Retraites : la réforme est lancée

Delevoye avec Macron
(Photo AFP)

Dans le projet de réforme des retraites annoncé aujourd’hui par Jean-Paul Delevoye, qui en est le maître d’œuvre, il n’y a pas de grande surprise, seulement quelques nouveaux (et modestes) avantages, sans doute présentés pour faire passer la pilule que les syndicats et l’opinion refusent d’avaler.

LA STRUCTURE sur laquelle M. Delevoye travaille depuis 18 mois reste inchangée : on garde le système par répartition, dans le sens où les actifs paient pour les retraités, mais on passe aux points. Les 42 plans de retraite existant actuellement cèdent la place à un système unique, ce qui signifie qu’un euro cotisé donne les mêmes droits à tous, employés, cadres on indépendants, étant entendu que la différence entre les niveaux de retraite reflètera le nombre de points acquis. On conserve également l’âge de départ (62 ans) auquel Emmanuel Macron a juré de ne pas toucher. Mais partir à 62 ans ne permettra pas de toucher une pension à taux plein ; il y aura une décote pour les gens âgés de 62 ans et une surcote pour ceux qui travailleront plus longtemps, entre 62 et 67 ans. Ce qui revient, en quelque sorte, à prolonger les carrières : les salariés qui souhaitent obtenir une pension décente poursuivront leur activité professionnelle jusqu’au moment où ils auront acquis un nombre de points qui leur paraîtra suffisant.

Pension de réversion améliorée.

Un geste en faveur des veufs et veuves : ils toucheront 70 % de la pension totale du couple., alors que, dans le système actuel, un veuf ou une veuve n’ont droit qu’à 60 % du montant perçu par leur conjoint décédé et la pension de base fixée par la Caisse nationale d’assurance vieillesse n’entre pas dans le calcul de la réversion. Le montant de la pension sera augmenté de 5 % dès le premier enfant. M. Delevoye annonce un montant de retraite égal à 81 % du salaire net des paysans,  et 75 % de celui des artisans et commerçants. Tous ces avantages sont nouveaux et permettront d’aborder les négociations dans un climat un peu plus serein, même si les syndicats sont hostiles au principe même de la retraite par points et continuent à militer pour l’actuelle répartition. Il a fallu beaucoup de temps pour que M. Delevoye mène ses négociations et rédige son projet. Il en faudra plus pour qu’il l’impose aux partenaires sociaux et aux élus. Il faut comprendre que, dans la mesure où elle touche au portefeuille des gens, la réforme des retraites est politiquement explosive et que, contrairement au gouvernement, le Haut-Commissaire à la réforme des retraites n’a voulu brusquer personne. Il a même eu un différend sérieux avec Agnès Buzyn, ministre de la Santé et des Solidarités, qui a dit clairement, sans être rabrouée par le Premier ministre, que la pension par points ne suffisait pas à assurer l’équilibre du budget des retraites et qu’il faudrait bien travailler plus longtemps pour toucher le maximum auquel on a droit.

L’erreur de Mitterrand.

Tel que le projet a été annoncé aujourd’hui, Mme Buzyn avait donc raison. L’inspiration de la réforme est complètement rationnelle : nous restons un pays où demeure un taux de chômage massif et où le ratio actifs-inactifs ne cesse de se dégrader, le nombre de gens qui cotisent diminuant tandis qu’augmente le nombre de retraités. La non-prolongation des carrières n’a jamais été qu’un leurre et l’erreur initiale vient de François Mitterrand qui, en contradiction avec toutes les données dont il disposait, a décidé de ramener l’âge de départ à la retraite de 65 ans à 60 ans. Depuis, la France s’est réveillée de ce rêve et les gouvernements de droite ont progressivement augmenté l’âge de départ jusqu’à 62 ans. Ce qui est insuffisant : il suffit de voir ce qui se passe dans le reste de l’Europe où les carrières sont plus longues qu’en France.  L’autre problème est posé par les sommes considérables dont disposent  les caisses de retraite, notamment les caisses des cadre,s et qui, logiquement, vont être fondues dans une tire-lire universelle.  En réalité, au-delà du montant fixé par la Sécurité sociale, les cadres cotisent déjà à un système à points. Cet argent n’est pas celui de la Sécu, mais celui des caisses. Immense litige en perspective.

RICHARD LISCIA

PS- Quelques lecteurs ont été surpris de ne pas avoir accès à mon blog à partir de la page d’accueil du « Quotidien' »sur Internet. Cette page d’accueil fait l’objet d’une refonte et le problème sera réglé dans quelques jours. En attendant et jusqu’à mon départ en vacances le 28 juillet, nos aimables lecteurs peuvent avoir accès au blog soit en faisant leblogderichardliscia.fr soit, pour les abonnés, d’attendre la « Dernière heure » qui leur arrive en fin de soirée et où le dernier blog en date est annoncé. Il suffit de cliquer dessus pour pouvoir lire le texte.

R.L.

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La chute de Rugy

François de Rugy
(Photo AFP)

Sans attendre les conclusions des deux enquêtes ordonnées par le Premier ministre sur son cas, François de Rugy a démissionné hier en début d’après-midi de son poste de ministre d’État à la Transition écologique. C’est un nouveau coup dur pour le gouvernement.

LE SITE Médiapart s’apprêtait hier à publier un nouvel article révélant que le ministre avait utilisé, en 2013 et 2014, son indemnité parlementaire pour payer sa cotisation mensuelle à Europe Écologie les Verts, le parti auquel il appartenait. Ce procédé est strictement interdit parce qu’il consiste à défiscaliser deux fois la même somme. En conséquence, les cotisations à un parti politique doivent provenir non pas d’une indemnité mais d’un salaire. Ajoutée aux précédentes informations de Médiapart sur les dîners somptuaires de l’ancien président de l’Assemblée nationale et la réfection de son appartement à l’hôtel de Lassay, cette révélation semble avoir provoqué la démission de M. de Rugy, jugée par Emmanuel Macron comme une décision « personnelle ». En tout cas, elle contraint Édouard Philippe à remanier son gouvernement et elle fait de l’écologie, dossier numéro un dans les préoccupations nationales, une question gérée par intermittence. Le Premier ministre s’est contenté de placer Élisabeth Borne, ministre des Transports, dans le fauteuil de M. de Rugy, mesure ultra-rapide destinée à éviter les commentaires sur les carences du pouvoir, mais qui fait de l’environnement une affaire gérée à la va-vite, d’autant que Mme Borne n’est pas, comme M. de Rugy, ministre d’État.

Coup de grâce.

La chronologie des événements laisser penser que M. de Rugy aurait dû démissionner sans laisser Médiapart lui porter des coups de bélier successifs et, hier, son coup de grâce. Elle démontre, avec une vigueur alarmante que le principe balladurien selon lequel un ministre ne démissionne que s’il est mis en examen est complètement dépassé : non seulement les membres du gouvernement ne sont à l’abri d’une mésaventure que s’ils sont certains de leur intégrité, mais ils ne sauraient compter sur leur appartenance à la majorité pour résister aux assauts de la presse d’investigation. Ce qui, en soi, pose un sérieux problème : la réaction la plus forte des oppositions consiste à démontrer que la  lutte contre le réchauffement climatique n’est même pas défendue par un homme permanent et durable. La mise en œuvre de la loi sur la moralisation publique, qui date de 2017, prend nécessairement du temps. Il n’est pas interdit de  supposer qu’en ciblant un à un les élus ou les membres du gouvernement, la presse qui leur est hostile en fera démissionner d’autres.

On lui prête plus que ce qu’il a.

Le cas de M. de Rugy n’est pas aussi grave que celui de Jérôme Cahuzac ou que celui de François Fillon, même s’il est entendu qu’il aurait cherché à faire  quelques économies et à vivre richement aux frais du contribuable. Le problème vient de ce que rien n’est encore prouvé et qu’on lui a trop vite prêté plus que ce qu’il avait, par exemple dans le cas de l’appartement qu’il loue près de Nantes et pour lequel il paie un loyer conforme à son exiguïté. Touché à plusieurs reprises par les tirs de sniper de Médiapart,  François de Rugy a jeté l’éponge et porté plainte contre sa nemesis. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne sera pas capable de faire valoir son innocence aux déontologues ou à la justice. Toute l’affaire pose le problème d’une éthique nouvelle qui n’existait pas il y a quelques années, de la crise politique qu’elle provoque et qui déstabilise le gouvernement, même si elle réjouit l’opposition, et de l »adoption universelle par tous les élus d’une éthique inscrite dans les textes et à laquelle ils doivent promptement s’habituer en commençant par se l’appliquer à eux-mêmes. Encore faudrait-il éviter de changer de majorité sans recourir au suffrage universel.

Le RN ferait mieux de se taire.

Les élus du Rassemblement national ont été les premiers à célébrer bruyamment la chute du ministre. Ils semblent oublier que leur parti doit quelques millions à une banque russo-tchèque qui a disparu et qu’ils n’ont pas remboursée, que le RN est poursuivi par la Commission européenne pour des emplois fictifs et que  Marine Le Pen a emprunté plusieurs millions à son père qui réclame leur remboursement par la voie judiciaire. A scandale, scandale et demi. Quoi qu’il en soit, il y en a un qui connaît l’exacte et complète vérité, et c’est François de Rugy. Sa démission résulte peut-être de son accablement, mais elle peut aussi avoir été causée par sa propre conviction qu’il ne pouvait pas rester ministre. Enfin, la vision de l’avenir immédiat telle qu’elle est colportée par la presse est celle du chaos politique. Les précédents ont pourtant démontré que ni l’affaire Benalla, ni la crise des gilets jaunes ne sont parvenues à déstabiliser durablement la macronie.

RICHARD LISCIA

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Trump : campagne sulfureuse

Ilhan Omar et Rachida Tlaïb
(Photo AFP)

Obsédé par son second mandat, Donald Trump mène contre ses adversaires démocrates une campagne qui sent le soufre. Il vient d’attaquer, en termes peu galants, quatre représentantes venant des minorités et qui, il est vrai, ne l’ont jamais ménagé. Il donne ainsi un tour violent à sa campagne, qui promet coups fourrés et coups de Jarnac.

M. TRUMP s’en est pris notamment à Alexandria Ocasio-Cortez, du Bronx, Rachida Tlaïb de Détroit, Ayanna Pressley de Boston et Ilhan Omar, Somalienne naturalisée américaine, représentante de Minneapolis. Ces quatre femmes sont connues pour s’exprimer librement et au moins l’une d’entre elles, Ilhan Omar, ne mâche pas ses mots quand il s’agit de commenter la politique moyen-orientale du président, qu’elle juge néfaste pour les Palestiniens. Qu’une élue musulmane prenne le parti des Palestiniens n’est nullement surprenant, mais, aux États-Unis, s’aventurer dans ce dossier, c’est soulever (comme en Europe, d’ailleurs) des passions capables d’embraser le débat politique. Le fameux plan stratégique du gendre de Trump, Jared Kushner, est non seulement inapplicable mais rejeté par à peu près toutes les parties, sauf Israël. Grosso modo, il consiste en une contribution économique si énorme des États-Unis au développement de la rive occidentale du Jourdain (50 milliards en dix ans) que les Palestiniens s’en contenteraient. En réalité, ils ne veulent pas de ce plan parce qu’ils ont toujours réclamé un État dans les frontières antérieures à la guerre de 1967. Là où Trump croit les apaiser avec de l’argent, ils exigent leur liberté.

Rallier les Américains juifs.

L’illusion diplomatique de Trump, fondée sur le deal financier, fait peu de cas des antécédents historiques. Il a oublié que, à plusieurs reprises, depuis Oslo et les accords israélo-palestiniens, les deux peuples ont été à deux doigts de la paix. Rabin a été assassiné par un Israélien et, depuis 25 ans, jamais la tension n’a été aussi grande à Gaza et en Cisjordanie. Bien entendu, Benjamin Netanyahu est satisfait du statu quo, mais les Palestiniens, désespérés, refusent d’accorder aux États-Unis le statut de puissance médiatrice qu’elle a effectivement perdu quand ils ont déménagé leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem et avalisé l’annexion du Golan par Israël. Mais, dans ce contexte, que viennent faire les attaques de Trump contre des élues démocrates ? En s’appuyant sur des propos excessifs qu’a prononcés Rachida Tlaïb, s’agissant d’Israël et des Palestiniens, il l’a accusée d’antisémitisme. C’est l’un des coups les plus pervers de sa carrière. Car, effectivement, l’antisémitisme se développe aux États-Unis, ce qui alarme la puissante communauté juive. Les Américains juifs, en grande majorité, votent démocrate. S’ils commencent à partager l’idée qu’au Congrès existent des éléments antisémites, ils risquent de voter Trump pour un second mandat.

Alarmé par les sondages.

Mais nombre d’entre eux savent que le principal responsable du regain d’antisémitisme est Trump lui-même. Pour une raison simple : il a l’art de dresser une communauté contre l’autre. Loin de rassurer les Américains juifs par son plan foireux, il a déchaîné les forces qui le soutiennent, les Américains pauvres et blancs, contre toutes les minorités. Taper sur les Mexicains à longueur de journée, c’est une façon de dire implicitement que les juifs ne valent pas mieux, surtout ceux qui, contrairement à leur gouvernement, contribuent à l’accueil des migrants. Comme chacun sait, Trump n’est jamais à court d’un procédé grossier pour retourner l’opinion en sa faveur. Et il a besoin de réussir : les sondages montrent que, pour le moment, il est battu par quatre des démocrates qui sont candidats à l’investiture de leur parti. Le vote juif n’est pas le plus important, mais il est toujours bon à prendre. Il n’est pas sûr, cependant, que la communauté juive avale l’hameçon. Sur l’immigration, elle a le point de vue des descendants d’immigrés, ceux qui, pendant la Seconde guerre mondiale, voguaient désespérément dans l’océan à la recherche d’un asile parce que Franklin D. Roosevelt ne voulait pas les accueillir. En outre, elle a peu d’affinités avec le socle électoral de Trump, composé de rednecks, familles de la Bible et de la Terre, souvent évangélistes, pour lesquelles le seul statut social, qu’elles sont en train de perdre, est de vivre un peu moins mal que les Noirs ou les Latinos.

Comme en France, l’antisémitisme américain comporte deux branches : la vieille intolérance à l’égard des juifs, soupçonnés de trop bien gagner leur vie, et l’antisémitisme de gauche, allié à, ou séduit par, l’islamisme, ce qui est le cas de Mme Omar, laquelle a commis l’erreur de donner à Trump un os à ronger. Le mal n’est toutefois pas irréparable, car une forte majorité d’Américains juifs critiquent ouvertement la politique de Netanyahu. Ceux-là savent qu’ils votent aux États-Unis et que les problèmes américains ne sont pas moins urgents à régler que ceux du Moyen-Orient.

RICHARD LISCIA

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Des Champs(-Élysée) au Champ (de Mars)

Le feu sur les Champs
(Photo AFP)

Les célébrations du 14-Juillet ont été ternies par  une nouvelle manifestation des gilets jaunes, accompagnées de violences, et par des déprédations induites par la victoire de l’Algérie en demi-finale de la Coupe africaine de football.  Au Champ de Mars,  le soir, la foule a écouté Mozart et Gounod.

LA MUSIQUE adoucit les mœurs, mais pas celle des casseurs. En arrivant au défilé, Emmanuel Macron a été sifflé, nouvelle injure faite aux institutions et à ceux qui ont voté pour le président. Au jaune des gilets s’est mêlé le noir des black blocs, double couleur de la fameuse collection de romans policiers. Quelques ténors des gilets jaunes ont été interpellés, ils vont porter plainte pour abus de pouvoir, jugeant que leur mise en garde à vue était inconstitutionnelle. Après quoi, les commentaires, comme d’habitude, furent unanimes :  la violence vient de ce que les institutions ne permettent pas aux mécontents de s’exprimer. Peu importe que, par ailleurs, ils fussent aussi peu nombreux qu’agressifs et qu’ils ne représentent que leurs très petites personnes. Ils considèrent leur droit de cité comme celui de tout démolir. Les commentateurs, toujours les mêmes, ne sont pas surpris: si les Champs-Élysée restent invariablement le lieu géométrique de toutes les violences, si l’Arc de Triomphe, naguère, a été saccagé, si c’est là que l’on compte le plus grand nombre de blessés dans les deux camps, c’est parce que cette avenue restée mythique a un caractère sacré. De sorte que gilets jaunes et black blocs n’ont qu’une idée fixe : la désacraliser.

L’image du pays.

Le rapprochement avec le concert annuel de l’orchestre national de Paris est possible car, le même jour, le pays a donné de lui-même l’image la  pire, puis la meilleure.  Les gilets jaunes savent qu’ils ne l’emporteront pas contre le pouvoir alors que leur mouvement ne cesse de s’étioler. La violence, dont, officiellement, ils se désolidarisent, fait désormais partie intégrante de leur stratégie. Dès lors qu’ils ne sont qu’une poignée, ils tripleront leurs actes de violences. Il faut que les téléspectateurs aient en tête l’image des incendies sur les Champs. Il faut qu’ils voient le désordre permanent qu’ils sont, eux, capables de produire. Bref, un nihiliste ne lâche jamais prise. C’est autant de sacrifices pour une police et une gendarmerie épuisées. Je ne vois pas comment on pourrait juguler cette crise sans utiliser tous les moyens de droit dont la justice dispose. Il ne s’agit pas seulement de s’opposer à la casse. Il faut aussi prévenir et immobiliser ceux qui arrivent sur les lieux de rendez-vous pour défier les forces de l’ordre. Les Drouet et les Nicolle qui prétendent avoir la loi avec eux mentent effrontément : ils font l’objet d’une mesure qui interdit leur présence sur certains lieux.

Une ardente illusion.

Malheureusement, des gilets jaunes n’auront jamais l’idée de renoncer à une manifestation pour aller écouter des airs d’opéra au bas de la Tour Eiffel. Ils vivent d’une ardente illusion qui ne manque ni de morgue ni de foi en leur supériorité : ils feront tomber ce gouvernement, objectif tellement lointain et maximaliste qu’il empêche tout dialogue. Le Premier ministre ne va pas négocier avec eux  la chute du président de la République. Inutile de disserter sur un projet aussi démentiel. En revanche, que les arguments des gilets soient repris par des membres de la France insoumise, dont on attend au moins qu’ils réfléchissent quelquefois à la faisabilité de leurs idées, voilà qui en dit long sur l’avenir que les uns et les autres nous préparent. Il s’agit, décidément, d’une grande espérance qui remplacerait une crise sociale et politique par un chaos institutionnel et économique. Il y aurait une autre manière de gérer le pays, la gauche, la droite, LFI et le RN savent très bien ce qu’il faut faire. Entre l’exil des fortunes, la fiction d’un égalitarisme instantané, l’adoption d’un modèle marxiste ou, au contraire, le rejet de l’euro et de l’Europe, cet avenir que les uns et les autres nous proposent, avec la complicité d’une presse éperdue d’amour pour les manifestants et les casseurs professionnels, est tout simplement sinistre.

RICHARD LISCIA

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Rugy dans la tourmente

Rugy accablé
(Photo AFP)

Le ministre d’État, ministre de la Transition écologique, François de Rugy, est décidément dans de beaux draps. Les accusations se multiplient contre lui, la défense est faible.

IL A ÉTÉ convoqué hier à Matignon. Si le Premier ministre ne lui a pas demandé de démissionner, il a décidé d’ouvrir une enquête. Il est peu probable que les investigateurs ne corroborent pas en partie les dépenses somptuaires à l’Hôtel de Lassay quand François de Rugy présidait l’Assemblée nationale. Il affirme qu’il a réduit de 13 % les frais de son palais. On peut toujours lui dire qu’il aurait pu faire mieux. Il y avait du homard à table, il n’aime pas le homard, ce n’est donc pas lui qui rédigeait le menu. Sa réponse ne dit rien de l’étrange nécessité d’inviter des amis aux frais de la princesse. Puis, Médiapart a publié une information sur un appartement près de Nantes pour lequel M. de Rugy, qui perçoit un salaire élevé, n’est pas éligible. Sur le rôle de sa femme, qui est journaliste à Gala, il n’a fourni aucune explication sur sa manière de séparer le politique des relations publiques.

Le temps ne joue pas en sa faveur.

Le gouvernement prend son temps pour gérer cette nouvelle crise comme s’il n’avait pas appris, à la faveur de multiples expériences désagréables, que le ver est dans le fruit et qu’il faut le jeter. Bien entendu, il n’est pas juste qu’un organe comme Médiapart, voué à la destruction de la macronie, fasse la pluie et le beau temps. Il est toutefois bien rare que le site d’Edwy Plenel s’avance sans avoir des preuves. Il s’ingénie d’ailleurs à les distiller l’une après l’autre, comme un boxeur qui envoie un coup, puis un autre, puis un troisième qui met à genoux sa victime. M. de Rugy fait de la résistance, mais le temps ne joue pas en sa faveur car Médiapart tient sa proie et ne la lâchera plus.

Grands crus.

Le problème ne concerne en réalité ni le comportement d’un ministre ni le nombres de dîners à l’Hôtel de Lassay. Il est entièrement contenu dans les immenses précautions prises pour désigner des élus à des postes prestigieux, dans la loi sur la moralisation de la vie publique, dans le serment prononcé par tous que leur moralité est faite en béton, mais qui, une fois en place, en font un peu à leur guise, d’une part parce qu’ils sont saisis davantage par le vertige du pouvoir à eux conféré que l’austérité de leur mission, et d’autre part, parce qu’ils ont des faiblesses de gamins qui ne savent pas encore ce qu’est la vertu. Quoi qu’il arrive, nous savons déjà que François de Rugy aime se laisser photographier avec son épouse devant une table riche sur laquelle sont déposés de grands crus à plus de 500 euros la bouteille. Pur enfantillage, exercice réservé aux nouveaux riches, irréparable imbécillité. L’image, qui encombre Internet, est terrible : quelle fierté y a-t-il à poser avec une bouteille de vin sinon celle d’avoir trouvé le moyen d’égaler les gens les plus fortunés ?

La confidentialité n’existe plus.

Édouard Philippe devrait se dépêcher de trouver une solution avant que les médias ne réservent à François de Rugy le sort auquel il espère encore échapper. Les analyses qui relèvent que les étés de la macronie sont tous marqués par un scandale politique, ne sont pas médiocres. Elles contiennent une part de vérité. L’autre part, c’est que plus aucun élu n’est à l’abri d’une presse informée par des personnes trop heureuses de faire le métier de délateur. C’est ainsi, nous vivons dans un monde dangereux d’où la confidentialité est combattue, négligée, et même exclue. La majorité est ce qu’elle est, mais la minorité a ajouté à son statut un carburant qui s’appelle la haine ou le sadisme : quand on est privé de pouvoir, on trouve beaucoup de plaisir à détruire ceux qui l’exercent.

RICHARD LISCIA

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La majorité déchirée

Villani hier
(Photo AFP)

L’opération qui a constitué à désigner Benjamin Griveaux candidat de la République en marche (REM) à la mairie de Paris est un fiasco car elle ne s’est pas passée dans le calme : Cédric Villani n’a pas attendu la décision du Conseil national d’investiture (CNI) de la REM pour déclarer qu’il n’avait aucune chance de l’emporter et qu’il se réservait le droit de continuer à sa battre. S’il s’agit d’une candidature dissidente, c’en est fini de l’unité de la majorité.

M. VILLANI a contribué de la sorte à accroître le sentiment de l’opinion que les jeux étaient joués d’avance et que M. Griveaux était encore plus le candidat d’Emmanuel  Macron que celui de la CNI. Depuis que M. Griveaux a quitté le porte-parolat du gouvernement il y a quelques mois, nul n’ignorait ses intentions et nul n’ignorait qu’il avait la bénédiction du président. Ce qui n’a pas empêché Mounir Mahjoubi, lui-même ancien secrétaire d’état au Numérique, de quitter ses fonctions pour entrer dans la course municipale. Au total, on comptait une demi-douzaine de candidats dont un seul bénéficiait du soutien tacite du président. Les autres ont compté sur le fonctionnement démocratique de la CNI, à l’abri de l’influence de l’exécutif. Ils ont pris un risque, mais aujourd’hui, ils exigent que le parti du « nouveau monde » cesse de fonctionner comme l’ancien.

Le rejet de la primaire.

Évidemment une primaire à la REM mettrait tout le monde d’accord, d’autant plus que, privé de la protection présidentielle, le député n’est pas certain de faire le score qu’il espère. Sa démarche est renforcée par l’onction du chef de l’État. Cédric Villani croit ardemment que, si sa candidature est mise aux voix dans une enceinte plus large que celle du CNI, il l’emporterait et serait un candidat tout aussi crédible que M. Griveaux. Il a raison sur ce point, mais si sa hargne semble suffisante pour qu’il poursuive le combat, sa présence sur le champ de bataille risque de ruiner les deux candidatures, la sienne et celle de son adversaire. M. Griveaux a affirmé hier soir qu’il ferait tout pour rassembler ses troupes (et donc pour convaincre M. Villani de rentrer dans les rangs), on lui souhaite bonne chance.

Les élus ruent dans les brancards.

Bien entendu, la crise de la REM est pain bénit pour l’opposition qui dénonce vertement l’absence de démocratie au sein de la majorité. C’est une critique convenue, destinée, comme toutes les précédentes, à disqualifier le chef de l’État. Sur un plan purement stratégique, il n’a pas tort : face à la maire actuelle, Anne Hidalgo, qui n’est pas née de la dernière pluie, M. Griveaux apparaît comme un meilleur boxeur que M. Villani, perçu à tort comme un dilettante sous le prétexte qu’il porte une lavallière. Le problème est plus profond : il décrit dans la majorité plus que des états d’âme, des questions sans réponses. Elle veut, surtout celle qui vient de la gauche, incarner vraiment le dégagisme et le nouveau monde. Elle veut être respectée par le président et par le Premier ministre. Elle veut penser et voter librement.

L’affaire de Rugy.

L’affaire de Rugy en témoigne. Médiapart, site Internet, concentré depuis deux ans sur les attaques contre le pouvoir, a mis en ligne des photographies montrant l’ancien président de l’Assemblée nationale et sa femme à des dîners somptueux qu’ils auraient organisés à l’Hôtel de Lassay, l’un des joyaux immobiliers de la République pour des amis et non pour des élus. François de Rugy s’en défend, affirme qu’il a réduit de 13% les dépenses de l’Hôtel de Lassay, alors que son épouse reconnaît avoir invité des amis. Or la première loi qui a été adoptée par l’Assemblée nationale à majorité REM, c’est la moralisation de la vie politique.

Pour le moment, François de Rugy continue à « bénéficier de la confiance du chef de l’État ». Comme on fait son lit, on se couche, car M. de Rugy aurait dû démissionner. Comme il n’a pas encore été désavoué par l’exécutif, il s’accroche. Ce qui aggrave encore le schisme entre les jeunes élus de la REM, arrivés il y a deux ans à la politique, et les vieux briscards, ceux qui sont revenus de tout au point de ne plus éprouver d’émotions.

RICHARD LISCIA

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Tiens, revoilà l’écotaxe !

Air France pénalisée
(Photo AFP)

La création d’une écotaxe sur les billets d’avions, comprise entre 1,50 euro et 18 euros, n’est ni accablante ni insupportable, si on croit aux mesures pour réduire l’effet de serre. Mais elle a ses antécédents regrettables et elle met Air France dans un exceptionnel état de fragilité.

VOILÀ que la macronie reproduit le (Ségolène)-royalisme. Nous nous souvenons tous de l’échec des fameux portails autoroutiers qui nous ont coûté près d’un milliard et ont été démantelés, après une jacquerie bretonne, celle des bonnets rouges.. Dans le cas des billets d’avion, aucun risque, sauf la colère des passagers qui paient des billets dont 40 % de la valeur est attribuée non pas au transport mais aux taxes d’aéroport et autres bénéficiaires connexes. En outre, si cette écotaxe s’ajoute à celle qui va frapper les routiers, on ne peut pas dire que, dans sa singularité, elle fasse partie d’un vaste plan pour contrer le réchauffement climatique. Elle est de nature politique. Elle donne une suite à l’une des complaintes des gilets jaunes, qui ne rêvent pas de prendre l’avion. Ainsi le gouvernement s’introduit-il allègrement dans la lutte des classes, celle que M. Mélenchon appelle de ses vœux.

Air France affaiblie.

Il n’est ni difficile ni original de rappeler les inconvénients de cette taxe. Elle affaiblit Air France face à une très vive concurrence, elle menace des emplois directs et indirects, elle détournera partiellement une clientèle, très particulière parce qu’elle est patriotique, de notre chère compagnie nationale.  Elle ne rapportera en outre qu’une faible somme (127 millions) censée contribuer, mais pour une part bien insuffisante, au financement des mesures contre la pollution. La non taxation du kérosène était-elle une incongruité à laquelle il était urgent et louable de mettre un terme ? Sûrement, sauf que les voyageurs paient déjà très cher pour leur propre sécurité, corvée indescriptible tant ils sont maltraités, et payaient déjà la taxe Chirac pour la lutte contre le Sida, cause qui a certainement ses mérites mais n’a vraiment rien à voir avec le voyage aérien.

Un bateau à voile pour la Chine.

Je ne manquerai pas de souligner non plus qu’on ne va pas en Chine sur un voilier. L’écotaxe s’insère donc dans un débat éternel entre les tenants du progrès et ceux de la consommation la plus sobre possible, ou de la contemplation, qui fige les Marco Polo en puissance. Nous devrions rester chez nous pour faire plaisir aux gilets jaunes, et rétablir un monde moyenâgeux où les distances de plus de dix kilomètres redeviendraient infranchissables. Je pense au récent salon du Bourget où les constructeurs d’avions ont engrangé des commandes pour des milliards, alors que, conformément au politiquement correct, il est indécent de voyager, et en avion de surcroît. Bref, il était plus logique d’imaginer une politique écologique qui ne désigne pas une catégorie d’humains, ceux qui volent (dans les airs) pour contenter l’autre catégorie, ceux qui ne volent pas.

Démographie galopante.

À quoi s’ajoute une évidence : les contribuables de toutes sortes, sans distinction de race ou de religion, sont écrasés par les impôts et le gouvernement, qui s’en dit conscient, ne cesse de les empiler. Est-ce ainsi que l’on va rendre confiance aux entreprises et « libérer » le marché ? L’écologie est au centre d’une contradiction effrayante entre la nécessité de préserver la planète (ce que l’écotaxe ne fera pas) et celle de créer des emplois plutôt que d’en détruire. La pollution est la conséquence d’une démographie galopante que M. Macron dénonce quand il va en Afrique. Il paraît qu’elle va se stabiliser. Il demeure qu’à sept milliards d’individus, nous suffoquons tous. Et ni M. Jadot ni M. de Rugy ne savent comment on empêche les peuples de faire des enfants.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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Bac : clash pervers

Blanquer s’est fâché
(Photo AFP)

En retenant ses copies pendant quelques jours de trop, une minorité infime d’examinateurs a réussi à provoquer le chaos chez les enseignants, les parents d’élèves, les élèves eux-mêmes et le ministère de l’Éducation nationale.

À QUI la faute ? Les syndicats d’enseignants affirment que, si le ministre, Jean-Michel Blanquer, reçoit tout le monde, il n’écoute personne. C’est sûrement vrai. Pas moins vrai que M. Blanquer mène une réforme profonde de l’éducation, jugée nécessaire et utile par une majorité de parents. Si son parcours était jalonné d’allers-retours, il n’aboutirait jamais. À quoi s’ajoutent diverses circonstances qui ont aggravé la crise. M. Blanquer ayant promis dur comme fer que les résultats seraient annoncés, quoi qu’il en coûte, à la date prévue, il lui a fallu préciser que, pour les candidats dont les copies n’auraient pas été remises en temps et en heure, ce seraient les notes du contrôle continu pendant l’année qui seraient prises en compte et, mieux, qu’après la remise complète des notes, la meilleure des deux serait retenue.

Inégalité !

C’est là qu’est intervenue la parfaite mauvaise foi des examinateurs rebelles. Ils ont crié à la mesure inégalitaire, ce dont nombre de candidats se sont emparés. Pis, les jurys ont refusé de jouer le jeu inventé par M. Blanquer. Pourtant, le ministre s’est contenté de faire face à une nouvelle difficulté afin de rassurer les parents dont une majorité pense qu’il est un excellent ministre de l’Éducation. M. Blanquer n’est pas un homme insensible. Il s’est révolté contre la procrastination d’une poignée d’examinateurs. Il a, non sans excès, dénoncé « la prise en otage des élèves ». Les enseignants peuvent bien tout faire et tout dire, traiter le ministre sans le moindre égard, manifester, brandir des pancartes couvertes d’insultes, M. Blanquer devrait rester de marbre. J’entends que l’expression prise d’otages est galvaudée et hors de propos, surtout lorsqu’on se rappelle à quoi, dans les faits, elle correspond. Mais bon, le patron de l’Éducation n’est pas la perfection incarnée, et alors ?

Éternels commentaires.

Comme il est normal, dans notre cher pays, de  prolonger une crise et, surtout, de la commenter ad vitam æternam, les meilleurs observateurs disent alternativement que M. Blanquer n’avait pas le choix et que l’affaire laissera des traces. J’en conviens. Il y a de l’amertume chez les élèves et chez les enseignants et l’aura de M. Blanquer s’en trouve entachée. Mais on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. M. Blanquer doit réformer le baccalauréat comme le reste du système éducatif. S’il semble fléchir, c’en serait fini des changements qu’il propose ou impose ; et il en est de l’éducation comme de tout le reste : tant de résistances se font jour dès qu’un homme ou une femme pourvus d’un peu d’autorité annoncent des changements systémiques que le seul moyen de réussir est de franchir les obstacles comme dans une course de haies. La question, en effet, n’est pas de savoir si M. Blanquer est populaire ou non. La question porte sur ce qui est bon pour le pays : on ne peut pas croire qu’une mini-jacquerie chez les enseignants soit la solution. On peut croire en revanche que lorsqu’il en aura fini, M. Blanquer passera à la postérité comme un homme qui a su offrir à la jeunesse française une formation idoine.

RICHARD LISCIA

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Le foot féminisé

Megan Rapinoe, capitaine de l’équipe US
((Photo AFP)

Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il existe des footballeuses à travers le monde. Le tournoi mondial de football qui vient de se terminer les a néanmoins consacrées.

JE M’EMPRESSE de dire que je connais rien à ce sport (ni aux autres) et que je n’ai jamais caché, ici ou ailleurs, mon hostilité au foot, dont je déteste la violence, un certain degré de corruption et un lien trop étroit avec l’argent.  Les femmes qui font du football lui apportent cependant un peu de vertu. Elles sont d’abord moins intéressées par l’argent, ne serait-ce que parce qu’elles sont moins bien payées que les hommes, mais la parité salariale ne va pas tarder. Elles cèdent plus rarement à la violence et elles offrent un spectacle plus fair play que les hommes. De sorte  qu’elles nous ont offert pendant toute la compétition qui s’est déroulée en France, ce qui nous a permis à tous d’oublier les vicissitudes de la politique, les fins de mois et la fin du monde, des prestations de grande qualité. Qui l’eût cru ? Qui, parmi les spectateurs masculins, réunis devant leur téléviseur avec une et même plusieurs bières, leur aurait accordé une chance, un peu de respect, ou se seraient, plus simplement,  départis de leur sexisme ?

Une aubaine électorale.

Le mouvement est irrésistible et les footballeuses seront dorénavant sur le devant de la scène, compteront leurs célébrités, et commenteront leur jeu à la télévision. Les Américaines, championnes du monde, nous sembleront d’autant plus sympathiques qu’elles refusent d’aller célébrer leur formidable victoire à la Maison Blanche, tant que Donald Trump y traîne sa forte silhouette. Elle lui reprochent sa politique à l’égard des minorités, elles auraient pu dénoncer sa désinvolture à l’égard des femmes. Elles tiennent à le stigmatiser car leur exploit aurait été pour lui une aubaine électorale, alors que les démocrates, trop nombreux dans la course, sont en train de tout faire pour que Trump obtienne un second mandat. Inutile de se perdre en conjectures sur l’issue des élections de 2020 aux États-Unis. La primaire démocrate nous réserve assurément de grosses surprises. Et la part de l’impondérable est énorme : non seulement le choix de Trump par le peuple américain était inattendu, mais la remontée actuelle de sa cote de popularité est incompréhensible, si on fait exception de la prospérité, quelque peu artificielle, des États-Unis.

S’inspirer de la conduite des femmes.

Revenons au foot : non seulement les hommes doivent accepter l’égalité des femmes, mais les footballeurs devraient s’inspirer des footballeuses. Au moment où le débat se poursuit, notamment en France, sur l’homophobie et le racisme dans le sport, les femmes, elles, nous donnent chaque jour une leçon de tolérance.  Si, par le seul spectacle qu’elles offrent, elles parvenaient à intimider les hommes enfermés dans leurs préjugés, elles nous rendraient déjà à tous un service remarquable. Peut-être ne faut-il pas complètement désespérer de l’humanité. La dérive populiste à laquelle nous assistons depuis plusieurs années aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Europe reçoit les coups de boutoir lancés par des faits éclatants. Le succès de ce mondial en France nous le confirme : les gens ne sont pas si mauvais et ils sont sensibles à un spectacle de qualité, ce qui prouve leur aptitude à se laisser convaincre par l’art. Le football féminin, c’est comme du Bach : plus on le regarde, mieux on se sent.

RICHARD LISCIA

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La grande migration

Paquebot à Venise
(Photo AFP)

Après le chaos des résultats du baccalauréat, le grand départ en vacances. Les Français sont tellement prévisibles. Mais la plupart n’ont pas le choix, qui subissent la conjonction de l’instinct grégaire et de la nécessité d’alterner année de travail et semaines de vacances.

ON NE PEUT partir hors saison que si on n’est plus actif.  Qu’importe la cohue dans les gares et les aéroports si, au terme d’un voyage harassant, ils atteignent enfin la sérénité et même la joie de vivre. Les vacances sont aussi un moment de regroupement familial. Ce n’est que lorsque les enfants prennent leur essor que les parents, plus mûrs, vont à la découverte du monde. Ce qui me semble étrange, c’est que le repos annuel soit devenu, avec le temps, un sérieux problème, celui du tourisme de masse qui n’épargne ni ceux qui s’y livrent involontairement, ni ceux qui s’épuisent à les recevoir, à les loger, à les nourrir et, souvent, à les soigner. Je pense notamment aux migrations automobiles sous la canicule, phénomène dangereux et fatiguant. Il ne viendrait pas à l’esprit de ceux qui ont besoin de se déplacer en voiture, des millions de gens jetés sous les routes, que rester à la maison avec un bon livre leur épargnerait la corvée d’un voyage qui a perdu tout son romantisme.

Des paquebots dans Venise.

Le tourisme est en parfaite contradiction avec le danger du réchauffement climatique et les remèdes possibles pour le juguler. Les gens achètent des voitures de plus en plus grosses et un récent rapport indique qu’ils ne respectent guère, dans leur majorité, les prescriptions du code de la route. Je pense à ces images hallucinantes des énormes paquebots de croisière qui se promènent dans Venise en malaxant les eaux des canaux, en frôlant les fondations des immeubles, en secouant la ville comme un cocotier sous le vent. À voir ce hideux spectacle, cette contradiction entre les maisons ancestrales et ces navires ultra-modernes qui semblent sortir du film de Fellini, E la nave va, on se dit que ça ne va pas durer, que Venise finira un jour par être engloutie, vaincue par le tourisme de masse, celui-là même dont elle aura si longtemps vécu. Il doit y avoir parmi nous pas mal d’individus qui hésitent à partir, même si la chaleur devrait les faire fuir. Mais où aller ? Pas à Venise en été, pas sur les côtes, dans aucun de ces endroits glorifiés par la littérature et par la publicité, dont la réputation est immense et la fréquentation excessive.

Paris en été.

Rester ? Attendre que Paris soit enfin désert, s’asseoir au bord de la Seine ou à la terrasse d’un café, observer la beauté de la ville. Mais aussi trouver un coin à l’ombre qu’un touriste n’aurait pas découvert. Nos envoyons des régiments de Français à l’étranger, nous en recevons encore plus. Le tourisme était la liberté sans frontières, il devient un épineux dilemme de société. Soyons fous, allons au diable (vauvert), partons très loin, là où il faut parler d’autres langues, bref expérimentons le changement d’air. Vaste programme. Je fais ce genre de voyage tous les étés pour retrouver mon fils et ma belle-fille. Ils vivent tout près de San Francisco, de sorte que si j’en connais bien la banlieue, je ne prends pas le risque d’aller en ville : trop de circulation. L’hiver, je vais à New York où vit ma belle famille, mais ma visite se limite à un espace de deux kilomètres carrés entre la quatre-vingt onzième rue et la quatre vingt quatrième.  La foule, la lenteur des déplacements en taxi, la visite de lieux que je connais déjà, à quoi bon ? Le tourisme familial permet de ne rien faire de ce que les autres font. À quoi il faut bien ajouter la fatigue d’une année laborieuse, le besoin de s’adresser à des êtres chers et, maintenant, de compter les jours qui passent.

RICHARD LISCIA

 

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