Une France inégalitaire

Gérald Darmanin
(Photo AFP)

Une toute récente étude de l’INSEE montre que les inégalités se creusent en France, le nombre de personnes situées en dessous du seuil de pauvreté ayant légèrement augmenté, de 0,6 %, à 14,7 % de la population, soit 9,3 million de personnes qui déclarent un revenu disponible inférieur de 60 % au revenu médian.

L’INSEE attribue cette augmentation à la hausse du revenu médian qui, par contrecoup, a tiré nombre de foyers vers le bas. Mais selon les experts, le phénomène s’explique aussi par la baisse du montant des allocations logement. Il n’est pas utile de souligner l’énorme distance qui existe entre un revenu moyen ou bas et le prix d’un loyer ou de l’achat d’une maison. C’est un mal national qui, depuis des décennies, affecte le bien-être des familles et surtout celui des enfants. On salue la baisse des taux d’intérêt, censée favoriser les transactions immobilières, mais elle a été largement compensée par la hausse des prix des logements. Ce que l’acheteur ne donne plus aux banques, il le donne au vendeur.

Une crise inexplicable.

Bien qu’il soit comparable à celui des autres pays industrialisés, le taux de pauvreté en France est difficilement explicable dans un pays où, peu ou prou, l’éducation, la santé sont gratuites et où existe un système de retraites qui a peut-être besoin d’être réformé mais qui a assuré, jusqu’à présent, une vie décente à beaucoup de retraités sinon tous.  Que le gouvernement actuel s’efforce de contenir les dépenses sociales, que M. Macron s’indigne du montant des dépenses sociales, qui est très élevé mais n’apporte pas toujours la satisfaction des besoins les plus élémentaires, explique les projets de réforme. La première moitié du mandat d’Emmanuel Macron a montré que, en l’occurrence, réformer risque d’appauvrir davantage. Dans leur recherche des « niches » qu’ils veulent abolir pour que l’État fasse des économies, les spécialistes de Bercy ont été souvent amenés non seulement à priver leurs concitoyens de ressources nécessaires, mais à provoquer une crise sociale dont les violentes manifestations des gilets jaunes ne sont que la pointe de l’iceberg.

Un écartèlement.

Depuis quelques mois, Emmanuel Macron et son gouvernement ont changé de politique et tentent de rendre du pouvoir d’achat aux Français. Ils l’ont fait notamment par le biais d’une baisse de l’impôt sur le revenu, alors que les 9 millions de pauvres ne le paient pas. En outre, leur nouvelle politique socio-économique ne saurait se contenter de supprimer les hausses d’impôt antérieures. Si on veut sortir plus de gens de la pauvreté, il faut soit leur donner un emploi, soit leur apporter une aide financière. Ce qui rend perplexe, c’est l’écartèlement de nos têtes pensantes entre l’objectif d’équilibrer (un jour) les comptes publics, ce à quoi Gérald Darmanin, le ministre chargé de la tâche, s’emploie avec constance et fermeté, et ce qui implique un programme d’austérité pour sortir les pauvres de la panade avant qu’ils n’explosent de colère, et un autre objectif : la distribution de largesses dont l’État n’a pas le premier centime.

Au milieu du gué.

On notera que le gouvernement et la majorité ont augmenté la CSG pour les retraités tout en abolissant la taxe d’habitation pour les plus modestes, qu’ils ont diminué l’impôt sur le revenu tout en réduisant l’allocation logement, qu’ils éliminent les impôts minuscules et ridicules dont le recouvrement est plus cher que le montant obtenu, que la dette nationale atteint 100 % du produit intérieur brut, mais qu’on nous promet sa réduction dans les années qui viennent, que le budget de la Défense augmente chaque année sensiblement mais que le système de santé est menacé d’asphyxie, faute de moyens et de personnels malgré des promesses d’augmentations budgétaires. Le pouvoir, aujourd’hui, est au milieu du gué, avec un projet de budget pour 2020, qui reflète le yin et le yang de la crise nationale : on ne peut pas tout faire à la fois et la réforme, pourtant si nécessaire, crée plus de mécontentements qu’elle ne normalise nos structures sociales.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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Europe : sombre contexte

Un couple fragilisé
(Photo AFP)

Angela Merkel et Emmanuel Macron se rencontrent aujourd’hui à Toulouse pour préparer le prochain sommet européen. Leur objectif est d’aplanir les différences franco-allemandes avant de commencer à s’attaquer aux crises dont souffre l’Union européenne.

LE PRÉSIDENT de la République n’a pas aimé du tout que sa candidate au poste de commissaire européen, Sylvie Goulard, ait été récusée par le vote de deux commissions d’eurodéputés. Il n’a pas hésité à accuser Manfred Weber, député européen, d’avoir mené la cabale contre Mme Goulard. Il est d’autant plus furieux qu’il a beaucoup de mal à proposer un candidat français alternatif. Ce n’est certes pas la première fois que la France et l’Allemagne se querellent. Mais, cette fois, elles ont besoin plus que jamais de s’entendre. La crise déclenchée par le Brexit, qui semble s’apaiser à la dernière minute (un accord serait possible avant le 31 octobre, date fixée par Boris Johnson, le Premier ministre britannique), l’offensive lancée par la Turquie contre les Kurdes de Syrie et le risque d’une recrudescence du terrorisme au Proche-Orient et en Europe, le démantèlement par Donald Trump, des accords commerciaux entre les États-Unis et le Chine et entre l’Europe et les États-Unis, le contexte est sombre. D’autant que les remèdes envisagés dans tous ces chapitres ne sont pas à la hauteur des maux.

Quelques différends.

La chancelière et le président sont des dirigeants assez fins et subtils pour ne pas aggraver le scepticisme européen par un conflit diplomatique entre la France et l’Allemagne qui priverait l’Union d’un leadership stable et éprouvé. Mais le vote qui a évincé Sylvie Goulard a surpris et choqué M. Macron qui ne supporte guère que le « nouveau monde », celui dont il a été le premier à annoncer l’avènement, se retourne contre son inventeur. Dans cette affaire, il appartient à Mme Merkel d’apaiser le chef de l’État français, étant entendu que, de toute façon, le nouveau commissaire européen qui prendra le relais de Mme Goulard sera français. Mais les différends franco-allemands s’étendent à des sujets encore plus graves. Par exemple, la politique dite accommodante de la Banque centrale européenne qui continue à jouer sur la baisse des taux, ce qui irrite énormément les épargnants allemands et inquiète les économistes. Il sera en outre très difficile de trouver autre chose que des points communs de principe entre Paris et Berlin au sujet de la Turquie, très bonne cliente des armements allemands. Enfin la guerre commerciale que Trump mène contre l’Union européenne ne peut entraîner que des représailles du même genre, ce qui ne convient pas forcément à l’Allemagne.

Un paysage brumeux.

Emmanuel Macron n’est jamais autant à l’aise que lorsqu’il doit affronter une crise. Il est donc moins déçu par les revers européens que désireux de les traiter. Il pousse au rassemblement des bonnes volontés en espérant démontrer aussi vite que possible que l’Union a les moyens de se faire respecter et de déjouer les projets américains, turcs ou russes. Dans un paysage brumeux et inquiétant, on ne peut que lui souhaiter beaucoup de courage. Il en a, mais manifestement il est aussi impopulaire dans certains milieux européens qu’il l’est en France. Cela est dû à un fait simple : il ne peut exprimer son activisme qu’en se référant à sa propre autorité. Le Parlement européen, fier de ses prérogatives, n’a aucune envie de lui faire allégeance. Enfin, la conduite des affaires européennes soulève de vives protestations. Un exemple : l’immigration, que les pays de l’ouest de l’Europe veulent encadrer mais dont les pays de l’est ne veulent même pas entendre parler.

RICHARD LISCIA

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Syrie, ou le Grand-Guignol

Bachar à Damas en mai
(Photo AFP)

Les troupes turques progressent à l’intérieur du territoire syrien, provoquant un exode des civils, des destructions considérables, des morts et des blessés. Abandonnés par toutes les puissances, les Kurdes ont passé précipitamment un accord avec Bachar Al Assad pour qu’il envoie des troupes à la rencontre des forces turques.

C’EST un acte désespéré qui ne donnera aucun répit aux Kurdes, ce peuple qui vit dans quatre pays différents mais n’a pas le sien. En trahissant cyniquement les Kurdes, Donald Trump croyait apporter la preuve à ses électeurs qu’il  n’enverrait plus jamais des boys se faire tuer à l’étranger. Le tollé qui a suivi sa décision le plonge dans l’embarras. Il tente de faire bonne figure en menaçant de détruire l’économie turque. Sa crédibilité est nulle. Quand le bilan de l’opération turque sera dressé, Trump apparaîtra comme ce qu’il est : un président d’une lâcheté inouïe, totalement insensible à la souffrance d’un peuple qui a pris les armes pour aider l’Amérique dans sa lutte contre le terrorisme. Mais son indifférence à l’égard des Kurdes, il la partage avec les Européens, incapables de remplacer les Américains sur le terrain car, comme Trump, ils font face à des échéances électorales et aux conséquences d’une confrontation avec la Turquie, qui dispose d’une armée puissante et d’une aviation moderne.

La chance de Bachar.

C’est Bachar qui doit se réjouir, car si ses militaires repoussent les Turcs, ce qui n’est pas sûr, il exigera des Kurdes qu’ils se soumettent à son autorité. Ils n’auraient pas alors d’autre choix que de lui obéir, de sorte qu’il aurait reconquis, avec l’aide des Russes, la totalité de son territoire, même si la présence russe en Syrie va se maintenir pendant des décennies. L’offensive lancée par Erdogan résulte de ses ambitions géopolitiques qu’il satisfait en répandant la mort. Il y a du nihilisme dans cette attitude, pas moins féroce ni insensible que celle d’un dictateur s’inspirant du nazisme. Mais la Turquie n’est pas l’Allemagne de 1940. Son économie est en récession, sa monnaie est dévaluée, le chômage est en progression, elle n’a pas les moyens de soutenir financièrement une guerre longue. Il ne suffit pas de la menacer de représailles commerciales ou financières, comme le fait Trump. Il faut la confronter à un corps expéditionnaire occidental dont la moindre victime serait un bon motif pour une lourde riposte. Erdogan n’est pas fou : s’il a demandé à Trump de retirer les deux mille hommes stationnés en Syrie, c’est pour être sûr de n’en tuer aucun. Les Kurdes, en revanche, sont de la chair à canon.

Le malheur kurde.

On répète partout que, lorsque Barack Obama a décidé de ne pas intervenir en Syrie, il a ouvert la boîte de Pandore et qu’il est responsable aujourd’hui du malheur kurde. Obama a certainement contribué au maintien de Bachar à Damas et a ouvert la voie aux Russes pour qu’ils s’installent durablement en Syrie, où ils possèdent plusieurs bases qui leur offrent un accès stratégique à la Méditerranée. Mais il n’aurait pas abandonné les Kurdes à leur sort. Cela fait des années que les États-Unis tentent de sortir des guêpiers du Moyen-Orient et Obama a été le premier à instaurer un dialogue avec les ennemis arabes ou musulmans de l’Amérique. Dans la politique de Trump, il y a donc une continuité isolationniste, même si rien d’autre ne rapproche les deux hommes. Le bilan de cette diplomatie vouée à désengager les États-Unis est tout simplement désastreux. L’Amérique est encore plus vilipendée pour ne rien faire aujourd’hui que pour avoir attaqué inutilement l’Irak en 2003. Simultanément, l’Europe assoupie se rend compte qu’elle ne peut pas prendre le relais alors que 2 000 soldats venus de l’Union européenne avec du matériel moderne suffiraient à tenir Erdogan en respect.

Dans ce Grand-Guignol sanglant, il y a d’autres marionnettes : l’Iran et son Hezbollah, qui menacent Israël, Daech et ses sicaires sanguinaires, les Russes qui touillent cette boue de bombes, de cadavres et de pierres avec un inexprimable bonheur, celui d’un régime totalement illégal qui a besoin de ses atroces victoires pour survivre. Un jour peut-être Moscou et Ankara règleront leurs comptes, ce qui se traduira par la chute d’Erdogan ; un jour peut-être, Bachar sera assassiné ; un jour, une nouvelle grande puissance émergera. Mais à tous ceux qui nous disent qu’on ne fait pas une politique étrangère avec de bons sentiments, je réponds que, si une action militaire n’est pas soutenue par le droit, ce sera pour nous tous le retour à la préhistoire.

RICHARD LISCIA

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Le sacre de Jacob

Christian Jacob
(Photo AFP)

Christian Jacob a été élu président des Républicains dès le premier tour, avec 62, 58 % des voix, devançant, et de loin, Julien Aubert (21 %) et Guillaume Larrivé (16 %). Il va donc quitter la présidence du groupe LR à l’Assemblée et tenter de redresser un parti divisé et en perte de vitesse.

LES CASSANDRE de studio s’interrogeaient, encore hier soir, à quelques heures de l’annonce des résultats, sur la capacité de M. Jacob à vaincre ses deux rivaux dès le premier tour. Ils voyaient LR tellement à bout de souffle, tellement écartelé entre divers courants idéologiques et tellement désemparé que le parti, qui a perdu quelque cent mille adhérents, aurait préféré les compétiteurs de M. Jacob. Fidèle historique de Jacques Chirac, il est récompensé pour un travail constant, notamment à l’Assemblée, où il a pris la tête de l’anti-macronisme, même s’il l’ a fait sans charisme notable. Le choix de LR n’est pas mauvais en ce sens qu’il assure au parti un minimum de stabilité dans un parcours jalonné d’échéances électorales et où sont portés des coups féroces. Et comme il ne s’engage que contre la majorité, il fera le bonheur des tous ceux qui apportent leur propre nuance à l’idéologie de droite.

Fils de Chirac.

On a répété à l’envi  que le nouveau président de LR a l’avantage énorme de ne pas être candidat à la présidentielle de 2022. Il a moins de trois ans pour changer d’avis et il en changera s’il s’impose dans la fonction qu’il occupe depuis aujourd’hui. En outre, personne ne peut dire que, dans le système de la Ve République, le président d’un parti n’est pas nécessairement le candidat « naturel » de ce même parti. Il suffit aux Républicains de regarder autour d’eux ou de consulter  les livres d’histoire pour constater que la seule exception à la règle fut Emmanuel Macron qui a été élu président tout en constituant un nouveau parti politique fondé sur le « en même temps » et sur le « de droite et de gauche ». Quoi qu’il en soit, il nous semble évident qu’une formation politique doit être dirigée par un homme (ou une femme) assez fort pour diriger le pays éventuellement. LR, c’est l’ancienne UMP ou  l’ancien RPR aux mains d’hommes comme Chirac ou Sarkozy. M. Jacob a baigné toute sa vie dans cette atmosphère virile et combative. Il ne peut pas trop la désavouer.

Un rassembleur ?

Il est donc probable que LR, le moment venu, élira un candidat à la présidence, ce qu’a fait le PS en 2012 et qui a permis à François Hollande, contre toute attente, d’entrer à l’Élysée. Fut-ce un bon choix ? On peut toujours en faire de meilleurs et on ne peut pas tirer la leçon de l’expérience hollandaise, qui a été courte et pas particulièrement brillante. Mais prenons M. Jacob pour ce qu’il veut être : un rassembleur. Au moment même où il était élu à la tête de son parti, l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin quittait LR, ainsi que Jean-Pierre Grand, sénateur de l’Hérault. Comment le nouveau président ramènera-t-il dans le giron du parti ces électrons libres que sont Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, alors que, de toute évidence, ils ont un agenda personnel bien différent de celui de LR ? Comment réussira-t-il à rassembler les libéraux, les LR séduits par le Rassemblement national, ceux qui, nombreux, sont intéressés par Macron, les chiraquiens, les sarkozystes, les ultras, les conciliants ?

Bâtir un programme.

Il ne s’agit pas de convaincre celui-ci et celui-là, il s’agit de mettre en place une charte, un credo, une ligne de conduite qui soit signée par tout le monde à la fois. La perplexité idéologique est ce qui a valu au parti de perdre des adhérents, de se lancer dans une surenchère peu glorieuse (car elle n’était soutenue par aucun programme spécifique), de hurler avec les loups de l’extrême droite et même de trouver à Jean-Luc Mélenchon au moins une qualité : celle de se dresser contre le pouvoir honni. Christian Jacob a beaucoup participé à la chasse à courre contre Macron, en tant que chef de la droite à l’Assemblée. C’était une vertu aux yeux de ses amis, mais pour tous les autres, c’était la froide vengeance du parti battu deux fois, en 2017 et cette année aux européennes. Cette stratégie n’était pas la bonne puisqu’elle a échoué et que, pour l’instant, c’est LR qui cherche ses déserteurs. Dans les jours qui viennent, il faudra commencer à bâtir un programme. Ce qui est plus difficile.

RICHARD LISCIA

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Un camouflet pour Macron

Sylvie Goulard en 2017
(Photo AFP)

Candidate au poste de commissaire européenne à l’Économie, Sylvie Goulard a été recalée par 82 voix contre 29, sur un total des deux commissions parlementaires de 112 eurodéputés. C’est un affront direct à Emmanuel Macron qui avait donné un choix entre trois candidats français à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission. La fureur du président de la République n’a d’égale que sa perplexité.

LA PERSONNALITÉ de Mme Goulard, qui vient du MoDem, n’est pas vraiment en cause. C’est une femme très compétente dotée d’un sens élevé de ses obligations éthiques. Nommée ministre de la Défense en juin 2017, elle a démissionné dès qu’elle a su que la justice s’était emparée de l’affaire des emplois fictifs au Parlement européen, entraînant aussitôt celle de François Bayrou et de Marielle de Sarnez. Pourquoi le chef de l’État a-t-il pensé que, si Mme Goulard ne pouvait pas devenir ministre, elle pouvait être commissaire européenne ? La question ne serait mystérieuse que si M. Macron n’avait pas proposé trois noms, dont celui de Mme Goulard, à Ursula von der Leyen, laquelle a aussitôt insisté pour que l’éphémère ministre fût notre candidate nationale. Beaucoup de personnalités dans son entourage, dont François Bayrou, l’ont pourtant averti qu’il faisait un choix aux conséquences périlleuses. En même temps, les élus européens se sont indignés de ce qu’on leur proposât comme commissaire une candidate qui ne faisait pas l’affaire comme ministre.

L’erreur d’Ursula.

Le président de la République, leader auto-proclamé de l’Union européenne (depuis qu’Angela Merkel donne des signes de faiblesse) a cru que son autorité personnelle s’imposerait aux députés européens, ce qui est toujours le cas, sauf cette fois-ci. C’est l’alliance de la gauche et de la droite plus l’extrême droite qui a eu raison de Sylvie Goulard. Mme von der Leyen ne pouvait pas savoir que les batailles politiques françaises se poursuivent maintenant à Bruxelles. Quelques élus mal intentionnés à l’égard de M. Macron ont voulu lui donner une claque. Mais ils n’auraient pas été capables de le faire si Mme Goulard n’avait des démêlés à la justice. Que la présidente de la Commission ait voulu passer l’éponge, c’est certain, mais elle ignorait le degré de haine que le président français inspire à ses diverses oppositions.

Le mal est fait.

Le scandale est donc partout, parce que M. Macron n’a pas écouté des avis plus sages que le sien, parce que Mme Goulard aurait pu éviter l’épreuve de ses deux auditions, parce que les oppositions nationales se sont réunies, contre toute affinité idéologique, pour donner une leçon au pouvoir, avec le soutien des Allemands qui auraient tout simplement souhaité que Manfred Weber fût candidat à la place de Mme Goulard. La poursuite de nos guerres civiles au-delà de nos frontières est inacceptable. Dans la rancune, dans le ressentiment contre Macron, dans cette façon désordonnée de torpiller tout ce que fait un gouvernement disposant d’une large majorité, on voit aussi un mépris de la démocratie parlementaire. Au final, en effet, Sylvie Goulard méritait ce poste, de la même manière qu’elle aurait pu être ministre de la Défense il y a deux ans. C’est le règne de la chicaya à la mode bruxelloise et cela ne grandit ni le président ni ses adversaires qui, manifestement, préfèrent le désordre à la bonne santé du pays.

Le mal est fait, parce que l’autorité de M. Macron en Europe est affaiblie, parce que la peine appliquée à Sylvie Goulard est plus sévère que celle que la justice s’apprête à décider. La France va proposer un autre candidat, qui pourrait être Michel Barnier, l’excellent (et ferme) négociateur du Brexit. Pour quelque raison qui a sans doute un rapport avec les gilets jaunes, l’atmosphère politique nationale est devenue irrespirable. Avant le vote, un texte avait circulé au Parlement européen où était proclamé : « Nous allons la flinguer ! » Macron est persuadé qu’il est victime d’un « complot » de l’opposition. Mais il s’agit en vérité d’un complot permanent, les forces de l’opposition se réunissant systématiquement pour faire obstruction au président.

RICHARD LISCIA

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Terreur tous azimuts

Larrons en foire
(Photo AFP)

La qualité de terroriste est étendue à des personnes qui ne la méritent pas : en Syrie, on dénonce le terrorisme pour mieux assassiner des civils. Ces crimes de masse ne risquent pas d’être sanctionnés quand règne une confusion ardemment alimentée par les chefs d’État eux-mêmes, qu’il s’agisse du président turc ou du président américain.

UN OU DES néo-fascistes ont attaqué une synagogue hier à Halle non loin de Leipzig. Les agresseurs ont sans doute voulu renouveler l’exploit de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, ou des terroristes ont fait un carnage dans une mosquée. A Halle, ils ont trouvé porte close, les quelque 80 fidèles qui célébraient Yom Kippour s’étant barricadés. L’agresseur, dépité, s’est donc contenté de tuer deux passants et de tirer sur un kebab. Il a été arrêté. Non seulement il est antisémite, mais il est bête. Faute de tuer des juifs, on tue n’importe qui.  Ce qui montre bien que nous sommes tous en danger, Français ou Allemands, juifs, musulmans ou catholiques. Et que la première chose à faire pour réduire le nombre des attentats, c’est d’ignorer les motivations des assassins. Celui de Halle a prouvé que le plus important pour lui, c’est de tirer et non de servir une cause.

Nos amis les Kurdes.

L’autre chose à faire, c’est combattre Daech et Al Quaïda là où ils sont. En Syrie, nous (les Occidentaux) avons des alliés, les Kurdes qui ont perdu des milliers de combattants et combattantes dans la guerre contre ces deux centres du terrorisme. Organiser la débandade des Kurdes dans le Nord de la Syrie, c’est s’assurer que les quelque 10 000 terroristes qu’ils détiennent seront libérés et iront dans la nature à la recherche d’un mauvais coup à faire. Ces amis chers, qui paient leur liberté avec leur sang, Donald Trump vient de les laisser tomber. Il a donné le feu vert au président turc, Recep Yassip Erdogan pour qu’il lance une grande offensive contre les Kurdes de Syrie. Il a changé d’avis, mais trop tard. Les blindés et avions turcs ont déjà fait des morts chez les civils. Trump est donc revenu à son idée première, qu’il a justifiée en rappelant que les Kurdes n’ont pas aidé les Américains pendant la seconde guerre mondiale. Ne lui dites pas que, entretemps, de l’eau a coulé sous les ponts, de toute façon, il trouve toujours une raison bizarre pour se justifier.

Lâcheté occidentale.

Quel constat ces faits nous inspirent-ils ? Le constat de l’indifférence, de la duplicité et de la lâcheté de nos dirigeants et de nos peuples. À observer simplement ce qui se passe ici et là, on ne trouve aucune détermination à combattre le terrorisme alors qu’il fait peser sur chacun d’entre nous un danger mortel. Trump n’a pas de mal à souligner que les Européens n’ont qu’à prendre le relais des Américains en Syrie. Emmanuel Macron aura beau réclamer une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, ses efforts resteront lettre morte s’ils ne sont pas accompagnés d’un engagement militaire de l’Europe. Les crimes commis en France, les procès auxquels ils donnent lieu, la réaction de nombreux musulmans qui consiste à dénoncer le durcissement de l’opinion française à leur égard avant même de condamner les terroristes issus de leurs rangs nous rappellent le titre d’une émission de télévision : « Ça se discute ». On discute du terrorisme comme s’il avait des aspects excusables. Un certain Hadama Traoré, ex-candidat aux municipales, voulait qu’hier une grande manifestation fût organisée à la mémoire de Mickaël Harpon ! La folie, le monde à l’envers, la basculement des valeurs qui fait que la vie ne compte plus. Bien sûr, la manifestation n’a pas eu lieu et Traoré a été placé en garde à vue.

Mais pourquoi Traoré devrait-il se taire quand Trump  fait un geste propice à l’extermination des Kurdes ? Les États-Unis ont un président qui se conduit comme un voyou quand il s’agit pour lui d’échapper à la procédure d’impeachment, qui n’a pas le moindre respect pour ses adversaires démocrates, les femmes en premier lieu, et qui change d’avis en une heure sur une question de vie ou de mort concernant des millions de personnes. Cet homme, qui n’arrête pas de bomber le torse, qui a gonflé son budget militaire, ce qui ne lui permet même pas de résister aux manœuvres de la Turquie, qui n’a même pas calculé, pour son pays, les conséquences de l’irruption des Turcs en Syrie, cet homme-là trahit la République qu’il dirige. Et il la déshonore.

RICHARD LISCIA

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Immigration : tout refaire

L’éloge funèbre des victimes
(Photo AFP)

L’assassin de la préfecture de police de Paris n’était pas un immigré, mais un Français de la Martinique. Le problème de l’immigration, de nouveau soulevé lundi par le Premier ministre réside donc dans l’adhésion d’une minorité dangereuse, mais infime, aux thèses de l’islamisme radical. Les pouvoirs publics n’ont pas la moindre idée de la méthode à appliquer pour le résoudre.

ÉDOUARD PHILIPPE a déclaré qu’il n’était pas hostile à la création de quotas, système de comptage destiné à juguler le flux migratoire. Il n’a même pas été approuvé par la droite. L’idée que nous pourrions choisir nos immigrants, clandestins compris, est absurde, alors qu’ils se présentent aux frontières dans un état physique et moral qui exige des soins d’urgence et un minimum de solidarité humaine. De la même manière, traiter la religion musulmane par l’ostracisme ne peut conduire qu’à une crise humanitaire. D’abord parce que la très grande majorité des musulmans ne risque pas de basculer dans l’islamisme, même si c’est le cas de Mickaël Harpon. Ensuite parce que la stigmatisation d’une religion qui compte des millions d’adeptes en France nous conduirait rapidement à une guerre civile ou à une société totalitaire. Le terrorisme est un phénomène d’une gravité qui n’a pas besoin d’être soulignée, mais il n’est pas nécessaire d’abandonner la démocratie et le droit pour le combattre.

Les « failles » de l’État.

Le débat prévu à l’Assemblée pour revoir nos procédures d’immigration, bien que nous ayons déjà adopté une loi asile/immigration, ne portait pas sur la place de l’islam en France, et pas davantage sur sur les dérives terroristes. Le quadruple crime de la préfecture l’a rendu obsolète. Le premier élément d’analyse concerne le niveau auquel la crise migratoire doit être traitée. Le niveau national est insuffisant, la plupart des problèmes posés nécessitent une réponse européenne. C’est en durcissant les règles qui régissent l’accueil des immigrés à l’échelle européenne que nous parviendrons à stabiliser le flux. Le deuxième élément, c’est la sécurité nationale. Même Christophe Castaner a reconnu des « failles » dans le fonctionnement de l’État. Le moindre signal d’alerte doit être pris au sérieux car, ce qui est en jeu, c’est la vie des gens. Quitte à importuner, mais provisoirement, des personnes parfaitement innocentes. De même que tout voyageur doit passer un sas de sécurité fort désagréable, de même la police doit être en mesure de poser des questions à n’importe quelle personne, sans distinction de race ou de religion.

Respecter les innocents.

Certes, en recourant à des méthodes plus musclées, nous courons le risque de tomber nous aussi dans un système totalitaire. Mais pour combattre le terrorisme, nul besoin de changer nos lois. Le crime est toujours puni en démocratie et le terrorisme commet ou a l’intention de commettre des crimes. Nous ne sommes pas condamnés à rouler des yeux effarés et à chercher des formules de plus en plus provocatrices pour écrire l’état des lieux en France. Rien ne nous oblige à rejoindre massivement les théories jamais prouvées de l’extrême droite. Et le droit sera d’autant mieux protégé que le gouvernement échappera à la tentation d’une politique de force. Rien de mieux que des centristes pour faire régner l’ordre : quand ils sont au pouvoir, on ne les soupçonne pas, en général, d’installer une dictature. Il est vrai que le gouvernement actuel, « ni de droite ni de gauche », laisse à désirer. Il est vrai que la foule est toujours plus séduite par les méthodes arbitraires que par les patchworks complexes et bigarrés qu’on ne peut construire qu’avec une infinie patience. Mais la justice exige avec force que des criminels soient condamnés et des innocents respectés.

RICHARD LISCIA

PS- Pas de blog demain mercredi. Je vous retrouve jeudi.

 

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Le pouvoir décrédibilisé

Jours comptés pour Castaner
(Photo AFP)

L’attentat commis jeudi dernier à la préfecture de police de Paris était déjà en soi un désastre sécuritaire, mais il a été si mal géré par le gouvernement que ses conséquences politiques, notamment en ce qui concerne le contrôle de l’immigration, seront énormes.

EN L’ÉTAT actuel des informations tardives que le gouvernement a communiquées à l’opinion, l’auteur des quatre crimes s’appelle Mickaël Harpon, il était converti à l’islam depuis de nombreuses années, il se rendait régulièrement à la mosquée dans une tenue traditionnelle, il s’était réjoui publiquement de l’attentat contre Charlie-Hebdo, il a prémédité son agression puisqu’il est sorti de son bureau pour acheter deux couteaux, il a conversé avec sa femme, elle-même musulmane, par un échange de SMS multiples, puis il est passé à l’acte.  Le justice n’a pas jugé nécessaire de prolonger la garde à vue de l’épouse car les SMS ne décrivaient pas clairement les intentions de Harpon. Il demeure que, pendant plus de vingt-quatre heures, l’assassin a été considéré comme un homme tranquille soudain saisi par une folie meurtrière plutôt que comme un terroriste décidé à tuer des gens au hasard et à déstabiliser la société française.

Les déclarations précipitées de Castaner.

En d’autres termes, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, aurait mieux fait de se taire avant de disposer des éléments suffisants pour dresser le portrait de Harpon. Et s’il a fait des déclarations précipitées et fausses, entraînant la publication d’informations erronées, y compris dans mon blog de vendredi dernier, c’est parce qu’il tenait à rassurer l’opinion le plus vite possible. Les explications qu’il a données au sujet de la présence à la préfecture d’un individu incroyablement dangereux n’ont pas convaincu grand-monde. Un signalement, pourtant indispensable, n’a pas été fait au moment de la conversion de l’homme à la religion musulmane, un autre n’a pas été fait au moment où il se félicitait de l’attentat contre Charlie-Hebdo. Tout, dans cette affaire, ne relève pas de la responsabilité du pouvoir actuel, mais, de toute évidence, le risque d’une présence d’assassins potentiels sur les lieux les plus sensibles de la République n’a pas été pris en compte depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence.

Appels à la répression.

M. Castaner sera entendu demain à l’Assemblée et jeudi au Sénat et on peut s’attendre à une vaste enquête sur tous les fonctionnaires qui ont un rapport, proche ou lointain, avec l’islam. Une telle enquête est nécessaire, elle n’est pas suffisante. Elle va se dérouler dans un climat de plus en plus tendu. Les forces de l’opposition se sont regroupées pour dénoncer le laxisme du gouvernement, à la fois dans sa politique d’immigration et dans sa surveillance des islamistes. Depuis samedi, les appels à la répression se multiplient. Elle apparait en effet comme le seul moyen d’éliminer les risques d’une nouvelle attaque contre les forces de l’ordre. Cependant, la lutte contre la radicalisation des islamistes est déjà bien engagée dans tous les lieux où ils pourraient contribuer à des attentats. En outre, l’idée d’une sorte de ratissage national qui aurait pour objectif de ramasser des islamistes et de les neutraliser (de quelle manière ?) est délétère et rappelle les pires moments de Vichy. Une démocratie gravement blessée finit par perdre ses repères. Il faut que le droit contrôle la nécessité, ce qui n’est pas simple. Car, quoi qu’on en dise, l’immense majorité des citoyens musulmans n’a pas d’autre ambition que de mener une vie tranquille.

Les élus voteront au nom des victimes.

Les échéances électorales aiguisent le débat politique. La moindre nuance politique apportée à des rafles de prévention sera considérée comme périlleuse pour la population non musulmane. Il suffit d’écouter les suggestions de l’extrême droite et de la droite pour s’en convaincre. Il est évident qu’après le carnage de la préfecture, l’opinion ne fera pas d’objection si le filtrage des terroristes est réalisé avec des méthodes non constitutionnelles. C’est assez dire que la tâche du gouvernement est accablante alors même que sa crédibilité, déjà entamée par diverses crises, est en perte de vitesse. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le remaniement de la politique de l’immigration telle que le souhaite le président de la République va se durcir à la faveur des débats parlementaires. Quatre morts, un blessé grave à la préfecture, c’est assez pour que les élus votent au nom des victimes.

RICHARD LISCIA

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La police frappée au cœur

Policiers en alerte
(Photo AFP)

Un agent administratif qui travaillait à la préfecture de police de Paris, a tué hier quatre de ses collègues au couteau et en a blessé un autre avant d’être abattu par un policier. L’homme n’avait aucun antécédent judiciaire et donnait satisfaction à ses supérieurs.

OUTRE LE DEUIL et le ressentiment, les premiers commentaires officiels sont extrêmement prudents. Le parquet anti-terroriste ne s’est pas saisi de l’affaire, mais pourrait le faire à partir de nouveaux éléments. Des informations sûres indiquent qu’il s’agit d’un Antillais qui s’est converti à l’islam il y a un an et demi, qu’il était marié à une musulmane, elle-même en garde à vue et qui l’a trouvé très agité la veille de ses crimes.  L’homme, âgé de 45 ans, était affecté de surdité et son élocution était difficile, ce qui limitait les rapports verbaux avec ses collègues, qui le jugeaient affable, amical et serviable. Spécialisé dans l’informatique, il avait accès aux secrets-défense.

Le danger est partout.

Ces éléments d’information sont insuffisants pour que l’on puisse déjà parler d’acte terroriste, même si on a assisté à beaucoup de crimes commis au nom de l’islam par des illuminés. Il est néanmoins probable que sa conversion l’a progressivement conduit à la radicalisation et, sous l’effet d’une psychologie quelque peu dérangée, à ses quatre assassinats. Le désastre n’en est pas moins consternant. Pour plusieurs raisons : d’abord la police a été frappée au cœur de la préfecture, censée être invulnérable ; ensuite, le profil du criminel n’offre aucune méthode pour renforcer la sécurité dans les locaux abritant les policiers : il est impossible de se méfier d’un individu qui a travaillé avec ses collègues pendant des années sans soulever le moindre soupçon. Sa conversion, sans nécessairement représenter une dérive quelconque, aurait dû toutefois alerter ses supérieurs. Encore que, à le harceler, on eût pris le risque de le marginaliser. Jamais, peut-être, un acte criminel n’aura produit dans nos services de sécurité et dans la population une telle prise de conscience : le danger est partout.

De sorte que les conséquences politiques seront inéluctables : les censeurs du pouvoir se hâteront, une fois de plus, d’exiger du gouvernement une politique migratoire beaucoup plus dure que la sienne et jetteront l’opprobre sur tous les musulmans de France, dont l’immense majorité n’a rien à voir avec les quatre assassinats d’hier. Il sera certes facile de rétorquer que l’homme en question n’était pas musulman au départ et qu’il était vraisemblablement dérangé, sans montrer les symptômes du déséquilibre psychologique. Quelques heures à peine après le quadruple crime, ses collègues disaient tout le bien qu’ils pensaient de lui.

L’opinion risque de basculer.

Mais bien sûr l’opinion ne se contentera pas d’une réponse limitée à « pertes et profits ». Elle ne deviendra pas fataliste. Elle demandera des comptes aux musulmans de France qui se plaindront à juste titre d’une suspicion qu’ils ne méritent pas. L’extrême droite va gagner des milliers de suffrages supplémentaires lors des prochains rendez-vous électoraux. Le climat général en France, déjà assombri par les inégalités sociales qui ont entraîné tant de troubles, s’en trouvera aggravé. On devine que la justice veut éviter d’associer  cette affaire au terrorisme. Mais il n’y a aucun risque à confier le quadruple assassinat au parquet anti-terroriste, quitte à changer de cap si de nouveaux éléments montrent qu’il s’agit de l’œuvre d’un homme qui a agi sous l’emprise d’une folie passagère.

RICHARD LISCIA

 

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La polémique Zemmour

Par qui le scandale arrive
(Photo AFP)

Lors d’une « réunion des droites », samedi dernier, sous l’autorité de Marion Maréchal, Éric Zemmour, essayiste, écrivain et journaliste, connu pour ses positions anti-islam, a prononcé l’un des discours les plus violents de sa carrière. M. Zemmour vient d’être condamné pour des propos du même genre et des organisations ont de nouveau porté plainte contre lui.

PLUS LEPÉNISTE que Le Pen : c’est ce que l’on pourrait croire en écoutant Éric Zemmour qui, la semaine dernière, a cru bon de se dépasser. Pourtant, la réunion de Mme Maréchal n’avait pas attiré les foules. Pour elle, il s’agissait seulement de trouver des points de contact avec la droite classique afin que le Rassemblement national obtienne davantage de suffrages aux prochaines élections municipales. Tout, dans ce que dit ou fait l’extrême droite, baigne dans l’hypocrisie. Marion Maréchal a quitté la scène politique, dit-elle, mais elle trouve des orateurs pour parler du « grand remplacement », le nouveau thème à la mode et le danger mortel que l’islam représenterait pour la France. Marine Le Pen laisse faire tout en affirmant que Marion est trop jeune pour nourrir la moindre aspiration. Le Rassemblement national continue à jouer les victimes : il serait ignoré par les médias, mais la chaîne de télévision LCI a retransmis la totalité du discours de M. Zemmour.

La faute de la télé.

D’où l’étendue de la polémique. Quand le RN cherche des voix, LCI cherche des téléspectateurs, sans même savoir quel peut être le contenu des discours qu’elle va diffuser. Dans ce petit théâtre parisien où l’extrême droite se gargarise de ses certitudes et applaudit Zemmour à tout rompre, il ne se serait rien passé si la télé n’avait été présente. M. Zemmour a le courage de son infamie. Il prend des risques considérables en provoquant sans cesse les musulmans dont il refuse de reconnaître la diversité. Il y a ceux qui s’intègrent et qui réussissent brillamment dans des arts multiples qui vont du cinéma à l’humour en passant par la littérature. Et il y a ceux qui ont une dent contre un pays dont ils pensent qu’il ne leur a pas fait la part belle. La vigilance à l’égard des plus dangereux d’entre eux ne signifie que la France va s’islamiser, ni que les hordes venues d’Afrique vont nous jeter dehors. Il s’agit là de fantasmes populaires, nourris abondamment par la perversité de quelques philosophes, trop heureux de se faire un nom en attisant la haine.

Batailles d’idées.

La politique étant de plus en plus judiciarisée et les gens demandant de plus en plus souvent des comptes, par voie de justice, aux polémistes, je crains pour ma part que la liberté d’expression en France soit fortement endommagée par les batailles d’idées. Ce ne sont pas, en effet, les idées qui font tant de mal, c’est leur diffusion dans l’opinion publique par des médias qu’excite tout espoir de scandale. Si bien que, au lieu de se dresser à chaque minute contre ce que disent un tel ou un tel, on ferait mieux de les laisser croupir dans leur univers dépressif . Je ne crois pas du tout que M. Zemmour soit sincère en toute occasion,  mais le faire taire en portant plainte ne présente aucun intérêt. D’abord parce qu’il continue à parler et ensuite parce qu’on ne s’oppose pas aux théories vouées à la réduction des libertés en commençant par la nier à ceux qui les exposent.

Le passé et le futur.

Tout cela, le discours de Zemmour, la dérive de l’entre-soi extrémiste, l’attitude de LCI, est très regrettable, surtout s’agissant d’un homme qui a mille raisons de combattre l’intolérance ordinaire et ne devrait pas souhaiter pour les musulmans ce qu’il ne souhaiterait pas pour lui-même. Pis, le RN fait de la contribution de Zemmour un triomphe pour l’extrême droite, car voilà bien un personnage assez cultivé pour connaître les racines du Rassemblement. M. Zemmour, comme s’il n’avait jamais entendu dire que la police française remettait des juifs aux nazis pendant l’occupation, est même allé jusqu’à prononcer quelques mots de commisération pour Philippe Pétain. Pourquoi le fait-il ? Pourquoi s’engage-t-il dans cette voie sinistre sinon parce que chaque mot d’insulte lancé à ce passé dont les Français juifs ont tant souffert le rend un peu plus populaire ? Il répète à l’envi qu’il est à l’aise dans le statut qu’il s’est forgé et qu’il ne lui a pas fallu renoncer à ses racines pour devenir le censeur numéro un de l’islam qu’il est aujourd’hui. Un jour, quand il aura triomphé, et empêché à lui tout seul, Superman de la philosophie, le grand remplacement, peut-être ses amis viendront-ils un matin le chercher pour l’emmener dans l’un de ces lieux qu’autrefois l’on appelait camps.

RICHARD LISCIA

PS-Je reviendrai demain sur l’attentat qui a fait quatre morts et un blessé à la préfecture de police de Paris et qui est d’une gravité insigne, car il va encore augmenter la suspicion à l’égard des musulmans et diviser encore plus l’opinion.

R.L.

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