Remaniement : le suspense

Le dilemme de Macron
(Photo AFP)

Le conseil des ministres de vendredi sera le dernier de l’équipe gouvernementale actuelle. Édouard Philippe et son gouvernement donneront leur démission. Le président de la République aura reçu entretemps les présidents des trois assemblées, nationale, Sénat et Conseil économique, social et environnemental, qui lui auront apporté des propositions.

LA VICTOIRE des écologistes aux élections municipales a bouleversé le paysage politique. Elle s’est produite au moment où Emmanuel Macron faisait lui aussi sa mue écologiste. Il a accepté 146 des 149 propositions que lui a faites la Convention sur l’environnement. La pandémie de Covid-19 est, elle aussi, attribuée à la dégradation du climat. La lutte contre le réchauffement climatique est devenue l’une des priorités de l’opinion publique de notre pays. La pression politique et populaire est donc très forte et contraint le président à adopter l’essentiel des moyens de lutte contre les menaces industrielles qui pèsent sur la planète. Cependant, les Verts n’ont dû leur triomphe aux municipales qu’aux alliances qu’ils ont conclues avec la gauche. Ils ne se sont pas contentés de verdir la société, ils ont été eux-même gauchisés, leurs militants comptant dans leurs rangs des écolos punitifs, des ennemis de l’économie de marché, des partisans qui, s’ils étaient présents parmi les décideurs, feraient fuir les investisseurs étrangers et seraient bien incapables de résorber le chômage.

Les divergences Macron-Philippe.

M. Philippe milite contre ce danger. Il a déclaré récemment : « Le président sait ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire ». Autrement dit, il ne se maintiendra pas à son poste si le nouvel agenda ne contient que des mesures tout-écologie. Des querelles l’ont parfois opposé à M. Macron, mais c’est la première fois que la complicité « heureuse » des deux têtes de l’exécutif est mise en péril par des divergences idéologiques. Nous avons déjà fait hier l’éloge du Premier ministre, qui n’est pas homme à se renier. Il est de droite et, en tant que tel, il veut relancer la croissance, créer des emplois, augmenter les revenus des ménages. Façon de dire que l’environnement ne sera pas la première de ses priorités. Cependant, le président ne peut pas ignorer que sa tentative de séduire une partie de la gauche par sa passion pour la lutte contre le réchauffement climatique a abouti à un échec. M. Philippe, dont la cote de popularité atteint 50 %, réunit à lui seul toutes les voix dissidentes de la droite et du centre-doit, à l’exception des suffrages obtenus par le MoDem. S’il part, il affaiblira sans nul doute la popularité de M. Macron.

L’embarras du chef de l’État.

Nicolas Hulot a commenté ce matin sur France Inter le résultat des municipales. Il a salué la victoire des Verts et estimé que la conjoncture offre à Macron une occasion historique. Elle plonge aussi le chef de l’État dans l’embarras. D’aucuns, dans l’entourage du président, pensent qu’il est tenté de faire table rase, de repartir du bon pied, avec une vision à long terme, et qu’en conséquence, il ne verrait pas d’inconvénient à se séparer d’Édouard Philippe. Pourtant, il sait ce qu’il a aujourd’hui et il sait ce qu’il risque de ne pas avoir, avec un nouveau Premier ministre qui, à situation gravissime, doit être exceptionnel. Il serait tenté par les symboles forts, par exemple désigner une femme au poste de chef du gouvernement. Mais soyons sérieux : il s’agit d’une crise mondiale dans laquelle la nation  française a été entraînée bien malgré elle. Et, pendant que des politiciens professionnels jouent les commissaires du peuple en s’en prenant aux ministres, le pays attend l’emploi et la hausse du niveau de vie. Certes, il faut conduire toutes les batailles en même temps. Il me semble que M. Philippe est taillé pour le faire. Je ne suis pas sûr que les écologistes, si divisés par ailleurs, si peu disciplinés et si versatiles doivent conduire seuls l’action de redressement.

RICHARD LISCIA

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Le choix de Macron

Ensemble pour 8 jours ou deux ans ?
(Photo AFP)

Conformément à une rumeur dont la presse fait ses choux gras depuis plus de deux mois, le président de la République serait écartelé entre le choix d’un remaniement ministériel ou celui d’un  remaniement gouvernemental, incluant le départ et le remplacement d’Édouard Philippe. Il suffirait pourtant de s’en tenir à la première hypothèse pour éviter ce qui ressemble beaucoup à une fausse route.

LE PROFIL du Premier ministre séduit beaucoup les Français. Ils l’ont vu naviguer impavide dans les eaux tourmentées de la pandémie. Ils le jugent simple, compétent, concret, par opposition à l’aspect visionnaire des déclarations dont le président abuse parfois. Il bénéficie d’une cote de popularité de 50 % qui dépasse de quinze points celle de M. Macron. Ce qui divise l’exécutif, c’est l’orientation à droite de la politique gouvernementale : le président veut la « verdir », M. Philippe, au contraire, veut s’en tenir au modèle libéral, celui qui les a unis jusqu’à présent. Bien entendu, seul Emmanuel Macron peut adopter un programme ou le changer. Il ne saurait être contesté par son principal collaborateur. Il définit ce programme et le Premier ministre l’applique. Comme disait Jacques Chirac, « je donne les directives et il les exécute ».

Le dégageur dégagé ?

Le tandem a traversé des crises multiples et profondes en lançant des réformes qui ont vivement déplu à une forte fraction du peuple, aux syndicats, aux gilets jaunes. Une longue bataille contre l’adversité les unit et, malgré leurs dissensions, les deux hommes s’admirent réciproquement. Candidat aux municipales, M. Philippe aurait pu être emporté par la vague récurrente du dégagisme. Il a été élu maire du Havre avec une rare majorité. C’est un plus et un atout, ce n’est pas une tare. Sa discrétion, sa modération, la réaffirmation permanente de sa loyauté envers le chef de l’État ne font pas de lui un danger. Même s’il était plein de la plus tenace des ambitions, il n’irait pas jusqu’à se présenter contre son patron. Néanmoins, le passé montre que tout est possible, qu’un président est souvent trahi par les siens, par exemple Hollande par Macron. Que la versatilité de l’électorat est propice aux chamboulements, que ce que le peuple aime faire, c’est déboulonner des statues. Arrivé au sommet du pouvoir par le dégagisme, M. Macron peut en être victime en 2022 et c’est en tout cas ce que souhaitent trop de gens.

Philippe plaît aux Français.

Mais justement, la finale de ce parcours si tourmenté, c’est l’élection présidentielle et la stature acquise par M. Philippe ne permet pas au président de le punir pour ses qualités. Une telle injustice jetterait tous les électeurs de droite dans les bras de l’opposition. Bien sûr, M. Macron peut reconduire M. Philippe dans ses fonctions et le surveiller pendant les deux ans qui restent avant le grand-rendez-vous électoral, ce qui n’est d’ailleurs pas la plus saine des occupations. Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’avant de décrire sa vision de l’après, celle que tout le monde réclame sans s’inquiéter du retour au statu quo ante, il a besoin de s’entourer des plus belles compétences. Peu de candidats à un poste gouvernemental peuvent aligner les atouts d’Édouard Philippe. Si la cote de popularité d’Emmanuel Macron est médiocre, mais acceptable (34 % et plus), c’est grâce à Philippe ; si nous avons franchi cahin-caha (et au milieu des pires accusations, comme d’habitude) le cap de la pandémie, c’est grâce à Philippe ; si les oppositions, qui se moquent des divisions au sein de la République en marche, respectent tout de même l’action de Matignon, c’est grâce à Philippe. Si les candidats potentiels de la droite, Baroin, Bertrand, Pécresse éprouvent tant de difficultés dans l’escalade des cotes de popularité, c’est grâce à Philippe. Et enfin, si l’exécutif est malmené, M. Philippe plaît aux Français.  Le président ferait bien de s’en souvenir. Après tout, Macron est l’homme qui, par excellence, prend des risques. Il aura été le président le plus téméraire.

Toutes choses qui lui ouvrent la voie : il doit changer quelques ministres, mais garder son Premier ministre. Il doit prendre en compte le raz de marée écologiste, mais s’entendre d’abord avec M. Philippe sur l’étendue environnementale de son programme pour « le monde d’après ». Il doit, s’il veut réussir la fin de son mandat, s’appuyer sur les atouts dont il dispose sans aller chercher des personnages qui n’ont pas encore fait leurs preuves. Il ne s’agit pas d’offrir au peuple le pain et les jeux dont il est si friand ; il ne s’agit pas de se livrer à une action spectaculaire qui présenterait beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages. Il s’agit, plus humblement, de panser les plaies causées par les défaites, de finir les réformes, de faire ce travail de dentelle si méticuleux, si complexe, si rebutant. Édouard Philippe est taillé pour la tâche.

RICHARD LISCIA

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Fillon : jugement sévère

Le couple Fillon en 2016
(Photo AFP)

Le tribunal correctionnel de Paris a rendu hier son jugement dans l’affaire François et Pénélope Fillon. L’ancien Premier ministre a été condamné à cinq de prison dont deux ferme et à 375 000 euros d’amende et son épouse à la même somme et trois ans de prison avec sursis. Ils devront rembourser plus d’un million d’euros à l’Assemblée nationale.

LE JUGEMENT est donc sévère mais, comme l’a dit un magistrat, il est à la hauteur du délit commis. La défense du couple a tenté, mais en vain, de suspendre la procédure en s’appuyant sur les déclarations de l’ancienne directrice du Parquet national financier, Éliane Houlette, qui a affirmé récemment avoir subi des pressions et s’est ensuite rétractée. Bien entendu, les époux Fillon ont fait appel, ce qui ajourne l’application des peines. La droite LR continue de s’appuyer sur l’hypothèse de la manipulation d’une procédure qu’elle considère comme à charge pour l’instrumentaliser elle-même dans le but de supprimer les poursuites. Malheureusement pour François et Pénélope Fillon, ils n’ont pas été en mesure d’apporter la preuve que l’emploi pour lequel elle a servi d’assistante parlementaire de son mari et un autre emploi à la Revue des Deux Mondes étaient réels. Pendant des années, elle a donc occupé des emplois fictifs pour lesquels elle a été largement rétribuée. Son « employeur » à la Revue des Deux-Mondes, Marc Ladreit de la Charrière, a lui-même été condamné à une peine assortie du sursis et à une forte amende pour abus de bien social.

Des faits établis et chiffrés.

Le jugement du tribunal de Paris n’achève donc pas le procès qui pourrait bien aller jusqu’à la Cour de cassation. Dans l’opinion en général sinon chez les Républicains, la culpabilité des deux époux ne fait aucun doute, car les faits sont établis et chiffrés. Pénélope Fillon n’a à aucun moment de l’instruction, apporté des documents confirmant sa présence à l’Assemblée, où les députés ne l’ont jamais vue et son travail pour M. Ladreit de la Charrière se résume à deux notices entre mai 2012 et mai 2013. Le jugement comprend des peines d’inéligibilité, de 10 ans pour M. Fillon, âgé de 66 ans. Pour mesurer la sévérité du délibéré, il faut d’abord évaluer le stratagème mis en place par l’ancien Premier ministre pour améliorer ses fins de mois. Il a pensé qu’il était licite de prendre sa femme pour assistante parlementaire, de la rémunérer grassement et de la laisser toucher son salaire lorsque, élevé à la fonction de Premier ministre, il a demandé à son remplaçant à l’Assemblée nationale, Marc Joulaud, à continuer à la payer pour ne rien faire. L’intention d’enrichir la famille en détournant des fonds payés par les contribuables était malsaine mais M. Fillon n’exprime à ce sujet ni regret ni remords. Il s’est toujours appuyé sur l’idée qu’un député avait le droit de prendre une proche comme assistante (ce qui était légal) et que le salaire qu’il lui versait ne regardait que lui-même. Encore aujourd’hui, il reste infiniment plus surpris de ce qui lui arrive qu’il n’exprime le moindre regret pour ce qu’il a fait.

Le coup porté à la démocratie.

Le cas Fillon est caricatural des pratiques naguère utilisées par nos élus, qui n’ont jamais montré un tel degré d’indécence dans l’appât du gain. Pour éviter que ce cas ne se reproduise, il a fallu interdire aux députés de recruter dans leur famille. Mais le coup porté par le scandale à la réputation de la démocratie française a contribué à la désaffection du peuple pour les élections, comme le prouve l’abstention historique du second tour des municipales. Le jugement est donc sévère, encore une fois, mais le délit a une dimension gigantesque : il témoigne du mépris de M. Fillon pour les institutions, de son cynisme, de l’arrogance avec laquelle il organise ses petites combines sordides, du peu de cas qu’il fait de ses propres électeurs, de la conviction naïve qu’il avait d’être au-dessus des lois, et du fait patent qu’il ne respecte rien ni personne puisque, dès lors qu’il parvenait à la deuxième fonction politique du pays, il songeait encore à grappiller quelques milliers d’euros en associant à son méfait une épouse qui n’a pas songé à mettre fin à ce comportement ni même à lui résister. M. Fillon n’a pas pensé une minute au sort qu’il réservait à sa femme et à ses enfants (eux-mêmes objet de l’enquête) si, par malheur, il était vu avec les doigts dans le pot de confiture. Il les a sciemment engagés dans une voie sans retour et il l’a fait non seulement parce qu’il était un  député au-dessus de tout soupçon, mais en leur faisant prendre un risque inouï. Époux indigne, père indigne.

Pratiquement, personne, chez LR, n’applique cette analyse.  La défense de M. Fillon, la thèse d’un complot pour le faire chuter, comme s’il n’avait pas accumulé les bonnes raisons de le mettre en examen, l’indignation fabriquée de la défense montre que tous les partisans de M. Fillon préfèrent la thèse de la cabale à la vérité. Heureusement qu’il y a une justice, en définitive indépendante, pour lister les délits commis et pour dresser un rempart contre une forme de délinquance qui obère le fonctionnement même de notre démocratie.

RICHARD LISCIA

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La démocratie en danger

Philippe, parcours splendide
(Photo AFP)

Avec un taux d’abstentions estimé à 59 %, le second tour des élections municipales souligne la désaffection du peuple à l’égard du moyen unique de la démocratie de s’exprimer librement. C’est une réalité plus désastreuse que la défaite de la République en marche ou que la montée en puissance des écologistes, toutes choses qu’elle relativise car elle apporte un biais à la sincérité du scrutin.

AUTREMENT, la victoire de Louis Aliot (RN) à Perpignan ne surprend personne, pas plus que l’immense déroute de Gérard Collomb à Lyon qui s’est engagé dans la campagne d’une manière incohérente, pas plus que le triomphe des Verts, pas plus que la consolidation des bastions des Républicains, pas plus que l’amère victoire de Martine Aubry à Lille avec seulement 127 suffrages de plus que son concurrent direct, pas plus que le magnifique triomphe d’Anne Hidalgo à Paris. Tout au plus la REM peut-elle se féliciter du gros succès du Premier ministre, Édouard Philippe, au Havre avec 58, 83 des voix, ce qui, logiquement devrait empêcher Emmanuel Macron de se séparer de lui, pour autant qu’il en ait envie ou besoin. On a  énormément disserté sur une « crise » qui aurait divisé les deux têtes de l’exécutif en dépit de leurs dénégations, et on a du mal à comprendre pourquoi ils ne seraient pas dans le même bateau. À l’heure qu’il est, il est plus sage de dire que Le Havre renforce la popularité du chef du gouvernement et, même s’il est vrai que sa cote  dépasse de quelque quinze points celle du président de la République, on ne voit pas pourquoi M. Macron, loin de s’en agacer, n’en tirerait pas pour lui-même le meilleur profit.

Une occasion pour Macron.

Bien entendu, le chef de l’État peut croire qu’aux divers défis qui lui sont lancés par le renforcement des Verts, par un Premier ministre en progression, par la pandémie et par la baisse inquiétante du produit intérieur brut, il ne peut créer la sensation qu’en faisant du passé table rase. Mais la réponse qu’il apporte aujourd’hui même ne peut être convaincante que si elle concerne la forme plus que le fond. Peu importent les hommes et les femmes composant son nouveau cabinet s’il ne dit pas qu’il a compris l’appel du peuple à une lutte sans merci contre le réchauffement climatique ; peu importent les ressources humaines s’il ne prend pas rapidement la tête du tout écologie réclamé par le résultat des municipales ; peu importe la répartition des maroquins si, dans le marathon de deux ans qui le conduira aux élections générales de 2022, il ne s’engage pas de toutes ses forces dans un programme contre la pollution sous toutes ses formes. Il reçoit aujourd’hui les membres de la Convention qu’il a lui-même réunie pour qu’elle lui fasse des propositions environnementales, ce qu’elle vient de faire la semaine dernière. Voilà une bonne occasion de promettre que ses actes écologiques seront inspirés par ses propos multiples, rarement suivis d’effets jusqu’à présent.

Une ratatouille monstre.

Il a été suggéré que, contrairement au reste du peuple, la REM a bien participé au suffrage, ce qui laisse imaginer la déroute du mouvement si ses électeurs étaient restés à la maison. Mais aucun vote n’appartient à un parti et la particularité des électeurs de la REM, c’est qu’ils viennent de la droite la plupart du temps ou de la gauche, mais moins souvent. Faire irruption dans un monde électoral fini comme ce fut le cas de la REM en 2017 fut un exploit. Lancer des réformes fondamentales contre la volonté des syndicats et des gilets jaunes, réformer le droit du travail et le régime des retraites dans un climat d’hostilité inquiétant et dans une période où le jugement populaire a basculé comme jamais depuis 1968, tous ces actes ont conduit le peuple à rejoindre en masse ses partis d’origine. M. Macron, on l’oublie vite, n’a cessé de sacrifier la stratégie politique à la réforme. Encore aujourd’hui, il veut bien épouser de nouvelles causes, sans pour autant abandonner la réforme des retraites, signe évident de sa ténacité. Cependant, ce serait douter de son intelligence de penser qu’il va suivre une trajectoire suicidaire. Pour obtenir des voix, il faut séduire le peuple, non pas qu’il n’ait pas essayé, notamment quand il a fourni d’énormes efforts pour reconquérir les maires, mais désormais il doit commencer à acquérir les suffrages par des actes concrets contre le réchauffement climatique.

La stratégie de la REM, qui a tenté les alliances à gauche et à droite, a échoué. Il n’en existe pas d’autre, de sorte qu’elle a très bien réussi pour les Verts, souvent des hommes et des femmes de gauche ou d’extrême gauche déçus par le PS et par le PC, qui ont trouvé chez EELV des bras accueillants. Les municipales, c’est ça, un mixage extrême des idéologies, une ratatouille monstre. La présidentielle, c’est tout à fait autre chose.

RICHARD LISCIA

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La justice en question

Sarkozy pourchassé
(Photo S. Toubon)

Le parquet national financier (PNF) donne lieu, décidément, à de vives polémiques. Son ancienne directrice, Éliane Houlette, venait de déclarer que, pendant son enquête sur l’affaire Fillon, elle avait subi des pressions du parquet général. « Le Point » rappelle cette semaine que, dans l’affaire Sarkozy, l’ancien président aurait tenté d’obtenir des informations d’un magistrat, Gilbert Azibert, en lui promettant un poste à Monaco. Voilà que, selon « le Point », le PNF a mis sur écoutes, en 2014, de nombreux avocats qui n’avaient rien à voir avec l’affaire, avec une frénésie et un mépris des règles tout à fait étranges.

LA RÉPONSE, hier, du PNF, n’était guère convaincante : la procédure adoptée n’enfreignait pas la loi. Il semble bien pourtant que, poussé par la recherche passionnée d’une éventuelle « taupe » au sein de la magistrature qui aurait apporté à Nicolas Sarkozy et à son conseil Thierry Herzog des informations couvertes par le secret judiciaire, le PNF s’est lancé dans une aventure que les règlements n’ont jamais prévue. Il s’agit d’une enquête où M. Sarkozy est soupçonné d’avoir reçu de Mouammar Khadafi 50 millions d’euros pour sa campagne électorale de 2007. Un témoignage accablant a été rédigé par un ancien ministre libyen qui n’a apporté aucune preuve, de sorte qu’il est encore impossible de dire si le Libyen disait la vérité ou s’efforçait seulement de nuire à l’ancien président. On peut quand même se poser une question simple : si M. Sarkozy n’a pas pu être confondu 13 ans après les faits allégués, sur quelles bases continue-t-on à le poursuivre ? Et comment une somme aussi énorme a-t-elle pu échapper aux radars de la police ?

Acharnement contre la droite ?

En revanche, l’addition des deux affaires incite les commentateurs à se demander s’il n’y avait pas et s’il n’y a pas encore un acharnement contre les candidats de la droite à la présidence. De même que la campagne de François Fillon a été freinée par une affaire de biens sociaux et détournement de fonds en faveur de son épouse, Pénélope, celle de M. Sarkozy a été entachée par des poursuites qui ont nui à sa crédibilité politique et ont peut-être contribué à son échec en 2012. La différence c’est que, au bout de plusieurs années d’investigations, la justice n’a jamais rien prouvé au sujet de M. Sarkozy en dépit d’une campagne de presse assurée notamment par le site Mediapart et par « le Monde » qui, de toute évidence ont largement bénéficié des informations que leur livrait une autre « taupe » au détriment de la présomption d’innocence et du secret des enquêtes. Pour M. Fillon et sa femme, les faits sont maintenant établis et le jugement sera rendu lundi prochain.

Justice et vérité.

D’accusatrice, la justice française se retrouve ainsi au banc des accusés. Le PNF a été créé pour que d’éventuelles malversations commises par des hommes ou des femmes politiques soient décelées et sanctionnées. Mais rien ne l’autorise à mettre sur écoutes des avocats a priori innocents. Me Éric Dupont-Moretti, un des ténors du barreau de Paris, a décidé de porter plainte. Me Hervé Témime, autre avocat célèbre, déclare qu’il « tombe des nues ». Bref, les révélations du « Point », ajoutées aux propos très imprudents de Mme Houlette, créent une ambiance lourde qui incite certains à exiger la dissolution du PNF. Il ressort de ce méli-mélo que les juges ne peuvent pas poursuivre des citoyens avec des méthodes récusées par la loi, qu’il ne leur est pas interdit, après avoir englouti des sommes énormes pour convaincre un homme politique de sa culpabilité sans y parvenir, de passer à une autre affaire, qu’ils n’ont aucun espoir de faire émerger la vérité s’ils commencent par la cacher sous le prétexte du secret judiciaire.

Un affrontement droite-gauche.

Mais la justice française souffre d’une maladie bien plus grave : c’est le lien qu’elle a toujours gardé avec le pouvoir politique. Il est inexcusable. Elle doit agir d’une manière totalement indépendante et si elle ne le peut pas, c’est parce que, chaque fois qu’un parti arrive au pouvoir, il refuse de trancher ce lien une fois pour toutes. Le PNF , par exemple, reste aux ordres du parquet général, ce qui le place dans une situation très inconfortable et même inextricable s’il est obligé de rendre compte à une instance judiciaire supérieure aux ordres de l’État. Ce qui ne veut pas dire que, en toute occurrence, des magistrats haut placés prennent leurs directives du pouvoir. Il n’est pas impossible qu’ils soient guidés par leurs convictions de citoyens. On devine, par exemple, que les informations dont ont bénéficié les médias de gauche « cadraient » en quelque sorte avec un secret désir de saper la droite. On l’a vu également dans l’acharnement d’une partie de la presse contre Emmanuel Macron au moyen d’informations fournies par le milieu judiciaire. Il est toujours bon de dire la vérité mais il y a des lieux et des moments pour le faire. La vérité est universelle. Celle d’un juge qui travaille dans son coin et veut confondre un suspect relève plus d’une tactique malsaine que de l’intégrité de la magistrature.

RICHARD LISCIA

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Reconfinement impossible

Le dilemme de Macron
(Photo AFP)

Nous avons considérablement réduit les effets néfastes de la pandémie en mettant en œuvre un confinement de plus de deux mois dont les conséquences économiques représentent un sacrifice national historique. L’hypothèse d’une deuxième vague en septembre ou plus tard n’est exclue par aucune autorité en la matière. Un nouveau confinement semble néanmoins hors de portée.

LE CONFINEMENT aura été un choix entre Charybde et Scylla. Nombreux sont nos concitoyens qui en ont beaucoup souffert, mais c’est la totalité du pays qui en paie maintenant le prix, sous la forme de chômage, d’endettement, et de déséquilibres fondamentaux. Il ne faut pas être pessimiste. Le retour actuel à l’activité avec ses conséquences prévisibles (pollution, embouteillages, fatigue des travailleurs, notamment en période de canicule) se déroule avec une dynamique réconfortante. Les Français sortent de la torpeur en croyant sincèrement qu’ils vont réussir à remonter la pente. Les statistiques ne sont pas réjouissantes : baisse sensible du produit intérieur brut (moins 10 % environ pour cette année), reprise l’an prochain mais sans rétablir le niveau de PIB de 2019, un million de chômeurs supplémentaires. Le contexte inquiétant n’empêche pas l’enthousiasme de nombre de travailleurs, comme s’ils voulaient démentir des chiffres pourtant soigneusement calculés (et révisés chaque semaine).

Une crise incontrôlable.

La pandémie n’est pas vaincue. Ceux des pays qui ont hésité à confiner se heurtent à une crise presque incontrôlable, comme les États de New York et Floride. L’Allemagne elle-même, qui a su juguler l’épidémie dès le début, se retrouve maintenant avec des clusters à l’Est qu’elle s’emploie à diminuer. La Chine, première sortie du marasme, retrouve à Pékin des foyers importants. Sans parler de l’Afrique et de l’Amérique latine. Nous-mêmes avons nos « pompiers » anti-virus qui se battent chaque jour contre des « départs de feu » inattendus. Certains gouvernements ont décidé de reconfiner pour empêcher la deuxième vague de se produire. La méthode, qui aura été l’arme unique et ultime contre la pandémie en France et ailleurs, peut-elle être appliquée de nouveau chez nous ? Le gouvernement s’est efforcé, jour après jour, de remettre en place tous les services, toutes les activités, souvent avec des conditions drastiques qui limitent leur plein essor. Chaque jour qui passe est une épreuve parce qu’il s’agit de remettre en marche l’économie bien que le virus, lové dans nos structures, menace de se répandre de nouveau dans la population. En outre, il apparaît que, avec le mot d’ordre de travail, un certain laxisme se fait jour, les gens oubliant parfois ou souvent d’accomplir les gestes-barrières, masques et distanciation. Enfin le Covid-19 garde tout son mystère, la plupart de ses paramètres restant inconnus. Aucun traitement sûr n’a été trouvé et la fabrication d’un vaccin prendra des mois ou des années ou, comme pour le Sida, ne sera jamais mise en place.

Un accord avec l’hôpital ?

Le danger est sérieux et le sera davantage à l’automne. Cependant, la France ne saurait envisager de décréter un nouveau confinement : le désastre économique est d’une telle ampleur que la première responsabilité de l’exécutif, aujourd’hui, est de combattre la pandémie par d’autres moyens. Il avait choisi la vie contre la prospérité, il choisira désormais le retour à la normale économique contre le confinement qui protège des vies.  Ce ne sera ni du cynisme ni de l’indifférence, mais une façon de préférer l’avenir au présent, étant entendu que la vigilance des services sanitaires devrait permettre le contrôle de tous les foyers d’épidémie. Depuis mars, les pouvoirs publics avancent sur une ligne de crête très étroite  entre deux abîmes à droite et à gauche. Le prix payé en euros est si lourd que le pays n’a plus les moyens de s’offrir un deuxième confinement qui, pratiquement, transformerait la France en pays sous-développé. Dans la rénovation des structures nationales que va entraîner forcément la crise sanitaire, l’accent doit être mis sur la création d’un système d’alerte capable de nous faire réagir avec vigueur contre toute nouvelle menace virale. Un accord semble se dessiner entre personnels hospitaliers et gouvernement, au coût de six milliards d’euros. Cet accord est indispensable. Il faut que les soldats de la santé soient bien payés. Il faut que nous soyons bien protégés car le virus n’a pas disparu, loin de là.

RICHARD LISCIA

 

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Covid, impact géopolitique

Xi Jinping
(Photo AFP)

La pandémie de Civid-19 a sensiblement modifié les relations internationales, aussi bien dans les pays dits « vertueux » que dans les « États-voyous ». En fait, elle a surtout réduit leurs ambitions.

LA GUERRE contre la pandémie n’est pas du tout terminée. Le virus est partout, dans tous les continents. Il fait d’inquiétantes réapparitions, en Iran, en Allemagne, à Pékin, en Amérique latine et n’a cédé que très peu de terrain aux États-Unis. La durée de la crise n’est nullement liée aux saisons, ne serait-ce que parce que à l’hiver de l’hémisphère austral correspond l’été de l’hémisphère du Nord. De sorte que le choix entre santé publique et développement économique se pose en des termes qui relèvent du casse-tête. Il suffit de se pencher sur le cas français : au fond, relance économique et lutte contre la pandémie coexistent.

Le choix des Iraniens.

L’exemple iranien est l’un des plus graves. Voilà un pays qui s’est enfermé dans la radicalité mais ne dispose d’aucun moyen pour poursuivre les politiques affichées. Certes, le régime des ayatollahs ne cesse pas d’invoquer son accès à la puissance nucléaire, ce qui terrorise l’Europe et le Proche-Orient, mais il est tellement affaibli par l’embargo américain qu’il ne poursuivra dans sa voie suicidaire que s’il continue d’appliquer sa politique interne de répression. Ali Khamenei, boursouflé par la haine contre l’Amérique, mais aussi contre l’Europe, rencontre de plus en plus de difficultés dans sa quête de domination et d’indépendance. Il représente une menace à prendre au sérieux, ce qui n’empêche pas l’autoritarisme des ayatollahs de devoir rendre des comptes à un peuple iranien de plus en plus las des mesures prises par le gouvernement sous l’influence des « Gardiens de la révolution », prêts à sacrifier le bien-être des Iraniens au profit d’un programme absolutiste.

L’appel du grand large.

De même, la Chine, si sûre d’elle et si policée, vient d’atteindre les limites de ses ambitions. Elle devra d’abord récupérer ce qu’elle vient de perdre en termes de produit intérieur brut (PIB). Elle doit ajourner son projet de « routes de la soie » qui n’est pas autre chose qu’un chemin plus large pour ses exportations. Et elle sait fort bien que ses anciens clients tentent de relocaliser leur production. Xi Jinping est forcé de négocier avec les États-Unis et l’Europe de nouvelles conditions commerciales. Lui aussi ne peut appliquer sa politique de force  que jusqu’à un certain point, juste avant que le mécontentement populaire ne se traduise pas des émeutes et par l’instabilité. De même, l’isolationnisme de Donald Trump est illusoire. Le Covid a changé les mentalités dans le monde entier, y compris au Royaume-Uni où même Boris Johnson, âme damnée du Brexit, a perdu de sa confiance et de ses illusions, notamment en ce qui concerne le commerce extérieur de la Grande-Bretagne, que l’appel du grand large ne suffira pas à développer.

Apathie mortifère.

Enfin, la gestion non pas médiocre mais désastreuse de la pandémie par l’administration fédérale américaine fait de Donald Trump le principal responsable de la surmortalité, du manque de moyens et de la gestion multiple, donc incohérente, du virus par les gouverneurs des États. Il y a au moins une chose essentielle dans les postures de Trump qui n’est pas suffisamment soulignée : il ne suffit pas de traiter la pandémie par le déni, il ne suffit pas de ne rien faire car ne rien faire a des conséquences sérieuses. On sait que la position électorale du président américain repose sur l’irrationnel de ses partisans. Mais à la fin des fins, s’ils constatent que la prospérité et l’emploi ne reviennent pas, s’ils attrapent le virus, s’ils se ruinent et tombent malades tout à la fois, ils finiront pas déserter le trumpisme. La plus grande folie du président, c’est son apathie mortifère, son refus de rendre des comptes au peuple, ses illusions infantiles, son déni de vérité. Encore n’avons-nous exposé ici que quelques cas, mais la leçon que nous en tirons est valable pour les 7 milliards de terriens. En France, on cherche en toute occasion le moyen de s’en prendre au pouvoir, de l’affaiblir et de le détruire avant l’heure (avant les élections) sans jamais penser à ce qui se passe dans les Amériques, celles de Trump et de Bolsonaro, dans la Russie de Poutine, dans la Chine de Xi et même dans l’Allemagne de Merkel, si populaire et si vigoureuse, mais qui gère encore d’inquiétants clusters dans d’anciens länders de la défunte RDA. Avec un peu de réflexion, vous verrez que nous ne sommes pas si mal lotis.

RICHARD LISCIA

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Erdogan le magnifique

Recep Tayyip Erdogan
(Photo AFP)

La Turquie a beau traverser une crise économique et sociale particulièrement sévère, son président, Recep Erdogan, n’en a cure. Il tente, non sans succès, d’augmenter son influence en Syrie et en Libye. Et n’hésite pas, comme un vulgaire ennemi, à menacer la marine française.

L’INCIDENT a eu lieu la semaine dernière au large de la côte libyenne. Un navire français s’efforçait d’arraisonner un cargo soupçonné de convoyer des armes vers la Libye. Un navire turc s’est interposé en fixant ses radars de tir sur le bateau français. C’est l’ultime dispositif qui précède l’ouverture du feu et nous avons failli assister à une bataille navale. La France s’est plainte, à l’ONU et à l’OTAN, de ce comportement agressif adopté par un pays membre de l’OTAN et censé être notre allié. Mais Erdogan ne suit ni le droit ni les engagements pris par la Turquie. Il entend soutenir le régime, certes approuvé par l’ONU, qui domine la partie occidentale de la Libye et qui est installé à Tripoli, contre le général Haftar, patron de la Cyrénaïque, soutenu par la France, et les Occidentaux en général. De la même manière, le dictateur turc a acheté des armes puissantes à la Russie, ce qui est interdit par le statut de l’OTAN.

Poutine pardonne Erdogan.

Il est extrêmement difficile de convaincre les autres membres de l’Alliance atlantique que la Turquie doit être condamnée pour ses agissements. Elle joue de l’ambiguïté de son appartenance à l’OTAN qu’elle ne considère pas comme une forme de solidarité avec des puissances qui dénoncent ses agissements. Elle joue sur tous les tableaux, ce qui a amené Emmanuel Macron a répéter une fois de plus qu’il n’a pas eu tort quand il a déclaré il y a quelques mois que « l’OTAN est en état de mort cérébrale ». Bien entendu, si la Turquie se comporte en délinquant international, imitant de la sorte les mauvaises manières de Vladimir Poutine, dont l’aviation vole en rase-mottes sur les navires qui patrouillent en mer du Nord et en mer Baltique, c’est qu’il ne subit jamais aucune sanction. Au plus fort de la guerre civile en Syrie, il a fait abattre un appareil russe. Poutine le lui a pardonné. Plus récemment, ses troupes ont envahi le nord de la Syrie, faisant reculer les forces Kurdes dans un réduit territorial et Donald Trump l’a laissé, allant même jusqu’à dire qu’il souhaitait le rapatriement des forces américains, ce qui serait une trahison. Car les Kurdes ont protégé les populations que menaçait l’alliance des Russes, du régime de Bachar el Assad et des milices turques. C’est grâce aux Kurdes que les Yézidis, par exemple, ont survécu.

Un atout pour les régimes autoritaires.

Ce qui est en jeu, c’est un phénomène produit par deux lignes directrices : d’une part, les Turcs veulent affirmer leur influence en Syrie et en Libye par l’usage de la force ; d’autre part, le néo-isolationnisme américain dépourvu de toute compassion pour des peuples conduits à la servitude et fortement ancré dans le cynisme, favorise l’anarchie géopolitique au Proche-Orient. L’absentéisme des États-Unis n’est pas neutre. Il entraîne automatiquement le renforcement de Bachar, la tentation interventionniste des Turcs et la perplexité de Vladimir Poutine, qui a été le premier à lancer l’interventionnisme tous azimuts et se voit soudain débordé par un régime turc totalement dépourvu de scrupules. M. Erdogan a certainement changé, à son profit, la donne en Libye. Il a fait de son pays, puissance moyenne, le lieu géométrique de tous les avantages qu’il est capable d’obtenir des situations malsaines. Il n’a craint de menacer ni Moscou  ni Paris. Et le seul homme qui puisse le freiner ou l’arrêter dans cette aventure, c’est Trump.

Sursis pour les « dreamers ».

Mais le président américain a beaucoup d’autres soucis. Il est, électoralement, en perte de vitesse. Il n’a rien fait pour épargner à ses concitoyens la progression de la pandémie de Covid-19. Il ne peut plus se targuer de la bonne santé économique des États-Unis, un foyer d’inégalités qui ne cesse de se répandre. Membre fondateur de l’Organisation atlantique, l’Amérique en est devenue le principal détracteur. Champion autoproclamé de la bonne gestion économique, M. Trump laisse aujourd’hui les gouverneurs des États gérer la misère et le chômage. Il est incompétent nationalement et internationalement, mais sa gouvernance est très dangereuse non seulement aux yeux de l’opposition démocrate mais aux yeux de nombre de ses collaborateurs.

Sur la décision de la Cour suprême d’accorder un sursis aux « dreamers », ces jeunes étrangers qui vivent aux États-Unis et poursuivent leurs études en vue d’une qualification professionnelle : Trump voulait les expulser massivement, la Cour a rejeté (à sa manière) ce projet scélérat. Mais la principale leçon du mandat de Trump, c’est l’abandon de l’ordre international, c’est le chaos qui permet à des dictatures à la tête de puissances moyennes de semer le désordre. Or personne ne va tirer le moindre profit de ce chaos, qu’il faut relier à la longue crise syrienne : ni les Américains, ni les Européens, ni les Russes, ni même ceux qui tentent d’imposer leur influence par la force militaire et qui seront, un jour, pendus haut et court par leurs peuples exaspérés.

RICHARD LISCIA

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Une écologie apaisée

Laurence Tubiana
(Photo AFP)

Créée par Emmanuel Macron, la Convention sur l’environnement a remis à Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, son rapport qui contient 150 mesures. Le président de la République recevra le 29 juin les membres de la convention, co-présidée par Thierry Pech et Laurence Tubiana.

L’ÉLABORATION de ce document a été faite en toute liberté par 150 citoyens et n’a fait l’objet d’aucune de ces critiques ou contestations qui sont si fréquentes dans notre pays. Elle a été voulue par l’exécutif, ce qui lui assure crédibilité et consensus pour au moins une large partie de ses propositions. Les deux présidents de la Convention ont émis le souhait qu’au moins deux de leurs suggestions fassent l’objet d’un référendum. S’il est vrai que tout recours à l’avis populaire est historiquement plein de chausses-trappes, la complexité d’une politique environnementale nouvelle nécessite une forte majorité pour son application. Ce qui est frappant dans ce processus, c’est qu’il n’y a aucune dissension entre le gouvernement et les membres de la Convention : le pouvoir ne s’est pas focalisé sur des projets susceptibles de l’importuner ou de l’agacer, il a voulu que la Convention s’exprime sans lui poser des conditions. Dans sa démarche, la sincérité abonde et dans celle de la Convention, il y a toute une série de points qui seront rejetés , par exemple, par de nombreux automobilistes (limitation des vitesses et suppression de la publicité pour les SUV). L’essentiel est que soit établie cette synergie entre Convention et exécutif, sans laquelle le programme indiqué n’aurait pas la moindre chance de trouver un début de réalisation. Les signataires du document demandent deux avancées importantes : que le respect de l’environnement soit inscrit dans la Constitution et que soit adopté le terme de « écocide ».

L’écologie n’est pas une vue de l’esprit.

On peut craindre, bien sûr, que, dans la mise en œuvre du processus, apparaissent des blocages et des querelles. Christian Jacob, président des Républicains, n’a pas tardé à réagir en mentionnant un argument ancien, mais éculé : l’écologie ne doit pas être punitive. Elle ne doit pas non plus représenter seulement une vue de l’esprit. Elle doit entrer dans les mœurs si elle veut avoir une chance de changer en profondeur notre mode de vie. Nous sommes, dans ce domaine, comme dans tant d’autres, partagés entre révolution et réforme. Celle-ci serait plus lente, mais à n’en pas douter moins violente. On peut rappeler que le voie de la réforme est la plus sûre, d’abord parce que M. Macron est un expert dans ce domaine, ensuite parce qu’il n’existe aucune bonne raison de brutaliser les Français par un programme autoritaire dont les effets néfastes s’ajouteraient à ceux de la pandémie et de la crise économique et sociale. Avec la Covid, nous avons tous été contraints d’adopter des normes de vie très différentes de celles auxquelles nous étions tant habitués.  Ce qui nous a permis de survivre en tant que peuple, sinon en tant que société prospère. La preuve a été ainsi fournie que rien, même pas une grave épidémie, ne peut nous abattre. C’est maintenant le moment de tirer profit de notre résilience, par opposition à l’idée très répandue que nous sommes trop affaiblis par la crise pour mettre en danger le rebond économique que nous appelons de nos vœux.

La thérapie, c’est le rassemblement.

Pour lutter contre l’utopie ou le statu quo, il n’y a pas de meilleure procédure que le rassemblement. Il sera férocement combattu par une large partie du personnel politique. Les Verts veulent incarner à eux seuls toute l’écologie française, ce qui relève de l’illusion ; les réactionnaires voudront jeter le rapport au panier ; d’autres diront qu’on peut joindre l’écologie à un autre programme idéologique, manière de dire que les Verts n’ont pas un monopole. Mais le fait nouveau, c’est que la macronie vient de renforcer sa crédibilité dans le domaine de l’environnement, que les Français vont se prononcer sur ce qui doit être la préoccupation numéro un d’une société ; et que, pour la première fois peut-être, une idée du pouvoir a convenu aux gens et qu’elle s’est concrétisée dans un consensus formel augurant des actes à venir. L’expérience de ces trois années de réformes tonitruantes qui ont soulevé tant d’hostilité, de haine, de rancœur et produit tant de dégâts, nous conduit à penser que, cette fois, un projet a une bonne chance d’être réalisé sans mettre le pays en ébullition.

RICHARD LISCIA

 

 

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Sombre affaire judiciaire

Éliane Houlette
(Photo AFP)

Éliane Houlette était chef du Parquet financier avant de prendre sa retraite et, à ce titre, elle s’était saisie de l’affaire Fillon en janvier 2017. Après avoir dit au moins une fois, en 2019, qu’elle n’avait subi aucune pression du Parquet général, elle a affirmé le 10 juin, devant une commission d’enquête parlementaire, et répété  plus récemment, que ces pressions, en réalité, avaient été très fortes.

LA CONTRADICTION, entre ces deux déclarations, est plus qu’ennuyeuse. Elle laisse entendre que le déroulement de l’enquête a pu être influencé par le Parquet général, dirigé alors par Catherine Champrenaud qui, selon Mme Houlette, réclamait une accélération de la procédure. Effectivement, François Fillon et sa femme, Pénélope, ont été mis en examen le 24 mars 2017, soit moins de deux mois avant le scrutin présidentiel. M. Fillon,  alors candidat à la présidence, n’a pas réussi à réunir le nombre de voix qui lui eût permis de franchir le premier tour. Radios et chaînes de télévision ne se sont pas vraiment emparées de l’affaire, pourtant grave : elle laisse entendre que des forces occultes, plutôt que le nombre de suffrages, auraient écarté François Fillon de la présidence de la République. Or Mme Houlette n’apporte aucune précision à ses déclarations explosives. Elle ne dit pas les raisons qui incitaient le Parquet général à se mêler de la procédure, elle ne dit pas quel usage Mme Champrenaud pouvait faire des informations réunies par Mme Houlette et elle ne dit pas qui, au-dessus du Parquet général (ministère de la Justice, Matignon, Élysée ?) conduisait le bal. La loi autorise le Parquet général à s’informer sur le déroulé d’une enquête, elle lui interdit d’orienter la procédure. Mme Houlette n’a d’ailleurs pas dit qu’elle avait enquêté à charge, ce qui, d’ailleurs, aurait ruiné le procès intenté à M. Fillon.

Un complot ?

Il y a plusieurs conséquences sérieuses aux propos inattendus d’Éliane Houlette : tout d’abord, ils accréditent la thèse des Républicains selon laquelle les accusations portées contre François Fillon relèvent d’un complot fomenté par quelque officine pour l’écarter définitivement du pouvoir ; ils permettent à tous les personnages politiques qui ont en ce moment des démêlés avec la justice, plus particulièrement Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, de dire qu’eux aussi sont victimes d’une cabale sans fondement ; enfin, ils affaiblissent le système judiciaire, déjà très contesté, qui n’a pas encore rompu le lien avec le pouvoir politique et qui doit être profondément réformé pour que chaque jugement soit prononcé en toute indépendance. LR n’a d’ailleurs pas tardé à réhabiliter M. Fillon à dix jours du jugement du tribunal correctionnel qui devrait les condamner, lui et son épouse. De même que l’extrême droite et l’extrême gauche ont eu tôt fait de dénoncer une faillibilité du système qui suffirait à les blanchir.

A qui profite le crime ?

Toutefois, l’enquête de Mme Houlette a mis en relief des faits indiscutables d’enrichissement personnel par des moyens interdits et au détriment du contribuable ; et on ne voit pas comment l’ancien Premier ministre peut s’affranchir des charges qui pèsent sur lui. De même, les emplois fictifs du RN et de LFI sont clairement établis. Et, au fond, la vraie question est la même que dans d’autres affaires : à qui profite le crime ? Tous les regards se portent sur la macronie, mouvement naissant en 2017, qui n’avait pas la moindre responsabilité politique. Si le comportement  du Parquet général consistait à satisfaire le pouvoir, la République en marche n’était pas au pouvoir, la droite n’y était pas non plus et n’aurait pas milité pour accabler M. Fillon, l’extrême gauche non plus, les écologistes non plus. Les détenteurs du pouvoir à cette époque étaient le président, François Hollande, son Premier ministre, Bernard Cazeneuve et son ministre de la Justice, Jean-Jaques Urvoas. M. Urvoas est poursuivi pour avoir livré à un ancien parlementaire, Thierry Solère, aujourd’hui conseiller à l’Élysée, des informations sur l’enquête judiciaire qui le concernait.  L’ancien ministre est-il aussi l’homme qui, par l’intermédiaire de Mme Champrenaud, exigeait que M. Fillon fût mis en examen avant l’élection présidentielle ?

Il est utile de rappeler que François Hollande n’avait plus aucun intérêt personnel dans cette élection dès lors qu’il avait renoncé à se présenter pour un second mandat plusieurs mois avant le scrutin, que M. Cazenave a une imbattable réputation d’homme intègre. Que M. Macron n’était que candidat à la présidence et qu’il n’avait aucun moyen d’exercer des pressions sur qui que ce fût. Comme ce fut le cas d’Agnès Buzyn qui déclara un jour, avec des larmes dans les yeux, que l’élection municipale de Paris était une mascarade pour, aussitôt après, reprendre la tête de la République en marche et finir sa campagne, Mme Houlette a commis l’erreur de jeter un pavé dans la mare pour le seul plaisir de faire des vaguelettes et elle doit étayer ses propos par des précisions complémentaires.

RICHARD LISCIA

PS-Au cours de l’après-midi, Mme Houlette a exprimé le regret de ce que l’on ait « déformé » ses propos. Elle insiste sur le fait que M. Fillon n’a pas été mis en examen sous la pression de l’exécutif.

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