Mélenchon indéboulonnable

Mélenchon en action
(Photo AFP)

Jean-Luc Mélenchon, chef de la France insoumise, a réuni ses amis dimanche à Vincennes pour leur faire savoir qu’il ne quitterait pas ses fonctions. Si l’information ne surprend personne, les arguments qu’il a invoqués pour rester à la tête de son parti expriment surtout sa volonté de renforcer sa main-mise sur l’appareil.

O TEMPORES, o mora ! Les Républicains font un score de 8,48 % aux élections européennes et Laurent Wauquiez démissionne au bout d’une semaine. LFI recueille 6,31 % des suffrages et, après un mois de réflexion, Jean-Luc Mélenchon reste. Les critiques émises par un certain nombre de militants, dont Clémentine Autain, sont mises sous le boisseau. Ancienne candidate aux élections européennes, Jeanne Lebretton a claqué la porte de LFI en dénonçant la violence des propos de son patron.  Qu’est-ce que M. Mélenchon a fait de travers ? Rien. Il milite pour des changements profonds, il souhaite l’avènement de la VIe République, et, comme il continue à défendre le mouvement des gilets jaunes, pourtant proche de l’asphyxie, il n’a en vérité qu’une chose à dire : poursuivre sa guerre acharnée contre Emmanuel Macron, cause de tous les malheurs du pays et, surtout, recette indémodable de toutes les oppositions pour tenter de survivre dans un climat qui ne leur est pas favorable.  Sa prétention à ignorer la défaite retentissante qu’il vient d’encaisser est conforme au comportement du dictateur : je perds les élections, donc je réprime mes opposants internes. En même temps, on n’attendait pas de lui qu’il se confonde en excuses ou fasse son mea culpa.

Zapper Mélenchon.

L’extrême gauche traverse le désert en compagnie de la gauche et de la droite républicaine. Sur je ne sais quelle chaîne de télévision, il y avait un jeune homme de LFI qui a repris l’argument-massue du parti : Macron gouverne avec 20 % des voix. Il partage cette formidable analyse avec le Rassemblement national. La réponse est simple : d’abord, c’est 22 %, pas 20 %. Ensuite, il vaut mieux avoir 22 % que 6 % pour gouverner. Rappelons-le : le scrutin européen est intégralement à la proportionnelle. M. Mélenchon n’a aucun moyen, à l’heure qu’il est, de former une coalition de gauche dont il serait le chef et qui bénéficierait de la majorité. Non seulement il ne peut pas le faire, mais il ne veut pas. On veut bien qu’il se victimise et revienne une fois de plus sur l’épisode de la perquisition dans les locaux de LFI à laquelle, avec un sens relatif du ridicule, il a fait rempart de son corps, drapé dans le drapeau tricolore, en criant : « Je suis la France, je suis la République ! ». On ne comprend pas qu’il veuille encore en tirer profit aujourd’hui alors qu’il sait très bien que, si son score est passé de près de 20 % à la présidentielle à 6,31 % aux européennes, c’est probablement parce que ses concitoyens ont compris que cette autorité qu’il revendique, c’est surtout un caractère atrabilaire qui se répand dans un flot de paroles effrayantes, surtout destinées à épouvanter l’interlocuteur. Mélenchon joue à nous faire peur. Mais nous ne sommes pas obligés de le regarder : on peut le zapper, comme un mauvais programme de la télévision.

La politique par les livres.

Dans cette affaire, la consternation de la gauche et de la droite au soir des européennes, c’est encore LR qui se montre le plus discret et prend tout son temps pour procéder à une réforme interne du parti qui est éminemment souhaitable. La gauche, d’Olivier Faure à Benoît Hamon, demeure prostrée. De sorte que les uns et les autres en sont à imaginer des solutions qui correspondent surtout à des repas réchauffés. Nicolas Sarkozy publie un livre titré « Passions », dans lequel il parle bien plus de sa propre personne que de l’avenir du pays qu’il aime tant. Mais y a-t-il encore des gens pour croire sérieusement en lui, malgré ses démêlés avec la justice et une défaite en 2012 qui devrait le maintenir à l’écart du pouvoir ?  François Hollande, pour sa part, compte sur ses livres pour récupérer l’électorat envolé du PS. Dans cet espoir indestructible de nos anciens présidents de retrouver un rôle suprême, il y a quand même un optimisme et surtout une naïveté confondants. Si Mélenchon veut rester dans la course, il ne lui reste plus qu’à publier un ouvrage à son tour. Bonne occasion de faire valoir cette immense culture dont il se sert pour ridiculiser les journalistes qui l’interrogent.

RICHARD LISCIA

 

Publié dans Non classé | Un commentaire

La droite sur deux fronts

Marion Maréchal
(Photo AFP)

Président du groupe sénatorial des Républicains, Bruno Retailleau a annoncé ce matin qu’il ne serait pas candidat à la présidence de LR, ce qui devrait ouvrir une voie royale à Christian Jacob, son homologue à l’Assemblée.

M. RETAILLEAU  dresse un tableau plutôt sombre des perspectives de LR. Il propose de bonnes raisons de ne pas être candidat, à commencer par son désir de ne pas aggraver les divisions du parti. Il n’est pas impossible qu’il se réserve pour un destin plus grand que la présidence de LR et qu’il songe à 2022. M. Jacob, pour sa part, ne nourrit pas une telle ambition et il est indiscutable qu’il apparaît comme le moins clivant des candidats. Mais il ne correspond pas du tout au profil de l’homme capable de réunifier le parti et de l’arracher à ses démons. M. Retailleau estime qu’il faut tout chambouler, réformer le parti en profondeur « sinon, on meurt ».

Un parti ouvert aux autres.

Les Républicains ne retrouveront leur enthousiasme en effet que lorsqu’ils auront compris que leur ligne politique doit être assez large pour que des sensibilités diverses y adhèrent. M. Jacob peut jouer un rôle unificateur mais sur la base de la continuité. À tort ou à raison, on ne le voit pas prendre des dispositions qui choqueraient ou consterneraient les barons du parti. La réforme de LR est d’autant plus nécessaire que la majorité veut s’élargir, à l’occasion des élections municipales, en captant une partie de leurs effectifs. La REM envoie un défi aux maires LR : rejoignez-nous ou bien vous serez battus. De quoi les épouvanter. On peut donc s’attendre à une bataille d’autant plus violente entre les deux formations que LR y jouera sa vie.

La nouvelle stratégie de RN.

Le pire, c’est que la menace ne vient pas d’un seul côté, mais de deux. Marine Le Pen, qui a toujours cultivé l’isolationnisme du Front national, envisage maintenant de conclure des accords avec LR dans certaines villes. C’est ce que Marion Maréchal, censée s’être retirée de la politique, a souvent préconisé pour crever le plafond de verre qui a toujours empêché le FN, jusqu’à présent, de gagner la présidentielle. Il est difficile de dire où en sont les rapports entre la tante et la nièce, mais Marine ne pourra pas s’engager dans cette stratégie sans donner un rôle à Marion. Ce qui est sûr, c’est que le double assaut, de la REM et du RN, contre LR, a de bonnes chances d’achever un parti que les élections européennes ont lessivé et qui ne trouve pas sa voie.

Une chasse à courre.

On n’a pas du tout le sentiment, en effet, que LR est en train de dresser autour de son bastion les murs qui le protègeront contre l’avidité des autres partis. La droite classique est devenue une chasse à courre où le gibier abonde et les deux partis qui ont le vent en poupe ne cachent pas leur volonté de  la phagocyter. Ils semblent tellement sûrs de l’affaiblissement de LR qu’ils opèrent sans masque et en nommant leurs intentions. L’état-major de LR, quand il deviendra opérationnel en octobre prochain, devra se servir de la stratégie du RN pour dénoncer tous les ralliements d’élus LR à un autre parti politique. Il fera valoir qu’il est aussi peu moral de rejoindre la majorité actuelle ; et il devra adopter une ligne à caractère consensuel, celle qui ouvre les bras à la droite dure mais aussi au centre droit. Il n’y a pas de salut en dehors de l’ouverture. Encore faut-il que le prochain président de LR ne s’enferme pas dans une spécificité idéologique trop bien définie. Le temps des choix clairs est révolu. L’ère du « en même temps » a commencé, de sorte que, même si le projet d’Emmanuel Macron n’aboutit pas, il aura au moins imposé une nouvelle façon de faire de la politique, celle que Giscard avait pressentie et que Macron a mise en œuvre.

RICHARD LISCIA

PS – Je m’absente quelques jours. Je vous retrouve lundi 24 juin.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Chômage : stricte réforme

Edouard Philippe
(Photo AFP)

Le Premier ministre, Édouard Philippe, reçoit ce matin à l’Hôtel-Matignon, en compagnie de Muriel Pénicaud, ministre des Affaires sociales, les syndicats et le patronat pour leur annoncer les nouvelles dispositions en matière d’assurance-chômage. Celles-ci vont probablement entraîner des réactions négatives chez les employeurs et les employés.

LE GOUVERNEMENT s’est saisi de l’affaire parce que les négociations directes entre les syndicats et le Medef ont échoué au cours de l’hiver dernier. C’est la première fois depuis 1982 que les pouvoirs publics s’emparent des relations sociales pour en redéfinir les règles qui régissent l’indemnisation des chômeurs. Le climat est d’autant plus lourd que le projet gouvernemental déplaît à la fois aux organisations syndicales, aux représentants des cadres et au patronat. Cependant, le Premier  ministre est incité à trancher le nœud gordien car l’assurance-chômage a accumulé un déficit de 35 milliards et son premier objectif est de la désendetter. Son deuxième objectif est de ramener le taux de chômage à 7 % en 2022 et de recouvrer le plein emploi en 2025. Les syndicats protestent contre un projet qui consisterait à économiser entre 1 et 1,3 milliard d’euros par an et qui permettrait à l’État de financer partiellement les dépenses publiques provoquées par la crise des gilets jaunes.

Bonus-malus.

Invité hier soir sur la 5, Édouard Philippe a nié que l’État cherche à faire des économies, ce qui, pourtant, entre dans logique du retour aux équilibres budgétaires. « Nous voulons faire en sorte, a-t-il déclaré, que le travail paie plus que l’inactivité ». C’est ce concept réformiste qui lui vaut le plus de critiques. Le patronat s’accroche aux contrats courts dont il semble faire un usage excessif. Le gouvernement a donc mis en place un système dit de bonus-malus qui encourage financièrement les contrats longs et pénalise les courts. Les patrons insistent sur la nécessité de recourir aux contrats courts, notamment dans les métiers saisonniers, par exemple l’hôtellerie et la restauration, l’hébergement médico-social, la santé et l’action sociale.  Les pouvoirs publics ne sont soutenus sur ce point que par le Medef. Quant aux économies, elles obéiraient au schéma suivant : jusqu’à présent, il suffisait de travailler quatre mois sur les 28 derniers mois pour obtenir une indemnisation, dorénavant, il faudra 6 mois d’activité sur 24. Huit cent mille personnes, sur un total de trois millions six cent mille chômeurs, bénéficient de ce dispositif qui va donc devenir plus contraignant.

Le fait accompli.

Les syndicats considèrent qu’ils ont été mis devant le fait accompli. Le gouvernement entend réformer un système qui est un tonneau des Danaïdes mais dont les déficits ne peuvent être comblés que par le sacrifice financier des chômeurs. Édouard Philippe explique que les normes françaises en matière d’assurance-chômage sont trop généreuses et entraînent des dépenses inacceptables. Il n’a pas tort. Mais, au fond, sa réforme consiste à demander aux chômeurs ou aux personnes travaillant par intermittence de financer leur propre chômage par leurs propres deniers, ce qui est une forme de régression. On ne s’en étonne pas dès lors que, dans le dilemme créé par des dépenses sociales dont le financement accroît la dette publique, il n’y a jamais d’autre solution, si l’on veut diminuer les dépenses, que de renoncer aux avantages sociaux.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Crise dans la majorité

Griveaux quand il était porte-parole
(Photo AFP)

Pour ceux qui ne s’en sont pas encore aperçus, la bataille des municipales est lancée depuis quelques semaines. Elle prend un tour qui mine la majorité présidentielle, car la concurrence est vive entre la demi-douzaine de candidats qui se réclament de la REM. 

LE PROBLÈME vient principalement de Benjamin Griveaux, ancien porte-parole du gouvernement, qui a quitté son poste pour se consacrer exclusivement aux élections municipales à Paris. Il a été imité par Mounir Mahjoubi, ex-secrétaire d’État au numérique. Les deux hommes ont semblé vouloir prendre un temps d’avance sur les autres candidats, Hugues Renson, Cédric Villani et Anne Lebreton. Tout le monde pense qu’Anne Hidalgo, actuelle maire de Paris, est affaiblie et qu’il est relativement facile de la remplacer. Il vaudrait mieux attendre et voir. Tout le monde pense aussi que M. Griveaux est le candidat favori du président de la République et d’aucuns demandent pourquoi M. Macron n’annonce pas son choix.  L’inconvénient de cette méthode, c’est qu’elle fait du chef de l’État l’arbitre de toutes les querelles et minimise le vote populaire. À quoi fait-on référence ? Mais pardi, à une élection primaire.

Certaines primaires sont catastrophiques.

Les primaires passées, et plus particulièrement celle qu’a remportée haut la main François Fillon juste avant l’élection présidentielle 2017, ont montré que le vœu du peuple risque d’être catastrophique. Aussi la commission nationale d’investiture est intervenue hier soir pour tenter de remettre un peu d’ordre dans l’affaire. Dénonçant la précipitation avec laquelle les candidats de la REM tentent de dire que chacun est plus légitime que les autres, elle dit qu’elle prendra tout son temps pour se prononcer. Tandis que Gilles Legendre, chef de la majorité à l’Assemblée, exprime son inquiétude : l’affaire, dit-il sombrement, déplaît à l’opinion.

Ce qui est spécifique à la majorité, c’est la querelle d’ego. Chaque candidat REM s’estime plus valable que les autres ou tout au moins s’efforce de réclamer une procédure plus démocratique que l’affirmation d’une hégémonie  personnelle. On ne critiquera pas néanmoins le coup d’accélérateur donné aux élections municipales, car les autres partis ne sont pas en reste. Hier, au terme d’une réunion avec ses militants, Marine Le Pen a nommé Jordan Bardella vice-président du parti et annoncé sa volonté de conquérir plusieurs villes qui lui semblent mûres pour passer au RN. Elle s’est hâtée d’envoyer aux Républicains un message affectueux en leur conseillant de rejoindre le Rassemblement national.

Le dépeçage de LR.

On assiste donc à un dépeçage de LR par ces deux partis carnassiers que sont la REM et le RN. La réalité des choses est limpide : d’abord la France, en campagne depuis 2017, restera en campagne d’une manière permanente jusqu’en 2022. Ensuite, il est inutile de critiquer le rythme des rendez-vous électoraux ou le temps requis par les partis pour se préparer à l’échéance. Il va falloir que la gauche, la droite et EELV entrent aussi rapidement dans la course s’ils ne veulent pas être dépassés par les événements. Leader des écologistes, Yannick Jadot compte mettre à profit les quelque 14 % qu’ils a obtenus aux élections européennes. Il rêve d’arriver et même de dépasser le cap fatidique des 20 %, qui le placerait dans une situation favorable pour les élections générales de 2022. Les candidats qui ont pris le départ de la course municipale avant le signal sont donc fondés à dire que les incertitudes sont assez nombreuses, la mêlée assez confuse, les ambitions assez grandes pour que la majorité ne perde pas de temps.

La commission nationale d’investiture de la REM a fait ce qu’il fallait pour éloigner le danger d’une primaire qui risque d’avoir des effets ravageurs. Elle a annoncé ce matin qu’elle désignerait le candidat de la REM à la mairie de Paris. Dans la chaleur de la polémique, les bons principes pourraient bien, malheureusement, être oubliés et les candidats de la REM ont déjà donné le ton en s’affranchissant de toute discipline.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Sénat : le bras-de-fer

Macron avec Larcher
(Photo AFP)

Dans son discours de politique générale, le Premier ministre, Édouard Philippe, a reconnu que la révision constitutionnelle n’aurait pas lieu cette année à cause d’un sérieux différend avec le Sénat sur la réduction des effectifs de sénateurs. Il a parlé d’un « moment propice » qui lui permettrait de progresser dans le sens de la réforme.

M. MACRON et Gérard Larcher, le président du Sénat, sont deux caractères bien trempés qui ne renoncent pas aisément à un projet. Le président réclame une réduction de 30 % du nombre de sénateurs, M. Larcher propose une diminution de 20 %. Un compromis à 25 % ? M. Larcher n’en veut pas non plus. L’exécutif a trouvé la parade. Il y aura en effet des élections sénatoriales à l’automne 2020, après les municipales, et le gouvernement espère que la composition du Sénat aura changé, lui permettant de procéder sans encombre à la réforme des institutions. Les sénateurs, qui se doutent de ce stratagème, s’indignent de la méthode. M. Larcher pose la question : « Faut-il comprendre que le Premier ministre mise sur une nouvelle majorité sénatoriale en 2020, alignée sur la majorité présidentielle, pour contourner le seul contre-pouvoir démocratique qui existe aujourd’hui ? » Qu’est-ce que cette colère signifie ? L’exécutif n’a aucun autre moyen que se soumettre à un suffrage. Il se trouve que les sénateurs ne sont pas élus par le peuple mais par des élus, de sorte que leur légitimité a été maintes fois contestée et que même l’existence du Sénat a été parfois mise en cause. Le président du Sénat voudrait-il que l’opposition LR garde indéfiniment la majorité, en dépit du renouvellement de la Chambre Haute ?

Référendum, mauvaise idée.

M. Philippe n’a aucune garantie que, en 2020, les quelque cent mille élus appelés à voter pour le renouvellement partiel du Sénat seront favorables à la République en marche. Il ne peut qu’espérer une victoire aux municipales qui produirait plus de conseillers municipaux et de maires favorables à la REM. Comme dit l’autre, que le meilleur gagne, mais LR ne peut pas prétendre conserver la majorité au Sénat en toute circonstance, comme si c’était son fonds de commerce. La plupart des éditorialistes, ce matin, soulignent le risque pris par M. Macron. Ils expliquent que, s’il ne parvient pas à changer la composition du Sénat, il procèdera par référendum, parce qu’il tient à sa promesse de réviser la Constitution et parce qu’il estime que les Français sont favorables à une réduction des effectifs parlementaires. Je ne crois pas que celle-ci soit une priorité et comme elle ne l’est pas, je ne vois pas pourquoi le report d’un an de la réforme serait dangereux pour qui que ce soit. Je ne crois pas non plus que le recours au référendum soit une bonne affaire pour le pouvoir. Il est connu que les Français ne répondent jamais à la question posée, mais qu’ils tirent avantage du référendum pour sanctionner le gouvernement ou celui qui l’incarne.

Le bicamérisme n’est pas périmé.

Il serait temps d’admettre qu’un pays relativement riche, peuplé de 66 millions d’habitants, a le droit d’avoir à la fois des députés et des sénateurs et que les dépenses entraînées par le bicamérisme ne sont pas une gabegie mais un service rendu au fonctionnement de la démocratie. Cela étant, M. Larcher a soulevé une hypothèse étrange, celle d’une réussite telle de la macronie qu’elle deviendrait une menace à l’ordre républicain. Or nul ne peut prévoir comment un peuple se comporte sur le plan électoral. On a beaucoup dit que la majorité issue des élections générales de 2017 n’était qu’un feu de paille, jusqu’au moment où le scrutin européen a conforté cette majorité. Ni M. Macron ni M. Larcher ne peuvent se prévaloir  de « posséder » une majorité, populaire ou sénatoriale. Sinon, à quoi les élections serviraient-elles ?

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | Un commentaire

Actes I et II, même combat

Philippe (avec Castaner) à l’Assemblée
(Photo AFP)

Le discours de politique générale du Premier ministre, hier à l’Assemblée et aujourd’hui devant le Sénat, aura été plus utile pour signifier aux Français la poursuite des réformes que pour leur présenter un nouveau plan de gestion.

ÉDOUARD PHILIPPE souhaitait principalement donner quelque solennité à l’acte II du quinquennat et il y est parvenu dans la mesure où il a annoncé de nouvelles et substantielles diminutions de l’impôt sur le revenu, notamment pour les deux premières tranches du barème. Il a aussi souligné l’accélération des décisions écologiques, mais sans les détailler, renoncé pour le moment à la révision constitutionnelle, bloquée par le Sénat, et annoncé, sous les applaudissements, la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les françaises. Il était dans le droit fil du discours prononcé la veille à Genève par Emmanuel Macron (voir le blog d’hier), qui a claironné un changement de ton et de méthode mais la continuité des réformes. Le couple exécutif a donc fonctionné à merveille, les petites frictions entre l’Élysée et Matignon ayant été apaisées par le résultat des européennes ; et le vote des députés a été très largement majoritaire (360 voix), ce qui ne gâche rien, surtout quand on veut prouver que la majorité de 2017 reste solide et assure au président le renforcement de sa légitimité.

La thèse de Mélenchon.

Toutes choses qui accroissent le désespoir des oppositions, incapables de se résigner à une situation historique à laquelle elles ont puissamment contribué. Jean-Luc Mélenchon a disserté sur une thèse qu’il partage avec le RN et LR, à savoir que les européennes prouvent seulement que la REM n’a emporté que 22 % des suffrages et gouverne donc avec moins d’un quart des voix : on ne voit pas comment cela arrange les affaires des oppositions, par exemple celle de la France insoumise, qui en est à 6 %. Le raisonnement est d’autant plus ridicule que le scrutin européen est fondé sur la proportionnelle intégrale et qu’il appelle donc un éparpillement des voix. Macron gouverne parce qu’il a fait un bon score aux européennes et parce que, à l’Assemblée, il a retrouvé la majorité qui l’a entériné comme président de la République en 2017. N’importe quel parti se serait satisfait d’une telle situation et douter de la légitimité du pouvoir actuel revient, pour n’importe lequel des partis d’opposition, à se préparer des lendemains difficiles, dès lors que le même argument peut servir à d’autres.

Plus que jamais « en même temps ».

Il n’en va pas de même au Sénat, où LR détient la majorité ;  celle-ci s’est abstenue, ce qui évite la navette avec l’Assemblée. Édouard Philippe, quant à lui, n’est pas pressé, il est conforté dans son rôle et dans son autorité et il a du pain sur la planche. Ne serait-ce que parce qu’il n’a pas dit un mot du financement du montant de 27 milliards d’euros consacrés aux réductions d’impôt pendant la totalité du quinquennat et qu’il va falloir trouver autrement que par l’emprunt ou au moyen de la planche à billets. C’est l’aspect incongru d’une révélation qui a soudain illuminé le cerveau du président, brusquement transformé en meilleur ami des pauvres, en monument de la charité, en exemple étincelant de la compassion humaine, mais en oubliant que sa première fonction est celle de comptable. Et si MM. Macron et Philippe s’entendent aujourd’hui à merveille, c’est dans le cadre d’une contradiction énorme, un scrutin européen qui les a tous deux protégés parce que les suffrages venaient de la droite et de seniors rassérénés, alors que le pouvoir a perdu nombre de bulletins de gauche au moment où il multiplie les dépenses sociales et élève le « en même temps » au niveau d’un psaume de la Bible.

L’important est-il donc de gouverner ? Il est de faire barrage au Rassemblement national et les élections européennes, puis les municipales ne seront pas autre chose que des tests pour la grande explication de 2022. Ne me dites pas que je suis obsédé par le RN, dites-vous que ce mouvement est le vrai problème de l’époque. Et les électeurs, qu’ils accordent ou non leurs suffrages à l’extrême droite, le savent pertinemment.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | 6 commentaires

Le mea culpa de Macron

Macron hier à Genève
(Photo AFP)

Hier à Genève, au siège de l’Organisation internationale du travail (OIT), Emmanuel Macron a prononcé un discours surprenant. Faisant allusion à la crise des gilets jaunes, il a dénoncé un « capitalisme fou » qui « préfère les ajustements économiques aux droits sociaux ».

À LA LETTRE, ce propos est d’autant plus le bienvenu qu’il aurait dû être tenu il y a plusieurs mois. La crise sociale française résulte principalement, sinon uniquement, du prix à payer en termes de chômage et de paupérisation au redressement économique et financier, prix très lourd auquel a d’ailleurs contribué le Fonds monétaire international (FMI) en imposant à des États qui s’endettent pour obtenir la paix sociale des sacrifices qui rendent insoutenable leur gouvernance. Pas un instant, le président de la République n’a remis en cause sa propre politique : nous avons, a-t-il dit, commis des « erreurs fondamentales non de fond mais de méthode ».  Nous avons apporté de « bonnes réponses mais trop loin de nos concitoyens en considérant qu’il y avait des sachants et des subissants. Le peuple doit retrouver sa part de progrès ».

Pas de martingale.

Alleluiah ! On a cependant beaucoup de mal à croire que M. Macron a eu cette révélation hier, même si on n’a que de bonnes raisons d’approuver ce qu’il dit. Nul n’ignore les ravages causés dans la population par les redressements financiers censés remettre à flot des économies trop endettées. Le débat dure depuis 50 ans. Le président, avec les gilets jaunes a fait une expérience amère, il en tire les conclusions. Il prétend qu’il a manqué de doigté lorsqu’il a fallu mettre en œuvre de dures réformes. D’ailleurs, on ne peut pas dire qu’il ait une martingale infaillible. Il a soigné la crise à coup de milliards. Il cherche maintenant un  financement introuvable. Il est arrivé comme le loup dans la bergerie, il a réformé et réforme encore à tout-va, puis il a calmé le jeu en dépensant 17 milliards et voilà maintenant que le déficit budgétaire et la dette le rattrapent.

De nouvelles largesses ?

Il s’est donc contenté hier de mentionner une partie de son raisonnement qu’il avait soigneusement enfouie au fond de son cerveau. Il en fait désormais un socle de son credo sans renier ce qu’il a fait jusqu’à présent et qu’il continuera de faire. Mais il n’y aucune raison de supposer que sous le prétexte qu’il s’adresse gentiment à ses administrés il sera approuvé par eux. Sa prise de conscience est donc tardive et n’annonce pas un changement de programme, ce qui, du point de vue des équilibres fondamentaux, est tout à fait souhaitable. Il sera plus convaincant s’il règle la question budgétaire avant d’annoncer de nouvelles largesses à ses concitoyens.

Les partis de l’opposition ne sont pas dupes qui, dans leur grand désarroi, ne manquent pas de trouver l’énergie nécessaire à leur faisceau de critiques. Entre rien de nouveau et purs mensonges, toute la gamme des hallebardes pleut sur l’exécutif. Cette fois non sans raison, car s’il est vrai que le chef de l’État sait faire bouger les lignes, il n’a pas encore atteint  ce degré de génie qui lui permettrait de résoudre la quadrature du cercle.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | 4 commentaires

LR : descente aux enfers

Xavier Bertrand
(Photo AFP)

Déchiré, inquiet, affaibli à la fois en nombre de militants et en notoriété, le parti les Républicains est plongé dans une descente aux enfers d’où il ne réémergera qu’avec beaucoup de temps, de patience et de réflexion.

LES RÉPUBLICAINS paient d’abord l’erreur stratégique de Laurent Wauquiez qui a cru reprendre des suffrages à la majorité en adoptant une ligne politique proche de celle du Rassemblement national et en attaquant avec virulence -et souvent avec injustice- la majorité. Or il y a dans l’opinion une demande de réformes, celles-là même que la droite au pouvoir n’a pas su réaliser et qu’elle n’a même pas tenté de proposer dans son nouveau programme. Le Premier ministre, Édouard Philippe, n’a pas manqué de bon sens quand il a décrit LR comme « la droite Trocadéro ». Il faisait allusion à ce dimanche funeste où LR a intronisé Français Fillon comme son candidat à la présidence de la République en 2017, alors qu’il avait déjà un lourd contentieux avec la justice au sujet d’une affaire d’enrichissement personnel. L’homme qui s’était écrié, faisant référence à Nicolas Sarkozy : « Peut-on imaginer un président mis en examen ? », s’était lui-même perdu dans les sables des combines, sans pour autant faire le vide autour de lui.

Sur les rives du Styx.

Libre comme l’air, puissant dans sa région, bardé de diplômes impressionnants, Laurent Wauquiez pouvait imprimer à son parti une dynamique d’ouverture capable de rassembler la droite et le centre et de rallier à LR la majorité silencieuse, celle qui vote, ne dit rien mais n’en pense pas moins. Il a préféré livrer l’estocade à Emmanuel Macron alors qu’une forte fraction de l’opinion est favorable aux réformes, sous le prétexte qu’il n’était ni bon ni utile de lancer l’offensive contre le Rassemblement national, lequel n’est pas soutenu que par des électeurs de droite. Cela dit, même si M. Wauquiez a hésité, il a fini, une semaine après le scrutin européen, par démissionner de ses fonctions de président du parti.  Sans doute espère-t-il se refaire une stature avant l’élection présidentielle de 2022. Sans doute a-t-il assumé sa responsabilité de l’échec de LR aux élections européennes. Mais assumer, cela ne va pas loin et ne coûte pas cher. M. Fillon avait dit exactement la même chose quand, non qualifié pour le second tour de la présidentielle de 2017, il avait souligné ses propres responsabilités et lancé ses amis sur les rives du Styx avec bien peu d’espoir de retour.

Une politique à courte vue.

M. Wauquiez étant pour le moment hors service, la reconstruction de LR semble beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraissait. Voilà un parti qui a perdu les deux tiers de ses cotisants. Un parti qui imite le RN quand le RN met de l’eau dans son vin et se montre extrêmement prudent au sujet de l’Europe et des progrès sociétaux. On ne sait pas trop de quoi est fait le programme de Mme Le Pen, sinon qu’il est à géométrie variable, de sorte que LR, parti dont les prises de positions sont également confuses, au point que ses élus votent contre des réformes que naguère ils soutenaient ardemment, n’offre pour le moment à l’électorat qu’une soupe à la saveur saumâtre où se mêlent des ingrédients d’autoritarisme parfumés à l’opportunisme. Étant pour tout et pour rien à la fois, M. Wauquiez a fini par convaincre la droite qu’il n’est vraiment ferme et définitif sur aucun sujet.

Une élection en deux tours.

Que, dans ces conditions, la République en marche bénéficie des confusions idéologiques et des allers-retours politiques, comment s’en étonner ? Qu’elle trouve à droite un vivier de talents, où est la surprise ? Que, du coup, elle apparaisse davantage comme le parti qui remplace la droite plutôt que celui du « en même temps », quoi de plus naturel ? Nombreux sont ceux qui désirent occuper la place de Wauquiez, mais pas toujours en le faisant savoir. Les candidats naturels ne manquent pas à commencer par les présidents de région que sont Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, deux personnalités qui cultivent la nuance, c’est-à-dire qu’elles atténuent leur engagement à droite par des préoccupations compassionnelles. Gérard Larcher, président du Sénat, a prévu une élection à deux tours en octobre du prochain président LR. On lui souhaite beaucoup de courage car on n’a pas l’impression que de la mêlée gluante où sont empêtrés les chefs de file sortira le génie qui reconstruira le parti.

Publié dans Non classé | Un commentaire

Renault dans la tourmente

John Elkann
(Photo AFP)

L’annulation du projet d’alliance entre Renault et Fiat-Chrysler aura été aussi rapide que l’annonce du projet.

ON ne s’attendait pas à ce que Renault, déjà associé à Nissan et à Mitsubishi, pût être intéressé par une nouvelle liaison avec un grand industriel de l’automobile. Le projet de fusion avec Fiat-Chrysler a donc surpris au moins les profanes. On ne voyait pas en effet comment le numéro un de l’automobile française pouvait s’engager dans un nouveau mariage sans avoir l’accord de ses partenaires japonais. D’autant que le contexte général de l’affaire était, et demeure, extrêmement troublé : la justice japonaise poursuit l’ancien P-DG, Carlos Ghosn, avec des accusations contre lesquelles il se défend âprement. On devine une grande suspicion chez Nissan à l’égard de Renault dont les Japonais craignent qu’il ne finisse par avaler l’industriel japonais. En effet, la fusion avec l’Italo-Américain Fiat aurait dilué le capital de telle manière que Nissan risquait d’être purement et simplement absorbé par le géant qu’aurait créé la fusion.

Un mariage pourtant souhaitable.

Sur le papier, le projet n’était pourtant pas excessivement ambitieux. Il aurait donné naissance  à la plus grande société automobile de la planète, alors que ne survivront dans ce domaine industriel que des compagnies de taille mondiale. Il ne faut pas être trop surpris du renoncement italo-américain. Non seulement Fiat a fait le premier pas, mais il était pressé, conformément au tempérament de John Elkann, le petit-fils du mythique Giovanni Agnelli, qui est encore assez jeune pour aller vite. Ce qui a ensuite troublé les Italiens, c’est que, justement, l’État français, actionnaire de Renault, a voulu d’abord consulter les dirigeants japonais de Nissan pour s’assurer que le mariage avec Fiat-Chrysler ne leur apparaîtrait pas comme un danger pour la société japonaise. Ce qu’il pouvait être : on n’a pas l’impression que l’opinion nipponne soit enthousiaste au sujet de la fusion Renault-Nissan à laquelle le nouveau P-DG, Jean-Dominique Sénard, semble très attaché, tout comme, d’ailleurs, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire.

Méfiance italienne.

Jouant les libéraux intransigeants, les dirigeants de Fiat, dans leur communiqué de rupture (unilatérale) ont dénoncé l’ingérence de l’État français dans une transaction qui aurait du, selon eux, être conclue selon ses mérites en matière de prospective économique, d’emploi et de moyens financiers. Ils voient donc dans l’actionnariat une sorte de main-mise publique sur un champion industriel. Pure hypocrisie. L’État italien n’est pas absent de quelques grosses sociétés. Le souci, clairement exprimé par Bruno Le Maire, au sujet des emplois chez Renault en France, est d’autant plus sincère que le ministre se bat avec ardeur contre la désindustrialisation dans notre pays, avec les interminables problèmes de la sidérurgie et dans le reste de l’industrie lourde. On ne soupçonnera pas l’élégant Elkann d’avoir été influencé lui aussi par le pouvoir politique, mais il y a toujours, dans les affaires franco-italiennes, une part de méfiance des Italiens à l’égard de ce qu’ils considèrent comme une forme d’hégémonie française.

Nous en faisons autant avec les Allemands, sévères maîtres d ‘école qui fustigent les déficits italien et français. Les plus faibles des pays européens ont tendance à critiquer les plus forts, parce qu’ils les rappellent incessamment à la rigueur budgétaire. C’est pourquoi la diplomatie existe : elle doit apaiser les relations parfois tourmentées entre des partenaires qui ne réussiront que s’ils restent unis. Il est regrettable que la fusion n’ait pas eu lieu, mais elle peut se produire dans quelques mois, ou bien il sera possible d’en imaginer une autre. Pour le moment, le procès Ghosn, les alliances mal ficelées, les inconnues nombreuses de l’équation font un peu de Renault, cette si belle réussite, un bateau ivre.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | Un commentaire

La droite explose

Valérie Pécresse
(Photo AFP)

La démission de Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, aggrave la crise au sein du parti les Républicains. Elle ne dit pas qu’elle va rejoindre la République en marche.

VALÉRIE PÉCRESSE explique que Laurent Wauquiez a verrouillé le parti, qui doit pourtant changer de l’intérieur. Elle ne voit de renouvellement que dans une modification profonde de la composition du bureau politique. Mme Pécresse n’est pas une provocatrice. Elle s’est bien gardée de dire qu’elle trouvait dans la macronie la totalité des vertus qui manquent à LR. Mais elle sait pertinemment que la campagne des municipales de l’an prochain a déjà commencé et que la République en marche, sans la moindre discrétion, est partie à la conquête du ventre mou de la droite classique, ces élus, ces maires que l’échec des européennes a rendus perplexes et tristes et qui craignent de perdre leur emploi l’an prochain. Les élus LR ont vivement critiqué la position de la présidente d’Île-de-France, qu’ils jugent incompréhensible. Ils auraient employé d’autres épithètes s’ils ne souhaitaient pas ménager l’avenir. C’est sûr, la démission de Mme Pécresse accroît la panique à droite parce qu’il y a une logique imparable dans l’idée d’un appel de la majorité à tous les LR séduits par son programme et qui semble avoir le vent en poupe.

La réalité du « nouveau monde ».

Les Républicains se sont sans doute trompés de programme et de chef de file. Ils accusent Macron d’avoir limité les européennes à un match REM-RN, mais ils n’ont pas vu que cette simplification du scrutin résultait de la puissance du dégagisme, de la méfiance que leur orientation inspire à la partie centriste de leur électorat, d’un « nouveau monde » qui n’est pas seulement un slogan du président mais une réalité absolue. De sorte qu’il leur manque les instruments d’analyse permettant de définir les raisons de la crise chez LR. Ils auraient mieux fait d’écouter les dissidents, Mme Pécresse, Jean-Pierre Raffarin, Xavier Bertrand à l’époque où il était encore possible de constituer un bureau politique plus ouvert aux sensibilités centristes, peut-être de désigner un autre homme-lige. Le président du Sénat, Gérard Larcher, s’emploie à refonder son parti. Mais il lui faut de temps, plus de temps qu’il ne le croit lui-même. Car il ne s’agit pas seulement de trouver du sang neuf, de se remettre en question, de faire des sacrifices. Il s’agit, pour LR, d’admettre que, pour une société en plein changement, il faut une droite entièrement nouvelle.

La nostalgie de l’UMP.

Mme Pécresse a exprimé, à juste titre, sa nostalgie de l’UMP. Du neuf avec du vieux ? Mais oui. Car l’UMP avait l’ambition de rassembler, à droite, le plus grand nombre de tendances et elle y est parvenue en devenant un parti certes un peu auberge espagnole mais qui réunissait plusieurs sensibilités. M. Wauquiez a cru qu’il devait clarifier son programme en durcissant son approche européenne, en soulignant son attachement à la cause identitaire, en prononçant des propos définitifs à propos de l’immigration. LR est tellement déboussolé qu’il a rejoint la cause des gilets jaunes avant de la dénoncer. Les militants n’ont rien compris. Pour damer le pion au Rassemblement national, la droite classique a chassé sur ses terres et a repris à son compte le discours agressif et mensonger de RN contre la majorité. Ni nouveau, ni original. Nicolas Sarkozy l’a fait, il a perdu en 2012. Emmanuel Macron a compris que la bataille se situait plutôt dans les buissons de la lassitude, de la perplexité, des interrogations sans fin, il a remporté l’élection présidentielle de 2017.

De 2017 à 2019.

Laurent Wauquiez a pensé que Macron avait réussi son coup une fois, mais qu’il ne le réitérerait pas. Faux. Le scrutin européen a confirmé que le problème de notre pays, c’est de savoir si, oui ou non, Marine Le Pen sera élue présidente. Elle y parviendra, disent les analystes, mais seulement parce que les forces démocratiques de ce pays sont divisées. Il y a beaucoup de cruauté et de cynisme du côté des macronistes, qui ne cachent nullement leur volonté de grossir leurs rangs avec des élus LR, mais ils rendent ainsi aux Républicains la monnaie de leur pièce. LR n’a cessé de mettre des bâtons dans les roues de la majorité pour récupérer son électorat. Le scrutin européen a démontré que cette mauvaise manière était aussi une tactique inefficace. La menace de la droite extrême a en outre rendu la REM extraordinairement vigilante. Elle ne prend pas le RN à la légère. Il ne s’agit donc pas d’agresser sans cesse les forces marinistes, il s’agit de protéger le pays contre un mouvement dangereux et minoritaire.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | Un commentaire