Hidalgo : la manière forte

Hidalgo : c’est la joie !
(Photo AFP)

Anne Hidalgo, maire de Paris, a été désignée pendant le week end comme la candidate de la gauche. Soutenue notamment par Martine Aubry, maire de Lille, elle a aussitôt adopté le ton de la fermeté à la fois avec le pouvoir et avec les écologistes.

IL NE SUFFIT pas de se déclarer « progressiste » pour avoir le vent en poupe. Ce matin, dans un entretien avec France Info, Mme Hidalgo a affirmé qu’elle ne rejoindrait pas Yannick Jadot, élu candidat par une primaire des écologistes, et que c’était à lui de se mettre sous sa tutelle. C’est dire d’emblée qu’elle entre dans la campagne avec une moyenne de 5 à 6 % des suffrages, ce qui semblera insuffisant aux yeux de l’opinion pour un parcours conduisant au choix ultime des Français. Elle admet, en même temps, qu’il est impossible pour elle d’inclure la France insoumise parmi ses soutiens, en tout cas au niveau des appareils. Elle ne désespère pas d’avoir des électeurs gauchistes, écologistes, et de droite. Elle va rétablir l’impôt sur la fortune ; elle veut sortir du nucléaire le plus vite possible, elle tourne en dérision l’idée d’Emmanuel Macron de créer de petites centrales nucléaires sur tout le territoire, ce qui, selon elle, est inapplicable.

Attitude hégémonique.

On se demandera peut-être pourquoi sa position dans les enquêtes d’opinion se traduit, dans son comportement, par des attitudes hégémoniques et comment elle compte se retrouver face au président sortant au second tour. Personne, bien sûr, n’est obligé de croire aux sondages et d’adapter sa campagne à une réalité plus virtuelle qu’incontestable. Mais l’opinion ne saurait se contenter de ce qu’elle fasse sa campagne en solitaire et attende, jour après jour, de convaincre des électeurs qui ne se situent pas dans son camp. Au fond, elle espère un effet Zemmour, mais, cette fois, à gauche. Des bataillons de Verts abandonneraient leur parti à son profit, des LR, le parti le plus généreux du monde, celui qui laisse ses troupes rejoindre Macron, Zemmour, Le Pen, passeraient à gauche, ce qui semble plutôt improbable. Enfin, on ne voit pas, à l’aune de ses mots, de quoi enthousiasmer l’ensemble de l’électorat, qui serait séduit par l’ISF, par la fermeture des centrales et par une hausse des impôts.

Accomplir l’exploit de Hollande.

Elle répondra que les campagnes servent à ça, que François Hollande est parti de 3 % en 2011, bref que les jeux ne sont pas faits. Cependant, pour répéter l’exploit de M. Hollande, favorisé par le scandale Strauss-Kahn, il faut un événement qui disqualifie les hommes ou les femmes opposés à Mme Hidalgo. M. Macron l’a emporté en 2017 parce que M. Hollande a renoncé à se présenter à un second mandat et parce que François Fillon, choix malheureux des LR, a été écarté de la course par une question d’enrichissement personnel. De tels événements sont assez rares pour que l’on n’en fasse pas un argument de campagne. Anne Hidalgo ne cesse, par ailleurs, d’exciper de son bilan, alors qu’il est jugé négatif par les Parisiens. Quand elle nous parle de progressisme, quand elle invoque avec des trémolos la part des femmes dans la politique, elle semble dire qu’elle mérite le job seulement parce qu’elle est une femme de gauche. Tout le féminisme du monde ne suffira pas à éliminer l’incompétence, réelle ou perçue, d’une candidate à la magistrature suprême ; tous les gestes impétueux à la Merkel n’expliqueront pas que la neutralisation du parc nucléaire se traduise par des coupures d’électricité.

Mauvaises perspectives pour la gauche.

Quand elle dit qu’elle n’a pas besoin de M. Jadot alors que le  score de celui-ci est meilleur que le sien, et encore moins de M. Mélenchon qui réunit deux fois plus de suffrages qu’elle, on se dit qu’elle ferait mieux d’avoir des votes que d’afficher des ambitions. Quand elle pense à rétablir l’ISF, elle ne dit pas comment elle empêchera la fuite des capitaux, alors qu’il suffit de ne pas toucher à ce tabou pour que la croissance soit forte cette année et l’année prochaine. Certes, Jacques Chirac, autrefois, a démontré que la mairie de Paris est un bon tremplin pour l’Élysée, mais il avait d’abord été Premier ministre et son éventail de compétences, notamment en matière de défense et  de diplomatie, était infiniment plus large que celui d’Anne Hidalgo. Il n’y a pas un mot dans ce que je viens d’écrire qu’elle ne contesterait pas publiquement, mais il n’y a pas un seul socialiste pour penser qu’elle ait, au moins à l’heure qu’il est, la moindre chance d’accéder à l’Élysée. Le problème n’est pas dans la charge immense qu’elle est censée recevoir ; il est dans le vide intersidéral où se trouvera la totalité de la gauche après les élections.

RICHARD LISCIA

 

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Castex : 38 millions de chèques

Castex hier sur TF1
(Photo AFP)

Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé hier soir sur TF1 que les Français ne gagnant pas plus de 2 000 euros par mois recevront cent euros d’ici à l’année prochaine pour lutter contre la hausse du prix de l’énergie. La hausse du gaz sera bloquée pendant toute l’année 2022.

LES PRIX de l’énergie représentant un casse-tête pour tout gouvernement, le Premier ministre a préféré l’envoi d’un chèque qui coûtera 3,8 milliards d’euros aux pouvoirs publics, sans atténuer vraiment la pression des prix sur les foyers. Le blocage de la hausse des prix du gaz est en revanche une mesure plus utile. L’impôt sur le revenu étant miné par une foule d’exemptions, les taxes sur l’énergie sont la vache à lait de tous les gouvernements. Ils sont organisés de telle manière qu’un mathématicien y perdrait son latin, avec un système où la taxe finale s’ajoute aux taxes précédentes. Dans ces conditions, il était difficile, pour les autorités, de diminuer les taxes : en les réduisant, elles seraient incapables de présenter un budget.

Le besoin d’une réforme fiscale.

Bien entendu, tout le monde adresse ses critiques à M. Castex, mais aucun Premier ministre qui se respecte n’accepterait de faire ce que les oppositions proposent. Au pouvoir ou en dehors du pouvoir, on voit les choses différemment. Les gens qui gagnent 2 000 euros nets par mois ne sont pas hostiles au chèque de cent euros mais disent qu’il est insuffisant ; et il est vrai que, rapporté à l’ascension des prix des carburants, la somme paraît dérisoire. M. Castex a pris des mesures dans l’urgence. Toutefois, la volatilité des prix ne peut être combattue que par une nouvelle politique énergétique. Pour réduire le pourcentage des prélèvements (75 %), il faudra bien trouver l’argent ailleurs et il est probable qu’il se situe dans l’impôt direct plutôt que dans les taxes indirectes.

La faute des producteurs.

Il s’agit d’une réforme profonde dont il n’est pas sûr que le gouvernement l’accomplisse avant les élections de l’année prochaine. Pour une raison simple, celle que nous venons d’indiquer : il faudra déshabiller Paul pour habiller Jean et ce sont les Paul qui vont hurler de douleur. Bref, l’affaire est peu propice à un grand chambardement. D’ailleurs, si le pouvoir avait l’intention de diminuer les taxes sur l’énergie, M. Castex l’aurait annoncé hier. Ce qui est intéressant, dans cette affaire, c’est d’une part que le niveau des taxes sur l’énergie est beaucoup trop élevé pour que le consommateur accepte une hausse technique déclenchée par les pays producteurs de pétrole et de gaz ; que, d’autre part, l’idée d’ajouter une taxe sur l’énergie pour décarboner le pays a donné lieu au mouvement des gilets jaunes ; la hausse venue de l’étranger est mieux acceptée en France.

Encourager la pollution ?

Mais la seule question qui vaille, c’est le réchauffement climatique. On va donner cent euros à des gens pour qu’ils continuent à polluer l’environnement, au lieu de saisir l’occasion offerte par la hausse des prix pour que la consommation diminue. Vous aurez d’ailleurs remarqué que les forces puissantes de l’écologie n’ont pas bronché, sans doute parce que la défense des intérêts de la classe moyenne est une cause plus noble que celle de la lutte contre le réchauffement de la planète. Je ne dis pas qu’il faut écraser nos concitoyens sous le poids des taxes, je dis seulement que le discours général est hypocrite, qu’on nous promet des réformes à la limite de la révolution mais qu’en réalité, pour diverses raisons, notamment électorales, on fait le contraire de ce qui est annoncé.

Sur ce point, élus et électeurs confondus sont totalement complices. Tous les projecteurs des médias sont braqués sur les stations-services. C’est là que semble se jouer notre destin alors que nous sommes chargés d’une autre responsabilité, nationale, européenne, mondiale ; celle de vivre dans une atmosphère plus propre. Ce n’est pas dans un 4X4 qu’on y arrivera. Au moment où on exalte l’automobile électrique, tout le débat récent a porté sur sur le prix de l’essence et du gas-oil, un peu comme si personne n’avait entendu parler de leur rôle nocif. La vérité du futur est peut-être celle de l’électrique, mais la vérité du présent, c’est le CO2 et les particules.

RICHARD LISCIA

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Le dilemme nucléaire

L’EPR de Flamanville
(Photo AFP)

La poursuite de la production d’électricité d’origine nucléaire divise l’opinion et les partis. L’adoption de la filière EPR par le gouvernement met un terme à la réflexion, sinon au débat, mais en ouvre un autre : le choix de l’EPR est-il raisonnable ?

ON ASSISTE à un retournement de l’opinion française en faveur de l’électricité nucléaire. On sait que celle-ci n’est pas carbonée mais qu’elle produit des déchets indestructibles. Le gouvernement a décidé de construire six nouveaux EPR, alors que ceux de Flamanville et de Finlande ont des années de retard et ont coûté trois à quatre fois leur prix.

Ce qui augmentera d’autant les tarifs de l’électricité, déjà élevés, et risque de nous engager dans une voie où la demande en France va excéder l’offre. Le mot d’ordre général est le tout-électrique, parce que nous devons, aussi vite que possible, renoncer aux énergies contribuant à l’effet de serre. Et effectivement, il ne suffit pas de compter sur l’éolien dont la production est aléatoire. À partir du moment où nous diminuons le recours au gaz, il nous faudra compenser le manque d’énergie par l’électricité, d’où qu’elle vienne.

Le nucléaire n’est pas une malédiction.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’énergie issue du nucléaire n’est pas forcément une malédiction, sauf quand Tchernobyl ou Fukushima explosent. En France, les centrales nucléaires classiques ont assuré à bon marché une consommation qui n’a pas cessé d’augmenter. Nous avons décidé de démanteler la centrale de Fessenheim, mais n’avons pas renoncé au nucléaire. Bien que le retard sur la construction des réacteurs EPR nous coûte très cher, nous sommes fiers d’avoir mis au point une filière plus sûre, plus fiable et de plus longue durée. Cependant, même si l’État a des poches profondes, nous ne pouvons pas continuer à financer des EPR qui coûtent quatre fois plus que leur prix original. C’est une politique de Gribouille : nous voulons garder le nucléaire pour payer une électricité moins chère, mais,  avec l’EPR,  nous savons d’ores et déjà que son  prix sera prohibitif.

Un débat limité.

Associée aux travaux à Flamanville et en Finlande, à la construction d’une centrale à Hickley Point, au Royaume Uni, et aux deux EPR vendus à la Chine et qui fonctionnent, la décision de choisir la nouvelle filière ouvre un chemin qu’il sera difficile de modifier. Les débats préélectoraux n’ont pas, jusqu’à présent, été très consistants, malgré l’opposition des Verts et d’une partie de la gauche au nucléaire. C’est assez dire que la question des candidatures, constamment nourrie par des sondages surprenants, a enterré une flopée de sujets d’importance vitale pour notre avenir. Tout le monde se demande si M. Zemmour sera candidat, personne ne se pose la question de l’avenir économique et social des Français.

Not in my backyard.

Le fait est que les dossiers contemporains sont d’une technicité extrême et qu’il est difficile de comprendre, comme pour tant d’autres dossiers, les avantages et les inconvénients de l’énergie d’origine nucléaire. Les scientifiques font des propositions, les politiques finissent, tôt ou tard, par trancher. Et les citoyens votent, mais ont-ils tous mesuré les enjeux ?  Il en va de même pour les choix économiques ou géostratégiques, comme la nécessité de s’opposer à l’expansionnisme russe et chinois. Le danger est lointain, mais il est immense.

De la même manière, le gouvernement semble s’orienter vers des EPR de petite taille, très nombreux, destinés à compenser le manque de vent pour les éoliennes. Toutes les idées sont bonnes jusqu’à ce qu’elles rencontrent des obstacles d’application. Des EPR à la carte, dans un pays dont les habitants ne veulent pas d’un réacteur nucléaire près de leur maison ? Il y aura une révolution locale pour chaque nouvelle implantation.

RICHARD LISCIA 

 

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Polexit inéluctable ?

Mateusz Morawiecki
(Photo AFP)

Pour échapper aux contraintes juridiques de l’Union européenne, la Pologne devra-t-elle sortir de l’Union ? Le discours prononcé mardi par le Premier ministre, Mateusz Morawiecki, devant le Parlement de Strasbourg, n’est pas encourageant.

LA COUR suprême de Pologne vient d’affirmer que le droit polonais était supérieur à celui de l’UE. Ce qui a déclenché un branle-bas de combat à Bruxelles : il est en effet impossible d’accorder à la Pologne un statut unique qu’elle ne partagerait pas avec les autres membres de l’Union. Mais le cœur du problème, c’est la politique nationale que la droite polonaise entend appliquer à l’intérieur de ses frontières et qui repose sur une série de mesures rétrogrades, comme l’interdiction de l’avortement ou le rejet de l’homosexualité, qui forment en Pologne une sorte d’îlot anachronique. M. Morawiecki n’a ouvert la porte d’aucun compromis avec l’UE. Il a réaffirmé que son pays n’avait pas du tout l’intention de quitter l’Europe. Comme on le comprend : il attend tout bonnement que lui soit versée la somme de 30 milliards d’euros en fonds européens, au nom du plan de relance. Mais il espère que ce versement sera inconditionnel.

Question d’argent.

Assorti d’un instrument capable de régler tout différend entre partenaires européens, la Cour de Justice européenne, ou CJE, la Commission de Bruxelles n’a une chance de fonctionner que si elle s’impose aux lois nationales. Comme d’autres pays accueillis avec hâte et bonheur au sein du cénacle européen, la Pologne, à ce jour, a largement bénéficié des largesses européennes. Elle a pu exporter ses travailleurs en surnombre, elle a reçu des subventions, prêts et dons qui ont activement participé à son développement économique et social. Et les lois arriérées que le gouvernement lui impose sont largement combattues par une opposition musclée, mais minoritaire.

Double chagrin.

La Commission de Bruxelles, dirigée par l’Allemande Ursula Van Der Leyen, sait fort bien que ce qui est en cause aujourd’hui, c’est l’âme de la Pologne et la signification même du mouvement européen. Les 27 gouvernements ne peuvent pas être autoritaires, museler l’opposition, imposer au peuple des règles qu’il rejette. On ne peut pas être à la fois dans l’Europe et hors de la démocratie parlementaire. Comme la Hongrie, la Pologne cache ses intentions sous le couvert d’un Parlement censé veiller à la démocratie mais transformé par le parti de Lech Kaczinski, Droit et Justice (PiS), en chambre d’approbation. M. Kaczinski a perdu son frère jumeau, Jaroslaw, lors d’un accident d’avion à Smolensk en 2010. Il a en a conçu double chagrin causé par la perte d’un être cher et par celle d’un président, qu’il s’est ensuite hâté de remplacer.

Pas de quoi se réjouir.

La Pologne est donc sous l’influence d’une famille qui contrôle toutes ses orientations depuis longtemps. La question est la suivante : il est clair que l’Europe a accueilli en son sein trop de pays pour mettre au point un consensus. Pour être efficace, elle n’a peut-être pas besoin de s’ouvrir davantage, mais au contraire de laisser partir les brebis galeuses qui, après le Brexit, feront l’expérience de la solitude insulaire, comme celle du Royaume-Uni. Certes, nous ne devrions pas nous réjouir d’une telle issue. Si les règles démocratiques étaient respectées, la Pologne serait infiniment utile à l’Europe : c’est un poste avancé face à l’inquiétante Russie ; c’est un pays que l’histoire a fait énormément souffrir mais qui, hélas, ne s’est pas encore guéri de la bigoterie, du racisme et de la xénophobie, et n’y parviendra pas s’il s’éloigne de l’Europe.

Moralisme d’un autre temps.

Mais c’est aussi le ver dans le fruit. Nous ne pouvons pas traiter par l’indulgence le retour de la Pologne à la morale répressive, car elle risque de nous contaminer. Si nous lâchons la bride à la Pologne et à la Hongrie, elles finiront pas détruire le rêve européen. C’est ainsi que, en Allemagne, la Cour suprême de Karlsruhe a estimé que les dépenses budgétaires décidées sous la pression de la pandémie ne doivent pas devenir une habitude.  Il s’agit d’une atteinte à la supériorité du droit européen commise par le plus grand pays européen. Chaque nation, isolément, n’ira nulle part. Fort du soutien de ses partenaires, chacun des membres de l’UE peut jouer un rôle utile et historique.

RICHARD LISCIA

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La maison, la ministre et le tollé

Emmanuelle Wargon
(Photo AFP)

Chargée du Logement, Emmanuelle Wargon a fait, en fin de semaine dernière une déclaration qui a embrasé les médias. Depuis, elle a corrigé le tir en atténuant des propos qui semblaient annoncer la fin de la maison individuelle.

« UNE IMPASSE et un non-sens écologique », a dit Mme Wargon qui a proposé une analyse sincère en oubliant la campagne électorale. Elle n’avait pas tout à fait tort car, du point de vue écologique, il est évident que la maison individuelle contribue à la bétonisation des sols et qu’elle entraîne l’acquisition d’un ou deux véhicules, souvent des SUV, qui contribuent allègrement à la pollution de l’environnement. Mais la nouveauté de sa déclaration, outre qu’elle importunait les Français (dont 65 % possèdent leur logement) l’a rapidement contrainte à faire machine arrière. Du point de vue de l’intérêt national, ce recul est une mauvaise chose, d’autant qu’il n’est pas certain que nos concitoyens retiennent davantage les propos initiaux que leur correction.

Une liberté foulée aux pieds.

Les effets de cette affaire montre que nul, pendant la campagne, n’est libre de s’exprimer avec candeur ; qu’il y a des tabous qu’un seul ministre ne peut pas remettre en cause ; que la langue, étant la pire des choses, est rarement la meilleure ; qu’il existe dans ce pays des règles occultes qu’il faut respecter bien que nous exaltions plusieurs fois par jour le bonheur d’être libre, qui semble réservé aux citoyens mais pas à leurs dirigeants. C’est quand même très drôle : cela fait des décennies que nous dénonçons les villes-dortoirs, l’expansion inexorable de la construction en zone agricole ou végétale, que les banlieues se développent au détriment de la nature, que les centres-villes se dépeuplent, que le prix du mètre carré s’envole dans les grosses agglomérations, que dix pour cent de nos logements ne sont pas occupés. Et quand une ministre affirme qu’il y a quelque chose qui ne va pas, c’est un scandale.

Construire à la française.

Mme Wargon n’a pas dit qu’elle allait raser les cités, les pavillons et les aberrations architecturales d’un développement sauvage. Elle s’est hâtée de reconnaître « ce rêve construit par les Français pendant les années soixante-dix », mais « qui est une impasse et un non-sens idéologique ». Autrement dit, elle a bien fait de nuancer ses propos mais elle continue à croire qu’on ne peut pas continuer à bétonner le pays. Ce qui relève de la logique et du bon sens. À entendre les ripostes venimeuses des oppositions, elle a tout simplement offert à ses détracteurs les verges avec lesquelles elle a été fouettée. Ce qui ne veut pas dire non plus qu’elle ait eu tort de dénoncer une dérive, et pas des moindres, dans notre façon de construire à la française.

Un marathon.

Or il est tout à fait possible de vivre dans une copropriété en banlieue où, Dieu merci, il n’y a pas que des pavillons individuels. D’ailleurs, on n’empêchera jamais nos voisins du rez-de-chaussée de posséder un lopin de terre et de passer la tondeuse à gazon au moment où d’autres aimeraient faire la sieste. De toute façon, le rapport entre les revenus et le prix d’un logement est inexistant. Les gens s’endettent pour trente ou quarante ans. Quand ils ont payé leurs mensualités, il ne leur reste pas grand-chose pour financer leurs déplacements en voiture. L’achat d’un logement est une sorte de marathon qui absorbe toute l’énergie humaine, il éloigne le domicile du lieu de travail chaque année et, malgré les cris de victoire de nos élus, le train n’est pas à la portée de tous les banlieusards.

Essayez donc d’aller au théâtre.

Les déclarations de Mme Wargon présentent au moins l’avantage d’ouvrir le débat sur un sujet qui concerne chaque foyer, le toit de chaque famille, le confort de chaque citoyen, et, surtout la déshumanisation par des transports en commun lents et inconfortables. Pour ma part, je serais allé plus loin que Mme Wargon, je dirais que le rêve français est un cauchemar qui nous incite tous à prendre notre retraite et couper le lien définitivement entre le domicile, le travail et les loisirs. Vous habitez en banlieue et vous souhaitez aller au théâtre ? Ne soyez pas si présomptueux ! Essayez donc de garer votre voiture près d’un théâtre parisien. Demandez-vous d’abord si vous ne préférez pas rester à la maison. Il est vrai que l’intérêt culturel de la télévision, avec ses dizaines de chaînes, est à peu près nul. C’est si vrai que le seul remède à votre isolement est l’abonnement à un service de video à la demande.

RICHARD LISCIA

 

 

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Mélenchon : le dernier essai

Jean-Luc Mélenchon
(Photo AFP)

La dynamique de Jean-Luc Mélenchon est aisément explicable : il ne peut pas, tous les cinq ans, n’être que candidat. Sa logique, fortement teintée d’une ferveur élégiaque, lui commande de livrer bataille sans faire de quartier. Mais, n’ayant pas atteint le degré de crédibilité qui lui permettrait de franchir le second tour, il se bat dans un contexte où le statut de la gauche est fortement dégradé.

C’EST ce qu’il s’est empressé de dire au cours du week end écoulé, qu’il voudrait « historique » sous le prétexte qu’il réclame une « union populaire » dont on ne décèle pas les premiers frémissements : non, affirme-t-il, la gauche ne se situe pas à 30 % ou moins ; non, les sondages d’aujourd’hui ne prédisent pas les résultats de demain.

Une cote en baisse.

Lui-même, en 2017, a obtenu près de 20 % des suffrages quand les sondages ne lui en accordaient que 11 %. Il ne peut pas prétendre pour autant que sa cote personnelle se soit améliorée. Il a saisi toutes les occasions de choquer l’électorat, notamment lorsqu’il s’est opposé par la force physique à une perquisition dans ses locaux ; il lui est difficile de faire des gestes en direction des écologistes quand il les traite avec son habituelle suffisance ; il tente de briser EELV en faisant la danse du ventre devant Sandrine Rousseau, il demande, de façon péremptoire, au PCF, de le rallier, il n’a que faire de Montebourg.

L’éparpillement des voix.

Mais la vérité, c’est l’éparpillement des voix de la gauche, globalement minoritaires, entre les 2 % de Montebourg, les 2 % de Fabien Roussel, les 5 % d’Anne Hidalgo, les 7 ou 8 % de Yannick Jadot, infiniment mieux placé que lui pour donner un peu de cohésion à la gauche, bien plus mal en point cette année qu’il y a cinq ans. Mais le scrutin présidentiel n’est pas seulement affaire d’alliances et renversements d’alliances. Il est affaire de contenu idéologique. Souvent, dans les débats, on tente d’évaluer le danger de l’extrême droite et de le comparer à celui de l’extrême gauche.

Plus d’impôts.

Le caractère de Jean-Luc Mélenchon en ferait sans doute un président plus autoritaire encore que ne le serait Marine Le Pen. Mais, sans aller jusque là, le chef des Insoumis a un programme capable de détruire les institutions. Il ne veut pas commencer à rembourser la dette ; il n’a pas peur d’indigner l’Europe, puisqu’il veut la quitter, elle et la zone euro ; il va dissoudre l’Assemblée nationale, faire élire une Assemblée constituante qui rédigera une nouvelle Loi fondamentale ; et comme il pense que la pression fiscale est insuffisante, il va encore l’augmenter.

Le président de ceux qui en ont marre.

Il ne fait pas de doute que Mélenchon a de nombreux soutiens et qu’il parle un langage que les laissés pour compte de la dynamique de l’économie de marché comprennent fort bien. Il serait effectivement le président de ceux qui en ont marre. Mais pas celui des autres, qui sont les plus nombreux et qui abondent, eux, les régimes de sécurité sociale. Mélenchon est donc dangereux du point de vue de la démocratie et de la République, il l’est aussi à cause de son programme qui, comme celui d’Éric Zemmour, mais à l’autre bout du spectre idéologique, est révolutionnaire. Il est surprenant de voir les 67 millions de Français tous transformés en victimes ; de constater que l’extrême gauche et l’extrême droite se rejoignent dans le chaos qu’elles appellent de leurs vœux les plus ardents et dont on sait à l’avance qu’il ne résoudrait aucun problème.

Entre deux abîmes.

Car d’autres avant nous en ont fait l’a tragique expérience : c’est le communisme qui s’est effondré en 1989. Nous-mêmes, qui célébrons Mitterrand, nous souvenons quand même de la semaine de 35 heures et de la retraite à 60 ans, deux » merveilleuses » avancées sociales mais aussi deux catastrophes économiques dont nous ne sommes pas encore remis. On a dit parfois de Mélenchon que cet ancien ministre de Mitterrand a fini par se radicaliser. Sans doute a-t-il été ému par l’injustice. Mais on ne gouverne pas sous l’empire de l’émotion et encore moins sous celui de la vanité personnelle. Cette campagne avance sur une crête étroite qui file entre deux abîmes. La moindre des sagesses serait de ne pas tomber dans l’un des deux.

RICHARD LISCIA

 

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Anne Hidalgo candidate

Anne Hidalgo hier
(Photo AFP)

Le mois dernier, elle annonçait sa candidature à la présidence de la République, hier Anne Hidalgo a été élue par les instances du PS, en battant largement l’ancien ministre Stéphane Le Foll qui a mené contre elle une vaine bataille. Au moment où elle espère remonter le courant grâce à la campagne, son score tourne autour de 5 %.

À VAINCRE sans péril… L’exercice d’hier accompli par les socialistes n’aura été que la ratification formelle d’une investiture qui ne posait aucun problème. En réalité, Anne Hidalgo n’a d’espoir de faire un meilleur score au premier tour que si elle s’allie à Yannick Jadot, l’euro-député désigné par les militants écologistes. Pour le convaincre de suivre son panache blanc, elle doit le distancer dans les sondages (preuve qu’ils jouent un rôle dans cette élection). Sinon, l’inverse va se produire : il la mettra au pied du mur et lui demandera d’accepter sa tutelle. Jamais peut-être une campagne électorale n’aura compris autant de candidats de droite et de gauche. Si les tout derniers sondages montrent que Marine Le Pen résiste et qu’elle franchirait le cap du second tour au cas ou Éric Zemmour se désisterait, le tableau général des forces en présence indique clairement une fragilité sérieuse d’à peu près toutes les personnalités en lice. Sauf Emmanuel Macron, qui pourrait arriver en tête au premier tour, serait de toute façon qualifié pour le second et battrait son opposant(e) dans tous les cas de figure.

L’embarras du choix.

Cette estimation est certes précoce, elle ne prouve rien et montre surtout que les électeurs d’extrême droite vont avoir l’embarras du choix, entre Mme Le Pen, M. Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan. Elle ne préjuge pas de l’issue de la campagne. Mais, pour le moment, on ne voit pas comment l’extrême droite, la droite, la gauche ou l’extrême gauche pourraient rattraper le président sortant. Les enquêtes d’opinion indiquent que, sans le rassemblement de toute la gauche en faveur soit de Mme Hidalgo, soit de M. Jadot, il est impossible pour la gauche de se qualifier ; et que c’est le même schéma à droite où le mieux placé est Xavier Bertrand, mais il a besoin de renverser l’exode vers l’extrême droite des électeurs traditionnellement LR.

Barnier a des soutiens.

M. Bertrand a fait jusqu’à présent de son indépendance sa première qualité. Après de vives négociations avec les cadre de Les Républicains, il a accepté la désignation du candidat de droite lors d’un  congrès du parti en décembre. Maintenant, il envisage de reprendre sa carte de LR. Autant dire que ce qui faisait son originalité tend à disparaître et que « la rencontre entre un homme et un peuple », à laquelle il attache tant d’importance, sera morose. La consultation du congrès LR peut se retourner contre lui : nombre de Républicains lui reprochent son escapade de quelque quatre ans en dehors du cercle du parti ; d’autres lui préfèreront Valérie Pécresse, beaucoup plus en phase avec les caciques de LR ; enfin Michel Barnier n’a pas dit son dernier mot. Il n’est pas particulièrement populaire, mais il est très respecté au sein de son parti.

À gauche, la messe est dite.

C’est moins la campagne elle-même que des événements imprévus qui offriront aux candidats les moyens de se démarquer. À gauche, la messe est dite. Elle souffrira forcément de ses divisions. La droite n’a une chance que si l’exécutif commet quelque nouvelles erreurs. Le président a déclenché un tir d’artillerie en annonçant presque tous les jours de nouvelles mesures d’aide aux plus démunis, notamment dans l’affaire des prix des carburants. Il a craint pendant quelques jours que le seul bénéficiaire de l’opération Zemmour ne fût Xavier Bertrand. Il y a un temps pour l’espoir, et un temps pour l’humilité : le retour de M. Bertrand  au bercail n’apparaît pas comme une marche triomphale.  Si on observe le tableau général de la campagne, on voit que les progressions fulgurantes sont compensées par des descentes aux enfers. Par exemple, M. Zemmour est crédité de 15 % des suffrages (et même plus), quand Mme Hidalgo tombe à 5 %, alors que le polémiste et la maire de Paris ne visent pas du tout le même électorat.

Comme l’espoir est une ressource inépuisable, d’aucuns estiment qu’il peut arriver à Macron ce qui est arrivé à Mme Hidalgo. Mais le candidat-président fait une course de trot. Ce n’est pas lui qui avance, ce sont ses adversaires qui reculent.

RICHARD LISCIA

 

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Droite : faible et acerbe

Christian Jacob
(Photo AFP)

La stratégie mise au point par les Républicains (LR) pour désigner un candidat à la présidentielle est si peu convaincante qu’elle est assortie de propos de campagne inexpiables.

CHRISTIAN JACOB, président de LR, réagit à la crise de son parti par des déclarations qui, loin de hâter le dénouement de l’interminable processus de désignation, font de ses adversaires des monstres ou des imbéciles. Le voilà qui s’engage simultanément sur un front anti-Macron, un incapable qui n’a rien fait pendant quatre ans, et un second front anti-Philippe qui, en créant son propre parti, Horizons, aurait mis le feu à la campagne. En d’autres termes, son agressivité augmente à mesure de son indignation et de son inquiétude. Si Macron et si Philippe étaient aussi incompétents qu’il le dit, que ne s’en réjouit-il pas ? Sa colère atteint de tels sommets qu’il doit bien y avoir, dans la démarche des deux hommes, quelque chose de concret qui n’est pas en faveur de LR.

L’époque des diatribes.

On observe donc avec intérêt le flot de plus en plus puissant de ces diatribes qu’il partage d’ailleurs avec ses amis de LR mais aussi avec les autres partis d’opposition. La particularité de LR, c’est qu’il s’agit d’un mouvement pour qui les élections de 2022 étaient censées être une occasion unique de retourner au pouvoir, ce qui est moins probable aujourd’hui qu’au lendemain des régionales. On devient très vite intolérant quand on est placé au pouvoir. Dans le cas de M. Jacob, on le devient quand on y aspire. Ce qui ne va pas chez LR, ce ne sont pas les électeurs, ce sont les caciques du parti, qui ne savent pas comment réagir au dépeçage en cours de leur formation. Ils sont furieux, certes, mais qu’est-ce que la fureur, sinon un signe de panique ? Ils souffrent de la liberté des autres et, en conséquence, ils les condamnent pour exercice de la liberté. Il est absurde de dire qu’Édouard Philippe n’a rien fait. Il est l’homme politique le plus populaire de France et il serait élu président en 2022 si M. Macron ne se présentait pas de nouveau.

Deux mois de vacances.

Absurde encore de dire que l’actuel président est un désastre pour le pays. Les propos incendiaires de M. Jacob trahissent le manque d’arguments dont il souffre. Emmanuel Macron est le candidat le mieux placé, c’est une évidence qu’il n’est utile de rappeler qu’à ceux qui ont décidé de rester sourds et aveugles aux faits les moins contestables. M. Jacob devrait commencer à se réveiller et à constater que sa stratégie ne vaut pas mieux que ce qu’il dit de Macron : les deux des cinq candidats de la droite classique qui ont une chance, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse,  vont devoir attendre le mois de décembre pour obtenir pour l’un d’entre eux, le feu vert d’un parti. Un parti qui n’est plus celui de Mme Pécresse ou de M. Bertrand. Un parti dont certains éléments, comme le brave M. Ciotti, envisage de voter Zemmour au second tour. Un parti qui dit qu’il y a le feu dans la campagne et s’offre deux mois de vacances. Et c’est ce parti qui  va gouverner la France ?

Un Bertrand amadoué.

Depuis longtemps, Xavier Bertrand se présente comme le roi d’un domaine sans frontières, celui de l’intégrité. Intégrité politique, morale, idéologique, philosophique. Au nom de cet atout, il était devenu intraitable. Pas de primaire, pas de désignation par LR, chacun pour soi et c’est moi qui l’emporterai. Sauf que le temps a fait son œuvre et que M. Bertrand a dû mettre de l’eau dans son vin. Compromis : pas de primaire, mais réunion des adhérents au parti en congrès qui désignera le candidat de LR. Ce n’est plus le même Bertrand, impavide et incorruptible. Il est rentré au bercail et fait déjà moins peur. Mais pourquoi toutes ces palinodies ? À quoi auront servi ces tractations et marchandages si on regarde le paysage ? Tous les sondages depuis le début de l’été et toutes les hypothèses montrent que M. Macron l’emporte au second tour contre n’importe quel  candidat. Le paradoxe est saisissant : le président sortant n’a pas de parti, mais il a le soutien d’Édouard Philippe, ce qui fait de lui un candidat très solide ; LR est un vrai parti mais il n’a pas de candidat crédible, à cause du Rassemblement national, à cause d’Éric Zemmour, de qui vous voulez, mais sûrement pas de Macron. Critiquer le président, certes. Mais pour quoi faire ?

RICHARD LISCIA 

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Les terroristes terrorisés

Un taliban soigné à Kaboul
(Photo AFP)

La reconquête de l’Afghanistan par les talibans a secoué le monde, mais les vainqueurs ont vite compris qu’il est plus facile de conduire une guerre que de gérer la paix.

DEPUIS qu’ils ont été chassés de l’Afghanistan en 2001, les talibans n’ont pas changé. Ils appliquent la charia, ils renvoient toutes les femmes à la maison, ils empêchent les fillettes d’aller à l’école, ils règlent par la brutalité les problèmes nés de la contestation populaire. Les banques n’ont plus un sou de réserve, ce qui a mis l’économie au point mort. Le peuple est prostré, plus pauvre que jamais, affamé. L’État islamique, inquiet de la victoire des talibans, commet, comme si rien n’avait eu lieu, des attentats épouvantables. Sous la guerre entre talibans et Américains, couvre un autre affrontement entre clan de l’EI et clan taliban, sans que l’idéologie théologique ait la moindre influence.

Un milliard de dollars.

Les talibans ont fait beaucoup de promesses, assurant qu’ils ne veulent plus commettre les erreurs de 1998, année où ils se sont emparés du pouvoir afghan avant d’en être délogés, en 2003, par les forces américaines, bientôt soutenues par les Nations unies. Sans renoncer à leurs passions mortelles, ils tentent d’humaniser leur comportement et de donner un espoir aux  foules afghanes, prêtes à s’exiler définitivement. Ils n’ont d’ailleurs jamais rompu le contact avec les États-Unis qui continuent à négocier avec eux. Ils ont eu l’audace de réclamer des fonds à la communauté internationale et un milliard de dollars leur a été accordé hier. La politique afghane des États-Unis est insondable : il n’est plus question d’instaurer une démocratie parlementaire en Afghanistan, mais seulement de tempérer les ardeurs religieuses des talibans pour améliorer le sort du peuple. Leur succès  est en soi une catastrophe humanitaire, à partir de laquelle ils exercent un chantage en exigeant des États-Unis qu’ils paient pour le salut des Afghans.

Victoire, puis défaite.

Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, disait : « Il faut terroriser les terroristes ». Personne n’y est jamais parvenu, mais il apparaît que, au-delà de la reconquête de l’Afghanistan, ils ne savent pas quoi en faire. Il ne sont pas à l’aise dans la gestion économique et sociale du pays et si on ne leur apporte pas de l’argent et du savoir-faire, leur système va s’effondrer. Et ce, d’autant plus vite qu’avec les attentats de l’EI, ils n’ont aucune crédibilité sur le plan de la sécurité.

Une victoire, même incontestable, peut donc cacher une défaite. On ne s’en réjouira pas car c’est le peuple afghan qui paie pour le travail de sape mené pendant  deux décennies par les talibans qui, à peine avaient-ils pris Kaboul qu’ils étaient pris pour cible par les attentats de l’État islamique. Les Américains et les Européens, sonnés par leur défaite, sont néanmoins sensibles aux problèmes humanitaires que leur retrait a soulevés. Ils savent que, dans ce monde où on n’est jamais à court d’une injustice, c’est à eux que l’on reprochera les conséquences de leur déroute. Comment, après avoir renforcé les talibans en leur laissant un matériel de guerre ultra-moderne, voler au secours du peuple afghan menacé de famine, voilà bien la quadrature du cercle.

Un paradoxe.

Les Afghans en ont tant vu depuis vingt ans qu’on aurait pu prolonger l’épreuve qu’il traverse. Après tout, si les talibans peuvent se débarrasser des Américains, ils doivent pouvoir éliminer les forces de l’EI. C’est, depuis le début de cette aventure, l’occasion unique de faire le sale travail. Il est clair qu’ils ne l’entendent pas de cette oreille, qu’ils négocient avec Washington et l’Europe uniquement pour nourrir les Afghans et être en mesure de repousser les forces de l’EI. Après quoi, ils ne seront plus expulsables, sauf s’ils sont battus à terme par l’État islamique, alternative encore moins plaisante que leur maintien à Kaboul. Ce n’est pas le moindre paradoxe : ce pays abritait des forces destructrices qui l’ont emporté contre l’Occident mais risquent d’être délogées à leur tour par un groupe terroriste encore plus cruel et cynique.

Non seulement il n’y a pas de limite au degré de cruauté des forces en présence qui sont toutes d’accord sur l’application de la charia et sur la religion, mais les choix possibles offerts au peuple afghan sont tous dangereux.

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La furie sondagière

Jadot et Rousseau
(Photo AFP)

Si la campagne électorale a commencé à une allure vertigineuse, c’est principalement grâce ou à cause de la multitude d’enquêtes d’opinion qui sont publiées, à raison de deux par jour. Tout le monde se plaint des sondages, tout le monde se jette sur eux.

LES SONDAGES ont acquis, peu à peu, un rôle central dans les élections, au point d’influer sur leur fonctionnement : tout récemment, les Républicains envisageaient de renoncer à la primaire et de choisir leur candidat en fonction de celui dont la cote est la plus élevée dans les sondages. Cela reviendrait, par exemple, à sacrer Xavier Bertrand, et aurait entaché d’illégitimité l’ensemble du processus. Finalement, LR a décidé de tenir un congrès en décembre tout en obtenant la participation de M. Bertrand, qui n’est plus encarté au parti.

Guerre interne.

Il est indéniable que la primaire peut détruire une formation politique de l’intérieur. Pour une raison simple : les candidats du même parti s’entredéchirent pendant la campagne des primaires. Comment peuvent-ils prétendre ensuite effacer leurs différends et mener une bataille électorale où ils doivent se montrer unis ? C’est une question de culture. La primaire fonctionne aux États-Unis. La convention  permet de réunifier le parti. C’est une sorte de jeu superficiel non dénué d’hypocrisie, mais la société américaine le supporte bien. Beaucoup moins chez nous où il laisse amertume et rancœur. Indubitablement, la primaire est un exercice démocratique, un surplus de liberté, un processus qui, jamais, ne permet à un homme de triompher seul des difficultés. Bien sûr, nous avons tous poussé des cris horrifiés quand Trump a battu Hillary Clinton. Mais elle a commis des fautes ; elle ne l’a pas vu venir ; elle a littéralement ignoré les États du nord-est. Bref, tout ça pour dire que les sondages, eux, auraient « élu » Mme Clinton.

Le sel de la campagne.

On dit aujourd’hui « qu’ils » font tout pour élire Éric Zemmour. Ils ne sont pourtant que la chambre d’enregistrement d’un phénomène populaire sur l’évolution duquel ils n’ont aucun pouvoir. Mais ne nous y trompons pas : le sondages sont le sel de la campagne, ils la rendent passionnante et ils réduisent sensiblement l’abstention. Leur plus sérieux handicap, c’est qu’ils ne sont pas infaillibles. Ils n’ont pas prévu la victoire de Trump et, en France, sur les cinq élections présidentielles passées, les enquêtes d’opinion en ont « perdu » trois. Il faut certes être vigilant et ne pas laisser quelques instituts acquérir le pouvoir de désigner le vainqueur d’une élection. Mais en même temps, on joue à se faire peur : ce n’est pas demain que se produira une telle fatalité. Il n’y a pas si longtemps encore, la dernière semaine de campagne devait être vierge de tout sondage afin de ne pas influencer l’électorat. Depuis le début du millénaire, cet interdit a été levé. Pour une raison simple : quand ils ne sont pas légaux, les sondages sont quand même réalisés et diffusés par un bouche-à-oreille efficace, au moins à Paris.

Remarquable primaire des Verts.

Cette année, les Verts ont organisé une primaire splendide, très démocratique, comme en témoigne la répartition presque égale des suffrages entre quatre des cinq candidats au premier tour. Malheureusement,  le mouvement, depuis le second tour, semble coupé en deux parties, celle du gagnant, Yannick Jadot et celle de la perdante, Sandrine Rousseau, qui n’a perdu qu’avec un point d’écart. Voilà qu’elle se considère, et à raison, comme la partie vivante des Verts. Il semble que M. Jadot finira par s’imposer et donc la primaire peut être la meilleure et la pire des choses à la fois. Les sondages auront toujours la préférence tant que les primaires seront ouvertes ou fermées, et qu’elles ne draineront pas la totalité des sympathisants et affidés. Ils continueront à prospérer parce qu’ils augmentent l’intérêt d’un public de plus en plus sceptique sur le processus électoral.

RICHARD LISCIA

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