Une planète à bout de souffle

Fragile splendeur du monde
(Photo AFP)

Aujourd’hui 28 juillet est le jour où la Terre a épuisé les ressources qu’elle a offertes à l’humanité pour l’année. Pour les cinq mois qui restent, nous allons dévaster un peu plus la planète.

INUTILE de rappeler qu’il n’y a qu’une planète Terre et que toute alternative relève du fantasme des films de science-fiction. Inutile de souligner la distance existant entre les formules des gouvernements et l’action qu’ils entreprennent pour modérer l’usure de cette vaste machine à oxygène et à bienfaits de toutes sortes. Inutile de dire que nous avons été prévenus. Inutile de remarquer que nous commençons à comprendre, à cause des sursauts  effrayants du climat, que nous sommes physiquement menacés.

Producteurs impénitents.

Et pourtant, notre lutte contre la pollution est de faible intensité. D’abord, la valeur numéro un reste la production. Nous n’arrêtons pas de transformer des minerais en objets de consommation, depuis le téléviseur jusqu’à la voiture. Ensuite, peu de gouvernements accordent leurs actes et leurs promesses. Il suffit de noter cet épisode d’une Russie refusant de vendre son gaz et provoquant en Europe de l’ouest une panique, alors qu’il serait plus sage de se saisir de l’événement pour en faire une première expérience de la sobriété.

Guerre et pollution.

Là-dessus, voilà que la Russie décide de déclencher une guerre contre l’Ukraine. Il n’y a pas pire pollueur que la guerre : il faudra des décennies pour reconstruire l’Ukraine si seulement elle arrive à défaire son agresseur. Ainsi Vladimir Poutine, en se jetant sur l’Ukraine, nous-t-il raconté ce que pensent du réchauffement climatique ses collègues, les Xi, les Bolsonaro ou les Erdogan. Personne ne mentionne une évidence : on ne peut pas commencer sérieusement à lutter contre les gaz à effet de serre si cette lutte n’est pas unanime. La guerre en Ukraine n’est qu’une des plaies du monde. On se bat en Afrique et en Asie mineure, les budgets militaires augmentent, et les provocations se multiplient.

Sable précieux.

J’apprends ce matin que le sable, denrée vulgaire mais très abondante dans les déserts, commence à manquer. Pourquoi ? Parce que le sable désertique a un grain trop gros et que, pour la construction, la fabrication du verre et de certains composants électroniques, il faut le sable fin des plages. Elles ont été surexploitées, nous sommes confrontés à un début de pénurie. N’est-ce pas l’occasion unique de se tourner vers le bois ou d’autres matériaux ? On en est au stade l’exploration. Exemple édifiant : quand un produit vient à disparaître, nous n’essayons même pas de trouver une alternative, nous sombrons dans la panique, comme pour le gaz ou le pétrole.

Croissance, notre idole.

Soyons sérieux. Nous avons des idoles, ce sont la croissance, le plein emploi, la prospérité, tous plus polluants qu’une activité ralentie. On tient simultanément les mêmes discours, on glorifie la sobriété, pour ne pas dire l’ascèse, mais on applaudit des deux mains quand le PIB augmente. À l’aune de ces contradictions, il n’y a pas la moindre chance que l’humanité échappe à une chaleur intolérable à la fin du siècle. Le seul fait que nous mesurions encore le taux de chômage et la progression du PIB sans avoir un indicateur national, régional et mondial du réchauffement climatique montre que nous courons vers notre perte.

Du nucléaire… au charbon.

Nous sommes tous concernés, nous devrions donc être unanimes, mais il y a encore des dirigeants climato-sceptiques. De plus, nous ne faisons pas forcément les bons choix en chemin. Comment l’Allemagne, par exemple, a abandonné l’énergie nucléaire au profit du charbon est un cas d’école ; comment la France, face à la pénurie, rouvre une mine de charbon en est un autre. Nous n’avions pas terminé notre réflexion sur le nucléaire que nous fermions déjà Fessenheim. Nous avons négligé nos réacteurs atomiques, en voici à l’arrêt avant un hiver qui sera dur. C’est quoi, ce travail ? Comment se fait-il qu’une large fraction de notre production d’électricité d’origine nucléaire est à l’arrêt ?

Je ne me vois pas autorisé à terminer sur une note d’indulgence. Nous sommes collectivement coupables. Nous devons nous réveiller.

RICHARD LISCIA

PS- Cette chronique clôt la saison. Je prends trois semaines de vacances et vous retrouverai après le 15 août, si tout va bien.

R. L.

 

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Cravate…ou pas

Éric Coquerel décidément sans cravate
(Photo AFP)

La nouvelle Assemblée nationale, avec ses nouveaux élus qui ont apporté un peu de vent frais à l’institution, ne risquait pas d’échapper à la polémique de la semaine, la tenue des élus et notamment le port de la cravate.

LE SUJET ne présenterait aucun intérêt s’il ne recouvrait pas un fonds idéologique. Comme on s’habille, on pense. Des exemples existent de personnages qui cherchent à attirer l’attention du public en venant avec des vêtements plus moins inspirés par le bon goût. Des cas contraires sont restés dans les mémoires, par exemple Cécile Duflot, alors ministre du Logement, vêtue d’une robe à pois et qui fut chahutée par ses collèges masculins.

Provocation.

En conséquence, l’aspect qu’un député se donne est souvent lié à une forme de provocation. Heureusement, le règlement de l’Assemblée ne prévoit pas l’uniforme et Yaël Braun-Pivet, présidente de l’institution, a fait savoir qu’elle n’entendait pas exercer une quelconque police vestimentaire. Elle, au moins, a compris, que riposter par la répression à une forme muette de provocation entacherait notre démocratie.

Un signal.

Il est curieux, et peut-être amusant, que tant de débats aient été consacrés à la tenue des députés. On pourrait y voir une crise de l’adolescence (professionnelle), mais c’est aussi une manière d’annoncer la couleur : la Nupes veut faire savoir qu’elle est à gauche, ce dont personne ne doute, et le RN, dont l’élégance discrète a été décidée par Marine Le Pen, tient à rappeler qu’il est dé-diabolisé. Mais il faut plus qu’une cravate pour changer de réputation. La vraie question concerne les raisons pour lesquelles une allure débraillée a été choisie par un certain nombre de députés.

Les raisons de fond.

Ces raisons sont de l’ordre psychologique mais aussi idéologiques. Bien que la Nupes réunisse 150 députés, elle n’est pas à l’aise dans le carcan des règlements de l’Assemblée et elle tient à indiquer qu’elle ne fait qu’un passage distrait dans les institutions de la Vè République, qu’elle veut abattre. Les tenues bigarrées sont donc un moyen de contestation.  C’est ce qui est inadmissible. En attendant le passage à la VIe République, les Insoumis devraient se plier aux traditions de la Vè. Ce n’est pas en ôtant leur cravate qu’ils y parviendront mais par la force de persuasion à laquelle les Français, dans leur majorité, ne sont pas encore sensibles.

Du smoking à l’uniforme.

On rejoint là le rapport existant entre les vêtements et la discipline. L’uniforme à l’école, dans quelques pays, est le signe d’une obéissance absolue des enfants aux adultes. Dans ce cas de figure, on n’est pas loin d’enrégimenter une enfance qui a besoin de liberté pour s’épanouir. À l’autre bout du spectre, on verrait mal des militaires se promener en smoking ou en habitués des réceptions mondaines. Preuve qu’il y a une limites aux meilleures idées et que, à force de vouloir se distinguer, on finit pas tomber dans une forme de déclassement.

Calvaire ?

C’est d’ailleurs une sorte de marginalisation délibérée. On défend les pauvres, donc on leur ressemble ; ce serait plus généreux de partager son salaire avec eux. On est mandaté pour leur obtenir quelques avantages supplémentaires, alors on joue au pauvre. Un piquet de grève devant les portes fermées d’une usine est bien plus convaincant. Je lis qu’Éric Coquerel, membre de LFI, a tenté de mettre une cravate un jour et l’a ôtée le lendemain. Cela signifie qu’il est habitué depuis longtemps à son statut et que la cravate lui est franchement intolérable. Il ne faut pas non plus que la recherche de la respectabilité devienne un calvaire.

RICHARD LISCIA

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L’Assemblée cahin-caha

La Première ministre répond aux questions
(Photo AFP)

L’absence de majorité absolue pour le camp macroniste a déclenché à l’Assemblée des débats particulièrement virulents sur les sujets de fond, comme le pouvoir d’achat et la loi sanitaire, ou secondaires, comme le port de la cravate pour les hommes. 

CEPENDANT, les querelles n’ont ni stérilisé le débat ni empêché des progrès dans les discussions. Dominée par la France insoumise, la coalition de gauche, ou Nupes, a poussé le verbiage jusqu’à la diffamation, puisque la cheffe des députés insoumis, Mathilde Panot,  a « découvert » que le président de la République était pétainiste. Finalement, ce sont des accords entre la majorité (et non pas la « minorité », comme l’affirme Mme Panot) et les Républicains ont pris en compte une certain nombre d’amendements proposés par la droite.

LFI renforce le RN.

On craignait que l’Assemblée se transformât en pétaudière, ce n’est pas le cas. On entend beaucoup de cris, hululements, onomatopées et autres gargouillis quelque peu ridicules, mais la ferveur élégiaque des islamophobe-gauchistes n’a pas permis de bloquer les débats. Il n’est pas certain que la stratégie du « niet » systématique pratiquée par LFI produise des effets positifs pour elle : en s’arc-boutant sur une position de combat, elle contribue à rendre plus crédible le Rassemblement national, vêtu correctement et décidé à passer pour un parti de gouvernement.

Pas de police vestimentaire.

Un vent de liberté souffle sur les députés : ils veulent tous ou presque échapper au carcan partisan, s’habiller comme ils l’entendent (Mme Braun-Pivet, présidente de la chambre, a renoncé à « faire la police vestimentaire ») et ils se sentent aussi libres à droite qu’à gauche. Un exemple : les représentants du mouvement « Horizons » d’Édouard Philippe ont voté, contre l’avis de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, un amendement accordant 120 millions aux collectivités locales pour compenser les pertes causées par l’inflation.

Coup d’œil sur la vérité.

Ce ne serait qu’une péripétie si, derrière ce geste, il n’y avait la lutte sourde entre Bruno Le Maire et Édouard Philippe pour la candidature à la présidentielle de 2027. Vous me direz qu’ils partent de bonne heure, mais l’épisode suffit à raconter quelques arrière-pensées et stratégies à long terme. Sans dire la vérité, on la laisse se découvrir le temps d’un amendement. Mais ce genre de choses,  qui se reproduira sans aucun doute, aurait eu lieu  même si Macron avait disposé d’une majorité absolue. Occupez-vous de mes ennemis, je me charge de mes amis.

Marine présidente ?

On passera rapidement sur ces inévitables divisions qui traduisent une fébrilité prématurée et excessive. On constate qu’elles ne nuisent pas particulièrement au travail parlementaire, qui progresse cahin-caha. Au delà des postures, on décèle des réalités de fond qui ramènent les partis à la raison : la France peut se passer du vote de LFI, laquelle fait tout ce qui est possible pour renforcer la crédibilité du Rassemblement national. Le danger ne vient pas d’une duel à fleurets mouchetés entre Le Maire et Philippe, il vient de la capacité de Marine Le Pen à se faire élire présidente dans cinq ans.

Une machine pour aller dans le futur.

La mission de Macron consiste à écarter cette perspective. D’abord, il peut calmer le jeu au sein de son camp ; ensuite, il doit redresser l’économie ; enfin, il doit protéger la Vè République contre ceux qui veulent la changer de fond en comble. Nous avons tout le temps de voir si les ambitions nourries par les acteurs du jeu macroniste reposent sur un bilan avantageux. Nous souhaitons en outre que la vie politique se déroule à son rythme et ne soit pas une machine à aller vers le futur. Je crois que les stars pressées de la politique, dans tous les camps, ont tort d’avoir vendu prématurément la peau du président.

RICHARD LISCIA

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Poutine : poker menteur

Poutine est aussi judoka
(Photo AFP)

S’habituer au cynisme de Poutine n’est pas tâche facile : depuis la Tchétchénie et la Géorgie, puis l’annexion de la Crimée et d’une partie du Donbass, on savait de quoi il était capable, mais on ne s’y faisait pas. Voilà qu’il va encore plus loin dans l’ignominie.

TOUT À COUP, il remet en service le gazoduc russo-allemand et il autorise l’exportation des céréales ukrainiennes. Le lendemain, il bombarde Odessa, ciblant les mêmes céréales. Zelensky dénonce la sanglante supercherie, le Turc Erdogan, qui a œuvré pour l’accord céréalier, ne cache pas son inquiétude : même lui a été bluffé tandis que le président Zelensky traite Poutine de menteur et de parjure.

Un projet sans morale.

Toute une école de spécialistes de la Russie ou du poutinisme nous explique ce qui lui apparaît comme une évidence, à savoir que la morale la plus élémentaire n’entrave jamais les projets du dictateur. Et il le fait savoir par son âme damnée, Sergei Lavrov, son ministre des Affaires étrangères, qui annonce l’intention russe d’occuper toute l’Ukraine. Vœu pieux car l’armée russe a déjà montré ses limites, qu’elle n’a pas le moral, qu’elle est gagnée par la lassitude, pour la simple raison que le jeunesse russe ne sait toujours pas ce qu’elle fait en Ukraine.

Guerre longue.

De ce rapport de forces inédit, des prouesses de l’armée ukrainienne, équipée d’armes américaines qui lui offrent ses succès, de cet immense décalage entre un projet russe forcément sinistre et peu enthousiasmant opposé à la défense de la souveraineté ukrainienne, naît un espoir insensé, utile à la poursuite des combats et à la cause de Kiev mais qui ne doit pas noyer le réalisme. Les Russes disposent d’une armée puissante, sorte de rouleau compresseur, et n’ont aucun état d’âme : on ne voit pas percer chez eux le découragement ou la honte qui les conduirait à déposer les armes un jour. Cette guerre sera longue.

Tenir.

De sorte que, si Moscou entend conquérir la totalité de l’Ukraine et peut-être plus encore, on ne décèle pas non plus le moindre signe de découragement dans le camp ukrainien. Lequel a une maîtrise absolue de sa communication et a réussi à nous tenir en haleine pendant six mois. Le président Zelensky doit se méfier de la versatilité des opinions européennes, elles seront plus vite fatiguées de la pénurie de gaz que les Ukrainiens ne se lasseront des pertes qu’ils enregistrent.

Le soutien à Kiev ne coûte pas cher.

Disons seulement qu’il importe que le soutien des États ne manque pas à Kiev et que, de ce point de vue, Joe Biden  accomplit un travail extraordinaire en accordant à l’Ukraine martyre une aide financière et militaire exceptionnelle. Mais personne n’a le moindre mérite à embrasser la cause ukrainienne avec tant d’ardeur. Encore une fois, Zelensky se bat pour nous. S’il perd la guerre, nous serons en première ligne, face à un adversaire dont nous mesurons à peine la férocité et qui continue de nous menacer de ses armes nucléaires.

Nous souffrons moins qu’eux.

C’est difficile de faire comprendre aux peuples occidentaux pourquoi il faut défendre les Ukrainiens. Encore plus difficile d’expliquer comment l’Ukraine est devenue, du jour au lendemain, le dernier rempart de la démocratie face à une hydre capable, par ambition et par cruauté, de s’exposer aux pires tourments pour mettre à genoux une nation indépendante. Mais nous n’avons pas le choix : l’inflation, la perte de pouvoir d’achat, le rationnement éventuel de l’énergie ne sont rien comparés aux souffrances vécues par les Ukrainiens. Tout au plus déplorerons-nous cette guerre anachronique, qu’on appelle « froide » alors qu’elle est brûlante.

Un mauvais moment.

Nous ne pouvons mettre sur le même pied notre inconfort et le destin ukrainien. D’aucuns, parmi nous, par conviction ou par bêtise, diront que nous serions plus heureux si l’Ukraine s’était rendue sans  se battre. Mais l’histoire, celle des massacres et des destructions, nous a rattrapés brutalement. C’est l’occasion de rappeler combien vivre en France est une chance que les Français refusent de reconnaître ; que tous les programmes des oppositions sont fondés sur le principe que tout va mal chez nous, à preuve, la croissance, la réduction du chômage et l’enthousiasme pour les vacances. Et, ajouterai-je, le dynamisme et l’ingéniosité d’un peuple qui sait faire.

C’est un mauvais moment à passer. Mais nous en avons l’expérience. Cette fois, il ne faut pas  céder, il ne faut pas collaborer, il ne faut pas reculer d’un pouce sur les valeurs que nous défendons. L’Europe est notre espoir. La liberté est le sens de notre vie.

RICHARD LISCIA

 

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Pouvoir d’achat : loi adoptée

Marine Le Pen à l’Assemblée

Le projet de loi sur le pouvoir d’achat a été adopté pendant la nuit par l’Assemblée nationale après des débats houleux. 

IL Y A une vie au-delà de la majorité relative : la virulence des débats n’a pas empêché l’adoption de la loi sur le pouvoir d’achat par une forte majorité de 341 voix, 21 abstentions et 114 contre. En gros, la Nupes, coalition de gauche, a voté contre, le RN pour. Ce sont d’abord les citoyens qui bénéficient des mesures gouvernementales, mais il s’agit aussi d’une victoire de l’exécutif : 1 100 amendements avaient  été déposés, dont 26 seulement ont été adoptés. Quand les mélenchonistes ont voulu administrer la preuve de leur opposition, les lepénistes ont exposé leur sérieux budgétaire.

Le travail n’est pas terminé.

Bien que le Sénat n’ait pas l’intention de récuser les principaux axes de la loi, la discussion parlementaire au sujet du budget rectificatif de l’année 2022 risque de remettre en cause la loi sur le pouvoir d’achat. En conséquence, rien n’est encore gravé dans le marbre. Mais la preuve a été donnée que le pays peut fonctionner sans majorité absolue, ce qui est tout de même une circonstance rare dans l’histoire de la Cinquième République.

Le choix de la Nupes.

En revanche, les partis politiques ont gagné leur légitimité, la Nupes devenant une force d’obstruction, le RN une force de participation, alors qu’il y a encore quelques semaines, l’exécutif jurait de se passer du soutien des extrêmes. Il n’est d’ailleurs pas certain que la Nupes ait fait le bon choix. À se marginaliser de la sorte, elle risque de mécontenter au moins une partie de son électorat, qui souhaite améliorer son pouvoir d’achat depuis que la vague inflationniste a commencé.

Le tableau n’a pas changé.

Nous sommes dans une période de crises multiples, inflation, incertitudes, guerre en Ukraine et alliages éphémères de courants et de tendances alors que la lutte contre le réchauffement climatique et la stabilité économique sont des priorités exigeant une gouvernance ferme. La France est divisée et les partis politiques, qui voient tous les jours midi à leur porte, creusent les sillons de nos différences. Non seulement l’été sera raccourci par les tâches qu’il reste à accomplir au Parlement, mais la rentrée sera bruyante et agitée. Le tableau général n’a donc pas changé : la crise économique et la guerre peuvent entraîner des dissensions assez puissantes pour qu’Emmanuel Macron soit amené, vers la fin de l’année, à dissoudre l’Assemblée et à organiser des élections anticipées.

Le Pen en campagne.

On dit qu’il prendrait ainsi un risque car il pourrait n’obtenir qu’une minorité qui l’obligerait alors à cohabiter avec l’opposition. Cela dépendra en vérité des progrès faits par cet attelage complexe qui permet à la majorité actuelle, à LR et au RN de gouverner ensemble.  La dissolution n’est pas souhaitable, mais la contribution du RN à la formation des lois fait objectivement de lui un parti de gouvernement. Ce qui donne des ailes à Marine Le Pen : elle est déjà en campagne pour 2027.

Le pouvoir aux enchères.

Dans cette course, qu’elle a commencé avant tous les autres, elle a déjà pris ses distances, laissant le Nupes paralysée par son obstructionnisme stérile. Le pouvoir a été mis aux enchères depuis que la majorité n’est plus que relative. Or il n’y a pas de raison que la guerre d’Ukraine se termine vite ; pas de raison que nous serons bien chauffés l’hiver prochain ; pas de raison que nous n’ayons pas de nouveaux sacrifices à faire pour soutenir la bataille désespérée des Ukrainiens. N’oublions jamais que nos souffrances de petits bourgeois ne sont pas comparables aux leurs.

RICHARD LISCIA

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Impasse en Italie

Macron, Mattarella, Draghi
(Photo AFP)

Mario Draghi, président du Conseil italien, a remis aujourd’hui sa démission au président de la République, Sergio Mattarella, ce qui entraîne la dissolution de l’Assemblée et des élections anticipées.

LE DÉPUTÉ européen Paolo Gentiloni a traité la classe politique d’irresponsable. En effet, M. Draghi a soudainement perdu le soutien du Mouvement Cinq étoiles, de la Ligue (extrême droite, conduite par Matteo Salvini), et de la droite (Forza Italia, dirigée par Silvio Berlusconi). M. Draghi réclamait un pacte de gouvernement qui aurait réuni tous les partis, il a obtenu la défection de trois grands partis. S’il essayait de se maintenir au pouvoir, il ne serait plus soutenu que par la gauche et par le centre.

Une crise profonde.

L’Italie est habituée à l’instabilité, aux démissions de présidents du Conseil, et aux élections anticipées. Mais cette crise est plus profonde, pour plusieurs raisons : la coalition ne convenait pas aux partis qui ont fini par l’abandonner tout simplement parce qu’ils sont très éloignés à la fois de l’esprit de Mario Draghi et de sa méthode technocratique. Son exploit a été justement de gouverner avec des gens qui n’avaient rien à faire ensemble. Mais l’exercice d’équilibriste n’aura pas duré dix-huit mois. Si les Italiens se satisfont de la coalition, ce n’est que par un renforcement des institutions qu’ils finiront par avoir un gouvernement durable.

Usure des partis.

De même, la mauvaise manière faite à M. Draghi traduit plus l’usure des partis que leur espoir de gouverner sans les autres. Une partie de Cinq étoiles a fait sécession sous la houlette de Luigi di Maio, qui a créé un nouveau mouvement avec une cinquantaine de députés. Les Français se souviennent de lui, c’est lui qui est venir rendre visite aux gilets jaunes en France, au mépris de toutes les règles de  non-ingérence. Aujourd’hui, il reconnaît « qu’une page noire s’ouvre pour l’Italie », conscient qua la péninsule ne peut pas s’offrir le luxe d’une crise politique alors qu’elle est surendettée, qu’elle est très exposée à l’immigration clandestine et qu’elle subit, comme tout le monde, les effets de la guerre en Ukraine.

De Draghi à Macron.

Le rapport de forces n’est pas sans ressembler à celui que nous avons en France : MM. Macron et Draghi, qui ont beaucoup de points communs philosophiques, ne sont pas parvenus à réunir une majorité absolue qui faciliterait leur gouvernance. La comparaison s’arrête là : l’Italie n’a pas une Constitution créant un régime présidentiel, elle est constamment menacée par l’instabilité. Elle répond à cette faiblesse en prenant des Premiers ministres très compétents, apolitiques au départ, mais doués d’autorité. C’est très précisément le cas de « super-Mario », petit nom que lui ont donné les Italiens.

Berlusconi, encore lui.

Le problème est que les hommes providentiels sont rares et que les partis essaient constamment de s’emparer du pouvoir en faisant trébucher le Premier ministre. C’est le cas de l’indécrottable Berlusconi qui, malgré son âge, regarde l’avenir avec confiance et cynisme. C’est aussi le cas du chef de la Ligue, Matteo Salvini, qui, lorsqu’il a dû quitter le pouvoir qu’il partageait avec Cinq étoiles, a dit qu’il serait patient et reviendrait un jour.  Entretemps, c’est l’Italie qu’on assassine, parce que la conjoncture internationale ne lui permet pas de commettre de nouvelles erreurs.

Le président sort de son rôle

Ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, 74 ans,  a fait du bon travail, notamment pendant la pandémie et au sujet de l’Ukraine. Au fond, le vrai problème de l’Italie, c’est que peu d’Italiens se soucient de l’intérêt général et que les enjeux sont créés de toutes pièces par les partis eux-mêmes qui n’ont jamais désespéré d’accaparer le pouvoir pour eux seuls. Il est significatif que, dans ce contexte, le président de la République  joue parfois un rôle plus important que ce qui lui est accordé par les textes. Le problème, pour Sergio Mattarella, c’est qu’on ne trouve pas un super Mario tous les jours.

RICHARD LISCIA

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Poutine, le gaz et nous

Poutine et Schröder en 2018
(Photo AFP)

C’est demain qu’après une période d’entretien du gazoduc North Stream 1, la Russie est censée reprendre les livraisons de gaz à l’Europe occidentale. Ce qui aurait pu être une occasion unique de lutter efficacement contre le réchauffement climatique s’est transformé en dépendance à l’égard de Moscou.

DE SON CÔTÉ, Poutine n’a cessé de dire qu’il maintiendrait ses engagements commerciaux, bien que les Européens continuent à prendre des sanctions économiques, commerciales et financières avec la Russie. C’est une humiliation pour l’Union européenne, dont les déclarations formelles condamnant Moscou ne sont guère étayées par des gestes appropriés. La crise européenne du gaz est directement liée aux erreurs commises par les Allemands, qui ont décidé brutalement de fermer leurs centrales nucléaires et se sont jetés sur le charbon, ce qui ruinait tout leur programme de lutte contre les effets de serre.

Gaz dix fois plus cher.

Le résultat est que nous payons le gaz quelque dix fois cher qu’avant l’invasion de Ukraine, mais surtout que nous contribuons à l’effort de guerre russe, qui touche assez de royalties pour alimenter ses dépenses militaires. Certes, ce n’est pas le moment de se fâcher avec les Allemands, ni celui d’analyser le bilan politique de l’ancienne chancelière Angela Merkel, ni même de condamner le rôle joué par l’ancien chancelier Gerhard Schröder qui, jusqu’à ce que l’opinion allemande le mette en demeure de quitter ses fonctions dans Gazprom, le géant russe, n’a eu de cesse de lier commercialement l’Allemagne à la Russie.

L’énergie alternative.

En revanche, Poutine ne peut jouer constamment avec les nerfs de l’Europe qui doit trouver une alternative au gaz russe, en diversifiant autant que possible ses importations d’énergie. Et ce qui est valable pour l’Allemagne l’est pour les Vingt-Sept. On voit bien que les leaders occidentaux, dont Joe Biden, fournissent de puissants efforts pour obtenir le concours des États pétroliers du Proche-Orient.

Un hiver pénible.

C’est un automne puis un hiver pénibles que les Européens, donc les Français, vont devoir affronter. Non seulement nous allons payer un prix anormalement élevé pour notre énergie, mais elle va nous être rationnée sous toutes les formes possibles, par exemple un abaissement de la température des foyers en plein hiver, un essence chère et rare, et autres sacrifices qui nous rendrons exsangues avant l’arrivée du printemps et sans doute bien avant la fin de la guerre en Ukraine.

Poutine se moque de nous.

Dans ma chronique d’hier, j’expliquais que l’Europe, jusqu’à présent, n’a pas eu une politique énergétique unifiée. Le cas allemand est l’exemple le plus abouti de notre désarroi, celui qui nous a conduits à réclamer du gaz russe pendant que nous sanctionnions la Russie de toutes les manières. Cette contradiction fait assurément les délices de Poutine qui peut dire combien nous sommes versatiles, imprévoyants et inconséquents. Non seulement nous n’avons pas mis la Russie à genoux mais nous l’avons enrichie. Non seulement nous n’aidons pas l’Ukraine de cette manière, mais nous encourageons indirectement une des guerres les plus féroces qui aient été lancées contre un pays-martyr.

La voie de la défense du climat va de pair avec la défense de l’Ukraine, à laquelle nous aurions rendu un fieffé service si l’Allemagne n’avait pas été aussi dépendante du gaz russe. La pénurie d’énergie n’est pas un cataclysme. C’est l’occasion inespérée d’adopter la sobriété en matière de consommation et de protéger l’Ukraine.

RICHARD LISCIA

 

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Climat : un échec mondial

Canicule, cauchemar des pompiers
(Photo AFP)

Il n’y a rien dans les incendies dévastateurs qui se sont produits sur le sud de la côte atlantique en France que nous ne pouvions prévoir : les experts confirment que la catastrophe est liée au réchauffement climatique.

LES SIGNAUX annonciateurs des hausses de températures, du changement de climat en France, la fonte des pôles et des glaciers, l’alternance des inondations et de la sécheresse, le fait que nous aurions dû nous préparer depuis des années à la canicule de 2022, tout cela n’a pas empêché la consternation populaire : s’il fallait une preuve aux Français qu’ils devront désormais lutter davantage contre la chaleur que contre le froid, ils l’ont reçue et à plusieurs reprises.

L’affaire de tous.

En France, nous sortons d’une longue période électorale où le climat n’a jamais été la première préoccupation des candidats, sauf les Verts, et encore : ils font beaucoup de politique et ne se contentent pas d’annoncer l’Apocalypse. Nous avons pensé qu’il ne fallait pas réserver le climat à un parti, que tous devaient avoir un projet. Mais ni à gauche ni à droite, on ne s’est emparé du sujet avec sérieux. De sorte que le climat n’a toujours pas fait sa percée politique. Il nous semble absurde que la priorité environnementale passe par le gauchisme, mais les autres partis n’ont pas non plus exprimé de fortes inquiétudes au sujet des gaz à effet de serre.

La guerre pollue aussi.

Les divisions françaises sur le sujet sont d’autant plus consternantes que nous n’avons pas encore convaincu la totalité des peuples que l’enjeu est vital. L’Inde par exemple n’est pas un modèle d’assainissement de l’air et de l’eau. La guerre, comme en Ukraine, est la pire chose que l’on puisse faire à l’environnement. Il est vrai que la politique de domination de Poutine n’est pas une exclusivité russe. Un conflit militaire peut se produire n’importe où dans le monde, une guerre atomique serait le coup de grâce écologiste donné à l’humanité.

Quid des dictatures ?

Dans ces conditions, la raison semble dire que nos chances de rendre la planète plus habitable sont à peu près nulles. Non seulement les politiques climatiques sont soumises aux divisions parlementaires dans les démocraties, mais elles sont plutôt ignorées par les régimes arbitraires, sauf la Chine qui prend l’affaire à bras-le-corps mais part d’un pollution qui a été plus intense qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Je ne crois pas que la Fédération russe croie aux réformes du climat.

La chaleur voyage.

Mais alors, si tout le monde ne joue pas le jeu, comment lutter contre le réchauffement de la planète avec des chances de l’importer ? La vérité est que, au fond, on nous demande de ne pas attendre l’union sacrée du monde pour balayer devant notre porte : nous devrions nous reconvertir à la voiture électrique en attendant que tous les autres pays nous imitent. C’est certainement frustrant. Mais comment agir autrement ? L’épisode caniculaire des Landes est venu d’Espagne et, avant, du Maroc. Il n’existe aucun moyen d’aller chaque été en Afrique de l’ouest pour contenir une vague de chaleur, pour autant que les peuples concernés accepteraient qu’elle fasse du surplace au-dessus de leurs territoires.

RICHARD LISCIA

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Leçon d’histoire

Macron, Éric de Rothschild et Serge Klarsfeld à Pithiviers
(Photo AFP)

En dédiant hier tout son discours aux  juifs qui ont fait l’objet d’une rafle monstre de la police et de la gendarmerie française en juillet 1942, Emmanuel Macron a saisi l’occasion de donner une leçon d’histoire aux révisionnistes qui continuent à dire que l’État français n’était pas responsable d’une affaire qui a dévasté des milliers de familles juives.

IL L’A FAIT avec un talent, une précision, une dignité dont les Français lui resteront redevables, approfondissant pour la première fois l’engagement pris par Jaques Chirac en 1995, restructurant l’argumentation contre le révisionnisme, volant au secours des victimes et n’hésitant pas à s’adresser à Éric Zemmour, candidat malheureux à l’élection présidentielle, pour lui dire que « Non, Pétain, Laval, Darquier de Pellepoix n’ont pas sauvé des juifs en 1940 », ni plus tard.

Salir Macron.

Bien entendu, s’adresser à des révisionnistes pour qu’ils cessent leurs efforts de propagande, n’est pas une vaine démarche. Macron a aussi répondu indirectement à  Mathilde Panot, présidente des députés insoumis qui a cru bon, il y a deux jours, de faire un tweet sur on ne sait quelle collusion avec Pétain, l’essentiel étant de faire croire que le chef de l’État ne serait pas insensible au révisionnisme historique. C’est tout le contraire, c’est elle et le cortège d’islamo-gauchistes qui peuplent les rangs de LFI qui souhaiteraient une autre interprétation de l’histoire. Ce matin, sur France Info, elle a nié le contenu de son tweet, mais qu’importe : calomniez, niez, il en restera toujours quelque chose.

C’est assez dire que le combat contre l’antisémitisme n’est jamais terminé et que si nous rejoignons l’immense majorité qui a applaudi au geste historique de Chirac, il est préférable de ne pas se mêler aux manipulations de Mme Panot et de M. Zemmour.

Le danger de l’extrême droite.

En effet, le Rassemblement national et son avatar, le zemmourisme, sont dangereux : ils offrent à un public dont le mécontentement est fort une option qu’il prend très au sérieux. On ne reprochera pas au président de la République une démarche contenue tout entière dans la persuasion. Macron fait de son mieux. On lui dira toujours, avec une inconséquence crasse, que les juifs ne risquent plus rien en France et qu’il y a autre chose à faire dans l’immédiat. Tant que nous lutterons contre les diverses formes de racisme, les minorités françaises resteront en sécurité.

Un lien entre le passé et le présent.

Nous savons bien pourquoi nombre de nos concitoyens ont voté pour un second mandat de Macron. Il ne se fait aucune illusion sur la nature de ses électeurs, des sociaux-démocrates acquis au libéralisme et à la modernisation du pays. Il vient de s’adresser, et de quelle manière, à son public et, au-delà, à toux ceux qui font de l’obstruction simplement parce qu’ils n’ont pas les idées claires. Le respect de l’histoire est-il important dans la gestion d’un pays ? Il vaut mieux en tout cas que les électeurs de Macron soient satisfaits de ses premières incursions sur un terrain miné. Il faut qu’ils comprennent pourquoi il y a toujours un lien entre le passé et le présent ; pourquoi, si vous niez la vérité un jour, vous la nierez toujours, pourquoi il est bon de défendre la grandeur du pays mais en sachant faire la part des choses et reconnaître là où il a trahi la meilleure cause.

La menace de la famine.

Je sais parfaitement que nous affrontons tous une période difficile, faite de guerre, de pénurie d’énergie, d’inflation. Mais ce n’est pas Macron qui a suggéré à Poutine d’envahir l’Ukraine. Le président de la République tente les moyens de la diplomatie, sans succès. Il le sait et il ne s’accrochera pas à ses premières illusions. La France doit être vigilante sur plusieurs fronts : sur le climat, sur l’approvisionnement en énergie, sur les prix, et elle doit, en outre, aider, les pays d’Afrique menacés de famine. Elle n’a pas d’autre choix que de dénoncer l’agresseur et de protéger la victime.

RICHARD LISCIA

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Le choix du salut

Mélenchon en action
(Photo AFP)

Plus les crises s’accumulent, moins l’espoir d’une politique efficace apportant progressivement des solutions supportables augmente. Le projet de réduire les dépenses sans augmenter les impôts relève alors du fantasme. 

L’IDÉE consiste à utiliser les excédents de la forte croissance de 2021 pour financer les mesures exigées par les investissements que nécessitent la lutte contre le réchauffement climatique, l’amélioration du pouvoir d’achat, le renforcement de nos moyens de défense. Ce qui paralyse la France, ce n’est ni l’ampleur du projet ni la maladie psychique dont elle serait victime. C’est simplement que, dans ce contexte de grande division, les partis politiques continuent à nourrir l’espoir de pousser l’exécutif à la faute ou de lui trouver des fautes imaginaires qui condamneraient son action en toute circonstance.

Majorité quand même.

En entretenant un climat de fin de règne, les commentateurs accordent au résultat du second tour des législatives l’importance qu’il n’a pas. Le président de la République a été réélu confortablement à un second mandat, alors qu’on avait déversé sur sa personne assez d’ordures pour que sa popularité fût nulle. Il n’a pas perdu non plus le second tour des législatives puisque sa coalition a emporté la majorité, fût-elle relative. Et enfin, il présente des propositions qui sont acceptables par les oppositions, sinon  en bloc, au cas par cas.

Minorité absolue ?

Là-dessus s’ajoutent les fantasmes les plus étranges, par exemple la suggestion de la Nupes de passer à VIe République ou du MoDem de retourner au scrutin proportionnel. Les deux vont de pair et représentent la meilleure recette pour un régime des partis qui changerait de gouvernement tous les trois ou six mois. Ce qui n’est pas énoncé clairement, c’est ce qui se passerait si la coalition gouvernementale devenait une minorité absolue après avoir été une majorité relative.

Maintenant ou jamais.

La proportionnelle est devenue d’autant moins indispensable que les deux grandes formations de l’opposition, la Nupes et le RN, ont bénéficié cette année du scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Installés dans la cour des grands, les voilà moins avides de proportionnelle. L’erreur a été de croire que le camp de Macron était le seul à bénéficier du scrutin majoritaire. La démonstration vient d’être faite que la Nupes et le RN  ne sont pas sacrifiés sur l’autel de la Constitution. En revanche, ils réclament un changement de régime, alors que des décisions d’importance historique sur le climat et la défense,  sur l’Europe et le budget doivent être prises et appliquées immédiatement.

Il est d’ailleurs contradictoire de presser vivement M. Macron d’annoncer des mesures, de lui reprocher sa « lenteur » et, en même temps de tout faire pour que, au nom de la « relativité », on lui nie sa capacité à légiférer, ce qui n’est inscrit dans aucun texte.

Si Macron s’en allait…

Mais on continue à se réjouir dans les médias d’une « défaite » qu’un Macron, jupitérien ou non, a du mal à incarner. Quatre vingt dix pour cent des commentateurs se concentrent sur la critique du gouvernement existant sans jamais dire au public ce qui se passerait si, sur un coup de tête, Emmanuel Macron livrait le pays à ses adversaires. Imaginez, avant de vilipender le président, une France Nupes qui changerait de Constitution et se hâterait de quitter l’Europe, de vénérer le vénézuélien Nicolas Maduro tout en semant l’épouvante chez les épargnants. Imaginez une France RN qui adorerait Poutine et lui achèterait assez d’énergie pour lui permettre de raser l’Ukraine. Le choix n’est pas entre Macron et les autres. Le choix est entre la démocratie et la tyrannie, entre la dignité et le cynisme, entre la sérénité et l’angoisse.

RICHARD LISCIA

 

 

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