Réformistes jusqu’au bout

Macron peaufine son look de réformateur
(Photo AFP)

Le gouvernement a présenté son projet de loi sur l’assurance-chômage qui met les syndicats vent debout. Il a indiqué les grandes lignes de la réforme de la justice, largement inspirée par les problèmes du Parquet national financier, mais le texte est encore incomplet.

AUCUNE mesure de ce genre ne peut être séparée de son contexte, lequel se résume à la pandémie et à ses graves conséquences sociales. Dans le cas de l’assurance-chômage, l’idée, bien sûr, est de faire des économies, lesquelles se monteraient grosso modo à un milliard d’euros. Ce que peut coûter ce milliard en termes d’agitation populaire est incalculable. Laurent Berger, chef de la CFDT, dont on ne peut pas dire que le président de la République ait voulu faire un partenaire privilégié sensible au réformisme, a qualifié la réforme d’« incohérente, anachronique et injuste ».

Injuste parce que les économies de l’État seront forcément assurées par les chômeurs dont le nombre ne cesse d’augmenter pour cause de pandémie. Anachronique parce qu’elle est conçue et appliquée (elle devrait être mise en œuvre le 1er juillet prochain) dans une période où le virus a bousculé tous les fondamentaux, de sorte que l’économie d’un milliard d’euros, par rapport au « quoi qu’il en coûte » (qui nous aura déjà coûté quelque 200 milliards) pouvait attendre un ou deux ans de plus. Incohérente parce que, justement, la démarche du gouvernement depuis l’apparition du Covid a consisté à lutter contre la maladie, en appliquant un moratoire aux réformes et en retardant le retour aux grands équilibres budgétaires.

Une autre réforme, celle de la justice.

Le pouvoir a assoupli les termes du projet de loi pour tenter d’éviter le désordre social et que la CFDT songe à demander l’avis du Conseil d’État afin de soutenir une réforme de la réforme sinon son abolition. Tout se passe comme si Emmanuel Macron voulait signifier que la pandémie ne l’empêche pas de poursuivre les réformes, ce qui lui permettrait de présenter un bilan acceptable au moment de la campagne électorale l’an prochain.

C’est ainsi qu’il demande au ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, de préparer une réforme de la justice qui  semble émaner du procès dont Nicolas Sarkozy a été victime et qui lui a valu une peine de prison de quatre ans, dont un ferme. Créé par François Hollande, certainement pour mettre un terme à des comportements d’élus copiés sur celui de Jérôme Cahuzac, ministre du Budget (qui s’était soustrait au fisc pour planquer à Singapour ses gains de médecin), le Parquet national financier (PNF) s’est montré particulièrement sévère dans le cas de M. Sarkozy, ce qui incite l’opinion publique à croire qu’il n’existerait pas d’impartialité dans les poursuites contre les hommes politiques.

La réforme des retraites est différée.

Mais on devine où conduit la condamnation d’hommes politiques quand le PNF (qui, tout de même, a récupéré des milliards d’euros grâce aux procès qu’il a intentés à de puissants groupes industriels) se croit capable de confondre ses accusés en recourant à des mesures qui bafouent le secret de l’instruction mais sont entérinées par d’autres Cours. Dans un entretien avec « le Figaro », M. Sarkozy a juré qu’il irait jusqu’à la Cour de justice européenne pour être lavé d’un délit qu’il affirme ne pas avoir commis. Le menace est lourde, car cela signifie qu’un ancien président de la République tenterait de faire condamner son pays.

Il ne s’agit pas ici d’insister sur la difficulté de changer la société française par des réformes. Il s’agit seulement de comprendre comment, dans une situation de détresse exceptionnelle, la poursuite des réformes reste indispensable. Elle l’est parce que M. Macron s’est attribué une tâche énorme qu’il n’a pas terminée, alors que la campagne électorale pour la présidentielle de 2022 a déjà commencé. Mais la ministre du Travail, Elisabeth Borne, a écarté définitivement l’hypothèse d’une réforme des retraites avant le terme du mandat actuel de M. Macron.

Le président est donc capable, aussi, d’abandonner une réforme tellement impopulaire qu’il y laisserait assez de plumes pour perdre son second mandat, alors que le contexte, contrairement à ce que l’on nous dit souvent, n’est pas pour lui désastreux. Du point de vue du président, la condamnation de M. Sarkozy prive la droite LR d’un recours possible susceptible de bouleverser la donne en cassant le duo Macron-Le Pen au second tour.

RICHARD LISCIA

 

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Sarkozy condamné

Descente aux enfers
(Photo AFP)

Nicolas Sarkozy, l’avocat Thierry Herzog et le juge Gilbert Azibert ont été condamnés à trois ans de prison dont un ferme dans l’affaire des écoutes téléphoniques. Les conséquences politiques de ce jugement sont considérables.

UN COUP de tonnerre, sans doute parce que la sévérité de la peine infligée à l’ancien président de la République et à ses co-mis en examen semble à certains, surtout à droite, mais aussi à l’extrême droite, disproportionnée par rapport aux faits reprochés. La justice reproche à M. Sarkozy des entretiens téléphoniques (sur une ligne qu’il croyait à l’abri des écoutes) dans lesquels il était question de demander à un magistrat, M. Azibert, d’informer Me Herzog et son client sur les progrès des investigations concernant d’autres affaires. Ces communications étaient bien imprudentes puisqu’il était également question que, en échange de ces informations, M. Azibert obtiendrait un poste à Monaco. Dans les faits, il n’a jamais obtenu cette récompense, ce qui a amené les rédacteurs des attendus à préciser que l’intention seule de violer le secret de l’instruction mérite rétribution.

Petits pois et mur des cons.

Ils ont ajouté qu’il ne s’agit pas d’une vengeance de la magistrature contre l’ancien président, lequel, quand il était en fonction, l’a traitée avec condescendance et même avec mépris lorsqu’il a présenté les magistrats comme « des petits pois ». Si l’on se souvient du « mur des cons », collection de portraits affichée au Syndicat de la magistrature (SM) et où figurait le portrait de M. Sarkozy, on admettra sans peine qu’il y a un contentieux particulier entre lui et les magistrats, notamment ceux de gauche au SM, et une sorte de différend viscéral qui dépasse les choix politiques. Le fait même que les juges aient pris soin de dire qu’ils ne se vengeaient pas en l’occurrence mais qu’ils se contentaient d’appliquer la loi laisse un doute indélébile. Les attendus mentionnent un « faisceau d’indices et de preuves » là où n’existe en réalité qu’un faisceau de présomptions.

Nombreuses poursuites contre la droite.

Cette affaire tourne mal pour M. Sarkozy et même beaucoup plus mal qu’on ne l’aurait cru. Et le 17 mars prochain, il comparaîtra pour le budget de sa campagne de 2012 qu’il a dépassé d’une vingtaine de millions d’euros, ce qui ne lui a pas permis de gagner l’élection. Sa défense consiste à dire qu’il ne le savait pas. Il ne savait pas, malgré le rythme frénétique des meetings de campagne, qu’ils coûteraient si cher. Il ne s’occupait pas de l’intendance. Déjà, le Conseil constitutionnel avait constaté un dépassement anormal des dépenses de LR et obligé M. Sarkozy à rembourser près de 400 000 euros.

En conséquence, il risque d’être condamné une seconde fois et même une troisième fois, si l’on tient compte de l’affaire en cours du financement libyen de la campagne de Sarkozy en 2007. D’une façon générale et en toute objectivité, on est bien obligé d’admettre que les chefs de la droite classique, UMP ou LR, sont plus souvent poursuivis et condamnés que ceux de la gauche. L’ancien Premier ministre Balladur et son ancien ministre François Léotard ont été récemment condamnés dans l’affaire des navires de guerre vendus au Pakistan. Claude Guéant, Nicolas Bazire et, bien entendu, François Fillon, ont fait l’objet de condamnations qui ont mis un terme à leur carrière politique.

Les erreurs du PNF.

C’est pourquoi, lorsque Valérie Boyer, sénatrice LR, déclare que la magistrature française s’en prend systématiquement à la droite, que, en condamnant M. Fillon, dont le cas est pourtant documenté et irrécusable, elle a privé LR de son candidat à la présidentielle et qu’elle veut en faire autant cette année, on peut déceler une certaine exagération dans ses propos. Elle devrait se demander pourquoi la corruption est si courante dans son propre camp, avant d’accuser les juges de se liguer, comme à la faveur d’une conspiration, contre ses amis. Plutôt que de se livrer à un tel amalgame, les chefs de LR devraient se concentrer sur la défense de M. Sarkozy, condamné tout de même à la suite d’une procédure très contestable, comportant violation du secret professionnel et de l’instruction. Les déclarations faites par l’ancienne présidente du Parquet national financier il y a environ deux ans, dans lesquelles elle a admis subir des pressions sans dire d’où elles venaient et celles où elle s’est ensuite récusée, en disent long sur l’absence de contrôle d’une profession dont le moindre dérapage est inacceptable.

Au-delà de l’affaire des écoutes que l’on me pardonnera de considérer comme l’appendice fragile d’une affaire plus grave, le dossier judiciaire de M. Sarkozy est extrêmement épais, ce que ses amis les plus proches doivent enfin comprendre. Cela ne signifie pas qu’il doive faire l’objet d’une injustice et que les magistrats sont libres d’aller où leur flair les conduit, sans respecter les règles de procédure. M. Sarkozy est de ces hommes qui inspirent aux uns une sympathie qui va jusqu’à l’adoration mais aux autres une détestation qui va jusqu’à l’exécution. À leur manière, les juges l’ont fusillé.

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La bataille de Moselle

La préparation du vaccin
(Photo AFP)

Les restrictions apportées par Berlin à la circulation entre la Moselle et le territoire allemand ne sont que la conséquence de la pénurie de vaccins.

PEUT-ÊTRE ne faut-il pas pas exploser de colère devant des mesures qui, certes, impactent la vie des travailleurs frontaliers. Il ne s’agit que de dispositions provisoires. Elles traduisent la fébrilité, pour ne pas dire la panique, des gouvernements européens devant l’expansion de la pandémie et la résistance des variants, notamment le sud-africain. L’année dernière, l’Allemagne a été le meilleur élève européen. Elle a perdu ce statut avec le variant, d’abord britannique, puis les autres. De notre côté, nous sommes allés de Charybde en Scylla. La première leçon de cette affaire, c’est que la solidarité européenne est bien fragile. De même que l’achat des vaccins a été engagé dans la confusion, en partie parce que la santé n’est pas une compétence de l’Union, de même l’absence de statut européen de la santé autorise les exécutifs à agir de manière anarchique. On peut comprendre le sauve-qui-peut allemand, il résulte plus de la lutte contre le virus que d’un éventuel « laxisme » français.

La solitude du citoyen moyen.

Ce qui ne veut d’ailleurs pas dire que le fiasco vaccinal soit durable et destructeur. L’arrivée prochaine sur le marché du vaccin de Johnson et Johnson concourra à l’accélération de la campagne. Cependant, il est peu probable que, en France, nous atteignons un degré suffisant d’immunisation collective avant la fin de l’année, ce qui implique de longs mois de restrictions, la remise à plus tard des projets familiaux ou professionnels, et une discipline qui ne peut que faiblir avec le temps. Beaucoup de nos concitoyens, ivres de solitude et parfois d’ennui (tout le monde ne se contente pas de lire un bon livre pour passer l’après-midi) risquent de s’exposer à la contamination sans vraiment le vouloir, un peu comme l’athlète fatigué qui ne peut plus soulever ses haltères.

Ceux qui vont plus vite que nous.

Je ne reviendrai pas sur l’argumentation qu’inspire ce fâcheux exposé des faits : la fabrication de plusieurs vaccins en moins d’un an a été une sorte de note triomphale au beau milieu de la pandémie, elle a nourri des illusions et la déception ainsi produite dans l’opinion a énormément contribué à la dépression de nombre de nos concitoyens. Une vaccination massive était possible : dès lors que l’Europe n’est pas compétente, nous avions tout le loisir d’acheter des vaccins sur le marché mondial sans nous préoccuper du prix, car la vaccination nationale coûte de toute façon moins cher que le ralentissement de l’économie. Des pays l’ont fait, soit qu’ils aient commandé massivement des vaccins avant même qu’ils n’aient obtenu leur autorisation de mise sur le marché, soit qu’ils les ait achetés aux enchères. Tout le monde cite le cas d’Israël, qui a déjà vacciné la moitié de sa population et dont on n’a jamais dit autant de bien, ce qui est rafraîchissant, bien sûr ; mais Israël n’est pas seul. Les États-Unis et la Grande-Bretagne vont plus vite que nous. Des pays comme la Nouvelle-Zélande ont su s’abriter de la pandémie dès qu’ils en ont entendu parler et considèrent comme un « malheur » la soudaine création d’un cluster qu’ils combattent par des mesures draconiennes.

Faut pas rêver.

Aux inévitablement tâtonnements du gouvernement s’ajoute l’indiscipline d’une partie de la population, notamment sur les plages, dans les parcs, le long des fleuves, partout où la nature est agréable et ce d’autant plus qu’il fait beau depuis deux semaines en France. Il ne faut jeter la pierre à personne, même si la raisonnement selon lequel il vaut mieux vivre que se protéger sans cesse est absurde : ce sont les vieux qui restent confinés, ce sont les jeunes qui sortent, sans vouloir admettre qu’ils risquent leur vie. Conscient que le confinement est extrêmement impopulaire, le gouvernement essaie le confinement région par région et le couvre-feu. À part ça, il roule de gros yeux menaçants qui n’épouvantent personne. La réalité est donc à la fois bizarre, drôle, accablante et surréaliste. Du coup, on rêve de pouvoir sortir, de passer devant un centre énorme de vaccination, de s’y présenter, d’être vacciné, d’avoir un second rendez-vous et de commencer à trouver que la vie est belle. Mais faut pas rêver.

RICHARD LISCIA

 

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Majorité peau de chagrin

Barbara Pompili
(Photo AFP)

Les divisions de la majorité porteront-elles un coup fatal à la candidature plus que probable d’Emmanuel Macron à un second mandat présidentiel ? L’apparente sérénité du président semble indiquer que les divisions, les défections de nombre d’élus, le différend avec le MoDem sur le mode de scrutin n’ont pas modifié la stratégie qu’il entend pousser à son terme en 2022.

MACRON a perdu la majorité absolue à l’Assemblée nationale et ne peut engager aucun programme sans le soutien du MoDem de François Bayrou qui, malgré ses exigences, notamment en ce qui concerne l’instauration d’une « dose » de proportionnelle, ne lui a jamais ménagé son soutien. Les plus récents sujets de polémique (la décision de la mairie de Lyon de supprimer la viande dans les cantines scolaires, le débat virulent sur l’université qui, selon la ministre Frédérique Vidal, serait « gangrenée » par l’islamo-gauchisme) ont déclenché des querelles plus virulentes entre l’aile droite et l’aile gauche de la majorité République en marche que dans les partis d’opposition. La ministre de l’Environnement, Barbara Pompili, qui tire une partie de ses convictions de la « bible » écologiste, se dresse avec aplomb contre l’Élysée. Dans ces conditions, sur quelles troupes dévouées le président sortant peut-il compter pour obtenir son second mandat ?

« L’imposteur ».

Les anti-macronistes historiques affirment l’avoir toujours prévu : le fossé séparant la droite de la gauche n’a pas été comblé par le « en même temps ». Macron n’a pas fusionné les deux courants en un seul ; il a été conduit, sous l’autorité d’Édouard Philippe, à pratiquer bien plus une politique de droite qu’un programme de gauche ; il a remplacé M. Philippe par Jean Castex, connu pour ses convictions conservatrices. La droite classique en vient à dire que tout ce que les macronistes ont à faire, c’est rejoindre les Républicains. Mais ce pourrait être l’inverse et, oui, une majorité présidentielle réunissant les marcheurs, LR,  le MoDem et l’UDI ferait un malheur. Sauf que LR considère Macron comme un imposteur, élu sur un programme et qui en aurait appliqué un autre, un homme de synthèse incapable de l’appliquer et qu’il est du niveau d’une personnalité politique amie des banques et des riches.

Lui d’abord, les autres le rejoindront.

Cette analyse est superficielle : elle ne tient aucun compte de ce qui a fait le sel des conservateurs depuis 60 ans, « la rencontre d’un peuple avec son chef ». M. Macron en est si convaincu qu’il envisage déjà d’aller à la bataille en se réclamant de son seul camp, celui qu’il a créé, qui est certes en désarroi, dont quelques troupes pensent à retourner au bercail écologiste ou socialiste ou gaulliste, mais qui se créera de nouveau entre les deux tours autour de son nom. En fait, il ne pense pas à faire autre chose l’an prochain que ce qu’il a fait en 2017 et qui lui a si bien réussi. Il a été élu président avant de trouver une forte majorité, qui lui eût suffi sans même l’appui du MoDem. Songera-t-il cependant, pour garder le soutien de François Bayrou et de ses affidés, à faire un geste en direction de la proportionnelle ? On verra bien. Mais une chose est sûre : il ne voit pas l’élection présidentielle comme le résultat d’une bataille d’appareils et il croit davantage à son magnétisme personnel. Se trompe-t-il ? Pas si l’on admet que sa cote de popularité, située à 50 %, la meilleure pour un président de la Vè République à ce moment de son premier mandat, confirme son point de vue.

Le mandat le plus difficile.

C’est un défi digne du personnage, même s’il résulte du mandat le plus difficile (réformes, grèves, pandémie, crise nationale) qu’un président ait dû accomplir. Nombre de ses revers sont dûs à une communication exécrable, à des choix malheureux, à l’ignorance de son prochain qui existe chez cet intellectuel de haut vol. Tôt ou tard, on fera le bilan de son mandat, mais si le travail est fait en toute objectivité, il montrera sans aucun doute qu’aucun des personnages qui briguent la présidence ne pourra dire qu’il aurait fait mieux que Macron en toute circonstance. Personne n’a vraiment prévu la crise des gilets jaunes et encore moins la pandémie. Mais peu de chefs d’État se seraient dressés contre elles avec la même vigueur. On sait d’ailleurs que des homologues étrangers du président français ont failli devant une tâche accablante. Et, au fond, que sait-on de la versatilité de l’électorat ? Ce n’est pas la première fois que je suis amené à écrire que Macron n’est riche que de la pluralité des candidatures, du scepticisme que la plupart inspirent, du manque de crédibilité de certaines propositions, de l’incompétence flagrante de l’extrême droite. Trop tôt pour un pronostic? Bien sûr…

RICHARD LISCIA

 

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Macron dans le dur

Macron : course contre la montre
(Photo AFP)

Le chef de l’État pourrait ne pas franchir le cap du premier tour. Marine Le Pen pourrait, au cas où la gauche se rassemble, se retrouver dans la même situation. Les deux hypothèses obsèdent, dit-on, le président de la République.

TOUT OCCUPÉ qu’il est par la pandémie, Emmanuel Macron feint de ne pas s’intéresser aux échéances électorales. Il est vrai qu’il y est incité par la perte probable des régionales et des départementales. Cependant, il a bel et bien l’intention d’obtenir un second mandat. Diverses attaques de la République en marche contre le Rassemblement national et Marine Le Pen semblent indiquer qu’il a l’intention de l’affaiblir. Mais il ne peut pas nier que la candidate du RN dispose d’une cote de popularité satisfaisante et d’impressionnants bataillons électoraux. Pour Macron, la priorité est d’arriver au début de 2022 avec un bon bilan vaccinal, ce qui revient à dire que le virus sera alors vaincu et qu’il en retirera un profit politique.

À recherche superbe, logistique nulle.

Mais la campagne vaccinale a très mal commencé et la pénurie de vaccins explique le risque d’un troisième confinement. Nous n’en serions pas là si nous avions vacciné à l’israélienne ou même à l’anglaise. Tout ce que l’on dit sur les vaccins, qu’ils sont bien tolérés, qu’ils sont efficaces, qu’ils empêchent les cas graves et protègent contre la mort fait que nos concitoyens sont sérieusement irrités par la contradiction entre une science capable de mettre au point des vaccins en un an, mais une logistique incapable de les distribuer. Cela sera porté au passif de M. Macron s’il n’est pas en position, avant le début de l’année prochaine, d’annoncer triomphalement l’immunisation collective des Français. L’enjeu est là, ce n’est pas celui de la dette et des déficits, ce n’est pas encore la hausse des taux d’intérêt, ce n’est pas le chômage. C’est, grâce à la vaccination, l’abandon des mesures limitées dans le temps ou dans l’espace, l’infantilisme de certains mesures de précaution, et cette menace sourde qui pèse sur le pays.

Une gauche minoritaire.

En tout cas, Macron cache bien son jeu. Il lance des thèmes de bataille et, très justement, fait du RN son adversaire principal car il s’agit d’une réalité irrécusable. Et il le fait avec sang-froid, comme si les obstacles qu’on érige devant les marcheurs étaient faciles à contourner. Ni la gauche, ni la droite, il est vrai, ne sont capables de se rassembler. Qu’on se le dise : la gauche est minoritaire depuis Chirac et elle n’a gagné contre Nicolas Sarkozy que parce qu’il a pris des risques inutiles, mû par le désir de concurrencer le FN en faisant de la surenchère.  La France insoumise, les socialistes et les Verts n’ont vraiment rien en commun, sinon leur hostilité systématique à Macron. On ne fait pas campagne pour abattre un totem, mais pour défendre un programme commun, expression qui a disparu depuis l’ère mitterrandienne. Non seulement la gauche est divisée, non seulement elle va présenter plusieurs candidats, mais sa fragmentation va démolir les plus crédibles d’entre eux. Macron ne cesse de répéter qu’il n’est pas responsable de la fatalité d’un second tour l’opposant à Marine Le Pen. Il a entièrement raison. L’électorat a planté le décor et les règles : Marine est le choix buté de presque un tiers des Français au premier tour. Plus personne n’a honte de voter pour elle. Je ne sais pas si elle a été jamais diabolisée, mais dédiabolisée, elle l’est assurément.

Failles structurelles.

Pour la contrer, il faut un candidat fort, qui a fait ses preuves et qui est en train d’accomplir le mandat le plus ardu depuis la Seconde Guerre mondiale. Il peut, certes, être englouti dans le chaos. Il peut aussi prouver au début de l’an prochain qu’il a tenu la barre et que si la France sort changée de cette crise, si elle n’en sort pas indemne, elle repartira quand même du bon pied. En outre, personne ne peut dire qu’un autre président aurait mieux géré la crise. C’est possible, mais très incertain. Vous aurez d’ailleurs remarqué que les oppositions disent rarement ce qu’il faudrait faire. Elles se contentent de dire qu’il ne faut pas faire ce que fait Macron. La pandémie a mis en lumière des failles structurelles dans la société française qui ne datent pas de 2017, mais de plusieurs décennies. Macron a bon dos quand on lui attribue tous les maux de la nation.

RICHARD LISCIA

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Violences anti-policières

Une manifestation contre les violences policières
(Photo AFP)

Coup sur coup, dans l’Essonne, deux adolescents ont été tués dans des rixes opposant des bandes. « Le Monde » a publié il y a trois jours une étude démontrant que les violences anti-policières ont été multipliées par 2,3 en vingt ans.

QUATORZE ans : les adolescents fauchés dans la bagarre étaient des enfants. À la consternation du public s’ajoutent tous les commentaires prévisibles : la montée d’une violence considérée comme une façon de vivre, d’insuffisants effectifs de gardiens de la paix, une éducation en échec auprès des minorités. On a déjà trouvé les auteurs des meurtres : leurs vies sont aussi détruites que celles qu’ils ont prises. Loin des effets de manche et des arrière-pensées politiques, le problème de la violence quotidienne ne peut être que résolu que par une série de mesures complémentaires, bien plus, en tout cas, que par l’adoption de nouvelles lois.

Délire des jeunes.

Ce délire  de la jeunesse n’a pas besoin en effet d’une nouvelle répression légale, mais de l’application stricte des lois déjà en vigueur. La République n’a pas cessé, depuis des décennies, dans un contexte alourdi par l’immigration, de céder des portions de territoire aux trafiquants de drogue et à des groupes de gosses qui ne savent pas distinguer entre les jeux d’enfants et la révolte contre la société.   Fallait-il réduire le nombre de policiers de proximité ? Fallait-il enterrer des statistiques alarmantes ? Le sujet n’est pas neuf, il remonte à des décennies et il a toujours opposé la nécessité de réduire les dépenses publiques et la protection du citoyen non-violent. Le plus alarmant, c’est la fréquence des agressions contre des policiers, passée de 13 192 en 2000 à 31 257 l’année  dernière. Le chasseur devient gibier, l’autorité des policiers est bafouée, ils sont battus, agressés, écrasés par des voitures folles de trafiquants de drogue en pleine activité et, s’ils sortent pour arrêter des malfrats, ils ne sont pas certains de rentrer sains et saufs. Allez-leur dire, après ça, qu’ils doivent traiter les délinquants avec précaution !

Une vie ne vaut plus rien.

Parfois, le récit des chocs terribles entre forces de l’ordre et délinquants qui considèrent leur choix de vie lamentable comme l’ultime défi à une société dont ils exècrent les principes, relève de l’horrible, par exemple le cas d’un fuyard cerné de toutes parts qui, pour échapper à l’arrestation, n’a pas hésité à rouler par deux fois sur le corps d’un policier, comme si une vie ne valait plus rien et comme si, en ajoutant le meurtre à la vente de la drogue, il se donnait une dernière chance, alors que, en réalité, il se condamnait lui-même à une très lourde peine de prison. Sur ce sujet aussi, que n’a-t-on pas dit de ces malheureux policiers, coupables d’impardonnables bavures, toujours prêts à en découdre, ajoutant un désordre arbitraire à la violence de leurs ennemis ! Mais il suffit d’avoir été renversé une fois par une voiture folle, d’avoir essuyé des tirs de mortier d’artifice, d’avoir a été pris au piège d’un commissariat ou d’une voiture en flammes, de savoir que ces malfrats n’ont plus peur de rien ni de personne pour que s’appliquent, hélas, les règles du western. C’est à celui qui aura dégainé et tiré le premier. La réalité dépasse, et de loin, le cinéma.

Les voix de l’indulgence.

On entendra toujours, dans notre société, les voix sonores de l’indulgence ; nous aurons toujours droit au discours cartésien qui expliquera la violence par des circonstances sociales inacceptables et auxquelles le pays n’aurait pas remédié. Ces arguments reposent certes sur des faits têtus. Ils méritent qu’on les prenne en compte et que, sur la durée, nous lancions des politiques propres à ramener l’apaisement. Mais il ne faut pas ignorer pour autant la disproportion entre la détresse des jeunes et les actes qu’ils commettent au nom de cette détresse. Tous les pauvres ne se jettent pas comme des bulldozers sur les policiers ; tous les espoirs déçus n’aboutissent pas nécessairement au crime. La preuve en est qu’on peut être né en Seine-Saint-Denis ou à Trappes et devenir une célébrité. On doit à la fois reconnaître que les solutions à cette crise sont complexes et coûteuses, ce qui implique qu’elles soient mises en œuvre le plus tôt possible, et frapper massivement les délinquants ou criminels afin qu’ils soient mis hors d’état de nuire. Pas de salut, pour eux et pour nous, sans retour à l’ordre.

RICHARD LISCIA

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Biden, ou l’apaisement américain

Joe Biden
(Photo AFP)

Pour l’opinion internationale, l’indispensable défaite de Trump était infiniment plus importante que la victoire de Biden, parfait inconnu jusqu’à l’an dernier. Voilà qu’elle découvre un président qui, non seulement a remis de l’ordre dans le ménage chamboulé de la société américaine, mais a pris en un mois toute une série de décisions positives et rassurantes.

LE PROPOS n’est pas de dire que la menace des suprémacistes blancs a disparu, mais Biden n’en a que plus de mérite d’agir comme si elle était absente. Retour dans la conférence mondiale sur le climat, retour à l’OTAN, deux instances où il va affirmer le leadership américain, fermeté nécessaire avec la Chine et la Russie, main tendue à l’Iran que les mollahs feraient mieux de saisir, lancement d’un plan économique de 1 900 milliards de dollars en cours de négociation avant le Congrès, c’est plus, au total, qu’un président peut accomplir en si peu de temps. Certes Donald Trump n’a pas été destitué a posteriori, comme le souhaitaient les démocrates.

Mais il aura été à ce jour le seul président des États-Unis qui ait subi deux fois la procédure d’impeachment. Mieux : comme Al Capone, le gangster des années vingt, Trump voit se dresser le mur du fisc contre lui : la Coup suprême vient de l’obliger à livrer au procureur de New York sa comptabilité. Il sera donc probablement condamné pour fraude fiscale car l’ex-président n’a pas acquis assez de crédibilité pour qu’on puisse imaginer que ses comptes ne sont pas truqués.

Un président actif.

Joe Biden ne fera pas disparaître en un jour ce courant puissant qui a donné 70 millions d’électeurs à Trump. Bien qu’ils soient désormais privés de réseaux sociaux, les suprémacistes, complotistes, racistes et autres bataillons d’une extrême droite dure et violente, continuent à se répandre par d’autres canaux d’Internet et grâce à un certain nombre de radios et de télévisions. Le président actuel riposte par l’exemple, avec l’espoir que les décisions qu’il annonce et qu’il applique deviennent irréversibles avec le temps. La clé de son succès est la mise en œuvre de son plan économique et social qui, s’appliquant à tous, donc aux moins riches, finira pas séduire une partie de l’électorat de Trump.

Surtout, l’image d’un Biden qui agit et dont le discours, finalement assez rare, n’utilise pas les superlatifs, s’adresse aussi à ceux qui ont voté contre lui. Peut-être cette partie de l’opinion sera-t-elle lassée, au bout d’un certain temps, par une hystérie collective qu’il faut alimenter tous les jours à coup de mensonges ; peut-être sera-t-elle satisfaite d’être traitée comme de simples démocrates si elle abandonne toute violence ; peut-être ceux qui votaient Trump sans aller jusqu’à la mise à sac du Capitole finiront-ils par admettre qu’une page est tournée.

Un sans faute.

Rendons à Biden ce qui lui appartient : pour le moment, il a fait un sans faute ; on entendrait presque le soupir soulagement du monde occidental, on verrait presque le froncement de sourcils de Poutine et de Xi Jinping. Certes, il est courant de dire que, Trump ou pas, l’Amérique a commence à infléchir sa politique étrangère depuis Obama, qu’elle souhaite se tourner vers l’Asie plutôt que vers l’Europe, qu’elle ne cherche plus à protéger les démocraties contre les dictatures.

Mais rien ne prouve que Biden se contentera d’être un Obama-bis. La violence de la Chine et de la Russie, l’irrédentisme iranien, la menace terroriste ont déjà incité le nouveau président américain à adopter un moratoire sur les troupes américaines déployées à l’étranger, à réaffirmer la solidarité de Washington avec l’Europe. Il a bel et bien mis fin à l’isolationnisme américain. Il reste présent au Sahel où l’armée française est aidée par le renseignement américain. Il réfléchit sur le sort de l’Afghanistan, même s’il semble que ce pays va tomber bientôt aux mains des Talibans. Il se dressera contre toute intimidation russe ou chinoise.

Fin de l’autoritarisme.

Enfin, Biden a mis un terme à la dérive du gouvernement fédéral en cassant d’une main ferme l’autoritarisme et en abattant la monarchie du mensonge. Célébrant dans la tristesse les 500 000 morts du Covid, il a fait ses condoléances au peuple américain et il a mis les drapeaux en berne. À l’irréversibilité apparente du trumpisme, qui aurait été confirmée par la réélection du président sortant, il a substitué le retour aux réalités politiques et philosophiques : l’Amérique est en deuil, les victimes du Covid sont autant de preuves de la réalité de la pandémie. Et il a fait mettre en berne les drapeaux nationaux pour quatre jours. Ainsi le cynisme a-t-il laissé la place à la compassion.

RICHARD LISCIA

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Sarkozy en tant que recours

Nicolas Sarkozy
(Photo AFP)

Les candidats potentiels des Républicains à la présidence sont légion. Mais, au sein même de LR, aucun n’est considéré comme capable de rallier la droite et le centre dans un mouvement puissant susceptible d’offrir à la droite classique les rênes du pays. Aucun, sauf un : Nicolas Sarkozy.

LA PREMIÉRE réaction consistera à se dire que, si M. Sarkozy est tellement populaire, il aurait dû gagner la primaire de LR en 2007, ce qui n’a pas été le cas. C’était déjà un « has been » il y a quatre ans, il ne le serait plus. Cette analyse n’est pas logique. Or l’ex-président n’entend pas présenter ses lettres de créance à ses collègues de LR ou à l’électorat, il souhaite que le peuple lui lance un appel, ce qui présuppose un engouement dont on ne décèle aucun signe pour le moment. Pour autant que les autres candidats renoncent à leurs propres ambitions et rentrent dans le rang, il n’est pas certain que son seul nom, sa notoriété, son envie de reprendre le pouvoir, son acharnement suffisent à combler les divisions du parti, à le sidérer, à lui faire accroire qu’il représente la solution, sans perte de temps et sans primaire, pour enfin régner sur une moitié majoritaire du pays.

Le droit au second mandat.

Nicolas Sarkozy est en forme, il n’a que 66 ans, il est doté d’une forte expérience, et peut-être a-t-il pris de la graine et saura désormais éviter les dérapages idéologiques, comme la création d’un ministère de l’identité nationale, qui ont empoisonné son mandat. Mais il a déjà accompli un mandat, ce qui veut dire qu’il doit assez renforcer la main-mise de LR sur le pouvoir pour que son successeur soit l’un des candidats, déclarés ou non, qui briguent aujourd’hui la présidence. Quoi qu’il en soit, il est assez connu, compris et classé pour que le peuple de droite ne soit pas trompé sur la marchandise. D’une certaine manière, dans ces temps de très grave incertitude, il est capable de rassurer alors que, naguère, il faisait un peu peur.

Si c’est Sarko, Macron le laissera venir.

En réalité, les Républicains, avec M. Sarkozy, commettraient l’erreur qu’ils ont commise avec François Fillon, en l’adoubant au moment précis où il commençait à être poursuivi par la justice, avec les conséquences que l’on connaît. Il y a donc des candidats qui éteignent d’un souffle la logique de leurs électeurs ; on les veut avec tant de gourmandise qu’ils effacent d’un tournemain les casseroles qu’ils traînent. Dans le cas de l’ex-président, sa situation n’est pas améliorée. Il n’en a pas fini avec les juges dans plusieurs affaires et risque de subir une ou plusieurs condamnations rendues possibles par le calendrier judiciaire de cette année. LR rejouerait alors la partie absurde qui a conduit ce parti à écarter Nicolas Sarkozy et Alain Juppé en 2016, au profit du seul Fillon, lequel, écrasé par se propres erreurs, a perdu dès le premier tour en 2017. Bref, si c’est Sarkozy, Macron le laissera venir et se réjouira du  scénario.

Hypothèses téméraires.

Et puisqu’on en est à remettre en selle M. Sarkozy, pourquoi ne pas imaginer que François Hollande, devienne à son tour le candidat d’une gauche élargie ? Peu importe, qu’il ait été placé, en 2016, dans l’incapacité de se présenter pour son second mandat. Le voilà qui serait vengé par le balancier du destin qui le poserait exactement là où il a laissé le pouvoir. M. Hollande, assurément, n’a pas eu de démêlés avec la justice. Il n’a pas perdu son paternalisme faussement bonhomme, là ou il va, il est applaudi, pour ses livres ou pour ses discours. Il est beaucoup plus serein que les Hamon, Faure et autres à la recherche d’une unité de toutes les gauches à la fois mythologique et introuvable. Il est plus détesté par une partie des siens que par l’extrême gauche ou les Verts. Quoi ? Ce ne serait que justice et l’on ferait la même chose à droite et à gauche ? Ce n’est pas de cette manière que se déroule une élection présidentielle.

RICHARD LISCIA

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Non au vote anticipé

Larcher : M. « niet »
(Photo AFP)

Le Sénat a rejeté l’amendement à une loi organique qui prévoyait l’introduction du vote anticipé. Le débat aura été aussi vif que rapide.

EFFECTIVEMENT, on ne voit pas à quoi est censé servir le vote anticipé dans un pays qui va aux urnes toujours le dimanche, ce qui permet à tout électeur d’accomplir son devoir civique sans interférence avec son travail. Aux yeux de Gérard Larcher, président du Sénat, le vote par anticipation ne saurait être l’appendice d’une loi sur un autre sujet : il correspond à une réforme en profondeur du scrutin et mérite donc un débat assez long pour qu’il soit impossible d’aborder la question avant la fin du mandat actuel d’Emmanuel Macron. Le projet de l’exécutif est curieux parce que le besoin et l’urgence d’un vote anticipé ne sont nullement prioritaires, si ce n’est que l’abstentionnisme a pris des proportions épidémiques (58,4 % aux municipales de l’an dernier) qui faussent la réalité du rapport des forces politiques en France.

L’argument de la fraude.

Mieux que le vote anticipé, le vote par correspondance semble le plus approprié pour lutter contre l’abstention, nouveau fléau de la démocratie. Empressons-nous d’ajouter que, par sa nature même, il représente lui aussi un vote anticipé. Il est largement utilisé aux États-Unis et il vient de prouver qu’il représentait le meilleur instrument pour venir à bout de Donald Trump. Même si comparaison n’est pas raison, même si rien l’oblige la France à copier les États-Unis, voilà tout à coup que M. Larcher se met à ressembler à M. Trump et se transforme en Monsieur « niet » de la République. Car il invoque le même argument, celui de la fraude, qui serait facilitée par le vote par correspondance et anticipé, fraude qui a été récusée par tous les bureaux de vote et par tous les tribunaux américains, y compris la Cour suprême.

Cynisme contre systématisme.

Incontestablement, le chef de l’État recourt à tous les moyens dont il dispose pour que les citoyens qui lui sont favorables puissent voter massivement pour son camp. Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire, il est installé confortablement dans le scrutin uninominal majoritaire à deux tours qui pourrait lui permettre, au grand dam des oppositions, de franchir le cap du premier tour et trouver une majorité après le second. On ne saurait lui reprocher ce calcul sans reconnaître que Gérard Larcher, de son côté, a des intentions parallèles et que, qui sait ?, il rêve de sa propre candidature, même s’il prétend tout le contraire. Il se peut également que Macron pousse le président du Sénat dans ses retranchements et qu’il s’efforce de donner de M. Larcher l’image de ce qu’il est en ce moment, un acteur politique qui sait  toujours rejeter, jamais approuver. S’il y a du cynisme dans la tactique de M. Macron, il y a du systématique dans celle de ce rival potentiel qui, pour le moment, joue, grâce à sa majorité sénatoriale, le rôle d’antidote au macronisme. Si on croit apercevoir chez Larcher la vague silhouette de Mitch McConnell, chef de la minorité républicaine au Sénat des États-Unis, on ne manquera pas de deviner celle de Joe Biden à l’Élysée.

Le choix de l’adversaire.

L’abstentionnisme se nourrit certes du mécontentement populaire et profitera arithmétiquement aux extrêmes. Plus on avance dans la crise, plus on découvre la dimension du désarroi des partis et de l’incertitude des rendez-vous électoraux à venir. La droite classique, encore une fois, pense refouler le macronisme en le combattant frontalement. Curieusement, elle ne semble pas croire qu’une offensive contre le Rassemblement national, qui lui a pourtant volé une bonne fraction de l’électorat ex-gaulliste, serait plus gratifiante. Ce n’est pas en affaiblissant la majorité actuelle que LR s’imposera au premier tour mais en récupérant ses déserteurs partis grossir le camp du RN. L’élément qui semble s’incruster dans le paysage électoral, c’est que, pour diverses raisons qui relèvent plus de l’émotionnel que de la stratégie, le pays ira à la bataille présidentielle avec des instruments électoraux qui n’auront pas été changés. Pour la droite, qui, pourtant, a beaucoup plus de chances de l’emporter que les Verts ou la gauche, le scénario qu’elle abhorre, celui d’un affrontement au second tour identique à celui de 2017, sera donc plus que probable.

RICHARD LISCIA

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Jeunes contre vieux

Les jeunes deviendront vieux
(Photo AFP)

Un sondage Odoxa publié avant-hier par « le Monde » montre que 56 % des Français craignent l’apparition d’un conflit entre les générations à cause de la crise sanitaire et sociale.

LES RÉSULTATS de cette enquête d’opinion ne constituent pas une grande surprise ; elle confirme un malaise entre les personnes âgées, notamment les retraités et les 18-25 ans, lesquels se sentent abandonnés par la société parce que la crise a détruit de nombreux petits boulots qui aidaient les jeunes à avoir un revenu pendant leurs études. C’est la raison pour laquelle l’idée d’un « revenu universel » a été une fois de plus posée sur la table : elle consiste à abandonner le dogme des aides sociales liées exclusivement au travail et assure un minimum vital à ceux qui n’ont pas commencé leur carrière.

Les jeunes sont peu aidés.

Le sondage n’établit pas le conflit entre générations mais en perçoit les symptômes. Il ne dit pas que les jeunes se plaignent des personnes âgées et vice versa, mais que plus de la moitié de nos concitoyens estiment qu’il y aurait une différence de classe entre personnes âgées qui seraient privilégiées par la solidarité nationale au détriment des jeunes. Il constitue néanmoins un appel au gouvernement pour qu’il s’intéresse à une classe d’âge qui, n’ayant pas un revenu par définition, doit acquérir une formation. C’est évidemment la quadrature du cercle pour tous les jeunes qui ne bénéficient pas d’un soutien matériel de leur famille.

Même si le malaise semble profond, il n’en est pas moins illogique. Un vieillard est une personne vulnérable. Elle a travaillé toute sa vie et a droit à un répit quand elle n’a plus les moyens physiques on intellectuels pour assurer un emploi dans l’entreprise. Elle bénéficie donc d’une retraite qui, dans le système par répartition que le pouvoir, il y a peu, voulait réformer, fait que les jeunes travaillent pour payer la retraite de leurs aînés. Le système n’est pas injuste, il crée une solidarité naturelle entre jeunes et vieux. Il donne à l’État la responsabilité du bien-être de chacun. Malheureusement, il ne fonctionne plus comme naguère, en partie à cause de la crise. Si on a pensé à le changer, c’est donc pour quelques bonnes raisons parmi lesquelles sa solvabilité.

Les vieux au secours des jeunes ?

La crise a accentué les inégalités entre jeunes pauvres et vieux bénéficiant, en quelque sorte, d’une rente. Elle aurait, selon le sondage Odoxa, réalisé auprès de 1005 personnes, accru l’hostilité d’une partie de la société contre une autre. Est-ce que, au contraire, les jeunes, loin de s’en prendre à leurs aînés, ne réclament pas plutôt une sorte de subvention que l’on pourrait appeler « retraite » pour jeunes ? En tout cas, ils seront sensibles à l’idée, irrécusable, que l’on n’est jamais jeune qu’en attendant de vieillir et que le sort d’un jeune est de devenir vieux un jour, inéluctablement. S’il y a un malaise entre deux générations appelées de toute façon à basculer dans une autre catégorie (pour les vieux, c’est la mort), il ne peut être que provisoire. On devine en outre qu’exiger des personnes âgées de reverser une partie de leur pension dans un fonds créé pour les jeunes compliquerait bien plus le problème qu’il ne le résoudrait.

Rente ou emprunt.

Le sujet n’est donc grave que pour ceux qui en parlent. Il y a un problème chez les jeunes à cause d’un système qui ne leur accorde pas le droit à un revenu. La réforme des retraites était une promesse du candidat Macron. La crise et la pandémie en diffèrent l’adoption et son application. Il est donc préférable de se cantonner à la question des jeunes et d’envisager pour eux un revenu stable, sinon élevé. C’est une tâche ardue. Il faut d’abord trouver le financement de cette sorte de pension pour les personnes qui ne sont pas encore entrées dans leur carrière professionnelle. Il faut éviter d’en faire un emprunt remboursable plus tard, comme c’est le cas aux États-Unis, où la dette des ex-jeunes atteint 1 600 milliards de dollars. Il faut enfin s’assurer que les nouveaux pensionnés travaillent pour toucher l’aide qui leur est accordée, ce qui n’est pas le cas des retraités.

Le virus et la colère.

Les personnes âgées ne bénéficient d’aucun privilège. Par exemple, les cadres à la retraite touchent une retraite à points qu’ils ont payée avec leurs cotisations (et celles de leur entreprise). Il était logique de les vacciner en premier puisque, pour la plupart d’entre eux, la contamination par le Covid aboutit à la mort. À ce propos, il ne semble pas, à l’heure qu’il est, que toutes les personnes âgées aient été vaccinées. La pénurie de vaccins se poursuit et les vieux n’obtiennent même pas un rendez-vous, d’autant que les centre de vaccination sont souvent très éloignés de leur domicile, ce qui complique la vaccination de ceux qui ne conduisent plus.

Tous ces sujets qu’on agite de loin en loin pour en faire des débats politiques ne font qu’ajouter le poison de la colère à celui du virus. Porter atteinte à la solidarité entre les générations transformées en classes sociales n’est pas seulement absurde. C’est une atteinte de plus à l’unité nationale.

RICHARD LISCIA

 

 

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