Une soudaine détente

Castex accorde un répit au peuple
(Photo AFP)

Le gouvernement semblait dépassé, il y a encore 48 heures, à cause du séjour de Jean-Michel Blanquer à Ibiza et des contraintes relatives à la pandémie. Tout à coup, les pouvoirs publics annoncent des mesures d’allègement du protocole des précautions qui, combinées à l’échec de la deuxième grève des enseignants, rendent un peu d’énergie à nos gouvernants.

ON NE JURERA pas que cette embellie un peu artificielle sur le front du Covid durera plusieurs semaines. Elle est ancrée dans la convergence des études sur Omicron : il est extrêmement contagieux, il n’entraîne pas de maladie grave et encore moins la mort. Objectivement coincé entre la crise sanitaire et l’usage électoral qu’en fait l’opposition, le gouvernement a deviné qu’il lui fallait lâcher du lest. Il l’a fait en établissant une chronologie de mesures qui, jusqu’à la mi-février, rendra aux Français un quotidien plus confortable. Abandon du masque en plein air (mais pas dans lieux fermés), abandon de la jauge dans les lieux publics, réouverture des boîtes de nuit, indemnisation des entreprises victimes d’une trop grande sévérité.

Une pandémie très politique.

Ce ne sont pas des décisions révolutionnaires, mais des actes mesurés et inspirés par les conseils des virologues. Inutile de préciser que tout est politique dans l’évolution de la pandémie, de la vaccination au passe vaccinal d’ores déjà mis en vigueur. Les mesures de M. Castex hier représentent le gant de velours, le passe est la main de fer. L’Élysée et Matignon cherchent un compromis fragile et probablement éphémère pour empêcher les révoltes les moins rationnelles, ce qui est la caractéristique des plus durables, avec un doigt sur le bouton stop si, d’aventure, un nouveau variant change la donne. Pour le moment, on a chiffré à quatorze millions le nombre de Français contaminés par Omicron, un chiffre qui donne le vertige : si, en plus d’être contagieux, Omicron avait été dangereux, vous pouvez imaginer le chaos qu’il aurait produit.

Gouverner, c’est prévoir ?

Et vous pouvez aussi mesurer l’ironie d’une situation où, comme cela a été fort bien expliqué sur les plateaux, le variant s’est tellement épuisé à trouver sa voie vers le cœur de la cellule qu’il ne parvient plus à la tuer. Bref, nous serions face à une sorte de vague grippale. Bien entendu, il vaut mieux être vacciné, surtout dans le cas des personnes âgées ou immuno-déprimées et, pour mieux faire la promotion du vaccin, on a levé d’autres contraintes. Cette politique vaut ce qu’elle vaut, mais qu’on ne me dise pas qu’elle résulte de la panique des pouvoirs publics ; non, elle provient de la difficulté du monde entier à suivre l’évolution de la pandémie. Si gouverner, c’est prévoir, la science empirique ne peut aider la décision politique qu’après avoir pris le temps d’analyser.

Macron en tête des sondages.

Si on s’intéresse encore à la campagne électorale, on s’apercevra que virus et variants ne pèsent d’aucune manière sur les choix politiques de l’opinion. Les enquêtes sont certes faillibles, mais elles convergent toutes et elles sont plus crédibles aujourd’hui, à trois mois du premier tour, qu’il y a six mois. Et que disent-elles ? Elles nous renvoient le même organigramme : Emmanuel Macron est en tête de tous les sondages au premier tour ; il distance Valérie Pécresse de quelque neuf points, tandis que Marine Le Pen est au coude-coude avec la candidate LR. Zemmour est à 14 %. Pas négligeable mais loin du compte et surtout sur une tendance baissière.

Le cas de la gauche.

Mélenchon arrive à 10 %, il est peu probable qu’il double son score d’ici au premier tour. Tous les autres sont éparpillés dans leurs clubs confidentiels, avec Jadot à 6 ou 7, Taubira à 6, Hidalgo à moins que 6. La gauche n’a jamais été aussi violente que depuis qu’elle sait qu’elle a déjà perdu, comme en témoigne l’algarade absurde à laquelle Yannick Jadot s’est livré contre Macron au Parlement de Strasbourg. Des millions de pages de discours censées être enregistrées pour la postérité mais qui seront balayées par le verdict des urnes. Ce n’est pas seulement triste, c’est tragique. La gauche s’est acharnée contre le pouvoir en place pendant tout ce temps, alors que sa seule mission ardente consiste à bloquer l’accès de l’extrême droite au pouvoir. Vous verrez bientôt qui fait le travail pour elle.

RICHARD LISCIA

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L’Europe instrumentalisée

Macron hier à Strasbourg
(Photo AFP)

Pour marquer le début d’une présidence européenne de six mois, Emmanuel Macron a prononcé un discours devant le Parlement de l’UE réuni à Strasbourg. Les députés européens de la France l’ont vertement critiqué.

EN FRANCE, le président ne s’adresse pas directement aux députés, c’est le Premier ministre qui leur parle. La campagne électorale a déjà donné lieu aux discours les plus emportés contre le président de la République auquel sont reprochés de ne pas s’être encore déclaré candidat, de cumuler les fonctions de président français et européen et d’avoir un bilan selon eux négatif. Les députés français élus à l’Assemblée de l’UE ont le privilège de s’en prendre au chef de l’État français, pour autant qu’il veuille bien s’exposer à leurs sarcasmes. La journée de mercredi leur a offert une occasion unique qu’ils n’auraient manqué pour rien au monde.

La prestation de Jadot.

Et c’est ainsi qu’on pu voir et entendre Yannick Jadot, candidat des Verts à la présidence prendre à partie Emmanuel Macron désigné par ses soins comme « climatocide ». Nicolas Bay, député RN, a ajouté : « Ce qui dérange Emmanuel Macron, c’est que ces pays refusent les diktats de Bruxelles, l’immigration massive et l’activisme LGBT ». À quoi M. Macron a répondu : « Ce n’est pas en disant n’importe quoi qu’on peut dire à la fin des vérités ». Et à Manon Aubry, pasionaria de la France insoumise, ce mot : « Vous avez dit que l’UE ne doit pas être un marchepied électoral, et je pense que vous avez raison ». Tant et si bien que la présidente de séance a rappelé que le Parlement de Strasbourg n’était pas réservé aux débats franco-français.

Indécence et embarras.

Les interlocuteurs de M. Macron n’ont pas mesuré ce qu’il y a d’indécence et de gêne pour les autres dans un débat impromptu qui passe au-dessus des oreilles des peuples européens. Ce qu’il y a d’inefficace à se saisir d’une grande institution pour conduire un assaut contre un président national. Et ce qu’il y a vaniteux à se hisser au niveau d’un président en exercice pour tenter de démontrer qu’il y a une alternative d’extrême droite ou d’extrême gauche à l’ordre issu des urnes. N’ont-ils pas déjà abusé de la liberté d’expression, ne savent-ils pas qu’il y a des occasions qu’il vaut mieux ignorer, n’ont-ils pas honte de leurs méthodes, d’autant que, loin d’affaiblir leur adversaire, elles le renforcent ?

Tout ce qui est excessif…

Ce qui conduit à d’autres questions : faut-il confier la gestion du pays à des personnalités si peu soucieuses de respecter le projet européen, soit parce qu’ils le bafouent au nom de leurs idées, comme M. Jadot, soit qu’ils l’ont déjà balayé de leur hostilité maniaque, comme Mme Aubry ? On n’avait pas besoin, certes, de ce récent épisode de la campagne électorale pour savoir où se situent leurs convictions, mais il est vrai que l’improbabilité d’une victoire de Jadot le rend de plus en plus agressif, excessif et de moins en moins utile.

La faute du quinquennat.

On nous permettra de rappeler que le président de la République est libre d’accepter la présidence de l’Europe quand c’est le tour de la France ; que son bilan, présenté avec le biais d’un camp idéologique, ne convainc pas ceux qui exigent un bilan objectif ; que sa participation à la campagne électorale n’est fixée par aucune date prévue dans les textes et que s’il dispose d’un privilège, la coïncidence de ses fonctions et des élections générales, ce n’est pas sa faute mais celle des socialistes qui ont ramené le septennat à un quinquennat. Bravo à une critique qui résulte d’un dispositif constitutionnel organisé par les censeurs !

RICHARD LISCIA

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Une crise de l’État

Macron et Castex
(Photo AFP)

Loin d’avoir digéré l’escapade de Jean-Michel Blanquer à Ibiza, les partis d’opposition sont décidés à transformer leur colère en blocage des institutions. C’était vraiment la crise dont le pays pouvait faire l’économie dès lors que la position d’Emmanuel Macron est forte et que le procès fait à M. Blanquer devient excessif.

QUAND on est soumis à l’hostilité générale, on s’efforce de prendre des mesures de type consensuel qui ne déclenchent pas des mini-révolutions à chaque instant. Les choix de M. Macron ne sont pas larges. Il ne peut pas limoger son ministre de l’Éducation nationale après en avoir fait le cœur d’une de ses réformes les plus importantes. Le président de la République peut garder M. Blanquer à son service parce qu’il agit et qu’il a déjà donné un sens à sa réforme. Tout le monde sait en outre que le ministre a un accès très aisé à Brigitte Macron.

Une guerre d’usure ?

De leur côté, les partis sont-ils disposés à livrer une guerre d’usure au ministre ? Rien ne montre encore qu’ils affaibliraient le candidat sortant, qui se situe à 25 % au premier tour et a encore des chances de l’emporter sur tous les autres. Il y a une difficulté à pousser cette crise jusqu’à l’hystérie, il y en a une autre pour  lui échapper. La tâche du pouvoir n’est pas simple : faire oublier Ibiza, poursuivre la réforme avec un homme contesté, parler d’autre chose. Les électeurs ne seront pas si complaisants. Les deux tactiques dilatoires en présence sont périlleuses.

Macron n’a plus le temps.

Ce qui joue contre Macron, c’est qu’il ne reste plus beaucoup de temps pour dissiper la colère liée à Ibiza. Le président était à l’aise chaque fois qu’il prononçait un mot de trop, il avait le temps de brouiller les pistes. Ce n’est plus le cas. Il y a des crises qui vous collent à la peau comme des sparadraps. Je remarque que certaines accusations ont plus de poids que d’autres. Prenez le cas de Boris Johnson : il pourrait bien démissionner dans les jours qui viennent, seulement parce qu’il  accumule les soirées de fêtes au point qu’on se demande quand il travaille. Personne ne lui demande des comptes sur ses multiples mensonges et sa gestion incohérente du Brexit. Son côté humoristique, qui lui a valu tant de succès, a fini par lasser ses troupes : c’est au sein de son propre parti qu’il est menacé.

Petits détails.

On ne saurait comparer les deux situations, celle de BoJo et celle de Macron. Mais c’est souvent à propos de petits détails que la colère populaire devient irrépressible. Il est vrai que la personnalité très spéciale de M. Johnson est fortement liée au Brexit et à la  volonté d’un peuple de choisir son destin, comme s’il n’avait de salut pour les Britanniques que s’ils recouvrent entièrement leur liberté. L’enjeu n’est pas aussi grand en France et il n’est pas impossible que l’électorat préfère rayer Ibiza de sa mémoire pour ne pas se laisser tenter par l’extrême droite ou par l’extrême gauche. Mais ce n’est pas sûr. Les conquêtes politiques sont fragiles et Emmanuel Macron pourrait se voir contraint de descendre du piédestal où il est juché depuis quelques mois.

RICHARD LISCIA

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Une imprudence de M. Blanquer

Jean-Michel Blanquer
(Photo AFP)

Le ministre de l’Éducation a commis une imprudence en accordant à Ibiza un entretien à un quotidien sur l’application des protocoles anti-Covid à l’école.

EN PREMIÈRE analyse, il s’est contenté d’éclairer le public sur le contenu de ces protocoles compliqués. En seconde analyse, il n’a pas vu l’usage politique qu’allaient en faire les partis d’opposition qui, s’ils ne tombent pas sur une erreur du pouvoir, sont prêts à en inventer une. En temps normal, mais pas en période électorale, un voyage à Ibiza, à moins de deux heures de Paris, ne serait pas considéré comme un crime. Mais les rendez-vous électoraux, qui se rapprochent, suffisent à donner au moindre geste un contenu provocateur.

Un fainéant qui aime les vacances.

Bien entendu, cela revient à oublier tout ce que M. Blanquer a fait pour l’Éducation, pour le réduire à un homme usé qui a besoin de se ressourcer en Espagne et faire un peu la fête. Mais les opposants du ministre ne reconnaîtront jamais qu’il a fait du bon travail à l’Éducation, et donc ils tentent de le caractériser comme un fainéant qui aime les vacances. On peut dire deux choses de curieux incident, qui prend une proportion politique anormale : ou bien qu’il n’existe plus aucune limite aux attaques ad hominem suivies d’appels à la démission ou bien que tout ça est une tempête dans un verre d’eau. Confronté au Parlement à une bronca sans précédent, M. Blanquer avait déjà décidé de reconnaître qu’il lui arrive de faire des erreurs et qu’il n’est ni un dieu ni un héros mais seulement un homme.

L’alternative n’est pas meilleure.

Cette soudaine humilité avait surpris et elle a été perçue comme un moyen de défense psychologique qui consiste à tout lâcher sur la forme pour ne rien céder sur le fond. Elle n’a pas été efficace, des journalistes ayant pris soin d’enquêter sur la façon dont l’entretien avait été organisé. Encore une fois, il n’est pas impossible que le ministre doive démissionner alors qu’il ne le mérite pas. On entend des voix raisonnables dans la presse, qui refusent d’accabler M. Blanquer. Mais la France est survoltée par le Covid et plus personne n’a besoin d’une bonne raison pour se farcir un membre du gouvernement. Lequel, en l’occurrence, n’est pas la cible des partis et des syndicats qui cherchent à couvrir Macron de boue. Cinq ans après son élection, on en est à le juger incompétent pour la tâche alors que si on mettait bout à bout le programme de ses détracteurs, le chaos serait assuré.

Macron, c’est le mal.

Le fond de l’affaire, c’est que la perspective des élections donne des ailes à une contradiction inépuisable. Cela fait cinq ans que le tableau de la France est dressé par des personnages qui trônent sur les podiums pour dire que tout va mal et que ce mal ne vient que de Macron. C’est la politique la plus bête qui se puisse imaginer et j’ai le regret de dire qu’elle a néanmoins un succès considérable. Il existe une rage populaire qui ressemble à un incendie permanent et qui se nourrit du moindre fétu de paille. Car les gens se croient malheureux : ils entendent tous les jours des commentaires qui n’arrêtent pas de les plaindre.

Il est temps de faire attention.

La majorité actuelle, le gouvernement et l’Élysée doivent se garder de toute imprudence. M. Macron n’avait pas besoin de se brouiller (momentanément) avec Édouard Philippe, sous le prétexte d’interdire Horizons et Agir de fusionner. Le président compte ses amis sur les doigts et il ne saurait se priver d’un seul, en tout cas pas ce gros calibre qu’est le maire du Havre ; il n’avait pas besoin de dire qu’il voulait emmerder les anti-vaccins, même si c’est un projet légitime ; et il doit garder le contrôle de son gouvernement, ce qui n’a pas été le cas avec Blanquer.  Il est rare de voir un candidat aussi sûr de lui œuvrer à sa propre chute alors les Français sont en passe de le réélire.

RICHARD LISCIA

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Le cas Djokovic

Djokovic en action
(Photo AFP)

L’Australie a expulsé de son territoire le numéro 1 du tennis mondial, Novak Djokovic, au motif qu’il n’est pas vacciné contre le Covid.

VIRTUOSE de la balle, Djokovitch n’est pas la seule victime de la décision des autorités australiennes, qui ont mis en colère les instances régissant le tennis international et une grande partie du public planétaire. Le numéro 1 voulait participer au premier des tournois du Grand Chelem et disposait d’une justification de vaccination qui, de toute évidence, n’a pas été retenue par les autorités sanitaires d’Australie. Soutenu par plusieurs avocats, le champion a tenté de faire valoir un statut personnel lié à son immense notoriété. Cette position est insoutenable en droit : Djokovic réclamait une sorte de privilège féodal.

Un message aux anti-vax.

Les dirigeants australiens, qui mènent contre le virus une bataille âpre et longue, ne s’en sont pas laissé conter. Au terme d’un examen juridique du problème, ils ont préféré se débarrasser du héros et ils l’ont expulsé à la veille du tournoi. Leur message sort du cadre du sport. Il offre un exemple de ce qui peut être fait contre les anti-vax dans n’importe quel pays ; il n’a pas été influencé par la stature exceptionnelle de Djokovic. Il s’adresse aussi, au moment où la France adopte le passe vaccinal, au monde entier : jamais les anti-vax ne seront considérés comme des exceptions respectables. Il en va de l’efficacité des campagnes de vaccination.

Une question de souveraineté.

Il y a eu de l’arrogance dans l’attitude de Novak Djokovic. Il est entré en Australie avec des documents insuffisants et peut-être frelatés. Il était assez optimiste pour croire qu’il échapperait à la législation australienne, à la façon de tous les anti-vax du monde, qui ne croient pas commettre un délit et ne croient pas en payer le prix. Le gouvernement australien, que les considérations financières du tennis n’ont pas empêché d’agir en toute indépendance, a fait comprendre au reste du monde qu’il est souverain chez lui. À défaut d’une vaccination, cette piqure de rappel sur l’indépendance australienne ne sera pas inutile.

Deux poids, deux mesures.

Elle est l’occasion, pour Canberra, de se souvenir qu’il ne faut pas faire aux autres ce que l’on ne souhaite pas pour soi-même. La France a beau jeu de rappeler à l’Australie qu’elle a agi grossièrement quand elle a rompu le contrat sur les sous-marins sans le dire au gouvernement français. Cette méthode alliait la lâcheté à la couardise, la trahison au cynisme. De sorte que le cas juridique soulevé par un seul homme, un autre qui croit avoir tous les droits et aucun devoir, s’étend directement à la géopolitique : les dirigeants australiens ne savent pas se mettre à la place de leurs interlocuteurs ou de leurs alliés. Ils ont la main très ferme quand on essaie de les circonvenir.Mais il n’étendent pas leur morale personnelle et les principes qui régissent leur démocratie aux autres États avec qui ils réalisent des transactions.

Djoko et la géopolitique.

C’est d’autant plus regrettable que sommes dans un monde où le chantage et la violence modifient les rapports de forces. Le souci des Australiens en toute circonstance, c’est leur sécurité, sanitaire ou extérieure. Ils ont nié la présence et la légitimité de ce la présence française dans l’Indo-Pacifique, quand ils ont changé de vendeur. Ils ont infiniment plus besoin de nous qu’ils ne le croient. Le cas Djokovic est exemplaire, mais sur le plan strictement moral. L’affaire des sous-marins concentre à elle seule tout ce que les alliés occidentaux ne doivent pas se faire.

RICHARD LISCIA

 

 

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Le sort de la gauche est scellé

Mélenchon l’injure à la bouche
(Photo AFP)

La plus belle illustration de la campagne électorale est ce mot scandaleux de Jean-Luc Mélenchon  à propos du ministre de l’Éducation : « Un crétin pareil est utile. Il faut laisser leur chance aux bons à rien ».

M. MÉLENCHON nous a habitués à faire de ses logorrhées un concentré d’arrogance, de mépris et surtout de mauvaise humeur ; car là où il exagère, il sait qu’il a perdu la partie. Il ne croit pas un instant qu’il va gagner cette campagne, ultime pour lui, mais au fond on n’en sait rien, et il fait tout pour se rendre intéressant. Il semble pourtant qu’il ait réuni en quatre mots tous les ingrédients de la diffamation la plus hargneuse. Chacun sait que M. Blanquer n’est pas un crétin, pas plus qu’il n’est un bon rien. À ce compte-là, M. Mélenchon n’est rien d’autre qu’un gaz très polluant dont les émissions sont à la fois inutiles et bonnes à rien puisqu’il n’ira jamais au bout de son projet, qui est de gagner une présidentielle.

La gauche affaiblie pour longtemps.

Son intervention, qui traduit sa volonté d’humilier un ministre, de le couvrir de propos orduriers et injustes, de l’écœurer jusqu’à la démission n’a pas été relevé par Jean-Michel Blanquer. On règlera les comptes plus tard. Mais peu importe. Mélenchon n’est que la partie émergée de l’iceberg, il insulte ses adversaire uniquement parce que ses analyses politiques ne sont pas confirmées par la réalité et que la France insoumise, pas plus que le PS ou EELV, n’a été capable cette année d’instaurer un rapport de forces avec la droite et l’extrême droite. Non seulement le sectarisme profond de LFI sabote tout espoir de refaire l’unité de la gauche, mais celle-ci sait fort bien qu’elle est structurellement minoritaire ; et qu’il lui faudra des années pour se refaire une santé.

Des idées périmées.

C’est une crise que la droite et le centre devraient regretter. On ne répond pas à un extrémisme de droite en offrant un extrémisme de gauche. Il arrive que le peuple français déçoive tant il vote mal. Mais les partis doivent commencer par faire une offre politique qui ne soit pas la pâle copie du communisme érigé en grand distributeur d’argent public. On ne refond pas la gauche au moyen des vieilles lunes, ni même sur la base de la social-démocratie.  Si Emmanuel Macron est tellement détesté, c’est parce qu’il ne cesse de rechercher un programme qui soit à la fois de droite et de gauche, parce qu’il veut se débarrasser des tabous qui bloquent la démocratie française. Les leaders de la gauche ont au moins dix ans de retard et préfèrent clouer Manuel Valls au pilori à l’examen des idées qu’il a retirées de son expérience.

L’épisode Hidalgo-Taubira.

Dans ce contexte dramatique pour Anne Hidalgo, la voilà qui en remet une louche démagogique. On ne sait pas si elle a renoncé à augmenter les profs, mais là elle augmente les salaires minimum de 200 euros net par mois. Mais « elle crame la caisse ! », ce qui est valable pour Macron l’étant pour la maire de Paris. Une candidature éventuelle de Christiane Taubira a créé un suspense insoutenable, mais elle ne pouvait entrer dans l’arène sans en expulser Anne Hidalgo, qui ne veut pas en sortir. Vous voyez à quoi tient le destin du pays ! À un ballet d’ego : il n’y en pas un, à gauche ou à droite, qui ne veuille gagner pour autre chose que la sensation offerte par la victoire.

Dommage pour le pays.

Tant et si bien que les tombereaux de sarcasmes déversés généreusement sur le pouvoir depuis presque cinq ans étouffent le raisonnement : ceux qui ont tant de mal à suivre la politique vaccinale auraient-ils mieux fait ? N’aurions-nous pas trouvé d’autres « crétins utiles » dans le paysage politique ? Et faut-il laisser leur chance aux « bons à rien » qui sont plus inoffensifs dans l’opposition que s’ils détenaient le pouvoir ? Oui, l’étalement du spectre politique de l’extrême droite puissante à la gauche impuissante est un malheur pour le pays. M. Macron n’ayant pas été exactement été en 2017 le « feu de paille » que l’on croyait, les oppositions ont pensé qu’elles pouvaient l’éteindre avec une pompe à incendie. Pourtant, le président sortant est le seul à apporter des idées neuves, à y croire et à s’y cramponner, alors que tous les autres en sont restés aux remèdes d’il y a vingt ans.

RICHARD LISCIA

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Macron affaibli par l’école

Une chance pour Valérie Pécresse
(Photo AFP)

La grève dans les écoles est remarquablement suivie, avec l’approbation des parents d’élèves, d’ordinaire moins conciliants. Elle résulte d’une communication plus que médiocre qui a conduit, en un seul jour, le Premier ministre Jean Castex, à modifier deux fois le protocole annoncé par le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer. 

LA GRÈVE des enseignants est presque sans précédent. Elle est massive et elle a lieu dans un contexte électoral tendu à moins de cent jours de la présidentielle. Elle peut affaiblir la position du président de la République, offrant à Valérie Pécresse la chance de faire une percée dans les sondages. Cette catastrophe tactique aurait pu être évitée si les membres du gouvernement avaient coordonné leurs efforts et si une querelle n’avait pas opposé Olivier Véran, ministre de la Santé, à M. Blanquer.

Le chaud et le froid.

Les oppositions, intraitables, voudraient ajouter la curée à l’hallali. Mais M. Blanquer n’a pas l’habitude, de jouer le rôle de la chèvre de M. Séguin. Le chef de l’État ne le souhaite d’ailleurs pas, qui ne saurait le limoger en pleine campagne sans obtenir des effets néfastes pour sa candidature. Au moins sur un point, M. Blanquer n’a pas tout à fait tort : le gouvernement dans son ensemble, doit assumer ses incohérences qui ne sont qu’à moitié incompréhensibles. Il ne se passe rien en France, au  sujet de la lutte contre le virus, que l’on ne retrouve pas chez nos partenaires européens. L’Omicron et les études contradictoires auxquelles il donne lieu soufflent sur le corps médical le chaud et le froid. Il est affreusement contagieux, de sorte qu’il gonfle les statistiques. Mais il est relativement bénin s’il remplace le variant Delta et immunise le pays au prix d’une grosse grippe générale, sans tuer les patients.

La faille dans l’armure.

Mais il est encore trop tôt pour établir ce diagnostic. Les contradictions du pouvoir reflètent celles de la crise : d’un côté, il est impératif d’alerter les Français sur la nécessité de la vaccination, de l’autre il faut les rassurer sur les conséquences de la contamination par Omicron.  Avec le Covid et son variant Delta, plusieurs vaccins ont été créés et ont permis, très vite, l’immunisation de la population française. Le miracle aurait été entier si toute cette population avait été disciplinée et avait fait son devoir civique. Aujourd’hui, la faille dans l’armure, c’est Omicron, si toutefois ce variant n’est pas une chance pour le pays.

Macron a son noyau d’électeurs. 

Le gouvernement a encore le temps de digérer ses humiliations et de circonvenir Omicron. M. Macron ne peut se lancer dans la bataille électorale que s’il convainc l’électorat que, après avoir relancé l’économie nationale, il a jugulé la pandémie. S’il y parvient, il a toutes les chances de l’emporter. Dans le cas contraire, il sera battu malgré des sondages aujourd’hui très favorables. S’agit-il d’une course contre la montre entre Macron  et Omicron ? Non. Il s’agit de mettre au point une communication qui ne soit pas infantile et qui soit mûre. Ce qui est rarement le cas au gouvernement. À noter toutefois que les sondages, jusqu’à présent, donnent toujours le président-candidat en tête au premier et au second tours. Toute une partie de l’électorat, qui n’annonce pas bruyamment ses intentions de vote, votera Macron comme un seul homme.

Pécresse remonte.

La moyenne des sondages réalisés dans la semaine semblent indiquer un tassement des suffrages favorables à Macron, et une légère remontée de la popularité de Valérie Pécresse. Elle représente pour le président un danger réel. Elle souligne cruellement ses failles. Elle a utilisé des slogans, « il crame la caisse », « il faut repasser le pays au Kärcher », qui sont parfaitement injustes (qu’aurait-elle fait à sa place ?) mais laissent des traces. De même qu’après s’être inspirée de Nicolas Sarkozy, elle réinvestit le libéralisme de François Fillon en annonçant des coupes dans la Fonction publique.

Erreurs et mensonges.

À tous les niveaux, la campagne est donc empoisonnée par les erreurs de comportement, par le mensonge, par les approximations et par des références idéologiques auxquelles seul Macron peut résister. L’idée, c’est de dénoncer les dépenses somptuaires de Macron, après l’avoir accusé, mais en vain, de faire campagne avec les deniers du contribuable. Comme la politique est aussi le royaume des plaideurs, le chef de LR, Christian Jacob porte le dossier devant la justice. Ceux qui se désignent eux-mêmes comme les descendants du général de Gaulle, reprochent son gaullisme à Emmanuel Macron. Des contradictions dans l’opposition, il y en a aussi.

RICHARD LISCIA

 

 

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Démocratie menacée

Darmanin et Macron
(Photo AFP)

Depuis le début de 2022, une soixantaine d’agressions de toutes sortes, verbales, mais aussi physiques, avec blessés et incendies de permanences, ont été commises contre des élus, principalement des députés.

CES AGRESSIONS soulignent la dérive d’une démocratie parlementaire qui, au lieu de consacrer le principe d’un homme, une voix, tend à imposer le point de vue d’une faible minorité.  On n’est pas surpris par le phénomène car il a été précédé d’une série de mouvements de haine et d’exclusion qui ont frappé d’autres catégories professionnelles : médecins, juges, policiers, journalistes, écrivains, enseignants, tous blâmés parce qu’ils ne font que leur travail de passeur . Ils essaient de transmettre à notre jeunesse le savoir acquis, vérifié et contrôlé que les tenants d’une « vérité alternative » considèrent comme une manipulation politique. Les victimes ne seraient pas ceux à qui on veut faire prendre des vessies pour des lanternes mais ceux dont le credo est ainsi démasqué.

Une autorité remise en cause.

Les femmes et les hommes qui s’abritent derrière des certitudes relevant de la sagesse conventionnelle pour poursuivre leur pédagogie sont pourchassés par les citoyens qui, pour se faire entendre, veulent imposer leur volonté par la force. Dans les cas du chercheur, ce sont les diplômes qui fabriquent sa crédibilité ; dans celui des élus, c’est la majorité dont il dispose qui assure, ou plutôt devrait assurer, son immunité. Il n’en est rien parce que, à côté des ravages causés par le virus, existe un ordre philosophique différent qui, à chaque instant, remet en cause leur autorité.

Un régime arbitraire.

La justice lutte contre le phénomène tout en mesurant la saturation à laquelle est exposée. Si on prend le seul cas des millions de Français qui ne veulent pas se faire vacciner, on sait que la police aura du mal à appréhender ou interpeller les quelque deux millions d’actifs totalement allergiques à l’injection. D’ailleurs, le gouvernement n’a pas voulu rendre la vaccination obligatoire. Les antivax ou anti-passe sont pris dans le piège de leurs convictions. Ils ont raison contre toutes les lois qui régissent notre vie quotidienne. Ils sont les détenteurs de la vérité. Comme ils ne croient pas représenter un danger pour la société française, ils se voient comme les victimes d’un régime arbitraire. Si bien qu’ils ont réinventé la démocratie en faisant d’elle un régime où une  minorité minuscule imposerait sa volonté à la majorité.

Un rêve éveillé.

Cette minorité voit dans la pression subie par le gouvernement, dans le chaos de l’école, dans l’adoption de décisions vite remplacées par des décisions contraires, de quoi nourrir son rêve éveillé. Elle y voit la confirmation de  son credo, le blanc-seing de sa propre folie, le feu vert à ses transgressions dont la plus insupportable est la violence. Il y a pourtant une vaste majorité en faveur de la vaccination et des mesures de précaution. Mais le fait que, deux ans après le début de la pandémie, nous continuons à nous battre corps à corps avec un virus changeant, pervers et puissant plonge dans le doute les non-vaccinés qui proclament : «Si nous en sommes là après tant d’efforts, c’est que notre méthode n’est pas la bonne.»

Un phénomène têtu.

Il en va des élections comme de la vie quotidienne. La distinction entre le bien et le mal, dans un pays où, malgré la menace de mort, les ego sont plus que jamais hypertrophiés, s’efface lentement. Un cynisme général et diffus s’étend sur le pays. La démocratie directe prend le pas sur la démocratie représentative. L’élu, député, sénateur, maire ou conseiller municipal ne représente plus que lui-même, taillable et corvéable à merci et soumis à ses détracteurs. La violence qui habite les non-vaccinés balaie l’autorité des élus. Les élections générales du printemps prochain vont assurément être troublées, pour ne pas dire empoisonnées, par un phénomène têtu qui n’est pas spécifique à la France puisqu’il a mis Trump et Johnson au pouvoir.

Le moins mauvais des systèmes.

Les vives querelles entre majorité et minorité parlementaires, les manigances de LR, qui a retardé l’adoption du passe vaccinal par l’Assemblée sous le prétexte que les Républicains n’approuvaient pas l’ « arrogance » de la majorité et de Macron en la matière ont renforcé l’irrédentisme des non-vaccinés et affidés de la vérité alternative. De ce point de vue, il n’y a peut-être pas mieux qu’un élu pour brouiller le message du suffrage universel. Il suffit de voir ce qui se passe au Kazakhstan, en Biélorussie, en Ukraine et en Géorgie pour comprendre une fois pour toutes que, la démocratie étant le moins mauvais des systèmes, il est inutile et même criminel d’en chercher un autre. Je pense à ce cadeau moral et philosophique que nous apportent les élections de cette année et je me demande pourquoi certains de nos concitoyens ont perdu le sens de la liberté en le boudant.

RICHARD LISCIA

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Chaos à l’école

Blanquer, ou la quadrature du cercle
(Photo AFP)

L’incertitude sur la politique vaccinale à l’égard des enfants, la multiplicité incontrôlable des tests, une souplesse du programme qui accentue ses contradictions ont mis les enseignants et les parents à bout de nerfs.

L’ARRIVÉE  des autotests apparaissait, aux yeux du gouvernement, comme une solution intérimaire en attendant l’élargissement de la vaccination à tous les élèves. Les autotests, malheureusement, ne sont pas toujours fiables et peuvent annoncer des faux cas négatifs ou positifs. L’idée qu’une politique assise sur un test quotidien ou tous les deux jours n’a réussi qu’à remplir les pharmacie, dernières institution en date qui demande grâce, après les hôpitaux.

L’attitude de Blanquer.

On sait bien ce qui anime le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer : c’est de faire en sorte que les élèves français ne perdent pas cette année académique. Il le fait contre vents et marées, ce qui conduit des observateurs à croire qu’il ne s’intéresse pas aux enfants dont il a la charge. C’est tout le contraire. Mais cela fait plus de deux ans qu’il se bat contre le virus et expérimente la fermeture pure et simple, la vaccination de tous les enseignants, bientôt celle des élèves, la réouverture des classes et qu’il change de semaine en semaine les mesures qui lui semblent les plus appropriées aux vagues successives de variants.

Des mesures contradictoires.

Il n’empêche qu’il n’y a jamais eu, dans cette affaire, de meilleur choix que le « quoi qu’il en coûte ». Dans l’activité économique, l’effort a exigé deux centaines de milliards d’euros. À l’école, M. Blanquer a essayé de faire coexister le suivi des classes avec le danger. Depuis le début de l’épidémie, il a été critiqué pour ce qu’il a fait et n’a pas fait. Élections ou pas, personne ne peut se dire meilleur que celui qui gouverne. Il n’existe aucun choix clair dans cette pandémie et l’adaptation à la réalité implique qu’on applique un jour des mesures auxquelles succèderont plus tard des mesures contradictoires.

Garder l’école ouverte.

Pour mettre un terme au chaos, il me semble qu’il faut impérativement vacciner les six-douze ans et libérer le peuple des autotests quotidiens. Il n’est pas inutile d’observer d’autres pays, comme Israël, dont on admire la plasticité programmatique mais qui, au fond, reprend à partir de zéro les programmes qui deviennent caducs. Voilà pourquoi les pouvoirs publics donnent l’impression qu’ils défont le lendemain ce qu’ils ont fait la veille. Voilà pourquoi M. Blanquer n’est rien de ce dont on l’accuse : certes il souhaite associer son nom à l’autorité qui n’a pas fermé durablement les écoles. Mais pour maintenir cet engagement, il lui faut prendre le maximum de précautions, par exemple les tests.

Censeurs et gouvernants.

Il faut avoir pour le système d’éducation la vision qui a prévalu dans le « quoi qu’il en coûte ». Nous sommes ressortis plus forts de la terrible crise de 2020 parce que nous avons payé le prix élevé de la pandémie. Maintenant que le redressement de l’économie est assuré, il est indispensable de donner une nouvelle chance à l’enseignement, qui garantit l’économie du futur proche. La seule chose que l’on puisse ajouter à ces remarques, c’est qu’il y a une pandémie par siècle et que c’est une grande malchance de diriger un pays en période de Covid, hydre aux mille têtes qu’on n’a jamais fini de couper. La campagne électorale accentue les insultes, les colères, les crises souvent artificielles. M. Blanquer, et d’autres avec lui, doit rêver d’être dans le camp d’en face, et libre de s’exprimer. Il y a des moments dans la vie où il vaut mieux faire partie des censeurs que des gouvernants.

RICHARD LISCIA

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La gauche à la dérive

Christiane Taubira
(Photo AFP)

Difficile de dire que la soudaine irruption de Christiane Taubira dans la campagne présidentielle améliore les chances de la gauche pour le scrutin du 14 avril. Elle semble plutôt les réduire.

MME TAUBIRA a en effet une démarche qui consiste à participer à une primaire populaire de la gauche. D’une part, elle prendra ou non la décision de se porter candidate avant le 15 janvier, donc avant la fin de la semaine ; d’autre part, elle propose une sorte de primaire ouverte à toutes les composantes de la gauche, ce qui effectivement représenterait beaucoup d’électeurs, mais c’est une idée mort-née : à part elle et Anne Hidalgo, les autres composantes, dirigées par Yannick Jadot (EELV), Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Fabien Roussel (PCF) refusent la primaire. Elle doit en convaincre les trois candidats, ce sur quoi Mme Hidalgo a déjà échoué.

Rien de nouveau.

Il n’y a pas de quoi désespérer. Cela fait des mois que Jadot, Mélenchon et Roussel refusent la primaire et, de toute façon, la zone d’influence de la gauche s’est réduite comme peau de chagrin, à 25 % du corps électoral, de sorte que, primaire ou non, on  ne voit pas comment la gauche pourrait figurer au second tour. Mme Taubira sait fort bien que les enquêtes d’opinion la situent à quelque 2,5 %, peut-être moins si Mme Hidalgo ne se retire pas. Tout se passe comme si  la gauche était invitée à passer son tour et consacrer ses efforts à se ressourcer pendant cinq ans.

Face à des chiffres accablants, les ténors de la France insoumise, du PC et du PS feignent d’ignorer qu’il n’existe aucun cas de figure où ils pourraient triompher. Leur refus de s’unir n’est d’ailleurs pas suicidaire. Ils tentent de faire le meilleur score au premier tour pour en garder une trace lors des élections qui suivront. Et pourtant, crédité de 10 % des suffrages, Jean-Luc Mélenchon divise par deux le résultat qu’il avait obtenu en 2017.

Une bataille perdue d’avance.

On serait donc conduit à dire qu’ils vivent tous dans l’illusion mais le verdict des sondages, même s’il est excessif, a éliminé les postures et ôté la logique du raisonnement : ils poursuivent une bataille déjà perdue mais qu’ils espèrent perdre « dans de bonnes conditions ». On en est là, alors que le pays a largement basculé à droite et à l’extrême droite, que la gauche a perdu la volonté de les combattre et que LR, balançant entre le désir de confondre les Le Pen et Zemmour, tout en sachant qu’ils détiennent des suffrages toujours bons à reconquérir, tente de diffuser des idées susceptibles d’attirer l’attention des anciens déserteurs de la droite classique.

Le seul rempart.

De sorte que seul Macron apparaît comme le rempart qui empêcherait l’extrême droite de s’emparer du pouvoir. Extrême droite dont Éric Zemmour semble obtenir presque la moitié des troupes. S’il avait un grain de bon sens, il devrait se désister. S’il n’en a pas, il fera ce que l’on fait quand on devient fou : le second tour sera un boulevard triomphal pour Emmanuel Macron.

Les merveilleux plans de restructuration de la France, exposés par des hommes et femmes politiques qui ont beaucoup travaillé, sont virtuels. Deux sondages publiés la semaine dernière montrent que M. Macron est à 26 ou 27 % et que tous les autres candidats, y compris Marine Le Pen et Valérie Pécresse, ne dépassent pas les 17 %. Soit dix points d’écart entre le président sortant et sa concurrente la plus proche. Or ces sondages ont été réalisés ces jours-ci à moins de 300 jours du premier tour. Si on trace des courbes entre l’été dernier et aujourd’hui, on en voit une qui monte, celle de Macron,  pendant que les autres descendent.

RICHARD LISCIA

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