Rentrée pot-pourri(e)

Macron à Saint-Raphaël
(Photo AFP)

Quinze jours de vacances dan un lieu où ne parvenait aucun écho de notre tonitruante crise m’ont prouvé que la chose politique française, sur laquelle nous dissertons à longueur de journée, n’évolue que très lentement et que l’on retrouve le pays le 19 août comme il était le 28 juillet.

CAR il m’a fallu une semaine de plus pour me remettre dans le bain, expérience facile tant notre société d’aujourd’hui ressemble à celle d’il y a vingt jours.  D’emblée, j’aimerais commenter le « scandale » déclenché par la présence à une corrida de deux membres du gouvernement, dont celui de l’Agriculture, censé « protéger » le bien être des animaux. Je déteste les corridas, elles appartiennent à un autre âge. Mais enfin, le ministre de l’Agriculture n’ayant ni  le pouvoir ni la volonté d’installer en France les traditions hindoues, je ne vois pas pourquoi une spectacle encore légal lui serait interdit, sinon parce qu’il s’agit, au nom de l’environnement, de l’attaquer politiquement, d’exiger son départ, de l’accabler sur le plan éthique, bref de le clouer au pilori. Se livrer ainsi à un assaut contre lui n’est ni ignoble ni vraiment grave, c’est soumettre un problème structurel complexe, à la fois économique, social et culturel, à l’analyse la plus immédiate, le plus courte, la plus opportuniste, celle, en somme, qui ne résoudra rien tout en faisant flamber les passions.

Une dialectique infâme.

Voilà la France d’aujourd’hui : la crise et la réponse réformiste que lui apporte le gouvernement ont créé une dialectique infâme qui alterne la violence verbale et la violence physique. Battus sur le terrain, les gilets jaunes ou les criminels qui ont pris leur relais ont passé leur été à vandaliser les permanences des élus de la majorité et s’en sont pris à leurs domiciles, à leurs familles. Être élu n’est vraiment pas une bonne affaire. Aujourd’hui, dans ce pays formidablement structuré par ses institutions, où les libertés essentielles seraient théoriquement garanties, le droit est bafoué à chaque instant par des minorités infimes qui compensent leur impuissance électorale par un surcroît de violence et une haine d’autant plus inexpiable qu’aucun raisonnement ne parvient à la contrôler. Le jeu n’est plus, n’a peut-être jamais été, d’obtenir la satisfactions de revendications dont toutes n’étaient pas forcément illégitimes, mais de jeter dans le chaos tout ce qui fait notre puissance collective, à commencer par l’unité nationale. Et, si c’est vrai, comment espérer, face à ce mouvement suicidaire, que nous nous retrouvions tous sur un programme commun ?

Après quoi, il devient logique que le gouvernement, à cours de force de persuasion, en arrive à se commettre dans des promesses qu’il a du mal à tenir et propose, à défaut de résultats, les gadgets de la démagogie, comme la baisse des impôts promise par Gérald Darmanin, dont on ne voit pas avec quoi il va la financer. Cette politique intérieure ressemble à notre diplomatie qui invite Vladimir Poutine à Brégançon, juste avant le G-7, mais pour lui dire quoi ? Le président russe est un apprenti-sorcier, dont la plus récente invention est un missile alimenté par l’énergie nucléaire qui vient de lui sauter au nez. Quand un dictateur ne songe qu’à exercer la force brute, comment lui demander de quitter l’Ukraine ?

Sur l’emploi.

Je veux dire tout de même que des choses se produisent malgré l’entêtement des gens et l’immobilisme qu’il entraîne. Le chômage décroit lentement en France, en dépit d’une faible croissance. Personne ne le nie plus, mais l’idée la plus « intelligente » consiste à attribuer ce succès français à François Hollande, lequel avait prévu qu’un rebond de l’emploi assurerait sa réélection en 2017, alors qu’il arrive  deux ans plus tard, favorisant son successeur. Sans compter que, s’il y a eu bel et bien, sous Manuel Valls, une réforme du code du travail attribuée à Myriam Khomry, elle sortait de la tête de Macron, privé de son plan par un Premier ministre qui n’aimait pas le ministre de l’Économie. Une fois à l’Élysée, le nouveau président a accentué cette réforme, ce qui nous permet aujourd’hui de créer de nouveaux emplois. Dans le déni ainsi fait au président, il y a, comme d’habitude, la volonté systématique de ne lui accorder aucun mérite, même pas le résultat de ses efforts personnels. C’est une autre façon de nous faire prendre des vessies pour des lanternes et de s’écarter des progrès pour rejoindre le déclin.

L’autre évènement du mois, mais il y en eu d’autres sur lesquels, peu à peu, je reviendrai, c’est le subit affaiblissement commercial de l’Allemagne, victime de sa vertu : pays éminemment exportateur, elle subit de plein fouet le choc de la guerre commerciale lancée par Donald Trump contre la Chine. Il complète le déclin de la chancelière allemande, Angela Merkel, souffrant visiblement d’une affection chronique et très discutée sur le plan intérieur. Le sort de notre allié principal est aussi notre affaire. À part ça, ne vous inquiétez pas : la rentrée sera torride, entre les grèves et les manifestations,  entre les gilets jaunes et les syndicats, entre tous les petits moteurs d’une exaspération plus feinte que sincère.

Enfin, je souhaite dire que le discours prononcé par le chef de l’État à l’occasion de l’anniversaire du débarquement en Provence en août 1944 était marqué au coin de son sens de l’Histoire, en ce sens que son hommage aux soldats venus du Maghreb et d’Afrique pour mourir sur nos côtes nous renvoie au présent. Il a su citer pieds-noirs, spahis, zouaves, tirailleurs sénégalais qui venaient en réalité de toute l’Afrique sub-saharienne, goumiers. Nous avons la mémoire courte. Personne ne dit jamais que les Africains nous ont aidés à recouvrer notre liberté et que la moindre des choses serait de ne pas les rejeter à la mer quand ils tentent d’arriver chez nous, non plus en libérateurs mais en demandeurs .

RICHARD LISCIA

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Brexit : fermeté de l’Europe

Boris et la reine
(Photo AFP)

Comme c’était à prévoir, Boris Johnson n’avait pas plus tôt été désigné comme Premier ministre par la reine Elizabeth II qu’il prononçait un discours rejetant le texte de l’accord conclu entre l’Union européenne et Theresa May.

LA DÉCLARATION du nouveau chef du gouvernement britannique n’a ni surpris ni troublé les dirigeants européens. M. Johnson tient seulement à durcir ses positions en espérant modifier le document et tirer d’une nouvelle négociation de nombreux avantages. Mais, sans entrer dans les détails, Emmanuel Macron, qui a téléphoné à M. Johnson, Jean-Claude Juncker, président sortant de la Commission européenne qui s’est également entretenu avec lui, et Michel Barnier, chargé des négociations avec Londres, ont unanimement rejeté les nouvelles propositions du Premier ministre britannique et n’ont pas exclu un Brexit sans accord auquel conduit nécessairement l’intransigeance du Royaume-Uni telle qu’elle est exprimée par son gouvernement actuel. Les Européens savent en outre que, si Boris Johnson a été élu par 66 % des membres de son parti, sa position maximaliste est loin de faire l’unanimité à la Chambre des Communes.

Épouvanter l’Union ?

On se perdra en conjectures sur ses intentions : croit-il être en mesure d’épouvanter les négociateurs de l’UE, alors que l’Union serait moins affectée par un « Brexit hard » que la Grande-Bretagne ? A-t-il voulu simplement marquer son nouveau territoire, quitte à faire des concessions dans le cadre discret des discussions à Bruxelles ? Ce qui est sûr, c’est qu’il est infiniment plus soucieux de sa popularité nationale que des conséquences de la politique européenne qu’il a mise au point. L’une, pourtant, ne va pas sans l’autre. Si le Royaume-Uni prend le large sans accord, les effets économiques seront délétères pour les Britanniques et sa cote plongera. Il ne peut pas l’ignorer et donc il ne s’agit pour lui que de gagner du temps, de réaffirmer sa ligne politique et il verra ensuite comment éviter une catastrophe. Le pays au service de sa carrière.

Une tâche prioritaire.

Son plan n’a rien à voir avec une stratégie mûrement réfléchie. Il lui importait de conquérir le pouvoir et il n’a pu y parvenir qu’en ridiculisant Theresa May. Maintenant, la seule chose qui compte pour lui, c’est de rester Premier ministre. Mais la conjoncture définit sa fonction : il n’a pas été élu au terme d’élections générales, mais seulement par son parti ; il n’est pas, pour le moment un Premier ministre pour toutes les saisons et pour toutes les tâches, mais prioritairement pour assurer une transition qui n’appauvrisse pas les Britanniques. Lui et ses amis ne peuvent plus construire leur popularité en accablant Mme May. Ce qu’ont compris les Européens, au bout de trois années de négociations extraordinairement compliquées, c’est que le seul moyen d’empêcher un désastre, c’est de tenir bon sur un projet rationnel qui n’insulte pas l’avenir. Il faut être deux pour conclure un accord et si Boris Johnson tient parole (ce qui n’est pas sûr), le royaume larguera les amarres sans accord. Toutefois, M. Johnson ne peut se désavouer en toute occasion : il lui a fallu mentir pour l’emporter au sein des tories, il a mené une campagne plutôt répugnante, il a fait de Theresa May le punching ball de tous les surexcités qui ont alimenté sa démagogie permanente et si, après avoir pulvérisé celle qui a abouti à un document raisonnable, il se contentait de le parapher, c’en serait fini de sa carrière.

Il faut voir Boris Johnson comme un Premier ministre de transition, au cœur d’une crise politique nationale qui n’offre pas d’issue viable : les travaillistes font tout pour que les erreurs de Johnson aboutissent à des élections anticipées, qu’ils sont capables de gagner. Mais, tant que prédominera la position de leur chef, Jeremy Corbyn, socialiste convaincu, jamais choqué par le djihadisme terroriste, et pas exactement europhile, ils ne feront pas du meilleur travail que les tories.

RICHARD LISCIA

PS-Je prends trois semaines de vacances. Je vous retrouve le 19 août si vous êtes intéressé.

 

 

 

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Canicule sans recours

Une eau si précieuse
(Photo AFP)

Que la canicule de cet été soit liée ou non au réchauffement climatique, il demeure que la France n’y est pas préparée, ni par ses infrastructures, ni par les comportements individuels, ni par une stratégie.

LES PROBLÈMES liés à la chaleur rappellent ceux de l’amiante : on a reconstruit, au nom de la santé publique, des immeubles et des universités. Maintenant, on veut mettre un terme aux « passoires » énergétiques, ce qui signifie qu’il faut rebâtir les maisons et appartements mal protégés contre le froid et la chaleur. Cela ne semblait pas possible jusqu’à cet été meurtrier. Dans l’immédiat, nous ne disposons d’aucun recours, sinon la patience, qui devrait être récompensée dès demain. Nous nous précipitons sur les climatiseurs, ils représentent en réalité des instruments au service de l’effet de serre ; le goudron des routes commence à fondre ; les voyages en voiture deviennent dangereux : la température  augmente la pression des pneus et risque de les faire éclater. La SNCF « recommande » aux voyageurs de différer leur départ : les rails et les caténaires se déforment, les trains roulent plus lentement, la durée des trajets augmente.

Une crise permanente.

Les experts soulignent l’ironie des Français qui constatent que, quand il neige, on ne circule plus et que quand il fait chaud, on ne circule pas davantage. Cette remarque est liée à ce qu’il y a d’exceptionnel dans la canicule actuelle. Mais l’exception se transforme en effet permanent : il y aura désormais plus d’inondations en hiver, plus de sècheresse tout le temps et des chaleurs de plus en plus intenses. On n’empêchera pas les foyers d’acheter des climatiseurs ou tout au moins des ventilateurs. Les vacanciers partiront  au printemps ou à l’automne plutôt qu’en été. Les calendriers scolaires devront changer, l’économie devra s’adapter, les infrastructures remaniées, avec une main d’œuvre de moins en moins capable de travailler sous le soleil. Le Tour de France cycliste deviendra une épreuve inhumaine et il faudra changer de saison. Et tout cela se fera sous le sceau des économies d’énergie.

Bataille contre la nature.

Il n’est pas certain que les Français auront toute la détermination requise, surtout si, au lendemain de la canicule, ils risquent de l’oublier. Il y a une prise de conscience des enjeux du réchauffement climatique au niveau du gouvernement. Encore faut-il qu’il ait assez de pouvoir de persuasion pour convaincre ses administrés de la nécessité d’adapter leur conduite à une situation tout à fait nouvelle, sans que cet effort offre un peu de réconfort. Je me souviens, non sans nostalgie, de ce que l’on m’enseignait quand j’étais enfant, à savoir que la France est un pays au climat « tempéré ». Ce n’est plus le cas. Le Sud remonte vers le Nord. La mer et l’océan envahissent les côtes. Les gens ne bénéficient plus de cette répartition divine des éléments qui nous permettait d’avoir de l’eau, du vent, des cultures, des façons de vivre à la fois en abondance et là où l’on en avait besoin. Maintenant, c’est trop d’eau ou pas du tout, des tempêtes ou pas de vent, une bataille contre la nature plutôt qu’une communion.

RICHARD LISCIA

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Boris et le Brexit

Boris Johnson
(Photo AFP)

L’élection, avec 66 % des suffrages du parti conservateur, de Boris Johnson lui permet de remplacer Theresa May au poste de Premier ministre. Ce n’est une surprise pour personne. En revanche, l’accueil chaleureux des chefs d’État et de gouvernement, dont Emmanuel Macron, et d’Ursula Von Der Leyden, nouvelle présidente de la Commission européenne, pourrait améliorer les chances d’accord entre la Grande-Bretagne et l’Union sur le Brexit.

LES DIRIGEANTS européens n’ont pas voulu insulter l’avenir. Ils ne sont guère enthousiastes à l’idée de s’adresser à cet interlocuteur turbulent et imprévisible.  Mais ils n’ont pas le choix : aussi confuses, chaotiques et périlleuses qu’ont été les délibérations à la Chambre des Communes, tout ce qui s’y est passé a respecté les exigences de la démocratie. Les Européens ne pouvaient imposer aux Britanniques le choix de leur chef de gouvernement. Dans ces conditions, mieux valait faire bonne figure. Mais Boris Johnson, qui ne s’est pas senti obligé d’introduire un peu de prudence dans son action diplomatique, a affirmé, dès son élection, que, quoi qu’il en coûte, le Brexit aurait lieu au plus tard le 31 octobre de cette année. Trois mois après trois ans de palabres.

Le risque de l’absence d’accord.

Ce qui est une façon de dire qu’il s’agira d’un Brexit dur, peut-être sans accord et qui produira de multiples effets négatifs sur le commerce et les économies britannique et européenne. La plupart des observateurs expriment leur scepticisme quant à cette éventualité et voient un Boris Johnson plus fin et plus complexe que Donald Trump, la comparaison entre les deux hommes leur étant insupportable. M. Johnson s’est  présenté souvent comme un clown cherchant à amuser la galerie, ce qui n’enlève rien à son passage à Eton, ni à sa culture. En revanche, il est clair qu’il a mis le Brexit au service de sa carrière personnelle et que, après un processus d’une longueur interminable, il pense qu’il vaut mieux calmer les enragés de la rupture, quitte à en faire les frais, que de gouverner dans la lave brûlante du volcan. Il faut donc qu’il montre à ceux qui l’ont soutenu qu’ils ont fait le bon choix et que, s’il a perdu beaucoup de temps dans des comportements simiesques, il est surtout un homme fort, donc qui n’hésite pas à sauter dans l’inconnu.

Le mensonge en politique.

De ce point de vue, il a déjà donné  l’exemple de sa témérité, n’hésitant pas à mentir de manière grotesque sur les faits, notamment quand il a annoncé, en même temps qu’un parti d’extrême droite, l’UKIP, alors dirigé par Nigel Farage, que la rupture avec l’Europe allait faire gagner des fortunes au Royaume-Uni. Ensuite, il a apporté la preuve que le mensonge ne tue pas électoralement, puisque le voilà Premier ministre, probablement le pire que la Grande-Bretagne ait jamais eu. La simple vérité est donc que Boris Johnson ne va pas s’assagir au pouvoir et que, s’il veut tenir parole, il devra ignorer les engagements de son pays, notamment financiers, vis-à-vis de l’Union, et qu’il mangera son pain blanc le jour où il annoncera à son peuple que le Royaume-Uni prend le large, mais sans bagages et dans une mer démontée.

Il en effet très difficile de croire que M. Johnson changera au contact du pouvoir, d’autant que sa méthode, qui mêle l’amuseur public et le démagogue peu soucieux des canons de l’éthique, lui vaut aujourd’hui d’être à la tête du pays. De la même manière, il dira qu’il a été élu pour le Brexit et qu’il doit le parachever. Après, peut-être sera-t-il plus raisonnable. Mais il sera trop tard.

RICHARD LISCIA

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Rugy disculpé ?

François de Rugy
(Photo AFP)

Une enquête gouvernementale, conduite par Virginie Aubard, contrôleuse générale des Armées, estime que les travaux auxquels François de Rugy a fait procéder à l’Hôtel de Lassay n’ont pas coûté une somme prohibitive et que ses dîners étaient « professionnels ».

LE PREMIER  ministre, Édouard Philippe, a tenu à publier le rapport gouvernemental, pour faire toute la transparence.  Ses conclusions ont déjà été rejetés par l’opposition et par Médiapart, qui a publié toute une série d’articles à charge contre M. de Rugy. Il est vrai que l’ancien président de l’Assemblée nationale a demandé des travaux dont la finition a considérablement augmenté la facture. Il s’est d’ailleurs engagé à rembourser sou pour sou les dîners dont le prix paraîtrait trop élevé pour les enquêteurs. Médiapart, lorsqu’il a asséné son coup de grâce à François de Rugy, a indiqué qu’il avait payé ses cotisations à son parti (Europe Écologie les Verts) avec son indemnité parlementaire en 2013 et 2014, ce qui est interdit puisque cela revient à défiscaliser deux fois la même somme. Il se peut donc qu’il n’en ait pas fini avec ses soucis.

Un objectif politique.

L’attitude de Médiapart, depuis le début de l’affaire, indique que ses révélations avaient un objectif politique qui a été atteint quand M. de Rugy a démissionné de ses fonctions de ministre. Il n’est donc pas surprenant que le site valide une fois encore sa propre version des faits et dénonce, mais il n’est pas le seul, les complaisances des enquêteurs. Dans l’affaire Benalla, l’enquête de la commission de l’Assemblée a été littéralement bloquée par les élus de la République en marche. De sorte que François de Rugy n’échappe pas à la suspicion née de la publication des informations de Médiapart, même s’il y a, dans la manière avec laquelle elles ont été diffusées, la volonté évidente de porter un coup à la réputation.  Coup qui a été porté et qui a entraîné sa chute. On aurait tort, si on voulait se faire une opinion, d'(entrer dans le labyrinthe des chiffres, des personnes invitées et des dorures refaites. Comme l’ont souligné plusieurs intervenants sans doute intègres, le problème n’est peut-être pas judiciaire, mais il est sûrement éthique. La question n’est pas de savoir si l’ancien président de l’Assemblée doit passer en correctionnelle, mais s’il a dépensé les deniers de l’État d’une façon avisée. L’enquête gouvernementale ne l’accable guère mais elle mentionne des frais qui semblent somptuaires. Enfin, ce qui vaut pour Médiapart et pour l’opposition vaut pour la majorité. À attaque politique de l’opposition, contra-attaque politique du pouvoir.

Tous les observateurs rappellent, ce qui est facile, comment le général de Gaulle comptabilisait ses dépenses personnelles d’électricité à l’Élysée et les payait de sa poche. Sans parvenir à ce degré de sobriété monacale, tout responsable politique doit être beaucoup plus exigeant que ne le fut M. de Rugy. C’est parce qu’il avait du pouvoir, et en tout cas celui de décider lui-même si son appartement à l’Hôtel de Lassay méritait une réfection, qu’il aurait dû exiger la facture la moins élevée. Il aurait même pu continuer à vivre dans un logement que son prédécesseur n’avait pas jugé utile de réaménager. Personne ne le soupçonne d’avoir commis une manipulation comptable, mais dès lors qu’il était maître à bord, il aurait dû se souvenir que ce statut lui donnait plus de devoirs que de droits.

Oui, c’est vrai, ce pays, comme d’autre,s donne des leçons à tout le monde et devant la moindre dépense, il est facile, et quelque peu démagogique, de rappeler les petites retraites, les indemnités de chômage (toujours insuffisantes) et la pauvreté à laquelle sont soumis 14 % des Français. À partir de là, on a vite fait de percevoir un élu comme une personne qui paie rarement ce qu’il consomme. Et on voudrait même que tous, comme Christiane Taubira, se rendent à vélocipède à leur ministère. Mais nous croulons sous les dettes et n’avons pas besoin qu’un président de quoi que ce soit se paie sur nos impôts ou pis, sur notre dette. Voilà pourquoi le Premier ministre garde ses distances à l’égard de ce « scandale » et pourquoi il va publier un nouveau texte pour rappeler à tous les élus qu’ils doivent être exemplaires dans la sobriété.

RICHARD LISCIA

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Climat, priorité No un

Greta Thunberg
(Photo AFP)

Tout concourt à faire du réchauffement climatique une urgente priorité : la nouvelle vague caniculaire, qui incite les Français à prendre au sérieux les avertissements et alertes lancés par les scientifiques ; la visite, demain à l’Assemblée, de l’égérie suédoise du climat, Greta Thunberg, qui n’a pourtant que seize ans, mais qui a rallié la jeunesse mondiale à ses préoccupations ;  les polémiques sur les accords CETA et Mercosur ; les coups de boutoir lancés par Nicolas Hulot contre la politique environnementale du gouvernement.

LE POINT le plus important, c’est cette chaleur sans précédent qui sévit en France. Elle affaiblit les citoyens et tue probablement des milliers de personnes âgées. Elle nous prend par surprise car nous ne sommes pas équipés pour lutter contre une canicule exceptionnelle. Elle pose surtout la question de l’avenir, qui deviendra insupportable pour tous ceux qui n’ont pas les moyens de fuir la chaleur, en allant à la montagne ou en prenant de longues vacances dans les pays nordiques. Et pourtant, il n’existe aucun consensus autour de la certitude du réchauffement climatique, alors que le manque d’eau en France devient criant et que la sècheresse tue nos récoltes. On ne peut pas dire qu’une majorité de pays rejoignent le mouvement anti-réchauffement ; on ne peut rien contre des chefs d’État comme Donald Trump, qui rejettent l’évidence ; et même en France, nombre d’élus de droite refusent d’assister au discours de Greta Thunberg demain à l’Assemblée, sous le prétexte  qu’à son âge elle ne peut rien leur apprendre.

La confusion du débat.

En réalité, ce n’est pas l’ascension d’une enfant portée au nues par la jeunesse qui pose problème dès lors que la cause qu’elle défend est juste. C’est la confusion dans laquelle se déroule le débat. S’il faut être aveugle et insensible pour croire que la planète n’est pas en train de changer, on se dispute sur la façon de lutter contre le fléau. D’aucuns sont tellement épouvantés qu’ils préfèrent ne pas y croire, et comme l’autruche, se mettent la tête dans le sable ; d’autres voient dans les efforts à fournir une tâche impossible à accomplir et une atteinte à leurs intérêts industriels et commerciaux ; si les États-Unis plongent dans le déni, l’Europe, elle, doit accorder ses 28 violons. De partout fusent des solutions, pendant que le CETA et le Mercosur sont présentés comme des accords qui, loin de contribuer à la dégradation du climat, auraient pour effet de l’améliorer. Qui croire, qui ne pas croire dans ce fatras d’avis contradictoires ?

L’urgence accroît la panique.

Pendant que nous nous querellons sur les solutions, la chaleur se répand comme une armée d’invasion imbattable. L’urgence, loin d’unir les peuples, accroît la panique. Il se produit un événement historique affolant, nous ne savons pas vraiment comment le combattre. Nous risquons, d’ici au milieu du siècle, d’assister impuissants à la dégénérescence de notre monde. Les plus vieux comptent les jours qui les séparent d’une disparition capable de leur éviter le pire ; leurs enfants font le même calcul mais pour prévoir l’inéluctable.

Suis-je alarmiste ? Peut-être. Mais en même temps comment échapper à la comparaison grotesque entre la futilité des postures politiques et la gravité de l’enjeu ? Pourquoi M. Hulot, au lieu de tirer à boulets rouges sur le gouvernement en place, n’apporte-t-il pas, avec tous ceux qui le soutiennent, sa contribution ? Quelle importance que la jeune Thunberg n’ait que 16 ans si, simultanément, elle exprime une vérité, ou tout au moins une opinion sur laquelle il serait utile de réfléchir ?

Dans le mélange des divers dénigrements exprimés contre le réchauffement climatique, le plus néfaste est le déni pur et simple de la réalité. Mais tous les autres créent des obstacles au consensus, aux décisions, aux mesures concrètes et financées qui feraient de la France sinon un pays complètement propre, un pays exemplaire, celui qui fait des progrès fondés sur les preuves. La bataille qui se déroule en ce moment n’est pas entre la jeunesse et les gens plus âgés; elle n’est pas entre une fraction des élus et Mlle Thunberg ; elle n’est pas entre Trump et nous. Elle est dans les millions de bonnes raisons trouvées ou inventées pour échapper à une épreuve de force entre la température et nous.

RICHARD LISCIA

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La réforme, c’est ça

Philippe et Delevoye
(Photo AFP)

Il n’aura échappé à personne que Jean-Paul Delevoye, qui n’a pas de pouvoir exécutif, a présenté, sur les retraites, un projet qui ne comprend aucune décision, mais une foule de propositions ou de préconisations. Son plan pour les pensions est pourtant vilipendé alors que le gouvernement insiste sur les négociations avec les partenaires sociaux et sur une application des mesures qui prendra une quinzaine d’années.

LE GOUVERNEMENT d’Édouard Philippe n’a pas toujours excellé par sa prudence. Quelques crises à répétition, dont la plus récente est celle déclenchée par les us et coutumes de François de Rugy, l’ont amené à avancer à pas de loup dans la réforme des retraites. Qu’importe. Voilà les syndicats sens dessus dessous, bien qu’ils sachent depuis longtemps que le pouvoir n’a pas d’autre ambition que d’équilibrer les comptes de l’assurance-vieillesse et de la rendre un peu plus juste sur le plan social. Que la CGT appelle déjà à une mobilisation générale à la rentrée semble indiquer qu’elle obéit davantage à un réflexe de Pavlov qu’elle ne se livre à un minimum de réflexion. Il est simplement faux de dire que les 42 régimes de retraite, dont le seul nombre suffit à décrire l’inégalité et la confusion financière, n’ont pas besoin d’être unifiés. Il est faux de dire que, si l’on tient compte de la pénibilité de certains métiers, le système un euro cotisé donnant les mêmes droits aux futurs pensionnés, n’est pas viable ou juste. Il est faux de dire que l’exécutif ne tient aucun compte des conséquences sociales du projet tel qu’il est décrit actuellement par M. Delevoye au terme de 18 mois de discussions avec les partenaires sociaux. Il est faux de dire que la prolongation des carrières, dans une société où on vit beaucoup plus longtemps qu’il y a un siècle, avec une qualité de vie bien meilleure, précisément parce qu’ont été mis en place les garde-fous sociaux, condamne à mort ou à la misère les actifs payés au Smic.

Les scandales silencieux.

Le débat n’est pas d’aujourd’hui. Il a commencé avec les progrès de l’espérance de vie, qui ne se seraient pas produits au lendemain de la Seconde guerre mondiale si, justement, n’avait pas été mise en place cette répartition de la richesse nationale qui permet à tous les salariés et même aux indépendants de finir leur vie dans des conditions de vie décentes. Le gouvernement n’entend pas supprimer ces avantages acquis et, de toute façon, il ne pourrait pas le faire. Il tente seulement de faire en sorte que les budgets des pensions ne soient pas déficitaires et il veut ajuster des régimes spéciaux qui accordent à certains salariés des privilèges féodaux, comme à la SNCF ou à la RATP. À côté des scandales dans le monde politique ou dans celui des riches, il y a des scandales silencieux qui se cachent sous l’apparence de la pénurie. Mais enfin, partir à la retraite à 55 ans en 2019, n’est-ce pas une imposture totalement révoltante ? Et pourtant le même raisonnement accablant ceux qui tiennent le haut du pavé s’applique à ceux dont l’oisiveté et les « avantages acquis » sont financés par d’autres salariés. Je ne vois pas pourquoi on devrait se taire à ce sujet alors que nous en sommes à un débat axé sur la délation. Dans la crise des gilets jaunes, dans cette lutte des classes qu’ils appellent de leurs vœux, dans cette dictature du prolétariat que Jean-Luc Mélenchon souhaite imposer, on trouve en fait une sorte de mépris pour tout ce qui est fait en leur faveur, à un coût très élevé, et le rêve étrange d’enrichir les pauvres tout en dépouillant les riches, même si, en répartissant toutes les fortunes dans les foyers modestes, on ne satisferait pas l’ensemble de leurs besoins.

Un travail de Sisyphe.

Non seulement les réformes sont indispensables, mais elles doivent être permanentes. C’est un travail de Sisyphe. Il fait aider ceux qui souffrent, mais il faut aussi mettre un terme à la financiarisation de l’économie, et le gouvernement s’y emploie, il est vrai avec peu de succès jusqu’à présent, au niveau national et européen. En tout cas, il est parfaitement conscient des injustices créées par le capitalisme et la mondialisation. Il sait parfaitement qu’il n’y a aucun avenir pour un État démocratique si on s’en tient aux seuls résultats des élections. D’une certaine manière, et bien que cette opinion soit partagée par peu d’observateurs, la macronie est une chance pour le pays. C’est une forme de pensée qui ne jettera jamais le bébé avec l’eau du bain, qui n’oubliera pas les nécessités sociales, même si son premier réflexe a consisté à s’attaquer en premier lieu aux scléroses nationales, et qui s’efforcera de concilier le moins mauvais des systèmes avec la satisfaction des besoins populaires. La réforme, c’est l’alternative à une révolution inutile et destructrice. La réforme, c’est le changement sans écoulement de sang. La réforme, c’est surtout une forme rare de courage.

RICHARD LISCIA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Retraites : la réforme est lancée

Delevoye avec Macron
(Photo AFP)

Dans le projet de réforme des retraites annoncé aujourd’hui par Jean-Paul Delevoye, qui en est le maître d’œuvre, il n’y a pas de grande surprise, seulement quelques nouveaux (et modestes) avantages, sans doute présentés pour faire passer la pilule que les syndicats et l’opinion refusent d’avaler.

LA STRUCTURE sur laquelle M. Delevoye travaille depuis 18 mois reste inchangée : on garde le système par répartition, dans le sens où les actifs paient pour les retraités, mais on passe aux points. Les 42 plans de retraite existant actuellement cèdent la place à un système unique, ce qui signifie qu’un euro cotisé donne les mêmes droits à tous, employés, cadres on indépendants, étant entendu que la différence entre les niveaux de retraite reflètera le nombre de points acquis. On conserve également l’âge de départ (62 ans) auquel Emmanuel Macron a juré de ne pas toucher. Mais partir à 62 ans ne permettra pas de toucher une pension à taux plein ; il y aura une décote pour les gens âgés de 62 ans et une surcote pour ceux qui travailleront plus longtemps, entre 62 et 67 ans. Ce qui revient, en quelque sorte, à prolonger les carrières : les salariés qui souhaitent obtenir une pension décente poursuivront leur activité professionnelle jusqu’au moment où ils auront acquis un nombre de points qui leur paraîtra suffisant.

Pension de réversion améliorée.

Un geste en faveur des veufs et veuves : ils toucheront 70 % de la pension totale du couple., alors que, dans le système actuel, un veuf ou une veuve n’ont droit qu’à 60 % du montant perçu par leur conjoint décédé et la pension de base fixée par la Caisse nationale d’assurance vieillesse n’entre pas dans le calcul de la réversion. Le montant de la pension sera augmenté de 5 % dès le premier enfant. M. Delevoye annonce un montant de retraite égal à 81 % du salaire net des paysans,  et 75 % de celui des artisans et commerçants. Tous ces avantages sont nouveaux et permettront d’aborder les négociations dans un climat un peu plus serein, même si les syndicats sont hostiles au principe même de la retraite par points et continuent à militer pour l’actuelle répartition. Il a fallu beaucoup de temps pour que M. Delevoye mène ses négociations et rédige son projet. Il en faudra plus pour qu’il l’impose aux partenaires sociaux et aux élus. Il faut comprendre que, dans la mesure où elle touche au portefeuille des gens, la réforme des retraites est politiquement explosive et que, contrairement au gouvernement, le Haut-Commissaire à la réforme des retraites n’a voulu brusquer personne. Il a même eu un différend sérieux avec Agnès Buzyn, ministre de la Santé et des Solidarités, qui a dit clairement, sans être rabrouée par le Premier ministre, que la pension par points ne suffisait pas à assurer l’équilibre du budget des retraites et qu’il faudrait bien travailler plus longtemps pour toucher le maximum auquel on a droit.

L’erreur de Mitterrand.

Tel que le projet a été annoncé aujourd’hui, Mme Buzyn avait donc raison. L’inspiration de la réforme est complètement rationnelle : nous restons un pays où demeure un taux de chômage massif et où le ratio actifs-inactifs ne cesse de se dégrader, le nombre de gens qui cotisent diminuant tandis qu’augmente le nombre de retraités. La non-prolongation des carrières n’a jamais été qu’un leurre et l’erreur initiale vient de François Mitterrand qui, en contradiction avec toutes les données dont il disposait, a décidé de ramener l’âge de départ à la retraite de 65 ans à 60 ans. Depuis, la France s’est réveillée de ce rêve et les gouvernements de droite ont progressivement augmenté l’âge de départ jusqu’à 62 ans. Ce qui est insuffisant : il suffit de voir ce qui se passe dans le reste de l’Europe où les carrières sont plus longues qu’en France.  L’autre problème est posé par les sommes considérables dont disposent  les caisses de retraite, notamment les caisses des cadre,s et qui, logiquement, vont être fondues dans une tire-lire universelle.  En réalité, au-delà du montant fixé par la Sécurité sociale, les cadres cotisent déjà à un système à points. Cet argent n’est pas celui de la Sécu, mais celui des caisses. Immense litige en perspective.

RICHARD LISCIA

PS- Quelques lecteurs ont été surpris de ne pas avoir accès à mon blog à partir de la page d’accueil du « Quotidien' »sur Internet. Cette page d’accueil fait l’objet d’une refonte et le problème sera réglé dans quelques jours. En attendant et jusqu’à mon départ en vacances le 28 juillet, nos aimables lecteurs peuvent avoir accès au blog soit en faisant leblogderichardliscia.fr soit, pour les abonnés, d’attendre la « Dernière heure » qui leur arrive en fin de soirée et où le dernier blog en date est annoncé. Il suffit de cliquer dessus pour pouvoir lire le texte.

R.L.

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La chute de Rugy

François de Rugy
(Photo AFP)

Sans attendre les conclusions des deux enquêtes ordonnées par le Premier ministre sur son cas, François de Rugy a démissionné hier en début d’après-midi de son poste de ministre d’État à la Transition écologique. C’est un nouveau coup dur pour le gouvernement.

LE SITE Médiapart s’apprêtait hier à publier un nouvel article révélant que le ministre avait utilisé, en 2013 et 2014, son indemnité parlementaire pour payer sa cotisation mensuelle à Europe Écologie les Verts, le parti auquel il appartenait. Ce procédé est strictement interdit parce qu’il consiste à défiscaliser deux fois la même somme. En conséquence, les cotisations à un parti politique doivent provenir non pas d’une indemnité mais d’un salaire. Ajoutée aux précédentes informations de Médiapart sur les dîners somptuaires de l’ancien président de l’Assemblée nationale et la réfection de son appartement à l’hôtel de Lassay, cette révélation semble avoir provoqué la démission de M. de Rugy, jugée par Emmanuel Macron comme une décision « personnelle ». En tout cas, elle contraint Édouard Philippe à remanier son gouvernement et elle fait de l’écologie, dossier numéro un dans les préoccupations nationales, une question gérée par intermittence. Le Premier ministre s’est contenté de placer Élisabeth Borne, ministre des Transports, dans le fauteuil de M. de Rugy, mesure ultra-rapide destinée à éviter les commentaires sur les carences du pouvoir, mais qui fait de l’environnement une affaire gérée à la va-vite, d’autant que Mme Borne n’est pas, comme M. de Rugy, ministre d’État.

Coup de grâce.

La chronologie des événements laisser penser que M. de Rugy aurait dû démissionner sans laisser Médiapart lui porter des coups de bélier successifs et, hier, son coup de grâce. Elle démontre, avec une vigueur alarmante que le principe balladurien selon lequel un ministre ne démissionne que s’il est mis en examen est complètement dépassé : non seulement les membres du gouvernement ne sont à l’abri d’une mésaventure que s’ils sont certains de leur intégrité, mais ils ne sauraient compter sur leur appartenance à la majorité pour résister aux assauts de la presse d’investigation. Ce qui, en soi, pose un sérieux problème : la réaction la plus forte des oppositions consiste à démontrer que la  lutte contre le réchauffement climatique n’est même pas défendue par un homme permanent et durable. La mise en œuvre de la loi sur la moralisation publique, qui date de 2017, prend nécessairement du temps. Il n’est pas interdit de  supposer qu’en ciblant un à un les élus ou les membres du gouvernement, la presse qui leur est hostile en fera démissionner d’autres.

On lui prête plus que ce qu’il a.

Le cas de M. de Rugy n’est pas aussi grave que celui de Jérôme Cahuzac ou que celui de François Fillon, même s’il est entendu qu’il aurait cherché à faire  quelques économies et à vivre richement aux frais du contribuable. Le problème vient de ce que rien n’est encore prouvé et qu’on lui a trop vite prêté plus que ce qu’il avait, par exemple dans le cas de l’appartement qu’il loue près de Nantes et pour lequel il paie un loyer conforme à son exiguïté. Touché à plusieurs reprises par les tirs de sniper de Médiapart,  François de Rugy a jeté l’éponge et porté plainte contre sa nemesis. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne sera pas capable de faire valoir son innocence aux déontologues ou à la justice. Toute l’affaire pose le problème d’une éthique nouvelle qui n’existait pas il y a quelques années, de la crise politique qu’elle provoque et qui déstabilise le gouvernement, même si elle réjouit l’opposition, et de l »adoption universelle par tous les élus d’une éthique inscrite dans les textes et à laquelle ils doivent promptement s’habituer en commençant par se l’appliquer à eux-mêmes. Encore faudrait-il éviter de changer de majorité sans recourir au suffrage universel.

Le RN ferait mieux de se taire.

Les élus du Rassemblement national ont été les premiers à célébrer bruyamment la chute du ministre. Ils semblent oublier que leur parti doit quelques millions à une banque russo-tchèque qui a disparu et qu’ils n’ont pas remboursée, que le RN est poursuivi par la Commission européenne pour des emplois fictifs et que  Marine Le Pen a emprunté plusieurs millions à son père qui réclame leur remboursement par la voie judiciaire. A scandale, scandale et demi. Quoi qu’il en soit, il y en a un qui connaît l’exacte et complète vérité, et c’est François de Rugy. Sa démission résulte peut-être de son accablement, mais elle peut aussi avoir été causée par sa propre conviction qu’il ne pouvait pas rester ministre. Enfin, la vision de l’avenir immédiat telle qu’elle est colportée par la presse est celle du chaos politique. Les précédents ont pourtant démontré que ni l’affaire Benalla, ni la crise des gilets jaunes ne sont parvenues à déstabiliser durablement la macronie.

RICHARD LISCIA

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Trump : campagne sulfureuse

Ilhan Omar et Rachida Tlaïb
(Photo AFP)

Obsédé par son second mandat, Donald Trump mène contre ses adversaires démocrates une campagne qui sent le soufre. Il vient d’attaquer, en termes peu galants, quatre représentantes venant des minorités et qui, il est vrai, ne l’ont jamais ménagé. Il donne ainsi un tour violent à sa campagne, qui promet coups fourrés et coups de Jarnac.

M. TRUMP s’en est pris notamment à Alexandria Ocasio-Cortez, du Bronx, Rachida Tlaïb de Détroit, Ayanna Pressley de Boston et Ilhan Omar, Somalienne naturalisée américaine, représentante de Minneapolis. Ces quatre femmes sont connues pour s’exprimer librement et au moins l’une d’entre elles, Ilhan Omar, ne mâche pas ses mots quand il s’agit de commenter la politique moyen-orientale du président, qu’elle juge néfaste pour les Palestiniens. Qu’une élue musulmane prenne le parti des Palestiniens n’est nullement surprenant, mais, aux États-Unis, s’aventurer dans ce dossier, c’est soulever (comme en Europe, d’ailleurs) des passions capables d’embraser le débat politique. Le fameux plan stratégique du gendre de Trump, Jared Kushner, est non seulement inapplicable mais rejeté par à peu près toutes les parties, sauf Israël. Grosso modo, il consiste en une contribution économique si énorme des États-Unis au développement de la rive occidentale du Jourdain (50 milliards en dix ans) que les Palestiniens s’en contenteraient. En réalité, ils ne veulent pas de ce plan parce qu’ils ont toujours réclamé un État dans les frontières antérieures à la guerre de 1967. Là où Trump croit les apaiser avec de l’argent, ils exigent leur liberté.

Rallier les Américains juifs.

L’illusion diplomatique de Trump, fondée sur le deal financier, fait peu de cas des antécédents historiques. Il a oublié que, à plusieurs reprises, depuis Oslo et les accords israélo-palestiniens, les deux peuples ont été à deux doigts de la paix. Rabin a été assassiné par un Israélien et, depuis 25 ans, jamais la tension n’a été aussi grande à Gaza et en Cisjordanie. Bien entendu, Benjamin Netanyahu est satisfait du statu quo, mais les Palestiniens, désespérés, refusent d’accorder aux États-Unis le statut de puissance médiatrice qu’elle a effectivement perdu quand ils ont déménagé leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem et avalisé l’annexion du Golan par Israël. Mais, dans ce contexte, que viennent faire les attaques de Trump contre des élues démocrates ? En s’appuyant sur des propos excessifs qu’a prononcés Rachida Tlaïb, s’agissant d’Israël et des Palestiniens, il l’a accusée d’antisémitisme. C’est l’un des coups les plus pervers de sa carrière. Car, effectivement, l’antisémitisme se développe aux États-Unis, ce qui alarme la puissante communauté juive. Les Américains juifs, en grande majorité, votent démocrate. S’ils commencent à partager l’idée qu’au Congrès existent des éléments antisémites, ils risquent de voter Trump pour un second mandat.

Alarmé par les sondages.

Mais nombre d’entre eux savent que le principal responsable du regain d’antisémitisme est Trump lui-même. Pour une raison simple : il a l’art de dresser une communauté contre l’autre. Loin de rassurer les Américains juifs par son plan foireux, il a déchaîné les forces qui le soutiennent, les Américains pauvres et blancs, contre toutes les minorités. Taper sur les Mexicains à longueur de journée, c’est une façon de dire implicitement que les juifs ne valent pas mieux, surtout ceux qui, contrairement à leur gouvernement, contribuent à l’accueil des migrants. Comme chacun sait, Trump n’est jamais à court d’un procédé grossier pour retourner l’opinion en sa faveur. Et il a besoin de réussir : les sondages montrent que, pour le moment, il est battu par quatre des démocrates qui sont candidats à l’investiture de leur parti. Le vote juif n’est pas le plus important, mais il est toujours bon à prendre. Il n’est pas sûr, cependant, que la communauté juive avale l’hameçon. Sur l’immigration, elle a le point de vue des descendants d’immigrés, ceux qui, pendant la Seconde guerre mondiale, voguaient désespérément dans l’océan à la recherche d’un asile parce que Franklin D. Roosevelt ne voulait pas les accueillir. En outre, elle a peu d’affinités avec le socle électoral de Trump, composé de rednecks, familles de la Bible et de la Terre, souvent évangélistes, pour lesquelles le seul statut social, qu’elles sont en train de perdre, est de vivre un peu moins mal que les Noirs ou les Latinos.

Comme en France, l’antisémitisme américain comporte deux branches : la vieille intolérance à l’égard des juifs, soupçonnés de trop bien gagner leur vie, et l’antisémitisme de gauche, allié à, ou séduit par, l’islamisme, ce qui est le cas de Mme Omar, laquelle a commis l’erreur de donner à Trump un os à ronger. Le mal n’est toutefois pas irréparable, car une forte majorité d’Américains juifs critiquent ouvertement la politique de Netanyahu. Ceux-là savent qu’ils votent aux États-Unis et que les problèmes américains ne sont pas moins urgents à régler que ceux du Moyen-Orient.

RICHARD LISCIA

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