La faute de Trump

Trump, lui, va bien
(Photo AFP)

L’épidémie de coronavirus a fait à ce jour près de 30 000 malades en France,  dont 5 000 ont été guéris et 1 700 sont décédés. Aux États-Unis, les contaminations atteignent 86 000 personnes et, bien qu’il soit difficile de dresser des bilans dans un pays aussi décentralisé , on estime à plus de 1 000 le nombre de morts.

IL NE s’agit pas de comparer les situations dans les deux pays, mais de montrer qu’un certain manque de réactivité aux informations sur la virulence du Covid-19 a entraîné des effets plus graves dans quelques pays. Une hésitation, même brève, des gouvernants peut avoir alimenté l’épidémie, comme on l’a vu en Italie, en Espagne et ailleurs. Aux États-Unis, Donald Trump a récusé à la fois, au tout début de la crise, le degré de gravité de la situation et les moyens pour enrayer la contagion. Il ne croyait pas à une contamination généralisée de la population et comptait sur l’arrivée du printemps et de la chaleur pour apaiser le virus. C’était un faux calcul pour l’immédiat, le temps lui ayant donné tort, et pour l’avenir : le virus peut disparaître momentanément et réapparaître. Devant le mécontentement de ses conseillers scientifiques, affolés par son analyse sommaire, il a changé d’avis. Trop tard : certes, l’Amérique peut maintenant réagir avec toute la force dont elle est capable, mais le Sénat a dû voter un plan de 2 000 milliards de dollars pour ranimer l’économie. Trump a fini par écouter Anthony Fauci, un grand spécialiste de l’infectiologie, qui a osé dire, dans un langage feutré, le contraire de ce que Trump affirmait. Le président américain annonçait l’arrivée massive de vaccins, le Dr Fauci précisait : « Nous allons mettre tout en œuvre pour disposer, aussitôt que possible, d’un vaccin contre le Covid-19 ».

Finances et qualité des soins.

La puissance de la réaction financière aux États-Unis n’a rien à voir avec la mise en œuvre d’un plan de campagne pour les malades. La décentralisation permet à un peu plus de la moitié des États d’appliquer des mesures de confinement comparables aux nôtres, mais de même que nous attendons, le souffle coupé, le pic de la maladie, de même les Américains attendent de mauvaises nouvelles, alors que le niveau de leur sécurité sociale est inférieure au nôtre. Le prix élevé de la santé établit une différence entre riches et pauvres qui, heureusement, n’existe pas en France. Tout, dans l’attitude de Trump, montre qu’il est plus préoccupé par l’effondrement probable de l’économie et de la Bourse que par le sort des malades. Il a trouvé un compagnon de route en la personne de Jair Bolsonaro, président du Brésil, qui, lui, continue d’ignorer totalement la gravité de l’épidémie et défend sa politique du laisser faire en invoquant la souveraineté brésilienne. Ce qui représente une inadaptation totale à la crise, laquelle est mondiale et ignore les frontières. Encore un qui n’a rien compris, ou plutôt qui ne veut pas comprendre.

Réformer l’assurance maladie.

Pour Trump, l’enjeu n’est pas le nombre de contaminations et de décès, mais sa réélection en novembre prochain. Il n’est pas dépourvu de cartes, mais si le plan de relance n’a que des effets médiocres ou si le nombre de décès atteint un sommet, il encourra la colère des électeurs. Les prévisions des experts américains sont pessimistes : ils envisagent un taux de chômage de 20 % avant la fin de l’année. En France, on reproche au gouvernement d’avoir perdu de précieux jours avant de lancer la contre-offensive. Aux États-Unis, la preuve est largement administrée que la survie d’un peuple dépend de la qualité de son assurance maladie. Malgré les réformes d’Obama, le système américain reste très défaillant. On parle souvent d’un après l’épidémie, ce qu’il faudra faire partout dans le monde pour échapper au piège de la contagion. Eh bien, il faudra principalement renforcer la protection sociale. Elle est bonne chez nous, elle peut être améliorée. Celle des Américains est notoirement insuffisante et doit être rebâtie de fond en comble. Ce n’est pas avec Trump que cette tâche vitale sera accomplie, mais avec son rival démocrate, pourquoi pas ?

RICHARD LISCIA

PS-En France, le Premier ministre annonce que le confinement est prolongé jusqu’au 15 avril et qu’il pourrait être encore prolongé. « Il est clair, a dit Édouard Philippe, que nous n’avons pas encore atteint le pic de l’épidémie ». C’est le temps long de la méditation.

 

 

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Le spectre de la récession

Un président assiégé
(Photo AFP)

Le choc économique de l’épidémie de coronavirus va affaiblir la France durablement : pendant la période de confinement, la production baisse de 30 %, selon les statisticiens. Non seulement les gains de croissance prévus avant la crise seront laminés, mais le produit intérieur brut pourrait diminuer de 30 % au terme de l’année 2020.

CETTE probable récession ne sera due à aucun ralentissement naturel de l’économie mondiale, mais à l’épidémie. Elle concerne donc, avec des effets variables selon le degré de préparation des économies nationales, qu’ils soient atteints ou non par le Covid-19, l’ensemble du monde. La brusque chute des échanges  étendra ses effets négatifs dans les pays les moins touchés par l’épidémie. Certes, les mesures de financement exceptionnel adoptés par la plupart des gouvernements limiteront la récession, mais face au cataclysme, certains États, l’Allemagne par exemple, qui dispose d’excédents monétaires substantiels ou d’autres, comme la Corée du Sud et Singapour, qui résistent infiniment mieux que l’Europe aux ravages humains du virus, sont beaucoup plus solides que les autres. En France, Emmanuel Macron, hier soir à Mulhouse, a annoncé de nouvelles mesures : renforcement du confinement, appel aux désœuvrés pour qu’ils participent aux récoltes de printemps (il faut 200 000 personnes, 40 000 ont annoncé leur disponibilité), investissements tous azimuts dans l’hôpital, confirmation de la prise en charge par l’État des salariés contraints au chômage technique, appel aux forces armées pour qu’elles travaillent en collaboration avec les hôpitaux, l’installation d’un hôpital de campagne à Mulhouse étant le premier stade de cette évolution.

Le pouvoir en première ligne.

Il ne fait aucun doute que des pans entiers du système de soins français n’ont pas apporté une réponse efficace à l’épidémie, par exemple les Ehpad transformés en mouroirs par l’indigence des mesures, l’épuisement des personnels hospitaliers, l’absence de masques réclamés par tous et qui n’est que trop lentement comblée. Le président de la République se contente d’annoncer de puissants efforts financiers pour rassurer médecins et infirmiers à bout de souffle. L’enjeu est clair : il faut faire en sorte que les lits de réanimation (5 000 en France contre 25 000 en Allemagne) ne manquent pas pour les cas qui s’aggravent. D’où le transport sanitaire vers le sud de malades graves issus du cluster de Mulhouse, provoqué, on le sait par une néfaste réunion évangéliste. Les médecins sont tous d’accord : le virus se propage parfois avec une virulence et une rapidité fulgurantes. Un gendarme, malade mais resté chez lui,  sans doute parce que son cas n’avait pas été jugé grave, est mort brusquement hier sans que les secours aient pu le sauver. Le gouvernement est en première ligne. Les sondages d’opinion émettent des courbes contradictoires : les Français font confiance au pouvoir et la popularité de M. Macron et d’Édouard Philippe a fait un bond de quelque 14 points. En revanche, ils critiquent ses mesures et ses insuffisances face à la violence de l’épidémie.

L’objectif numéro un.

Le nombre de décès (plus de 1 300 depuis le début de l’épidémie) reflète probablement le temps qui a été perdu au tout début du fléau. Nous sommes, mais à un degré moindre, dans le même bateau que l’Italie et l’Espagne. Les jugements quelque peu rapides, mais inévitables, sont inutiles, même si les partis de l’opposition veulent donner une suite judiciaire aux manquements du pouvoir. M. Macron a néanmoins compris que tous les efforts doivent porter sur la non saturation des hôpitaux, sur la limitation des cas graves et des décès, sur la nécessité absolue d’empêcher le virus de l’emporter sur les structures sanitaires françaises. C’est de la crainte d’un tel événement, indigne d’un pays industrialisé, que vient l’agitation publique. Il faut franchir ce cap avant que la courbe ne redescende. Après, il sera infiniment plus facile de soigner l’économie que de guérir tout un peuple.

RICHARD LISCIA

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Sombres nouvelles

Le Pr Salomon
(Photo AFP)

Comme il fallait s’y attendre, la sortie de crise prendra quelques semaines au moins. Nous ne sommes pas parvenus au pic de l’épidémie. Le nombre de contaminations et de décès continue d’augmenter. La colère du public est à son comble.

MALGRÉ le beau temps, le réveil, ce matin, était blafard. Le confinement se poursuivra aussi longtemps que la marée contagieuse n’aura pas reflué. Les mesures mettant en œuvre le confinement sont renforcées, ce qui ne laissera plus le loisir aux tricheurs de s’évader pendant plusieurs heures sans raison valable. Nous avons été consternés par les déclarations du Pr Jérôme Salomon, hier soir : le nombre de décès annoncé chaque soir ne concerne que les personnes mortes à l’hôpital, pas celles des Ehpad, nombreuses, ni ceux qui se sont éteints chez eux. La mort à l’hôpital, c’est la partie émergée de l’iceberg, a expliqué le Pr Salomon. Dans ce cas, faut-il multiplier le nombre affiché par deux ou par trois ? Combien de nos concitoyens vont mourir ? Combien seront affectés par la contagion ? Et à quel moment les Français pourront-ils retrouver leurs habitudes ? Certes, le gouvernement a poussé plusieurs cris d’alarme, mais le fait est que nous avons le sentiment que l’information nous est très lentement distillée, qu’elle nous arrive par bribes, comme si nous ne devions pas apprendre toute la vérité en un seul jour, comme si on voulait épargner nos âmes d’enfant, comme si nous étions jugés incapables de supporter la tragique réalité. De ce point de vue, le témoignage de Martin  Hirsch  (AP-HP), ce matin sur France Info, qui appelait à l’aide immédiate de l’État, était bouleversant.

Qui aurait fait mieux ?

Il est logique que nos gouvernants s’efforcent de ne pas déclencher une panique. Sur le retard pris dans l’adoption de mesures draconiennes, ils n’ont fait ni mieux ni pire que d’autres. Si en Asie, la Corée du Sud et Singapour ont littéralement dressé un barrage contre l’épidémie, par le confinement mais aussi par la multiplication des dépistages, l’Italie et l’Espagne souffrent déjà plus que la France. On peut fort bien comprendre que cette crise engendre révolte et recherche des coupables. Mais si les protestataires cèdent au chagrin, ce qui est bien  naturel, ils n’ont pas le monopole de la science et de la compétence. On trouvera souvent des gens qui se promènent dans la rue et se déclarent en même temps scandalisés par l’impéritie de leurs dirigeants. Ce n’est pas le moment d’affronter le pouvoir dans un polémique, disent les oppositions, mais déjà on prévoit une commission parlementaire d’enquête. Si nos dirigeants actuels ont été trop lents dans une crise qui nécessitait des réflexes ultra-rapides, qui peut dire de manière convaincante qu’il aurait fait mieux ? Ce n’est pas le sort politique des uns ou des autres qui nous intéresse, c’est la bonne manière de combler les brèches quand le navire s’abîme dans les flots.

Le rôle des médias.

Fascinés par une épidémie dont peu de gens se rappellent les précédents, les médias n’auront pas manqué de contribuer à la sidération et au début de panique dans la population. Ils ne connaissent plus d’autre sujet. Ils répètent à l’infini les meilleurs et les pires des avis. Les journalistes généralistes se sont faits docteurs en médecine, mais sans diplôme. Ils sont imbattables sur l’information relative à l’épidémie, de sorte que, lorsqu’on abandonne la radio ou les journaux par dépit, on allume son téléviseur, et là, c’est pire. C’est le coronavirus en boucle, dans nos assiettes et sur notre brosse à dents, dans l’eau de la douche et dans nos aliments, le matin et le soir, le jour et la nuit. Je les mets au défi de parler d’autre chose. Il est vrai que l’offre rejoint la demande. Nos concitoyens écoutent tout ce qui se dit non pas parce qu’ils se sont convertis à la science, mais parce qu’ils attendent désespérément la fin de la crise.

RICHARD LISCIA

PS- Une panne informatique a retardé la publication de cette chronique et des trois commentaires les plus récents. Veuillez m’en excuser.

 

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Le pouvoir à l’épreuve du virus

Macron « en guerre »
(Photo AFP)

La curiosité, dans ce long moment de désarroi public face au coronavirus, incite à se demander s’il influe sur la popularité des gouvernements. Selon que des progrès ont été ou non accomplis pendant la bataille, les résultats sont positifs, négatifs ou mitigés.

ÉDOUARD PHILIPPE, hier encore, se trouvait sur TF1 pour annoncer la prolongation du confinement, s’expliquer sur la pénurie de masques et apaiser les questions sur le traitement, que d’aucuns croient avoir trouvé, mais qui doit faire l’objet d’études plus poussées. Les masques ont déclenché une vague de mécontentement, dans le public bien sûr, mais aussi chez les soignants, ainsi exposés à l’épidémie, alors qu’il est indispensable de maintenir leurs effectifs utiles. Quant au recours à l’hydroxychloroquine, vantée par le Pr Didier Raoult de Marseille, il n’est pas certain que la crainte des effets secondaires éventuels ait convaincu les patients qu’il comportait des risques. Le sacrifice collectif des soignants (cinq médecins sont décédés) leur vaut l’admiration et l’enthousiasme de leurs concitoyens, un peu comme ceux-ci avaient adoré la police après la vague d’attentats des djihadistes. Cela ne signifie pas pour autant que cet enthousiasme s’étende au président de la République ou à la majorité, accusés d’avoir « pris du retard » et d’« impréparation ». En revanche, la solidité du système de santé national est perçue comme un avantage très important, dont ne bénéficient pas tous nos voisins et d’autres pays où la sécurité sociale ne couvre pas les soins les plus coûteux.

Omerta russe.

Dans les pays à régime autoritaire, la question ne se pose pas : la Chine, elle aussi, a perdu du temps quand l’épidémie s’est déclarée, allant jusqu’à stigmatiser le jeune médecin qui a lancé l’alerte et est mort du virus au bout de quelques semaines. Cependant, la vigueur avec laquelle le confinement a été imposé en Chine, commence à donner des résultats et le parti communiste ne manquera pas de faire remarquer que l’empire du Milieu aura été le premier à se relever de la catastrophe. La Russie a choisi l’omerta, de sorte que tous les Russes ne savent pas nécessairement ce qui les menace. Vladimir Poutine a fait modifier la Constitution pour obtenir de la Douma, l’Assemblée, une sorte de présidence à vie (il sera en mesure de gouverner jusqu’en 2036), ce qui lui permet de ne rendre aucun compte à la population, d’autant que sa propagande insiste en permanence sur le « complot » dont son pays ferait l’objet, le virus ayant été créé et disséminé pour affaiblir le merveilleux régime qu’il pilote.

Trump sur la sellette.

De ce genre de protection, les régimes parlementaires sont démunis, de sorte que, lorsque le Premier ministre britannique, Boris Johnson, se laisse provisoirement séduire par  le laisser-faire sous le prétexte que le coronavirus ne tue pas tout le monde mais seulement quelques-uns, l’opposition et le public britannique le somment de changer d’avis, ce qu’il a fait. Tel n’est pas exactement le cas de Donald Trump qui, au début de la crise, s’est contenté de dire que la chaleur du printemps aurait raison du virus pour ensuite mettre de l’eau dans son vin et préconiser la « guerre » dont M. Macron nous a parlé. Cependant les États-Unis sont une nation décentralisée, de sorte que les précautions nécessaires ne sont pas partagées par tous les États, les uns décrétant le confinement, les autres non. Les Américains n’en sont pas moins bouleversés parce que M. Trump, qui n’investit pas beaucoup d’argent dans les besoins de la population, a laissé filer l’affaiblissement du système de santé, de plus en plus coûteux pour les patients et de moins en moins efficace, malgré la qualité des chercheurs américains, l’existence de publications scientifiques de haut niveau et une liberté d’expression qui met Trump sur la sellette. Le plus menacé par le virus (politiquement parlant), c’est lui. Tout dépendra des conséquences de l’épidémie : si le nombre de morts est élevé malgré la belle saison, il n’obtiendra pas de second mandat, la vague portant son rival démocrate Joe Biden à la tête de l’opposition se chargeant de démettre le candidat républicain.

D’un point de vue général, les nations se demanderont toutes, au terme d’une crise sanitaire sans précédent, si la lutte contre les épidémies, dans un monde gagné par une démographie galopante, ne doit pas devenir une priorité vitale et si un bon président n’est pas celui qui dispose d’un système universel d’assurance-maladie ou qui est prêt à en créer un.

RICHARD LISCIA

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La France sur le qui-vive

Roselyne Bachelot en 2010
(Photo AFP)

Moins d’une semaine après l’adoption du confinement par les pouvoirs publics, la crise est de plus en plus sévère : nous n’avons pas encore atteint le pic  de l’épidémie, certaines zones, comme l’Oise ou Mulhouse, restent critiques malgré le dépaysement d’un certain nombre de malades, la pénurie de masques n’a pas reculé et il est impossible de savoir quand nous apercevrons le bout du tunnel.

LE CORPS médical a réclamé le confinement total, qui lui a été refusé par le Conseil d’État. Cette querelle entre la compétence et le droit traduit le désarroi national. En pareille matière, il serait logique que les infectiologues eussent le dernier mot : le pouvoir politique ne bouge pas d’un cil sans l’approbation des médecins les plus qualifiés. Le pouvoir juridique, pour sa part, examine tous les paramètres de la crise et ne souhaite pas aggraver le marasme économique qui va, de toute façon, nous coûter des centaines de milliards. Certains usines ne survivront pas si elles ne sont pas purement et simplement nationalisées. Nombre de nos concitoyens, loin d’être confinés, continuent à travailler, soit qu’ils utilisent les télétransmissions, soit qu’ils vont à leur bureau ou à l’usine, soit qu’ils ont un sens aigu de leur devoir. Sur le tableau saisissant d’un pays désert se greffent, bien entendu, des débats politiques qui n’ont pas lieu d’être. La droite LR veut créer une commission d’enquête qui analysera la crise quand elle sera terminée tout en jurant qu’il ne s’agit pas d’un règlement de comptes avec le pouvoir.

Imprévoyance de l’État.

Il y a eu incontestablement des retards d’évaluation et, surtout, des pénuries qui traduisent l’imprévoyance des pouvoirs publics. Mais la notion de gouvernants infaillibles n’existe pas. Nous avons eu des expériences inverses. En 2009, la ministre de la Santé, alors Roselyne Bachelot, avait commandé des millions de vaccins contre la grippe H1NI qui, en définitive, n’ont pas été utilisés. Des médecins lui ont fait un procès, des journalistes lui ont reproché d’avoir jeté par la fenêtre pour près de 400 millions d’euros. Elle a survécu à ces attaques et, aujourd’hui, elle tient son amère vengeance, plat qui, comme on sait, se mange froid et qu’elle a sorti du congélateur. Elle n’a jamais fait qu’appliquer le principe de précaution, inscrit dans la Constitution et qui, cette année, nous eût bien aidés à limiter le nombre de contaminations et de décès. Les voies de l’épidémie sont impénétrables et il ne faut pas que la recherche de la vérité, qu’elle soit l’apanage des juges ou celui des journalistes, se transforme en procès inique, et à charge. C’est pourquoi, aujourd’hui, il faut garder la tête froide, ne pas céder à la panique, sans pour autant imaginer que nous avons affaire à un phénomène qui ne laissera pas de traces dans la société française. C’est tout le contraire qui va se produire.

Un principe  darwinien.

Il faut comprendre de quoi il s’agit. Les Britanniques ont été tentés par une méthode, celle du laissez-faire, qui en termes démographiques, est moins monstrueuse qu’on ne le croit. Certains de leurs chercheurs et savants ont proposé que toute la population se laisse contaminer. Comme 85 % des personnes infectées n’ont pas de symptômes, il suffirait de traiter les 15% restants. Au bout d’un certain temps, le virus disparaîtrait, faute de victimes. Mais entretemps il ferait beaucoup de malades et  de morts. C’est un concept tout à fait darwinien, qui sacrifie les plus faibles et conserve les plus forts. Sur le plan statistique, il est indiscutable. Mais ce n’est pas de cette manière que les gens voient les choses : entre mon pays et ma mère, je choisis ma mère, dit Albert Camus.  Si le personne la plus proche de moi, ma femme ou mon enfant, risquent de mourir, la survie des autres ne saurait résumer mon combat contre l’épidémie. Dans les fameux clusters, les zones où le nombre des contaminés est très élevé, le deuil, le chagrin et le désespoir sont indescriptibles. C’est l’erreur (brève) du Premier ministre britannique, Boris Johnson, d’avoir envisagé cette méthode, tout simplement parce qu’elle est inhumaine. C’est une guerre, a dit M. Macron à plusieurs reprises dans son discours de mardi dernier, mais de nos jours et dans nos sociétés, on fait la guerre en évitant de sacrifier le maximum de soldats.

RICHARD LISCIA

 

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Messages contradictoires

Jean-Yves le Drian
(Photo AFP)

Emmanuel Macron a encouragé hier les salariés français à continuer à travailler s’ils le peuvent. En même temps, ceux qui se promènent en ville ou dans la nature sont passibles d’une amende de 135 euros.

LE SOUHAIT du président, c’est de maintenir en bon état l’outil de travail, de manière à éviter l’effondrement de l’économie au terme de l’épidémie.  Mais il va être très difficile, pour les forces de l’ordre, chargées de maintenir le confinement, d’établir la différence entre les insouciants et ceux qui doivent obligatoirement être présents à leur poste. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a annoncé ce matin que 130 000 Français à l’étranger seront rapatriés, mais n’a-t-on pas limité le nombre de vols français de telle sorte que nos concitoyens se retrouvent coincés outremer ? Enfin, on assiste à des affrontements entre diverses entreprises, notamment dans le bâtiment, qui veulent laisser leurs chantiers ouverts mais dont les salariés estiment qu’ils sont insuffisamment protégés. Le gouvernement n’a pas tranché. De même, M. Le Drian affirme que des millions de masques importés de Chine seront distribués aujourd’hui aux soignants et aux pharmacies, ce qui traduit un manque de préparation à l’épidémie. Ces importations, par la France d’une part et par l’Europe d’autre part, finiront par rassurer la population, d’autant que les pouvoirs publics en contrôlent la répartition et les prix. Mais nous avons perdu une quinzaine de jours précieux pendant lesquels des contaminations auraient pu être évitées.

Vieux et solitaires.

La prolongation du confinement semble inéluctable parce que le virus n’est pas maîtrisé, parce que les nouvelles venues d’Italie sont mauvaises, avec encore des contagions et de multiples décès, au point que les églises, les cimetières et les lieux d’incinération sont saturés pendant que s’alignent devant les lieux de culte des cercueils inutiles. C’est une vision, d’apocalypse, mais elle n’explique pas tout. Les décisions prises par l’Union européenne et la Banque centrale européenne, après une longue hésitation coupable, ont fait rebondir la Bourse à Paris. La santé boursière n’est qu’un symptôme, il ne faut pas le négliger pour autant. Le plus difficile, pour le gouvernement, sera de maintenir l’effort collectif à un haut niveau pendant plusieurs semaines. Le pari n’est pas gagné. Nombre d’auditeurs, lecteurs et téléspectateurs expliquent que  la solitude du confinement conduit à la dépression. D’aucuns s’inquiètent ne pas voir venir ceux de leur famille qui les aident à survivre. Les personnes âgées, on peut en faire le constat, ne sont nullement contactées par la mairie, aucun service ne leur est offert et le cas des personnes devient tragique si on ne leur rend pas visite, ce qui, hélas, n’est pas recommandé.

L’attestation dérogatoire.

Tout cela signifie qu’il est relativement facile d’imposer une consigne nationale, mais qu’elle est vécue de façon très différente par les jeunes et les vieux, par les pauvres et les riches, par les citadins et les campagnards. Je publie aujourd’hui le point de vue émouvant d’un lecteur complètement hostile à la prolongation du confinement et qui envisage le pire si on l’empêche de sortir. Il faut donc rappeler que, pour se détendre,  faire quelques pas autour de son pâté de maisons, il suffit de remplir l’attestation dérogatoire de sortie en trouvant les formulaires sur l’un des sites Internet du gouvernement. Un pays tout entier est soumis à une mesure sévère mais qui reste indispensable, pour le temps qu’il faudra. Il y a, dans cette affaire, deux réalités : la première, c’est qu’on n’est pas malade et qu’on ne comprend pas bien pourquoi on ne peut pas sortir. La seconde, c’est que, même si la contagion est le plus souvent bénigne, il y a des gens très atteints et que l’on ne peut soigner qu’avec une assistance respiratoire, étant entendu que nous manquons de lits de réanimation si le nombre de malades augmente. Sans ces lits, l’hôpital ne peut pas sauver les cas les plus graves. Nos concitoyens sans exception doivent s’informer et comprendre les informations qu’ils reçoivent. Il en va de notre salut à tous.

RICHARD LISCIA

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Le confinement sera prolongé

Jean-François Delfraissy
(Photo AFP)

C’est maintenant clair : le confinement général de la population française sera prolongé d’au moins quinze jours et sera même renouvelé tant que le pic de la contagion ne sera pas franchi.

LA BATAILLE engagée contre le Covid-19 est de longue haleine. Elle n’a de signification que si elle « gèle » le fléau. En attendant un traitement et un vaccin encore hypothétiques, le confinement constitue le seul instrument de lutte contre l’épidémie, comme en témoignent les appels répétés et sévères que le Pr Jean-François Delfraissy, président du Comité d’éthique et du conseil scientifique formé par le ministre de la Santé, Olivier Véran, a  adressés hier soir sur France 2 à la totalité de la population nationale. S’il est vrai que 100 000 policiers et gendarmes ont été déployés sur le territoire pour empêcher les Français de sortir de chez eux sans raison valable et que nous en sommes à quelques milliers de verbalisations, il demeure qu’il est impossible de surveiller 66 millions de Français. Cependant, la réaction collective du public correspond globalement à ce que le gouvernement en attendait, une discipline largement partagée après une courte rébellion, comme l’exode vers la campagne et le défi des consommateurs qui vont encore dans les marchés en plein air. Le confinement est désagréable, ce qui explique les grognements d’une foule soumise à la discipline par la force dune amende de 135 euros. Mais il est infiniment plus acceptable que la contagion avec des effets qui, certes, peuvent être bénins, mais n’en rempliraient pas moins les hôpitaux de malades nécessitant une réanimation pour laquelle nous n’avons pas tous les lits nécessaires en cas d’aggravation de l’épidémie.

Regain du civisme.

En dépit d’une plainte générale où se mêlent le manque de masques ou de gel hydro-alcoolique et les difficultés d’une vie recluse (même les enfants ne sont pas censés sortir et, sur une période d’un mois, ce sera très compliqué pour les parents), le rappel (d’ailleurs aussitôt suivi d’effet) de médecins retraités et volontaires, ce qui montre que, contrairement à ce qu’on aurait pu penser au début de la crise sans précédent que nous traversons, le civisme est remarquable. Bien que la popularité de l’exécutif n’ait guère  augmenté, les sondages d’opinion révèlent que nos concitoyens font confiance au gouvernement. Après tout, ils n’ont que celui-là pour le moment, et ils ont enfin compris qu’ils ne pouvaient pas se passer de lui, qu’ils ont besoin d’être orientés, et que, malgré les ratés de l’expérience, il vaut mieux être protégé par lui que d’être laissé à l’abandon. Nombre de Français ont estimé qu’il était temps de rendre hommage aux soignants, ce qu’ils ont fait depuis leur fenêtre et qui a un peu rasséréné médecins, infirmiers et aides-soignants, lesquels ont renouvelé leurs efforts alors qu’ils étaient déjà exténués par le chaos des urgences, le manque de moyens et l’insuffisance des investissements publics dans les structures hospitalières.

Quelques informations positives.

Il y a donc quelques notes positives dans un paysage extrêmement sombre. Positives sur le plan moral et civique et aussi sur le plan financier. La Banque centrale européenne qui, sous la houlette de Christine Lagarde, avait refusé en début de semaine d’inonder les marchés financiers, s’est reprise et s’est engagée dans la poursuite du quantitative easing, technique de rachat des dettes qui s’accumulent. Cela permettra aux entreprises de trouver de l’argent à très bon marché. De son côté, l’Union européenne met sur la table la somme énorme de 750 milliards d’euros pour empêcher l’effondrement économique du continent. Après quelques hésitations, les experts de la banque et de la finance ont enfin compris qu’il fallait mettre l’argent au service de la santé publique, ou plus exactement au service de la bataille contre le chaos économique et social qui ne manquerait pas de compléter la crise sanitaire si aucune mesure n’était appliquée. La leçon s’adresse à ceux qui nient toute valeur aux institutions européennes, alors qu’elles viennent de démontrer qu’en addition au courage national il est indispensable de lâcher la bride aux financements collectifs. Nous ne savons vraiment pas quand et comment nous allons nous sortir de la crise, mais nous savons déjà que le salut viendra des efforts de tous et non pas d’un pays isolé.

RICHARD LISCIA

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L’autre épidémie

Agnès Buzyn
(Photo AFP)

En accordant un entretien au « Monde », Agnès Buzyn a déclenché une nouvelle polémique fracassante, mais complètement inutile, le genre de rebondissement de la politique politicienne dont le pays menacé n’a pas besoin.

Mme BUZYN affirme qu’elle a alerté, dès janvier,  le Premier ministre puis le président de la République des dangers du virus, en transposant à la France ce qui se passait alors en Chine. Édouard Philippe, qui intervenait hier soir sur France 2, n’a nullement démenti les faits avancés par son ex-ministre de la Santé, mais il a expliqué que son jugement figurait parmi une série d’évaluations contradictoires dont la somme ne rejoignait pas le point de vue de Mme Buzyn. Trop tard, comme d’habitude : l’essentiel pour les forces politiques hostiles au pouvoir se sont hâtées de dénoncer l’incurie du gouvernement. Il est vrai que Mme Buzyn, qui vient de perdre le premier tour des municipales à Paris, a prononcé quelques mots  (une « mascarade », a-t-elle dit des municipales) qui ne témoignaient pas exactement de sa solidarité avec la macronie. Elle en a pris conscience, a retiré ses propos, mais elle a affaibli la ligne gouvernementale, ce qui sera suivi, après l’épidémie, par des explications houleuses entre Édouard Philippe et elle.

Propos en eaux troubles.

Mme Buzyn, ayant accepté d’être candidate à la mairie de Paris, aurait dû comprendre que donner un entretien à un grand quotidien sur l’épidémie de coronavirus revenait à remuer des eaux troubles. De toute évidence, elle n’a pas contrôlé ses propos. Le problème, en effet, ne vient pas du moment où le gouvernement a pris conscience de la gravité du fléau, mais du fait que la crise n’est pas politique. Le chef du gouvernement l’a répété encore hier : il ne fait rien qui ne soit adossé sur le consensus scientifique. En d’autres termes, s’il s’agit d’une guerre, elle n’est pas livrée avec des armes mais avec les moyens que connaît la médecine pour empêcher la contamination du pays tout entier. Agnès Buzyn, dans ce contexte, ne pouvait pas se présenter, au beau milieu de la bagarre, comme la citoyenne française qui a le mieux compris la signification de la crise avant tout le monde. Elle a été un grand médecin avant d’être ministre, mais elle n’est pas le seul médecin en France, et le gouvernement a voulu s’entourer des avis des meilleurs infectiologues, ce en quoi il a tout à fait raison, mais c’est peut-être ce qui ulcère l’ex-ministre.

Un manque de fidélité.

En outre, déclencher une polémique politique alors que l’exécutif a informé et consulté tous les partis sans exception, rouvrir un débat qui,  pratiquement, venait de se terminer, penser (curieusement) à se présenter comme une pythonisse quand il est temps de se moquer des ego, tout cela est insupportable. Une chose manque à la macronie, et c’est la fidélité. Et il est d’autant plus étrange que Mme Buzyn rejoigne ainsi, sans crier gare, le camp de la trahison que, jusqu’à présent, elle a fait preuve d’un sang-froid exceptionnel et maintenu le débat à son plus haut niveau possible. Il y a de quoi être déçu. La vérité, et on pourrait passer Mme Buzyn de nouveau à la question pour la contraindre à la dire, est que les inconnues de l’équation sont multiples : on ne sait pas comment le virus est arrivé, on ne sait pas qui est le premier individu contaminé, on a des tentatives de traitement (notamment à l’oxydochloroquine) insuffisamment testées, on n’aura pas encore de vaccin avant des mois ou même une année. Aucune des dispositions adoptées par le gouvernement n’est absolument sûre, aucune n’est néfaste. La ligne mise en œuvre est la plus humaine, la plus plausible, mais il y a d’autres lignes possibles, celle des Britanniques par exemple, qui envisagent le laisser-faire. Il s’agirait de laisser le virus se répandre et, comme 80 à 85 % des personnes infectées ne souffrent pas de la maladie, le Covid-19 finirait pas disparaître, n’ayant plus personne à contaminer.

Croche-pieds et coups au ventre.

Les Français accepteraient-ils cette solution qui ferait des milliers de malades graves et des morts (les 15 % sensibles au virus) ? Je ne crois pas. Toutes les imprécations, tous les défis au pouvoir, toutes ces petites querelles sur ce qui a été dit ou pas le 10 ou le 30 janvier, tous ces vieux réflexes de dénonciation d’un pouvoir qu’il faut à tout prix condamner, clouer au pilori et déshumaniser, tout ce qui se dit dans la plus parfaite des irresponsabilités, tout ce qui poursuit tranquillement son petit bonhomme de chemin, en faisant des croche-pieds et en donnant des coups au bas-ventre, tout cela n’a rien à voir avec le danger, la guerre et les enjeux. C’est tout simplement minable de s’en prendre à des hommes politiques confrontés à une crise sanitaire : ils font leur boulot dans un domaine où ils n’ont pas vraiment de compétence. Je ne sais pas ce qui s’est passé avec l’habituellement digne Agnès Buzyn, mais elle est passée chez les cloportes.

RICHARD LISCIA

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 » Nous sommes en guerre « 

Macron hier
(Photo AFP)

Il y avait, dans le discours d’Emmanuel Macron hier soir, une forte dramatisation de la crise due au coronavirus et un appel du président au peuple pour que celui-ci, de gré ou de force, contribue à l’application de la méthode de confinement mise en œuvre  par l’État pour juguler la contagion  générale.

LA POLITIQUE en France va faire une longue pause, sans doute jusqu’à la fin du printemps et peut-être au-delà. Toute l’énergie de l’exécutif va être consacrée à la « guerre » contre la maladie, la coercition, l’information, les moyens financiers (le président a parlé de 300 milliards pour soutenir l’économie, notamment pour payer les salaires des travailleurs qui, affirme-t-il, ne doivent pas être licenciés, et financer les retards consentis au paiement des charges sociales et aux impôts exigés des entreprises). La question épineuse des élections municipales a été réglée par un consensus entre la majorité et tous les partis : les acquis du premier tour de dimanche dernier seront conservés : sur les 35 000 communes françaises, 30 000 ont déjà élu leur maire et le second tour, qui a été reporté et n’aura pas lieu avant le mois de juin, élira les maires actuellement en ballottage.

Des militaires dans les rues.

« Nous sommes en guerre », a réaffirmé le président de la République à plusieurs reprises. Il ne l’a pas fait pour épouvanter la population mais pour la discipliner, car elle semble avoir largement ignoré le contenu du discours qu’il a prononcé jeudi dernier, 12 mars, et qui est resté sans effet. Agacé par la nonchalance d’un public qui s’est promené dans les rues des grandes villes dimanche dernier sans respecter aucune des consignes des pouvoirs publics, il a indiqué que des militaires seraient chargés de surveiller les passants qui n’ont rien à faire dehors et  n’auront pas, au préalable, rédigé leur propre attestation de sortie pour de bonnes raisons (s’approvisionner, allez chez le médecin ou le pharmacien, travailler dans un bureau qui ne recourt pas au télétravail). En gros, il leur a fait comprendre que tout ce qui est fait dans le sens de la prévention concerne la protection des indisciplinés et ceux qu’ils mettent en danger en s’approchant d’eux.

Une ambiance irréelle.

La France a aussi conclu un accord européen qui referme les frontières de l’espace de Schengen. La plupart des voyages en France et hors de France seront supprimés s’ils ne sont pas indispensables. On aurait pu obtenir davantage de mesures de l’Europe, forte seulement quand elle est unie et active, mais nous n’avons pas une seule seconde à perdre : nous devons juguler la pandémie le plus vite possible alors que nous ne disposons ni d’un vaccin ni d’un traitement. Dans ces conditions, il n’est pas utile d’évoquer avec nostalgie le rôle de l’Union européenne. Chacun des pays qui la composent doit, de toute façon, fournir les efforts de prévention que personne ne peut faire à sa place. La solennité du discours, la fermeté calme avec laquelle le chef de l’État l’a prononcé, l’ambiance irréelle qui a entraîné le passage du pays de la contestation politique à l’union contre le mal, tout cela a contribué à une prise de conscience populaire qui aurait dû avoir lieu dès vendredi dernier. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, s’attend à une baisse de 1 % du PIB cette année et à une dette publique qui dépassera les 100 % du PIB et va jusqu’à envisager une nationalisation des entreprises proches de la faillite.

Un peu de sérénité.

Il ne reste plus qu’à croiser les doigts et à nous retrouver le plus vite possible sur le versant descendant de l’épidémie, comme cela a été le cas pour la Chine, où le confinement a été imposé par la force. Mais l’intervention télévisée du président semblait indiquer que le coronavirus a influencé le destin politique du pays. La consultation systématique des partis, de leurs chefs, des médecins et des chercheurs montre que, en cas de crise grave, aucune décision ne sera acceptée si elle ne résulte pas d’un accord entre majorité et oppositions. En outre, une telle décision sera d’autant plus efficace qu’elle ne pourra pas être contestée. Il est d’ailleurs significatif que M. Macron ait gelé la réforme des retraites. Pendant quelques mois, le temps d’en finir avec la menace infectieuse, le gouvernement évitera à tout prix de semer la colère dans le public. Nous nous serions bien passés de cette épreuve qui nous empêche de vivre librement, de produire et de voyager. Mais il faut reconnaître qu’elle a au moins un effet positif : en réduisant le nombre de nos querelles internes et en nous dédiant à un effort unique, elle nous aura conduits, gouvernants et gouvernés, à un peu de sérénité.

RICHARD LISCIA

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Virus : municipales torpillées

Philippe en ballottage
(Photo AFP)

Le premier tour des élections municipales aura été une parodie de scrutin : l’abstentionnisme a atteint 54,5 % pendant que les électeurs, tirant profit d’une belle journée, se promenaient dans les rues, sans tenir compte des consignes sanitaires du gouvernement et du corps médical.

EMMANUEL Macron et Édouard Philippe en ont conçu une belle fureur et décidé d’accentuer les « gestes-barrières », le confinement des familles, l’interdiction de sortir sans bonne raison. En même temps, les milieux médicaux soulignaient l’aggravation de l’épidémie, avec un nombre de cas en hausse et un nombre de décès également plus élevé. Jusqu’à présent, les consignes de confinement ont été traitées par l’indifférence, ce qui n’a pas empêché nos concitoyens de se ruer sur les supermarchés pour faire le plein de victuailles et d’objets de première nécessité, au mépris du risque de contagion. Le pire, c’est la ruée sur les carburants, qui pourtant ne manquent guère. Encore un symptôme du bouleversement de la pensée  populaire, limitée par l’ignorance et par le refus de s’adapter aux conditions de vie que nous impose le virus.Le pessimisme qui a saisi la classe politique dimanche a créé une sorte de consensus : tout le monde souhaite que le second tour des municipales soit reporté. L’exécutif ne devrait donc pas rencontrer des difficultés pour faire appliquer une éventuelle décision à ce sujet, sauf que d’aucuns posent leurs conditions : tous veulent que cela aille très vite, Marine Le Pen veut conserver les villes acquises par le Rassemblement national au premier tour et Rachida Dati exige que le pouvoir prenne sa décision immédiatement. Un nouveau Conseil de défense se réunit aujourd’hui à l’Élysée et le président de la République, de nouveau, va prononcer ce soir à 20 heures un discours dans lequel, loin de partager son chagrin avec le peuple, il va le semoncer.

Une versatilité partagée.

Quoi qu’il en soit, les résultats du premier tour indiquent une progression du Rassemblement national et des écologistes, le maintien de LR sur ses positions, un affaiblissement inévitable de la République en marche, même au Havre où Édouard Philippe arrive en tête mais aura du mal à vaincre le communiste qui brigue la mairie avec le soutien d’une coalition. À Paris, Anne Hidalgo semble assurée d’obtenir un nouveau mandat, malgré la hargne de Rachida Dati et la bonne campagne qu’a faite Agnès Buzyn.  Le report probable du second tour pose en outre des problèmes d’organisation, de droit constitutionnel et d’exercice de la démocratie. Le virus étant passé par là, la France est confrontée à à une équation électorale qui n’a que peu de précédents pour cause d’encombrement du calendrier électoral. Chaque fois qu’un report a été décidé, le pays s’y est préparé longtemps à l’avance et non dans la panique. De toute façon, un projet de loi est nécessaire. La question portant sur les élus du premier tour doit être examinée par des juristes constitutionnels. On remarquera en tout cas que les partis d’opposition, qui réclamaient le maintien des deux tours samedi encore, ont brusquement changé d’avis dimanche, parce que les informations sur l’épidémie sont devenues très alarmantes. Ils accusaient le gouvernement de vouloir escamoter un rendez-vous électoral qui ne lui est pas favorable, ils l’accusent aujourd’hui de ne pas savoir ce qu’il veut. Mais lequel d’entre nous sait ce qu’il veut ? La versatilité est très largement partagée dès lors que le sujet est traité par l’ignorance, alors que seule la médecine française peut nous dire ce qu’il faut faire à chaque instant.

Le fléau fait un miracle.

Derrière l’épidémie, sans doute la plus grave depuis la grippe de 1918, qui a fait des millions de morts, aucun gouvernement français n’a été confronté à un problème d’une telle ampleur. Mais on voudrait quand même que celui d’Édouard Philippe ait réponse à tout : qu’il jugule l’épidémie, même si les Français sont de toute évidence très indisciplinés et se conduisent d’une manière égoïste, qu’il organise un premier tour, mais pas le second, qu’il perde le scrutin, même s’il n’a pas tout à fait eu lieu. Entretemps, les griefs classiques contre le pouvoir ont disparu. Miracle produit par un fléau à la fois mystérieux et terrifiant. Mais bon, on n’est pas à court de critiques. Voilà que le report du second tour, un casse-tête juridique, permet de retrouver du souffle pour brailler. Ceux qui n’ont pas voté et sont allés se promener estiment sans doute qu’ils ne sont pas suffisamment protégés par ce pouvoir et par le système médical français.

RICHARD LISCIA

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