Un scrutin illégitime

Marine recule
(Photo AFP)

Le taux d’abstention aux élections régionales et départementales a atteint au moins 66 %, ce qui signifie que deux électeurs sur trois n’ont pas pris la peine de voter. C’est une mise en cause des institutions qui risque de peser sur les rendez-vous électoraux à venir.

L’AFFRONT ainsi fait à la classe politique est partagé par tous les partis en présence. Beaucoup de ceux qui ont accompli leur devoir civique manquaient d’enthousiasme. Les résultats ont confirmé l’inexistence de la République en marche, notamment dans les Hauts-de-France où la présence de cinq ministres sur la liste REM désireux de jouer le rôle de l’arbitre n’ont pas empêché Xavier Bertrand de l’emporter largement sur tous ses adversaires et de priver la REM d’une participation au second tour. En Paca, Renaud Muselier (LR) devance, contre toute attente, Thierry Mariani (RN), et a le moyen de vaincre définitivement son rival si la liste gauche-Verts se rallie à son panache. Valérie Pécresse est assurée de gagner en Île-de-France ; Laurent Wauquiez est en pôle position en Rhône-Alpes. Si le scrutin est la répétition générale de la présidentielle, les Républicains auront à choisir entre  les trois candidats qui gardent leur région.

Le RN perd 9 points.

Les sondages n’ont pas prévu le recul de neuf points du RN par rapport aux régionales de 2015. L’extrême droite, au terme d’une campagne tendue et plutôt violente, n’a donc pas reçu la consécration qu’elle espérait du scrutin. C’est un mauvais signal pour Marine Le Pen car, si elle ne dépasse pas les 20 % au premier tour de la présidentielle, elle ne sera pas présente au second. Mauvaise nouvelle aussi pour Emmanuel Macron qui risque de se retrouver au second tour face au candidat LR et non à celle du RN, plus facile à battre. Paradoxalement, c’est l’abstention qui pourrait être responsable d’un affrontement différent de celui de 2017. Dans un premier temps, on est en droit de supposer que, contrairement à toutes les analyses, les électeurs du RN vont toujours aux urnes quand les autres n’y vont pas. Il n’empêche que la mobilisation reprendra pour la présidentielle parce qu’elle semble être la seule élection qui intéresse les Français.

Un point pour Mélenchon.

De sorte qu’il n’est pas certain que l’on retrouve au second tour le duo Macron-Le Pen, celui-là même dont nous concitoyens ne veulent pas. Dans toute analyse, il faut maintenant inclure les erreurs sondagières, la versatilité de l’électorat, la mise en cause de la légitimité des institutions : Jean-Luc Mélenchon, dont le parti, la France insoumise a été littéralement absent du scrutin, peut se réjouir du taux d’abstention qu’il présente comme catastrophique tout en imaginant qu’il faut le considérer comme un tremplin vers le changement de République. Le parti de l’abstention est devenu le premier parti de France. Ce qui ne veut pas dire qu’il continuera à grossir : il peut être récupéré par les extrêmes et chambouler le système actuel. Impatience et lassitude sont les deux traits de caractère de l’électeur français, qui a jugé inutile la désignation des élus de proximité et préfère passer directement au choix d’un nouveau président.

Un vote post-Covid.

La responsabilité de ce chaos législatif va vite être attribuée au président de la République et à la majorité présidentielle. On verra l’an prochain que Macron a un bilan plutôt positif. Si la REM est écrasée, c’est parce que la lutte contre le Covid a absorbé toute l’énergie de nos concitoyens et les a incités à s’abstenir. Les résultats sanitaires, économiques et sociaux de l’action gouvernementale apparaîtront plus clairement à la fin de l’année ou au début de l’année prochaine, donc à la veille des présidentielles. Certes, les inconnues de l’équation sont multiples et les pronostics plus que hasardeux. D’autant que, en toute occasion, les instituts de sondages se trompent au moins sur un ou deux points fondamentaux. Mais la moyenne des enquêtes montrent qu’aucun des candidats potentiels de la droite ne menace vraiment Emmanuel Macron car aucun ne dépasse, pour le moment en tout cas, les 15 %.

Macron garde ses chances.

Additionner le recul réel du RN à la cote de popularité de Macron serait un sophisme : on ne mélange pas les résultats et les sondages d’opinion. Contentons-nous de dire que le président garde toutes ses chances, même si une avalanche de critiques lui imputera la responsabilité du déclin des institutions françaises. Il a déjà surmonté tant de crises qu’il peut nourrir l’espoir qu’une crise de plus ne fera que renforcer sa cote personnelle, comme on l’a vu avec les grèves et avec le mouvement des gilets jaunes. La bagarre, c’est son turf, l’ambiance qu’il préfère, le contexte qu’il juge le plus favorable. Encore une fois, il n’entend pas se présenter comme chef d’un parti qui n’a pas réussi à s’implanter dans les territoires, mais comme le candidat à la présidence de tous les Français.

RICHARD LISCIA

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Le coup de la SNCF

Philippe Martinez, CGT
(Photo AFP)

Les cheminots CGT de la SNCF ont décidé de faire la grève à partir du 1er juillet, date du coup d’envoi des départs en vacances. Ce qui démontre que les camarades syndiqués ne perdent pas le nord et que, malgré la crise sanitaire, ils restent combatifs.

ILS ONT inventé le poisson de juillet, comme il y a un poisson d’avril, mais dans leur esprit, ils sont très sérieux. La farce est parfaite et tellement inattendue qu’on se demande si c’est du lard ou du cochon. C’est en assistant à un débat sur LCI que j’ai appris la nouvelle et écouté un représentant des cheminots énoncer la longue liste des revendications de ses collègues. En réalité, elles ne sont pas satisfaites, et elles sont si nombreuses que la CGT n’a aucune raison de ne pas faire grève tous les jours de l’année et toutes les années ; le pouvoir autoritaire et insensible étant sourd et aveugle, il est bien entendu responsable de la crise annoncée.

L’oisiveté nourrit l’imagination.

« Le Point » publie cette semaine un dossier sur « Ces Français qui ne veulent plus travailler ». N’allons pas chercher trop loin. Beaucoup de nos concitoyens, déjà habitués à être payés pour ne rien faire pendant la pandémie, essaient de croire qu’on peut se lancer dans l’expérience du chômage payé ad vitam æternam. Parmi les mille projets qu’ont conçus les économistes, dont la semaille de l’argent par hélicoptère, la CGT a choisi celui-ci et l’habille en grève justifiée. Il semble que l’oisiveté nourrisse l’imagination et ce que nous n’avons pas en temps de travail est compensé par la création intellectuelle.

Le délire national pose tout de même d’insurmontables problèmes techniques. Par exemple : comment, en faisant marcher à fond la machine à billets, pourra-t-on les distribuer sans discrimination ? Et comment, si personne ne travaille plus, ne pas courir le risque de famine ou d’une mort consécutive à la soif ? Ce ne sont pas des questions que pose la CGT car, de toute évidence, elle ne fait pas du prosélytisme. Ses grèves n’ont pas une vertu pédagogique, elles ne se comprennent que si elles restent dans les limites de la SNCF et pour que l’opération réussisse, il faut que tous les autres travaillent.

Incrédulité et hilarité.

Bien entendu, la droite sectaire dénoncera ce mouvement. Elle en critiquera la traîtrise, le cynisme et les dommages ainsi causés aux vacanciers cette année, qui sont à bout de nerfs et n’attendent qu’un moment de répit. C’est évidemment bafouer les droits acquis des camarades syndiqués. C’est dresser l’opinion contre une grève légitime. C’est ignorer le droit constitutionnel à faire grève pour dénoncer les intérêts des privilégiés qui ont les moyens de partir en vacances. Mais nous n’en sommes pas sûrs. Le premier réflexe des gens, c’est l’incrédulité : ils commencent par croire au bobard et ils finissent dans l’hilarité parce qu’ils ont le sentiment que la CGT est parvenue à se caricaturer elle-même.

Une fin en soi.

Elle joue son rôle avec perfection et avec une outrance propre à sa nature, à son essence, à tout ce qui fait qu’elle est inimitable, de sorte que la grève demeure le zénith de sa pensée, de son action, de sa philosophie, de sa raison d’être, une fin en soi qu’il n’est même pas utile de transformer en nouvelles conquêtes sociales. Un jour viendra où ils diront : nous sommes en grève, la grève est quotidienne et permanente, la grève vaincra tous les obstacles. Nous ne sommes plus des cégétistes, mais des grévistes.

Nous n’avons pas le choix : il vaut mieux en rire. L’exagération a cet avantage est qu’elle nous ouvre les yeux sur l’état des lieux : les élections sont-elles indispensables ? Le commerce, pratiquement liquéfié par la pandémie, sert-il à quoi que ce soit ? Le syndicalisme est-il une cinquième colonne vouée à nous détruire de l’intérieur ? Gauche et droite ont-elles encore un sens idéologique ? Faut-il prendre des vacances ? Le patriotisme a-t-il la moindre signification quand il se limite à l’enceinte de la CGT ? Découvrira-t-on un jour un vaccin contre la bêtise collective ? Je vous laisse le soin de répondre à ces questions.

RICHARD LISCIA

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Régionales : le désastre annoncé

Marine aux marches du pouvoir
(Photo AFP)

À trois jours des élections régionales et départementales, le tableau est sinistre pour les démocrates qui luttent contre les extrêmes : le Rassemblement national est en mesure de remporter une ou plusieurs régions, le front républicain est inexistant.

MARINE LE PEN n’a pas encore brisé le « plafond de verre », mais elle est parvenue à banaliser sa présence : 51 % des Français jugent, selon un sondage publié ce matin, que le RN ne représente aucun danger pour la démocratie. La droite fascinée par le RN est en morceaux, la gauche va au scrutin divisée, la République en marche ne remportera sans doute aucune région. La répétition générale des élections générales de 2022 montrera que le parti lepéniste domine la situation sous le regard indifférent de nos concitoyens qui n’ont pas compris que voter pour Marine, c’est s’engager sur un chemin irréversible. Voter pour un parti extrémiste, c’est toujours prendre un risque. On en dirait autant de la France insoumise si on ne savait qu’elle n’a aucune chance de remporter cette élection, ni les suivantes.

L’original et la copie.

La démocratie doit se défendre avec les moyens dont elle dispose. Elle ne peut pas utiliser ceux d’un pouvoir autoritaire. Elle ne peut pas dicter le choix électoral des citoyens. Mais elle peut expliquer les raisons d’une dérive alarmante. On disait de Nicolas Sarkozy, embarqué alors dans un projet identitaire, que les Français préféraient l’original à la copie. On peut dire aujourd’hui le contraire : l’original avance sans masque, bien décidé à s’emparer du pouvoir pour y rester. L’idée de lui opposer un contre-pouvoir est tout à fait simple et naturelle, encore faut-il qu’existe face au RN une force politique comparable.

Le pays livré à des stagiaires.

Les démocrates sont divisés par l’énergie cinétique même du RN. Les plus fragiles d’entre eux sont si las qu’ils préfèrent se jeter dans la gueule du loup ; leur appui manque aux autres qu’il veulent lui faire barrage. Il n’y a rien, dans le projet de l’extrême droite qui soit convaincant ; ce parti, tout en étant le premier en France, n’apporterait aucune solution aux divers problèmes qui ont conduit à son succès. Tout ce qu’il peut faire, c’est compliquer la crise que nous traversons. C’est affaiblir la France face à l’Europe et au monde et trouver des remèdes qui aggraveront le mal. Non seulement les lepénistes sont dépourvus de tout scrupule, mais ils sont incompétents. Ils ont des élus, certes, mais ils sont nuls en économie. Surtout, ils sont infiniment attirés par l’exercice du pouvoir, mais leur victoire aux élections de 2022 reviendrait à une gestion de la France par des stagiaires.

L’autre plafond de verre.

Que de telles évidences ne crèvent pas les yeux de 51 % de nos concitoyens est tout simplement désespérant. Je ne sais combien de fois nous sommes quelques-uns à avoir démontré que les partis les plus autoritaires s’emparent du pouvoir et se dépêchent de changer les lois pour rendre pérenne leur présence. Avec eux, il n’y a pas de deuxième chance. Prenons le cas de la région Paca : le représentant de Mme Le Pen, Thierry Mariani, devance Renaud Muselier (RN) de deux points dans les sondages. Il suffirait pourtant que, au second tour, les lecteurs de la liste gauche verte, conduite par M. Felizia, se reportent comme un seul homme sur M. Muselier. S’ils ne le font pas, ils agissent de façon suicidaire. S’ils le font, ils forment un plafond de verre intermédiaire qui empêchera Marine Le Pen de monter jusqu’à l’autre.

Non au culte de la personnalité.

De même dans les Hauts-de France, où la REM a envoyé une flopée de ministres pour contrer Xavier Bertrand, rival potentiel d’Emmanuel Macron en 2022. Calcul à la fois machiavélique et risqué, susceptible de donner une deuxième région à RN. La question n’est pas de savoir qui gagnera la présidentielle de l’année prochaine. La question porte sur le sauvetage de la démocratie. Xavier Bertrand n’est plus à LR, car il veut rester libre de ses choix. Il se bat avec une certaine virulence, mais ce qui doit nous intéresser, ce n’est pas le culte de Macron, mais le triomphe de la démocratie parlementaire. On ne vote pas pour un homme ou pour une femme, on vote pour des idées, pour un projet, pour l’excellence républicaine. Personne n’est autorisé à dire aux gens comment ils doivent voter. Mais on a le droit de leur expliquer à quoi ils s’engagent, sans même le savoir.

RICHARD LISCIA

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Macron et l’armée

Macron et Lecointre
(Photo AFP)

Le chef d’état-major des Armées, François Lecointre, a démissionné. Il a été remplacé par le général Thierry Burkhard.

EMMANUEL Macron a tenté de retenir le général Lecointre, qui a expliqué que la France entrait dans une phase électorale à laquelle il ne souhaitait pas être associé. Le changement s’est déroulé à la fois vite et sans anicroche. À 59 ans, le général Lecointre s’est trouvé à la croisée de trois grands problèmes : les élections générales de 2022, qui posent la question de son engagement personnel auprès du chef de l’État alors qu’il peut voter pour un autre, le changement d’attitude de la France au Sahel, qui implique un nouveau déploiement et une stratégie différente ; et les velléités subversives qui se sont manifestées au sein de la classe militaire ces dernières semaines. C’est le nœud gordien qu’il faut trancher et tout un arsenal discret mais important a été mis en place pour convaincre les officiers  dissidents de se déjuger ou de démissionner et dans le cas des retraités, pour les sanctionner.

De Villiers à Lecointre.

Il est permis de rappeler que les militaires sont tenus par la loi d’obéir aveuglément au pouvoir civil ; les précédents sont nombreux de soldats qui se sont mis en marge de la démocratie et ont été durement punis quand ils ont été vaincus. Souvenons-nous que François Lecointre a succédé au général Pierre de Villiers qui avait prononcé des propos désagréables à l’égard du pouvoir devant des parlementaires quelques semaines à peine après l’intronisation d’Emmanuel Macron. Sans doute a-t-il craint de devoir résoudre les trois problèmes mentionnés ci-dessus. Il était écartelé entre son propre point de vue et l’action politique de l’Élysée.

Deux coups d’État.

La « dissidence » des officiers a un aspect rocambolesque, mais il s’agit d’une démarche grave qui ne peut rester en l’état : la légitimité du pouvoir ne peut être remise en cause que par un scrutin national et non par quelques généraux fascinés par l’extrême droite. À quoi s’ajoute le problème épineux du Sahel : le corps expéditionnaire va être progressivement réduit, des troupes spéciales vont être envoyées sur place pour mieux combattre les djihadistes. Notre armée est au Sahel depuis 2013, il s’agit donc d’une guerre exceptionnellement longue, dont les aspects négatifs ont vite émergé : deux coups d’État militaires en un an, alors que l’armée malienne est incapable, à elle seule, de rétablir l’ordre. La France peut dialoguer avec un gouvernement issu des élections, elle ne peut pas se soumettre à un exécutif issu de la junte.

La roue tourne.

Le soupçon néo-colonialiste nourri par la population malienne a remplacé la gratitude des premiers jours, bien que nous ayons perdu 50 hommes au champ d’honneur. La junte veut négocier avec les factions terroristes alors qu’elle ne représente personne. La France, au milieu, est mal à l’aise et il est probable que, peu à peu, si les conditions démocratiques ne sont pas rétablies au Mali, nous finirons par abandonner ce pays à son sort. Mais pas complètement : la vraie raison de notre intervention consistait à empêcher un pouvoir djihadiste de s’installer à Bamako. Cela ne se produira pas, même si la France et le Mali ont perdu, pour le moment, leur confiance réciproque. La roue tourne et le Mali peut revenir à tout moment à la démocratie, notamment si la junte est désavouée par ses échecs probables.

D’un autre côté, la présence coûteuse de notre corps expéditionnaire au Mali ne peut pas être reprochée à Macron pendant la campagne des élections régionales et pendant celle des élections générales : il a pris lui-même une décision parfois souhaitée, parfois crainte, mais qui, en bonne logique, devenait indispensable. Au moins le chef de l’État a-t-il su saisir une occasion, celle du rapatriement partiel de nos troupes, qui amoindrira le coût de la guerre au Sahel et protègera des vies françaises. Le moment venu, le Premier ministre peut s’en expliquer devant la représentation nationale, mais il fallait agir promptement.

RICHARD LISCIA

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Le retour à la guerre froide

Poutine et Biden
(Photos AFP)

Le monde de Biden étant diamétralement opposé à celui de Trump, le G7 et les entretiens des présidents américain et russe confirment une tension qui rappelle la guerre froide entre les Occidentaux d’une part, la Russie et la Chine d’autre part.

LE G7 a permis à Joe Biden de resserrer les liens distendus par Donald Trump entre les États-Unis et l’Union européenne. Nombre de commentateurs insistent sur les différends qui demeurent, sur la tentation isolationniste des Américains, sur le principe America first clamé par le pouvoir démocrate à Washington. Par habitude ou par conviction, ils offrent une analyse pessimiste des rapports entre Washington et ses alliés, en s’appuyant sur une dérive historique amorcée par Barack Obama. D’une certaine manière, ils n’ont pas tort en ce qui concerne la défense des intérêts américains. Mais il est absurde d’ignorer le changement qui s’est produit aux États-Unis avec le départ de Trump et l’arrivée de Biden sur la scène mondiale. Le G7 a confirmé l’engagement des États-Unis dans la lutte contre la dégradation du climat, leur stricte appartenance à l’OTAN, leur respect de l’article 5 de la charte atlantique qui prévoit que, si un pays membre est attaqué, tous riposteront.

Des modèles autoritaires.

Le message envoyé à Moscou et à Pékin ne saurait être plus clair et il n’est pas judicieux d’y trouver des nuances ou des réserves. Le mécontentement exprimé par les Chinois et par les Russes, (Moscou vient de publier un communiqué soulignant que les relations entre les deux pays sont au plus bas) suffit à balayer l’idée d’une quelconque responsabilité des États-Unis dans leur nouvelle diplomatie. Les droits de l’homme, notamment, qui n’ont jamais été le souci de Trump, restent la clé des rapports entre les Occidentaux et les deux régimes autoritaires de Russie et de Chine. Or Vladimir Poutine et Xi Jinping ont bâti des modèles qui reposent sur l’usage de la force contre leurs propres peuples.

Ils ne comprennent que la force.

Il ressort des entretiens du G7 et des propos tenus ensuite par Emmanuel Macron que les Occidentaux établiraient une différence entre Moscou et Pékin et chercheraient à apaiser la Russie. On saura très vite si Joe Biden a convaincu Poutine de ses bonnes intentions, notamment en approuvant l’achèvement des travaux du nouveau pipe-line russo-allemand censé livrer du gaz à l’Allemagne. De toute façon, les relations entre les deux camps ne vont pas s’améliorer en quelques jours et l’objectif américain consiste à empêcher une détérioration confinant au conflit. Car on en est là, dans un monde dangereux, miné par les ambitions exorbitantes de Poutine et de Xi. Si l’on tient compte des menaces proférées par la Russie et par la Chine, des manœuvres chinoises pour s’emparer de la mer de Chine, de celles de Moscou, qui se livre à des conquêtes territoriales, dire que ces gens-là ne comprennent que la force n’est qu’exprimer une évidence.

Une hypothèse plausible.

Cependant, la gesticulation ne remplace pas les moyens de tenir tête à l’Occident. La Chine est riche, prospère, dispose d’une armée puissante : on ne va pas la taquiner sans en subir les effets immédiats. La Russie est faible économiquement, sa population est mécontente, et la politique sévère de Poutine à l’égard des dissidents devient insoutenable, y compris pour les Russes qui, au vu des ces facteurs, pourraient sortir de leur apathie. Ce constat permet aux États-Unis d’explorer les voies d’un apaisement et peut-être même de découpler la diplomatie américaine par un traitement différent des relations avec Moscou et des relations avec Pékin.

C’est une tâche difficile mais une hypothèse plus plausible que celle de la guerre dans un climat particulièrement agité : il n’est pas normal que les Russes, par exemple, prétendent ignorer toutes les provocations, cyberattaques, ingérence dans les affaire intérieurs des États, pénétration dans les eaux territoriales occidentales, et désignent les Occidentaux comme les agresseurs. Tout ce que fait Poutine sur le plan intérieur en créant des règles qui lui accordent le pouvoir à vie, se retrouvent dans sa diplomatie. Si vous êtes d’accord avec lui, tout va bien ; sinon le pire est envisageable.

RICHARD LISCIA

 

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Lafayette, nous voici !

Deux couples en goguette
(Photo AFP)

Le voyage de Joe Biden en Europe a pour unique objectif de renouer les liens des États-Unis avec l’Europe et l’Otan à l’occasion de la réunion du G7, même si Boris Johnson essaie d’en faire un événement strictement bi-latéral.

LE PLUS important dans cette rencontre, c’est la personnalité même du président américain. Il a effacé, par son action politique, l’influence néfaste de Donald Trump qui considérait l’Europe comme « pire » que la Chine. Avant même de poser le pied en Grande-Bretagne, il a parlé d’une alliance des démocraties contre les régimes autoritaires. C’est le grand retour de l’Amérique dans le giron vertueux des démocraties parlementaires. Cela ne signifie pas que M. Biden pourrait sacrifier ses intérêts nationaux aux contrats commerciaux et militaires qui le lient à l’Europe et ce serait naïveté que manifester sa déception à ce propos. Le mouvement centrifuge qui, depuis Barack Obama, éloigne l’Amérique de ses alliés n’est pas seulement l’affaire de son président et de son tempérament. Il résulte de facteurs puissants, comme la lassitude à l’égard de conflits qui coûtent affreusement cher en hommes et en dollars. On constate l’irréversibilité de ce mouvement dans le départ des troupes américains de l’Afghanistan où un peuple de bonne volonté ne mérite pas d’ère sacrifié à la barbarie des Talibans.

Mollesse européenne.

Mais inversement, les Européens n’ont jamais vraiment voulu prendre leur destin en mains. L’Allemagne, notamment, immense puissance économique, mais nain politique et militaire. De son côté, la France, très engagée au Sahel, annonce qu’elle change en profondeur la nature de l’opération anti-terroriste Barkhane, qu’elle va retirer sans doute la majeure partie de ses troupes, lesquelles seront remplacées par des soldats des opérations spéciales. La ministre des Armées, Florence Parly, affirme que ce changement d’approche ne diminuera pas l’efficacité des opérations dans le Sahel, mais nul n’est dupe : ou bien les pays du Sahel prennent leur responsabilité et se battent avec la même rigueur que les Français, ou bien ils finiront par déposer les armes. Du coup, l’ambition d’Emmanuel Macron, éliminer les factions djihadistes du Sahel pour assurer la sécurité de la région mais aussi de l’Europe, est oubliée. Le projet d’un jour est remplacé par un autre, beaucoup moins ambitieux et, à terme, catastrophique.

Biden est une chance.

La célébration de l’amitié euro-américaine reste néanmoins un moment optimiste. Elle signale l’effacement du trumpisme, certes toujours vivace et prêt à rependre le pouvoir par tous les moyens, y compris la fraude.  Mais il faut tirer avantage du moment présent pour faire du bloc atlantique un bouclier contre la démagogie et la « réalité alternative ». Ce sera certes difficile, pour les Européens, d’adopter une ligne approuvée par les 27 pays représentés au sein de l’UE. Il demeure que la présence de Joe Biden au sommet du G7 contient sa propre énergie cinétique. Ce que nous célébrons, c’est ce miracle politique qui a remplacé Trump par Biden. Nous ne nous féliciterons jamais assez d’avoir pour interlocuteur non plus un adversaire  acharné, pétri de cynisme et de vulgarité, mais un président décent capable de se placer au-dessus de la mêlée et incapable de gouverner uniquement avec des tweets.

La fièvre retombe.

L’année 2021, marquée par la pandémie, n’aura pas été la plus heureuse. Mais l’humanité a produit en un temps record des vaccins efficaces et le virus recule, ce qui permet d’espérer une résorption du chômage et un rebond de la croissance. Dans les événements positifs qui se sont produits, il faut accorder une mention spéciale à la victoire électorale de Joe Biden, qui a permis au monde de pousser une soupir de soulagement. La folie qui habite les très nombreux partisans de Trump est un des facteurs de la violence qui règne aux États-Unis. La « bête immonde » n’est pas morte. Trump a perdu avec un record du nombre d’électeurs ayant voté pour lui. D’un autre côté, Biden est impavide. Il n’élève pas la voix, il a rendu la vie politique à la dignité, il n’est jamais perturbé par un ennemi grossier et tonitruant. Quoi qu’on en dise, la fièvre du monde retombe.

RICHARD LISCIA

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Retraites : le serpent de mer

Macron fait ses comptes
(Photo AFP)

Le Conseil d’orientation des retraites publie aujourd’hui un rapport qui annonce une vive accélération du déficit, à 18 milliards d’euros pour 2021 et un non-retour à l’équilibre avant 2030. Emmanuel Macron envisage une réforme du système, différente de celle qu’il avait proposée avant la pandémie. Elle ne sera pas facile à adopter.

LE PRÉSIDENT de la République estime que le temps qu’il reste de son mandat doit être utilisé pour les changements qu’il a annoncés et qu’il n’est pas question, pour lui, de se consacrer uniquement à sa difficile réélection. Il demeure que non seulement il n’a pas pu engager la réforme des retraites avant la pandémie, qui a remis en question toutes les données économiques et sociales, mais qu’il ne peut plus proposer le système à points qui était naguère le point fort de la réforme. Il est courant de dire qu’il est impossible, en France, d’augmenter les cotisations, impossible de réduire le niveau des pensions (même, si jusqu’à présent ce sont les retraités qui ont fait les frais des efforts de rééquilibrage avec un gel des paiements qui remonte à plusieurs années) impossible de prendre ce que l’on appelle une mesure d’âge, c’est-à-dire un décision qui obligerait les Français à travailler jusqu’à 64 ans, voire plus.

L »indispensable mesure d’âge.

Dans ces colonnes, nous avons toujours exprimé l’opinion que, sans mesure d’âge, la réforme serait inutile. Les syndicats, y compris la réformiste CFDT, sont vent debout contre elle. La moindre des logiques montre pourtant que la mesure d’âge est la plus efficace, celle qui ne coûte rien aux contribuables et celle qui rapporte le plus d’argent. En effet, un salarié qui travaille deux ans de plus, c’est quelqu’un qui ne contribue pas aux dépenses des caisses et participe directement à leurs recettes. À côté, le gel des pensions ou la hausse des cotisations sont, à notre avis, des décisions beaucoup plus douloureuses. Mais le chef de l’État est en train de nous expliquer qu’il va faire aux syndicats des propositions nouvelles dont personne, pour le moment, ne sait rien et qui, pour des raisons électorales, seraient édulcorées, tout en apportant un atout supplémentaire au candidat Macron, qui pourra dire qu’il a mené à terme « la mère de toutes les réformes ».

Quadrature du cercle.

Les Français résistent naturellement à toutes les formes de communication et ne seraient nullement impressionnés par la résolution de la quadrature du cercle qui leur est ainsi promise. Le problème est assez sérieux pour ne pas être examiné dans la hâte et la confusion d’une campagne électorale qui a déjà commencé. Remettre les pensions à l’équilibre sans mesure d’âge, c’est forcément prendre une décision qui sera rejetée à la fois par les pensionnés et les actifs. C’est augmenter les cotisations ou réduire les pensions ou les deux à la fois. C’est, pour ne pas toucher à un tabou national, réduire le niveau de vie des uns ou des autres. Et comme l’inflation recommence à montrer le bout de son nez, c’est préparer une nouvelle dégradation des comptes, car le pouvoir d’achat diminuera et augmentera la force des revendications.

L’introuvable compromis.

Certes, le pire n’est pas sûr. Une forte croissance agirait promptement dans le sens d’un flux d’argent vers les caisses et diminuerait l’ampleur de l’effort à fournir pour équilibrer les comptes. En réaction à la pandémie, on peut s’attendre effectivement à un taux de croissance élevé en 2021 et 2022. Mais ce phénomène naturel cessera rapidement de jouer son rôle. Si la réforme n’est pas engagée, sa nécessité sera de plus en plus pressante. On ne voit pas, à l’heure qu’il est, que les conditions politiques et sociales sont réunies pour une immense simplification du système, un paiement des actifs pour leur propre pension et non plus pour celle de leurs aînés, une retraite à points que les syndicats ont déjà rejetée. La crise des retraites est structurelle, historique, liée à la démographie, elle joue, dans le déficit public, un rôle majeur. La solution n’existe que si les syndicats et le pouvoir passent un compromis en éliminant les tabous qui pèsent sur le système.

RICHARD LISCIA

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L’affront à Macron

À Valence, après la gifle
(Photo AFP)

La gifle lancée à Emmanuel Macron hier dans la Drôme doit être relativisée, comme l’affirme le président lui-même : elle a de multiples précédents et elle traduit principalement l’état d’ébullition anormale dans lequel se trouve le pays.

ELLE A EU au moins un effet positif, puisque la classe politique, unanime, a pris la défense du chef de l’État. Quelques voix discordantes se sont néanmoins levées, celles d’Éric Zemmour, par exemple, qui pense que M. Macron « méritait » cette gifle. Pas de souci: M. Zemmour fera la même expérience quand il sera élu président, ou avant. De même, Nicolas Dupont-Aignan, qui a vu dans la provocation un autre symptôme de l’insécurité qui règne dans le pays, se présente à son tour comme une tête à claques idéale. Un débat a commencé au sujet de la video de l’incident qui ne montre pas clairement si le président de la République a été atteint ou non. Mais c’est l’intention qui compte. L’auteur de la gifle a été promptement arrêté, en même temps qu’un de ses amis, ils sont en garde à vue et on a appris qu’ils se réclament de la monarchie ou de l’extrême droite. Souhaitons-leur un séjour roboratif en prison.

L’opinion aime les victimes.

Ont-ils changé le cours des élections à venir ? Non, bien sûr. Ils ont voulu être les héros d’un jour, ils sont la lie de la terre. Ce qu’ils ont fait n’est pas barbare à proprement parler, mais inacceptable. L’opinion, quant à elle, aime bien les victimes et la gifle pourrait avoir augmenté la popularité d’Emmanuel Macron. On verra dans les prochains sondages. On peut donc avoir été giflé et faire des envieux. Peut-être Renaud Muselier ou Xavier Bertrand aimeraient-ils recevoir une gifle pour gagner en Paca et dans les Hauts-de-France. Dans ces cas, la victime prend immédiatement le dessus sur son agresseur. M. Macron a continué sa tournée sans plus de commentaires et le peuple attroupé autour de lui a loué son courage et son indulgence.

Florilège culinaire.

L’histoire est jalonnée d’incidents de ce genre. En décembre 2008, George W. Bush a failli recevoir en pleine figure la chaussure d’un Irakien très emporté contre lui ; une autre chaussure a été lancée par un étudiant allemand en 2009 contre le Premier ministre chinois, Wen Jiabao ; après avoir reçu des tomates, des œufs et de la peinture en 1991 à Halle, le chancelier allemand, Helmut Kohl, s’est mis à cogner ses agresseurs ; Macron, quand il était ministre de l’Économie en 2016, a reçu des œufs aux cris de « Casse-toi ! »; en 2014, à Namur, le Premier ministre belge, Charles Michel, a été traité avec des frites à la mayonnaise ; deux adolescents ont bombardé Lionel Jospin avec du ketchup en 1991 et M. Jospin s’est contenté de les morigéner en aparté ; en 2001, le roi de Suède Carl XVI Gustaf a goûté involontairement à la tarte à la fraise et, pour le Premier ministre canadien, Jean Chrétien,  ce fut une tarte à la crème en 2000 (1).

L’affaire du Dey d’Alger.

Ces épisodes sont largement oubliés, mais le plus sérieux, c’est le coup de chasse-mouches que le Dey d’Alger, représentant de l’Empire ottoman, a envoyé au consul de France en avril 1827. Résultat net : la prise d’Alger par l’armée française en 1830. Vous me direz que la France, si le Dey s’était contenu, aurait facilement trouvé un autre prétexte. Encore une fois, il faut tout relativiser. Le ressaisissement de la société française et de sa classe politique sont à mettre au crédit d’un peuple jusqu’à présent très crâneur et divisé. Cela apporte un petit espoir. C’était drôle, aussi, de voir un agent de sécurité très baraqué, emporter le président comme un fétu de paille, et de voir le chef de l’État revenir en courant vers ses aficionados, ceux qui ne giflent personne et étaient de toute évidence consternés, pour les rassurer. On n’arrête pas de vous le dire : la politique, c’est un métier.

RICHARD LISCIA

(1) Avec AFP

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Zemmour candidat ?

Éric Zemmour
(Photo AFP)

La candidature d’Éric Zemmour, journaliste, écrivain et polémiste, à la présidence de la République, n’est pas la plus surprenante ou celle qui a le moins de chances d’aboutir. Elle n’en a pas moins un aspect provocateur capable de semer la zizanie dans l’extrême droite et même à droite.

ELLE résulte sans doute de pressions exercées par son entourage sur cet homme qui emballe son public, lequel le remercie sous la forme de taux d’audience élevés et de livres qui constituent des succès de librairie. Elle pose un problème de créneau, car elle introduit une concurrence dans un domaine jusqu’à présent réservé à Marine Le Pen. M. Zemmour n’est pas membre du Rassemblement national mais il exprime des opinions souvent aussi fortes que celles du RN, et qui, parfois, les dépassent en sombrant dans une caricature des idées de Mme Le Pen, établie néanmoins avec un pinceau aux traits larges, capables d’apaiser les plus vifs mécontentements. Ce qui arrive à M. Zemmour, c’est le terme d’une réflexion qui l’a conduit à croire qu’il peut mieux faire que le RN, que celui-ci, en ratissant trop large, finit par se perdre dans la modération et que ce qu’attend une forte fraction de l’électorat désireuse d’entendre un discours clair et puissant, c’est une Le Pen implacable.

Réalité alternative.

Excellent débatteur, Éric Zemmour est tout à fait capable, face à un Emmanuel Macron ou au candidat de la droite classique, d’avoir réponse à tout et de proposer une reconstruction de cette société de la « réalité alternative » qui a fait le succès de Donald Trump. Il se trouve cependant que, dans le spectre de l’électorat, il n’existe qu’une case possible pour les thèses originales (et mensongères) qu’il défend et que, sous le prétexte d’apporter au débat national une voix sonore et vibrante, il ne peut qu’affaiblir le camp qu’il prétend représenter. À ce sujet, Marine Le Pen, n’a même pas cherché à cacher son inquiétude ; elle s’est empressée de rappeler à M. Zemmour, sur le ton de la consternation plutôt que du ressentiment, la liste de ses talents et qualités et a regretté qu’il les gâche dans une bataille livrée contre elle. Bien qu’il ne puisse prétendre être élu, car il n’en a ni les moyens ni la stature politique, il a le pouvoir d’offrir au président de la République la première place au premier tour. D’aucuns affirment que les électeurs de Zemmour au premier tour se hâteront au second de revenir dans le giron du RN, mais c’est encore plus simple de l’empêcher de brouter sur ses pâturages.

Un parallèle avec Macron.

L’éventuelle candidature de M. Zemmour n’est à comparer à aucune autre, même si l’on s’efforce d’établir des parallèles avec le coup de force d’Emmanuel Macron en 2016 et 2017, parce que la victoire d’un outsider émerveille toujours le public. Mais d’une part, on n’en est pas encore là et d’autre part, le donquichottisme est très répandu dans la classe politique. Certains candidats peu populaires croient se sublimer eux-mêmes en se lançant dans l’aventure, qui suffit, à leurs yeux, à épaissir leur curriculum vitæ ; d’autres n’ont ni les moyens financiers ni la force mentale de se livrer à une telle épreuve ; d’autres enfin ne font pas mentir l’adage selon lequel la politique est une profession qu’il faut connaître sous tous les angles avant de solliciter le moindre suffrage.

Buisson ardent.

En définitive, il y a peu de chances qu’Éric Zemmour transforme en cote de popularité les taux d’audience relevés après ses émissions ou le nombre des ouvrages qu’il a vendus. Il peut contribuer à la chute de Marine Le Pen bien plus qu’à son triomphe ; s’il se présente, ce ne peut être que pour figurer ensuite dans la longue liste des candidats qui n’ont jamais franchi le cap du premier tour. Toutefois, sa candidature montre à quel point les extrêmes se renforcent en France, à quel niveau le rejet de la société actuelle est parvenu dans les esprits, à quel point la République est en danger. Les sondages ne montrent pas l’inquiétude des Français attachés à la démocratie et qui, à eux seuls et sur cette seule base, forment une majorité. Laquelle est hostile à toute forme de démagogie et aux erreurs d’analyse, livrées délibérément par un Éric Zemmour démagogue mais pas idiot, qui suffisent à écarter la même majorité des extrémismes. Encore faut-il que, dans ce buisson ardent des candidatures, quelques branches s’éteignent pour que l’électorat voie enfin apparaître son candidat.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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Mélenchon complotiste

Jean-Luc Mélenchon
(Photo AFP)

Chef de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon a prononcé pendant le week end des propos que ne désavouerait pas le plus agité des complotistes : il affirme que nous allons assister à des attentats meurtriers à la veille de chaque échéance électorale, car, explique-t-il, de nombreux faits précédents l’ont démontré, notamment les crimes ignobles de Mohamed Merah qui ont été commis avant une élection présidentielle.

SI M. MÉLENCHON voulait attirer l’attention, il a été servi. Ses propos sont fâcheux à plus d’un titre : ils signifient que le terrorisme est au service d’un parti politique (lequel ?), il relativise l’intention des djihadistes, qui ne serait pas de déstabiliser la société française mais d’empêcher la gauche de gagner, et il se moque des victimes. Le tollé qui a suivi son discours a incité une de ses lieutenantes, Clémentine Autain, à le défendre. Il ne visait que l’extrême droite, dit-elle,  ce qui serait déjà très excessif car on ne décèle aucune relation entre celle-ci et les terroristes islamistes, et tout ce qu’il aurait dit ne consisterait qu’à établir une chronologie des coïncidences entre attentats et élections.

Fausses révélations.

De cette manière, Mme Autain sombre dans une analyse qui a pour effet flagrant de minimiser la gravité des attentats et la souffrance des familles. Nous savions déjà que la campagne électorale a commencé, nous n’avons pas imaginé qu’elle ferait émerger une série de discours irresponsables. Créer une relation de cause à effet entre actes terroristes et résultats électoraux revient à mettre en scène d’horribles officines du cynisme qui auraient l’oreille des djihadistes, alors que ceux-ci récusent toute complicité avec quelque parti ou mouvement ou organisation que ce soit. Le pire, dans ce genre d’accusation annoncée à la cantonade, c’est qu’elle est impossible à prouver. Il demeure que M. Mélenchon a cédé à la tentation de « révéler » des faits fort improbables, mais suffisants pour jeter le trouble dans l’esprit des électeurs.

Un label diffamatoire.

Sans doute son comportement est-il dicté par la panique : il ne peut absolument pas démontrer ce qu’il avance, mais il sait déjà avec certitude qu’il n’a pas la moindre chance de franchir le cap du premier tour de l’élection présidentielle. Il essaie donc de renverser un courant irrésistible en plaquant sur tous les non-insoumis et pas seulement sur l’extrême droite un label diffamatoire. C’est sa manière de riposter aux accusations d’islamo-gauchisme dont son parti et la gauche en général font l’objet. Il serait d’autant moins pro-islamiste qu’il considère les terroristes islamiques comme des ennemis au service d’autres partis que le sien. Tout cela est d’une gravité insigne et mérite, plus que l’indignation, l’action en justice. Les victimes du terrorisme n’ont pas fini de payer le crime après le sang versé : M. Mélenchon, et d’autres avec lui, laisse planer le doute sur les raisons pour lesquelles elles ont été tuées. C’est une double peine, avec en outre une confusion des valeurs plus qu’inquiétante : on dit partout qu’il faut se souvenir des crimes et génocides qui ont été commis, mais on passe son temps, ici et là, à en faire un propos d’estrade, comme s’ils pouvaient avoir une utilité quelconque pour qui que ce soit.

La volonté de mentir.

Fort du soutien de Mme Autain, M. Mélenchon est sans doute prêt à récidiver. Parlant de la crise sociale, il a déclaré également que 1 000 sociétés étaient en voie de liquidation. Ce matin, France Info est allé vérifier le chiffre et n’en a trouvé que 281. Le chef de LFI s’est contenté d’arrondir aux trois quarts supérieurs. Ainsi vont la vie politique et les mensonges qu’elle charrie. M. Mélenchon est un homme politique averti, cultivé, parfois animé par la colère, mais connaissant fort bien ses dossiers. S’il s’aventure dans des discours mal étayés par les faits, c’est qu’il le veut. L’amalgame entre terrorisme et extrême droite n’est rien d’autre qu’un flambeau pour rameuter ses troupes. Du coup, il tombe dans le piège qu’il n’a cessé d’éviter : celui de la confusion entre extrémistes de tout bord. Une chatte n’y trouverait pas ses petits.

RICHARD LISCIA 

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