Mélenchon tel qu’en lui-même

Mélenchon aujourd’hui à Bobigny
(Photo AFP)

Qu’est-ce que nous ferions tous si des policiers et des juges débarquaient à notre domicile pour perquisitionner ? Nous protesterions de notre innocence, mais nous ne ferions pas, devant la porte d’entrée, barrage de notre corps. C’est pourtant ce que Jean-Luc Mélenchon a fait, le 16 octobre 2018. Cela ne lui a pas valu que des compliments.

SI LE procès ouvert hier contre lui et cinq membres de son parti, la France insoumise, se déroule, heureusement, dans le calme, M. Mélenchon n’est pas venu au tribunal pour fumer le calumet de la paix. Poursuivi par ceux-là même qui ont perquisitionné dans ses bureaux et chez lui, il fonde sa défense sur une accusation, lancée à la cantonade, de « procès politique ». On sait bien qu’il ne mesure jamais ses mots, sans quoi il ne serait pas l’éloquent tribun que nous connaissons. Mais cette idée qui l’obsède, à savoir que la République, celle de François Hollande, puis d’Emmanuel Macron, s’emploie à le détruire, est partout dans son discours. Sa charge est tellement énorme que l’on devine sans difficultés qu’il sera condamné car il n’a pas d’autres arguments à faire valoir ;  et celui qu’il invoque, grossier et mensonger, est un produit d’importation. Il a rencontré Lula dans sa prison brésilienne, il est allé voir Nicola Maduro au Venezuela. Il voit, évidemment, dans le premier la victime d’un pouvoir arbitraire qui n’a emprisonné son ex-président que pour le soustraire aux élections. Et dans le second,  il trouve l’imperturbable continuateur du chavisme, l’homme qui porte les espoirs de tous les peuples, un mur dressé contre l’impérialisme, l’exemple même du désintéressement et de la générosité.

Un personnage de Feydeau.

En conséquence, s’il se retrouve à la barre, lui, le héros de l’extrême gauche, c’est uniquement parce qu’il dérange un pouvoir « bourgeois » épouvanté par la perspective d’un Mélenchon élu président de la République. Dieu sait que l’on nous a rebattu les oreilles avec le talent de Mélenchon, son art oratoire, sa culture, sa manière d’électrifier les foules ; mais comment un homme aussi intelligent peut-il croire aussi profondément à de telles billevesées ? Il me semble que le caractère, bien plus que le savoir, est ce qui définit un homme ou une femme politique. M. Mélenchon est gouverné par ses pulsions, qui le conduisent immanquablement vers l’outrance. Sa prestation du 16 octobre 2018, abondamment filmée, ne l’a pas seulement exposé à l’application de la loi, elle l’a couvert de ridicule. Ce pantin atrabilaire, drapé dans son écharpe tricolore, qui déclarait aux policiers : « La République, c’est moi ! », était infiniment plus un personnage de Feydeau que de Shakespeare.

Rage et effroi.

Au risque de tomber dans la psychologie de pacotille, j’expliquerai bien sa colère de l’an dernier comme le produit de ses inébranlables convictions quant à la nature des démocraties. Tous pourris, en quelque sorte. Sauf lui.  Convictions assorties d’un narcissisme que certes il partage à peu près avec tous les hommes politiques mais qui est teinté, chez lui, par le sentiment que son immense intégrité lui confère le privilège de n’être pas un justiciable comme les autres. Dans sa rage, il y avait de l’effroi : non seulement il est la République, mais, semblait-il dire à des interlocuteurs (qui ont porté plainte) :« Grands dieux ! C’est de moi qu’il s’agit, de Mélenchon. Et je suis dans un temple sacré, vous n’avez pas le droit d’y pénétrer. » En d’autres termes, il ne saurait y avoir la moindre part de vérité dans ce que proposent les autres partis et c’est la raison pour laquelle il n’a pas poursuivi son chemin avec le parti communiste. Nous serions dans une sorte de pays factice, et il a tenté de le démontrer en jouant une opérette. Comme en plus il ne se sert guère des nuances, pourtant très utiles à l’expression d’une idée subtile en bon français, ceux qui ne sont pas avec lui sont automatiquement contre lui.

Je ne sais pas si la forme sévère d’intolérance dont il souffre lui aura coûté une grande fin de carrière, mais les sondages montrent que l’opinion française ne voit plus en lui un recours, ni même un homme politique qui mérite le respect. À répandre son mépris sur ceux qui prennent le risque de croiser son chemin et qu’il traite comme des petits et des sans-grade, il a cessé de plaire. Pire, il fait peur. Il aurait conservé l’affection du peuple, ce peuple au nom duquel se construisent tant de dictatures, s’il lui en avait donné un peu.

RICHARD LISCIA

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Israël : le partage suggéré

Gantz et Nétanyahu
(Photo AFP°

Le Premier ministre israélien,  Benjamin Nétanyahu, vient de proposer au chef de l’opposition (mouvement blanc-bleu) de former un gouvernement de coalition avec le Likoud.

CETTE ANNÉE, c’est la deuxième fois que les Israéliens se sont rendus aux urnes sans donner la majorité à un parti politique ou à plusieurs partis ayant des affinités.  M. Nétanyahu a souvent trouvé une porte de sortie en partageant le pouvoir avec des partis avec lesquels qui apportaient moins des affinités que des ambitions. Il croit renouveler l’exercice avec le mouvement dirigé par Benny Gantz, ancien chef d’État-major, dont le programme porte moins sur les fondamentaux, comme la sécurité d’Israël et les relations tendues avec le monde arabe, que sur la vie quotidienne de ses concitoyens.

La dernière carte.

Le Premier ministre joue sa dernière carte. Il a tout essayé, y compris les coalitions avec les partis religieux ou extrémistes qui prônent par exemple l’annexion d’une partie de la Cisjordanie, déjà occupée par Israël. On n’a pas vu, jusqu’à présent que l’ex-général Gantz ait bâti un programme axé sur la négociation ou un projet de paix, laquelle serait l’aboutissement d’un dialogue pour établir deux États vivant côte-à-côte et pacifiquement. On se contente d’imaginer que, dans le filigrane des discours qu’il a tenus, se lovait un plan plus ambitieux, de nature historique, mais il ne l’a jamais dit en termes clairs. À cet homme que M. Nétanyahu présentait, pendant la campagne, comme un danger pour l’État juif, voilà que le Premier ministre en exercice propose de bâtir une coalition. D’un strict point de vue rationnel, cette offre traduit le grave désarroi du Likoud.  Depuis une altercation entre M. Nétanyahu et Avigdor Lieberman, le patron des immigrés russes,  le chef actuel du gouvernement n’a plus assez d’amis pour former l’une de ces coalitions protéiformes qui lui ont permis de rester dix ans au pouvoir: Gantz et Nétanyahu n’ont rien en commun. Les deux partis sont arrivés ex-aequo aux élections et le premier problème qui va se poser est la désignation de l’homme, donc du parti, qui dirigerait la coalition.C’est bien la première fois dans sa carrière de Premier ministre qu’il va défendre l’autorité que lui ont toujours reconnue les Israéliens.

Résignation.

Benny Gantz n’ayant pas révélé le fond de sa pensée pendant la campagne, on peut craindre qu’il ne ferait pas grand-chose, s’il parvenait au pouvoir, pour orienter Israël vers une voie pacifique. Bien entendu, le sujet sera au centre des discussions qui vont s’ouvrir entre Likoud et Blanc-Bleu. Mais l’ancien général, comme tous les militaires, connaît le prix d’une guerre et celle qui pourrait survenir dans le Proche-Orient surchauffé serait forcément terrible, dès lors que l’Iran et ses alliés au Liban et en Syrie, n’ont cessé d’accumuler armes et soldats dans la perspective d’un assaut contre Israël. D’autre part, la situation de M. Nétanyahu n’est exceptionnelle que parce que, ayant recouru à toutes les alliances possibles, il se retrouve assez isolé pour tendre la main à l’opposition. On ne voit pas les choses de la même manière lorsqu’on dispose d’une puissance irrésistible et lorsqu’on est obligé de pactiser avec son principal adversaire.

Changer de programme.

L’actuel Premier ministre n’a que les convictions idéologiques de ceux qui le soutiennent. Ce qui compte à ses yeux, c’est de garder le pouvoir. M. Gantz, pour sa part, aurait beaucoup de mal à trouver une majorité : à part les travaillistes, dont le score est infime, les autres partis se situent tous à droite ou à l’extrême droite. Du coup, l’association Likoud-Blanc-Bleu semble moins  ahurissante : il suffirait que chacune des deux parties fasse des concessions à l’autre. Ce n’est certes pas une bonne manière d’aborder l’immense question de la paix et peut-être serait-il préférable que les deux chefs la laisse de côté en attendant des jours meilleurs. Mais le scrutin, en dépit de l’égalité des résultats, montre clairement que M. Gantz, parti de rien, a mis en échec le Likoud qui a dominé la scène politique pendant de nombreuses années. Comme tous les démagogues, Benjamin Nétanyahu est aussi un réaliste. Changer de programme pour garder le pouvoir, voilà une option capable de le séduire.

RICHARD LISCIA

PS-Benny Gantz a rejeté l’offre de Nétanyahu, ce qui met le Premier ministre dans une situation désespérée. Le chef de Blanc-Bleu a pris son adversaire à son propre jeu. Ce qu’il veut, c’est l’exclure des consultations du président de la République avant de conclure un accord avec d’autres partis. Mais ce projet est tout aussi fragile que celui de Nétanyahu.

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Immigration : le nouveau cap

2022 dans sa tête
(Photo AFP)

Lundi dernier, Emmanuel Macron, dont l’agenda est pourtant chargé, a fait un discours sur l’immigration et annoncé un durcissement de sa politique.

ON EN VERRA  un aperçu quand le bureau exécutif de la République en marche (REM) examinera le dossier dont le contenu est foisonnant mais très clair: alors que, depuis le pic de 2015, les diverses mesures adoptées par les Européens, notamment en ce qui concerne les migrants venus de Libye ont  sensiblement réduit le nombre de migrants qui débarquent en France, il a augmenté chez nous. Nous avons accueilli, en France et en 2018, plus de 350000 immigrants, soit presque deux fois la moyenne annuelle. Les raisons de cette croissance sont multiples : d’abord les déboutés de l’asile politique ne rentrent pas chez eux et continuent à vivre clandestinement dans l’Hexagone ; ensuite, les demandes d’asile en provenance des pays dits « sûrs », c’est-à-dire qui ne posent pas de problème politique ou humanitaire, ne cessent d’augmenter alors que, en théorie, l’administration ne devrait même pas examiner les demandes. Enfin, la plupart de ceux qui veulent se rendre au Royaume-Uni, dont la stratégie se résume à la porte fermée, finissent par rester en France.

Un calcul électoral.

M. Macron a prononcé quelques mots, à propos de l' »embourgeoisement » de la REM, qui préconiserait des mesures laxistes en en faisant supporter le poids aux classes pauvres. Il réclame, comme s’il n’en tenait pas qu’à lui, une politique migratoire à la fois réaliste et humaniste. Bref, il souhaite revoir les conditions d’accueil dans un sens qui ferait chuter le nombre de migrants. Il n’est pas sûr qu’il soit rejoint par la gauche de son parti, pas plus qu’il ne convainc l’opposition de la candeur de ses choix : elle voit, dans son retournement de casaque, un calcul uniquement électoral. Mais qui ne fait pas un tel calcul alors que chaque année qui vient sera sous le signe des élections, régionales, puis générales ?

M. Macron, qui a réussi à prendre à la droite une bonne partie de son électorat, s’attaque maintenant au Rassemblement national et espère capter les suffrages du monde ouvrier. Ce ne sera pas une tâche facile, tant les efforts des autres partis dans ce sens ont été couronnés d’échecs. Le RN, pour autant, ferait mieux de compter avec le désordre que la REM va tenter de faire régner, en 2022, dans l’espoir qu’il favorise sa stratégie. Le maître du ni »gauche ni droite » s’y entend parfaitement pour présenter une offre inclassable. À examiner ses discours successifs, il n’y a pas d’adversaires, il n’y a que des suffrages.

Toutes les voix sont bonnes à prendre.

Non seulement M. Macron n’a pas honte de les solliciter, mais on croirait qu’il comprend tout le monde, ceux de droite, ceux de gauche et ceux, qui par désespoir, se sont jetés dans les bras du RN . Ainsi rejoint-il, avec un aplomb surprenant, les thèses des Républicains, qui n’arrêtent pas de pleurer la fuite de leurs électeurs vers les horizons de l’intolérance. Le président leur dit : toutes les voix sont bonnes à prendre, y compris celles des électeurs qui, souffrant personnellement de l’immigration, contrairement aux « bourgeois » que nous sommes, réclament un droit bien naturel au respect des citoyens qui ne pensent pas comme eux.

Le président n’a pas inventé la lune, qui reprend à son compte les thèses de Laurent Wauquiez. Il se heurtera, à n’en pas douter, à l’incompréhension de l’aile gauche de la REM. Il est surprenant que, pour la première fois, loin de tout RN-bashing, il s’applique à lui voler des voix. Les élections de 2022 constitueront donc un test universel qui vérifiera, dans chaque parti, qu’il charrie bien toutes les valeurs qui nous sont si chères, l’éthique, l’intégrité, l’honnêteté intellectuelle, l’amour de la patrie, le respect dû aux damnés de la terre et en même temps la limitation de leur droit au voyage. On ne saurait mieux que la REM porter ces fardeaux contradictoires. Mais en même temps, c’est Macron.

RICHARD LISCIA

 

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Des condamnés populaires

Le couple Balkany
(Photo AFP)

Il n’est pas trop tard pour revenir sur l’affaire Balkany, d’autant qu’elle n’est pas terminée du tout. On peut éprouver, pour le couple qui a dirigé la mairie de Levallois-Perret pendant si longtemps, la compassion qu’inspirent les perdants, on ne peut pas passer sur le corps de la justice pour les absoudre.

ISABELLE BALKANY, restée libre après sa condamnation à trois ans ferme, s’est promenée dans les rues de sa ville où elle a été acclamée par la plupart de ses administrés. Dans l’attitude de la maire-adjointe et de son mari, Partick Balkany, certes accablés par les verdicts prononcés et ceux qui vont suivre, il y a à la fois ce qu’il reste de leur rouerie et une incroyable naïveté en vertu de laquelle ils ne sauraient être mauvais dès lors qu’ils sont encensés par la foule. Vous voyez ?, semblent-ils nous dire. La justice nous hait peut-être mais nos électeurs nous placent au-dessus d’elle. Vaine prétention, mais après les mille arguments invoqués par leur avocat, le ténor du barreau qu’est Éric Dupond-Moretti, alias Acquittator, l’affection des Levalloisiens leur sert de grâce. Leur monde s’est écroulé, d’autant qu’ils sont devenus inéligibles, et leur dernier refuge judiciaire et moral, c’est leur bonne vieille ville, là où ils continuent à croire qu’ils n’ont ni trahi leurs électeurs, ni contourné les lois de leur pays.

On peut être condamné et gouverner.

S’ils étaient les seuls à rêver, cet article ne vaudrait pas tripette. Mais l’idée que je souhaite souligner, c’est que l’on peut avoir commis tous les méfaits, ce n’est pas ce qui compte aux yeux des votants. Nous savions que les Balkany n’étaient pas avares en largesses, ce qui explique partiellement la domination qu’ils exercent sur le peuple de Levallois : les méthodes qui les ont maintenus longtemps à la mairie n’étaient pas inspirées par une éthique implacable. Certes, d’autres électeurs ont fait savoir qu’ils n’avaient aucune sympathie pour le maire et pour son adjointe, mais, comme par hasard, il se situent plutôt dans l’opposition. C’est hallucinant : si on est dans le même camp que celui qui détient le pouvoir, on lui trouve d’inaltérables vertus, même s’il est condamné. Si on souhaite sa perte, on ne lui reconnaîtra aucun mérite, même s’il a bien travaillé.

Pourquoi le populisme marche si bien.

Je ne crois pas que la carrière des Balkany qui, par ailleurs, ne sont pas de la première fraîcheur, survivra à leurs déboires judiciaires. J’en tire néanmoins la leçon qu’il ne faut jamais compter sur la seule justice pour se débarrasser d’un homme ou d’une femme politique. Pour ne prendre que cet exemple, les démêlés de toutes sortes que Donald Trump a avec la justice américaine, avec la morale, la tolérance et avec les minorités ne font pas de lui une cible facile à éliminer. Il a encore toutes ses chances pour un second mandat parce que, précisément, il s’adresse à des électeurs qui, non seulement partagent ses drôles d’idées, mais sont convaincus comme lui qu’on ne fait pas une politique avec des scrupules. Au moment du scrutin, l’évaluation du candidat ne porte pas sur son degré d’honnêteté, mais sur le lien qu’il a établi ou non avec celui qui vote. Voilà pourquoi le populisme marche si bien : bien qu’il soit milliardaire, Trump séduit les foules parce qu’il se met à leur niveau et qu’il les libère du politiquement correct : c’est tellement agréable, n’est-ce pas, de haïr ceux qui ne nous ressemblent pas, ceux qui sont constamment drapés dans leurs bons sentiments, ceux qui nous envahissent alors que nous ne voulons pas de leur présence, ceux qui croient que l’on peut faire du monde un paradis et j’en passe.

Dura lex, sed lex. Si les Balkany inspirent encore un soupçon de tendresse, c’est à cause des peines sévères qu’ils subissent, mais c’est aussi parce que, décidément, ils ont cru qu’ils pouvaient accroître leur fortune de manière exponentielle sans que personne ne leur demande des comptes. On serait le plus malin des truands qu’on eût été plus prudent.  Ils se sont crus intouchables. Mais, comme dit Abraham Lincoln, on peut tromper tout le monde pendant quelque temps, ou quelques personnes tout le temps, on ne pas pas tromper tout le monde tout le temps.

RICHARD LISCIA

 

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Comment perdre Paris

Hidalgo en tête
(Photo AFP)

Un sondage du Journal du Dimanche montre qu’Anne Hidalgo arrive en tête des intentions de vote, avec 24 % des suffrages, devant Benjamin Griveaux, 17 % , et Cédric Villani, 15%. Autrement dit,  s’il n’y avait qu’un candidat de la République en marche pour la mairie de Paris, il disposerait d’un tiers de suffrages au premier tour.

MATHÉMATICIEN et même Médaille Fields, Cédric Villani ne semble pas avoir compris ou voulu comprendre que, en divisant les électeurs marcheurs, il assurait la victoire de la maire sortante. Certes, à six mois des municipales, il est peut-être trop tôt pour dire qui va les gagner. Certes, il ne s’agit que d’une enquête d’opinion et d’autres indiqueront sans doute des résultats différents. Mais comment ne pas établir un lien de cause à effet entre la stratégie de M. Villani et le résultat de ce premier sondage ? Benjamin Griveaux, qui a abordé la campagne avec une énorme confiance en lui-même peut au moins s’enorgueillir de précéder (mais de deux points seulement) son rival. Non seulement il n’a pas su circonvenir M. Villani, mais Emmanuel Macron, qui a marqué sa préférence pour M. Griveaux, a fini par se désintéresser de l’affaire sous l’effet de l’agacement, pour ne pas dire de l’exaspération.

Y aura-t-il un désistement ?

Les deux candidats d’En marche (le mouvement a refusé d’exclure M. Villani, sans doute pour éviter de le victimiser) devraient comprendre que la personnalisation d’un scrutin est une denrée toxique. Si la seule raison de cette campagne était de ravir Paris au PS et non de satisfaire quelque ego démesuré, la REM n’en serait pas là. Le message caché du sondage est pourtant très clair. Pour que la REM reprenne la tête au premier tour, elle doit demander à l’un des deux candidats de se désister. On suppose en effet que le meilleur au premier tour raflera les voix du moins bon au second tour. Mais le risque de ne pas conquérir la capitale est trop grand, compte tenu des autres difficultés de la REM dans diverses grandes villes, pour que le mouvement macroniste ne se réunisse pas avant le scrutin.

Les candidats ne maquent pas.

Dans les candidatures REM, on devine un résidu d’amateurisme que deux ans et demi d’exercice du pouvoir n’ont pas complètement effacé. Les situations crées à Bordeaux, à Lyon et dans d’autres villes montrent que l’espoir de l’emporter a dominé le choix des candidats. Une bonne stratégie aurait consisté à ne jamais désigner un candidat là où un MoDem ou un juppéiste se présentait et au contraire d’intervenir brutalement, par exemple à Lyon, où Gérard Collomb, rentré précipitamment dans sa bonne ville après avoir démissionné de son poste de ministre de l’Intérieur, s’accroche à sa municipalité, sur laquelle il estime avoir un droit aussi durable que son caprice le lui dira. Ces postures de vieux routiers qui refusent de lâcher prise dix ans après l’âge de la retraite (tel que la réforme le suggère) ou de jeunes gens déjà intoxiqués par la drogue électorale sont en totale contradiction avec le tableau de la situation des maires tel que nous le rapportent les médias.

Un métier dur, mais convoité.

Il s’agirait d’un métier particulièrement épuisant où le moindre accident est attribué par les victimes à la responsabilité du maire, où pleuvent les insultes adressées à l’édile, où les citoyens voient dans le maire celui qui doit soigner toutes leurs plaies, fournir tous les services qui déménagent, et même réparer les baignoires qui fuient et les serrures qui ne ferment plus. Il y aurait de savoureux romans à écrire sur le destin des maires, naguère encensés par le peuple parce que c’est d’eux qu’il est le plus proche, aujourd’hui voué aux gémonies parce que, comme la plus belle fille du monde, il ne peut donner que ce qu’il a, c’est-à-dire pas grand-chose. Est-ce à dire que nous allons manquer de maires et de conseillers municipaux ? Mais non, il y a assez d’ambitieux prêts à se « sacrifier » pour la cause. Bien sûr, il n’en va pas de même pour les petits villages et les capitales régionales. L’ambition va vers plus de salaire et plus de pouvoir. Encore faut-il la soutenir par une stratégie intelligente capable de résister aux imprévus.

RICHARD LISCIA

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La galère et la crise

Manif’ de la CGT
(Photo AFP)

On est, bien entendu, prodigieusement agacé par la grève de la RATP, mais comment empêcher ses salariés de réagir violemment quand la réforme des retraites les atteint de plein fouet ? Sans avoir, pour les professionnels de la grève, l’empathie qu’ils soulèvent chez des observateurs compatissants, il faut admettre qu’ils ne sortiront pas indemnes de l’épreuve de force engagée par le gouvernement.

CERTES, ils protestent avant même que le dialogue ait commencé. Malgré les très abondantes explications fournies par le Premier ministre et par le nouveau ministre des retraites, Jean-Paul Delevoye, qui a mené les pourparlers avec les syndicats tambour battant, deux éléments de la réforme semblent immuables et ce sont justement ces deux éléments qui diminueront leurs acquis sociaux : la durée des carrières et la création d’un fonds de pension universel dans lequel le particularisme du système qui les gouverne actuellement devra se fondre, sans doute à leur détriment. Les micro-trottoirs racontent une vie professionnelle pénible, avec des horaires compliqués qui ne permettent guère une vie en famille agréable. Mais les employés de la RATP ne sont pas les seuls à subir les inconvénients d’un métier compliqué.  De plus, non seulement aucune décision de fond n’est encore prise, mais la réforme mettra des années à s’imposer. Tout au plus peut-on dire que celui qui commence sa carrière à la RATP aujourd’hui ne bénéficiera pas de la même pension que celle de ses aînés.

Un nid d’inégalités.

Les usagers doivent l’admettre et les mêmes micro-trottoirs rapportent des commentaires pleins de sympathie. Sans aller jusqu’à ce degré élevé de mansuétude, nous devons tous comprendre que la société française, dans sa diversité, est un nid d’inégalités. De droite ou de gauche, nos politiciens n’ont jamais changé en profondeur les différences de classe, ou bien les ont insuffisamment réduites. Ce n’est pas faute d’avoir massivement investi de l’argent public pour tenter de les effacer. D’un côté, nous avons des dirigeants conservateurs qui, le cœur sur la main, affirment qu’ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient, de l’autre nous avons de doux rêveurs de gauche qui promettent aux pauvres des lendemains qui chantent mais se heurtent rapidement à la dure réalité des comptes publics.

Drôle, mais rationnel.

On a pu assister à ce choc entre les convictions quand le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a dit qu’une bonne réforme serait celle qui renforcerait les avantages acquis. C’est drôle, mais c’est surtout rationnel : pourquoi ne pas augmenter les dépenses sociales et couper dans les autres chapitres du budget ? Mais, dans l’esprit du gouvernement, la question est ailleurs. Si tant de nos concitoyens souhaitent la réforme des retraites des salariés de la RATP et de la SNCF, c’est parce que rien ne justifie leur départ prématuré à la retraite avec un niveau de pension que paie non pas leur régime mais le contribuable. L’injustice ne relève pas de la lutte des classes, mais d’un privilège dont bénéficient les cheminots. De sorte que le pays est constamment renvoyé au grinçant rapport riches-pauvres, qui est d’autant plus violent qu’on ne sait pas où commence la richesse et où commence la pauvreté.

RICHARD LISCIA

 

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Ferrand face à la justice

Fidèle au poste
(Photo AFP)

Président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand a été mis en examen par un magistrat de Lille, au terme de quinze heures d’interrogatoire,  dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne. M. Ferrand refuse de démissionner. Il a obtenu le soutien du président Macron et de tous les élus d’En marche.

C’EST une affaire curieuse car elle a été déjà jugée en 2017, la justice ayant prononcé un non-lieu. M. Ferrand, alors dirigeant des Mutuelles de Bretagne, a loué des locaux à sa compagne à un prix avantageux. L’association Anticor, très active dans le domaine de la corruption en politique a mené l’enquête, apporté vraisemblablement des éléments nouveaux et obtenu la mise en examen de M. Ferrand. Lequel, avec le soutien du chef de l’État, refuse d’appliquer la tradition dite « Balladur » : tout élu mis en examen quitte son poste. Ce matin la macronie disait, comme un seul homme, que rien, dans la loi, n’oblige M. Ferrand à démissionner. On conviendra toutefois que, dans cette époque où la haine entre adversaires politiques est plus forte que la règle, le président de l’Assemblée va avoir beaucoup de difficultés à exercer ses fonctions. On ne voit pas pourquoi il ne démissionnerait pas, quitte, plus tard, à revenir après avoir été innocenté une seconde fois.

Majorité contre oppositions.

La clameur anti-Ferrand est étouffée par l’embarras du monde politique, de la gauche et de l’extrême gauche à la droite et à l’extrême droite, comme si l’enjeu de cette affaire où Anticor joue un rôle certes essentiel mais extraordinairement partial (la macronie n’a pas le monopole de la corruption) était vraiment de nature à changer le rapport de forces politique dans la perspective des échéances électorales.  Jean-Luc Mélenchon et quelques membres de son entourage doivent comparaître devant la justice à cause de leur comportement violent à l’égard des juges et de la police pendant la perquisition de leurs bureaux. Tant et si bien que M. Mélenchon, conscient de ses propres avanies, prend la défense de M. Ferrand.  Du côté du MoDem, François Bayrou et quelques-uns de ses proches viennent d’être entendus par la justice dans l’affaire des emplois européens fictifs (des salariés payés en tant qu’assistants de députés européens mais qui se consacraient à un autre travail. M. Bayrou n’est pas inquiet, il est heureux d’avoir pu enfin s’expliquer.

Le cas de Sylvie Goulard.

On se souvient, à ce sujet, que, membre du MoDem, Sylvie Goulard avait estimé que, inquiétée par la justice, elle ne pouvait rester à son poste de ministre des Armées. Or elle vient d’être désignée comme commissaire européenne au Marché intérieur. Voilà qui accroît la confusion : elle a démissionné du gouvernement pour des raisons judiciaires qu’elle a ignorées quand le gouvernement lui a proposé son poste à la commission de Bruxelles. Le moins que l’on puisse dire, c’est, effectivement, qu’il n’y a aucune règle en la matière, sinon que le temps politique va plus vite que le temps judiciaire, mais que celui-ci rattrape toujours celui-là. Peut-être Mme Goulard s’estime -t-elle si innocente qu’elle ne craint plus du tout d’être mise en examen.

Un troisième tour.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il n’existe aucun parti en France qui soit en mesure de dénoncer la corruption des autres partis car il n’en existe pas un seul qui n’ait pas de démêlés avec la justice. La sévérité pour la majorité de Marine Le Pen, elle aussi plongée dans une affaire d’emplois fictifs européens et qui n’a toujours pas remboursé le prêt de plusieurs millions que lui a fait une banque tchèque, relève à la fois de l’imposture et de l’hypocrisie. Elle ferait mieux de se taire. De même que les socialistes qui prennent l’air grave de censeurs inspirés, comme s’ils avaient oublié l’affaire Cahuzac (et les autres), comme Mélenchon, qui se croit au-dessus des lois, sans doute parce qu’il est à gauche et que, à gauche, on est toujours innocent. Enfin, s’il faut saluer les lanceurs d’alerte, médias ou associations, sans lesquels beaucoup de boue ne serait pas remontée à la surface, il n’est pas souhaitable que leur activité confine au harcèlement ou qu’elle soit dictée par des motivations partisanes. La mise en examen de M. Ferrand relève d’une procédure où la justice semble vouloir faire aujourd’hui ce qu’elle n’a pas voulu faire il y a deux ans. Cette relation perverse entre juges et élus est dangereuse pour la démocratie. Le parquet ne doit pas être considéré comme un troisième tour de scrutin.

RICHARD LISCIA

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Trump : échecs tous azimuts

Trump et Bolton
(Photo AFP)

Conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, 70 ans, a démissionné hier de son poste, ce qui confirme les déboires inquiétants de la diplomatie américaine.

JOHN BOLTON s’est constamment inscrit parmi les ultra-conservateurs et a déjà, à plusieurs reprises, représenté des présidents républicains, notamment aux Nations unies. Il était trumpiste en quelque sorte avant même que M. Trump eût envisagé de présenter sa candidature à la présidence. Avec l’élection de M. Trump, il a cru que son heure était enfin arrivée et qu’il allait appliquer des méthodes reflétant les moyens de la plus grande puissance militaire du monde. Ajoutez son caractère irascible à sa prédilection pour la manière forte et vous avez le modèle d’une politique uniquement appuyée sur les armes et la menace d’entrer en guerre.

Trois problèmes sans solution.

Donald Trump aurait aimé qu’une telle vision pût trouver une application dans les relations internationales. Mais, contrairement à Bolton, il ne souhaitait pas déclencher un ou plusieurs conflits dont le prix aurait été très élevé et les conséquences incalculables. Après plusieurs navettes de la diplomatie américaine entre la prise de risque et le dialogue, et des conflits internes au cours desquels le secrétaire d’État, Mike Pompeo, n’a jamais cessé de dénoncer l’influence sinistre de Bolton, M. Trump a enfin fait son choix et a demandé à Bolton de déguerpir, ce qui écarte, apparemment, la perspective d’une guerre avec l’Iran ou la Corée du Nord, mais ne règle aucun problème. Le départ de Bolton montre seulement aux Iraniens qu’une attaque américaine n’est pas pour demain, que, pour ce qui concerne la Corée du Nord, les États-Unis sont impuissants et que le piège afghan empêche l’évacuation du corps expéditionnaire américain.

L’impasse nord-coréenne.

Dans ces trois dossiers, l’échec du président américain est indéniable. La démission de Bolton était inscrite dès le mois dernier par l’assentiment donné par M. Trump au président Macron au sujet d’une visite en France du ministre iranien des Affaires étrangères, juste avant le sommet du G7 à Biarritz. Aujourd’hui l’Iran peut considérer que, avec le départ de Bolton, il a remporté une victoire, bien qu’il continue à produire de l’uranium enrichi capable de lui donner les moyens de construire une ou plusieurs bombes nucléaires. À Pyong Yang, Kim Jong-un  envoie encore des missiles au-dessus de la tête des Japonais, sans que M. Trump exprime la moindre colère. Kim entretient l’inquiétude mondiale, mais le président des États-Unis est à court de moyens de rétorsion. Il n’a cessé d’encenser Kim,  décrit comme un leader prodigieux, mais il n’a pas réussi à l’empêcher de perfectionner sa force nucléaire, pas plus que Kim n’a obtenu l’aide économique dont il rêvait.

Le piège afghan.

Cet état des lieux ne signifie pas pour autant que Trump soit affaibli au point de ne pas être réélu. C’est l’évolution de l’économie de son pays qui décidera de son sort. Mais son bilan diplomatique est désastreux : les points chauds du monde continuent à bouillonner, et il vient de mettre fin aux pourparlers avec les talibans, qui ne le conduisaient nulle part. Il aurait voulu annoncer le départ des 14 000 hommes de troupes américains stationnés en Afghanistan  et il est allé assez loin dans la négociation pour froisser le gouvernement afghan, qui le critique sévèrement. Le voilà contraint d’ajourner l’évacuation et de poursuivre une guerre particulièrement atroce à laquelle il veut mettre un terme pour « faire des économies » mais eût été utile pour lui donner ses galons d’homme de paix.

La complexité des crises iranienne, nord-coréenne, syrienne exige autre chose que des roulements de tambour et des propos tantôt injurieux tantôt louangeurs. Les négociateurs américains en étaient arrivés au point du protocole d’accord où, après la guerre, les talibans auraient protégé les soldats américains qui seraient restés sur place pour défendre le gouvernement de Kaboul. C’était soit prendre les talibans pour des enfants de chœur soit faire courir un risque effroyable aux militaires américains. Quant à la position dure que Washington a adoptée à l’égard de Téhéran, elle n’a pas conduit, en tout cas pas encore, à la révision du traité conclu en 2015 et les Iraniens progressent dans l’enrichissement de l’uranium sans que personne, en tout cas pas Trump, ne parle d’aller les vitrifier. Un seul homme tente inlassablement de ramener les Iraniens à la raison et c’est Macron.

RICHARD LISCIA

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Macron-Poutine : l’idylle

Le marchandage est possible
(Photo AFP)

Tout le monde perçoit les limites des efforts diplomatiques d’Emmanuel Macron en direction de la Russie. Il se trouve pourtant que le président de la République, qui ne s’est pas ménagé en août, a déjà obtenu des résultats.

BIEN ENTENDU, le nouveau climat de guerre froide qui s’est instauré entre Moscou et les pays occidentaux n’autorise pas l’optimisme. La Russie ne cesse, depuis plusieurs années, de provoquer l’OTAN en envoyant ses avions voler au-dessus des navires de guerre occidentaux et en s’ingérant grossièrement dans les processus électoraux américains ou européens. À défaut d’une explication militaire que personne n’aurait pu maîtriser, Emmanuel Macron tente la manière douce. Il a donc invité Vladimir Poutine à Brégançon pendant le mois d’août, juste avant le G7 de Biarritz, ce qui traduit la volonté du président français de rendre à la Russie  l’importance diplomatique qu’elle avait par le passé en Europe et dans le monde et que lui nient aujourd’hui bon nombre de pays industrialisés.

Un échange de prisonniers.

En même temps, personne ne peut croire que, en dépit des multiples nuisances imaginées par Poutine, l’OTAN devrait riposter sur le plan militaire. Cela ferait beaucoup de morts pour un résultat plus qu’incertain, sans compter les conséquences négatives d’un conflit qui resteraient accablantes pendant des décennies. Il reste curieux que le chef de l’État ait pris l’initiative d’inviter Poutine alors que les pays de l’Union européenne ont mis la Russie sous embargo, ce qui affaiblit certainement son potentiel économique et même le niveau de vie des Russes, mais n’a rien changé à ses interventions militaires en Géorgie, puis en Ukraine et à l’annexion de la Crimée par l’armée russe. Positif comme pas un, M. Macron a tenté de dépasser tout ce qui nous oppose à la Russie et notamment son ignorance délibérée du droit international, et de dialoguer avec M. Poutine sur les questions auxquelles des réponses conjointes peuvent être apportées. On pouvait se montrer sceptique au lendemain des entretiens de Brégançon, on ne l’est plus depuis que, samedi dernier, un échange de prisonniers a eu lieu entre la Russie et l’Ukraine. Auparavant, M. Macron avait reçu le nouveau et jeune président de l’Ukraine, Volodymyr Zelenski, peut-être plus réaliste que son prédécesseur, M. Porochenko.

Un début de détente.

Il est impossible de négliger un événement qui apporte un début de détente inespéré. Ce qui ne veut pas dire que M. Poutine mettra fin à l’annexion de la Crimée, mais l’espoir existe maintenant d’une évacuation du Donbass, territoire oriental de l’Ukraine, par les milices que la Russie y a installées. Ce n’est pas un résultat négligeable. Toutefois, ce début de détente restera difficile à confirmer. S’il est déjà clair que la Crimée ne sera jamais rendue à l’Ukraine, la récupération du Donbass par Kiev semble tout à fait possible. Le vrai problème est moins le régime russe que ces gouvernements de l’Union européenne qui ne sont pas tous d’accord avec la politique de dialogue inaugurée par M. Macron. D’autant que M. Poutine est un partenaire retors qui n’aurait aucun scrupule à rester au Donbass après avoir juré qu’il le quitterait.

Vingt ans de pouvoir.

En se lançant dans la « diplomatie du dialogue », le président de la République a montré aux 27 qu’il entendait faire bouger les lignes au moment où l’apathie allemande empêche tout progrès en Europe. Il s’est affirmé comme un diplomate de premier plan et il est soutenu par une minorité de Français qui considèrent qu’il vaut mieux traiter avec les Russes qu’avec les Américains. Une chose est sûre : Poutine écoute Macron et la Russie n’est pas dans un état économique si brillant qu’elle ne soit pas tentée de saisir une occasion d’engager un processus conduisant à la levée des sanctions européennes qui la font beaucoup souffrir. Les pays limitrophes de la Russie, les États baltes, l’Ukraine et d’autres ne sont pas enthousiasmés par l’approche de Macron car ils estiment que, en échange de la suppression des sanctions, M. Poutine n’a pas grand-chose à leur offrir et que, au fond de lui-même, il n’a jamais renoncé à l’hégémonie de Moscou sur la moitié de l’Europe.  Ils n’ont pas tort, mais les récentes élections partielles en Russie viennent de montrer que Vladimir Poutine, qui a déjà passé vingt ans au pouvoir, ce qui lessiverait n’importe quel politicien,  se situe maintenant sur le versant du déclin et que viendra bientôt un moment où il préférera faire des concessions que de perdre sa place.

RICHARD LISCIA

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Aigle Azur : vols high cost

Des passagers abandonnés à leur sort
(Photo AFP)

La faillite d’Aigle Azur se passe dans un désordre complet : 13 000 passagers attendent d’être rapatriés, 1 200 personnes sont menacées de chômage, tandis que les repreneurs pèsent les avantages et les inconvénients d’un rachat.

IL SEMBLE incroyable que la loi ne prévoie pas qu’une compagnie aérienne aussi soudainement plongée dans la banqueroute (Aigle Azur a arrêté tous ses vols vendredi dernier sans autre forme de procès) est contrainte d’honorer les billets qu’elle a vendus aux passagers. Ce serait même tout le contraire puisque les malheureux qui doivent rentrer chez eux doivent acheter un billet de retour, ce dont ils n’ont pas nécessairement les moyens. Comme si les dirigeants d’Aigle Azur n’avaient pas vu venir leur faillite, comme s’ils n’avaient pas pris leurs responsabilités en vendant des billets qui ont subitement perdu toute leur valeur et comme si le fonctionnement des transporteurs aériens était régi par le cynisme, l’indifférence complète à l’égard de leurs clients et qu’ils n’avaient de comptes à rendre qu’à leurs actionnaires.

Question de solidarité.

C’est encore l’État hélas ! qui aurait dû prendre le relais d’Aigle Azur sans attendre que les passagers floués fussent obligés de passer une ou plusieurs nuits dans des salles d’aéroport. On lui en demande trop ? Certes. Aigle Azur croule sous les dettes et ne pourrait même pas acheter le kérosène pour aller chercher les passages livrés à leur sort ? Certes. Est-ce que cela veut dire pour autant qu’il était impossible d’étendre la solidarité nationale, celle-là même dont toutes les gorges se gargarisent, à 13 000 personnes traitées comme du bétail, ou pire, puisqu’elles ne sont ni logées ni nourries ? On pense beaucoup à un rachat d’Aigle Azur par Air France. Car la société en faillite a des vertus : elle dispose notamment de « créneaux » à Paris-Orly, par exemple pour la destination Algérie, qui font saliver tous les anciens concurrents d’Aigle Azur. L’État devrait au moins intervenir dans la rédaction d’un futur accord pour exiger que, parmi les contraintes imposées à Aigle Azur, la société ramène les passagers abandonnés à l’étranger.

Et la dette ?

Autrement, personne ne voit l’affaire comme une catastrophe : une mauvaise gestion aurait entraîné la banqueroute d’une compagnie que nombre d’experts jugent rentable. Son personnel est formé et compétent. Elle a déjà une bonne clientèle, même si aujourd’hui elle n’inspire guère la sympathie. Du coup, les solutions envisagées sont toutes confortables pour d’éventuels acheteurs, même si la dette accumulée par Aigle Azur au cours des années, et dont personne ne nous parle, doit être considérable. Il y aura donc sûrement une transaction capable d’éviter le pire, par exemple la vente de la compagnie par morceaux. Le gouvernement ne peut pas être neutre : il doit assurer le retour des passagers souhaitant rentrer en France, maintenir les emplois et s’assurer une bonne fois pour toutes que le protocole de mise en faillite ne soit pas géré au détriment des passagesr et du personnel.

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