La vengeance de Jean-Marie

Le Pen intraitable
(Photo AFP)

Le ministère de l’Intérieur a accepté de rembourser à Jean-Marie Le Pen le solde de la dette contractée auprès de lui par le Rassemblement national.

IL Y A la politique et il y a les gros sous. Exclu du Front national en 2015, Jean-Marie Le Pen avait quand même avancé six millions d’euros au FN pour la campagne présidentielle de 2017. L’année dernière, il avait obtenu du Rassemblent national, et de haute lutte, la somme de 1,8 millions. Elle lui a paru insuffisante et il est alors parvenu à conclure avec sa fille un « accord de créance » pour le solde. Puis il a demandé au ministre de l’Intérieur que, des 5,5 millions d’euros que l’État doit au RN au titre des fonds accordés aux partis politiques en 2020, soient déduits les 4,2 millions restants. Or la justice, qui poursuit le parti d’extrême droite pour une affaire d’emplois fictifs, avait bloqué 2 millions d’euros l’an dernier pour financer d’éventuels dommages et intérêts, situation que Marine Le Pen avait décrite comme un  » assassinat politique ». Pour le RN, c’est une très mauvaise affaire parce qu’elle le prive de fonds indispensables pour conduire les campagnes des municipales, des régionales puis des législatives et présidentielle de 2022.

Un roman balzacien.

L’affaire se déroule dans une sorte de saga balzacienne où père et fille ne se font pas de quartier. Jean-Marie n’hésite jamais à critiquer la politique menée par sa fille, semblant lui préférer Marion Maréchal qui, pourtant, a abandonné le nom de Le Pen qui figurait dans son patronyme. Comment Marine, que pas mal de gens voient déjà en tête à la présidentielle de 2022, va poursuivre son ascension irrésistible, est une question qu’aucun d’entre eux ne se pose. Elle est pourtant très sérieuse. La dette contractée avec le père n’est pas la seule du RN, qui attend toujours de savoir ce qu’il devra payer à la justice pour les emplois fictifs européens. Sauf à se tourner vers des banques russes, ce qu’il a déjà fait avec un succès mitigè, car une dette, tôt ou tard, doit être remboursée avec des intérêts, on ne voit pas qui volera à son secours. Le seul fait qu’elle ait recouru à la  générosité limitée de son père, dont la présence est pour elle un fardeau, alors que lui-même, en pleine forme, continue à sévir dans les médias, suffit à montrer que, sur le plan financier, le Rassemblement est aux abois.

Politique de Gribouille.

Les électeurs du RN verront dans l’histoire une grande injustice dès lors qu’elle prouve que l’argent est le nerf de la politique, ce qui, effectivement n’est pas digne d’une démocratie. L’État fait ce qu’il peut pour contenter Jean-Marie Le Pen qui n’a peut-être pas besoin de cet argent. On se demande comment il en a tant amassé pendant les décennies où il dépensait bien plus qu’il ne le gagnait. Mais à propos de démocratie, il faut principalement retenir le fait qu’il existe pour les partis politiques, sans distinction de tendance, une aide financière de l’État qui représente une disposition nationale propre à réduire les disparités entre les moyens des uns et des autres. Il faut donc se réjouir de cette aide et se demander plutôt comment la gestion des fonds des partis les conduit parfois (souvent) à violer la loi. Certes, la « générosité » du gouvernement à l’endroit de M. Le Pen est factice : il est satisfait de porter un coup RN, son principal rival. Mme Le Pen n’est victime que des dépenses et des emprunts nourrissant ses ambitions, qui sont grandes mais ne sont pas financièrement à sa portée. Bien entendu, les manipulations auxquelles se livre le RN ne l’ont jamais discrédité. Il trouve des suffrages à la pelle, et il se présente comme le premier parti de France. Dans les critiques adressés à Emmanuel Macron et à la République en marche, dans l’espoir de les éliminer et de les voir disparaître à jamais, il y a une attitude capable d’accorder le pouvoir à l’extrême droite dans deux ans. C’est la politique de Gribouille : pour échapper à Macron, nombre de nos compatriotes se fichent comme d’une guigne du possible triomphe de Marine Le Pen en 2022.

RICHARD LISCIA

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Coups de poing

Laurent Brun
(Photo AFP)

Si le retour au fonctionnement normal des transports en commun semble chose acquise, il règne sur le pays une atmosphère délétère, les syndicats protestataires ayant trouvé de nouvelles méthodes pour exprimer leur opposition.

OPÉRATIONS « coup de poing » de la CGT contre la CFDT (à deux reprises), coupures de courant, brèves mais lassantes (le train reliant Orly à Roissy a cessé de fonctionner toute la matinée), promesses de reprendre le combat par de nouvelles grèves : le pays, comme on le répète un peu partout, est en situation « pré-révolutionnaire ». Les perturbations sont désagréables, le pouvoir est confronté à une colère populaire qu’il ne parvient pas à apaiser, et les références du passé se multiplient dans les analyses de nos meilleurs experts. D’aucuns, cependant, relativisent la crise actuelle en rappelant mai 68, ou la fin de la guerre d’Algérie, avec son cortège d’attentats contre de Gaulle, le putsch raté de mai 1958, la scission profonde entre partisans de l’Algérie française et anti-colonialistes : une période pendant laquelle la République a failli sombrer. Il est vrai qu’existe aujourd’hui une menace plus terrible : celle du terrorisme, qui, aussi redoutable qu’il soit, n’a jamais empêché les formes de violence auxquelles recourent les manifestants.

Le feu idéologique.

On ne peut rien exclure, d’autant que la CGT semble totalement acquise à l’idéologie communiste, ce qui pourrait être considéré comme un prodigieux anachronisme. Mais, si elle y croit et, si son objectif est d’éliminer le président, elle entretiendra un climat d’exaspération qui ne risque pas de renforcer la stabilité du pays. Qui est responsable de ce chaos post-grève ? On rapporte que Philippe Martinez n’est pas un séditieux, qu’il se contente de laisser faire sa base, mais dans les hautes instances du syndicat, quelques hommes, comme Laurent Brun, chef des cheminots de la CGT, attise, avec une volonté inébranlable, le feu idéologique. L’opinion se perdra dans les informations de coulisse qui évoquent les batailles feutrées au sein des syndicats. Le tableau général est plus important. La CGT, en effet, n’a pas craint de faire deux descentes au siège national de la CFDT dont le seul tort à ses yeux est d’avoir des convictions réformistes, ce qui a nui, certes à l’unité syndicale, mais l’organisation dirigée par M. Martinez ne fait qu’aggraver la désunion.

On tape sur tout le monde.

C’est dans l’air du temps : on tape sur tout le monde et on ajoute sans cesse aux effets inquiétants de la crise des propos venimeux contre le gouvernement. On ne voit pas pour autant que la fameuse « convergence des luttes » se confirme, pas plus que l’exécutif, qui a envoyé le texte de la réforme des retraites, encore inachevé, à l’Assemblée nationale pour qu’elle l’examine, ne s’est cru obligé de freiner sa marche. Ce n’est, de la part du gouvernement, ni du courage ni de la témérité, c’est une façon de riposter à l’aversion syndicale et populaire qu’il inspire par  le sang-froid, manière de dire aux Français : »Nous avons le droit avec nous, et nous poursuivons notre chemin contre vents et marées ». Autrement dit, à l’outrance des batailles de rue, de la casse et des agressions, le président et le Premier ministre répondent par la continuité politique, un peu comme s’ils ne savaient pas ce qui se passe en France, comme s’ils étaient assoupis les yeux ouverts, conscients de la crise, mais la jugeant exagérée, et n’envoyant leurs coups qu’au bon moment, de façon à prendre de court les oppositions qui déversent sur eux des tombereaux de propos assassins.  À n’en pas douter, il y a, dans ce théâtre d’ombres et d’insistante clameur, une part comique qui, ailleurs, suffirait à ridiculiser les acteurs. Un jour viendra peut-être où, de même que la foule est allée l’autre soir au théâtre pour huer Macron, de même ceux que lasse cette incroyable pantalonnade finiront par lancer des tomates pourries à Mélenchon, Martinez, Marine Le Pen, Dupont-Aignan et tous leurs complices en « pré-insurrection ».

Bref, ce n’est pas drôle, malgré ce comique de situation qui donne parfois à rire, mais les révolutionnaires en herbe, qui ont toujours existé, n’ont peut-être pas la carrure pour changer le cours de l’histoire. Il n’y a certainement pas de quoi s’enthousiasmer pour un président qui a mal géré cette crise, mais, si on le juge affaibli, comment ne pas porter son regard sur ses opposants, une bande de Tartarins, qui demandent qu’on les retienne pour qu’ils ne fassent pas un malheur.

RICHARD LISCIA

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Comment perdre une élection

Cédric Villani
(Photo AFP)

Un sondage pour le « Journal du dimanche » accorde la première place à Anne Hidago (PS), maire sortante, aux élections municipales à Paris. Elle devance Rachida Dati (19 %), Benjamin Griveaux (15 %), et Cédric Villani (13 %).

CE SONDAGE est un coup de clairon qui salue le parti socialiste. Surtout, il annonce l’échec de la République en marche, dû, bien sûr, à la présence de deux candidats qui se réclament de la REM. Cependant, l’analyse des chiffres montrent un affaiblissement de la REM sans rapport avec la rivalité Griveaux-Villani. Paris, lors des élections législatives de 2017, aura été la place forte du parti d’Emmanuel Macron, en lui apportant une majorité stratosphérique. Lors des européennes, il réunissait dans la capitale 33 % des voix. Les suffrages additionnés de Griveaux et Villani ne dépassent le pourcentage de 28. On peut donc tirer de cette enquête, réalisée à deux mois des élections municipales, la conclusion que les Parisiens auraient pardonné à Anne Hidalgo, largement critiquée pour ses marottes (comme la circulation) et une politique environnementale grandiose qui n’a pas empêché la saleté et l’invasion des rats de faire des progrès considérables sous son mandat. Un signe explicite : au second tour, Mme Hidalgo, associée aux Verts, recueillerait 41 % des voix, contre 20 % à Benjamin Griveaux et 17 % à Villani.

Les raisons de Villani.

Lequel a répété ce matin sur France Info qu’il n’entendait pas rallier M. Griveaux. Bien qu’il se réclame encore, non sans mauvaise foi, de son engagement auprès d’Emmanuel Macron, il estime en effet que son programme est totalement différent de celui de M. Griveaux et qu’il ne peut, dans ces conditions, s’allier à lui. Autrement dit, il est prêt à sa battre jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au moment où il aura perdu et fait perdre le parti du président. La crise qui sévit en France depuis plus d’un an explique sans doute l’affaiblissement considérable de la REM. Il est normal que le mécontentement de l’opinion ait gagné les Parisiens. Mais, si M. Villani ne fait rien pour obéir à la discipline de parti, c’est aussi parce que le chef de l’État s’est mêlé des municipales, qui ne sont pas vraiment de son ressort, en désignant son homme-lige, en l’occurrence M. Griveaux, qui a certes réussi à convaincre plusieurs concurrents d’abandonner, notamment l’ancien ministre du Numérique, Mounir Mahjoubi, mais ne se doutait pas de l’entêtement, de la combativité, ou de l’acharnement suicidaire de M. Villani. Bien que celui-ci admire M. Macron, il n’a jamais accepté que les candidatures de la REM aux municipales ne passent pas par des élections primaires. Faute originelle qui a déclenché un processus délétère, lequel se traduira dans deux mois par la défaite de la REM à Paris. Ce qui pourrait bien être le signe avant-coureur d’autres échecs électoraux.

Dati sauve la droite.

Il faut noter la remontada de la droite LR sous la houlette de Rachida Dati. C’est un exploit un peu inattendu, Mme Dati s’étant, depuis quelques années, un peu marginalisée au sein des Républicains, notamment en menaçant divers adversaires. Dont Philippe Goujon, maire LR du XVe arrondissement de la capitale qui affirme ne pas pouvoir prononcer le nom de Rachida Dati. Pourquoi tant de haine ? On ne cherchera pas à le savoir. Il reste à voir de quelle manière M. Goujon pourrait arrêter la marche triomphante de l’ancienne ministre de la Justice. Non seulement le sondage lui attribue des galons, mais elle représente à elle seule l’unique espoir de la droite classique de sauver l’honneur aux municipales. Ce que ne pourront faire ni la France insoumise (qui, selon l’enquête, obtiendrait 5 % des suffrages) ni le Rassemblement national, situé au même palier.

RICHARD LISCIA

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La politique de l’intimidation

Jeux de mots ?
(Photo AFP)

L’indéniable affaiblissement du mouvement de protestation contre la réforme des retraites incite les irréductibles à recourir à diverses formes d’intimidation.

LA LOI ne prévoit pas que des non-grévistes soient empêchés de travailler par les grévistes ; elle n’accorde à aucun citoyen d’autres droits que le vote individuel et secret ; elle n’accepte pas les blocages de port ou de raffinerie ;  elle récuse les visites menaçantes d’une poignée de cégétistes dans les locaux de la CFDT ; elle n’admet pas qu’une ou plusieurs ministres soient chahutées pendant leur discours ; elle n’approuve pas qu’une représentation soit interrompue par une invasion de manifestants sous le prétexte que le président de la République y assiste. On analyse ces événements qui ne méritent que le qualificatif d’odieux. Ils prouveraient qu’Emmanuel Macron, qui a pris ses distances avec la réforme des retraites pour la confier à Édouard Philippe, est forcé d’y replonger. Et alors ?  Les actes commis la semaine dernière sont-ils licites ? Ne témoignent-ils pas plutôt du désespoir des manifestants qui, incapables d’étendre leur protestation à l’ensemble de la population, essaient de lui imposer son ralliement ?

Le seul argument du débat social.

Et à l’intimidation, s’ajoute l »hypocrisie des lâches. Ils défendent nos retraites ! C’est pour notre bien ! Ils se sacrifient pour nous ! Ils rendent les black blocs obsolètes : ils les ont largement dépassés en férocité. En réalité, la violence et les imprécations proférées en ville ou sur les réseau sociaux n’ont pour objectif que de porter à ébullition le climat politique, à faire du mécontentement, de la haine plutôt, le seul instrument du débat social. La descente à la CFDT a été déplorée par Laurent Berger. Il s’exclame : il ne supporte plus que, en France, un point de vue, exprimé par une organisation syndicale et dans le cadre de la libre expression, cloue au pilori la même organisation ; que la somme des cris et des coups noie la contradiction et conduit à la glorification des délinquants ; que la force se déploie au mépris de la raison pour forcer le destin. En offrant une alternative à sa base, en restant d’un calme olympien, dans les pires circonstances et malgré son exaspération, en continuant à négocier, à prendre le temps de modifier la position du pouvoir, la CFDT apparaît, au cœur du chaos, comme un espoir, ou au moins comme la lueur au bout du tunnel. La question ne concerne plus la réforme, mais le choix de société que la France veut faire et qu’elle ne peut exprimer qu’à la faveur des scrutins à venir.

Un rêve : ne rien faire.

À quoi s’ajoute l’incendie criminel de la Rotonde à Paris, façon de détruire l’endroit où Macron avait célébré sa victoire au premier tour en 2016. On commet des exactions prétendument symboliques mais qui ruinent un restaurant, ses employés et le reste. Croit-on que le président de la République est épouvanté et qu’il cèdera à la plus ignoble des provocations ? On ne change le monde ni en hurlant, ni en privant les ministres de parole, ni en jetant blouses blanches et noires au nez de ceux qui tentent d’engager le dialogue. Les manifestants ont tout essayé, ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. Ils vont à la protestation comme s’ils montaient au front. D’aucuns se contentent de protéger des « avantages acquis », d’autres défendent le pécule amassé par leurs caisses de retraites. Le corporatisme triomphe avec la certitude des égoïstes qui se moquent, en fait, des inégalités sociales. Ils nourrissent leur conviction d’un fatras de fausses nouvelles. Ils se repaissent de leur propre détermination. Les plus jeunes, y compris ceux qui n’ont pas encore rejoint le monde du travail, font de la retraite le paroxysme de leurs revendications, un peu comme s’ils n’avaient d’autre rêve que de ne rien faire toute leur vie. La retraite à vingt ans ? Plus le projet devient dément, plus la revendication est musclée. La force est l’argument, la déraison le véhicule, l’utopie l’objectif.

RICHARD LISCIA

 

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Poutine assure son avenir

Vladimir Poutine
(Photo AFP)

Vladimir Poutine, qui est censé quitter le pouvoir en 2024, a pris des dispositions pour ne pas s’en écarter vraiment. Il vient de lancer un projet de réforme des institutions où il garde sa place et son influence bien au chaud.

M. POUTINE n’est pas vraiment un potentat ivre de son autorité. Convaincu qu’il a reconstitué la grandeur et le prestige de la Russie éternelle, ce qui n’est pas faux en termes de géopolitique sinon du point de vue de ses sujets, il a fort bien compris que si lui, Poutine, a été pour son pays un leader absolument formidable de tous les points de vue, son successeur risquait de se prendre au sérieux et de transformer le régime en dictature, ce qu’il a déjà été sous le parti communiste et ce qu’il est resté en somme, après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc soviétique. Donc, les nouveaux président russes n’auront droit qu’à deux mandats, lesquels devront être consécutifs. On se souvient que Poutine était devenu Premier ministre de 2008 à 2012, pour échapper à l’accusation d’une présidence à vie.  Et il s’est fait réélire président en 2012, sans rencontrer la moindre difficulté.

Medvedev démissionne.

Le fidèle Dmitri Medvedev, qui n’a cessé, pendant les vingt ans de Poutine au pouvoir, d’accepter toutes les humiliations que lui a infligées le maître du Kremlin, a démissionné en plein conseil des ministres sous les projecteurs de la télévision, jugeant publiquement que la réforme des institutions ne lui permettait pas de rester à son poste. Il est vrai que les difficultés économiques et sociales de la Russie, aggravées par les sanctions occidentales après l’invasion du Donbass et l’annexion de la Crimée, ont rendu Medvedev très impopulaire, comme si Poutine n’y était pour rien. Mais peu importe : Medvedev n’est pas à la rue. Le patron lui a créé un poste sur mesure au Conseil d’État, dont Poutine songe à prendre la présidence, pour avoir un fauteuil qui lui permettra de contrôler la gestion de la Russie par son successeur à partir de 2024. En résumé, Poutine ne fait confiance à personne et même s’il choisit les candidats de la prochaine équipe, il les surveillera comme le lait sur le feu. Il a remplacé Medvedev par un apparatchik modeste, Mikhaïl Michoustine, 53 ans, qui ne risque pas plus que Medvedev de lui faire de l’ombre.

Démocratie honnie.

On aura, dans cette affaire, une pensée pour le Premier ministre déchu, qui, pendant si longtemps, a subi les avanies de l’autoritarisme feutré de Poutine, lequel n’élève jamais la voix comme Trump, mais agit sans trop de considération pour la fidélité remarquable et peut-être excessive de Dmitri Medvedev. Surtout, on se demandera si les efforts, d’ailleurs précoces, de Poutine pour maintenir son emprise sur le système politique de la Russie conviennent à un peuple qui, comme tous les autres, a besoin de démocratie. Poutine a toujours dit que la démocratie parlementaire ne convient pas aux Russes, qui préfèreraient être gouvernés par une main de fer, opposant ainsi à une notion universelle un point de vue purement national. C’est certes le nationalisme qui le guide, mais pour qu’il garde le pouvoir le plus longtemps possible. La précision de ses mesures, le fait qu’il les met en place quatre ans à l’avance démontrent son intelligence et aussi sa passion pour le pouvoir.

Si gouverner, c’est prévoir, comme disait Mendès-France, rester omnipotent jusqu’au dernier jour de sa vie, c’est se moquer d’un peuple, ignorer les changements du monde, imposer un ordre qui risque de se montrer défaillant face à l’adversité. La Russie n’est pas une dictature : on y vote, mais on élimine les dissidents, on dit ce qu’on pense jusqu’au moment où on est arrêté mais on ne tremble pas de peur comme à l’époque du léninisme et du stalinisme. Cependant, l’ordre bolchevique ne peut se maintenir que par la négation des droits de l’homme et de la démocratie. Ce que fait Poutine avec une belle conscience, mais avec aveuglement aussi : personne, même pas lui, ne peut dire ce qui se passera en 2024 et au-delà. À quoi il faut ajouter qu’un système reposant sur un parfait cynisme peut réserver aussi des surprises désagréables au patron d’aujourd’hui, comme à ceux d’après.

RICHARD LISCIA

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Drôles de municipales

Marine Le Pen
(Photo S. Toubon)

Selon « le Monde », le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, aurait décidé, pour annoncer le résultat des élections municipales en mars prochain, de ne s’intéresser qu’aux villes de plus 9 000 habitants. Les votes des villes moins peuplées ne seraient pas inclus dans les comptes de suffrages.

C’EST peut-une bonne idée, ou plutôt une idée astucieuse, mais elle n’est pas compatible avec le droit de vote. Certes, les résultats totaux dans une élection où les candidats sont si nombreux et appartiennent souvent à des appareils disparates ou non politiques, n’ont pas grande signification. Il n’empêche que lors des élections européennes, le Rassemblement national a exprimé sa force en prenant la première place, qu’il n’aurait pas obtenue, explique « le Monde », si les voix des villes de moins de 9 000 âmes n’avaient pas été comptabilisées. M. Castaner ferait bien de réviser sa copie avant d’annoncer des résultats qui minimiseraient le succès du RN. Il se prépare en effet à commettre une forfaiture, ou un fait accompli, alors que toutes les voix doivent être respectées et que les chiffres affichés au terme du scrutin doivent figurer en bonne place dans les résultats.

Une place centrale.

On ne combattra jamais le RN en l’ignorant ou en faisant croire qu’il n’occupe pas la place centrale qu’il a, bon an mal an, acquise dans le paysage politique français. Sans doute M. Castaner lutte-t-il, à sa manière, contre le mécontentement populaire que crée l’inévitable affrontement du second tour de la présidentielle (en 2022) entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La République en marche serait plus crédible si elle continuait à dénoncer les idées du RN, qui demeurent, quoi qu’en en dise, injustes et, pour ce qu’il en est des immigrés, iniques. La REM doit se contenter du débat démocratique et ne pas chercher à s’arroger des avantages auxquels elle n’a pas droit. Ce n’est pas parce que Mme Le Pen a fini par adopter l’euro, ce qui ne prouve rien dès lors qu’elle ne le défendra pas, ou parce qu’elle ne milite pas, comme Jean-Luc Mélenchon,  en faveur un désordre politique assez significatif pour remettre en question les institutions de la République, que sa vision d’une majorité RN à la tête du pays soit devenue acceptable.

La recherche entêtée du compromis.

La lente « normalisation » du Rassemblement national constitue l’argument principal de ceux de la droite qui sont passés chez l’adversaire ou s’apprêtent à s’y rendre avec armes et bagages, mais elle ne signifie rien, sinon un nouvel affaiblissement de la démocratie, déjà largement ébréchée par des désordres inacceptables, comme les grévistes qui empêchent les non-grévistes de travailler, l’occupation des raffineries, la fréquence des jours de grève et le refus du dialogue. Pour mieux combattre le RN, danger parallèle à celui que représentent les syndicats les plus intransigeants, le gouvernement n’a pas d’autre choix de répéter à satiété qu’il recherche le compromis dans tous les dossiers. Il ne convaincra pas l’opinion s’il contribue lui-même aux violations du droit. La REM, qui se targue de n’être ni de droite ni de gauche, et s’apprête à avoir des candidats dans les listes de droite et de gauche, doit se contenter de présenter le RN comme ce qu’il est : un parti politique puissant qui, contrairement à ce qu’en pensent tous ceux qui le jugent éthiquement impeccable et n’ont plus honte de voter pour lui, représente le danger qui menace toute l’Europe et veut étendre sur l’UE en général et la France en particulier l’ombre du néo-fascisme.

RICHARD LISCIA 

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Royal contre Macron

Ségolène Royal
(Photo AFP)

Ambassadrice des pôles, Ségolène Royal a été remerciée par le gouvernement (à la date du 24 janvier) pour manquement au devoir de réserve.

CE N’EST PAS surprenant et l’ancienne candidate à la présidence (2007) ne se sentira guère humiliée par la décision du chef de l’État. Depuis l’automne, elle se livre contre lui à une campagne incessante de critiques, jugements négatifs, épithètes corrosives. Elle a délibérément ignoré des fonctions officielles auxquelles, par ailleurs, elle n’a pas consacré beaucoup de temps. Elle a fait un choix, celui du plus-à-gauche-que-moi-tu-meurs, et elle se servira de son licenciement comme une autre preuve de son réengagement politique,  et de sa victimisation, alors qu’elle semblait Macron-compatible.

En réalité, elle n’est compatible avec personne, car, souvenez-vous, elle a devancé son ancien compagnon, François Hollande, dans la course à la présidence il y a treize ans. C’est lui qui, cinq ans plus tard, est devenu président de la République. C’est lui, aujourd’hui, qui lui a montré la voie de l’opposition stridente à Macron, façon très indirecte et lointaine de rapprocher le couple réuni, en quelque sorte, autour de sa nouvelle tête de Turc. Mais bien sûr, Ségolène Royal n’est pas une poissonnière et ses vociférations sont aussi fracassantes qu’elles sont feintes. Elle se moque comme d’une guigne de Macron ; tout ce qu’elle veut, c’est reconquérir son électorat de 2007 (quand même 47 % des voix) et pourquoi pas, alors, participer au Macron-bashing national ?

Du rouge au jaune.

En effet, Mme Royal ne brigue pas une mairie, mais l’Élysée. Elle croit en sa capacité d’être élue présidente parce que, comme d’autres, elle a vu des foules immenses l’applaudir et l’encourager. Elle y croit tellement que, lorsqu’à la primaire de 2012 elle a fait un score dérisoire, elle a pleuré publiquement.  Avec le cynisme des politiciens qui ont livré bataille, rien de ce qu’elle a fait, y compris les erreurs qu’elle a commises, ne semble troubler sa conscience. Elle se décrit comme exemplaire alors que son projet de portails écologiques pour taxer les camions sur les routes n’a jamais vu le jour bien qu’il ait coûté un milliard. Mise en échec par les bonnets rouges, elle rejoint aujourd’hui le camp des gilets jaunes, en y perdant le sens de la nuance et de la subtilité et en essayant de mettre à son service une partie de la colère sociale. Et elle n’est pas sortie de l’auberge : une procédure a été lancée contre elle par le parquet financier en novembre. Elle doit rendre des comptes sur un éventuel détournement de fonds destinés à sa mission dans les deux pôles et qu’elle aurait utilisés partiellement pour payer ses salariés.

Ce n’est pas que le parti socialiste l’attende les bras ouverts. Tout le monde sait de quoi elle est capable, d’autant qu’elle ne cache pas son jeu : sa démarche est transparente, mais peu visionnaire. Elle a dû se demander, pendant un moment, si Macron n’avait pas chamboulé durablement la vie politique, n’avait pas changé les choses de façon irréversible. Peut-être s’est-elle elle-même reproché de n’avoir pas conçu son projet. Maintenant que le peuple est littéralement soulevé contre lui, elle hurle avec les loups.

Prédicateurs du mensonge.

Une chose est sûre. Comme Hollande, elle veut à tout prix faire son comeback. Comme lui, elle se croit désignée par le doigt divin. Ils vont donc se retrouver dans la mêlée, et contraints de dire beaucoup de mal l’un de l’autre, ce qui ne va pas grandir la campagne de 2022. Ils auront en tout cas prouvé que, chacun à sa manière, ils sont restés des éléments importants de la vie politique en France. En 2007, un grand magazine américain exprimait sa stupéfaction sur l’existence en France d’un couple réunissant deux présidentiables ; et dans un autre hebdomadaire,  Dennis McShane, ancien élu travailliste, s’extasiait sur les jambes de Ségolène qu’il avait aperçues à la plage. C’est amusant de voir un Britannique bien éduqué et discret par nature, admirer le corps d’une candidate. Aussi devrions-nous encourager Ségolène Royal à cultiver son charme, son sourire et sa séduction. Au lieu de se joindre au chœur national des prédicateurs du mensonge.

RICHARD LISCIA

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Les deux polices

Manifestant aux mains de la police
(Photo AFP)

Le rôle de la police dans l’ordre public et les limites de la répression à laquelle elle est autorisée ont toujours soulevé de délicats problèmes que le pouvoir politique, quel qu’il soit, s’efforce de balayer sous le tapis. Le degré de violence atteint ces années-ci par la société française mérite que la vérité soit faite dans tous les cas : abus des forces de l’ordre, agressivité excessive des manifestants.

LE PUBLIC est versatile. Il aime les « flics » qui le protègent contre le terrorisme, les bandits, les escrocs, voleurs et assassins. Il ne les aime pas quand ils battent des manifestants ou leur envoient des projectiles qui leur font perdre un œil ou une main. On a certes pensé à limiter les armes utilisées par les policiers, à les rendre moins dangereuses. Mais les principaux intéressés, ceux qui se retrouvent souvent cernés par des manifestants, des grévistes ou des black blocs qui ne font pas de quartier, affirment qu’en les privant de lanceurs de balles de défense (LBD), on les met en danger mortel. Compte tenu des tensions extrêmes qui existent aujourd’hui partout dans le pays, n’est-il pas nécessaire de réviser sérieusement les protocoles de ce qui ne peut avoir pour nom que répression ? Nous y sommes tous favorables, tout en écoutant attentivement ce que disent les policiers eux-mêmes, soumis depuis près de deux ans à une épreuve de force interminable par des manifestants transformés en guerriers, qui comment des actes de délinquance inédits et auxquels la justice se contente de taper sur les doigts. Je n’hésite pas à rappeler qu’au bout de quinze mois d’émeutes, l’ordre a toujours été rétabli sans mort d’homme.

Complexes réalités.

On ne minimisera pas la nature des blessures subies par les manifestants. Il y a eu des gens éborgnés ou amputés. Il y a aussi des cas, comme le plus récent, celui d’un livreur plaqué au sol pour une raison obscure et qui, dans la bagarre, est mort étouffé. C’est inacceptable, il faut que les policiers impliqués soient punis. Vraiment ? Il ne serait pas excessif de leur part qu’ils se sentent collectivement punis par une sanction individuelle, qu’ils se fâchent, qu’ils refusent d’opérer dans des conditions qui aggraveraient les risques de leur métier. Pas la peine de dire que le gouvernement n’a pas le courage de les sanctionner, ni la justice de les condamner : cela a toujours été le cas. On se passerait bien des manifestants, les policiers, eux, sont indispensables. Faut-il pour autant accepter comme inéluctable le risque de manifester ? Dès lors que la manifestation est un droit inscrit dans la Constitution, on ne voit pas pourquoi elle exposerait le manifestant à un quelconque danger. Donc les policiers sont censés, dans le chaos d’une bataille rangée, de trouver la juste pression qui ramène le calme sans atteinte physique à ceux qui les attaquent. Mais ce sont des flics, pas des artistes dotés dune large palette de nuances. Il est temps peut-être d’affronter ces réalités complexes.

Des policiers aimés, puis haïs.

Les Français sont champions lorsqu’il s’agit de brûler ce qu’ils ont adoré. En 2015, des actes terroristes les ont poussés dans les bras des CRS, qu’ils embrassaient éperdument dans la rue. Aujourd’hui, les grévistes affichent des pancartes sur lesquelles s’affichent des convictions sinistres, comme « Flics, suicidez-vous ! » ou « À mort la police ! ». Vous aurez tous remarqué que le suicide est plus répandu dans les forces de l’ordre que dans le public en général, ce qui donne une idée du stress qui affecte des hommes et des femmes soumis à un labeur acharné, à la peur quotidienne, à un danger réel, par exemple aux barrages routiers que d’aucuns veulent forcer, quitte à tuer un policier au passage. Pour une partie du public qui perd la raison et toute forme de civisme, faut-il envoyer des policiers désarmés à la bataille ? Faut-il qu’un manifestant perde un œil ou qu’il soit estropié ?

Peser le pour et le contre, c’est l’affaire de la justice, dont le symbole, justement, est une balance. Les juges aussi sont débordés et, après tout, ils ne font pas la loi, c’est le rôle des parlementaires. Vous me permettrez de suggérer qu’avec moins de manifestations, nous aurions moins de problèmes. Ce qui nous renvoie à cet épisode des gilets jaunes où une dame relativement âgée, appartenant au groupe ATTAC, a refusé de quitter l’endroit où elle se tenait avec d’autres militants très remontés. Un policier leur a lancé trois ultimatums, après quoi les policiers ont chargé la foule. La dame a été renversée, blessée gravement à la tête, hospitalisée. Elle n’est rentrée chez elle qu’au bout de plusieurs semaines. La police a juré qu’elle n’avait pas été bousculée. Mais une cruelle video a prouvé le contraire. C’est  la peinture éclatante d’un malheur contemporain.

RICHARD LISCIA

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Trump gagne un pari

Ali Khamenei
(Photo AFP)

Les tensions entre l’Iran et les États-Unis sont retombées avec l’affaire de l’avion de ligne abattu par un missile iranien, faisant 176 morts, crime qui a été reconnu par Téhéran.

QU’EST-CE qui a bien pu conduire les dirigeants iraniens à admettre publiquement l’erreur mortelle commise par leurs services, qui ont abattu l’avion de ligne au moment où ils étaient chargés de bombarder des bases militaires en Irak, où se trouvaient des militaires américains ? La raison de leur comportement est claire. Pendant deux ou trois jours, ils ont présenté l’affaire comme le résultat d’un accident, alors que les informations reçues par le Canada indiquaient que l’avion avait été touché par un missile iranien. Bien que les obsèques du général Qassem Souleimani aient été suivies par des millions d’Iraniens éplorés, le peuple placé sous le joug des ayatollahs n’a pas été dupe de leur mensonge : il a constaté une fois de plus que le gouvernement iranien est dirigé par des incompétents et que beaucoup de ressources, si précieuses aux gens pauvres, sont détournées chaque jour pour avancer au Proche-Orient les pions de la diplomatie iranienne.

Le peuple demande des comptes.

La première conséquence, c’est qu’une théocratie, même si elle gouverne d’une main de fer, finit toujours par rendre compte au peuple ; la deuxième, c’est que les Iraniens détestent les aventures militaires qui leur coûtent si cher ; la troisième, c’est la fragilité du pouvoir à Téhéran, qui vient de réprimer dans le sang (plus de 300 morts) des manifestations à caractère social. Donald Trump, ravi de ce qu’aucun de ses soldats n’ait été tué ou blessé dans le raid iranien contre les deux bases irakiennes, a tendu la main aux ayatollahs. Ils feraient mieux de la saisir, s’ils ne veulent pas être renversés un jour au terme d’une guerre civile. Les méthodes de Trump étant ce qu’elles sont, il y a assez de commentateurs à Paris pour les dénoncer. Ils ont tendance à oublier à quel point le régime iranien est dangereux et pas seulement pour les Iraniens eux-mêmes. Il est agressif, violent, sans scrupules et il ne pense qu’à se glorifier de ses conquêtes, amorçant de la sorte un immense conflit entre chiites et sunnites au Proche-Orient. L’Iran est si convaincu de son bon droit qu’il s’est livré à plusieurs attaques contre des tankers dans le Golfe persique, qu’il a attaqué des réservoirs de pétrole saoudiens, qu’il maintient son peuple sous le joug, qu’il tente de dominer l’Irak, aujourd’hui gouverné par des chiites, et qu’il entretient en Syrie une milice, le Hezbollah, dotée de cent mille roquettes, prêtes à détruire Israël, et qui impose son point de vue aux autres factions libanaises.

L’objectif du régime iranien.

L’absence de toute subtilité chez Trump ne doit pas nous rendre aveugles aux menées de Téhéran. À l’occasion de la destruction de l’avion de ligne, d’aucuns ont cru bon de rappeler que, en 1988, une navire de guerre américain avait abattu un avion de ligne iranien sans que le gouvernement américain de l’époque ait cru bon de s’en excuser. Faut-il remercier les ayatollahs parce que, pour la première fois, ils ont fait preuve de raison ? Ne faut-il pas plutôt voir dans leur consternation, sans doute sincère, qu’ils n’avaient pas vraiment le choix devant l’énormité de leur crime, fût-il involontaire ? Un événement qui s’est produit il y a trente-deux ans excuse-t-il sa répétition il y a quelques jours ? Pour le moment, il n’y a rien, dans le comportement de l’Iran, qui permette aux Européens, d’ailleurs perplexes sur ce qui se passe dans la région, de trouver des accommodements avec l’Iran. C’est un pays qui veut avoir la bombe atomique. Qui se bat à coup de drones et de missiles contre le sunnisme. Qui est incapable de donner une dynamique à son économie, pourtant soutenue par l’éducation  des iraniens et par leurs ressources minérales. Qui ne rêve que de rayer de la carte Israël et l’Arabie saoudite d’une seul geste militaire, celui dont il sera capable quand il aura la bombe, pour laquelle il dispose déjà de vecteurs puissants qui menaceront non seulement la région mais l’Europe aussi.

L’Europe a néanmoins raison de tenter de ramener les intraitables ayatollahs dans le giron de l’accord qui, depuis cinq ans et pour encore cinq ans, empêche théoriquement l’Iran d’accéder aux armes nucléaires. Face au blocus américain, ils ont décidé de ne pas obéir aux injonctions de l’accord. La faute de Trump est là, elle n’est pas dans l’exécution de Souleimani, qui, même si l’assassinat traduit une politique très négative, a supprimé un homme qui avait énormément de sang sur les mains. Critiquer Trump ne revient pas à adorer Ali Khamenei. Il faut savoir faire la part des choses.

RICHARD LISCIA

 

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Brexit et Megxit

Meghan et Harry
(Photo AFP)

La décision du prince Harry et de sa conjointe, Meghan, de quitter la cour royale britannique, a complètement occulté le vote écrasant de la Chambre des communes approuvant le Brexit au 31 janvier 2020. C’est un signe des temps, l’essentiel étant sacrifié au contingent, la crise oubliée au profit des potins si allègrement diffusés par la presse tabloïd et les affaires privées prenant le pas sur les publiques.

CELA DIT, l’affranchissement annoncé par le prince et par Meghan constitue un acte tout à fait louable. Pour parvenir à leur décision, qui leur vaut les pires sarcasmes de la presse anglaise, ils ont réuni plusieurs facteurs. Harry ne s’entend guère avec son frère William, il n’avait de toute façon aucun espoir de monter un jour sur le trône, celui-là même que la reine Elizabeth refuse de lâcher à l’âge de 93 ans, au grand dam de Charles, père de Harry, qui ronge son frein depuis des décennies en pensant sans doute que sa mère n’avait pas besoin de mourir pour lui remettre la totalité de ses pouvoirs. Surtout, le jeune couple n’a pu supporter les charges liées à son appartenance à la famille royale, qui sont à la fois dérisoires et accablantes puisqu’elles consistent en une série de cérémonies quotidiennes où ils n’ont rien à faire, sinon démontrer la compassion de la monarchie pour ses nombreux déshérités, qui ont moins besoin qu’on les plaigne que d’une réforme économique et sociale, laquelle est devenue très improbable depuis que le très conservateur Boris Johnson est Premier ministre.

Un acte de liberté.

Égoïstes, les deux jeunes gens le sont sans doute, comme tous les jeunes qui exigent que rien n’entrave leur bonheur, et surtout pas les corvées. Le prince Harry n’a pas démérité qui a fait la guerre et aurait pu y laisser sa peau, conformément à une tradition qui inclut les personnalités royales dans le service militaire. Il a commis quelques fautes de goût, mais il n’est pas impossible que le caractère très indépendant (compliqué, disent les critiques) de Meghan ait quelque peu déteint sur lui. Il s’est rendu compte qu’il y avait une vie après la royauté et que, de toute façon, les murmures sur le statut personnel de Meghan,  les calomnies encouragées par son parcours d’actrice et son divorce, et, bien entendu, le goût qu’elle a pour la dépense lui devenaient insupportables. Cela étant, Harry et Meghan devront travailler pour gagner leur vie, même si on ne doit se faire aucun souci sur leur statut économique. Ils sont riches par rapport à vous et moi, et ils ne souffriront pas de leur décision. C’est d’ailleurs le reproche principal qui leur est adressé par une société encore coincée dans ses préjugés, qui n’accepte ni leur indépendance ni la manière brutale et inattendue dont ils l’ont confirmée.

Un vote couru d’avance.

Il en va autrement des sujets de la reine, qui ne savent pas à quelle sauce ils vont être mangés par le Brexit, qu’ils ont désapprouvé à 48 %. Si le résultat du referendum de 2016 a été la ligne conductrice de la politique de Theresa May, puis, avec infiniment plus de démagogie, celle de Boris Johnson, la preuve a été fournie que le système du référendum est inique parce qu’il laisse sur le carreau la moitié d’un peuple qui n’a aucune recours contre une majorité pourtant faible. La vraie raison pour laquelle la presse européenne a donné un si faible écho au vote des Communes est qu’il était couru d’avance et qu’il change peu de choses. M. Johnson souhaiterait que le Brexit soit immédiatement appliqué, mais la négociation avec l’Europe, très technique, demandera au moins un an, et même plus. Mais surtout, si le Brexit se traduit par un affaiblissement de l’unité européenne, il risque de soulever un mouvement centrifuge dans le royaume, de telle manière que l’Irlande du Nord, pro-européenne, pourrait s’acheminer vers un rattachement à la République d’Irlande et l’Écosse, massivement hostile au Brexit, pourrait recourir au référendum pour prendre le large. M. Johnson n’entend pas donner cette occasion aux Écossais, mais ils sont têtus et les faits montreront que la nécessité commerciale et économique  donnera des ailes à l’éclatement du royaume dit uni.

RICHARD LISCIA

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