Terrorisme : pas de quartier

Me Dupond-Moretti
(Photo AFP)

Le frère de Mohamed Merah, assassin multiple tué lors d’un assaut du GIGN, a été condamné en appel à trente ans de réclusion criminelle pour complicité. Son avocat, Me Éric Dupond-Moretti, va se pourvoir en cassation.

POUR Éric Dupond-Moretti, ténor célèbre parmi les avocats, c’est un échec. Il poursuit sa plaidoirie dans les médias en soulignant qu’il n’existe aucune preuve de la complicité d’Abdelkader avec son monstre de frère, d’autant que la Cour d’appel a renversé le verdict précédent. Aussi talentueux qu’il soit, Me Dupond-Moretti se heurte à une falaise bien plus haute que lui. Abdelkader Merah, 36 ans, n’a jamais caché ses convictions salafistes, pas plus d’ailleurs que le reste de sa famille. Il se situe bel et bien dans cette nébuleuse où la haine de la France est le principe directeur. Ce que la Cour suggère, c’est le traitement que la société française réserve à toute personne qui a contribué, de près ou de loin, au développement du terrorisme en France. Il n’y avait d’ailleurs pas, dans l’affaire, de vindicte sociale, mais on a dénombré 300 parties civiles (et 117 tomes pour le dossier). C’est toute la France qui a jugé le cas, et pas seulement les jurés.

Pas de « loup solitaire ».

Quoi qu’il ait fait, Abdelkader ne pouvait ignorer ce que Mohamed tramait. Il ne l’a pas dénoncé, il ne s’est pas dit que des crimes particulièrement odieux allaient être commis, il a probablement pensé que son frère allait contribuer à la victoire de ses idées. Les Français ne peuvent pas extirper ces songes cruels et haineux des cerveaux de jeunes gens saisis par une passion destructrice, sauf à les prendre au berceau et à les éduquer. Ils ne peuvent pas abattre un suspect dans la rue. Ils ne peuvent pas se venger de crimes commis contre des militaires et des enfants. Mais ils peuvent appliquer à l’un de ceux qui ne s’identifient pas au système démocratique de notre pays la justice qu’ils ont mise en place et qui est égale pour tous, citoyens honnêtes et comploteurs à la petite semaine. Au cours des deux procès, la thèse du « loup solitaire » a volé en éclats. Mohamed Merah a bénéficié de soutiens multiples. Abdelkader n’était pas en dehors d’un circuit dans lequel toute la famille était largement engagée.

Un message au terroristes.

La défense d’Abdelkader est forcément consternée, mais le message national envoyé à tous ceux qui, battus à plate couture en Irak et en Syrie, voudraient venir en France pour y semer la mort et la destruction. Nous serons fidèles à nos lois, mais nous les appliquerons avec la plus grande fermeté. Ainsi la justice a-t-elle contribué au respect de la démocratie, avec le souci de combler toute faille dans notre bouclier : ceux qui, de nouveau, oseront prendre les armes contre notre société seront arrêtés, et sévèrement punis. Leur intérêt n’est donc pas de rechercher une prolongation de leur sinistre carrière, mais de renoncer à leur vocation, de réfléchir sur le sens même de leur conduite et de comprendre enfin, maintenant que leur rêve de califat sont réduits à néant, qu’ils ne trouveront aucune issue à leur parcours infernal s’ils ne changent pas d’avis.

La défense d’Abdelkader a certainement saisi le risque qu’il courait et qui est d’ordre politique. Elle s’est acharnée à repousser des éléments de preuves qui n’étaient pas vraiment des preuves formelles. Elle ne pouvait énoncer ce qui était, lors du procès, dans toutes les têtes, à savoir que toute forme de mansuétude à l’égard d’Abdelkader eût été une façon d’inviter chaque apprenti terroriste à venir en France faire un coup d’essai. Cet enjeu, les magistrats et les jurés l’ont parfaitement compris.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | Un commentaire

Notre-Dame : polémique méprisable

Le Radeau de la Méduse, de Géricault
(Photo AFP)

L’effort de reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris n’a pas commencé qu’une vive polémique oppose le pouvoir aux partis, les gilets jaunes aux donateurs, les riches aux pauvres, les tenants optimistes d’une réhabilitation rapide aux pessimistes pour qui elle prendra des siècles.

CERTES, le désastre a inspiré le président de la République qui a souhaité démontrer que la politique au jour le jour devait céder le pas à la mobilisation. Il a néanmoins livré un message optimiste et unitaire. Il a voulu ajouter à la ferveur religieuse la passion des hommes pour la création, en l’occurrence la re-création. Il a réclamé du peuple sa convergence vers un seul sujet, capable d’effacer momentanément les préoccupations qui le minent. Il a joué son rôle.

Insulte à la douleur nationale.

Il n’a été que médiocrement suivi, principalement parce que le peuple qui l’a élu se méfie de lui. Là où il a décelé, avec son intuition bien connue, la source d’un redressement national, d’autres, très nombreux, ont trouvé dans la leçon qu’il tire de la catastrophe un danger politique. Comme à l’ordinaire, ses opposants de tout poil ne voient en lui que l’un des participants à la kermesse, violente et passionnée, qui incendie les cœurs, au même titre qu’un feu impitoyable a détruit le centre de la cathédrale. Je veux bien que, accrochés à leurs ronds-points et aux Champs-Elysées, les gilets jaunes considèrent comme une distraction tout événement imprévisible qui contre-carre leur projet. Mais ce qu’ils nous disent est fatalement une insulte à la peine de leurs concitoyens, et pas seulement à celle de l’Etat.

Un débat sur les priorités.

La polémique est multiple, qui porte d’abord sur les priorités : il faudrait de toute urgence enrichir les pauvres et s’occuper après de Notre-Dame ;  l’argent déversé à flots par les grandes familles et les grands groupes sent mauvais, serait sacrilège, montre une fois de plus la nécessité de l’Impôt sur la fortune (et si les très riches n’avaient pas bougé, s’étaient montrés indifférents, de quoi encore les aurait-on accusés ?) ; le courage des pompiers, célébrés aujourd’hui à l’Elysée, n’est rien par rapport aux fausses nouvelles qui nous racontent un complot, une mise à feu criminelle, une volonté de nuire et de détruire, peut-être celle de porter un coup à la cause des gilets jaunes. Que Nicolas Dupont-Aignan, de Debout la France, s’empare sans vergogne de cette thèse qui court les réseaux sociaux et les cerveaux embrumés par la fumée n’est pas que pathétique, c’est misérable, c’est le comportement d’un homme qui, au bout de son parcours, convaincu de son échec, jeté dans les cordes par ses propres fautes, croit renaître politiquement en instruisant un faux procès.

La seule voie possible.

La controverse concerne également les conditions de la course à la reconstruction telles qu’elles ont été définies par M. Macron : cinq ans, pour un chef d’œuvre que les humains ont mis deux siècles à bâtir. De la folie ! Mais quoi ? L’important, c’est de fixer un objectif et, si le travail de restauration prend un, deux ou trois ans de plus, ce ne sera pas la fin du monde. Une charpente de chêne, ou trouver les chênes ? Une charpente de métal ? Insulte au génie historique de l’artisanat français ! L’important était de donner le signal de départ de la mobilisation, le rassemblement qui rendra le projet plausible, l’accumulation d’énergie qui triomphera des difficultés. Ceux qui refusent la méthode sous le prétexte qu’elle est énoncée par un président à leurs yeux illégitime ne comprennent même pas qu’un autre chef de l’Etat , s’il avait un peu de respect pour les Français et pour sa fonction, dirait exactement la même chose.

La politique revient au galop.

La politique n’a fui l’incendie que pendant vingt-quatre heures. Chassée, elle est revenue au galop, faisant à son tour les mêmes ravages, en asphyxiant l’intelligence nationale, en brûlant les liens qui nous rassemblent, en introduisant le doute dans les cœurs blessés. Comment faire pour transformer un malheur en élan national ? Comment retrouver l’esprit de résistance ? Comment, en définitive, distinguer le positif du négatif, l’espoir du désespoir, la mauvaise humeur de la confiance, bref, le bien du mal ? La leçon, la voici : la revendication incessante a conduit une faible minorité à ne trouver de l’enthousiasme que dans la constance de leur mépris pour les autres, dans la haine de leurs concitoyens, dans l’égoïsme catégoriel ou professionnel,  dans le rejet de toute chapelle, Notre-Dame comprise, et à errer solitairement sur un océan agité, comme les passagers du Radeau de la Méduse.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | 12 commentaires

Macron : feu de tout bois

Une réaction fulgurante
(Photo AFP)

Emmanuel Macron a prononcé un discours hier soir pour encourager les Français à s’unir dans l’immense projet de reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Des fuites ont permis de connaître les principales mesures sociales qu’il entend annoncer dans les jours qui viennent.

PERSONNE ne doute de la sincérité du président quand il partage la consternation populaire à propos d’une perte, la semi-destruction de Notre-Dame, durement ressentie par ses concitoyens. Il a répondu au malheur avec sa spontanéité et sa vivacité habituelles, renonçant sans hésiter à la séquence télévisée de son grand discours social, se rendant sur place et déclenchant, par ses fervents commentaires, une vague de générosité sans précédent qui permet déjà aux bâtisseurs de compter déjà sur 800 millions d’euros, et même, affirme-t-on, un milliard.

Il l’a fait aussi pour saisir, comme il en a l’habitude, une occasion historique, ce qui est certes le propre des leaders, mais qui devient chez lui une seconde habitude. Aurait-il lu son texte devant le petit écran qu’il se serait ridiculisé. Ce qui n’empêche pas les gilets jaunes de dénoncer la dépense d’un « pognon de dingue » (Ingrid Levavasseur), vite trouvé pour réparer une église mais jamais disponible pour les pauvres. On se refusera à ce parallèle qui ne tient nullement compte de l’émotion des Français et ramène tout, y compris le sacré, à une groupe minoritaire, mais, au fond, les gilets ne sont pas les seuls, ici bas, à sombrer dans la démagogie.

Le secret est éventé.

Si  M. Macron a voulu différer son discours, c’est raté. Plusieurs médias se sont emparés du texte et l’ont diffusé largement. L’Elysée a refusé de confirmer ce qui a été publié et voilà le président contraint soit de chercher d’autres mesures, uniquement pour démentir les révélations, soit de les confirmer dans un « moment » politique qui risque fort de tomber à plat. M. Macron proposerait une baisse de l’impôt sur les revenus les moins élevés (jusqu’à ceux de la classe moyenne et la baisse pourrait être de 10 %), la réindexation des petites retraites jusqu’à 2 000 euros par mois, le réaménagement de l’ISF en 2020 après une évaluation, la suppression de l’ENA (peut-être la décision la plus révolutionnaire) et le recours à des référendums locaux, mais pas au RIC, référendum d’initiative citoyenne, exigé par les gilets jaunes. On voit déjà qu’il propose le type de consultation que ne demandent pas ses détracteurs, on n’est pas convaincu que ces mesures coûteuses calmeront la colère des gilets, et on  doute que leur financement soit assuré par la seule suppression d’un certain nombre de niches fiscales. Si, par exemple, il s’agit de fiscaliser l’aide sociale à domicile, les personnes âgées se révolteront.

Les manifestations continuent.

Est-il licite de commenter des mesures qui ne sont pas certaines ? En tout cas, elles ne surprennent personne, elles sont dans la droite ligne des divers ballons d’essai lancés par le gouvernement, elles relèvent du possible (M. Macron aurait dit qu’il poursuivrait les réformes et ne serait pas affecté par une dépense excessive) et elles ont leur cohérence. Laquelle est en contradiction avec l’objectif politique du plan, censé représenter l’instrument du retour à la paix sociale. Avant le discours qui n’a pas eu lieu, les gilets jaunes disaient qu’ils n’en attendaient rien. Samedi, nous aurons droit à une nouvelle démonstration de force dans les grandes villes avec les risques de dérapage que l’on connaît. Le pouvoir exécutif est pris dans une nasse d’où il ne parvient pas à sortir, et lorsque M. Macron se sera exprimé, il aura abattu, en quelque sorte, sa dernière carte. Souhaitons alors que la colère des gilets les incite à former une liste aux élections européennes. Une telle liste aura l’immense avantage d’affaiblir d’un ou deux points le résultat du Rassemblement national et de creuser l’écart avec celle de la République en marche, qui a une bonne chance d’arriver en tête.

Nous en sommes donc là : une crise politique sans précédent a secoué la République, mais nous assistons à la répétition de 2017, rendez-vous électoral où les deux seules forces qui s’opposèrent furent la REM et le Front national. La différence, c’est que, chaque jour, la France est de moins en moins gouvernable.

Publié dans Non classé | 2 commentaires

Paris, le cœur brûlé

La flèche détruite par le feu
(Photo AFP)

L’incendie de Notre-Dame de Paris, assez grave pour avoir ajourné le discours du chef de l’Etat, semble avoir été maîtrisé pendant la nuit de lundi à mardi, mais ses ravages sont considérables.

LE DESASTRE, cela a été répété par tous, ne concerne pas que les catholiques, pas que les Français, pas que les Européens. Il a une dimension planétaire et son retentissement fait penser, dans des circonstances pourtant très différentes, à l’assaut contre les tours de New York, il y a 18 ans. Notre-Dame de Paris, en effet, représente, aux yeux des Français et de tous ceux qui se considèrent comme citoyens du monde, l’un de ces chefs d’œuvre si puissants qu’il alimente l’enthousiasme des gens les plus rebelles, les plus athées ou les plus fermés à l’art et à la beauté. C’est certes un don de la France à Dieu, mais c’est également un témoignage du génie humain, par l’audace de son architecture, par le foisonnement indescriptible de ses envolées de pierres, de sculptures, de gargouilles, son abondance de figures ésotériques, la multiplication à l’infini des objets d’art qui recouvrent ses impériales structures.

La double incrédulité.

Le premier réflexe populaire a été celui de l’incrédulité. Il a fallu deux siècles pour bâtir la cathédrale et elle trône au bord de la Seine depuis plus de huit siècles. A nos yeux, elle était en quelque sorte indestructible, au même titre que la tour Eiffel, que le Sacré-Cœur, que le Trocadéro, la place de la Concorde ou celle de la Bastille. De même que les bâtisseurs, au douzième siècle, étaient ébahis par leur propre exploit, de même les Français d’aujourd’hui ne parviennent pas à croire qu’ils ont été privés de l’un des plus beaux de leurs monuments. Notre-Dame, pour les chrétiens et pour tous les autres, c’est Paris.

Le chagrin des Français

Et le public parisien n’a pas assisté, en rongeant son frein, à la destruction de Notre-Dame par le feu, sans éprouver un immense chagrin. Le rationalisme nous commande pourtant de ne pas croire aux solutions de facilité, par exemple le recours aux bombardiers d’eau dont l’action aurait pu être fatale à la cathédrale. De compter ce qui a été sauvé, reliques et œuvres d’art, plutôt que ce qui a disparu. Mais il faut aussi être réaliste : le feu n’a pas épargné les vitraux et les trois rosaces construites au XIIIe siècle. Il a détruit la flèche, plus récente, comme fétu de paille. Il a ravagé la charpente sur plus de cent mètres. On ignore dans quel état se trouvent les trois orgues, dont le plus grand comprend 109 jeux et 2 000 tuyaux. Les deux beffrois ont été sauvés et, sans préjuger des résultats de l’enquête en cours, il semble bien que le feu se soit déclaré dans l’échafaudage construit justement pour rénover la cathédrale.

Une souscription nationale.

De même, ce n’est pas la première fois qu’un monument national est livré aux flammes. Il suffit de se souvenir des précédents, aucun n’ayant la gravité de Notre-Dame de Paris : le Parlement de Bretagne (1994), le Palais de Chaillot (1997), le Château de Lunéville (2 000), le Logis royal du château d’Anjou, bâti au XIIIe siècle, l’Hôtel Lambert, à Paris, et l’Hôtel de Ville de la Rochelle, tous deux détruits en 2013.

Ce qui est sûr, c’est qu’un sursaut national assurera la reconstruction annoncée dès hier soir par Emmanuel Macron, qui s’est rendu sur place. Il est probable qu’une souscription nationale sera ouverte. Le riche industriel François Pinault a pris l’engagement de verser 100 millions d’euros. D’autres richissimes personnages font de la surenchère. Nous avons le cœur gros, mais de bonnes raisons d’espérer. Il faudra des années pour rendre à Notre-Dame sa splendeur millénaire.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | Un commentaire

Avant la parole de l’oracle

Un président peut être pire
(Photo AFP)

Emmanuel Macron annoncera ce soir à 20 heures le contenu des mesures qu’il s’apprête à prendre pour apaiser la colère sociale. Les oppositions et la presse dénoncent ces décisions avant même de les connaître.

AFFIRMER, comme les médias, que le président de la République est contraint, cette fois, de faire des choix qui risquent de plonger le pays dans une crise financière et monétaire ne revient pas à annoncer une nouvelle. On s’en doutait depuis longtemps. Les partis et les journaux dramatisent à leur tour une séquence que le chef de l’État vent rendre spectaculaire. Si elle bouleverse les âmes et les esprits, c’est qu’il aura exagéré et pris des risques relatifs aux équilibres fondamentaux. Si elle déçoit, c’est qu’il aura voulu, au contraire, respecter en partie les engagements de campagne qu’il a pris. Néanmoins, l’attitude de l’opinion, des partis et des commentateurs montre une volonté d’alarmer le peuple un peu plus. Conformément à une formule anglaise, le président sera condamné s’il agit et condamné s’il ne bouge pas. Alors, pourquoi ne pas le critiquer avant même qu’il se soit exprimé, ce qui a été fait ce matin un peu partout, mais relève davantage de la manipulation des cerveaux que de la sérénité ?

Bobard sur la fiscalité.

Pour le dénoncer à l’envi, on se fonde sur sa part de responsabilité personnelle dans la chronologie des événements, ses provocations verbales, ses convictions inébranlables, le peu d’égards qu’il a eus pour ceux de la République en marche qui viennent de  la gauche, l’isolement dans son palais, son refus de dialoguer avec les syndicats dicté par son désir d’accélérer les réformes. Tout cela est vrai. Mais qui pouvait penser, encore l’été dernier, qu’un mouvement social profondément minoritaire bloquerait le fonctionnement de la République ? Et qui a vu que le danger contenu dans ce mouvement menaçait non pas telle ou telle catégorie de citoyens, mais l’ensemble de la Nation ? Qui a admis, en dépit de tous les sondages, que la REM vaut mieux, quoi qu’il arrive, que le RN ou LFI ? Pis, la presse a vu dans les attaques des partis extrêmes une analyse justifiée, et soutenu un bobard selon lequel la classe pauvre et la classe moyenne étaient fiscalement matraquées, alors que, en réalité, elles l’ont été infiniment plus par François Hollande, qui fait la danse du ventre dans toutes librairies, que par Macron.

Des mesures qui peuvent plaire.

Avant même que l’oracle ne parle, la situation politique est la suivante : la mauvaise humeur de la gauche de la REM n’empêche pas le parti d’avoir la majorité à l’Assemblée ; elle ne l’empêchera pas de gagner, de justesse, les élections européennes puisque tous les sondages accordent aujourd’hui à Nathalie Loiseau, chef de file de la REM, entre deux et quatre points d’avance sur le RN. La droite LR, grâce en partie à sa tête de liste, François-Xavier Bellamy, reprend du poil de la bête mais se situe au mieux à 14 %. Le PS, associé à Place publique, stagne à un niveau bas. Benoît Hamon aussi, La France insoumise reste au-dessous de la barre des 10 %. Nicolas Dupont-Aignan refuse avec obstination toute alliance avec le RN, le privant d’une chance de victoire. Il suffirait qu’une liste gilets jaunes soit annoncée pour que l’écart entre REM et RN augmente. Nous en sommes là avant que Macron ait annoncé ses mesures qui ne risquent pas de déplaire aux personnes personnellement intéressées par la baisse des impôts, classe démunie ou retraités. Qui peut être certain aujourd’hui que les décisions de l’exécutif ne vont pas lui rapporter 1, 2 ou 3 points aux élections européennes ?

Dictature de la pensée.

Enfin, on peut éternellement contester la légitimité d’un homme qui a été élu par 66 % des suffrages et a obtenu bien plus que la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Depuis ce tour de force de 2017, les européennes sont le premier rendez-vous électoral avec le peuple français et quoi qu’on en dise, c’est quand même autre chose que le bris de vitrines. Si la majorité, lors de ce scrutin, confirme qu’elle est majoritaire, si les gauches divisées sont renvoyées dans leurs foyers, si la droite minoritaire le reste, si le RN est une fois de plus écarté du pouvoir, qu’est-ce que les Français des ronds-points et des Champs-Élysées pourront faire, sinon attendre les municipales, puis les élections générales de 2022 ? Oui, les européennes seront un test de popularité pour Macron ; oui, il est le meilleur rempart contre la vague lepéniste ; oui, s’il devait démissionner, il plongerait le pays dans le chaos institutionnel, moral et politique. N’ont le choix que les esprits les plus enfumés par des idées préconçues, les gens qui récusent l’unité nationale, ceux qui souhaitent, en somme, imposer la dictature de leur pensée.

RICHARD LISCIA

 

Publié dans Non classé | 2 commentaires

Emploi : l’offre écrase la demande

Charentaise, produit français
(Photo AFP)

Une étude de Pôle emploi, avec l’aide du Credoc, montre que, pour 2019, les entreprises ont 350 000 projets d’embauche qui, si elles aboutissaient, assureraient le recrutement de quelque 3 millions de personnes.

L’ÉTUDE a été réalisée sur 436 000 entreprises (il en existe 2,4 millions en France). Elle tend à prouver que l’offre d’emplois est très forte dans notre pays mais que beaucoup de propositions sont rejetées par les chercheurs d’emploi. Pour diverses raisons : éloignement de l’entreprise par rapport au domicile, manque d’expérience du candidat, manque de motivation, compétences insuffisantes. Cependant, en 2018, 80 % des entreprises ont réalisé leur projet d’embauches. Le nombre de contrats à durée indéterminée (contrats fixes et durables) proposés est de 45 %, en hausse de 3,5 %. La construction a augmenté de 26 % les recrutements, l’industrie de 20 %, les services de 20 %. Les services aux particuliers représentent le premier recruteur. Les offres d’emploi se situent principalement dans l’entretien,  la sécurité, les transports, les soins à la personne, les aides à domicile, les aides-soignants, les infirmières. Cinquante pour cent des recruteurs estiment rencontrer des difficultés à l’embauche, contre  44 % en 2018.

Créations d’emplois non liés à la croissance.

Il existe des métiers où, pratiquement, les entreprises ne trouvent pas de personnes compétentes, carosseurs automobiles, couvreurs zingueurs, plombiers, aides à domicile. On constate donc un fossé entre les besoins en personnels exprimés par les entrepreneurs et la capacité des chômeurs à fournir une main-d’œuvre efficace. C’est au moins l’explication d’un phénomène qui altère sérieusement les perspectives du retour au plein emploi. Bien que la formation professionnelle coûte à l’État quelque 25 milliards par an, elle ne semble pas s’adresser à tout le monde. Trop de chômeurs ne parviennent toujours pas à trouver un emploi parce qu’ils n’ont pas suivi une indispensable recyclage.

L’étude apporte donc sur le chômage en France une lumière qui permet d’expliquer deux choses : la première est qu’il est possible de créer des emplois malgré une croissance faible ; la seconde est que la société française, loin d’être anesthésiée par un combat politique incessant et négatif, est vivace, tournée vers le succès, et capable de damer le pion à ses concurrents. Le taux de chômage en France est juste au-dessous de 9 %, mais il n’est pas impossible que, conformément à ce que dit l’étude de Pôle emploi, il diminue de façon sensible en 2019. Le gouvernement, pour sa part, a réformé la formation professionnelle et attend des résultats de cette réforme. Dans ses discussions avec les syndicats sur le chômage, il exerce des pressions pour que les chômeurs sollicités par les entreprises acceptent plus volontiers les emplois qui leur sont proposés. De leur côté, les entreprises devraient songer à former les personnes qu’elles veulent embaucher et améliorer leur offre en les aidant financièrement à changer leur domicile pour qu’elles puissent se rapprocher du site de travail ; ou encore accepter d’embellir l’offre, par exemple en accordant des avantages aux salariés potentiels.

Offre et demande.

Le gouvernement doit intervenir là où les difficultés sont les plus grandes. La formation professionnelle doit devenir, comme en Allemagne, une préoccupation permanente. Une aide de l’État pour le changement de région devrait être envisagée. La question du chômage en France est très sérieuse : nous sommes parmi les pays européens qui n’ont jamais retrouvé le plein emploi. Chez nous, le chômage est structurel et ne peut être combattu que massivement. Il explique la plus grande partie du malaise social et politique actuel. Si nous avions le plein emploi, les employés commenceraient à obtenir des hausses de salaires et leur pouvoir d’achat s’améliorerait. D’un autre côté, la difficulté pour les entreprises de trouver des gens disponibles pour des emplois qu’elles ne parviennent pas à pourvoir montre qu’une offre financièrement plus alléchante permettrait de débloquer la situation. N’est-ce pas le jeu naturel de l’offre et de la demande ?

RICHARD LISCIA 

Publié dans Non classé | Un commentaire

Partiront-ils ?

Macron et Merkel hier
(Photo AFP)

La Première ministre britannique, Theresa May, a obtenu des 27, dans la nuit de mercredi à jeudi, un nouveau report, au 31 octobre, de la date du Brexit. Le Royaume-Uni larguera les amarres plus tôt si les élus du pays trouvent un accord. Mais, à ce train-là, il n’est pas complètrement impossible que les Anglais se ravisent.

NÉCESSITÉ fait loi. L’Union européenne ne pouvait refuser à Londres un nouveau report car mieux vaut un accord de séparation que pas d’accord du tout. Mais l’affaire devient grotesque. Outre que Mme May va devoir payer quelques six milliards pour ce report, la question se pose des élections européennes : si le divorce n’est pas prononcé avant le 26 mai, les Britanniques ont le droit d’être représentés au Parlement européen. Voilà qu’il faut leur rendre les places réparties entre les listes des 27 ; et on a du mal à imaginer une campagne des européennes au sein d’un Royaume-Uni uniquement obsédé par le Brexit. Le président de l’Union, Donald Tusk, était favorable à un report d’un an. Emmanuel Macron y était hostile. On a passé un compromis qui a l’avantage, si j’ose dire, d’offrir plusieurs interprétations.

Trois hypothèses.

La première, c’est que les Anglais iront au bout de la course, qu’ils s’en iront et que les Tories et les travaillistes tombent enfin d’accord sur la façon de partir. La deuxième, c’est qu’il n’y ait pas d’accord national et que, après des mois de tergiversations, le départ se ferait dans les conditions du désordre total. La troisième, c’est que l’opinion britannique commence à s’habituer à l’idée qu’elle trouve son confort dans l’appartenance à l’Union, que le résultat du référendum de 2016 a été faussé par les mensonges de leaders démagogues, que, décidément, le Brexit est une très mauvaise affaire et que Mme May est tenue d’organiser un nouveau référendum. Cette hypothèse est assez peu probable parce que la Première ministre a toujours dit qu’il était de son devoir de respecter l’opinion exprimée en 2016 par une majorité de ses concitoyens et qu’elle ne voulait en aucun cas forcer le Brexit dans la gorge des Anglais comme on gave une oie.

Résilience.

Cette intégrité démocratique, que j’ai toujours saluée, lui aura valu en fait énormément de déboires et de fatigue. Elle a mené son combat politique avec une résilience que l’histoire retiendra. En même temps, son obéissance aux principes a contribué à la complexité de l’écheveau. La seule idée qu’il faille organiser des élections européennes dans un contexte aussi tendu en Grande-Bretagne, sans compter les complications pour le continent, obligé de rendre à Mme May les quelque 70 sièges auxquels elle a droit, relève de la pantalonnade. Et si le Brexit a lieu, qu’est-ce que les Britanniques vont faire de leurs élus européens ? Faudra-t-il procéder à un nouveau round électoral pour affecter les sièges aux listes des 27 États qui, eux, sont dans l’Union ? Les chefs d’État et de gouvernement réunis hier soir à Bruxelles ont évidemment examiné ces aspects rebutants du report. Le président français aurait voulu un délai plus court, tandis qu’Angela Merkel s’est montrée plus généreuse. Encore une fois, tout vaut mieux qu’un Brexit sans accord.

Oublier 2016 ?

Ce qui serait bien, c’est que Theresa May soit enfin prise d’un doute. Est-ce que ce capharnaüm diplomatique, économique, financier et politique est acceptable en l’état ? L’Union doit-elle tourner autour de Londres ? N’a-t-elle pas fait preuve d’une modération exemplaire ? N’était-il pas temps de mettre fin à cet immense désordre qui ne grandit pas le royaume et retarde la refondation européenne annoncée par Emmanuel Macron ? La preuve n’a-t-elle pas été apportée que le Brexit correspond à une vision farfelue, inopérante, dangereuse à la fois pour l’équilibre politique de la Grande-Bretagne et pour la bonne santé de l’UE ? Si l’on admet que la campagne britannique qui a précédé le référendum de 2016 a été pleine de mensonges et de désinformation, pourquoi ne pas décider que les résultats ont été faussés, pourquoi ne pas écarter un résultat qui, au total, n’a pas été obtenu dans des conditions vraiment démocratiques ?  Mme May, qui a mis tant de courage dans l’opération la plus négative de l’histoire britannique, pourrait se tourner vers une option entièrement nouvelle, d’ailleurs dictée par l’enfer d’une négociation qui, à ce jour, n’a pas abouti.

RICHARD LISCIA

 

 

Publié dans Non classé | 2 commentaires

Israël : Netanyahu, bien sûr…

Le triomphe de Netanyahu
(Photo AFP)

A l’issue des élections législatives israéliennes, le Premier ministre sortant semble assuré de former la prochaine coalition qui gouvernera le pays.

Le Likoud, parti de Benjamin Netanyahu a obtenu, après le décompte de 97 % des suffrages, quelque 35 sièges à  la Knesset, parlement israélien, autant que le parti blanc-bleu de Benny Gantz, ancien chef d’état-major des armées. Cependant, le général Gantz a peu de chances de trouver des alliés pour gouverner, tandis que le Premier ministre, qui n’a pas hésité à clamer sa victoire, s’alliera, comme par le passé, avec l’ultra-droite religieuse. Ainsi les Israéliens se sont-ils privés d’une chance historique de réviser leur politique générale, laquelle n’a cessé de s’inspirer des partis charnières de l’extrême droite religieuse et de remettre en cause une diplomatie qui, avec l’aide de Donald Trump, multiplie les faits accomplis.

Une justice indépendante.

L’opposition israélienne, pour autant qu’elle présente un front uni, compte sur les déboires à venir du Likoud et de son chef, poursuivi par la justice pour des faits de corruption. Des précédents ont montré, de ce point de vue, que la justice israélienne, souveraine et indépendante,  n’hésite jamais à jeter en prison un président ou un Premier ministre. Il suffirait que, dans quelques semaines ou quelques mois, le scandale judiciaire auquel M. Netanyahu est lié devienne  insupportable pour l’opinion, assez en tout cas pour que sa longévité politique soit remise en cause. Mais ce serait compter sur les impondérables liés à l’affrontement entre deux pouvoirs, le politique et le judiciaire. Pour ne prendre qu’un exemple, le président des Etats-Unis d’Amérique, Donald Trump, vient d’être blanchi par le rapport du procureur spécial Robert Mueller, en ce qui concerne la « collusion » improbable entre la campagne de M. Trump et des personnages politiques russes.

Un pays prospère.

Mais l’enjeu électoral n’est pas de savoir si M. Netanyahu passe des deals occultes avec de riches personnages. Il concerne l’avenir d’Israël et le rétrécissement des options politiques que lui offre ce cinquième mandat. M. Netanyahu a répété avec force que les Israéliens auraient un gouvernement « de droite et stable ». En réalité ils auront un exécutif totalement inspiré par le populisme et qui multipliera probablement les provocations. Coup sur coup, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, l’annexion du Golan et bientôt l’annexion de la Cisjordanie par l’Etat juif ont mis ou mettront le monde devant des situations nouvelles qui ne favoriseront pas les espoirs de paix. M. Netanyahu a été réélu sur la base de la sécurité et de la prospérité. Le PIB israélien est comparable à celui de la France, mais avec des inégalités plus criantes (25 % de la population est sous le seuil de pauvreté). Cette situation a anesthésié les Israéliens, qui ne croient plus à la gauche depuis trente ans et sont las de la haine active des Palestiniens.

Surfer sur la vague populiste.

Cependant, rien ne met vraiment Israël à l’abri du terrorisme, du Hezbollah irano-libanais qui ronge son frein à la frontière nord d’Israël, ou du Hamas de Gaza qui se livre, presque tous les jours, à des agressions dûment rétribuées. N’importe quel homme politique un peu sensé essaierait de déminer la poudrière et de rechercher une solution négociée. A la place de quoi, M. Netanyahu, qui se fie toujours à son instinct et met en avant sa fermeté, viole le droit international en procédant à des changements que l’ONU ne reconnaît pas. Le Premier ministre bénéficie de la vague populiste qui a recouvert le monde et lui a apporté des amitiés incompatibles avec la vocation profonde d’Israël. Il a signé, avec les régimes de la Pologne et de la Hongrie des sortes de charte qui exonèrent ces deux pays de leur contribution à la Shoah ; il entretient avec Trump des relations qui aggravent la mauvaise réputation d’Israël ; il reçoit le président du Brésil, Jair Bolsonaro, ce nostalgique de la dictature militaire ; il exprime, sans la moindre réserve, son projet d’annexion de la Cisjordanie, territoire censé servir de base à la création de l’Etat palestinien.

Les arguments de Netanyahu.

M. Netanyahu peut toujours dire qu’il n’y a rien à négocier parce que, de l’autre côté, il n’y a pas de négociateur ; que les Palestiniens ne connaissent que la violence ; qu’ils ne sont pas fiables ; qu’Israël est menacé par l’Iran ; que toutes les affinités, avec Trump, ou l’Arabie saoudite ou le groupe de Visegrad (mini-Europe des régimes populistes) sont aussi valables que les relations du monde ancien, celui qui aurait disparu et serait remplacé par un monde nouveau auquel M. Netanyahu ne fait que s’adapter. En y regardant de plus près, le « scandale » de Jérusalem capitale d’Israël ou celui de l’annexion du plateau du Golan (reconnue par Trump) ne sont pas plus scandaleux que le seraient la remise du Golan à Bachar Al Assad, dictateur sanglant jusqu’à la caricature, ou la volonté du monde de considérer Jérusalem comme la capitale des trois religions révélées, alors que cette ville a pris racine dans le judaïsme et que les lieux saints ne sont pas plus menacés par le gouvernement israélien que s’ils étaient aux mains d’un autre gouvernement.

La question unique est : où va l’Israël qui nous a si souvent émerveillés ? Quel avenir se réserve-t-il dans le monde de la prolifération nucléaire ? Comment Israël peut-il prendre ses distances vis-à-vis des valeurs du vrai judaïsme et au nom d’un judaïsme qui représente la dangereuse déformation de l’autre ? Le plus effrayant, dans l’évolution de l’Etat juif, c’est qu’il faudra une bataille historique pour qu’il change d’avis.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | Un commentaire

Retraites : le faux débat

Delevoye, Macron, Ferrand
(Photo AFP)

Le gouvernement se trouve pris en tenaille entre ceux qui ne veulent pas entendre parler de la prolongation des carrières et ceux qui en font l’instrument d’une bonne réforme des retraites.  En réalité, la question ne se pose pas.

LA RÉFORME doit instaurer une retraite à points qui remplacera le système par répartition. Chaque actif cotise selon ses revenus et ses versements sont complétés par l’entreprise qui l’emploie. Quand il souhaite prendre sa retraite à 62 ans, âge légal du départ pour le moment, il fait le compte de ses points qui, convertis en euros, lui donneront une idée très précise de la pension qu’il va toucher chaque mois. S’il estime que le compte n’est pas bon, il peut continuer à travailler. S’il pense que sa pension est suffisante, il s’en va. On voit bien, dans ce schéma, que l’âge de départ n’intervient pas, que ce qui compte, ce sont les points accumulés. Bien entendu, Jean-Paul Delevoye, le Monsieur Retraites qui négocie la réforme avec les syndicats, s’en tient à la retraite à 62 ans. C’est quand même une position qui ne résiste pas à la perspective d’un financement insuffisant et c’est pourquoi des voix, au gouvernement, se sont élevées pour que les carrières professionnelles soient prolongées.

Un levier pour faire des économies.

M. Delevoye, pour parvenir à un accord, voudrait bien qu’on cesse de lui rappeler cet obstacle et demande qu’on le laisse faire. Sans doute pense-t-il, lui aussi, que, pour éviter de jeter de l’huile sur le feu, il suffit de feindre que le problème du financement ne se pose pas ou qu’il se posera plus tard, et on avisera alors. Mais la réforme des retraites, qui vise à unifier les 42 régimes existants et supprimer (mais oui) les régimes spéciaux n’a pas pour seul objectif de mettre de l’ordre dans le maquis des systèmes et de réduire leur coût. Elle peut être conçue comme un puissant instrument d’économies collectives. Un salarié qui travaille un an de plus après 62 ans continue cotiser et ne perçoit aucune pension. L’économie est double et l’État peut engranger des milliards, qui seront les bienvenus quand les gilets jaunes de 2025 réclameront de nouvelles largesses. À cet égard, l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique) a demandé aujourd’hui au gouvernement de prolonger les carrières, tout en lui suggérant de diminuer les impôts pour relancer la croissance.

La qualité de vie des seniors s’améliore.

Or le monde d’aujourd’hui est peuplé de gens qui, grâce à une médecine efficace et des dépenses maladie élevées, bénéficient non seulement d’une longévité accrue mais d’une qualité de vie remarquable qui leur permet d’accomplir des tâches avec compétence et, surtout, avec l’expérience que n’ont pas les jeunes. Il est vrai que cette vision n’inclut pas la fatigue accumulée dans une carrière manuelle, maçon ou manutentionnaire ; il est vrai que l’incroyable résistance du chômage dans notre pays fait craindre, dans la cadre de la prolongation des carrières, un chômage massif des seniors, surtout s’il n’y a pas le relais immédiat de la retraite. Mais les projections démographiques montrent qu’il y aura de moins en moins de monde sur le marché du travail à l’avenir. La société française risque alors de manquer de personnels au lieu d’en avoir trop.

Ligne de crête.

Les syndicats se battent, avec raison, sur la ligne de crête des 62 ans, parce qu’ils craignent de trahir ceux de leurs concitoyens qui seraient perclus de rhumatismes à cet âge-là et toucheraient, en plus, une pension misérable. Ils se battent pour assurer à ces personnes, hommes ou femmes, une pension convenable dès 62 ans, même si le financement de cette générosité est difficile à trouver. Ils ne font pas de la retraite un système capable d’accumuler des fonds importants. Ils exigent une forme d’égalité entre la cadre supérieur qui a eu une vie professionnelle agréable et l’ouvrier harassé par les difficultés de la vie. Leur contribution est essentielle. Ce qu’il faut donc, c’est personnaliser les cas et reconnaître à un certain nombre de professions le droit de partir à la retraite à 62 ans à taux plein. Il n’en serait pas de même pour les employés et les cadres, moyens et supérieurs. Ceux-là, de toute évidence peuvent travailler deux ou trois ans de plus.

RICHARD LISCIA

 

 

Publié dans Non classé | 4 commentaires

Débat : la « restitution »

Au Grand Palais
(Photo AFP)

Au Grand-Palais, ce matin, ont été énoncés les grands thèmes qui ont émergé du débat national. Parmi les idées des participants, la baisse des impôts, le rétablissement de l’ISF, l’impôt sur le revenu pour tous, y compris les plus pauvres, la maîtrise de la dépense publique qui inspire beaucoup plus de perplexité que des mesures claires.

L’EXÉCUTIF n’apportera pas immédiatement ses réponses aux 16 000 doléances déposées par un million et demi de participants au grand débat. En premier lieu, il faut saluer le succès de la confrontation, qui aura été un bel exemple de démocratie directe ; apparemment, peu de « gilets jaunes » ont apporté leur contribution, mais la possibilité offerte à chacun de s’exprimer a, sans aucun doute, contribué à l’apaisement de la colère nationale. De ce point de vue, le gouvernement a bien joué. En second lieu, il faut souligner la liberté avec laquelle nos concitoyens se sont exprimés. Le gouvernement avait limité le nombre de thèmes de discussion, il n’a pas empêché les participants de dire ce qu’ils pensent profondément.  D’aucuns, par exemple, ont admis que la taxe carbone répond au souci environnemental des pouvoirs publics, mais la plupart ont expliqué qu’ils ne pouvaient pas se passer de leur voiture.

Aller vite.

Le pouvoir doit aller vite s’il veut avoir une chance de juguler une crise social prête à dégénérer. Il doit annoncer des décisions qui allègent le poids des prélèvements obligatoires pour ceux qui ne parviennent pas à boucler leurs fins de mois. Ce qui pose, bien sûr, la question du financement quand le budget national retourne à un déséquilibre incompatible avec les engagements européens de la France. Il y aura donc un calendrier des mesures et les Français devront être patients, car la recherche des solutions à la crise coïncide avec la campagne des européennes. Le gouvernement n’est pas naïf, qui voit dans cette coïncidence une chance d’améliorer sa popularité. Il s’exprimera, mais il ne peut pas faire siennes des thèses qui poussent les revendications au-delà du raisonnable, comme celle d’Ingrid Levavasseur, une des égéries du mouvement des gilets jaunes, qui réclame, avec beaucoup d’autres, la destitution d’Emmanuel Macron et la dissolution de l’Assemblée. De la même manière, le président de la République a dit « non » au rétablissement de l’ISF, ce qui n’empêche pas la revendication de figurer en tête de la liste des doléances.

Des impôts ou des investissements ?

On note des contradictions dans les revendications : exiger que même ceux qui se plaignent d’être pauvres doivent payer l’impôt sur le revenu est une proposition à contre-emploi. Faire une fixation sur l’ISF, obsession nationale, c’est ignorer que cet impôt n’existe nulle part ailleurs, qu’il ne pourrait être rétabli que s’il était plus juste, en allégeant le poids de la taxation pour les plus petites fortunes et en l’augmentant pour les vrais riches. De toute façon, même s’il est impossible de dire que l’ISF accélère les exils financiers des investisseurs, on sait, en observant la conjoncture économique, que l’attractivité de la France fait d’elle le pays européen qui collecte 25 % des investissements étrangers effectués dans l’Union. Il serait absurde de se priver de cet avantage pour augmenter de trois milliards seulement les recettes de l’État. Nous avons besoin de capitaux pour bâtir des usines neuves et relancer l’emploi. Curieusement, ce n’est plus le chômage qui est la préoccupation numéro un des Français, un peu comme si le magnifique effort de solidarité qui protège les chômeurs était une chose naturelle : la notion increvable d’assistance imprègne ainsi le cahier de doléances national.

Au fond, la participation des gilets jaunes au débat a été presque nulle, ce qui fait d’eux des irréductibles, à la fois parce qu’ils continuent à manifester tous les samedis et parce qu’ils refusent à l’avance les mesures que va prendre un gouvernement dont ils ont l’audace de contester la légitimité. Inutile de dire, dans ces conditions, que M. Macron va traverser, dans les semaines et les mois qui viennent, des eaux sombres et agitées et que le petit gain que lui a apporté le grand débat risque de s’effriter rapidement. Personne ne sait comment ce gouvernement, qui se targue, un peu vite, d’avoir baissé le déficit budgétaire et stabilisé la dette en 2018, va poursuivre son chemin vers le retour aux équilibres fondamentaux. Nos concitoyens ne savent pas comment on réduit les impôts tout en maîtrisant le déficit. C’est la limite de la démocratie directe. À un moment, quelqu’un doit faire des choix.

RICHARD LISCIA

 

Publié dans Non classé | 2 commentaires