compris eux-mêmes. Pour une raison simple : ils se sentent stigmatisés. Par manque de moyens, ils ne peuvent pas quitter les quartiers où ils sont à la fois les victimes de la pauvreté et les proies du djihadisme. Dans leur attitude, port du voile, retour des moins pratiquants à la prière et à la mosquée, rejet, conscient ou non, de la laïcité, il y quelquefois une conviction, mais souvent la peur des « grands frères » et des maîtres à penser dans des territoires qui échappent au contrôle républicain, donc à la police et aux institutions.

Paramètres singuliers.

Nous aurions tort de blâmer les victimes du chantage. À plusieurs reprises, nous leur avons demandé d’apporter leur contribution à la dénonciation de la violence d’origine religieuse. Mais comment faire quand on est directement menacé parce que l’on veut être un citoyen français comme les autres ? Ce sont ces paramètres singuliers que le chef de l’État a inclus dans son discours. Non seulement il est de son devoir de rassurer des populations elles-même terrorisées par une violence qui n’est pas à sens unique et installée dans l’univers de la drogue, mais il doit les protéger contre la délinquance et le crime, au même titre qu’il est censé le faire pour tous ses concitoyens. Toujours plus de sécurité ? C’est un principe qui nous vaudrait des milliers de djihadistes supplémentaires. La première chose à faire consiste à rappeler aux musulmans qu’ils sont des Français part entière. La deuxième, bien plus difficile à appliquer, c’est de les protéger du poison pseudo-religieux. Ce qui n’empêche pas la fermeté, celle que réclament nos concitoyens à cor et à cri. L’opposition se plaint de l’approche, douce et feutrée, de M. Macron. Mais, dans tous les appels à une riposte violente, il y a les ingrédients d’une guerre civile.

RICHARD LISCIA

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La piste du dissident russe

Piotr Pavlenski
(Photo AFP)

Bernard Griveaux a abandonné sa candidature à la mairie de Paris et été remplacé par Agnès Buzyn. Les circonstances de sa décision restent mystérieuses. Deux personnes ont été interpellées et déférées chez le juge.

LE POT-AUX-ROSES a vite été découvert, mais l’affaire reste en tous points mystérieuse et opaque. Un dissident russe, qui a obtenu l’asile politique en France, mais qui était recherché par la police à la suite d’une rixe dans un bistrot, affirme être celui qui a diffusé la fameuse vidéo mettant en cause M. Griveaux dans une affaire d’adultère. L’homme s’appelle Piotr Pavlenski, il se présente comme un artiste. En Russie, comme en France, il a commis une série d’actes délictueux, par exemple une tentative d’incendie de la banque de France, il est en relation avec les « femen » et profondément anti-Poutine. Il s’est expliqué sur la vidéo. Il estime que M. Griveaux est un menteur et un hypocrite, qui s’est fait photographier avec sa famille dans les magazines français, mais cachait sa relation avec une jeune femme, Alexandra de Taddeo, dont les parents réaffirment avec vigueur qu’elle n’a pas cherché à causer du tort à Benjamin Griveaux et qu’elle est apolitique. Entretemps, elle a rencontré Pavlenski, dont elle serait sincèrement amoureuse, et qui est le seul à revendiquer l’usage pervers de la vidéo.

Un manipulateur manipulé ?

Il n’est pas difficile de croire à cette version des faits : Piotr Pavlenski est un militant politique qui, manifestement, déteste toute forme de pouvoir et s’en prend successivement à Poutine et à Macron sans distinction ni discernement. Il s’est livré à des auto-mutilations publiques, a commis des actes de violence et ne semble pas jouir d’un équilibre mental indiscutable. Il est probable qu’Alexandra sera finalement exonérée par la justice, mais le dossier de Pavlenski est plus lourd et il risque d’être poursuivi à la fois pour la vidéo et pour une bagarre dans un bar qui a fait un blessé.  Il n’est pas non plus tout à fait impossible que Pavlenski, manifestement voué à défendre de multiples causes politiques, ait été manipulé par des services secrets pour jeter le trouble dans la campagne des municipales, cette dernière piste étant peu vraisemblable, même si les agents russes sont parfaitement capables de concevoir un scénario aussi délirant. Bref, il ne faut pas exclure que le manipulateur soit manipulé.

Que la justice passe.

Beaucoup de personnalités politiques estiment que, l’affaire de la vidéo relevant de la stricte vie privée, Benjamin Griveaux aurait dû poursuivre sa campagne. Ils s’appuient sur l’idée que la violation de l’intimité d’un homme politique ne doit pas être récompensée, que l’adultère n’est pas un délit, et que la France ne doit pas sombrer dans le puritanisme américain. Il s’agirait plutôt d’un néo-puritanisme car l’Amérique de Trump ne semble pas se soucier des frasques de son président quand il n’était qu’un promoteur immobilier. Trump, comme chacun sait, a neutralisé une femme qui prétendait avoir couché avec lui, en lui envoyant son avocat qui lui a remis la somme de 130 000 dollars. Par ailleurs, une vidéo existe qui montre Trump, longtemps avant son élection,  expliquant à un jeune journaliste que l’on séduit les femmes en plongeant la main entre leurs cuisses. Il ne semble pas que cette séquence ait eu le moindre effet sur la campagne de Trump en 2016, ni sur son élection, ni sur sa popularité ni dans la campagne actuelle. M. Griveaux pouvait s’appuyer sur ce précédent pour se juger, sinon innocent, inattaquable en invoquant la défense de la vie privée. Cependant, dans l’opinion publique française, court le sentiment que, dans ces conditions, l’ancien candidat à la mairie de Paris, aurait dû s’abstenir des séances de photo en famille avec les magazines populaires.

En somme, l’accusation de Pavlenski, à savoir que Griveaux est un hypocrite et un menteur, ne semble pas infondée, pas plus qu’elle n’est rejetée par le public français. Que son indignation ait guidé le geste de Pavlenski est une autre affaire. Sa confusion entre les systèmes électoraux en Russie et en France ne le qualifient guère pour porter un jugement sur qui que ce soit. Il est temps que la justice passe.

RICHARD LISCIA

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Buzyn candidate à Paris

Agnès Buzyn
(Photo AFP)

Nouveau coup de théâtre dans la campagne des municipales : après avoir refusé de remplacer Benjamin Griveaux, la ministre de la Santé et des Solidarités, Agnès Buzyn, a finalement accepté, dimanche après-midi, de se porter candidate de la République en marche à la mairie de Paris.

CETTE désignation inattendue, on la doit sans doute à la pression exercée par le chef de l’État sur celle qu’il faut bien appeler l’ancienne ministre. C’est en effet un choix éminemment politique qui peut satisfaire les marcheurs et leur chef mais qui ne fait pas l’affaire de Mme Buzyn, venue de la vie civile, extrêmement compétente en médecine, mais pas en politicailleries. Comme l’a démontré la démission de M. Griveaux, il n’y a que des coups à prendre dans cette campagne que les réseaux sociaux et la passion conquérante ont transformée en coupe-gorge. Les médecins qui suivent ce blog seront surpris de ce rebondissement car, en bonne logique, ils auront pensé que les fonctions de Mme Buzyn jusqu’à aujourd’hui étaient infiniment plus importantes que la mairie de Paris. Elle avait non seulement la charge, très lourde, de la sécurité sociale, de la santé (et, en ce moment, de la lutte contre le coronavirus) mais aussi l’explosif dossier des retraites. Obligée de compter sou à sou les aides financières à l’hôpital et à la médecine de ville, Mme Buzyn n’était pas particulièrement populaire dans le corps médical. Mais elle l’était certainement aux yeux des marcheurs qui, pour remplacer Griveaux, voulaient un ou une candidat (e) au moins aussi connu(e) que lui. C’est donc bien malgré elle, mais cela dénote aussi son sens du devoir, que l’ancienne ministre a fini par accepter.

Remonter la pente.

On saura assez vite si le choix de la REM aura été utile. Il implique déjà qu’aucun accord n’ayant été conclu avec Cédric Villani, dissident de la République en marche, la nouvelle candidate va devoir remonter aussi vite que possible une pente ardue. Or pas plus que Mme Buzyn n’aime la politique, elle ne connaît les problèmes spécifiques de Paris. Déjà, les commentaires sarcastiques pleuvent : elle « abandonne » la santé des Français, elle ne sait rien de la vie dans la capitale, sinon qu’elle est elle-même parisienne, elle ne dispose ni des soutiens d’Anne Hidalgo ni du machiavélisme de Rachida Dati, elle est plus un drapeau, un symbole, une icône, qu’un général stimulé par le danger et la difficulté de l’offensive. Mais faut-il avoir bachoté pour devenir maire ? Le calcul fait par Emmanuel Macron est très significatif : Buzyn est la personne qui convient dans un processus électoral extraordinairement chahuté. Justement, elle ne fera pas de la petite politique ; altière et calme comme d’habitude, elle portera le programme de la REM avec tranquillité et dignité. Elle n’a pas les arêtes de son prédécesseur (arrogance, suffisance). Elle est en mesure de retrouver au moins une partie des suffrages qui sont passés de la REM à LR. Face à Hidalgo, elle est à la fois la petite nouvelle et un poids-lourd comparable à la candidate socialiste. Mieux que Bernard Griveaux, que Villani détestait, elle pourrait convaincre l’inébranlable dissident de rejoindre la REM au second tour.

Question de panache.

Ce qui est important pour les citoyens en général ne l’est pas nécessairement pour un parti. La République en marche et le macronisme ont reçu, ces temps derniers, de ces coups si terribles qu’on ne peut y survivre qu’en recourant à la surprise et au panache. Agnès Buzyn n’est pas la Parisienne idéale des Parisiens mais c’est sûrement le chapeau à plumes du chef de file. On sait déjà  que le Dr Olivier Véran, député de la REM, prend le portefeuille de Mme Buzyn, preuve que nul n’est irremplaçable. Ce tour de passe-passe souligne que la République a perdu assez de ses bons militants dans des affaires funestes pour se permettre d’en perdre dans l’espoir de gagner une bataille. La campagne des municipales rappelle aussi qu’elles représentent un enjeu important, peut-être aussi important que les législatives ; qu’elles soulèvent en tout cas des passions énormes (et maintenant des coups de Jarnac insoupçonnés) ;  que, fait complètement inédit, ce sont trois femmes, Anne Hidalgo, Rachida Dati et désormais Agnès Buzyn qui vont se battre pour la mairie de la capitale. Il n’y aura que les ronchons et les grognards pour s’en plaindre. En vérité, s’ils critiquent la décision de Mme Buzyn, c’est parce qu’ils la craignent.

RICHARD LISCIA

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La boue électorale

Benjamin Griveaux
(Photo AFP)

Benjamin Griveaux, candidat de la République en marche à la mairie de Paris, victime d’une vidéo qui montrerait un aspect négatif de sa vie privée, a démissionné ce matin. La REM reste dans la bataille des municipales à Paris, mais elle va devoir se trouver un chef.

LA CLASSE politique a réagi avec élégance (mais aussi avec des larmes de crocodile) à ce nouvel épisode scandaleux des élections municipales. Nous avons assisté à un concert des indignés de tous les partis qui figurent dans la compétition, y compris les pires adversaires de la REM. Cette réaction unanime cherche à combattre le poison mortel introduit par les réseaux sociaux dans le processus électoral : la crainte des candidats ne vient plus d’un rapport de forces entre la popularité des uns et des autres, mais de l’épée de Damoclès ainsi suspendue au-dessus de leurs têtes par les « révélations », vraies ou fausses, d’internautes malfaisants. Je ne peux donc qu’accompagner les déclarations, toutes hostiles à cette intrusion des réseaux sociaux dans la campagne : c’est un choc personnel pour M. Griveaux et sa famille. C’est une honte que le système démocratique soit ébranlé de la sorte par des moyens pernicieux. La perversité des voyous qui ont lancé l’attaque contre l’ancien candidat relève de l’ignominie. Il ne s’agit plus d’élections locales et de leur importance relative dans la vie politique nationale, il s’agit d’un acte qui corrompt, longuement et profondément, une démocratie laquelle, rappelons-le, est « le pire de tous les systèmes, à l’exception de tous les autres ».

Le mal, c’est l’autre.

Cette fois, dans les partis, du RN à LFI, de LR au PS, le consensus est solide. Je n’ai entendu jusqu’à présent qu’une voix pour relativiser la drame dans lequel M. Griveaux est plongé : celle d’un spécialiste des sondages selon lequel le processus électoral, dans toutes les démocraties du monde, est soumis aux coups portés au-dessous de la ceinture. Il pense aussi que M. Griveaux, n’étant pas né de la dernière pluie, savait très bien ce à quoi il s’exposait. Et pour mieux renforcer son étrange jugement, il invoque le Citizen Kane d’Orson Welles, qui démontre la déformation d’un résultat électoral par des manœuvres sordides. Nous ne sommes ni en 1936 ni au cinéma et si des dangers de corruption pèsent sur la république, nous luttons tous les jours pour nous en débarrasser. Les ténors de la politique ont fort bien compris que cette manière de raisonner desservirait leur propre cause. On a déjà eu des partis qui s’estimaient irréprochables, mais ne l’étaient pas, et ne voyaient le mal que chez les autres.

Protéger le système.

On ne sait pas trop ce qu’il y a sur l’immonde vidéo, et mon respect de l’éthique ne me permet pas de poursuivre l’enquête au point d’aller voir. Mais la « culpabilité » de M. Griveaux pourrait bien être factice et le site délinquant est dirigé par un citoyen russe quelque peu déséquilibré, une sorte de provocateur proche des « Pussy Riots », et manipulé par  l’avocat Juan Branco, proche de LFI, qui a juré la perte de Macron. Encore une intrusion russe dans la vie politique d’États étrangers et souverains ? En tout cas, M. Griveaux a porté plainte et il a raison : il faut en finir avec toutes les formes de diffamation , de désinformation ou de dénigrement abusif. L’affaire Griveaux doit nous conduire à une réflexion. Le sort d’un candidat doit-il dépendre d’accusations, qu’elles soient diffamatoires ou non, mais qui n’ont, de toute façon, aucun rapport avec son programme ? Ne doit-il pas, en revanche, être jugé sur sa compétence, ses engagements électoraux ou la qualité de son projet ? En d’autres termes, doit-il démissionner ? M. Griveaux a jugé indispensable d’abandonner le match parce qu’il a vu, dans l’accident de parcours dont il est victime, le risque d’éclatement de son foyer. Ce n’est, en tout état de cause, pas lui qu’il faut juger. En revanche, nous devons dénoncer avec force et constance l’ignominie de ses adversaires tapis dans l’ombre qui souhaitent moins battre l’adversaire que d’occire l’ennemi. Nous devons voter sans subir la moindre influence. Nous sommes nous aussi les victimes de la vidéo scandaleuse parce que notre choix est modifié par le cynisme d’un tout petit nombre. La justice doit intervenir pour interroger les éventuels suspects afin de protéger le scrutin, y compris les scrutins à venir.

Dans le cas de mairie de Paris, tous les candidats sont perdants. Anne Hidalgo était pratiquement certaine de sa réélection, mais il sera facile (et injuste) de lui reprocher une victoire gagnée grâce à une indiscrétion. Cédric Villani, dissident de la REM, ne sera pas renforcé par le départ de M. Griveaux. Et si Rachida Dati l’emporte, on attribuera ce miracle non au nombre de voix obtenu, mais à un  effet du scandale. Dans un premier temps, la REM doit trouver un leader charismatique capable de reprendre le flambeau. Ce ne sera pas facile et cela ressemblera plus à un calvaire qu’à une marche triomphale.C’est peut-être la raison pour laquelle Marlène Schiappa a refusé la fonction, ce qui est dommage dans la mesure où elle sait s’exprimer et conduire une équipe. Mais les marcheurs sont déterminés : leur volonté est de continuer à se battre, et cette fois, avec encore plus d’acharnement. Dans un deuxième temps, il va falloir apporter de nouvelles protections au système électoral.

RICHARD LISCIA 

 

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Forte baisse du chômage

Macron (souriant) à Chamonix
(Photo AFP)

Les bonnes nouvelles ne volent pas en escadrille, pour paraphraser Chirac, mais elles arrivent parfois. Le taux de chômage est tombé de 0,4 % pendant le dernier trimestre de 2019, ce qui fait de la promesse d’Emmanuel Macron, qui parlait pendant sa campagne d’un taux de 7 % à la fin de son mandat, une perspective tout à fait accessible.

REMERCIER Macron ? Le travail avait été bien préparé sous François Hollande avec diverses mesures en faveur de l’emploi qui donnent aujourd’hui leur plein effet. Il n’est donc pas admissible d’accorder au président actuel tout le mérite d’une réduction sensible du taux de chômage à laquelle son prédécesseur a beaucoup contribué. Qu’ils se chamaillent tous les deux sur les tréteaux n’enlève rien à un fait majeur qu’ils ont fort bien compris : à savoir que, sans réformes puissantes, le taux de chômage, structurel en France, ne baisserait pas. Non seulement il recule, mais on observe le phénomène dans une période de grande détresse économique qui affecte l’Europe. Si M. Macron a un mérite, c’est bel et bien de réduire le chômage sans bénéficier d’une croissance vigoureuse. La France a perdu 160 000 emplois en 2019, mais elle en a créé 260 000, soit un solde positif de 100 000.

On a baissé le coût de l’emploi.

Cette observation entraîne une double analyse : la première est que le « on a tout essayé » prononcé à tort par François Mitterrand il y a plus de trente ans ne voulait rien dire. Il n’avait pas essayé de changer les structures économiques et sociales du pays : pire, il a continué à distribuer de l’argent qu’il n’avait pas, semaine des 35 heures, dont nous n’avons pas fini de payer le prix, semaine supplémentaire de vacances pour les salariés, hausses inconsidérées du Smic. Et aujourd’hui encore, le dogme de la redistribution considérée comme une planche de salut figure aux programmes de plusieurs partis, le PS, le RN,  LFI et les Verts. On ne répartit pas entre les citoyens la richesse que l’on n’a pas créée. Il faut donc baisser le prix de l’emploi, et améliorer les revenus en diminuant les charges. Depuis la seconde moitié du mandat de M. Hollande, c’est ce que l’on a fait. Cependant, il faut se rappeler de quelle manière, dans quel climat, dans quel chaos et quelle violence, les réformes de Hollande, puis de Macron ont été et seront votées. Il suffit de voir à quel point les diverses oppositions à la République en marche sont attachées à leurs vieilles lunes pour comprendre que l’expérience historique d’un changement de paradigme n’est entré ni dans les cerveaux ni dans les mœurs.

La seconde analyse, c’est qu’il n’y aura pas de salut national si nous ne poursuivons pas les réformes. Il ne s’agit pas, ici, d’encenser Macron ou d’applaudir Hollande. Il s’agit de convaincre nos concitoyens qu’après avoir essayé tous les dogmes sans succès, après avoir mis dans la rue des centaines de milliers de gilets jaunes et de camarades syndiqués, après avoir démoli les centres des grandes villes et une flopée de commerces, on a réalisé exactement le contraire de ce que le peuple exigeait. Quoi ? La réforme est impitoyable ? Ni Hollande ni Macron n’ont sacrifié l’assurance maladie ou les retraites à leur politique socio-économique. Cessons de geindre. Respectons les institutions. Renonçons aux rêves incapables de se transformer en réalité. Et d’ailleurs la réforme ne s’adresse pas qu’aux salariés, elle doit intervenir dans tous les domaines, elle doit contrôler les banques davantage, elle peut taxer les très riches davantage, elle peut affecter plus d’argent aux besoins sociaux. Elle n’est pas limitée dans le temps et elle n’est pas unique. Elle doit s’étendre à tous les champs d’activité industrielle et commerciale.

Aucun compliment.

Que le gouvernement tire une satisfaction d’une affaire qui marche, pourquoi pas ? Personne ne lui fait de compliments, alors que l’intérêt du peuple a cette fois été bien servi et qu’il faut bien qu’il se vante de son succès. La baisse du chômage est une douche froide sur les attentes électorales de l’opposition. Mais elle réconforte sûrement la majorité et celui qui la dirige. C’est d’ailleurs une situation très drôle : les Verts diront que ce choix de croissance n’est pas favorable au climat ; la  France insoumise dira que les inégalités se creusent ; la droite dira qu’on peut encore accentuer les réformes (mais à quel prix politique ?) ; le RN dira que la baisse du chômage ne résout rien tant que nous resterons les vassaux des gnomes de Bruxelles. Il y a un mot qui fut prononcé un jour par François Fillon et dont il a fait un livre : « Faire ». Au lieu de bavasser, de soliloquer à l’infini sur des options qui sont les cauchemars des autres, de proposer et contre-proposer, il vaut mieux agir. La parole n’a aucun intérêt. Seule l’action est estimable. Fillon ne s’est pas conformé à ce principe. Et on peut penser ce que l’on veut de Macron, mais lui, il fait.

RICHARD LISCIA

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USA : primaires bizarres

Première victoire de Bernie
(Photo AFP)

Dans le New Hampshire, c’est Bernie Sanders, sénateur du Vermont qui l’a emporté, devant Pete Buttigieg, qui vient de gagner l’Iowa, Amy Klobuchar et Joe Biden, qui arrive donc quatrième et devra se refaire une santé dans les États du Sud s’il veut rester en piste.

LES démocrates n’offrent pas ou pas encore le spectacle d’un parti politique capable d’écraser l’affreux Donald Trump. Pete Buttigieg, qui n’a jamais été que maire de South Bend dans l’Indiana, est en deuxième position dans le New Hampshire, après avoir gagné (mais d’un cheveu) dans l’Iowa, qui est plutôt un caucus, une sorte de tirage au sort aussi démocratique que la loterie. Mais la question est : Buttigieg peut-il être élu un jour président des États-Unis ? La réponse d’un analyste raisonnable est non. Certes, il n’a que 38 ans, dans une année électorale où ne s’affrontent que des gens âgés de plus de 70 ans; certes ce qu’il dit est sensé, et il fait d’éloquents discours. Certes, il a combattu en Afghanistan. Mais qui le voit vraiment parvenir au but avec son seul talent oratoire contre l’un des candidats républicains les plus malhonnêtes et les plus pervers de l’histoire ? En réalité, le meilleur candidat démocrate ne peut être qu’un centriste, un homme (ou une femme) qui puisse apparaître comme l’antidote de ce lent poison que distille M. Trump. Donc, Joe Biden devrait être le mieux placé.

Le socialisme ne fait plus peur.

S’il ne l’est pas, c’est d’une part parce qu’il a cru qu’il était le candidat naturel du parti démocrate, ce qui est vrai, mais qu’en outre, il n’avait pas besoin de faire des efforts particuliers. M. Biden a une très forte expérience, il représente à n’en pas douter la plupart des idées de Barack Obama, mais il est âgé et le nombre d’appétits dans le camp démocrate à cause même de la personnalité du président en exercice aurait dû l’alerter. Jusqu’à présent, il n’a prononcé aucun mot décisif. Sanders est lui aussi âgé, mais au moins ce qu’il dit remue les cœurs. Le vieux sénateur blanchi sous le harnais, qui n’accepte que des dons personnels, fait une campagne dont l’éthique est parfaite. De plus, comme Trump est le candidat républicain le plus réactionnaire de l’histoire, Bernie, comme l’appellent les Américains, ne fait plus peur à personne avec son « socialisme ».

Il manque aux démocrates une stratégie.

Si vous me demandiez mon pronostic, je vous dirais que Sanders sera le candidat investi par le parti démocrate, mais que ses positions économiques et sociales (sans compter la résurgence de l’antisémitisme aux États-Unis comme ailleurs) lui coûteront la Maison Blanche. Qu’est-ce que tout cela signifie ? Que l’on est médusé par l’apathie du parti de l’opposition, par son incapacité à diriger les électeurs démocrates vers le candidat le plus à même de remporter non pas les primaires, mais l’élection présidentielle, que certes, s’agissant de l’une des expériences les plus démocratiques du monde (sans d’ailleurs figurer dans la Constitution), je n’encourage personne à la manipuler, mais tout de même : Trump est fort, il faut une stratégie pour le battre. En tout cas, le président sortant n’a pas les scrupules du camp adverse. Le risque est grand que les Américains réélisent leur saltimbanque préféré. Cette situation politique est le produit logique de l’élection de Barack Obama en 2008. Les Américains ont été les premiers à être surpris de ce qu’ils avaient faire : ils ont élu un Noir. Du coup, les femmes, les homosexuels, les Noirs, mais aussi les élus les plus à gauche croient que leur heure est venue.

Le message que contient la cote de popularité de Trump, qui atteint pratiquement 50 %, justement parce qu’il a été empêché, c’est que le noyau trumpiste est la moitié du fruit, et que, en dépit des inégalités sociales qui vont croissant, la « réaction » à l’abondance de candidats appartenant à des ethnies diverses ou préconisant des solutions radicales, c’est ce que l’on peut appeler désormais le « trumpisme », la politique de la force, le cynisme, l’égoïsme national, le renversement des alliances. Inutile de convoquer la logique : le bilan de Trump (sauf bien sûr en économie) est négatif, mais ses électeurs vous diront que cet homme est parfait. Cela dit, Joe Biden a encore une bonne carte à jouer : les primaires dans le Sud profond, dont la plus importante a lieu le 3 mars dans plusieurs États. Là, pour le « super-Tuesday », les Noirs voteront pour lui comme un seul homme. Pourquoi ne voteraient-ils pas pour Bernie, me demanderez-vous ? Parce que Biden est l’héritier d’Obama, son principal atout.

RICHARD LISCIA

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La culture de la drague

Maryvonne del Torchio et Didier Gailhaguet
(Photo AFP)

La démission de Didier Gailhaguet, président de la Fédération des sports de glace, à la suite du scandale des agressions sexuelles contre des patineuses, n’est pas le dernier mot de l’affaire, choquante à tous égards et suivie de révélations qui aggravent le débat.

M. Gailhaguet a été aussitôt remplacé par Maryvonne del Torchio, dont le premier geste, paradoxalement, a consisté à exonérer son prédécesseur, qui n’est parti qu’après avoir traité la ministre des Sports, Roxana Marineanu, de « dictateur ». Étant d’origine roumaine, a-t-elle répondu, je sais ce qu’est une dictature et la France n’en est pas une, tandis que M. Gailhaguet estimait qu’il avait pris une « décision sage » : on n’est jamais si bien servi que par soi-même. C’est un livre publié par l’ancienne championne patinage artistique, Sarah Abitbol, un témoignage émouvant et sincère, qui a mis le feu aux poudres, non seulement dans les sports de glace mais dans la plupart des disciplines sportives. Aussi peut-on s’attendre à de nouveaux scandales que les dirigeants du sport français ne pourront pas balayer sous le tapis.

Un abus de pouvoir.

La France ne fait pas exception à une tradition sinistre qui empoisonne le sport dans de nombreux pays et exige le courage dont a fait preuve Mme Marcineanu. Dans le cas du sport, l’agression sexuelle, quand ce n’est pas le viol pur et simple, résulte aussi d’un abus de pouvoir, le coach ayant sur ses élèves, naïvement confiés à lui par leurs parents, une autorité qu’ils n’ont pas à discuter. Que certains (mais pas tous, car il ne faut surtout pas généraliser) se soient permis même l’impensable mérite une sanction que la prescription annule. Mais la justice n’est pas autre chose que la recherche de la vérité et il faut qu’elle soit établie. Pour sa défense, M. Gailhaguet déclare qu’il a réagi en leur temps à un certain nombre de révélations. Il n’est pour rien dans les agressions subies par les jeunes victimes, mais il n’a pas su ou voulu y mettre un terme en frappant le mal à sa source.

Jusqu’à présent, la tendance générale de la société française était de relativiser ce qu’elle considérait peut-être comme des péchés mignons. Il n’empêche que toute demande de faveurs adressée, pression physique à l’appui, par un homme à une femme, mineure de surcroît, doit être bannie. Non pas que les relations sexuelles doivent être gouvernées par une autorité supérieure qui risque de confondre amour et sexe, libido et tendresse, attirance et pulsion. Mais l’adolescence est la phase ultime de l’enfance qui doit être préservée comme un trésor parce que, par définition, elle ne dure pas, elle est fugace et elle est fragile.

Une coalition des bonnes volontés.

Défendre les filles et les femmes contre les corps musclés et impérieux des hommes plus mûrs représente donc un devoir social, qui semble avoir échappé à M. Gailhaguet. Ce procès que lui fait l’opinion publique d’aujourd’hui indignerait Pierre Choderlos de Laclos qui nous a démontré, avec un talent dangereux, qu’une femme, au bout du compte, ne résiste pas aux avances masculines et que, pour qu’elle se rende, il faut seulement un peu de temps. L’esprit français, capable d’innovations admirables, est marqué encore maintenant par la culture de la séduction. Vous aurez tous remarqué la douceur des propos du séducteur, ses manières particulièrement courtoises (et hypocrites), la manifestation d’un amour incontrôlable qui ferait de lui l’esclave de sa proie. Il n’en est plus rien aujourd’hui : la drague se résume à des insultes, à l’usage de la force, à la violence. C’est insupportable pour les victimes et pour les hommes, et ils sont nombreux, qui demeurent incapables de se conduire de cette manière et ne sont pas moins scandalisés que les femmes.

D’une saine coalition entre elles et eux naîtra le début de la formation d’une société plus policée. Jusqu’à présent, il y avait dans le comportement masculin l’ingrédient d’un libertinage associé aux beaux discours, donc au savoir. Aujourd’hui, le politiquement correct a changé de camp. Ah, c’est sûr, le règlement peut faire autant de ravages que le laxisme. C’est pourquoi aucune réforme ne peut être limitée par le temps. Il faut sans cesse remettre le métier sur l’ouvrage.

RICHARD LISCIA

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Le désarroi de la majorité

La contestation n’a pas diminué
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Emmanuel Macron reçoit mardi prochain les députés d’En marche pour les rasséréner. Ils se plaignent en effet de ce qu’il les a traités de manière cavalière, notamment lorsqu’il leur a demandé « plus d’humanité » après leur refus d’entériner une proposition de loi portant de 5 à 12 jours le congé d’un parent en deuil après la mort de son enfant.

ILS ont raison sur au moins un point : entre les consignes de vote et la recherche d’un vote humaniste, il y a souvent une contradiction difficile à résoudre. Mais ce n’était pas le cas. Le président de la République a voulu sans attendre échapper à la critique publique en dénonçant le scrutin dès qu’il a commencé à entendre les vitupérations, toujours bruyantes, de l’opposition. Il semble toutefois que le désaccord entre le chef de l’État et les députés de la République en marche soit bien plus profond qu’une simple péripétie tactique à l’Assemblée. Constatons que les défections d’élus de la REM sont de plus en plus nombreuses, ce qui réduit la marge de manœuvre de la majorité. Entre ces départs et la résistance à toute discipline de vote chez ceux qui sont restés, les bataillons de la réforme des retraites, pas moins choqués que d’autres sur le sens et les éléments de ce projet de loi, diminuent, au profit d’ailleurs des députés du MoDem qui, après avoir apporté, assez fidèlement depuis près de trois ans, leur contribution à la vague du changement, risquent de devenir les ultimes arbitres de la politique réformiste.

Un malentendu ?

L’art de M. Macron est de ne jamais paraître gagné par la panique quand son programme est contesté par ses forces vives. Il ne s’agirait que d’un malentendu. Il a déjà prouvé qu’il peut reprendre par le verbe ce qu’il a perdu dans les actes. Il va s’adresser aux élus REM mardi et il leur fera changer d’avis. C’est ce qui s’est passé lors du fameux « grand débat » qui lui a permis de reconquérir nombre de maires. Comment n’impressionnerait-il pas ceux qui lui doivent leurs fonctions, lui qui a convaincu ceux qui ne lui doivent rien ? Son optimisme se heurte toutefois à quelques phénomènes qui ne le renforcent guère. M. Macron ne peut pas nier que le temps passé par la majorité sur les retraites n’a pas permis de clarifier le débat, que la communication de son gouvernement a été nulle et non avenue, que, au fond, il a lui-même compliqué ce qui déjà n’était pas simple, sans doute parce qu’il a changé d’avis à plusieurs reprises, rejetant l’âge-pivot pour en faire ensuite l’axe de sa politique en invoquant la préoccupation comptable.

Un colosse aux pieds d’argile.

Les députés qui ont quitté la REM se plaignent d’un ensemble de décisions, et pas seulement de la réforme des retraites. Ou bien ne supportent-ils plus les protestations de leurs mandants. Ou bien sont-ils saisis par une besoin d’éthique qui n’est plus satisfait par les allers-retours incessants du Premier ministre, Édouard Philippe, sur le contenu de la réforme des retraites. On les comprend, mais en même temps, ils ont tendance à oublier qui les a faits rois. Ils ont oublié que, même si leur majorité est écrasante, c’est un colosse aux pieds d’argile, du fait des états d’âme de presque tous et des défections de quelques-uns. Ils ont moins la vision de l’enjeu général, la victoire ou la défaite d’une politique centriste, comparée au danger de l’arrivée des extrêmes au pouvoir. Comme les frondeurs socialistes, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis. Le président, après les avoir câlinés, ne manquera pas de leur rappeler.

RICHARD LISCIA

 

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États-Unis : la scission

 

Le Congrès applaudit debout
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Donald Trump a ridiculisé le fiasco des primaires démocrates dans l’Iowa, comme si cette terrible pantalonnade n’était pas le symptôme d’un grave échec de la démocratie. Il jubile depuis que le Sénat, à majorité républicaine, donc à sa botte, l’a acquitté de l’impeachment voté par les représentants démocrates. Peut-être sera-t-il réélu en novembre prochain, mais pour gouverner quel pays ?

Mardi, le président des États-Unis a prononcé son discours sur l’état de l’Union devant le Congrès réuni en séance solennelle. Peut-être s’agit-il d’un rite ou d’une tradition, mais c’est aussi le moyen de déployer les splendeurs de la république. En arrivant au Capitole, M. Trump a tendu le texte de son discours à Nancy Pelosi, présidente de la majorité démocrate à la chambre des représentants. Elle a voulu lui serrer la main, il a feint de l’ignorer. Quand il a fini son oraison, longuette et toute à sa gloire, elle s’est levée et a déchiré les feuillets du discours. Jamais l’Amérique n’a été aussi divisée. Jamais l’hostilité entre les deux camps, entre majorité et minorité, entre républicains et démocrates, n’a été aussi profonde et aussi irrémédiable. En 2017, des millions d’Américains ont manifesté dans les rues pour crier que Trump n’était pas leur président. La connivence entre Trump et les élus républicains qui, après l’avoir boudé, ont cru comprendre que leur destin dépendait de lui, rend sa défaite à l’élection présidentielle pratiquement impossible.

L’erreur des démocrates.

Ce n’est pas que les démocrates soient des anges ou qu’ils soient parés de toutes les vertus dont le camp adverse serait dépourvu. M. Trump, par d’énormes largesses fiscales, a revigoré l’économie de son pays et a vaincu le chômage. La question concerne moins les perspectives d’un second mandat que quatre années supplémentaires de projets ahurissants et de démarches diplomatiques incompréhensibles, quatre années pendant lesquelles sera appliquée la loi du plus fort, seront utilisés les instruments du cynisme et du mensonge et seront mises en œuvre des politiques sociales de plus en plus inégalitaires et des programmes économiques dangereux pour la stabilité monétaire de la planète.

À ce jour, les démocrates n’ont pas su se donner un chef, un homme ou une femme qui réunisse les qualités d’un président, sang-froid, sens de la stabilité, respect des institutions, défense de l’environnement, diplomatie équilibrée. Qu’un bug informatique ait retardé de deux jours les résultats de l’Iowa n’est pas grave. Ce qui semble infiniment plus sérieux, c’est que les électeurs n’aient pas la possibilité de voter pour un candidat ou une candidate qui soit ardemment centriste, c’est-à-dire à l’écart des dogmes et des simplifications. Joe Biden semblait faire l’affaire, mais le voilà déjà à bout de souffle, dépassé par Bernie Sanders et par un jeune homme, Pete Butigieg, charmeur et dynamique, mais privé d’expérience et qui, en outre, ne risque pas d’attirer les franges républicaines dont Trump n’est pas la tasse de thé.

Une importance pour le monde.

L’ai-je suffisamment répété ? Une élection présidentielle aux États-Unis a une importance énorme pour le monde entier. Nous ne pouvons pas élire le président dont la politique aura un effet direct sur chacun d’entre nous et nous devrons subir le choix des Américains, quel qu’il soit. M. Trump a sans aucun doute revigoré l’économie américaine, d’où un taux de popularité insolent. Mais il a dévasté le commerce mondial, il a lancé, du côté de l’Iran et de la Corée du Nord, des démarches qui ont abouti à un échec complet. Il a mis un plan de paix pour le Proche-Orient qui laissent indifférents ou hostiles les gens les plus concernés, c’est-à-dire les Palestiniens.

Il apparaît comme le défenseur intransigeant des Israéliens, mais si on se souvient de ce qu’il a fait aux Kurdes, on ne croira pas que ce spécialiste du renversement des alliances protègera Israël sans y trouver son intérêt. Il s’associe plus aisément avec des dictatures qu’avec des régimes démocratiques. Il ne poursuit pas Poutine de sa colère et pour cause : il sait trop combien il lui en coûterait si sa connivence avec Moscou était révélée et documentée. Il n’a d’ailleurs échappé à une sanction du Sénat que parce que les sénateurs républicains ont refusé d’entendre les témoins à charge. C’est un immense manipulateur.

RICHARD LISCIA

 

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