L’icône de l’autre Amérique

Ruth Bader Ginsburg
(Photo AFP)

La disparition, vendredi dernier de la juge à la Cour suprême, Ruth Bader Ginsburg, à l’âge de 87 ans, a été aux États-Unis un événement national, dont nous commençons à peine à découvrir les implications politiques et même les conséquences électorales.

ESSAYISTE, écrivain, spécialiste des récits pour les enfants, Ruth Bader Ginsburg était aussi un monument du droit qui a toujours mis son savoir juridique au services des femmes et des minorités. Sa popularité, immense, était dictée par sa défense de l’IVG, sa lutte contre le sexisme, et un sens de la justice qui, tout en respectant les dispositions constitutionnelles, les interprétait dans un sens favorable aux minorités. Sa force venait d’une tradition historique en vertu de laquelle le progressisme, en Amérique, a plus été soutenu par des juges, et notamment ceux de la Cour suprême, qu’on appelle justices,  que par le Congrès. Un exemple, le fameux Roe versus Wade qui a rendu légale l’interruption volontaire de grossesse en 1973 et que différentes attaques conduites par les élus conservateurs n’ont jamais pu abolir.

Deux poids, deux mesures.

C’est le président qui désigne les nouveaux justices. C’est le Sénat qui avalise ce choix. Lors de la dernière année du mandat de Barack Obama, celui-ci avait nommé Merrick Garland à la Cour suprême, mais le chef de la majorité au Sénat Mitch McConnell avait nié la légitimité de cette nomination onze mois avant la fin du second mandat du président. Aujourd’hui, il trouve tout naturel que Donald Trump, 41 jours avant la fin de son mandat, remplace Ruth Bader Ginsburg par  un juge conservateur. Trump a couvert de louanges la disparue et mis les  drapeaux en berne mais, dans la foulée, il a déclaré également, avec le soutien public de McConnell, qu’il nommerait son remplaçant. Dans sa lutte contre la mort, Mme Bader Ginsburg avait tout prévu ; elle ne restait en vie que pour attendre un nouveau président qui aurait fait le choix d’un progressiste à la Cour suprême. Cette attitude bouleversante donne une idée de son sacrifice : affectée par un cancer du pancréas, elle savait qu’elle ne survivrait pas et elle ne s’accrochait à la vie que pour protéger, une dernière fois, les femmes et les minorités.

Couteau à double tranchant.

Sa disparition devient donc un enjeu politique qui peut soit servir les intérêts de Donald Trump, soit contribuer à sa perte. Il n’est pas sûr en effet que les républicains du Sénat qui ont une majorité de quatre voix (en comptant celle du vice-président Mike Pence qui occupe aussi les fonctions de président du Sénat) votent comme un seul homme pour le remplaçant conservateur de Ruth Bader Ginsburg.  Peu à peu, Trump a mis au pas sa majorité en menaçant ceux que la dissidence tenterait de vives représailles. Mais, à quelques jours du vote, quelques sénateurs républicains humeront la direction du vent et, s’il souffle en faveur de Joe Biden, ils lâcheront Trump en rase campagne. Il se peut aussi que Trump, s’arrogeant, comme d’habitude, le diplôme de la sécurité, obtienne un regain de votes en sa faveur, ce qui ruinerait les espoirs des démocrates.

Un choix de société.

Tout cela signifie que les Américains sont placés devant un choix de société : une voie est conservatrice, elle consiste à protéger les hauts revenus et les rentes des Blancs. L’autre est progressiste, elle poursuivrait la lutte contre le racisme et contre les inégalités sociales. Les médias ont fait leur travail : ils ont opposé les déclarations de McConnell en 2016 et celles qu’il a faites ce mois-ci ; ils ont montré l’absence totale de scrupules de Trump et de ses amis ; ils ont prouvé que le président sortant utilise les moyens les plus malhonnêtes pour arracher la victoire, notamment en déclarant avant le scrutin et à plusieurs reprises que, si le résultat ne lui convenait pas, il exigerait un jugement de la Cour suprême, celle-la même qu’il veut transformer en chambre d’application de ses décisions à lui, Trump. Le président de la Cour suprême, John Roberts, et les autres justices conservateurs auront certes une majorité de six contre trois. Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils ne vont pas juger en droit ; ils ont eu l’occasion déjà de montrer leur indépendance et leur décence, une qualité que Trump n’a pas. L’arme de la Cour suprême peut donc se retourner contre Trump. Une chose est sûre ; si Biden ne l’emporte pas avec une très forte majorité, le nom du nouveau président ne sera pas connu avant plusieurs jours ou plusieurs semaines.

RICHARD LISCIA

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La majorité déchirée

Macron : enfin seul
(Photo AFP)

Les défections de députés passés dans d’autres partis, les alarmes diverses lancées par l’aile gauche de la République en marche mais jamais entendues, un chef, Stanislas Guérini, débordé par sa base, tout cela préparait une explication qui a eu lieu hier dans un climat exécrable : la REM n’est plus que l’ombre d’elle-même. 

AUSSI actif qu’il soit sur d’autres plans, le président Emmanuel Macron ne semble pas inquiet du délitement profond de la majorité présidentielle. Il se borne à constater que la démission de Pierre Person, le numéro deux du parti, a conduit M. Guérini à le remplacer par d’autres élus, comme si la crise de la REM ne devait pas avoir d’impact sur les élections générales de 2022 et pas davantage sur les élections régionales de l’an prochain.  De fait, cette crise devenait inéluctable dès lors que le chef de l’État n’a changé de Premier ministre que pour placer à Matignon Jean Castex dont les idées ne diffèrent guère de celles d’Édouard Philippe, avec la différence qu’il est là uniquement pour appliquer les politiques décidées par le président. Le verrouillage idéologique du gouvernement a aggravé le malaise croissant des élus de la REM qui venaient de la gauche. Ils voient clairement qu’ils ne comptent plus et se posent donc la question de ce qu’ils font dans la majorité.

Un président sans majorité.

On ne gouverne pas avec des scrupules. Emmanuel Macron sait que son électorat, aujourd’hui, se situe à droite dans une opinion publique qui, depuis pas mal d’années, est majoritairement de droite. S’il a gagné les élections de 2017, c’est sur un malentendu et une confusion que sa formule du « en même temps » ne pouvait que renforcer. Les choses se passeront différemment en 2022 et les forces censées le soutenir seront placées devant le fait accompli. Au premier tour, il s’adressera directement à l’électorat, sans doute en maintenant le flou de son projet ; au deuxième, s’il y parvient, il aura alors comme concurrents soit sa vieille rivale, Marine Le Pen, soit une coalition de gauche. S’il est réélu pour un second mandat, il risque de ne pas trouver une majorité à l’Assemblée. Car il ne l’a déjà plus. Il ne passera plus la moindre loi sans le soutien du MoDem dont l’influence ne fait qu’augmenter, en même temps que ses exigences, comme le recours au scrutin proportionnel pour les législatives, incompatible avec l’essence de la Constitution.

Une élection d’un genre unique.

Pourquoi M. Macron est-il si serein face à une crise de la majorité qu’il n’a pas tenté d’enrayer ? Peut-être se dit-il que le cas de la REM n’est pas différent de celui des autres partis, que les Républicains ne sont pas en meilleure santé, que la gauche reste très divisée et le nombre de ses candidats potentiels pléthorique, que quelque chose est en train de basculer en France qui fait que les partis ont moins d’importance que les caractères et que, parmi les candidats, ceux qui ont une forte expérience ont de meilleures chances que les autres. Cela résulte du raccourcissement du mandat présidentiel passé de sept à cinq ans par la volonté de Lionel Jospin, qui a créé un calendrier en fonction duquel on élit un homme avant d’élire la majorité dont il a besoin pour gouverner. En somme, l’affaire pourrait ne concerner que Nicolas Sarkozy, qui brûle de revenir au pouvoir, malgré ses ennuis judiciaires, François Hollande, malgré son renoncement de 2016, ce qui, depuis, a fait de lui un canard boiteux et, bien sûr, Emmanuel Macron, le plus jeune et celui qui porte probablement le plus grand nombre de cicatrices. On a beau dire, la présidentielle, c’est une élection unique qui se joue en fonction de la personnalité des candidats bien plus que sur le bilan de leur action ou sur leur programme.

Cependant, une telle analyse ne sera jamais que la construction théorique d’un optimisme triomphant. On a tant dit que les Français refusaient désormais le duel RN-droite du second tour que cette fois, mais sait-on jamais ? il n’aura pas lieu. Est-ce une bonne chose ? Si Marine Le Pen est battue au second tour une fois de plus, elle partira et sera remplacée par la fraîche Marion Maréchal qui aura besoin de temps pour reconstruire l’extrême-droite selon ses vœux et devra tenter de recoudre les déchirures d’un parti aujourd’hui menaçant, mais demain divisé et amer. Je me permets en tout cas de rappeler que le remplacement de M. Philippe par M. Castex ne représentait pas à mes yeux une bonne stratégie. La crise de la REM le confirme.

RICHARD LISCIA

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Verts : Jadot essuie un revers

Yannick Jadot
(Photo AFP)

Europe-Écologie-les-Verts a refusé la proposition de Yannick Jadot d’accélérer la désignation du candidat du parti à la présidentielle de 2022. M. Jadot souhaitait que cette désignation fût accomplie avant la fin de l’année. Les militants ont voté contre à 70 % .

SUR FRANCE INFO, ce matin, M. Jadot a minimisé sa défaite qui, effectivement, concerne seulement une question de procédure et ne l’empêchera pas, le moment venu, de relancer sa propre candidature. Il a cité le nombre impressionnant d’anciennes figures du mouvement qui sont d’accord avec lui. Mais la question ne concerne pas son destin personnel, elle recouvre la forte inclination d’EELV pour un écologisme absolu. Il se peut que des membres d’EELV soient décontenancés par les méthodes conquérantes de M. Jadot, député européen depuis 2009, qui a déclaré sa candidature il y a quelques mois et se livre à un blitzkrieg chaque fois que les circonstances lui en offrent la possibilité. Nul n’ignore qu’il n’est pas au mieux avec Julien Bayou, chef d’EELV et qu’il a un rival, en l’occurrence Éric Piolle, maire récemment réélu de Grenoble. Ce qui les sépare n’est pas la date d’une primaire ou d’un choix du candidat par acclamations, mais le contenu du programme des Verts, qui, lui, est essentiel : alors que M. Jadot s’efforce de concilier l’action des entreprises privées avec le respect de l’environnement (en gros, il s’agit de créer des emplois tout en limitant le réchauffement climatique), la tendance générale du parti est de faire de l’écologie une priorité à n’importe quel prix, y compris celui de la décroissance.

Nous sommes tous écologistes.

Ce qui se prépare dans l’opposition de gauche, c’est donc un rapprochement entre tous les défenseurs d’une économie dirigée au nom de l’impératif environnemental. L’objectif de M. Bayou est de créer une force imposante en réunissant le PS, la France insoumise et les Verts, capable de franchir le cap du premier tour. Alors que M. Jadot est incompatible avec l’extrême gauche et peut-être même avec le PS, dont personne ne peut dire aujourd’hui s’il investira un social-démocrate ou un candidat marxisant. L’écologie est une valeur que partagent toutes les nuances du spectre politique. Personne n’ose plus se dire anti-écologiste, y compris à l’extrême droite. Ce qui a amené d’aucuns à affirmer, non sans quelques bonnes raisons, que l’écologie n’étant qu’une partie d’un programme, elle ne devrait pas être le terrain réservé aux écologistes. C’est tellement vrai qu’EELV est traversé par divers courants qui ne sont autres que ceux qui figurent dans le paysage politique. Écologistes de droite et de gauche, du centre et d’ailleurs, parfois tentés par l’autoritarisme interne comme ce fut le cas dans l’histoire récente d’EELV et qui, une fois au pouvoir, pourraient devenir les promoteurs d’une pensée unique.

Cheval de Troie.

L’opinion publique a fait de la lutte contre le réchauffement l’une de ses priorités ; elle est donc très séduite par le mouvement que dirige Julien Bayou. Elle ne voit pas forcément que EELV pourrait être le cheval de Troie de la France insoumise ou d’éléments radicaux. La majorité actuelle n’est pas seulement opposée au Rassemblement national, elle est menacée par une éventuelle coalition de la gauche capable de se retrouver au second tour au détriment de la République en marche. Bien sûr, rien n’est écrit. D’abord la REM voit très bien ce qui se passe aujourd’hui ; ensuite, les conditions d’un rassemblement des Verts avec LFI, le PS et le PC ne sont guère réunies, principalement parce que les ego sont exacerbés et que ce que l’on voit à propos des écologistes existe aussi dans les autres partis. Tout le monde appelle la fin des divisions et à la création d’une forte coalition anti-majorité présidentielle ; mais la réalité des faits montre que les écologistes sont divisés, que Jean-Luc Mélenchon a un agenda personnel, que M. Hollande a le sien. C’est une course de chevaux mais chaque jockey fait cavalier seul.

De fait, la majorité n’est pas dans la meilleure des postures. Ce n’est pas une éventuelle victoire contre le Covid ou contre le chômage qui offrira à M. Macron son deuxième mandat. C’est la division croissante et entêtée, au-delà du raisonnable, de ses opposants.

RICHARD LISCIA

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Philippe pose un jalon

Edouard Philippe
(Photo AFP)

À Octeville-sur-mer, Édouard Philippe a prononcé un discours politique, mais alarmiste sur la « tempête » que la France doit affronter dans tous les domaines, sanitaire, économique et social. Il soutenait une candidate aux sénatoriales, mais ses propos allaient bien au-delà de ce scrutin.

M. PHILIPPE a respecté les convenances dans la mesure où il a attendu plus de trois mois pour s’exprimer dans le domaine politique. Mais il l’a fait sans celer ses intentions pour l’avenir. Loin de s’attaquer d’une manière quelconque à son successeur, Jean Castex,  à Emmanuel Macron ou même à ses anciens amis, il a prononcé des propos mesurés, calibrés pour ne provoquer aucune colère, et conformes au personnage d’un calme olympien que tout le monde connaît. Cependant, en dressant le tableau d’un pays assez malade, il a laissé entendre qu’il fallait le diriger avec une fermeté dont, semble-t-il, le gouvernement actuel ne serait pas pourvu. En tout cas, il n’a pas adressé ses compliments au Premier ministre actuel. Il n’en faudra pas plus pour que l’opinion et les médias l’imaginent candidat à la présidence de la République. Déjà, « Le Point » l’imagine dans un affrontement non pas avec Marine Le Pen, mais avec Marion Maréchal qui refait surface et n’a pas vraiment amélioré ses relations avec sa tante.

Il n’a pas le choix.

Reprenons depuis le début. M. Castex n’a pas plus brillé par la qualité de sa communication que son prédécesseur qui, logiquement, peut encore se demander ce que M. Castex fait qu’il n’aurait pas fait lui-même. Lors de son limogeage au printemps, j’avais écrit dans ces colonnes qu’Emmanuel Macron avait commis une erreur stratégique. Le fait est qu’il a laissé en jachère une âme intrépide qui semble bien vouloir reprendre du service et qui, privée de ses précédentes fonctions, n’a plus d’autre choix que d’essayer de viser la présidence de la République. Qu’est-ce qui l’en empêcherait dès lors que son départ a été l’instrument facile pour mettre un terme à ses divergences, parfois très politiques, avec M. Macron, et renforcer l’autorité de celui-ci ? Certes, il a eu l’occasion de dire qu’il ne serait pas candidat contre Macron, et en tout cas, pas en 2022. Mais la mairie du Havre, où il a été réélu triomphalement avec plus de 58 % des suffrages, lui suffit-elle ? Il est celui qui, successivement, a été confronté au lancement tonitruant des réformes, au soulèvement des gilets jaunes, puis à la crise sanitaire et enfin à l’effondrement de l’économie. Si vous voulez un président expérimenté, porté par une cote de popularité élevée, capable d’entrer dans la fournaise politique sans ciller, le voilà.

Marion à la place de Marine ?

La seule présence sur le terrain d’Édouard Philippe augmente le poids déjà élevé des difficultés du président sortant. Certes, il serait surprenant que les Républicains, après l’avoir vilipendé, se tournent vers M. Philippe pour en faire leur homme-lige. Mais il n’est pas impossible qu’ils soient enfin saisis par le réalisme : ils n’ont pu, en cette fin d’été, trouver, dans les broussailles échevelées des candidatures fermes ou cachées, l’homme providentiel qui rendrait à LR le pouvoir que François Fillon n’a pas été capable de lui offrir. Or M. Philippe a des atouts : il n’aura pas de mal à convaincre la droite classique, il peut séduire une partie de la République en marche et il est copain comme cochon avec les centristes. Il se trouve que le paysage politique français est en train de changer. Le rapprochement entre les Verts et la gauche n’est plus un mythe, le PS est prêt à s’allier avec les écologistes et même à subir leur hégémonie. Sous la pression interne du RN, Marine Le Pen pourrait (mais cette perspective est prématurée) céder la place à Marion Maréchal. Pour le moment l’hypothèse d’un duel Macron-Le Pen ne peut pas être écartée, mais le retrait de la patronne du RN chamboulerait le jeu.

L’idée générale que 2022 ne sera pas la répétition de 2017 commence à se frayer un chemin dans la forêt des hypothèses. Les Français, il est vrai, veulent autre chose et l’extrême gauche milite pour un changement de Constitution. Il ne sera pas nécessaire si le rapport de forces droite-gauche est rétabli, ce à quoi tendent les intentions de vote, susceptibles d’être captées par des personnages qui ne sont pas encore candidats.

RICHARD LISCIA

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Bridgestone : sinistre scénario

Les employés après l’annonce de la fermeture
(Photo AFP)

Que dire du projet du Japonais Bridgestone de fermer son usine dans les Hauts-de-France et de licencier 863 salariés sans autre forme de procès, sinon qu’il représente l’expression d’une désindustrialisation contre laquelle les condamnations les plus violentes des politiques, la révolte des victimes, l’angoisse des foyers face à l’implacable déficit des comptes ne changent rien ?

BRIDGESTONE n’est pas qu’une usine qui produit des pneumatiques. C’est l’activité qui fait vivre Béthune. Sans l’usine, la ville va devoir trouver d’autres sources d’emploi parmi celles, bien rares, qui existent dans une région déjà pauvre. Au problème signalé par les propriétaires japonais s’ajoute la brutalité de leur décision qui, soudain, ne souffre aucune nuance, ne soulève aucun espoir, se refuse à apporter la moindre note positive.

Subventions.

Or Bridgestone a obtenu des subventions de l’État  et de la région, autant de millions d’euros perdus dans la fumée de ses cheminées. Une société qui semblait jouer le jeu favorable au social, qui acceptait l’argent public pour préserver des emplois jusqu’au moment où, tout d’un coup et pour des raisons appuyés sur la pandémie ou le déclin de l’économie, la simple idée de continuer dans des difficultés pourtant anciennes lui a paru inapplicable et il lui a semblé plus logique, ou plus simple, de fermer ses portes. Rien, dans ce scénario sinistre, qui a nourri toutes les séquences de la désindustrialisation depuis des années, n’est vraiment nouveau, ni la perte des emplois, ni la violence de la solution, ni la répétition d’un drame dont personne, en tout cas pas des patrons étrangers, n’ignore les conséquences sociales et les tensions politiques qu’elles entraînent. Le gouvernement japonais ne souhaite pas une crise diplomatiques avec la France, n’est-ce pas ?

Des pneus trop chers.

De l’autre côté, comment n’avons-nous pas vu que le principe de la subvention, y compris avec les partenaires apparemment les plus sérieux, n’est que cautère sur une jambe de bois et que, à différer la tragédie, nous nous sommes contentés d’attendre qu’elle se produise en y mettant le prix ? Certes, l’aide n’a pas été fournie sans que des engagement aient été pris en échange. Le principal argument de Bridgestone, c’est que ses pneus sont plus chers que ceux de la concurrence. Que n’a-t-on essayé, pendant toutes ces années où nous avons feint d’écarter le danger en mettant nos têtes sous le sable, de moderniser l’usine pour produire des pneumatiques de qualité à meilleur marché ? L’affaire est exemplaire de la mondialisation et de ses effets pervers. C’est le Japon, en l’occurrence, qui a délocalisé.

Il ne s’agit donc pas d’une mésaventure à la chinoise, avec transfert de technologie et perte d’emplois français au profit de la Chine. Il s’agit de la méthode inverse qui ne va pas, hélas, sans ses propres effets négatifs. À qui la faute ? Probablement aux industriels qui n’ont rien vu venir ou ont pensé qu’un licenciement massif n’est pas une horreur. Mais pourquoi les autorités françaises et les spécialistes n’ont-ils pas dénoncé la dérive de l’usine il y a des années, pourquoi n’ont-ils pas proposé des mécanismes de prévention de ce qui allait fatalement se produire ?

Sauver Béthune ?

Même ces questions tombent à plat, comme si la fermeture était inéluctable. Maintenant, comment sauver Béthune ? En produisant à perte et en comblant les pertes avec d’autres subventions ? En mettant en place un projet industriel qui reclasserait les 863 salariés ? Après une mort instantanée, la renaissance exige des années de précarité. Certains salariés tenteront de trouver un autre emploi ailleurs, d’autres seront assistés, peu seront indemnisés comme il faut et c’est tout le tissu social de Béthune qui sera affecté par cette affaire. Et, si le très démocratique Japon est insensible au drame des salariés Français, que pourrait-il se produire un jour dans les implantations industrielles de la Chine en France?

Si l’argument des Français dans la drôle de négociation que l’on pense engager, c’est seulement s’adresser à la bonne conscience des industriels, on peut craindre qu’ils ne se contentent d’invoquer  le montant de leurs pertes actuelles et à venir. Dans les relations employeur-employé, les raisons du cœur ne jouent pas. Souvenez-vous de nos subventions, diront l’État et la région. Elles étaient insuffisantes, répondront les patrons. Le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, ex-LR candidat à la présidence, bout de rage. Il mesure aujourd’hui sa solitude : où est le dialogue feutré qui permet d’éviter le pire ? Où est la compassion pour les salariés ? Réponse : c’est la vie et elle est dure.

RICHARD LISCIA

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La bataille de la 5G

Cédric O
(Photo AFP)

Le projet d’installation du réseau 5G en France, soutenu par le gouvernement, est largement critiqué par les écologistes et la gauche qui demandent un moratoire avant la mise en place du système.

LE PRÉSIDENT de la République a reçu une délégation réunissant quelques-uns des citoyens qu’il avait conviés à donner leur avis sur le réchauffement climatique climatique et dont il avait approuvé toutes les recommandations sauf trois. Ils sont ressortis amers et déçus de la rencontre, M. Macron leur ayant confirmé qu’il ne cèderait pas aux pressions des Verts et de la gauche pour retarder l’adoption de la 5G en France. L’hostilité des écologistes à la 5G est principalement fondée sur le respect de la santé publique, bien que, à ce jour, aucune étude n’ait prouvée que la généralisation de ce réseau nuirait au bien-être des Français. L’autre remarque qu’ils avancent repose sur la précipitation du gouvernement, qu’ils jugent suspecte, alors qu’il est facile de retarder le projet pour s’assurer au préalable qu’il n’est pas dangereux. Enfin, les Verts insistent sur le fait qu’Internet n’est toujours pas à la portée des populations françaises enclavées dans des zones privées de relais et qu’il serait logique de généraliser Internet avant de passer à la 5G.

Anciens et modernes.

Dans une émission ce matin sur France Info, le secrétaire d’État au numérique, Cédric O, a justifié la hâte des pouvoirs publics par la saturation de la 4G qui ne peut plus accueillir à l’infini de nouveaux consommateurs. Il estime que la 5G est un moyen moins cher et plus facile à installer que la fibre optique. La 5G n’est pas qu’un nouveau téléphone. C’est un système susceptible de rendre des services exceptionnels à l’industrie et aux foyers car il régule l’adduction d’eau et d’électricité, avec la possibilité d’en réguler le flux à distance. Cédric O explique que ces progrès sont impossibles avec la 4G. Il s’ensuit une bataille des anciens et des modernes. Emmanuel Macron n’a pas caché sa colère. Il a accusé les défenseurs du moratoire de se comporter comme des Amish (secte religieuse installée en Pennsylvanie qui rejette l’électricité et les moyens de transport modernes) et de vouloir revenir à « à la lampe à huile ». En pleine crise sanitaire et sociale, le pays n’avait vraiment pas besoin de cette nouvelle polémique. Un récent sondage montre que deux tiers des Français sont hostiles à la 5G parce qu’ils craignent des effets négatifs sur la santé qui n’ont pas été anticipés.

Obscurantisme ?

La France est l’un des rares pays européens qui n’aient pas encore adopté la 5G. Au problème qui oppose l’exécutif et l’opinion chez nous s’ajoute la méfiance qu’inspire aux pays européens le comportement de la firme chinoise Hua Wei, laquelle voudrait acquérir des parts de marché pour la 5G  pour mieux infiltrer les projets industriels des pays occidentaux. Toutefois, nous disposons des connaissances technologiques nécessaires, sans avoir besoin de nous adresser à la Chine pour installer la 5G. Il ne fait aucun doute que le principe de précaution, inscrit  dans la Constitution, freine la témérité technologique et que, dans cette affaire, les forces qui participent au progrès scientifique se heurtent à une forme de passéisme, pour ne pas dire d’obscurantisme.

Mais on doit à la vérité d’ajouter que nos sociétés si mobiles et si fiévreuses n’ont pas un besoin impérieux des technologies dont elles font leurs choux gras. Beaucoup de personnes et, parmi elles les seniors, ne passent pas leur temps sur What’sApp, sur Instagram ou sur Internet. Et beaucoup d’appétits sont créés par la publicité et non spontanés, comme dans toute offre industrielle. On comprend Macron quand il espère tirer le pays du magma en se jetant sur les nouvelles technologies ; on comprend les objections des écologistes : ils préfèrent une France plus égalitaire à une France où ceux qui savent s’adapter aux gadgets de la new tech créent un environnement qui place les autres sur le bord du chemin.

RICHARD LISCIA

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Turquie : le bon et le mauvais flics

Macron et Merkel
(Photo AFP)

Emmanuel Macron n’a pas réduit son activité diplomatique à cause du Covid. Il a pris la tête de l’Europe pour influencer le sort du Liban ; il vient de réagir à l’accord entre Bahrein et Israël, qui intervient aussitôt après la reconnaissance réciproque des Émirats Arabes Unis et de l’État juif en rappelant, sans mâcher ses mots, qu’il faut donner un pays aux Palestiniens ; il s’associe à la condamnation, par l’Allemagne et par les États-Unis, de l’empoisonnement du dissident Alexei Navalny, victime des sbires de Vladimir Poutine, et il tient tête à l’hégémonie turque en Méditerranée.

SANS TROP le critiquer pour une diplomatie associée à des mises en garde militaires, les membres de l’OTAN s’inquiètent d’une dérive guerrière de deux des leurs. Mais le tableau des provocations d’Ankara, qui s’ingère dans l’affaire libyenne et réclame l’exploitation du gaz dans les eaux de Chypre, ce qui a entraîné la remilitarisation de la Grèce, prête maintenant à acheter des avions Rafale, explique que le président de la République veuille apparaître comme le défenseur d’une ligne rouge franchie à plusieurs reprises par la Turquie. Certes, on lui a reproché amèrement son verdict, selon lequel « l’OTAN est en état de mort cérébrale ». Cependant, d’une part, il n’a pas tout à fait tort et, par son action, il montre la thérapie qu’il a adoptée ; et, d’autre part, il est moins seul sur le front que ne le disent les apparences : Angela Merkel, la chancelière allemande, présidente  jusqu’à la fin de l’année du Conseil européen, est la mieux placée pour négocier avec Recep Tayyip Erdogan, le dictateur turc illuminé par ses propres visions géopolitiques, qui veut reconstruire l’empire ottoman. Il y a en outre cinq millions de Turcs en Allemagne, ce qui explique l’apparente mansuétude de Mme Merkel pour un « partenaire » qui, avec un cynisme constant, joue sur tous les tableaux, rappelle son appartenance à l’OTAN, mais seulement quand cela lui convient et, en même temps, achète des armes russes incompatibles avec celles du traité atlantique nord.

Un répit, mais court.

Le navire turc qui faisait de la prospection gazière à l’est de la Méditerranée est rentré au port. Ce qui montre que la fermeté paie, même s’il ne peut s’agir que d’un répit avant un affrontement militaire dont les conséquences seraient désastreuses. Il est cependant important que celui qui braille le plus fort ne finisse pas par l’emporter. C’est là que Mme Merkel peut jouer un rôle efficace. Il est utile de rappeler que la crise induite par la pandémie a beaucoup rapproché Berlin et Paris quand les Allemands, à la surprise générale, ont abandonné leur dogme et leur discipline financiers et rejoint ces pays de la zone euro qui voulaient financer l’économie à tours de bras pour qu’elle ne s’effondre pas. De sorte que  Mme Merkel et le président Macron se sont partagé les rôles de manière judicieuse. Ils sont loin d’avoir gagné la partie mais Erdogan est infiniment moins terrifiant qu’il ne veut le faire croire. Son économie, comme d’autres, traverse une mauvaise passe, il ne sait plus vraiment dans quel camp il est, pas plus que ne le savent ses anciens partenaires et les pays, comme la Russie, qui considèrent son comportement d’éléphant dans un magasin de porcelaine comme bien plus dangereux que novateur.

La vocation de l’OTAN.

Face à la Turquie, la Russie et l’Iran, et surtout au désengagement des États-Unis, qui récusent leur statut de chef de l’OTAN, il ne fait aucun doute que les membres de l’organisation du  traité atlantique nord doivent imaginer et mettre en place une réforme qui donnera un sens non seulement à son action mais  aussi à sa seule présence. L’idée que le monde soviétique ayant disparu, l’OTAN ne sert plus à rien, n’est qu’une pure idiotie : les crises sont assez nombreuses en Libye, en Syrie, au Liban et même dans une Russie déboussolée par l’arbitraire poutinien, pour que l’OTAN trouve de nouvelles et indispensables vocations. Comme d’habitude, l’Union européenne préfèrerait ignorer les risques et continuer une bonne vie pépère et bon marché. Mais nous ne sommes pas au paradis. Nous sommes dans un enfer dont nous ne savons plus éteindre les flammes, ce qui nécessite un sursaut général des Occidentaux qui, s’ils s’engageaient tous dans la protection du climat, pour ne prendre que cet exemple, nous apporteraient un peu de courage.

RICHARD LISCIA

 

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La recherche de la vérité

L’effigie de Nixon
(Photo AFP)

Un film de l’excellent Steven Spielberg, diffusé hier soir par Canal+, montre l’importance du rôle politique de la presse lorsqu’elle est amenée à révéler des informations que le gouvernement a soigneusement cachées.

IL S’AGIT des « Pentagon Papers » qui relate un épisode significatif du premier mandat de Richard Nixon. Le président dispose d’un rapport établi par l’ancien secrétaire à la Défense, Robert McNamara, qui explique de façon accablante que la guerre du Vietnam, conduite de manière illégale, ne sera pas remportée par les États-Unis. Nixon a enfoui le document et continue d’envoyer des troupes au Vietnam. Un activiste, Daniel Ellsberg, donne le rapport au New York Times. Le ministre de la Justice interdit alors au journal de le publier. Le Washington Post, lancé dans une saine compétition, se procure le rapport. Il est menacé des foudres de la Maison Blanche, mais sa patronne, Katherine Graham, donne l’ordre de passer outre les menaces du pouvoir. Après le Post, tous les journaux diffusent le contenu des « Pentagon Papers ».

Quatrième pouvoir.

Depuis le début des années 70, le monde a énormément changé et il serait absurde de tirer de ce film une leçon pour le temps présent sinon que le quatrième pouvoir n’a de sens et d’utilité que si la liberté d’expression est pleine et entière. Il n’empêche que le Post a ensuite révélé le Watergate et contraint Nixon à démissionner, qu’il a fait des émules dans le monde entier et qu’au moment où la presse écrite s’effondrait sous le poids de ses concurrents technologiques, elle a connu son heure de gloire : fiers des exploits du Times et du Post, les journaux européens et d’Asie ont mis un point d’honneur à les imiter partout où existait une démocratie parlementaire vivace (et agressive). Aujourd’hui, la qualité de l’information s’est dégradée, principalement à cause des réseaux sociaux où elle n’est pas contrôlée et de l’appétit du public pour les approximations, les polémiques et les mensonges. En outre, beaucoup de sites d’information ont voulu se hisser au niveau du Times et du Post, sans admettre que, pour les égaler, il fallait du temps, de l’argent et une infinie patience, ce qui les conduit parfois à publier hâtivement des nouvelles incontrôlées, fausses ou non étayées.

Pas de liberté sans démocratie solide.

L’autre problème de la presse, c’est que les multiples colères exprimées dans les réseaux tendent à limiter la liberté d’expression. Elle a perdu, y compris chez nous, sa puissance universelle. Le « politiquement correct » a jeté la suspicion sur tout ce qui se dit et qui prend cette appellation chaque fois qu’une vérité dérange. L’information a été, lentement mais sûrement, judiciarisée. La passion a balayé la modération, la courtoisie et, en même temps, l’information exacte. Ce qui fait de la recherche de la vérité une longue épreuve et parfois un calvaire. On prétend chercher les faits réels et confirmés, on crée les « faits alternatifs » chers à Donald Trump. À quoi il faut ajouter que les révélations de la presse la plus respectable ont donné au public un énorme appétit pour le scandale qu’il veut voir dans les moindres gestes du gouvernement en place, ce qui fausse le jeu des institutions et rend les pays démocratiques parfois ingouvernables. Les libertés essentielles, faut-il le rappeler, ne fonctionnent bien que lorsque ne sont tolérés ni le cynisme, ni les atteintes à la déontologie professionnelle ni les mises en cause brutales de personnages innocents. Il y a longtemps que l’on confond l’information et la défense de son camp.

Il n’y pas de remède apparent à la crise de la presse écrite parce qu’elle reste un produit commercial qui charrie de la publicité et qu’elle est concurrencée par les chaînes d’information en continu, lesquelles ne peuvent alimenter le temps d’antenne que par des talk-shows dont la mauvaise qualité est proportionnelle à la longueur de l’émission. Elle souffre en outre d’une crise culturelle qui a diminué la lecture, exercice qui exige un minimum de concentration, par rapport à la télévision qui s’adresse à un public passif souvent dépourvu de son sens critique. Il n’empêche que si la presse écrite a été capable, en démocratie parlementaire, de faire vaciller ou même de pousser des hommes d’État à la démission, elle constitue un bien précieux que nous aurions tort d’abandonner.

RICHARD LISCIA

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Une loi contre le séparatisme

Houellebecq : soumission ?
(Photo AFP)

Une loi contre le séparatisme est en cours de gestation. Elle a pour objectif d’opposer les moyens du droit aux tendances sectaires destinées à créer des enclaves au sein de la communauté nationale, enclaves où seraient appliquées d’autres règles que celles de la République.

LE PROJET contient quelques inconnues : il s’adresse à l’islamisme politique plus qu’aux autres religions ; il concurrence le droit existant sur la violence en politique ; il se camoufle derrière son propre nom, car il ne dit pas clairement que le problème vient du djihadisme. Enfin, il doit prouver qu’il est nécessaire dès lors que certaines pratiques sont déjà condamnées au nom du droit. Il faudra en connaître le contenu avant de dire si l’on est pour ou contre. Mais on sait que la violence, l’excision, le port du voile ou de certains voiles dans certaines conditions sociales, le mariage forcé, les piscines réservées aux femmes musulmanes, notamment à celles qui portent d’autres vêtements que le maillot de bain seront sanctionnés par le nouveau texte. Lequel ne manquera pas d’accentuer le clivage entre ceux de nos concitoyens qui sont rangés dans la classe des islamo-gauchistes et ceux qui restent fermement opposés à la création d’un État dans l’État.

Le pouvoir de la laïcité.

Mais le mot séparatisme a été choisi pour la meilleure des raisons. Chaque fois que j’ai évoqué l’islam politique, j’ai insisté sur la nécessité de ne pas jeter les musulmans de France dans le même sac que ceux d’entre eux, une minorité, qui sont prêts à se soumettre à la charia à la place du droit républicain. C’est le pouvoir de la laïcité, dont il ne faut jamais oublier qu’elle ne s’oppose pas aux religions mais seulement à des pratiques prosélytiques ou sectaires, de donner plus qu’une chance aux minorités. De sorte que, parmi les musulmans de France, il y a des exemples républicains dans tous les domaines de la science, de l’art et de la culture, et qui ont souvent obtenu une notoriété au-dessus de tout soupçon, d’autant qu’ils contribuent activement à la lutte contre les menées de ceux de leurs coreligionnaires qui tentent de créer au sein du pays une entité hostile à la République et à la démocratie parlementaire. En conséquence, reprocher au gouvernement l’appellation floue et même excessive de séparatisme revient à le critiquer pour son souci des libertés individuelles et, en quelque sorte, de ne pas se priver du concours des musulmans. Les acteurs, auteurs, entrepreneurs, mais aussi les ouvriers et les personnels astreints à des tâches ardues et pourtant indispensables doivent être impérativement protégés par la nouvelle loi. Sinon, elle aura un aspect arbitraire.

L’alerte de Houellebecq

Nos dirigeants n’entreprennent pas cette tâche sans savoir qu’elle est ardue et qu’elle va soulever des commentaires accablants au nom des libertés démocratiques. Si le gouvernement s’est engagé dans cette voie, c’est parce que le danger existe, dans un certain nombre de mosquées, dans les prisons et dans les quartiers dits sensibles, d’un rejet de l’ordre et de la tentation d’un ordre différent auquel les forces de l’ordre n’auraient pas accès. Certes, tout cela fait partie de la politique, de l’électoralisme et du besoin de rassurer les Français, terrorisés, parfois excessivement, par la violence des quartiers, par celle des terroristes qui brandissent l’étendard de leur religion et de quelques articles ou livres consacrés au problème, comme « Soumission » de Michel Houellebecq, qui imagine une crise catastrophique semblable au fantasme de Marine Le Pen sur le « grand remplacement » d’un peuple français de majorité chrétienne par d’autres peuples vivant en France et qui, en reniant la laïcité, se placent délibérément dans le camp, ou le clan, de l’illégalité.

Il demeure difficile d’en vouloir au gouvernement parce qu’il s’efforce de rassurer ceux de nos concitoyens qui sont en état d’alerte et sur la défensive. Il doit, si la loi est adoptée, apporter aux musulmans républicains des garanties inaltérables. Il doit aussi, et je pèse mes mots, rendre la vie impossible à tous ceux dont l’unique engagement est la destruction de notre mode de vie. Nous n’avons pas affaire à quelques voyous sans lendemain dont le crime est l’activité professionnelle. Nous nous opposons à des réseaux créés par la haine et par une interprétation du Coran que contestent les imams les plus impartiaux. S’il est vrai que l’islam, ainsi interprété par les islamistes, n’est pas une religion comme les autres, l’islam non politique et protégé par la laïcité offre à tous les musulmans de France des droits non pas supérieurs mais égaux à ceux dont bénéficient tous les Français.

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Covid : mesures « difficiles »

Jean Castex
(Photo AFP)

Il n’y pas eu de deuxième vague de la pandémie mais la première a rebondi à la faveur du dé-confinement, le nombre de cas augmentant de nouveau jusqu’à des pics (7 000 par jour) qui menacent à la fois le système de santé et l’économie. Le gouvernement annonce des mesures « difficiles » dont l’essentiel consistera à re-confiner la population dans les zones où la contagion est galopante.

UNE CONJONCTION d’événements a affaibli nos plus grands espoirs. L’essai de vaccin d’Astra Zeneca a été suspendu, la pandémie repart de plus belle dans le monde, le Premier ministre lui-même a été contraint de passer un test et en passera un deuxième cette semaine, la France n’est pas épargnée et, en l’état actuel des questions qui n’ont pas été résolues et ne peuvent l’être que par le renforcement de la discipline, nous devons ajourner la plupart de nos projets de vie. Nous avons sous-estimé le virus deux fois : nous avons cru la Chine quand elle prétendait le maîtriser et  nous avons pensé que le confinement l’avait jugulé. Nous payons les conséquences d’un optimisme excessif et de l’impréparation où la France se trouvait. Il est inutile, dans ce domaine, d’aller chercher les responsabilités de nos échecs. Le gouvernement s’est inspiré des conseils des médecins, victimes eux aussi de la colère de la population, elle-même divisée entre ceux qui obéissent aux règles et apportent leur indispensable contribution et ceux qui les récusent, alimentant ainsi une contamination de plus en plus large.

Front sanitaire, front économique.

Il serait absurde de procéder à un second confinement national. Nous n’en avons pas les moyens et nous comptons sur la reprise pour rattraper notre retard économique et relancer l’emploi. Mars a été le mois de la survie, juillet celui du retour au travail dans un système qui a tenu bon malgré le confinement mais a été très fragilisé. Nous devons donc protéger notre capacité de production, travailler tout en luttant contre la pandémie. Ce n’est pas facile. De sorte qu’il est maintenant aisé de comprendre que le Covid est un fléau, qu’il est partout, qu’il change de manière drastique notre façon de vivre, largement axée sur l’instinct grégaire et qu’il est devenu si dangereux que nos réflexes les plus spontanés doivent être constamment contrôlés. Il faut faire un double constat : d’une part, il n’est pas surhumain d’appliquer les gestes de discipline ; d’autre part, la société française va sortir de cette épreuve avec, dans plusieurs secteurs, des pertes qui entraîneront des faillites et des disparitions d’entreprises.

Nous ne serons plus les mêmes.

C’est surtout sur le plan du moral national que se joue notre avenir. Nous ne serons plus les mêmes. À l’approche de la saison de la grippe, nous serons terrifiés par le moindre rhume. Non seulement, alors, il faudra multiplier les gestes-barrières, mais il faudra aussi se vacciner contre la grippe classique, chose que les Français, souvent hostiles à la vaccination, ne feront pas de gaieté de cœur. On ne dira jamais assez que quelques préjugés extraordinairement dangereux, alimentés par d’irresponsables gourous, nous font plus de mal collectivement que les maladies infectieuses elles-mêmes.  Nous devons donc aborder l’automne et l’hiver avec la vigilance requise, tout en nous efforçant de ne pas confondre la grippe saisonnière avec le Covid-19. Il ne faut pas désespérer : les Français sont rétifs mais ils ont peur. La couverture vaccinale contre la grippe va probablement s’élargir dans les deux ou trois mois qui viennent, ce qui permettra de mieux identifier les cas de Covid. Et peut-être est-il souhaitable de politiser le moins possible la pandémie. Attribuer la faute à quelques uns, qu’ils soient dirigeants politiques ou médecins, ne changera rien à la nature de cette crise dont il est bon de rappeler qu’elle est d’ordre planétaire et non national. La tâche est dure : produire tout en se protégeant. Le reste n’est que propos oiseux réservés à ceux qui ne font rien.

RICHARD LISCIA

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