Une tragédie franco-américaine

Blinken, « l’ami » américain
(Photo AFP)

Le contrat sur la livraison à l’Australie de sous-marins à propulsion nucléaire, qui remplace le précédent, la construction de sous-marins par la France, équivaut à une trahison commise par les Américains et les Australiens. Les conséquences géopolitiques de cette affaire seront multiples et graves. 

ON SE PERD en conjectures sur ce qui a motivé le président Biden : les négociations entre Canberra et Washington ont été tenues secrètes et la France, contrairement à ce qu’a fait savoir le gouvernement des États-Unis, n’a jamais été prévenue. Les dirigeants français, et plus particulièrement le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, n’ont pas contenu leur colère. Ils ont trouvé quelques qualificatifs qui ne ménagent guère la puissance américaine. La crise brutale qui oppose la France à son plus grand allié va bien au-delà d’un appauvrissement industriel, d’une perte d’argent ou d’un problème d’emploi. Même la CGT de nos chantiers navals ne s’inquiète pas outre mesure du sort des salariés, car les carnets de commandes sont pleins. En revanche, quel avenir sera réservé à nos relations avec Washington est une autre paire de manches.

Perplexité.

La surprise et l’indignation n’empêchent pas la perplexité. On ne réagit pas à ce coup bas commis par un allié comme on réagirait à une mauvaise manière imaginée par un adversaire. Non seulement l’Amérique de Biden a rejoint l’OTAN et la lutte contre le réchauffement climatique, mais le chef de sa diplomatie, Anthony Blinken, déclare à qui veut l’entendre son amour pour la France. Bilingue et pro-français, il a passé sa jeunesse dans notre pays. Les Français ne comprennent pas que, dans un geste d’affection, il n’ait pas pris le temps d’informer M. Le Drian de ce qui se tramait. Tout à coup, et Angela Merkel, chancelière allemande, venue à Paris pour sa visite d’adieu à Emmanuel Macron, ne peut pas l’ignorer : la fiabilité des États-Unis, sur laquelle reposent les liens qui nous unissent à eux, a considérablement diminué.

Dissuasion française.

Ce qui semble signifier que l’Europe, comme un vulgaire Afghanistan, est livrée elle aussi à ses adversaires. Certes, la Chine menace les États-Unis, certes, elle fait tout pour qu’un cordon sanitaire soit construit autour d’elle, certes, ses tendances hégémoniques deviennent insupportables et, comme tous les États expansionnistes, elle se déclare victime d’un encerclement occidental. Mais la France est parfaitement capable de contribuer au renforcement des moyens de défense de l’Australie. Le message américain est le suivant : « Nous nous occupons nous-mêmes de la menace chinoise et la France ou l’Europe n’ont rien à faire en Asie ». Ce n’est pas vrai, bien sûr. La France, plus que toute nation européenne possède les moyens de la dissuasion. Elle a un porte-avions nucléaire et elle possède et peut donc produire des sous-marins lanceurs d’ogives atomiques qui, en circulant en mer de Chine, représentent un deterrent réel.

Une revanche du Brexit.

Que la grande Amérique ait piqué un contrat juteux à la petite France serait secondaire si son soudain narcissisme ne traduisait l’humiliation qu’elle a ressentie après sa déroute à Kaboul, si elle n’était pas intéressée par les bonnes affaires et si elle ne se sentait pas assez coupable pour ne pas informer son alliée et rechercher la complicité des Anglais. Il y a autre chose : le Brexit fonctionne très mal. Boris Johnson, le chef du gouvernement britannique, a été obligé, conte toute attente, de différer de plusieurs mois l’application des nouveaux accords commerciaux qui consacrent le Brexit, sans dire à son électorat que son choix du « grand large » est un fiasco pur et simple. L’affaire des sous-marins montre d’abord que l’Union européenne doit renforcer d’urgence ses moyens militaires et de dissuasion et que, avec l’absence des États-Unis et du Royaume-Uni, le seul pays nucléaire capable de tenir la dragée haute aux Russes et aux Chinois, c’est la France.

Un comportement absurde.

Elle montre ensuite que le monde pervers et cynique inauguré par Trump a été adopté par son successeur, ce qui fait que, démocrates ou républicains, pour les Français, c’est la même chose. Dans ces temps compliqués et difficiles, la seule riposte, c’est l’unité européenne, le retour de l’axe franco-allemand (qui va beaucoup dépendre des élections générales de la fin de ce mois-ci outre-Rhin), la fermeté à l’égard de nos adversaires comme de nos alliés. Il est temps de prouver aux Américains que nous pouvons faire ce qu’ils font, qu’ils n’ont pas de leçon à nous donner, qu’ils ont besoin, contrairement à ce qu’ils essaient de nous faire croire, de leurs alliés européens. Leur comportement frise l’absurde. Nous leur envoyons des messages désespérés pour leur rappeler que nous sommes leurs alliés. Ils nous traitent plus mal que nos ennemis.

RICHARD LISCIA

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Macron dans la mêlée

Macron s’appuie sur les institutions
(Photo AFP)

Le rythme de la campagne électorale ne fait qu’accélérer avec les discours et engagements du président de la République qui entend ne rien lâcher aux oppositions et tente frénétiquement d’améliorer son bilan avant l’élection présidentielle d’avril prochain.

EMMANUEL Macron a annoncé hier un plan pour embaucher davantage de policiers (« Je veux voir plus de bleu dans la rue », a-t-il dit), la création d’un centre de formation, la mise en ordre des conditions d’interventions des forces de l’ordre de manière à ce que les manifestants ne soit pas brutalisés.

Si les syndicats de police ne négligent pas ces avancées, elles sont accueillies par le scepticisme des oppositions qui les attribuent aux seuls intérêts électoraux du président. Non seulement les méthodes pour rendre les villes plus sûres ne sont pas nouvelles, non seulement M. Macron ne serait pas sincère, mais il avait tout le loisir de réformer la police bien plus en amont pendant le cours de son mandat.

Zemmour, l’homme qui monte.

Cette façon de jeter aux orties tout ce que propose le chef de l’État ne sera pas jugée positivement par l’opinion publique : le président de la Réplique n’a pas inventé l’insécurité en France. Il a le droit de participer à la campagne. Et il a même le droit d’annoncer des changements, d’ailleurs acceptables dans un pays où Anne Hidalgo a proposé de doubler les salaires des enseignants au mépris du coût d’une telle mesure, quelque 150 milliards d’euros. Une paille.

Elle a néanmoins reconnu qu’elle était allée trop vite en besogne et que ses « experts » allaient se pencher sur cet épineux dossier. Après l’effet de l’annonce, les conséquences. Mais peu importe : tout le monde sait que cette campagne va être sanglante et que  les appels au calme et à la raison n’y feront rien. Pendant ce temps, Éric Zemmour est la petite bête qui monte, qui monte. Un sondage le donne à dix pour cent. Énorme pour un homme qui déboule comme un chien dans un jeu de quilles, pas seulement pour le score, mais pour l’importance de l’électorat qu’il a su réunir.

Le duo fatal du second tour.

Zemmour ne sera sans doute pas élu, mais il a déjà le pouvoir de changer la hiérarchie des candidats. Et avec lui, une chose est sûre, il prive Marine Le Pen da la première place au premier tour, au profit d’Emmanuel Macron, selon une flopée de sondages sortis hier et au début de la semaine. Il l’affaiblit, il renforce Macron qui gagne au second tour, mais toujours contre Marine Le Pen.

On pourrait dire que, dans ces conditions, la fièvre électorale devrait retomber ou que certains candidats pourraient rentrer chez eux et chercher un autre métier. Heureusement, les sondages se sont trompés assez souvent pour qu’on n’en fasse pas les arbitres de l’élection présidentielle et des élections législatives. En outre, il peut se produire,  d’ici avril, des événements inimaginables aujourd’hui. Macron le sait et c’est pourquoi, loin de crier victoire prématurément, il ne cède rien ni sur son bilan, ni sur son image de réformiste qui a tenu parole, ni sur l’audace qui consiste à prévoir des actions étalées sur deux mandats, l’actuel et le prochain qui lui reviendrait sans difficultés. Sa position favorable l’encourage seulement à se battre avec encore plus de vigueur.

Institutions immuables.

Le président est décrié comme aucun de ses prédécesseurs ne l’a été avant lui. Mais de ce point de vue, il n’est victime que d’un usage croissant des réseaux sociaux et de colères dont on a vite fait, dans les milieux politiques, de donner un explication alambiquée. Dans une société qui glorifie l’individu, le seul moyen de se hisser au-dessus de l’incarnation de l’autorité, c’est d’en dire du mal. Le président, pour sa part, court le risque de perdre, comme n’importe quel candidat. Il a néanmoins démontré qu’au-delà du fracas des manifestations, il pouvait forcer l’histoire à ne pas dérailler. La démagogie ou le populisme sont une maladie mondiale par laquelle la France est contaminée. La résistance du président a exacerbé les indignations, les rancœurs, les haines. Il oppose à ce déferlement chaotique d’émotions la carapace que sont les institutions. Il est difficile, peut-être impossible, de les faire vaciller.

RICHARD LISCIA

PS-Pas de blog demain. Je vous retrouve vendredi.

 

 

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Verts : une primaire très sérieuse

Quatre des cinq candidats
(Photo AFP)

Les organisateurs de la primaire des Verts ont obtenu 122 670 inscrits, ce qui laisse augurer d’un scrutin intéressant, même s’il y a cinq candidats.

LE NOMBRE de participants cette année est dix fois fois supérieur à celui d’il y a cinq ans et cinq fois celui d’il y a dix ans. L’élu devrait donc bénéficier d’une position forte. Mais la primaire écolo est ouverte, ce qui signifie que tous les inscrits ne sont pas nécessairement des Verts et que certains voteront pour un candidat assuré de perdre. On compte cinq candidats, Delphine Batho, ancienne et éphémère ministre de François Hollande, qui s’est prononcée pour la décroissance, Jean-Marc Gouvernatori, Sandrine Rousseau, une radicale, Éric Piolle, maire de Grenoble, et le plus connu est Yannick Jadot.

Le résultat du scrutin, connu définitivement le 28 septembre, au termes de deux tours, est donc très aléatoire : d’aucuns se sont inscrits par conviction et pourraient donc voter pour Mme Rousseau, d’autres souhaitent que le prochain président soit un Vert et ils donneront leur voix à M. Jadot ou à M. Piolle, d’autres enfin risquent de s’exprimer dans la seule perspective du rapport de forces à gauche et s’efforceront de faciliter la tâche d’Anne Hidalgo, l’un des candidats socialistes.

Gauche minoritaire.

La stratégie de  Mme Hidalgo ne saurait être indépendante du choix des électeurs de la primaires des Verts. Elle sait qu’elle ne peut améliorer son score que si elle rassemble le maximum d’électeurs ; et encore n’est-elle pas, dans les meilleures conditions possibles, capable de franchir le premier tour. La gauche, en effet, est structurellement minoritaire et un accord entre les socialistes et les écologistes ne leur garantit pas un résultat positif. De deux choses, l’une : ou bien les Verts se donnent un chef qui ne pèsera pas sur le vote final, ou bien ils en élisent un, par exemple Yannick Jadot, qui voudra être calife à la place du calife et représenter la totalité de la gauche, ce qui anéantirait les espoirs de la maire de Paris.

Crash possible.

Même si elle n’en dit pas un mot, Anne Hidalgo a intérêt à ne pas avoir un partenaire Vert dominateur et sûr de lui, comme M. Piolle ou M. Jadot. Tous les ingrédients d’un crash de la gauche sont donc réunis : un candidat vert populaire mettra Mme Hidalgo dans l’embarras et elle n’aura servi qu’à servir de tremplin aux écologistes ; un candidat vert impopulaire ne lui apporterait pas un  nombre significatif de suffrages. Certes, la nécessité peut faire loi : quand la gauche arrivera, à bout de souffle, au terme du premier tour, elle sera sans doute éparpillée entre PS, Verts et France insoumise. Mme Hidalgo peut alors tenter de réunir ces forces disparates, exercice de haute voltige aboutissant à un programme inachevé, car trop de différences idéologiques séparent les trois forces.

Deux vérités contradictoires.

Il y a donc toutes les raisons de penser que le coup se jouera entre Macron et le candidat de l’extrême droite ; ou bien, si Éric Zemmour entre dans la mêlée, entre Macron et la droite. Cas de figure qui convient le moins au président actuel, car sa position face à la droite classique est beaucoup moins forte que s’il lui suffit de battre Marine Le Pen, ce qu’il a déjà fait en 2017. On tirera de ces éléments deux vérités contradictoires : les partis de l’opposition se voient déjà vainqueurs alors que la dispersion, l’abstention et le découragement des électeurs pourraient leur interdire le Graal du second tour ; l’effondrement désormais possible de la candidate Le Pen pourrait ouvrir un boulevard à la droite et poser un sérieux problème au président sortant.

RICHARD LISCIA

 

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Un soupçon de raison

Anne Hidalgo
(Photo AFP)

La campagne électorale bat son plein avec l’annonce solennelle de la candidature d’Anne Hidalgo, la confirmation de l’engagement de Marine Le Pen et le rapprochement de Xavier Bertrand avec son parti d’origine, LR.

LA MAIRE de Paris a fait l’unité du pauvre, celle du PS, alors que Benoît Hamon quitte le mouvement qu’il a créé, Génération.s, ce qui fait de Mme Hidalgo la personnalité de gauche la plus forte à s’engager dans la campagne. Dans la foulée et pour faire bonne mesure, elle a proposé de doubler, rien que ça, le salaire des enseignants en début de carrière. Une louche de démagogie pour lancer sa campagne, vite dénoncée par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui assortit l’idée de la maire de Pais d’une facture de 150 milliards d’euros.

Anne Hidalgo n’est concurrencée que par l’ancien ministre Stéphane Le Foll, qui représente le hollandisme avec autant de conviction que de désespoir, car ses chances sont bien minces, et par Arnaud Montebourg, qui risque d’être balayé par l’enthousiasme qu’elle soulève au PS. Mme Hidalgo souhaite, évidemment, constituer un front avec Europe-Écologie-les Verts, mouvement sans le soutien duquel elle n’a aucune chance.

EELV doit d’abord procéder à une primaire qui aboutira à l’investiture d’une ces cinq candidats en lice et on peut dire que l’avenir de la candidate socialiste dépend étroitement du choix des militants écologistes : s’il s’agit de Yannick Jadot, l’union est possible, sinon elle ne l’est pas. Quoi qu’il en soit, Anne Hidalgo, même si elle est soutenue par les écolos, ne peut pas franchir le cap du premier tour tant que Jean-Luc Mélenchon visera la magistrature suprême. Selon la moyenne des sondages réalisés depuis un an, la totalité des forces gauches, France insoumise et PCF compris, ne dépasse pas 30 % de l’électorat.

La dernière campagne de Marine ?

Lequel est ailleurs, chez Macron par exemple, mais aussi chez Marine Le Pen, triomphaliste de façade en réalité bien embêtée. Elle constate en effet que sa position est affaiblie, qu’une candidature d’Éric Zemmour risque de lui fermer la porte vers le second tour, que la cote de popularité de Macron remonte et que, dans les plus récents sondages, il la devance, ce qui n’était pas le cas en 2017. Dans ces conditions, il n’est pas impossible qu’au terme de sa dernière bataille, elle disparaisse politiquement. C’est pourquoi, au cours du week end écoulé, après avoir délégué ses pouvoirs au jeune Jordan Bardella (26 ans), elle a durci son discours, sans doute pour mieux résister à la vive concurrence de M. Zemmour.

Le « recentrage » auquel elle s’est laborieusement employée a créé des impatiences au sein même du RN où d’aucuns préfèreraient qu’elle ait la clarté des propos zemmouriens, sur un Frexit, sur l’abandon de l’euro et le retour au franc (avec une inévitable dévaluation de 25 % de notre monnaie) et enfin la politique sécuritaire  et migratoire d’un État policier. Il semble pourtant qu’elle nourrisse assez d’arrière-pensées pour ne pas conduire sa campagne électorale avec une trop grande vivacité : celle-ci pourrait être sa dernière, si elle échoue.

Deux candidats que Macron doit redouter.

La droite est bien placée pour reconquérir un leadership qu’elle a perdu en 2017. Le clou dans sa chaussure, Xavier Bertrand, va être bientôt extirpé. Le président des Hauts-de-France commence à comprendre qu’il y a de la noblesse à faire cavalier seul mais qu’elle ne paie pas de dividendes. S’il rentre dans le rang LR, il participera comme les autres à la primaire ; il n’est pas impossible qu’il l’emporte, il est possible que Valérie Pécresse gagne. Les deux candidats à l’investiture de LR ont cet avantage d’être d’authentiques démocrates (plus encore Mme Pécressse que M. Bertrand) ce qui fera d’eux des candidats redoutables pour Emmanuel Macron.

Il serait invraisemblable que le président sortant triomphe avec la marge qu’il a eue en 2017. Il est imaginable qu’il perde face à un candidat de la droite issu de la réunion de toutes les forces LR. Tout ça pour dire que, pour réussir dans la vie, il vaut mieux quitter son parti  pour établir avec lui un sérieux rapport de forces. C’est ce qu’ont fait Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, personnages très respectables, mais qui n’ont été réélus aux régionales que pour abandonner rapidement leurs électeurs et se présenter à la magistrature suprême.

RICHARD LISCIA

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Buzyn devant la CJR

Agnès Buzyn
(Photo AFP)

Ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn a été convoquée aujourd’hui par la Cour de Justice de la République (CJR) pour y subir un interrogatoire au sujet du rôle qu’elle a joué en 2019-2020 dans la pandémie de Covid-19. D’autres ministres, dont le Premier, Édouard Philippe, seront également interrogés par la CJR. 

LES CONSÉQUENCES judiciaires de la gestion du virus par le gouvernement ne doivent pas être prises à la légère : 14 500 plaintes ont été déposées contre différents personnages de l’État et la Cour de cassation, présidée par François Molins, n’en a retenu que 9. Assez pour briser la carrière politique d’Édouard Philippe, d’Olivier Véran, de Sibeth N’Diaye et de beaucoup de gens qui n’étaient en réalité que des exécutants. Dans cette affaire elle aussi, la justice croit jouer un rôle essentiel et apporter sa contribution à la manifestation de la vérité. Mais on va voir que cet épisode judiciaire du vaste récit de la pandémie risque de paralyser n’importe quel exécutif, quelle que soit soit sa couleur politique.

Séisme : à qui la faute ?

Empressons-nous de signaler qu’aucun des personnages visés par les plaintes n’a souhaité que le virus s’implante en France, que tous ont fait de leur mieux pour éviter le décès des malades, même si on dénombre à ce jour plus de 115 000 morts dans notre pays. Dans ces conditions, on pourrait s’en prendre à des ministres pour n’avoir pas prévu un séisme et ses conséquences, une catastrophe ferroviaire ou un carambolage. Pire : la transformation d’un événement naturel en crime commis par l’État fait peser une épée de Damoclès sur la tête de toute personne éligible. Un peu comme si une fusillade dans un quartier de la drogue était imputable au maire de la ville.

On peut donc s’étonner du comportement de la CJR qui aurait pu classer les plaintes sans suite. L’imbrication de plus en plus fréquente de la justice et de la gestion politique crée un malaise dans le pays. Des magistrats nommés ne sauraient disposer d’une supériorité quelconque sur des élus. On a déjà vu, à propos du Sida, que le mise en examen de Laurent Fabius parce qu’il avait été Premier ministre à l’époque de cette épidémie fut considérée comme une forfaiture. Et, si n’importe quel citoyen lambda porte plainte contre un autre, pourquoi les vaccinés ne feraient-ils pas un procès massif aux non-vaccinés sous le prétexte que ces derniers vont les contaminer ?

Une mascarade.

Il est incontestable que Mme Buzyn, au cours d’une période-charnière allant de décembre 2019 à la fin de février 2020, a eu un comportement surprenant, affirmant qu’elle savait tout avant tout le monde, quelle avait informé le gouvernement qui n’aurait pas réagi. Ce qui ne lui a valu aucun reproche d’Édouard Philippe qui l’a placée à la tête d’En marche dans les cadres des élections municipales qu’elle a perdues, non sans avoir dit d’abord que le scrutin était une « mascarade » et qu’elle avait souhaité un report de ce rendez-vous électoral pour cause de pandémie. À n’en pas douter, elle a aujourd’hui le loisir d’expliciter sa pensée, confuse et contradictoire, de l’époque. Elle s’en est félicitée, avant de répondre aux questions. De là à briser sa carrière sous le prétexte que ses choix stratégiques en matière de lutte contre le virus n’étaient pas les bons, il y a un pas que la CJR devrait s’interdire de franchir.

Périple dans l’absurdité.

Elle peut retirer ses propos de l’époque, en les expliquant par une émotion sincère qui aurait fait déraper son discours ; elle peut aussi les confirmer, ce qui mettra ses anciens collègues dans le plus grand embarras. Il n’est nullement impossible que la CJR choisisse de pousser jusqu’à son terme son périple dans l’absurdité et condamne quelques-uns des personnages visés par les plaintes. Ce serait une très mauvaise nouvelle pour la politique et la démocratie en France. On voudrait détruire le terreau de quelques belles carrières politiques que l’on ne s’y prendrait pas mieux. Ce n’est même pas un sujet idéologique, mais une forme de dépérissement d’une démocratie au sein de laquelle toute décision ou mesure de quelque exécutif que ce soit finirait dans une troisième chambre, celle de la justice. Les fonctionnaires en ultimes arbitres électoraux. Est-ce bien sérieux ?

RICHARD LISCIA

PS- Après neuf heures d’audition, Agnès Buzyn a été mise en examen.

 

 

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Déclin de l’Occident : vraiment ?

Jacques Julliard
(Photo AFP)

Le journaliste et essayiste Jacques Julliard publie dans « le Figaro » une tribune où il annonce le « déclin » de l’Occident. Il a d’excellentes raisons d’exposer cette thèse. Mais il nous permettra de croire que l’histoire ne s’est pas arrêtée le 31 août à Kaboul.

LA CONQUÊTE de l’Afghanistan n’est qu’un moment historique dans un récit où les talibans ont perdu, puis gagné des batailles. Ils viennent d’ouvrir un chapitre durable, mais leur installation au pouvoir risque de ne pas s’éterniser, pour diverses raisons liées à leurs excès idéologiques, auxquels ils n’ont guère renoncé, à la pauvreté de leur pays, et surtout parce qu’une insurrection du peuple afghan est possible.

On sait, par exemple, que, livrés à eux-mêmes, les nouveaux maîtres de Kaboul suivront les préceptes religieux qui les conduisent à établir l’enfer sur terre et que, en dépit de l’esprit d’ouverture qu’ils prétendent introduire dans leur gouvernance, ils demeurent des terroristes et des gens qui réprimeront les libertés, qu’ils ont renvoyé les femmes afghanes aux humiliations et à la condition de sous-être, et qu’ils ont déjà écarté de leurs décisions toute forme d’influence libérale.

Un recul durable.

La défaite des États-Unis correspond sans nul doute à un recul général de l’Occident, qui pourrait même durer quelques décennies. En outre, l’Afghanistan n’est pas le seul symptôme d’un affaiblissement de l’Amérique et de l’Europe. Ce sont les valeurs mêmes qu’elles veulent partager avec d’autres puissances qui sont rejetées par des blocs entiers, comme la Chine, la Russie et même l’Inde qui, sous un vernis démocratique, est en ce moment dirigée par un pouvoir hindouiste voué à réprimer et à écarter la minorité musulmane. Or l’Inde et la Chine représentent à elles seules un bon tiers de l’humanité. Cependant, nous n’en sommes plus à l’heure des empires. L’histoire a démontré que ce sont des colosses aux pieds d’argile. Plus leurs territoires sont étendus, moins la vie chez eux devient supportable et arrive enfin le jour ou une subversion interne abat les dictateurs auto-désignés qui accaparent le pouvoir.

Mère-patrie.

Et ne pensent qu’à le garder au détriment des libertés individuelles. Prenons le cas  de la Chine : nous avons espéré qu’en se développant, le système chinois finirait par devenir plus flexible. Il n’en est rien et pour une raison simple : quand les Chinois, par exemple ceux de Hong Kong, exigent le rétablissement des libertés héritées de la colonisation britannique, ils sont tout simplement écrabouillés par le bulldozer de Pékin. Il est tout à fait vrai qu’à Hong Kong, au Tibet et chez les Ouïgours, Pékin a gagné une manche. Mais ses victimes n’ont pas renié leurs racines, un peu comme ces juifs espagnols forcés de se convertir mais qui poursuivaient en secret leurs pratiques religieuses. Leurs descendants, aujourd’hui, sont libres et l’Espagne les appelle à revenir vers ce qui fut autrefois pour eux la mère-patrie.

L’ennemi de l’empire, c’est l’empire.

Que raconte cette histoire ? Que le pire ennemi de l’empire, c’est l’empire lui-même, que plus il écrase la contestation et plus il est en danger. Que ce qui s’est produit en Afghanistan, c’est la collision de deux empires qui, au fond, ne méritent ni l’un ni l’autre de dominer l’Afghanistan. L’idée que les Chinois, les Russes, les Afghans et tant d’autres peuples martyrs doivent payer éternellement pour la soif de pouvoir et l’ego de leurs dictateurs est inacceptable. Ascension ou déclin, le système de la démocratie parlementaire associée au suffrage universel est celui qui a le mieux traversé les âges. Il faut considérer l’histoire au moment où elle prend un virage.

Les mieux armés contre le réchauffement climatique, pour l’élévation de la condition féminine, pour la prospérité sont ces empires déchus, comme l’empire britannique qui a soudain découvert qu’il n’a pas du tout souffert de son retrait de ses grandes possessions. Quand Roosevelt a expliqué à Churchill, l’homme qui avait combattu les Boers, que la suite de la Deuxième Guerre mondiale devait être la libération des peuples sous tutelle britannique, ce fut un crève-cœur pour le héros qui avait tenu tête au blitzkrieg nazi.

Boat people.

De la même façon, la France en renonçant à son empire, a eu en échange les Trente glorieuses. Ce n’est pas la conquête qui fait la force de l’Occident, c’est l’implantation dans des pays éloignés des principes démocratiques dont aucun peuple ne peut se dispenser. Les États-Unis et l’Europe restent, de cette façon, un phare pour le reste du monde. Et la meilleure preuve de ce que j’avance, c’est l’immigration massive en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient, depuis que les « boat people » vietnamiens se sont exilés vers les deux continents qu’ils avaient combattus, l’Europe et l’Amérique,  comme s’ils n’avaient pas de meilleur ami que ces envahisseurs qu’ils avaient tant haïs.

RICHARD LISCIA

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La barbarie au zénith

Salah Abdesslam
(Photo AFP)

La France a eu sa part de terreur. Elle est devenue une cible privilégiée des assassins islamistes. Aujourd’hui, commence le procès le plus long, celui de l’unique survivant des attentats du 13 novembre 2015, et des hommes ou femmes qui ont aidé les terroristes à commettre leurs crimes.

NOTRE 13 novembre est un peu le 11 septembre américain. Les deux événements sont pourtant incomparables, en nombre de victimes et parce que la nature de chacun des deux crimes de masse est différente de l’autre. On est tellement habitué au terrorisme islamiste qu’on oublie ce qu’il a de spécifique : il s’attaque à des civils, il leur cause des blessures parfois inguérissables, il les tue ou les rend paralytiques, il est complètement dénué de scrupules, il n’a de respect ni pour l’âge ni pour le genre, la mort est le métier de ces criminels drogués à la religion comme d’autres à la cocaïne. Il transforme les sociétés occidentales en machines de guerre, en corps expéditionnaires, en instruments de représailles. Il n’existe plus de mots pour qualifier ou quantifier les meurtres terroristes, de sorte que juger ceux qui survivent à leurs attaques est inutile en l’absence de peine de mort. C’est le cas de Salah Abdesslam qui, de toute évidence, a tout fait pour ne pas mourir le jour de l’assaut et qui a préféré la prison.

La vérité des victimes.

Comme on l’a vu avec Guantanamo, il est presque impossible de se débarrasser d’un terroriste. S’il sort de prison, il risque de récidiver. Pour être certain de son innocuité, il faudrait l’exécuter. La France n’a pas de Guantanamo et Abdesslam est assez jeune pour recouvrer un jour la liberté. Qu’en ferons-nous ? L’expulserons-nous, mais où ? Cet homme, qui n’a pas dit un mot depuis qu’il a été arrêté, ne pourra jamais se réhabiliter. Son procès n’est pas pour nous une bonne affaire et, si la société française veut que l’on établisse la vérité, ce n’est pas de lui qu’elle viendra, mais des victimes et de leurs avocats. Le seul avantage que nous retirerons de cette expérience judiciaire, c’est que Abdesslam entend, s’il ne parle pas. Pendant huit mois, la plainte collective de ses victimes s’engouffrera dans ses oreilles, dans son esprit borné, dans sa mémoire. Peut-être n’a-t-il ni regret ni remords, mais il lui faudra des nerfs solides pour rester impassible devant tant de souffrances. Peut-être finira-t-il par craquer.

Fous de Dieu.

On ne le dit pas assez, mais il n’y aucun moyen de relativiser la violence terroriste. En Afghanistan, nous commençons déjà, en rationalistes impénitents, à établir une différence entre les talibans d’un côté et l’État islamique de l’autre. En réalité, il n’y en a aucune et si les talibans  semblent éviter toute exaction à Kaboul, on ne sait rien de ce qui se passe dans le reste du pays et on n’a, surtout, aucune confiance en eux, sauf celle qui permet de négocier avec eux la sortie d’un nombre supplémentaire d’Afghans et d’étrangers. Ils n’ont pas payé pour les crimes qu’ils ont déjà commis et ils ne tarderont pas à en commettre de nouveau. Les cas de terroristes français qui ont été arrêtés, jugés, libérés et qui ont récidivé sont nombreux. Ils ne tuent pas pour s’enrichir. Ce sont des fous de Dieu.

La leçon d’un jugement.

Quoi qu’il en soit, il faut dissocier le problème géopolitique des crimes de masse. La recherche d’un compromis avec les talibans n’a rien à voir avec un attentat monstrueux de l’État islamique. Certes, Daech sait perdre des hommes au combat sans s’apitoyer sur leur sort. Et s’ils passent en jugement devant un tribunal légitime, il ne volera pas à leur secours. Ce qui compte, c’est que nous ayons de bonnes raisons de juger les terroristes et de riposter à leurs assassinats aveugles par un verdict serein et sévère. Ils ne veulent pas de la démocratie ? Ceux d’entre eux qui ont été pris dans les mailles du filet devront bien s’en accommoder. C’est ainsi que se passent les choses dans notre monde.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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La nostalgie de Belmondo

Belmondo à Cannes en 2011
(Photo AFP)

Cette chronique est bien rarement utilisée pour les éloges funèbres et le cinéma ne relève pas de son domaine. Mais je ne pouvais ignorer la disparition de Jean-Paul Belmondo.

PARTAGEANT à peu près tous les commentaires enflammés jaillis de toutes parts, je ne me livrerai pas à une glorification déjà en marche (une cérémonie officielle, une panthéonisation). Jean-Paul Belmondo n’est pas un héros national, mais un excellent acteur parfaitement représentatif du demi-siècle qu’il a accompagné. Il reflétait un optimisme, une invulnérabilité, la joie de défendre une éthique qui ont délecté ses spectateurs. Il n’y a pas ici la place pour recenser sa cinématographie, mais, si l’on excepte quelques œuvres parfois grotesques, il a fait des films remarquables parce que, dans l’invention, ils ignoraient toutes limites. Si le public n’était pas indifférent, c’est parce qu’il a cru Belmondo, il a couru et même galopé avec lui, s’est projeté avec lui dans les mêmes cascades, a affronté les mêmes dangers avec le bonheur d’en réchapper.

Le cascadeur.

Chacun sait que, dans la vie privée, celle que nous ne connaissons pas, Belmondo était ce que l’on appelle un « brave type », ce qui se voyait dans son regard et dans des rôles où, pour avoir joué les bienfaiteurs, il obtenait la gratitude non pas des autres acteurs, mais celles du spectateur qui se sentait concerné. Le courage des héros qu’il incarnait était tout simplement le sien, dès lors qu’il accomplissait lui-même, et non sans virtuosité, ses cascades et qu’il rendait vraisemblables, par ses bonds, ses envols et ses parcours périlleux au-dessus des précipices, des exploits qui, s’ils n’avaient pas été mimés par lui, n’auraient pas eu l’accent de vérité qu’on lui accordait sans réserves.

Un homme tendre.

Belmondo, au cinéma comme au théâtre, était un immense acteur, l’alter ego de Gabin, sans la gravité mais avec l’humour, qui avait le chic pour démonter tous les dogmes. Il fracassait les conventions, ce qu’admirait un public qui ne peut pas se réjouir s’il n’y a pas dans l’histoire un bris-de-glace, une auto dans le canal et deux ou trois voyous mis rapidement à terre par un Jean-Paul herculéen. Sa longue gamme de rôles a rendu formidables ses prestations, comme s’il lui importait plus de démontrer qu’il était un cascadeur ou un boxeur plutôt qu’il n’était à la recherche de médailles qui, d’ailleurs, lui ont été décernées chichement (il n’a eu qu’un César). Mais sous son courage ou plus exactement sa témérité, perçait invariablement sa tendresse, sans doute par reconnaissance pour le monde qui l’acclamait : il n’aurait jamais cru atteindre un tel degré de popularité. Il aimait les femmes, et il aimait aussi les enfants et s’entendait parfaitement avec elles et eux, créant de la sorte des scènes d’un naturel impressionnant.

Une convention sociale.

Il n’est pas question de relation de cause à effet, mais quand Belmondo a eu son AVC, il s’est retiré, et au même moment, au début de ce millénaire, la France changeait d’époque. Je suis sûr qu’au fond de lui-même, il n’a pas aimé cette période de réseaux sociaux et d’expansion nationale de la haine et que, tout en se battant stoïquement contre la maladie, il pestait contre ce que devenaient la France et le monde.  Il n’était plus là pour nous distraire car nous ne le méritions plus. Ce qui est significatif de la société où nous vivons, c’est que les critiques cinématographiques, des monstres d’intelligence, n’ont pas manqué de signaler quelques films qui ne leur semblaient pas de très bon niveau. Mais voilà que le jour où il meurt, ils ont déjà oublié ce qu’ils disaient de lui. C’est une convention sociale : on ne dit jamais du mal d’un mort.

RICHARD LISCIA

 

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Les Verts voués à leur perte

Jadot : trop centriste ?
(Photo AFP)

La réunion, pendant le week end écoulé, des représentants d’Europe Écologie les Verts (EELV) a confirmé ce que l’on a toujours su d’eux, à savoir qu’ils cherchent à imposer leurs vues les plus radicales et non à gagner à la présidentielle.

IL Y A EU en effet des précédents, lors d’élections internes du mouvement. En 2011, Eva Joly a été élue cheffe du parti au détriment de Nicolas Hulot, pourtant candidat naturel largement plus populaire. Les Verts font d’ailleurs une consommation de chefs abusive. Ils ont éliminé Cécile Duflot, par exemple et, en général les candidats à la direction d’EELV les plus connus sont battus, conformément à une logique interne qui donne une prime au plus agressif d’entre eux. C’est Yannick Jadot qui, aujourd’hui, devrait les représenter à la présidentielle, mais il est plus probable que, ce mois-ci, ils choisiront un candidat pur et dur, en la personne d’Éric Piolle, si ce n’est pas de Sandrine Rousseau, pasionaria irréductible qui ne fait jamais la moindre concession au réalisme.

Seuls au monde.

Il est donc difficile de croire à une « rencontre entre le peuple et Mme Rousseau ». La fièvre des débats chez les écologistes, qui ont renié Daniel Cohn-Bendit parce qu’il a adopté depuis longtemps des positions centristes, et maintenant macronistes, marginalise le parti, qui s’occupe davantage de ses règlements de comptes idéologiques qu’il ne se met en ordre de bataille électorale. Les Verts raisonnent comme s’ils étaient seuls au monde, comme s’ils avaient découvert un mode de pensée supérieure qu’ils sont incapables de partager avec le reste du pays, et comme si l’idéologie révolutionnaire leur permettait de gouverner avec une faible minorité. Stratégiquement, ils constituent donc un obstacle puissant à la réunion de la gauche ; ils pompent un électorat qu’ils devraient laisser à d’autres partis de gauche ; ils contribuent à l’affaiblissement du PS, car celui-ci ne peut pas mettre au point un programme qui les satisfasse.

Arrogance et libertés.

Il n’est pas difficile de leur opposer des arguments rationnels, par exemple la nécessité de faire des concessions programmatiques pour avoir une chance de créer une majorité de gauche. Mais leur autisme les empêche d’entendre quelque argument qui vienne de l’extérieur. De ce point de vue, ils agissent avec arrogance, non sans éprouver un certain mépris pour ceux qui contestent leurs idées, ce qui laisse prévoir une présidence hégémonique, et la privation de libertés qui serait son corollaire. Certes, ils ont assez d’affinités avec la France insoumise pour envisager une alliance avant le premier tour. Mais même en additionnant les voix des deux partis, leur candidat ne franchirait pas le cap du premier tour.

Il n’y a pas que l’écologie.

Il ne faut pas se laisser impressionner par leurs discussions stridentes, qui créent dans le pays un brouhaha recouvrant presque toutes les autres voix. Ce qu’ils portent de radicalisme n’est pas vérifié par leur cote de popularité. On dit très souvent que l’écologie devrait figurer dans les programmes de tous les partis. On devrait ajouter qu’elle ne peut pas être le seul élément du programme. Nous les voyons très bien en gardes-chiourmes du climat, nous ne les imaginons pas en diplomatie ou en économie. Cette année devrait être celle de Yannick Jadot, le plus populaire des Verts et, surtout le plus raisonnable. Cette seconde qualité le privera sans doute de l’investiture des Verts, qui vont demander à quelques vingt mille militants enfiévrés de se prononcer sur le nom de celui ou celle qui les représentera en avril prochain. Façon de dire à des millions d’électeurs que, s’ils veulent donner une chance à l’écologie, ils n’ont pas d’autre choix que l’élu du parti.

Ainsi serait bafoué le système fondé sur un homme, une voix. Ainsi, l’appétit de pouvoir remplacerait l’espoir de passer du verbe à l’acte. Ainsi vont des Verts qui, incapables de donner l’exemple sur les deux plans, démocratique et républicain, choisissent la voie étroite, celle qui, portée par un projet révolutionnaire, contient déjà sa défaite.

RICHARD LISCIA

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Un monde changeant

Johnson privé de grand large
(Photo AFP)

Le repli américain, la pandémie de Covid, l’émergence de puissances moyennes qui se veulent plus grandes, la fragilité des ensembles démocratiques, le réchauffement climatique, tous les événements de ce millénaire montrent que les démocraties doivent se réinventer et créer entre elles des liens plus forts et plus durables.

LE DÉPART fulgurant et inéluctable des forces américaines d’Afghanistan pose une question amère, celle de la fiabilité des États-Unis, à toutes les démocraties parlementaires dont le système est récusé par la Chine, par la Russie, par l’Iran, par nombre de pays arabo-musulmans et par les dictatures parodiques de l’Amérique latine. Il ne s’agit pas d’un « Nous, c’est nous et vous, c’est vous », mais d’un affrontement. Qu’il s’agisse des talibans, des islamistes ou de la Russie, la question n’est plus de se comparer à nous, mais de nous affaiblir, de nous inciter à imiter leur système ou à l’adopter, bref, de nous satelliser. L’évacuation brutale de l’Afghanistan ne permet plus de croire à une solidarité infinie et éternelle entre l’Amérique et l’Union européenne. Elle signe une forme de divorce dont on imagine mal l’ampleur : que se passera-t-il si les États baltes sont attaqués par la Russie  et que le gouvernement de Joe Biden jugera qu’une intervention militaire serait trop risquée ?

Faillite du Brexit.

De la même manière, la politique de Biden, par ailleurs très ferme et très sûre d’elle en dépit d’une pluie de critiques, consacre l’erreur du Brexit, censé sceller la grande amitié entre Britanniques et Américains. Si Boris Johnson a été un des leaders les plus impliqués dans la protection des Afghans abandonnés aux talibans, c’est bien parce qu’il a vu venir les sarcasmes au sujet d’un rapprochement anglo-américain qui n’a jamais eu lieu, un peu comme s’il s’était engagé dans une voie sans avoir le feu vert américain mais avec la conviction  que Biden l’approuvait secrètement. Le président des États-Unis s’est hâté de lui prouver qu’il avait tort.

L’extrême droite se sert de l’Europe.

En effet, il est infiniment plus facile de discréditer l’Union européenne que d’en énumérer les bienfaits politiques et économiques dans un contexte où elle sert d’épouvantail à l’extrême droite, qui est incapable d’imaginer ce que l’Europe serait devenue aujourd’hui si elle ne s’était pas unie, et prétend que tous les maux que nous subissons viennent principalement ou uniquement de l’intégration du continent. L’usage qu’elle en fait, parfois en utilisant des fonds européens à des fins non-européennes, les députés qu’elle envoie à Strasbourg, où ils jouent un rôle négatif, tout montre que les partis les plus hostiles à l’UE sont ceux qui en tirent les plus grands bénéfices.

De l’eau dans le gazoduc.

Il appartient aux 27 gouvernements de fixer la ligne politique et idéologique qu’ils entendent suivre. On dira que, parmi eux, il en est beaucoup qui ne jouent pas les règles du jeu, mais le bilan européen, sur le plan de la pandémie et de ses conséquences économiques et financières, est remarquable. Ce n’est pas parce que les gouvernements polonais et hongrois réduisent les libertés qu’il serait interdit de célébrer quelques victoires de l’UE, comme le succès des campagnes vaccinales et surtout un plan de relance qui aura permis d’éviter le pire sur le front de l’emploi. Maintenant, il faut étendre les bénéfices de l’unité à la diplomatie. Tâche ardue : le feu vert donné par les Américains au gazoduc reliant la Russie à l’Allemagne et qui est en voie d’achèvement, aura été l’ultime victoire d’Angela Merkel, mais il envoie un message très négatif à l’Ukraine : la chancelière, qui abandonnera ses fonctions dans quelques jours, n’ignore pas que Poutine fera tout ce qui est son pouvoir pour que s’effondre le régime ukrainien.

Néanmoins, la frontière de l’UE est l’unique rempart conte les menées russes. Si Joe Biden refuse d’appliquer l’article 5 de la charte de l’OTAN qui l’oblige à intervenir quand un pays membre de l’Organisation atlantique est menacé, il n’y a que l’Europe pour voler au secours de Kiev. Quoi ? L’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN ? C’est moins une question juridique qu’une question d’affinités démocratiques.

RICHARD LISCIA

 

 

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