Enfin un gouvernement

Élisabeth Borne hier aux Mureaux
(Photo AFP)

La composition du gouvernement d’Elisabeth Borne sera annoncée cet après-midi, ce qui mettra fin à trois jours d’impatiences et de polémiques inutiles.

L’ÉLYSÉE a mentionné plusieurs raisons positives pour expliquer la lenteur de l’élaboration du gouvernement ; les oppositions en ont trouvé autant de négatives pour démontrer, comme toujours, l’amateurisme d’Emmanuel Macron. Pour essayer le milieu, on pourrait ajouter toutes les bonnes et mauvaises raisons. Une chose, cependant, nous semble sûre : le président réélu n’était pas pressé, ce qui lui a permis, jusqu’à présent et depuis sa réélection du 24 avril, de ne répondre à aucune des accusations lancées par la gauche et par la droite. Les Mélenchon, Le Pen, Pécresse, Jadot, Roussel et j’en passe, ont boxé dans le vide, une polémique n’étant pas un monologue. Sans compter l’impression que les oppositions ont donnée d’elles-mêmes, d’où le ridicule n’était pas absent. Le président est réélu et ils viennent le chercher sur une question de timing. Le débat est tombé bien bas.

Plus c’est gros, plus ça marche.

À quoi s’ajoute la certitude, répétée à l’infini, de M. Mélenchon qu’il remplacera Mme Borne à Matignon. Ses électeurs, galvanisés par son éloquence notoire, y croient dur comme fer, sans deviner qu’ils sont les dindons d’une farce politique sans précédent. Plus c’est gros, plus ça marche. Que dira-t-il au soir du second tour des élections législatives, sinon qu’elles auront été truquées et qu’il est la victime permanente d’un système corrompu ? Il y a donc du Trump chez Mélenchon, comme il y en a chez Mme Le Pen, jamais avare, elle non plus, de quelque pique contre ce pouvoir auquel elle n’a pas accès, quand elle trouve le temps d’interrompre ses vacances. On a quelquefois envie de rire quand on écoute ces beaux parleurs dont la frustration nuit à la cohérence. Mais c’est grave : ce n’est pas Macron qu’ils exècrent, c’est leur incapacité à transformer l’essai, à ouvrir, par le scrutin et le suffrage universel, les portes de l’Élysée et de Matignon.

On apprend toujours de ses erreurs.

La tâche du gouvernement sera d’autant plus compliquée par leurs déclarations forcément tonitruantes et amplifiées par le nombre de sièges qu’ils vont occuper à l’Assemblée nationale. Il n’y a rien d’autre à faire, aux yeux du président de la République, que d’obtenir le maximum de députés, ce qui établira le rapport de forces une fois pour toutes pendant les cinq années à venir. Cela explique que Macron se soit davantage occupé pendant 26 jours depuis son élection de l’Ukraine que du pouvoir d’achat. Cela montre que, tant qu’à faire, il souhaite réunir le maximum d’atouts avant de se lancer dans une mêlée qui promet d’être confuse et bruyante. Cela a été un temps de réflexion et de vérification des candidatures aux ministères. Après tout, il n’est pas excessif de rappeler qu’on apprend toujours de ses erreurs et qu’un mandat de cinq ans prépare un second mandat de cinq ans.

Mme Borne a un agenda affreusement abondant et compliqué : pouvoir d’achat, risques d’extension de la guerre en Ukraine, rupture des stocks alimentaires et, par-dessus tout, l’urgence climatique, la priorité des priorités. Elle ne pouvait faire mieux que de commencer à corriger son image (ce qu’elle a fort bien fait hier aux Mureaux), à sélectionner avec minutie les membres de son gouvernement, et à contribuer au maintien ou même à l’extension de la majorité présidentielle. Plus d’atouts contre tant d’orages prévisibles.

RICHARD LISCIA

PS-Ce texte sera remanié dès l’annonce de la composition du gouvernement.

 

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La guerre perdue de Poutine

Poutine aime le hockey
(Photo AFP)

Vladimir Poutine a perdu sa guerre d’Ukraine, pas seulement du point de vue militaire mais du point de vue géostratégique, moral, politique, financier, économique. Ses revers sur le terrain reflètent l’impréparation de son armée, la faiblesse de son commandement, les horreurs auxquelles il était prêt à se livrer pourvu que sa vision du monde fût satisfaite.

LE RECUL russe ne concerne pas que la situation sur le terrain. Les succès de Moscou représentent des représailles vicieuses où il s’agit simplement de terroriser l’ennemi. Vladimir Poutine peut dresser le bilan désastreux de son action : il a refait l’unité de l’OTAN, qui va accueillir la Finlande et la Suède ; son économie perdra plus de 8 % de richesses en 2022 ; l’Europe est unie contre les agissements russes, condamnée par à peu près toutes les instances internationales ; c’est désormais le Kremlin qui se plaint de ce que les négociations stagnent car il devient clair qu’une victoire de l’Ukraine est de l’ordre du possible ; l’armée russe est à bout, elle a subi de lourdes pertes, elle manque d’armes et de logistique.

Hypocrisie planétaire.

Le premier point à souligner concerne la souffrance du peuple ukrainien. Sa motivation patriotique représente le phénomène historique le plus surprenant, mais il la paie sous la forme des terribles exactions commises par la Russie. Le deuxième point a trait à l’enthousiasme mondial qu’à déchaîné la résistance ukrainienne. Petit à petit, la peur inspirée par la guerre et par ses éventuels débordements s’estompe. Les alliés craignent qu’on les accuse de « co-belligérance ». Des limites à leur aide militaire ont été établies. Une sorte d’hypocrisie planétaire est à l’œuvre alors que Vladimir Poutine ne recule devant aucune atrocité et en fait même l’axe de sa stratégie.

Le jeu de Poutine.

Il est donc logique, sinon tout à fait sûr, de constater que les alliés ne peuvent pas s’imposer des freins que Poutine ignore. On ne saurait adapter la stratégie occidentale et ukrainienne au psychisme de maître du Kremlin et de faire de sa paranoïa un élément d’évaluation. Par exemple, la question de son recours aux armes nucléaires est sans objet. Si puissant qu’il soit, Poutine n’est pas seul et il n’est pas certain qu’un ordre dangereux soit obéi. Il n’est pas sûr non plus qu’il souhaite passer le seuil des armes conventionnelles. Il n’est plus sûr que le jeu délétère qu’il a mis en marche en vaille la chandelle.

Guerre russe, silence russe.

Les actes de Poutine sont désespérants, mais il ne faut pas compter indéfiniment sur la passivité du peuple russe qui, historiquement, a beaucoup souffert et souhaite, comme tous les peuples, recouvrer ses libertés. Il n’est pas possible non plus que Poutine continue sa sale guerre dans un immense  secret national, dans le silence russe, dans l’apathie générale. Les questions fuseront bientôt auxquelles les réponses embrouillées seront désastreuses. La théorie d’un encerclement de la Russie par des forces hostiles et diaboliques peut être crue pendant encore quelques mois, elle finira par faire long feu : aussi muselés que sont les médias, il est impossible que la population russe ne devine pas, aujourd’hui, que Poutine lui raconte des histoires. Ce n’est pas une guerre qui aura raison de la dictature, mais une implosion, un effondrement intérieur et, probablement, une révolution de palais au Kremlin.

Culpabilité.

Vœu pieux ? Il est certes facile de tirer des plans sur la comète que seule la douleur des Ukrainiens rend crédibles. C’est pourquoi il n’est ni vain ni inutile qu’Emmanuel Macron s’efforce de maintenir le dialogue avec Moscou. Si sa diplomatie entraîne des différends entre Paris et Kiev, il ne faut pas s’affoler. Il sera, ultérieurement, plus facile de réparer les liens franco-ukrainiens que de reconstruire l’Ukraine. Nous sommes tous concernés par cette guerre qu’un imbécile à déclenchée. À la pandémie s’ajoutent l’inflation et la raréfaction des denrées alimentaires. Les dégâts causés par Poutine sont donc planétaires et il s’en réjouit. Il faut pouvoir lui dire ce qu’on en pense. Il faut qu’il sache comment son comportement d’éléphant dans un magasin de porcelaine est ressenti en dehors des frontières russes. Il faut l’obliger à mesurer la vraie dimension de sa culpabilité.

RICHARD LISCIA

 

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Le tour de chauffe

Il y a deux ans
(Photo AFP)

La formation d’un gouvernement prend du temps, d’autant qu’il faut s’assurer, auprès de la Commission de la transparence, que les nouveaux nommés sont intègres sur le plan financier.

ON L’A ASSEZ dit, le temps politique n’a qu’un lointain rapport avec le temps en général. On ne peut pas dire non plus qu’avec la canicule précoce les Français soient impatients de savoir qui va les gouverner. Ils semblent compter sur le fonctionnement de la machine électorale qui, aveuglément, est censée donner une majorité au président Macron. Coquetterie inattendue mais qui contient son risque, la nouvelle Première ministre, Élisabeth Borne, se présente aux législatives dans le Calvados où elle affrontera un Insoumis et l’extrême droite. C’est une manière de renforcer une légitimité que personne, pourtant, ne lui conteste, mais bref, un ministre élu d’abord député vaut mieux qu’un ministre parachuté.

Le tapage de LFI.

Tout se passe comme si la France insoumise était devenue la force hégémonique de la gauche. Il y a maintenant trois blocs, la majorité présidentielle, LFI et le RN, mais ceux qui font le plus de tapage sont bien les Insoumis, plus virulents que jamais, au diapason des syndicats quand il s’agit de vitupérer contre une Première ministre jugée intraitable et comparée à Margaret Thatcher (honneur excessif ou jugement hâtif), qui dénoncent des fraudes dans la compositions des listes, et qui répètent comme un refrain provocateur que M. Mélenchon sera Premier ministre. Comme il ne manque pas d’outrecuidance, il souhaite rencontrer Mme Borne « avant de la remplacer ». On n’a jamais vu un tel aplomb chez un candidat, mais il ne faut pas être dupe. S’il prend le risque d’une prédiction qui sera si vite démentie, c’est qu’il joue son va-tout.

Deux partis forts.

Pas besoin d’être un politologue savant pour imaginer que l’Assemblée nationale reflètera le rapport de forces pré-électoral : il y a trois blocs, la majorité présidentielle, dont on a le droit de croire qu’elle sera absolue, LFI et le RN. L’extrême gauche va faire une rentrée en force au Palais-Bourbon, avec au maximum une centaine de députés. Il reste à savoir si ces élus vont voter comme une seule Nupes, ou si, après leur élection, ils choisiront des terrains de bataille différents. L’extrême droite aussi va multiplier le nombre de ses députés et en obtenir une soixantaine. Preuve que le « système », celui qui fait bouillir les oppositions, cesse d’être « inique » quand les forces en présence finissent pas obtenir un nombre de voix suffisant à la présidentielle. Le scrutin majoritaire à deux tours favorise les partis forts. Vous verrez que LFI et le RN vont moins militer pour la proportionnelle car ils en deviendront les victimes.

Vérité alternative.

Pour ceux qui ne sont pas gagnés par la notion de vérité alternative, la majorité actuelle donne le sentiment d’une certaine confiance en elle-même. C’est parce qu’elle a mesuré l’ampleur de la tâche à accomplir, ce qui ne lui laisse guère le temps de riposter aux piques et banderilles que lui lancent les partis extrémistes, rendus encore plus combatifs par ce qui apparaît comme une défaite inéluctable. On reproche souvent à Emmanuel Macron de n’avoir pas dissipé la menace que font peser l’extrême droite et maintenant l’extrême gauche sur le pays, mais s’il n’avait pas été là, où en serions-nous ?

Ils pâtissent de leur agressivité.

Le problème des extrêmes est moins celui du pouvoir que celui de LR et du PS associé aux écologistes. Ils ont tiré comme des Russes contre Macron pendant tout le quinquennat et qui en pâtit ? Eux, pas lui. Sûrement, c’est le devoir sacré de tous les démocrates de réduire comme peau de chagrin la part du gâteau obtenue par Mélenchon et par Le Pen. Ils présentent l’un et l’autre les signes d’un désordre mental et n’arrivent toujours pas à comprendre que ce qui ce passe en France concerne toute la planète et pas seulement l’Hexagone. Ou plutôt, ils le savent mais feignent de croire que Macron a ruiné le pays. Eh bien, si c’est vrai, comment se fait-il qu’il ait obtenu un second mandat ?

RICHARD LISCIA

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Élisabeth Borne, Première ministre

Une seconde de paradis à Matignon
(Photo AFP)

La nomination d’Élisabeth Borne à Matignon répond aux critères établis par Emmanuel Macron. C’est certes une surprise, mais la nouvelle cheffe du gouvernement vient du sérail et ne saurait être considérée comme une personnalité qui bouleverse le paysage politique.

MME BORNE ne correspond pas à l’idée énoncée par le président de la République au sujet d’un « homme nouveau pour un programme nouveau ». Elle a passé cinq ans au gouvernement et elle a contribué à des réformes essentielles. De ce point de vue, elle offre plutôt l’image de la continuité. Mais sa discrétion et sa réserve ne doivent pas effacer ni même voiler ses connaissances et son talent. Oui, elle vient de la gauche et elle croit aux réformes. Il est plus facile de lui faire le procès immédiat et facile que les oppositions ont lancé contre elle, que d’admettre que son expérience et son langage franc et direct constituent des atouts plutôt qu’un passif.

Un cadeau aux filles.

On se félicitera, bien sûr, de ce qu’elle soit une femme. Elle a d’ailleurs présenté sa nomination  comme un cadeau « à toutes les petites filles de France » qui ont maintenant le « droit de rêver ». Les mauvais coucheurs professionnels s’esclaffent parce qu’une femme au pouvoir devrait représenter une tradition plutôt qu’une exception. À ce compte-là, surtout ne faisons plus rien et ne remédions pas à nos scléroses sociales. Peut-être est-il temps, car les événements vont vite, n’est-ce pas ?, de relever que son parcours académique (Polytechnique, Ponts et Chaussées) lui offre le savoir indispensable aux réformes structurelles. Qu’elle n’a pas tardé, dans son discours d’investiture, à mentionner l’urgence climatique, priorité dont M. Macron l’a chargée. Si elle n’est pas « nouvelle » à proprement parler, elle l’est en tant que Première ministre.

Un monde parallèle.

Si l’on en juge par le déferlement des critiques, saillies, condamnations, jugements sommaires qui se sont exprimés en moins de douze heures après sa nomination, elle n’a aucune chance. Les Insoumis sont de plus en plus persuadés que Jean-Luc Mélenchon, qui a parlé de maltraitance sociale quand Marine Le Pen préfère saccage social,  (on vous avait dit qu’il ont beaucoup en commun) la remplacera au terme des législatives. Dans leur logique, elle n’aura pas le temps de défaire ses cartons. La violence des propos tenus par les extrêmes a fini par les placer dans un monde parallèle, troisième tour social ou Mélenchon à Matignon, qui n’a aucun rapport avec la réalité arithmétique des suffrages.

Un clivage malsain.

On est confondu par ces tours de magie. D’abord parce qu’ils polluent sérieusement la scène électorale ; ensuite parce que des millions d’électeurs croient ce qu’on leur dit, crédules qu’ils sont dans ce pays de la voyance. Ils ont pensé que l’élection présidentielle, en définitive, avait moins d’importance que les législatives. Ils vont tomber de haut, et même de très haut, quand Macron aura la majorité absolue au soir du 19 juin.  Ce clivage entre le pouvoir et les oppositions n’est ni sain ni propice aux changements qui doivent se produire. Il faut prendre des mesures climatiques drastiques dans un contexte où l’écologie politique a sombré. Il faudra bien s’attaquer à la réforme des retraites face à LFI et des syndicats qui ne veulent pas en entendre parler. Il faudra aussi commencer à resserrer les cordons de la bourse dans un environnement de hausse généralisée des taux d’intérêt.

Pas un instant de répit.

Mme Borne peut faire tout ça, pour autant qu’on la laisse faire. Mais si elle n’a ni le charisme ni le sourire du président, si elle ne facilite pas la fluidité du dialogue, si elle s’en tient aux chiffres, elle est aussi imperturbable, ce qui n’est pas donné à tout le monde. On a vu un Jean Castex presque heureux de s’en aller et de s’offrir des vacances qu’il a largement méritées ; Mme Borne n’a pas cette chance. Elle est à peine sortie de son ministère qu’elle a été jetée dans « l’enfer » de Matignon. Le pays sort d’une période de crises sans précédent, qui seront probablement moins aiguës que les crises à venir. La nouvelle Première ministre n’aura pas eu un instant de répit.

« Toutes les petites filles » de France n’ont pas, heureusement pour elles, l’ambition d’Élisabeth Borne. Nous n’avons besoin que d’un Premier ministre. Mais une chose est sure : entre les partis qui s’inspirent des vieilles lunes idéologiques et souhaitent, en quelque sorte, nous faire perdre un siècle, et ceux qui croupissent dans la même posture critique, la France a fait le bon choix. On a tellement glosé sur le quinquennat ! Le récit historique révèle qu’il en fallait deux pour arriver à bon port.

RICHARD LISCIA

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Castex : l’adieu à Matignon

 

Divorce à l’amiable
(Photo AFP)

Emmanuel Macron annoncera aujourd’hui (au plus tôt) le nom de son nouveau Premier ministre. Pour Jean Castex, qui l’a servi fidèlement pendant 22 mois, c’est donc le moment de quitter Matignon. Il ne le fera pas sans un peu de nostalgie.

C’EST beaucoup d’abnégation, même chez un homme modeste qui s’est trouvé, dans l’épreuve, de la fermeté, de l’imagination et de de la résilience. Le pays a  admis que, en dépit des crises graves qu’il a eues à gérer, Emmanuel Macron se présentât à un second mandat. Sa réélection a balayé les réticences de ceux, et ils sont nombreux, qui ont juré sa perte.

Aussi bien Jean Castex avait-il le droit, avec le sentiment d’avoir bien travaillé, de croire qu’il méritait une noble fonction, dans la mesure ou il a assurément contribué à l’exploit de son patron. Au lieu de quoi, il a préféré se retirer sur son Aventin. Une telle simplicité a la saveur de l’authenticité et entraîne beaucoup de sympathie. M. Castex, en quelque sorte, a renoncé à tout pour rester populaire. On notera par ailleurs que la notion de has been n’existe pas. Édouard Philippe est l’homme le plus populaire de France par ce qu’il a été, mais n’est plus, Premier ministre.

Repeindre la maison.

Macron, sensible à la modestie de Castex, l’a honoré et lui a fait des adieux chaleureux. Peut-être pouvait-il aller au-delà et offrir à son Premier ministre une fonction à partir de laquelle il aurait eu le temps de bâtir une carrière. Au moins M. Castex peut-il affirmer qu’il ne doit rien à personne et que la position qu’il perd ne lui rapporte rien, ce qui témoigne de son immense intégrité. Plus on observe la vie politique et plus on découvre l’ambition de ses acteurs, même quand arrive le moment de la rupture qui signale souvent une échéance, pas forcément un revers de fortune. M. Castex ne dit même pas qu’il sera de nouveau maire de Prades, il pense à repeindre la maison qu’il y possède.

L’enfer de Matignon.

À n’en pas douter, le choix qu’a fait Macron pour remplacer Édouard Philippe il y a presque deux ans aura été efficace (même si nous l’avons contesté dans ces colonnes), non seulement parce qu’il savait que M. Castex resterait sur sa réserve mais parce que, par miracle, sa présence à Matignon, lieu de pouvoir, ne lui est pas montée à la tête. On dit, ici et là, qu’il aurait bien aimé rester à son poste, ce qui n’aurait pas été anormal si on pense aux lourds dossiers avec lesquels il s’est familiarisé. Mais on ne se fait pas réélire pour un second mandat sans proposer un changement et cela commence par un changement des personnages. Quand on constate que Jean Castex est sorti indemne, frais et à peine fatigué de « l’enfer de Matignon », on se demande, certes, si quelques années de plus l’auraient broyé. C’est peu probable car il est de ces personnes qui, chargées d’attirer sur elles tout le ressentiment du peuple, le reçoivent avec grâce et sans se plaindre, tout simplement parce que ce désagrément fait partie de leurs fonctions.

La vie est dure. 

On remarque que, si la vie d’un Premier ministre est particulièrement dure, c’est aussi parce qu’il prend les coups que le président sait éviter et que le contrat qui les lie n’est pas fair play. On va savoir incessamment le nom du prochain ou prochaine chef du gouvernement. Le petit jeu des pronostics est mort-né : on ferait aujourd’hui une prédiction que l’on serait aussitôt ridiculisé. On sait que Macron veut une femme, il n’en manque pas, mais il la souhaite parfaite, comme si la perfection était de ce monde et comme si elle n’était pas exclusivement subjective.

Perle rare.

C’est la recherche d’une perle rare dans un océan tourmenté et obscur. Chacun sait qu’on n’est pas mais que l’on devient. Face à la tourmente, c’est là que se forge un caractère, le sang-froid, la bonne idée qui résout le problème. N’est-ce pas du masochisme d’aller occuper une fonction aussi ingrate ? Et, au fond, le président ayant l’œil à tout, a-t-il vraiment besoin d’un Premier ministre ? Je retire aussitôt la question : il y a du travail pour deux, et même plus. Je ne sais pas si on va changer la Constitution ni quand, mais je crois qu’il serait bien malheureux de tirer la leçon qu’un président excessivement actif n’a pas besoin d’un Premier ministre.

RICHARD LISCIA

 

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Législatives : le trou noir

Macron à Strasbourg
(Photo AFP)

Plusieurs inconnues pèsent sur les pronostics relatifs aux résultats des législatives. La création d’une alliance à gauche sous la houlette de Jean-Luc Mélenchon, capable de gagner le premier tour, la combativité du RN, celle de la majorité présidentielle rendent imprévisible le résultat du second tour. 

LE BROUILLARD législatif n’empêche pas de confirmer qu’il existe désormais trois grands blocs politiques, Mélenchon, Macron et Marine Le Pen mais ne dit rien de ce qui va se passer au second tour. L’incertitude encourage les promesses de victoire lancées dans tous les camps, mais la formation la mieux placée reste la majorité présidentielle. Emmanuel Macron a veillé personnellement à la répartition des sièges, conçue pour que des élus de la droite classique soit ménagés par la macronie.

L’hégémonie des Insoumis.

On devine en outre que ces deux beaux rassemblements de la Nupes et d’Ensemble cachent des divisions, surtout du côté de la Nouvelle Union populaire, environnementale et sociale au sein de laquelle l’hégémonie de la France insoumise a été réaffirmée assez tôt pour que le PCF, le PS et une partie des Verts se posent des questions sur leur engagement aux côtés de LFI.  L’affaire Taha Bouhafs, du nom de ce jeune homme de 25 ans d’abord investi par LFI, puis abandonné par elle au terme d’une enquête sur ses divers agissements politiques et sexuels, complique encore le jeu mais ne devrait pas trop peser sur les chances de la Nupes. À quoi répond le malaise entre les macronistes et les philippistes au sujet de la répartition des sièges, les amis d’Édouard Philippe estimant qu’ils n’en avaient pas reçu un nombre suffisant.

Des noms d’emprunt.

On notera, au passage, le florilège de noms nouveaux donnés aux partis et à leurs alliances parmi lesquels Renaissance, Horizons, Nupes, susceptibles de compliquer la tâche pour les électeurs. Dans ces élections de 2022, tout le monde avance masqué, par exemple M. Mélenchon qui, après avoir demandé au peuple de « l’élire » Premier ministre, ne souhaite même pas être député. Il est vrai qu’à propos des noms, d’autres pays ont ouvert la voie, celle qui dépolitise les partis, par exemple le mouvement Cinq étoiles ou le parti de l’Olivier en Italie. Toute cette sémantique pour noyer les notions de droite et de gauche, pour cacher parfois des idéologies dangereuses  et pour rallier le plus grand nombre des électeurs à des mouvements qui ne montreront qu’après-coup leur vrai visage.

L’ombre de Poutine.

S’il est vrai que l’ascension fulgurante de la Nupes menace la majorité sortante, s’il est incontestable que le président réélu la craint et qu’il presse ses troupes de combattre avec acharnement jusqu’au 12 juin, date du premier tour des législatives, il demeure que M. Macron dispose d’atouts que n’ont pas adversaires. Dans la configuration du quinquennat, il est logique que le peuple donne une majorité parlementaire au président qu’il a choisi ; s’il a été réélu, c’est que son bilan n’est pas perçu comme négatif par les Français ; et, s’il est encore très critiqué, les menaces internationales qui pèsent sur notre pays font de lui l’homme expérimenté dont nous avons besoin. Non, l’Ukraine n’est pas la première des préoccupations des Français, mais c’est une tragédie qui se love dans l’inconscient. Nos concitoyens n’ont pas envie de donner les clés du pouvoir à un homme, en l’occurrence Mélenchon, qui cache mal sa sympathie pour Vladimir Poutine.

Mésaventure.

La vraie bataille n’est pas celle des programmes, elle est celle des enjeux de 2022, un affrontement entre partisans de la démocratie et aventuriers exigeant un changement des institutions qui rognerait nos libertés. La macronie est la seule à s’engager dans ce conflit inédit, à distinguer les menaces et les risques. Elle porte une responsabilité énorme dont dépendent l’Union européenne et la démocratie à l’occidentale. Les instituts d’opinion n’accordent pas plus d’une centaine de sièges à Nupes ; pas plus d’une trentaine au RN ; entre 330 et 370 sièges à la majorité présidentielle. Nous le savons depuis longtemps, en dehors de la macronie, c’est l’aventure. Ou plutôt la mésaventure.

RICHARD LISCIA

 

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L’Ukraine debout

Une poupée appelée Amal incarne les enfants réfugiés
(Photo AFP)

Il est à la fois surprenant et admirable que l’Ukraine, agressée sans ménagements par la Russie, résiste avec tant de vigueur et qu’au moment présent, ses troupes ont même franchi la frontière avec la Russie, menaçant une ville de garnison d’où partent les renforts russes.

IL N’EST PAS question, ici, de se livrer à un chant triomphal pour saluer l’héroïsme ukrainien. La situation n’est pas encore désespérée pour M. Poutine : ses forces ont rasé Marioupol et avancent vers Odessa. Il a révisé ses objectifs et c’est depuis Kiev, au nord-ouest de l’Ukraine, que les Russes ont reculé jusqu’à leur propre frontière. Là où les Russes sont passés ne règnent que la mort, la destruction et la dévastation. Il faudra un siècle, dit-on, pour reconstruire l’Ukraine.

Ils ont une chance raisonnable de gagner.

Il est tout de même remarquable que les militaires ukrainiens aient pu tenir tête et même battre en certains endroits les soldats de Poutine. Certes, ils ont été aidés par des livraisons d’armements venus des États-Unis et de l’Europe, certes, l’armée russe donne des signes de faiblesse et de désorganisation. Mais le président ukrainien ne s’est laissé impressionner ni par la taille de son ennemi, ni par sa bestialité, ni par une violence dénuée de toute valeur stratégique. De sorte qu’on en vient à imaginer que les Ukrainiens peuvent gagner cette guerre. Non pas que Poutine ne l’ait pas déjà perdue puisqu’il a fait moralement autant de mal à son propre pays qu’il en fait physiquement à l’Ukraine. En revanche, on ne s’attendait pas à ce que la Russie reculât devant les forces ukrainiennes au point de perdre un peu de son territoire.

La répétition afghane.

Cette guerre « asymétrique » montre, une fois de plus, que l’intervention armée sur le sol d’un pays considéré comme plus faible que l’agresseur n’est pas payante et qu’elle risque de se traduire par une décomposition de l’assaillant. On écrira des livres touffus sur la guerre d’Ukraine et sur sa signification et on en tirera la leçon que si un État puissant n’a pas de bonnes raisons d’envahir un autre, il s’expose à de terribles déboires. Les Russes, d’une certaine façon, revivent leur expérience afghane. Ils y ont combattu vingt ans et ont fini par s’en aller face à des soldats afghans armés par les États-Unis. C’était la répétition du drame ukrainien.

Poutine devra rendre des comptes.

Assurément, les Ukrainiens n’auront gagné cette guerre que lorsqu’ils auront débarrassé leur territoire de l’occupant russe. Il sera fort difficile de le contraindre à quitter la Crimée et le Donbass. Mais il sera tout aussi difficile pour Poutine de se maintenir dans des zones où se poursuivrait une guérilla permanente et meurtrière. Une tension prolongée finira par poser au maître du Kremlin un sérieux problème politique. Il procède pour le moment par arrestations, interdictions, désinformation, mais jusqu’à quand et pour combien de temps ? Ses revers militaires accentuent un peu plus la fragilité du trône sur lequel il est assis. On peut être tout-puissant dans son pays, mais on finit toujours par rendre des comptes à l’opinion publique, même si les élections sont truquées.

Un peuple deux fois martyr.

La note discordante, dans ce concert harmonieux, c’est le caractère de Poutine. Il s’entête et il prend prétexte de ses échecs pour se montrer encore plus féroce ; comme il n’a pas le droit de perdre, il se venge de chacune de ses défaites sur le terrain. De ce point de vue, les Ukrainiens sont doublement un peuple martyr parce qu’ils souffrent quand ils sont exterminés et doivent souffrir encore quand ils remportent ne fussent que de petits succès.  On n’évaluera jamais le juste prix de cette guerre anachronique et parfaitement inutile : le prix en vies humaines, en familles décomposées, en destructions (tout est à reconstruire). C’est un coup inattendu que Moscou a porté à l’Europe, c’est un crime contre l’humanité et contre la liberté. Il n’y pas de mal à se réjouir d’une défaite de la Russie : les Ukrainiens se battent aussi pour nous.

RICHARD LISCIA 

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Les trois blocs

Macron et Scholtz à Berlin
(Photo AFP)

Gauche, droite et Ensemble, formation pour la majorité présidentielle, vont se partager les suffrages aux élections législatives. À quoi il faut ajouter un quatrième bloc, celui de l’abstention.

MARINE Le Pen, après quelques jours de vacances, est candidate à Hénin-Beaumont dans le Nord et son premier soin est d’accabler Jean-Luc Mélenchon, coupable, selon elle, d’avoir fait réélire Emmanuel Macron. Ce qui est rafraîchissant, avec cette séquence électorale, c’est que le président réélu n’est plus l’épouvantail auquel tout le monde lance des pommes et des œufs pourris. Les trois blocs se croient assez puissants pour répartir non seulement les sièges chacun à son avantage, mais pour nourrir les plus grandes illusions, comme celle de Jean-Luc Mélenchon, qui se voit, encore et toujours, contre toute logique, « élu » Premier ministre. Le fameux « troisième tour social » s’est emparé de l’esprit des concurrents qui ne tarderont pas à vérifier le contenu de la théorie.

Scrutin favorable aux grands partis.

Les législatives de 2022 n’ont rien à voir avec celles de 2017. Emmanuel Macron n’est plus l’homme venu de nulle part qui a bouleversé l’échiquier politique. La tentation est grande, chez ses adversaires, de lui infliger une humiliation. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Les électeurs sont-ils tentés de lui imposer une cohabitation ou préfèrent-ils, conformément au dispositif créé par le quinquennat, lui accorder de nouveau une majorité absolue ? La sagesse commande de prévoir l’arrivée à l’Assemblée de dizaines de députés du Rassemblement national et de la France insoumise. On notera à ce sujet que le scrutin majoritaire à deux tours favorise les partis majoritaires, et que LFI et le RN, qui s’en sont tellement plaints, vont cette fois en bénéficier. De là à croire que l’un ou l’autre obtiendra la majorité absolue, il y a une distance plus grande qu’entre les hologrammes chers à Mélenchon.

Rira bien …

La même sagesse inspire Ensemble, mouvement auquel Macron a fait ses recommandations dont la plus importante est le rejet d’une attitude en vertu de laquelle les dés seraient déjà jetés. L’avantage, pour le président réélu, consiste à se battre comme si les désidérata des deux oppositions risquaient de se réaliser. Il a  pris soin de s’adresser à ses troupes et de lancer une machine conçue pour lui donner la part du lion. S’il finit par obtenir la majorité absolue, s’il n’a pas besoin du Modem et de Horizons pour gouverner, rira bien qui rira le dernier.

Majorité silencieuse.

On décèle, dans ces grandes manœuvres, une arrière-pensée qui fait d’Ensemble le challenger et de LFI et du RN les partis qui se voient comme dominants, mais frappent désespérément à la porte du pouvoir sans y accéder. Il y a une continuité entre élection présidentielle et élection législative. Elle traduit l’intolérance de l’électorat pour les extrêmes. Cet électorat, c’est la majorité silencieuse, celle qui ne manifeste jamais, qui ne casse pas le mobilier public et n’incendie pas les poubelles, celle qui pense que nous avons tout ce qu’il faut dans nos institutions pour assurer la vie politique et la justice sociale. La question n’est plus de savoir si elle a tort ou raison. Elle porte sur l’existence même de cette majorité que les sondages retrouvent constamment.

Il y a deux tours.

Curieusement, personne ne cite ces enquêtes. On a organisé des débats énormes au sujet de Mélenchon Premier ministre comme si c’était une hypothèse sérieuse. On n’a pas trop remarqué que Macron, au premier tour, avait battu Le Pen avec cinq points d’écart (six avec Mélenchon). On a cru bon de disserter à l’infini sur des hypothèses politiques que ni les sondages (ils peuvent toujours se tromper) ni la logique ne rendaient nécessaires. On a oublié à la fois la République et la Constitution. On a oublié la forme du scrutin majoritaire à deux tours, qui fera apparaître des lieux de contestation vigoureuse au premier tour, et des solutions favorables au président sortant au second tour.

Paradoxalement, lorsqu’on met les membres de la France insoumise devant ces évidences, ils répondent tous d’une même voix : « C’est pourquoi il faut changer de République ! ». Mais on ne va pas la changer avant les législatives. LFI ne va pas gagner avant d’en avoir les moyens institutionnels et gageons que, dans cinq ans, ce parti en sera toujours à ses revendications premières, la dissolution de l’Assemblée, la formation d’une Assemblée constituante et l’adoption d’un programme pour passer à la VIe  République. Cette séquence électorale, c’est la bataille des Horaces et des Curiaces. Il faut prendre les adversaires l’un après l’autre. Lors de la présidentielle, la macronie a anéanti les espoirs du RN. Lors des législatives, elle boutera LFI hors du champ de bataille.

RICHARD LISCIA

 

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Fillon, l’argent et la justice

François et Pénélope
(Photo AFP)

Ancien Premier ministre, François Fillon a été condamné en appel à quatre ans de prison dont un an ferme, 375 000 euros d’amende et au remboursement de 800 000 euros détournés au profit de Mme Fillon. Celle-ci a été condamnée à deux ans avec sursis et 375 000 euros d’amende. L’ancien suppléant de M. Fillon, Marc Joulaud a été condamnée à trois ans avec sursis.

LES TROIS accusés vont porter l’affaire devant la Cour de cassation. Ce qui ne les empêchera pas, en attendant, de payer les sommes que réclame la justice. M. Fillon est inéligible pour dix ans. Même s’il finit par l’emporter en cassation, sa carrière politique a été brisée en 2017 à cause du procès qu’il allait devoir affronter. Entretemps, le parti les Républicains (LR) l’avait sacré candidat à la présidence de la République, ce qui, de la part des amis de M. Fillon, résultait d’un long moment d’inconscience. Quand l’ancien Premier ministre, pour mieux couler la candidature de Nicolas Sarkozy, devenu entretemps son rival, a posé la question infamante : « Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen ? », il a déjà fait preuve d’une curieuse absence de scrupules dont il a été victime a posteriori. Car il a été à son tour poursuivi par la justice pour une affaire sérieuse d’enrichissement personnel.

Amour et cupidité.

On comprend mal l’égarement d’un homme politique parvenu au faîte de sa puissance, mais s’entêtant à s’enrichir en se servant, en quelque sorte, de sa propre célébrité, et allant jusqu’à accepter, en pleine tourmente judiciaire, des costumes de luxe que lui a envoyés un avocat mal intentionné et désireux de lui porter un coup fatal. C’était la pire des compromissions dans un océan de candeur. De ce point de vue, l’affaire Fillon est exemplaire. Ses amis croyaient à sa rectitude et encore aujourd’hui, ils croient qu’il a été victime d’un complot destiné à l’assassiner politiquement sans pouvoir dire, bien sûr, qui a conçu ce stratagème. Lui-même se sent profondément innocent, alors que, parmi ses nombreuses fautes, il a pris le risque de compromettre son épouse qui n’a pas mérité le sort injuste qui la poursuit. L’amour, en l’occurrence, a cédé la place à la cupidité.

Pas de politique sans intégrité.

En dernier ressort, la droite de LR, pour défendre M. Fillon, dit qu’on a étouffé son talent et privé le pays d’un bon président. On n’est pas « bon » si on ne donne pas l’exemple, et on n’est pas « gaulliste » si l’on consent à mélanger argent et pouvoir politique. M. Fillon donnait toutes les apparences de l’intégrité, il était austère, réservé, silencieux et il aurait été un juge particulièrement sévère. Mais, comme d’autres, il s’est cru au-dessus des lois. Le récit de son parcours personnel est intéressant par ce qu’il dit qu’il ne faut pas faire quand on s’engage en politique. Il faut d’abord vivre chichement. Il ne faut pas tricher avec les institutions que l’on est censé défendre. Il faut, définitivement, mettre son intégrité au service de l’action politique.

Qu’aurait-il inventé ?

On n’imagine pas de Gaulle donnant l’absolution à M. Fillon. L’ancien Premier ministre a certes passé cinq ans auprès d’un président qui n’était ni facile ni indulgent, qui l’a traité de « collaborateur » et n’a pas eu un geste pour l’associer à ses décisions. Mais on remarque que les libertés que M. Fillon a prises avec le droit n’avaient rien à voir avec ses angoisses de chef du gouvernement, fonction qu’il aurait dû abandonner à mi-mandat pour mieux préparer sa candidature à la magistrature suprême. Il a tué sa carrière le jour où il a eu ce mot malheureux au sujet de Sarkozy comparé à de Gaulle. Et alors, on s’est demandé : « S’il est capable de se livrer à ce genre de trahison publique, qu’est-ce qu’il va inventer une fois à l’Élysée ? »

Loyauté mal placée.

S’il n’a pas disparu dan un grand trou noir après cette remarque, c’est qu’il a continué à bénéficier du soutien de ses amis qui, à ce jour, regrettent le sort réservé à leur homme-lige, comme s’il n’était pas naturel qu’il paie pour ses erreurs et que certaines fonctions ne mettent pas à l’abri ceux qui les exercent. C’est cette confusion mentale qui a conduit aux procès et aux jugements. M. Fillon a transmis ses certitudes à une majorité au sein de LR et les plus loyaux de ses amis n’ont pas vu qu’il s’était conduit comme le plus déloyal des « collaborateurs » de M. Sarkozy. Qu’ils ne viennent pas dire aujourd’hui que deux élections leur ont été volées. Ils ont fait ce qu’il fallait pour les perdre.

RICHARD LISCIA

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La galéjade de Mélenchon

Macron et Mélenchon
(Photo AFP)

Depuis qu’il a créé la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (Nupes), Jean-Luc Mélenchon chef de la France insoumise, réaffirme de manière insistante qu’il sera « élu » Premier ministre, sous le prétexte que l’union de la gauche ainsi réalisée, le président de la République n’aura pas d’autre choix que de le nommer à Matignon.

DÉPUTÉ des Bouches-du-Rhône, M. Mélenchon ne manque pas d’atouts dans ce « troisième tour social » qu’il appelle de ses vœux. Il a tiré du désespoir des Verts et du PS le plus haut profit possible puisqu’ils se sont piteusement ralliés à son panache blanc ; il les a affaiblis encore un peu plus en soulevant un tollé chez ceux de ces deux partis qui ont des convictions démocratiques ; et il a lancé, avec son surprenant, mais erroné, récit de son « élection » comme Premier ministre, une opération de communication sans doute originale mais trompeuse qui, pour son public, relève de l’héroïsme. C’est l’histoire de la sardine qui a bouché le port de Marseille, cette ville qui lui a offert une seconde vie politique.

Ce que Mélenchon se garde de dire.

Certes, M. Mélenchon a rassemblé les forces de gauche. Mais dès avant les élections législatives, tout le monde savait que la gauche est minoritaire dans le pays, à 32 % au maximum. Selon les instituts d’opinion, qui se refusent à tout pronostic, ce qui maintient dans les esprits la perspective d’une « élection » de Mélenchon au poste de Premier ministre, non seulement il sera minoritaire, mais Emmanuel Macron est assuré de remporter la majorité absolue et ne court aucun risque de cohabitation. La blague que raconte le chef des Insoumis ne dit pas ce qu’il ferait du pouvoir s’il l’obtenait. Elle ne dit pas qu’il serait minoritaire et qu’on perd son temps à parler d’une hypothèse irréalisable ; elle ne dit pas que M. Macron n’est absolument pas obligé de désigner M. Mélenchon et qu’il lui suffit de choisir un Premier ministre dans la majorité ; elle ne dit pas que la campagne de Mélenchon, lancée, comme d’habitude pour le bien commun de la gauche et des malheureux Français qui n’en peuvent mais, vire au culte de la personnalité.

Méthode Coué.

On ne s’en surprendra pas. Aussi cultivé qu’il soit, M. Mélenchon cède à l’émotion. Ses 22 % au premier tour, un exploit, lui ont monté à la tête. Personne, apparemment, ne lui a expliqué la règle du tout ou rien : on peut faire le meilleur score et devenir président, on peut faire simplement un bon score et disparaître de la vie politique. Les 22 % ne sont pas la clef du pouvoir. M. Mélenchon peut camper devant Matignon jusqu’au 20 juin, les gendarmes ne lui ouvriront pas le portail. De sorte qu’il nous fait perdre notre temps, mais à bon escient : plus il nous parle de sa Nupes ( Nouvelle Union populaire, écologique et sociale), plus il nous assure qu’il aura une majorité, plus les électeurs de gauche y croient, surtout ceux qui haïssent Macron. Mais c’est la méthode Coué. C’est bâtir un projet sur un espoir plus que ténu et c’est, en outre, se moquer des institutions et des plus de 18 millions de citoyens qui ont voté Macron au second tour.

Entourloupette.

Le meilleur moyen de combattre cette entourloupette qui en dit long sur le sérieux du personnage, c’est encore de répéter à l’envi la vérité, à savoir que Mélenchon n’a aucune chance et qu’en outre il a mélangé les torchons et les serviettes. Il n’ y a aucun rapport avec PS respectueux des institutions, anti-Poutine, pro-européen, et Mélenchon, pas plus qu’il n’y en a entre le chef du LFI et un homme comme Yannick Jadot. En revanche, on constate qu’un maximum de désarroi conduit aux pires vilénies, que la gauche de gouvernement jetée dans le bas-fossé, a vendu son âme à Mélenchon pour ne ps mourir, ajoutant ainsi à l’humiliation de se livrer à l’ennemi la crise de conscience produite par l’adoption de ses thèses. La Nupes n’est nullement une opération sauvetage de la gauche. Quand elle aura perdu les législatives, elle se déchirera et chacun des quatre partis qui la composent se retrouveront dans une grande solitude. Pour eux, c’est un mandat perdu.

Déchirements.

Le déchirement s’est déjà produit. Daniel Conh-Bendit, José Bové et Jean-Paul Besset, fondateurs d’EELV, ont publié une tribune particulièrement violente contre la Nupes et Lionel Jospin, qui soutient Lamia El Aaraje dans une circonscription parisienne, s’est retrouvé nez-à-nez avec Danielle Simonnet, députée sortante investie par la Nupes, alors qu’elle avait été élue en 2027 contre Mme El Aaraje. D’où une altercation publique entre l’ancien Premier ministre de la cohabitation et Mme Simonnet. Et c’est sur cette base-là que Mélenchon va prendre la tête du gouvernement d’Emmanuel Macron ? Rendez-vous en 2027 pour une renaissance.

RICHARD LISCIA

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