Niger : huit civils tués

Les restes d’un véhicule carbonisé
(Photo AFP)

L’attentat terroriste contre un groupe de Français accompagné par deux Nigériens, à quelque 60 km de Niamey, est d’une férocité et d’une lâcheté particulières : certaines des victimes françaises étaient des travailleur humanitaires de l’ONG Acted.

LES TERRORISTES ont bénéficié de l’effet de surprise : la zone était considérée comme sûre et des touristes s’y rendent pour admirer une réserve de girafes, espèce menacée dont il ne reste que 700 exemplaires dans tout le continent. Emmanuel Macron a dénoncé un crime conçu pour surprendre et terrifier et il a promis que tout serait fait pour retrouver les coupables. La tuerie, en tout cas, aggrave le climat d’insécurité au Niger, moins sujet que le Mali aux attentats.  La France, avec cette affaire consternante, ressent un peu plus sa solitude dans son engagement en Afrique occidentale où son corps expéditionnaire s’efforce de contenir la vague terroriste sur d’immenses territoires désertiques où les factions  djihadistes se multiplient malgré nos efforts. Les terroristes ont voulu démontrer, une fois encore, qu’ils se déplacent où ils veulent et quand ils veulent et que les pouvoirs politiques en Afrique subsaharienne ne contrôlent pas vraiment  les pays qu’ils dirigent.

Une période difficile.

Quelques inconnues interdisent toute analyse rationnelle. On en saura plus dans les jours qui viennent. On ne sait pas exemple si les humanitaires étaient en mission ou s’ils voulaient simplement rendre visite aux girafes. On ignore pourquoi la zone était considérée comme sûre, alors que les djihadistes s’y sont infiltrés sans difficulté et ont attendu patiemment qu’arrive le véhicule où voyageaient les huit civils. Ils n’avaient pas de protection militaire. Détail horrible : une femme s’est échappée, elle a été rattrapée et égorgée. Un débat a aussitôt commencé en France où l’on parle avant de méditer sur le coup porté à notre pays :  il ne fallait pas y aller, il ne fallait pas prendre ce risque, le tourisme en Afrique subsaharienne est un piège mortel. C’est un argument qui ne tient qu’après l’attentat puisque ni les autorités nigériennes ni les militaires français n’ont signalé la moindre action terroriste dans la zone concernée.  Nous traversons collectivement une période très difficile : le Covid-19 et ses effets sanitaires et économiques, une canicule accablante qui réduit l’énergie populaire, la catastrophe du Liban dont les conséquences ne peuvent être combattues que par une réforme politique, puis une aide que divers pays se sont mis hier, à réunir et enfin la plaie du terrorisme au Sahel où, malgré ses demandes, la France ne reçoit aucune aide en matériel et en soldats européens.

Plus d’intégration.

Le président de la République se montre aussi pugnace sur le front anti-terroriste que dans les sommets européens et dans l’aide au Liban. Partout, il tente de changer les données actuelles pour que la lutte contre l’impéritie politique et le danger terroriste obtienne des résultats. Ceux-ci, il doit l’admettre, ne sont pas à la hauteur de ses ambitions. Il n’est prophète ni dans son pays ni à l’étranger, car sa vision à long terme implique des efforts aujourd’hui alors qu’il est bien plus urgent, en cette époque si compliquée et menaçante, de se contenter de combattre les incendies actuels. L’action de la France est louable mais elle résulte de concepts que ne partagent pas nécessairement les dirigeants européens. Il est très facile, pour les partis extrêmes, de condamner l’Europe. Tout montre au contraire qu’elle ne peut progresser que par l’intégration politique. Il suffit pour s’en rendre compte, de l’état des nations, comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, qui ont consacré toute leur puissance à la désintégration de l’Europe et de l’OTAN, mais se sont placés aux-mêmes dans une crise sans issue.

Sur le plan national, l’invalidation en fin de semaine dernière par le Conseil constitutionnel d’un projet de loi destiné à assurer le suivi des terroristes qui ont fini de purger leur peine de prison et sont remis en liberté n’apporte pas un contexte rassurant. Le Conseil est dans son rôle quand il défend sans broncher nos libertés essentielles ; il demeure que terroriste un jour, terroriste toujours. Il n’y a aucune disposition de la Constitution qui prévoie une telle férocité gratuite, une telle violence, une telle permanence de la haine anti-française. Ce qui veut dire que nous ne pouvons pas lutter contre ceux qui ont juré notre destruction avec les armes juridiques. Ce n’est pas par hasard si nous allons les chercher au Sahel. Autrement, ils viendraient massivement en France.

RICHARD LISCIA

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Macron à Beyrouth

Accolade sans frontière
(Photo AFP)

Le voyage éclair d’Emmanuel Macron à Beyrouth a été vivement critiqué en France (sauf par Jack Lang), comme si nos problèmes nationaux devaient nous éloigner de la souffrance du peuple libanais après une explosion qui a fait plus de 150 morts, 5 000 blessés et des dégâts incalculables.

LE POINT principal de la démarche du président est qu’il est le premier et, pour le moment, le seul des chefs d’État ou de gouvernement à s’être rendu sur place, dans les ruines fumantes de la double explosion et au cœur d’une foule de citoyens libanais sincères qui hurlaient en pleurant leurs désillusions, leur lassitude face à la corruption, leur désespoir devant une  mécanique implacable qui les plonge toujours plus dans la misère alors que quelques potentats s’emplissent les poches. Devant le peuple en colère, devant l’exécutif libanais, et au cours de sa conférence de presse, le chef de l’État n’a pas mâché ses mots, ce qui, d’ailleurs, lui a valu la mauvaise humeur de quelques-uns de ses interlocuteurs. Mais la catastrophe a servi de catalyseur. Elle s’est produite en pleine crise financière, sociale et économique. Elle ne permettait plus aux roitelets du Liban d’avancer masqués. Macron lui-même les a désignés. Qu’ils soient contents ou non, ils devront utiliser avec rigueur les aides internationales et ne les obtiendront que s’ils mettent en route les réformes dont ce pays, comme le nôtre, a tant besoin. Et, de ce point de vue, on a assisté hier après-midi à Beyrouth aux embrassades entre un dirigeant étranger réformateur et un peuple libanais qui voudrait avoir sa copie à la tête de son gouvernement.

Des mots, jamais des actes.

Ici, à Paris, on dénigre, comme toujours, la démarche du président. On lui dit qu’il doit seulement se préoccuper des problèmes nationaux restés sans solutions. On répète cyniquement qu’une nouvelle aide au Liban ira à la corruption. Et qu’au Liban comme en France, Macron, c’est des mots, jamais des actes. Ce qui est faux, bien sûr, mais quelle importance ? Diffamez, diffamez, il en restera toujours quelque chose. Les élections de 2022 sont évidemment dans toutes les têtes et personne ne dira que M. Macron n’y pense pas. Mais ses adversaires y pensent encore plus que lui et attribuent le moindre de ses gestes à un calcul électoral. Pourquoi pas ? Mais il fallait beaucoup de témérité pour aller se jeter, d’un coup d’aile, dans le chaudron libanais. La preuve, c’est que personne, à part lui, ne s’y est précipité. En agissant de la sorte, il a tout de même donné au peuple libanais ce dont il manque le plus : un peu d’espoir, et accessoirement, il s’est inscrit parmi les grands leaders européens. Toute la journée d’hier, il a représenté l’Europe et, en se montrant sévère pour les gestionnaires du pays des Cèdres, il a donné le ton de ce que diront Angela Merkel et les autres chefs de gouvernement européens.

Une scène éloquente.

Et puis, il s’est produit, lors de son bain de foule, une scène éloquente. Une jeune fille, l’âge d’une étudiante, l’a apostrophé, en criant puis en hurlant ses doléances. Il l’a écoutée et puis, sa voix s’est cassée, elle semblait à court d’arguments. Comme il ne répondait pas, elle s’est jetée dans les bras accueillants du président de la République française. Et tant pis pour la pandémie. Un moment bouleversant, symbolique de la rencontre entre une jeune fille révoltée, soudain justicière et un chef d’État étranger qui la comprenait, ne cachait pas son émotion et la consolait (voir la photo). Gilets jaunes, prenez-en de la graine !

Les mamelles du redressement.

Bien entendu, il faudra du temps pour que le plan proposé au Liban soit rédigé, puis appliqué. Sa solidité sera mise à l’épreuve des nombreuses secousses causées par les potentats qui ne veulent pas lâcher prise, par les factions que la fin de la guerre civile, il y a trente ans, n’a pas fait disparaître, par l’avidité de ceux qui pensent que le pouvoir, c’est le moyen de s’enrichir. Aussi bien M. Macron n’avait-il pas la prétention de régler la crise libanaise en un jour et d’un coup de baguette magique. Il a néanmoins lancé aux dirigeants libanais un avertissement qui les met à nu sous le regard de leurs créanciers et de leur population. Il a prononcé des mots de compassion à comparer avec l’analyse de Donald Trump : « C’est un attentat » ! Et il poursuivra sa tâche au niveau des sommets européens. Emmanuel Macron n’a pas réussi toutes ses réformes, mais il a encore 20 mois utiles pour en peaufiner quelques-unes ; on peut tirer sur lui à boulets rouges, on ne peut pas ignorer son courage et son efficacité stratégique. De sorte qu’il a la personnalité du leader, celui qui sait saisir une occasion historique. Or, parmi ceux qui prétendent le remplacer, officiellement ou secrètement, il n’est pas facile d’en trouver un qui ait déjà les mêmes compétences avec quelques résultats positifs. Il arrêterait la pandémie en levant le petit doigt qu’on dirait encore qu’il s’est trompé ; il créerait le plein emploi en France qu’on le critiquerait quand même ; il est en train de prendre le leadership de l’Union européenne et l’on se moque de sa prétention à la diriger avec une économie française aussi endommagée. Y a-t-il, pourtant, une autre manière de traiter la crise ? Activisme et optimisme sont les mamelles du redressement.

RICHARD LISCIA

 

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Catastrophe au Liban

Un amas de ruines
(Photo AFP)

Beyrouth a été dévastée hier par une double et énorme explosion dans un entrepôt du port qui contenait 2750 tonnes de nitrate d’ammonium. À cette heure, on dénombre plus de cent morts, au moins 4000 blessés, et des centaines de disparus. La France a apporté son soutien au Liban sous la forme de deux équipes spécialisées dans l’exploration des décombres. Le président Macron se rend demain à Beyrouth.

LA SEULE question qui vaille est la suivante : s’agit-il d’un attentat ou d’un accident ? La thèse d’un désastre accidentel est parfaitement plausible. Le nitrate d’ammonium a causé des ravages considérables un peu partout, notamment à Toulouse en 2001 (accident chez AZF) et en 1995 à Oklahoma City (attentat de l’extrême droite qui a détruit un immeuble fédéral et fait 168 morts). Les autorités libanaises ont déjà annoncé qu’il ne s’agissait pas de l’œuvre d’un terroriste dans le pays où les terroristes sont nombreux. Chaque fois qu’une explosion se produit, on se tourne vers le Hezbollah qui a l’habitude de stocker des armes dangereuses dans des locaux civils. Le pire, peut-être, c’est que l’entrepôt ne faisait l’objet d’aucune surveillance particulière.

Une pensée pour le Hezbollah.

Mais le résultat est le même : déjà fragilisé à l’extrême par la crise économique qu’a induite la pandémie de Covid-19, le Liban pourrait bien avoir mis son second genou à terre. Plus il est vulnérable et plus il est soumis à des influences étrangères (Syrie, Iran, Turquie) qui ne cherchent même pas à cacher leurs ambitions dans la région. Or les Libanais sont très divisés en ethnies et religions différentes et de toute façon la formule qui les régit et distribue les postes et les influences en fonction du poids démographique de chaque communauté ne fonctionne plus. Pour plusieurs raisons : la déstabilisation croissante du Moyen-Orient par la guerre civile en Syrie où s’affrontent Russes, Turcs, Iraniens, Kurdes, encore quelques militaires américains, musulmans et chrétiens ; l’appétit de la Turquie dont le président, Recep Tayyip Erdogan, affirme qu’il veut reconstituer l’empire ottoman (qui, bien entendu, comprenait le Liban) ; la présence du Hezbollah, État dans l’État, qui menace Israël de ses centaines de milliers de roquettes  et dont l’action est favorisée par les mauvaises relations entre Beyrouth et Jérusalem.

Empire ottoman.

La Russie de Vladimir Poutine, pour sa part, se contente de conserver sa présence en Syrie et ne souhaite pas étendre son influence au-delà. Ce n’est pas la position d’Erdogan, qui dirige la Turquie d’une main de fer et se croit tout permis, y compris son intervention militaire en Libye et son agressivité peu otanienne à l’égard de la France notamment. Tous les pays, les dictatures comme les régimes démocratiques, ont offert leur aide au Liban. Mais les secours envoyés par des régimes autoritaires seront fatalement intéressés et amorcent un début de reprise en main du Liban, gouverné en dépit du bon sens. Les Libanais ont tenté vainement de faire coexister dans leur minuscule territoire toutes sortes de communautés qui ont fait de leur identité leur objectif, leur passion et leur unique programme. À part çà, l’indolence méditerranéenne n’a pas aidé au renforcement de l’autorité gouvernementale. De sorte que les inégalités sociales ont toujours été très grandes et que le taux de chômage au Liban est de 35 %, sans compter un endettement de 170 % du la production intérieure brute qui résulte essentiellement de la corruption de la classe politique. La France est très attachée au Liban, pays où elle exerce encore au moins une influence francophone et qui, avant de sombrer dans la guerre civile en 1975, était considéré comme un paradis au bord de la Méditerranée. Mais toute la compassion du monde ne viendra pas à bout de divisions qui séparent les morceaux du puzzle libanais et ne lui ouvrent guère un avenir radieux.

RICHARD LISCIA

 

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Un échec de Dieudonné

Le sympathique Dieudonné
(Photo AFP)

Facebook et Instagram ont « banni » Dieudonné au terme d’une longue bataille juridique conduite par la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), qui s’en félicite et rappelle l’influence néfaste qu’exerce celui qui se prend pour un humoriste.

FACEBOOK et Instagram exposent leurs arguments. Ils dénoncent des « contenus se moquant des victimes de la Shoah… en termes déshumanisants à l’encontre des juifs »…Bannir une personne de manière permanente de nos services, poursuivent-ils, est une décision que nous pesons toujours avec attention, mais les individus et organisations qui attaquent les autres sur la base de ce qu’ils sont n’ont pas leur place sur Facebook et Instagram ». La LICRA ne cache pas sa satisfaction d’avoir remporté « une grande victoire et l’aboutissement d’un travail de longue haleine par nos équipes et nos avocats qui a fini par payer. Ses publications, ajoute la LICRA, ont déjà commis des dégâts considérables parmi la jeunesse et elles ont participé à banaliser l’obsession des juifs ». En novembre 2019, Dieudonné M’Bala M’Bala a été condamnée à 9 000 euros d’amende pour une vidéo intitulée « C’est mon choaaa ».

Liberté et responsabilité.

L’affrontement entre Dieudonné et la LICRA traduit le combat contre l’antisémitisme par l’exercice du droit. Depuis la loi Gayssot, proférer des propos antisémites ne relève plus de la liberté d’expression mais de la délinquance. Il y aura toujours des citoyens pour penser que la liberté d’expression ne doit être entravée par aucun moyen juridique, qu’elle est sacrée en quelque sorte, ce que, idéalement, elle devrait être. Mais Dieudonné et ses amis révisionnistes en font un usage délétère, sous couvert d’un humour sinistre qui enchante pourtant les imbéciles qui l’applaudissent à tout rompre et sont toujours nombreux. Sur Facebook, Dieudonné avait 1 300 000 « followers » et 400 000 sur Youtube. Il a souvent été condamné et eu des démêlés avec le fisc, mais n’a jamais été interdit au nom de la loi. Celle-ci, pourtant, existe bel et bien dans le droit français puisqu’elle a été adoptée par le Parlement le 13 juillet 1990, soit il y a précisément trente ans. Et elle a été appliquée. Depuis longtemps, Dieudonné s’est efforcé de lui échapper et a continué à tenir des meetings plus politiques qu’humoristiques qui ont été interdits ou non, et lui ont valu des déboires judiciaires et fiscaux.

Une haine obsessionnelle.

La multiplicité des plaintes dont il a fait l’objet et celle de ses condamnations ne s’explique que par son acharnement à dire tout le mal qu’il pense des juifs. Pire qu’un engagement, c’est une obsession qui relève peut-être de la psychiatrie mais fait des ravages considérables puisqu’il a transformé ses « fans » en antisémites fanatiques et qu’il a apporté de l’eau au moulin révisionniste. Ce qui est réconfortant dans la décision de Facebook et d’Instagram, qui n’avait que trop tardé, c’est qu’il n’a été fait à Dieudonné aucune autre violence que celle prévue par le droit. Il s’agit d’une répression soft, sans agression physique, résultant d’actes délictueux décrits par le Code pénal. On mettra la victoire de la LICRA en regard avec le temps qu’il a fallu au dossier pour aboutir, alors que les faits étaient publics et recensés. On tiendra compte, en outre, du fait que Dieudonné ne recule jamais face à une adversité qu’il a lui-même créée et qu’il poursuivra son œuvre sinistre sur tous les tréteaux de France, pour autant que les préfets ou les maires le laissent faire. Le vrai problème, c’est sa popularité qui non seulement lui rapporte des revenus mais empoisonne l’esprit de ses « fans » pour lesquels une soirée de rigolade vaut bien la peine de se classer parmi les antisémites de la pire espèce.

Il ne s’agit pas seulement d’une de ces dérives qui endommagent l’unité de la société française, mais d’un fléau qui tend à banaliser la Shoah et à enseigner une ré-écriture de l’histoire. C’est la deuxième mort des victimes juives de la période hitlérienne, pourchassés jusqu’au fond de leur tombe. Il n’y a pas de mots pour décrire cette ignominie. Elle ne résulte pas d’une mémoire collective qui s’use mais de ce tour de passe-passe contemporain qui consiste à inverser toutes les valeurs et à préférer le cynisme à la compassion, le racisme à l’unité populaire, les saltimbanques de l’horreur aux artistes, le mensonge à la vérité. Tous comptes faits, Dieudonné n’a pas encore payé assez cher.

RICHARD LISCIA

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Chères vacances

À la plage
(Photo AFP)

Autorisées à l’intérieur de nos frontières et en Europe dans certains cas, les voyages de vacances ont très probablement entraîné un relâchement des comportements, notamment chez les jeunes, qui se traduit par l’apparition de nouveaux clusters.

LE DÉNI du danger, la soif de distractions, un sens illusoire de l’invulnérabilité expliquent que le nombre de contagions augmente, pour le moment sans mettre en danger l’activité générale. Les services de santé combattent néanmoins le phénomène, qui risque de s’aggraver, dans la perspective d’une « deuxième vague », concept lui-même biaisé, dans la mesure où en réalité, c’est la première vague qui continue de répandre ses méfaits. Cette vaste menace complique le travail des médecins et des pouvoirs publics. C’est l’occasion de rappeler que les Français n’ont pas eu de mots assez durs pour dénoncer la gestion de la pandémie au printemps, alors que certains d’entre nous ne savent pas trop comment qualifier le relâchement de la jeunesse et, parfois, des gens plus âgés. Lesquels ne portent pas le masque et participent à des attroupements favorisant une contamination à  grande échelle, tout en offrant une explication qui, de toute évidence, laisse de côté  les terrifiants effets d’une hospitalisation longue.

Le gazon est plus vert chez les Jones.

De la même manière, depuis le début de la crise, l’alarmisme du gouvernement est constamment dénoncé. On lui reproche de faire peur. Mais comment avertir la population des risques si on n’en montre pas les funestes conséquences ? Ce à quoi nous assistons n’est pas autre chose qu’un mimétisme social suicidaire comparable à celui d’un troupeau de brebis conduit par l’instinct grégaire à sauter par-dessus une falaise. Ce dérapage massif de la psychologie populaire comprend une souche de défi aux autorités, compris comme une forme absolue de liberté : »Je suis libre et à tel point que je préfère la liberté à la vie ». On a déjà vu cette pensée appliquée à des causes plus justes. Elle traduit le désespoir qu’inspirent les gouvernements autoritaires alors que, en réalité, il s’agit de responsabilité individuelle. Voilà que, pour sauter de la falaise, un professeur de médecine talentueux et éminemment crédible, le Pr Éric Caumes (La Pitié-Salpêtrière) n’hésite pas à suggérer une solution qui traîne depuis le début de la pandémie mais ne risque pas de calmer le jeu. Il propose, dans une sorte de rêve éveillé, de laisser les jeunes s’infecter au gré de leurs balades, ce qui constitue un moyen d’immuniser une forte partie de la population. Il avait à peine lancé l’idée qu’elle était combattue par ses pairs sur tous les tréteaux de la république. Et heureusement. Car ce n’est pas autre chose que l’idée de Boris Johnson, de Donald Trump et de Jair Bolsonaro, idée dont les peuples qu’ils gouvernent n’ont pas fini de payer le prix. Rien d’autre que la notion selon laquelle le gazon est plus vert chez les Jones, même si la France est plus intelligente et plus efficace.

L’apport des intellectuels.

Nous en sommes à ce point de la pandémie où, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, nous ne pouvons pas re-confiner tout le pays, même si l’exécutif mentionne cette hypothèse, et où il faut à tout prix éviter la contagion. Nous ne pouvons pas le faire parce que nous n’en avons plus les moyens. Il est impossible d’arrêter une deuxième fois l’activité économique. C’est un défi adressé à chacun d’entre nous : multiplier des précautions certes lassantes tout en produisant autant qu’avant la pandémie et ce, dans tous les métiers. Chacun d’entre nous, dans cette affaire, a donné sa part de petites souffrances. Mais la liberté de s’exposer au virus n’a aucun sens : nous ne sommes ni en guerre ni en France occupée. Je reconnais que beaucoup d’intellectuels de droite et de gauche pestent contre la « verticalité » de décisions dont ils dénoncent l’infantilisme. Mais ils ne sont ni médecins ni responsables des mesures collectives et ils ne disposent pas davantage des paramètres qui structureraient leur philosophie. Ils apportent leur mauvaise humeur dans un débat où l’on en trouve déjà trop et qui devient ridicule à force de vouloir nous faire croire que la distanciation sociale et le port du masque sont pires que la contagion, et de répéter, devant tous les micro-trottoirs, qu’ils n’en peuvent plus, qu’ils ont besoin de respirer (en réanimation ?) et d’exiger qu’on les extraie de cet « enfer ».

RICHARD LISCIA

PS- Je ne pars pas en vacances pour diverses raisons liées au Covid. Il ne serait pas cependant raisonnable de poursuivre ce blog au rythme quotidien. Je veillerai donc uniquement à commenter l’actualité quand elle me paraîtra intéressante. Bonnes vacances à tous les lecteurs.

 

 

 

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USA : le coup de force

Trump en action
(Photo AFP)

Donald Trump a annoncé hier qu’il envisageait de reporter l’élection présidentielle du 3 novembre prochain, sous le prétexte qu’à cause du Covid, le scrutin serait faussé par le vote par correspondance, propice, selon lui, à la fraude électorale. Une telle mesure serait sans précédent dans l’histoire des États-Unis.

ELLE SERAIT aussi illégale sur le plan constitutionnel. Depuis qu’existe la République américaine et sa constitution, il n’existe aucun précédent de report d’un scrutin. C’est pourquoi elle prévoit la présence d’un vice-président sur le « ticket ». Il prend le relais d’un président décédé ou mis dans l’incapacité et empêche toute élection anticipée ou retardée. C’est ce qui s’est produit avec la mort de Franklin Roosevelt, remplacé par Harry Truman, avec la mort de John  F. Kennedy, remplacé par Lyndon Johnson, et avec la chute de Richard Nixon, remplacé par Gerald Ford. Tout est fait pour que la chronologie des scrutins soit immuable et que la date d’une élection soit prévisible pour des décennies ou même des siècles. À la solidité des institutions s’ajoute donc une série de séquences inchangeable qui permet de renouveler la Chambre des représentants tous les deux ans, la mise à l’épreuve du vote d’un tiers des sénateurs et des gouverneurs tous les six ans. C’est un modèle qui est souvent attaqué mais qui, au fil du temps, a démontré sa vigueur et la stabilité du système. Que le président, garant de la Constitution, démolisse ce modèle, ne relève pas des facéties de Trump, mais du coup de force et même du coup d’État. Trump était un pitre, il se transforme en malédiction.

Le choix du chaos.

La dimension de la provocation entraînera forcément un rejet et pas seulement dans l’opposition. Rien, dans les textes, ne permet au chef de l’exécutif de se livrer seul à cette aventure, qui sera combattue par la Chambre des représentants, à majorité démocrate, et par la Cour suprême, qui, bien qu’acquise aux conservateurs, a démontré récemment son indépendance en prononçant deux ou trois jugements défavorables à Donald Trump. Le malheur vient de ce qu’il se moque des noms d’oiseaux qui vont s’abattre sur lui. Il ne s’engage dans cette voie sans issue que parce qu’elle sème le chaos et il espère que le débat violent qui va s’ouvrir créera une période d’agitation, d’émeutes et de perplexité nationale, propices à la fabrication d’une tragédie factice et, au-delà, à son triomphe par défaut. Nous n’y sommes pas. Mais les Américains auraient tort de ne voir qu’une facétie dans cette nouvelle démarche de Trump. Il a toujours dit ou laissé entendre que la seule vérité électorale, c’est sa victoire, et que s’il est vaincu par les urnes, il contestera le résultat. Il a assez de concitoyens pour le croire et même pour boire ses paroles. Assez de soutiens pour s’agripper comme un enfant têtu au pouvoir. Assez de cynisme pour sacrifier la stabilité des institutions à la glorification de sa propre personne.

Punir pour l’exemple.

Il faut donc que, dès aujourd’hui, les démocrates organisent la contre-offensive ; et il faut aussi qu’une autorité supérieure à celle de la Maison Blanche écarte la menace ainsi brandie contre les institutions. Certes le système américain est souvent critiqué mais, au fil des ans, il a assez prouvé sa solidité pour être défendu avec acharnement par l’électorat et par les élus.  On n’en est plus à compter les mensonges et les falsifications de Trump. Il serait donc souhaitable que sa malhonnêteté soit sanctionnée sur le plan judiciaire. Pour le moment, il ne s’agit que d’une hypothèse. Mais plus tard, après son éventuelle défaite, il serait utile qu’il soit poursuivi par la justice afin que son exemple ne soit jamais imité. Les élus doivent comprendre ce qu’il en coûte d’exagérer dans le cynisme, la fraude et la manipulation. J’estime personnellement que la judiciarisation de la vie politique est en train de devenir un fléau. Mais il y a une différence de degré entre la gestion en France de la pandémie et celle de Trump qui a abouti à une surmortalité inacceptable. Il doit rendre des comptes et d’ailleurs, s’il refuse d’abandonner le pouvoir en toute circonstance et en dépit du verdict des urnes, c’est parce qu’il sait qu’en tant que citoyen lambda, il court de gros risques. Si l’on veut que Trump ne soit qu’une parenthèse dans l’histoire des États-Unis, il faut en faire, pour l’avenir, l’exemple à ne jamais suivre.

RICHARD LISCIA

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Violences des uns et des autres

Gérald Darmanin
(Photo AFP)

Mardi, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a eu un mot pour le moins malheureux et plutôt scandaleux. Il a déclaré que, lorsqu’il entend parler de violences policières, il étouffe. Remarque qui lui ont valu de vives critiques alors qu’il fait l’objet, par ailleurs, d’une enquête judiciaire liées à des accusations de viol.

L’OBJECTIF de M. Darmanin était de rassurer les policiers sur sa solidarité, après qu’ils ont estimé que son prédécesseur, Christophe Castaner, ne les avait pas toujours traités avec bienveillance. Le problème est ancien et permanent. Il serait absurde de nier que les policiers, gendarmes et forces de l’ordre, commettent des violences, notamment dans le feu de l’action au moment des manifestations qui se transforment en émeutes et en incendies de rue. Les actes répréhensibles de la police sont connus, identifiés et examinés par l’IGPN (police des polices). Des sanctions sont prises parfois. Une récente enquête journalistique a mis au jour des comportements excessifs et brutaux commis par des policiers chargés de transférer des détenus au tribunal de Paris. La réflexion du ministre est malencontreuse et même répugnante : il n’a rien de comparable entre son indignation personnelle et le sort subi par les malheureux traités comme des criminels avant d’avoir été jugés. D’autant que M. Darmanin, manifestement, faisait allusion au drame du 3 janvier dernier : un coursier, Cédric Chauviat, interpellé à Paris par la police, s’est engagé dans une querelle avec eux, tant et si bien qu’il a été plaqué au sol à la manière de George Floyd. Étranglé, il a dit neuf fois qu’il étouffait. Deux jours plus tard, il est mort à l’hôpital d’un larynx brisé.

Brebis galeuses.

Cette affaire ne résulte pas d’un affrontement avec les gilets jaunes ou avec les black blocs. Les policiers ont recouru à la force d’une manière disproportionnée. Provoqués et insultés par M. Chauviat, ils n’avaient néanmoins aucune raison de lui faire courir le moindre danger. La vérité est que l’abus d’usage de la force, au moins dans ce cas précis, est clair. M. Darmanin doit être solidaire de la police en général, mais pas des policiers dont la colère les conduit à l’homicide. Cette affaire tragique démontre l’absurdité de la généralisation. Le cas de M. Chauviat doit inévitablement aboutir à un procès et à un jugement ; et quand le ministre de l’Intérieur affirme que les « violences policières sont légitimes », il vole, certes, au secours d’une profession minée par la multiplicité des actes de délinquance, démoralisée, dont de nombreux membres finissent par se suicider, ce qui est intolérable, mais il ne peut pas ignorer la présence de brebis galeuses au sein d’un corps qui, toutes spécialités additionnées, représente 250 000 hommes et femmes.

Protéger la population.

Même si on écarte les considérations éthiques, il est impossible d’approuver le ministre. D’abord parce que les faits relatifs à la mort de M. Chauviat relèvent de la criminalité ; ensuite parce que, dans son désir de donner un gage à ses subordonnés, M. Darmanin a oublié le sort qui a été réservé à la victime par des hommes dont le premier devoir consiste à protéger la population civile. Si M. Castaner a fini par perdre son portefeuille, c’est parce qu’il a tenté d’établir un équilibre entre la glorification nécessaire de la police dont aucun pouvoir (et, dirai-je, aucun peuple) ne peut se passer, et la nécessité, pour les forces de l’ordre, de ne jamais être tentées de se comporter en délinquants. L’expression la plus utilisée est « gardien de la paix ». Ce mot signifie que la société refoule et sanctionne les comportements délictueux et dangereux, mais qu’elle respecte les droits de chaque individu. Ce n’est pas le cas là où le présumé innocent est traité en tant que détenu et perd ses droits dès qu’il est confronté uniquement aux forces de l’ordre et en l’absence de témoin impartial. Ce n’est pas le cas quand des détenus immigrés reçoivent des insultes racistes qui en disent long sur leur déshumanisation dans le cadre carcéral. Ce n’est pas le cas quand des brutalités ou des remarques déplacées sont faites sans qu’il y ait un contexte belliqueux, comme les manifestations débordées par des provocateurs professionnels.

M. Darmanin devrait s’excuser auprès de la famille Chauviat, ou alors se poser la question de ses compétences de ministre de l’Intérieur. Il a en effet adopté une attitude qui, loin de calmer la société, la pousse de nouveau à la colère, dont on connaît les conséquences, alors que nous avons besoin d’unité et de coopération contre les divers maux dont nous souffrons. M. Darmanin a été nommé à l’Intérieur parce que c’était chez lui plus qu’une aspiration, une obsession. Qu’il se demande maintenant s’il réunit toute la souplesse et la subtilité pour conserver ce poste.

RICHARD LISCIA

 

 

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États-Unis : campagne irréelle

Joe Biden
(Photo AFP)

À cent jours de l’élection présidentielle du mardi 3 novembre, la campagne électorale américaine est entrée dans une phase irréelle qui résulte à la fois de la pandémie et du comportement personnel de Donald Trump.

M. TRUMP a refusé de dire clairement s’il contesterait devant les tribunaux le résultat du scrutin au cas où il serait battu. Cela dépendra, on l’imagine, du résultat :  soit sa défaite est une déroute, soit elle joue sur quelques centaines de milliers de suffrages seulement. Rien, dans le droit, ne lui permet de choisir une telle procédure. En 2016, Hillary Clinton avait remporté le vote populaire de près de deux millions de voix, elle avait perdu celui des grands électeurs, le seul qui compte et elle a aussitôt reconnu la victoire de M. Trump. Ce qui met en relief l’absence complète de fair play et de scrupules chez le président-candidat. La tentation de se soustraire au verdict de l’électorat est visible et même tangible chez Donald Trump. Les nouvelles ne sont pas bonnes pour lui pour deux raisons : sa gestion de la pandémie a été désastreuse, ce qui a accentué sa perte de crédibilité depuis  trois ans, et les conséquences du virus sur l’économie et l’emploi lui ont fait perdre le seul atout qu’il avait dans cette campagne.

Une campagne silencieuse.

Celle-ci sera pleine de rebondissements, liés principalement aux mensonges, accusations diffamatoires, recours à la propagande qui ne manqueront pas dans la campagne républicaine, alors que le candidat démocrate, Joe Biden, reste plutôt silencieux et rejette de tels procédés. Le Covid a modifié une tradition électorale qui date de la création des États-Unis : les conventions rassemblent des électeurs de tous les États dans leur diversité rurale et urbaine, de classes, de revenus, avec des différences profondes mais qui finissent toujours par l’unité autour d’un seul nom. Nous serons privés de ce spectacle cette année. Les conventions de 2020 seront des formalités. Celle du parti républicain est censée avoir lieu du 24 au 27 août. Le choix de Jacksonville, en Floride, a été annulé, et remplacé par celui de Charlotte, en Caroline du Nord, mais l’ensemble des événements prévus sera très limité. Quant à la convention démocrate, elle sera virtuelle à Milwaukee, dans le Wisconsin du 17 au 20 août, mais Joe Biden acceptera d’être candidat après s’être rendu sur place.

Une colistière issue des minorités.

Trump, pour sa part, est en retard dans les sondages. Il lutte non seulement contre les défections de son électorat dit naturel, mais contre la sécession d’une frange de républicains qui estiment qu’il ne doit pas être réélu et que l’Amérique ne peut pas se permettre de lui accorder un second mandat capable de la déchirer comme n’importe quelle république bananière. Civisme ou trahison ? On peut dire que Joe Biden est âgé, qu’à 77 ans, il ne pourra accomplir qu’un seul mandat si tout va bien et qu’il offre le flanc aux pires attaques sur son âge, son apathie apparente, et son unique qualification : il a été le vice-président d’Obama. Pire : on l’accuse d’être dominé par les forces stridentes du gauchisme, souvent incarné par des femmes issues des minorités. Mais si Biden ne fait pas vraiment campagne, il travaille. Il veut être un candidat du rassemblement de la gauche et négocie avec les élus des minorités la rédaction d’un projet . Il a déjà dit que la première chose qu’il ferait s’il était élu serait de rejoindre l’organisation mondiale de lutte contre le réchauffement climatique.  Il ne sera pas homme à accepter les ingérences russes dans la vie politique intérieure des Américains. Il n’abandonnera pas les Hongkongais à leur sort. Il revigorera l’OTAN, si mal en point et pourtant si nécessaire. Enfin, il s’est engagé à prendre une colistière qui sera une femme, noire ou latina.

Biden, en conséquence, ne se contente pas de jouer la carte du « Tout sauf Trump ». Il a un plan qui sera prêt le 20 janvier, premier jour de son mandat, s’il l’emporte. Il mesure parfaitement les difficultés économiques et sociales qui l’attendent, les divisions profondes entre partisans de l’État de droit et partisans de la révolution ultra-conservatrice, raciste et favorable aux violences policières qui représentent l’un des fléaux du pays. Si on y réfléchit bien, Biden est l’Américain qui peut le mieux faire la synthèse entre centristes (son camp) et l’ultra-gauche qui n’a pas d’autre moyen que lui pour se débarrasser de Trump une fois pour toutes.

RICHARD LISCIA

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Virus : guerre longue

À Quiberon
(Photo AFP)

La recrudescence, en France et dans le monde entier, de la pandémie de Covid-19, exige une vigilance accrue de la population. C’est la seule option valable : nous ne pouvons ni songer à un reconfinement qui serait catastrophique ni prétendre que nous nous protégeons contre l’apparition d’une « deuxième vague ».

LA PREMIÈRE vague, de fait, n’est pas terminée. Ce à quoi nous assistons résulte du déconfinement, du laxisme des populations, et des mythes, comme le recul du virus devant la chaleur. La stratégie générale de la guerre anti-Covid a laissé la place à une guérilla. Armés de leur expérience, les soignants se concentrent sur les fameux clusters de la même manière que des pompiers contraints de contenir un incendie pour qu’il ne se propage pas. L’idée d’une deuxième vague et d’un nouveau confinement est totalement erronée. Nous ne pouvons pas nous offrir le luxe d’une deuxième mise à l’arrêt de l’économie car nous savons combien nous a coûté la première. C’est par l’endettement que nous avons procédé au confinement. Nous ne pouvons plus augmenter cette dette.

L’irrationnel a pris le dessus.

Il n’est plus l’heure de discutailler à l’infini sur les mérites comparés des masques et des autres gestes-barrières. Nous savons, en général, que, en dehors du confinement, ils représentent, dans l’attente d’un vaccin ou d’un traitement, le meilleur instrument pour empêcher la contagion. Tout le monde n’est pas de cet avis : la plupart des vacanciers et des fêtards mettent l’accent sur les souffrances qu’ils ont endurées pendant le confinement, comme s’ils ne mesuraient pas les effets délétères de la maladie et le danger de mort dans certains cas, comme si l’inconfort produit par la vigilance était supérieur aux souffrances de la contamination, comme si, en définitive, nous étions incapables de contribuer au développement de l’économie tout en nous protégeons nous-mêmes et en protégeant les autres. Comme dans d’autres crises, l’irrationnel a pris le dessus, au grand dam du gouvernement, dont on a été si prompt à dénoncer les carences et si peu enthousiaste au sujet de ses succès. Le taux de chômage a baissé en juin. Le nombre de décès est en régression constante. Mais le nombre de cas augmente et c’est contre ce danger qu’il faut lutter en se tenant à distance des autres. Il n’y a pas de miracle, mais il n’y a rien dans la discipline indispensable qui nous est prescrite que nul ne soit en mesure d’accomplir, au meilleur coût, celui d’un désagrément qui durera longtemps mais pas éternellement. Il est inutile d’applaudir les soignants tous les soirs à 20 heures si on n’est pas fichu d’apporter sa contribution personnelle à l’immunité.

Ne pas faire le jeu de la pandémie.

L’heure n’est pas davantage aux absurdes querelles politiques auxquelles nous convoquent de multiples associations vouées à la judiciarisation du fléau. C’est partout, et dans les pays les plus réactifs, les plus combattants, qui ont obtenu des succès considérables, que le virus livre ses nouvelles agressions. Il ne s’agit pas d’une bataille de France, mais d’une guerre planétaire qui, comme la lutte en faveur de l’environnement, ne sera jamais gagnée sur le plan local mais sur le plan mondial. Certes, le laxisme de certains grands pays ne nous a pas beaucoup aidés, comme en témoigne les règles strictes du passage d’une frontière. Mais nous n’avons pas le choix. Le virus est le même, qu’il soit français ou chinois. De même que l’Europe avance au gré des crises, de même la solidarité internationale s’impose parce que le Covid-19 perce toutes les frontières. C’est pourquoi parler d’une deuxième vague pour mieux s’inquiéter, envisager un nouveau confinement au mépris de nos finances, échanger des idées qui expriment surtout des degrés variés d’angoisse, c’est faire le jeu de la pandémie. Chaque heure qui passe est importante : chaque masque bien porté, chaque lavage de mains, chaque effort pour ne participer à aucun regroupement ou attroupement, chaque prise de conscience du danger contenu dans les plaisirs de la plage contribuent à faire reculer la pandémie.

RICHARD LISCIA

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Bioéthique : bataille à l’Assemblée

Annie Genevard
(Photo AFP)

Le projet de loi bioéthique sera soumis à l’Assemblée nationale à partir d’aujourd’hui et jusqu’à vendredi prochain pour une dernière lecture avant l’adoption. L’opposition est hostile à la plupart des éléments du texte et au timing, jugeant que le débat aurait dû être repoussé à la rentrée.

CE PROJET n’est ni de droite ni de gauche, disent les parlementaires de la République en marche, mais l’opposition vient surtout des élus de la droite qui ont tenté, en vain, de le remanier. 2 300 amendements ont été déposés, ce qui donne une idée de l’atmosphère des débats, même si, dans des cas précédents, le nombre d’amendements était dix fois supérieur. La mesure phare du projet est la suivante : la loi est étendue aux couples de femmes et aux femmes seules, alors que jusqu’à présent, elle ne concernait que les couples hétérosexuels qui ne pouvaient avoir d’enfants. « C’est l’antichambre de la gestation pour autrui (GPA) », affirment les députés LR. Le gouvernement rétorque que le texte contient des avancées médicales, scientifiques, sociales et sociétales. Bien qu’il s’oppose radicalement au diagnostic pré-implantatoire, l’exécutif cherche surtout, et un peu vite, à séduire la gauche, qui a toujours voulu augmenter le nombre des bénéficiaires de la PMA. Le Premier ministre, Jean Castex, ne s’est pas exprimé sur la question qui divise la majorité elle-même : si l’anonymat du donneur de gamètes est toujours respecté, l’accès aux origines pour les personnes nées d’un don de gamètes a été modifié, ce qui risque d’ouvrir des crises familiales susceptibles de handicaper l’épanouissement des enfants nés dans ces conditions et de compliquer la vie de leur père, surtout s’il a lui-même une famille.

Une PMA sans père.

« C’est une PMA sans père », affirme Annie Genevard, députée LR. Le débat illustre l’adaptation de la société contemporaine à des progrès scientifiques qui parfois la dépassent. La volonté du gouvernement de montrer qu’il reste très actif (sa composition a été finalisée pendant le week end avec la nomination de onze secrétaires d’État, dont six nouveaux) convient mal à une période de vacances et un confinement qui persiste. Ce n’est pas la totalité des effectifs de l’Assemblée qui se prononcera sur la PMA, mais seulement une cinquantaine de députés. Sur le fond, le gouvernement prend les risques que nous citons ci-dessus. Rien ne nous oblige à accompagner les progrès de la science jusqu’à ce qu’ils provoquent des complications sociétales, de même qu’il n’existe pas, dans le droit et dans la morale, de droit inaliénable à avoir des enfants. Il y a certainement une demande, et même une exigence, des femmes dont la sexualité ou la vie qu’elles ont choisies ne leur permettent pas de concevoir un enfant. Mais on voit percer, dans cette affaire, le choc nature contre anti-nature, et les dérives d’une liberté de concevoir dont la marchandisation, comme on le voit aux États-Unis, devient la conséquence logique et pourtant inacceptable.

Effet social ravageur.

Si les donateurs perdent leur anonymat, l’effet sociétal sera ravageur. En quelques années, ils seront confrontés à un dilemme : l’affection et les liens étroits avec leur vraie famille et les sentiments que peut soulever, très naturellement, la présence d’un enfant qu’ils ont conçu et qu’ils n’ont aucune raison d’ignorer. L’État, et singulièrement l’État français, s’est toujours mêlé de la composition, de la stabilité et du nombre d’enfants des familles, probablement parce que la natalité est le facteur numéro un de la croissance. Il n’empêche que, par rapport à l’État, la famille devrait, en toute circonstance, être un sanctuaire. Ceux qui y vivent devraient être protégés contre les calculs démographiques et économiques du gouvernement quel qu’il soit. Au point que le fonctionnement des allocations familiales, s’il est perçu comme un avantage acquis, signe l’irruption du dessein politique au cœur même des familles. Celles qui comptent deux, trois, quatre enfants ou plus les ont-elles désirés au nom de l’amour paternel et maternel ou seulement pour toucher plus d’allocations ?

RICHARD LISCIA

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