Santé, défense, même combat

Olivier Véran, ministre de la Santé
(Photo AFP)

La réforme de l’hôpital et du système de soins en France, qui est lancée aujourd’hui par une négociation qui durera au moins deux mois, sera un acte essentiel de la reconstruction post-virus du pays. Elle exige de l’État une générosité indispensable, même s’il est contraint par ailleurs de déverser d’incalculables sommes pour faire tourner la machine économique.

PRATIQUEMENT, tout milite pour que les revendications des soignants soient entendues. Leur pression, déjà immense avant la pandémie, a largement trouvé sa justification ; leur héroïsme doit être récompensé ; l’opinion comprend que leur sacrifice doit être accompagné par une vie matérielle décente. Le gouvernement, peut-être pas par hasard, a annoncé que ses mesures de consolidation de l’économie lui ont déjà coûté 450 milliards. La facture de l’hôpital s’ajoutera à ces dépenses incontrôlées. Mais il est inadmissible que le salaire moyen des infirmières figure au bas de l’échelle de salaires européenne et un grand pas aura été accompli si la rémunération de nos soignants rejoint celle des Allemands (soit 44 000 euros par an). À n’en pas douter, l’exécutif tentera de trouver des instruments de réorganisation du travail censés permettre d’amortir le coût de la réforme ; mais il est, psychologiquement, dans l’incapacité de louvoyer : les soignants demandaient des hausses de salaires bien avant la pandémie. Ils ont réclamé, protesté, manifesté sans avoir vraiment été écoutés. Aujourd’hui, forts du rôle extraordinaire qu’ils ont joué dans résistance du pays au virus, ils présentent une double facture : celle des économies qui ont été faites sur leur dos et celle de leur accès à un niveau de vie conforme aux services rendus.

Humanisme ou rentabilité ?

La tarification à l’activité, qui a causé des dégâts sociaux incommensurables, doit être abolie et remplacée par une vision de l’hôpital qui fait toute la place à l’humanisme et n’en fait aucune à la rentabilité. Les syndicats savent que le pouvoir a compris qu’un effort financier exceptionnel doit être fourni. Il ne faut pas qu’ils poussent excessivement leur avantage car le financement de l’hôpital ne peut pas progresser à l’infini. Les mesures qui vont être adoptées ne seront pas valables que pour le restant de l’année. Elles affecteront les budgets des années suivantes et feront boule de neige. Or, s’il est vrai que la prise de conscience des besoins des personnels est forte, nous ne pouvons pas prévoir qu’un système contienne un vice déficitaire qui se reporte d’année en année. Il n’est pas vrai, comme le prétendent certains dirigeants politiques, que rien ne nous oblige à rembourser la dette ; mais il n’est pas vrai non plus qu’elle se rembourse au seul moyen de l’excédent budgétaire : le plan hospitalier sera un succès s’il est accompagné l’an prochain par une forte croissance, des emplois et une hausse mécanique de la masse des prélèvements sociaux. De ce point de vue, la fameuse CRDS de 0,5 % sur la totalité des revenus instituée en 1995 par Alain Juppé et qui devait être abolie en 2024 grâce au retour à l’équilibre du budget de la Sécu en 2024, va être prolongée jusqu’en 2033. Et nous vous faites pas d’illusions : elle sera encore prolongée de quelques décennies et la plupart d’entre nous n’y échappera un jour qu’en passant de vie à trépas.

Une et indivisible.

La pandémie a changé nos structures mentales. Le Covid est une menace géopolitique au même titre que le terrorisme ou les gaz à effet de serre. Le gouvernement a sensiblement augmenté le budget des Armées parce qu’il a compris que la sécurité de la France doit être assurée par des moyens adéquats dans un monde où la haine est devenue le carburant des peuples et la violence  la fonction non pas ultime mais première de la diplomatie. De telle sorte que la santé nationale s’est transformée en devoir indépassable.  Aucune raison de sombrer dans le pessimisme : nous serons mieux armés contre la prochaine pandémie car nous avons appris de la précédente et allons amasser armes et munitions pour la combattre. Enfin, essayons de discerner les points utiles d’une réforme de l’hôpital : elle créera des emplois de qualité, elle participera à la lutte contre un chômage (qui va être dévastateur), elle contribuera à l’unité du pays même si l’étourdissant ballet des forces centrifuges crée des cassures dans la République une et indivisible.

RICHARD LISCIA

 

 

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Second tour le 28 juin

Édouard Philippe
(Photo AFP)

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a annoncé en fin de matinée que le second tour des municipales se déroulerait le 28 juin prochain, sauf si le Conseil scientifique s’y oppose. Cette décision, comme les précédentes, est donc fortement nuancée par les incertitudes : dans deux semaines, le Conseil scientifique sera de nouveau sollicité pour un avis.

C’EST néanmoins la moins mauvaise des mesures possibles. Elle rétablit l’ordre chronologique du calendrier électoral, particulièrement chargé l’année prochaine, avec les régionales (sans compter les sénatoriales de septembre 2020). Elle laisse le temps aux partis d’organiser leur campagne. Elle évite de repartir de zéro et de tenir un nouveau premier tour. Les suffrages seront déposés dans des conditions d’aseptisation minutieuses. Certes, l’annonce de M. Philippe soulève de nombreuses critiques, ce qui n’étonnera personne, mais il est évident que l’hypothèse d’une décision claire, saine et sereine n’a jamais existé. Les détracteurs professionnels du pouvoir ne peuvent pas prétendre que le gouvernement tire un avantage de son choix. La République en marche a déjà perdu les municipales et ne peut, en aucun cas, regagner le terrain perdu.

Des millions d’électeurs.

Un second tour dans 37 jours laisse aux partis tout le temps de s’organiser, ce qui n’est pas le cas quand il suit d’une semaine le premier tour. Bien sûr, l’interdiction des regroupements larges réduit à néant l’espoir des grands meetings. Comme si les électeurs n’avaient déjà pas fait leur choix. On craint aussi une très forte abstention, mais est-ce bien certain ? Il reste seulement quelque 5 000 communes pour lesquelles il faut désigner un conseil municipal, mais elles représentent des millions d’électeurs. Un peu partout, la mairie des grandes villes est plutôt disputée et même les personnes âgées se feront un devoir d’aller voter, avec masques et gel hydroalcoolique. On ne voit pas pourquoi il serait logique de rouvrir les écoles et bientôt les restaurants, et pas les centres de vote. La multiplicité des contraintes sanitaires et politiques fait que le gouvernement s’adresse à la bonne volonté des électeurs qui, à mon avis, est bien plus grande chez eux que dans les partis, toujours insatisfaits, toujours prompts à rappeler au pouvoir ses responsabilités, toujours incités à chercher la faille dans les réponses que l’exécutif apporte aux défis que lui lance la conjoncture sanitaire.

Transparence et mauvaise foi.

Le président de la République n’a pas voulu d’une solution semblable à celle du premier tour. Les Républicains avaient insisté pour que le premier tour eût lieu le 15 mars et il a fini par céder à leurs arguments. Puis ils l’ont prié de reporter le second tour, prévu pour le 22 mars, ce qu’il a fait, mais qui lui alors valu l’ire de tous les opposants. Les partis politiques exigent constamment plus de transparence dans les mesures prises par le pouvoir, mais leur démarche est constamment marquée par la mauvaise foi. Du point de vue épidémiologique, les risquent existent, d’aucuns promettant, non sans éprouver les délices du cynisme, une nouvelle vague du virus qui aboutirait à un deuxième confinement. Mais admettons d’abord que la pandémie recule, que la mortalité diminue, que le nombre de patients en réanimation baisse. Les Cassandre n’ont avec eux que la sécurité qu’offre le pessimisme et ne sont pas loin, dans le secret de leur âme, de voir leur pronostic vérifié par les faits.  Qu’ils se distraient comme ils peuvent. L’enjeu est ailleurs. La tenue du second tour des municipales s’inscrit dans un tableau général de réduction de la menace sanitaire, de reprise de l’économie et de retour au travail.

Refiler le mistigri.

Incontestablement, le tandem Macron-Philippe a tenté de refiler le mistigri à la science médicale, qui n’a pas voulu prendre une telle responsabilité ; celle-ci relève, dit-elle, de la politique. Édouard Philippe a donc réuni les oppositions pour qu’elles s’expriment. Comme il fallait s’y attendre, elles ont émis des avis si différents que, de la discussion, il n’est ressorti qu’un pataquès. Surtout, les partis ne voulaient pas partager la responsabilité de la décision avec le Premier ministre qui, comme toujours, s’est donc retrouvé seul. Il joue donc son va-tout et comment pourrait-on l’en blâmer ? S’il est vrai que la crise sanitaire s’est dédoublée en crise politique, la menace contenue dans la pandémie est un phénomène qui a tout à voir avec la médecine,  et n’a rien à voir avec la politique. D’un autre côté, le pouvoir ne peut pas revendiquer sa légitimité fondée sur les urnes et reculer devant la tâche que lui impose la fatalité. Cela rappelle au président et au Premier ministre que le plus important n’est pas leur carrière personnelle. Ce qui compte, c’est comment en finir avec le virus et remettre la France au travail.

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Un accord franco-allemand

Un geste d’unité
(Photo AFP)

En début de semaine et par visioconférence, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont conclu un accord destiné à injecter 500 milliards d’euros dans l’économie  européenne. Avec un temps de retard, tant la préoccupation au sujet de la pandémie est grande, l’accord a été salué comme « historique ».

DANS ma chronique précédente, j’ai mentionné l’accord franco-allemand parmi les actions positives engagées par le gouvernement français. La somme débloquée consistera en un emprunt contracté par la Commission européenne et, bien entendu, le document ne pourra entrer en vigueur que si la totalité des 27 le  signent. Les pays, comme la France, l’Italie et l’Espagne, déjà anormalement endettés, sont plus demandeurs de cet accord que les autres, dont les finances sont plus équilibrées et il n’est donc pas certain qu’il entrera en vigueur. En tout cas, une dynamique européenne a enfin démarré et, pour la première fois depuis longtemps, la chancelière allemande a pris des risques politiques incontestables. Car l’accord, indirectement, répond à une initiative de la Cour suprême allemande qui, comme il a été indiqué dans cette chronique, a interdit à la Banque centrale européenne de poursuivre son programme de quantitative easing, ou rachat massif de dettes nationales qui permet aux pays dits du sud de l’Europe (et considérés comme dépensiers par les Allemands) de financer pratiquement pour rien la marche de leur économie.

Un signal aux égoïstes.

La Commission européenne, dirigée par l’Allemande Ursula von der Leyen, ne l’entend pas de cette oreille, qui a aussitôt indiqué que l’avis de la Cour suprême allemande n’est pas définitif puisqu’il a moins force de loi que la Cour  européenne de justice (CEJ), instance ultime qui impose sa volonté aux tribunaux nationaux. Sans compter que la BCE est indépendante, que cette indépendance figure dans ses statuts et que, si son rôle officiel se borne à assurer que l’inflation en Europe ne dépasse pas les 2 % du PIB, elle peut prendre des décisions sans avoir à en référer aux gouvernements. Angela Merkel, qui a parfaitement géré la crise sanitaire en Allemagne, probablement le pays d’Europe le moins atteint par le virus, a constaté que sa cote de popularité avait beaucoup grimpé et elle a tiré avantage de ce regain pour conclure avec Emmanuel Macron un accord qui est un signal adressé aux forces allemandes les plus conservatrices, celles qui considèrent que l’épargnant allemand est victime du quantitative easing, lequel rend nuls les taux d’intérêt sur l’épargne populaire.

La question du remboursement.

Dans ce débat, corollaire de la crise sanitaire, ce qui est en jeu, c’est l’équilibre financier de quelques pays qui, privés de financement, s’effondreraient. Perspective qui ne peut réjouir personne car, dans une économie de marché et a fortiori au sein d’un  système interdépendant, la prospérité des autres est aussi la vôtre. La France, l’Italie et l’Espagne sont les principaux clients et fournisseurs de l’Allemagne. Leur paralysie entraînerait rapidement une contraction de l’économie allemande qui se traduirait par une ascension du chômage. La cohésion des politiques économiques et sociales de l’Union, tant souhaitée mais jamais mise en place, constitue l’instrument numéro un d’un retour de l’Union à la prospérité. Certes, le quantitative easing a ses inconvénients, de même que les largesses financières de l’Union. Dans un contexte social déprimé, il ajoute l’inflation au chômage, il augmente la dette des plus endettés, il ne fait qu’ajourner les règlements de comptes, au sens premier de l’expression. Mais il permet de passer un cap, de se retrouver dans des eaux plus tranquilles et d’envisager le remboursement des dettes dans un climat plus sain. Il ne s’agit pas nécessairement de rendre à la BCE ce qu’elle a prêté. Il s’agit de diminuer le ratio de la dette par l’inflation et par la croissance qui, en augmentant le PIB, diminue automatiquement le poids de la dette dans une économie nationale.

Planche à billets.

Le virus est un élément inattendu qui a perturbé l’économie mondiale au moment où elle rencontrait de vives difficultés : baisse des échanges extérieurs, ralentissement des économies, menace du chômage que la pandémie a amplifiée. C’est, en quelque sorte, un luxe que nous ne pouvions pas nous permettre. La politique de l’argent facile a toujours été décriée parce qu’elle correspond à celle de la planche à billets et sert seulement à masquer les fragilités des économies. Mais en pleine crise, nous n’avons pas de meilleur remède et il serait presque criminel d’envisager l’austérité comme thérapie. Ce qu’il y a dans l’accord franco-allemand, c’est le rappel solennel que l’objectif de la croissance n’est pas d’enrichir les riches, mais d’instaurer le plein emploi. La France avait réussi à diminuer le chômage avec une croissance plutôt médiocre. Voilà que le virus crée des centaines de milliers de chômeurs supplémentaires. Au pire des maux, il ne peut y avoir qu’un remède de cheval.

RICHARD LISCIA

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Un revers pour la majorité

Villani, traître assidu
(Photo AFP)

Dix-sept députés, dont sept membres de la République en marche, ont décidé aujourd’hui de former un nouveau groupe à l’Assemblée nationale, ce que prive la  REM de sa majorité absolue, à une voix près. Toutefois le soutien du groupe MoDem au gouvernement assure celui-ci de poursuivre son action sans la moindre difficulté.

EN FRANCE, on adore les gestes-symboles et on se moque de leur efficacité. La dissidence de sept députés de la REM ne plonge nullement le pouvoir dans une crise législative. Elle renforce peut-être le MoDem, conformément à une initiative très IVè République qui consiste à morceler le Parlement pour donner aux minorités les plus infimes le rôle-charnière qu’elles ne méritent pas. On peut fort bien comprendre la frustration des dissidents dont les plus connus sont Aurélien Taché (Val d’Oise), Guillaume Chiche (Deux-Sèvres) et Cédric Villani, mathématicien hors pair et médaille Fields, candidat (encore) à la Mairie de Paris bien qu’il n’ait plus aucune chance. Mais, quel que soit leur degré de notoriété, ils ne seraient pas députés aujourd’hui s’ils n’avaient, au préalable, rallié le panache blanc d’Emmanuel Macron. C’est lui qui les a faits ce qu’ils sont, c’est donc lui, en vertu d’une logique millénaire, qu’ils trahissent. Tu quoque, mi fili ? Il n’est jamais trop tard pour dénoncer l’absence d’éthique dans un comportement politique, pour une excellente raison : c’est en toute sincérité que les dissidents se défient de leur chef, qui avait promis d’être à la fois de droite et de gauche et qui, il est vrai, penche plutôt à droite. Il demeure que le temps qui sépare l’adhésion énamourée du rejet compulsif devient de plus en plus court, que la France traverse une crise sans précédent dans laquelle ils auraient dû jeter toutes leurs forces, qu’une sorte de consensus des oppositions tend à faire de M. Macron le bouc émissaire de tous nos déboires et que, une crise chassant l’autre, toutes les idéologies sont balayées par les tourmentes successives qui soufflent sur le pays.

Défense de l’Europe.

De sorte que l’analyse politique des ex-marcheurs nous semble bien faible. Le pouvoir a éteint les passions morbides des gilets jaunes en déversant sur leurs revendications incendiaires 17 milliards d’euros ; dans un pays accablé de déficits et de dettes, il jette des centaines de milliards dans la machine économique pour éviter la récession. Nous sommes le pays le plus socialisé du monde, avec un taux de dépenses publiques de 56 % du PIB avant la crise, qui va s’élever désormais avec les sommes énormes qu’exige le quasi effondrement de l’économie nationale. Qu’ont-ils de mieux à proposer ? Quelles sont leurs puissantes idées ? On les a surtout entendus se plaindre au nom d’un politiquement correct très répandu, notamment dans les médias, qui fait peu de cas de leur jeunesse et de leur enthousiasme initial. La critique du pouvoir n’est pas une fin en soi. On ne peut se détourner d’une action politique que si on en propose une autre, qui paraisse viable. Ce n’est pas le cas. En revanche, est-il possible, dans l’Hexagone, de dire que le confinement a donné d’excellents résultats ? La droite, la gauche et les anciens marcheurs pourraient-ils faire preuve d’une telle objectivité sans que l’aveu ne leur arrache la langue ? Est-il possible de dire que le déconfinement se passe bien jusqu’à présent ? Peut-on admettre que l’autorité de l’État, jusqu’à présent, n’a pas été mise en cause ? Peut-on avouer que Macron et Angela Merkel ont conclu un pacte hier pour mettre à la disposition des 27 un paquet de 500 milliards d’euros ? Peut-on reconnaître que le chef de l’État a su convaincre la chancelière qu’en coupant les vivres aux pays du Sud elle se prive de leur marché et ferait exploser l’euro et sans doute l’Europe ?

La mauvaise humeur rend lucide.

Comme une voix discordante est inaudible, j’invoquerai celle d’Alain Finkielkraut qui a dénoncé sur France-Inter les manœuvres de toutes sortes lancées par toutes sortes de partis et de syndicats pour faire du président de la République le bouc émissaire des maux dont souffre le peuple. M. Finkielkraut, lui-même très discuté, est souvent de mauvaise humeur, ce qui le rend lucide, de sorte que ce qu’il critique, ce n’est pas seulement le pouvoir, c’est aussi ce peuple toujours prêt à en découdre avec tout ce qui ressemble à un peu d’autorité. Et qu’aurions-nous fait s’il n’y avait eu aucune directive à laquelle se plier, ni aucune chronologie du confinement et du déconfinement, ni aucune intervention financière de l’État, ni aucune solidarité entre pays européens et surtout, aucune tâche immédiate, seulement des espoirs pour l’avenir, parfaitement décrits par de doux rêveurs, l’un peignant le tableau panoramique d’un environnement enfin sain, l’autre racontant la fin des inégalités en technicolor, un troisième une croissance infinie à la fois source de prospérité, effacement de la dette et bonheur de vivre. Soyons sérieux : il ne suffit pas d’être élu, il faut aussi un programme. Ils ont trahi Macron, soit. Mais ils ont aussi trahi leurs électeurs. Rendez-vous pour les législatives de 2022.

RICHARD LISCIA

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Municipales : le brouillard

Bruno Le Maire
(Photo S. Toubon)

Les conseils municipaux des villes où une liste a obtenu la majorité absolue dès le premier tour seront formés aujourd’hui. Il ne reste plus que quelque 5 000 maires à élire, mais la plupart du temps, il s’agit de grandes villes, comme Paris, Lyon ou le Havre. Le gouvernement espère tenir le second tour des municipales en juin tout en rappelant que, comme pour tout le reste, c’est le virus qui décide.

LE BON choix, c’est de tenir le second tour en juin. Cette décision serait en conformité avec la rentrée scolaire et le retour à l’activité économique. La République en marche, comme chacun sait, à déjà perdu les municipales et, pour elle, il n’y aucun gain politique à reporter le second tour. Son inquiétude vient du cumul des mesures de déconfinement qui contient un risque sérieux, la deuxième vague de l’épidémie. Cependant, l’ignorance complète des sources et moyens de l’épidémie a cédé la place, grâce à l’expérience des trois derniers mois, à une forte réactivité quand se produit un de ces fameux clusters dans un abattoir ou dans une usine. Les « pompiers » de la santé ont tôt fait d’éteindre l’incendie en testant tous les salariés et en isolant les malades. À l’échelle des municipales, l’exercice serait certes beaucoup plus difficile. La décision sera prise cette semaine, en tout cas avant lundi prochain et la question est la suivante : pourquoi a-t-on décidé de former les conseils municipaux si on n’est pas sûr au sujet du second tour ? Car tout le monde est d’accord : s’il est ajourné à plus tard, septembre ou l’année prochaine, il faudra annuler les résultats du premier tour et procéder aux deux tours.

Augmenter les salaires hospitaliers.

Le casse-tête des municipales met en exergue deux élément essentiels de la crise sanitaire : non seulement nous n’en sommes pas sortis et devrons en subir les conséquences pendant de longs mois ou davantage, dans le cas ou une « deuxième vague » se produirait, mais le fonctionnement institutionnel de la démocratie française reste totalement dépendant des caprices du virus. On a vu en effet comment se déroule le déconfinement, avec une prudence et des précautions qui font que le démarrage de l’école, du commerce et de l’industrie est d’une lenteur accablante pendant que des millions de salariés sont plongés dans l’angoisse que créent les nombreuses incertitudes au sujet de leur avenir. Ce matin, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a tenu à France Info, des propos fermes. Il a insisté sur la volonté du gouvernement de remettre en marche la machine économique en l’assortissant de mesures de prévention drastiques. Il a rappelé les efforts financiers fournis par l’État pour épargner à la plupart des salariés la plongée dans un chômage non rémunéré. Il a confirmé les propos du ministre de la Santé, Olivier Véran, au sujet d’une révision complète des salaires des soignants hospitaliers. Ils étaient, avant la pandémie, très remontés contre un gouvernement qui paie mal leur travail harassant. Ils se sont dévoués sans compter et ont sauvé des dizaines de milliers de vies. Il faut maintenant que l’État, dont les largesses sont impressionnantes, consente à hisser leurs salaires au niveau de la moyenne européenne, soit 44 000 euros par an, ce qui ne serait pas tellement généreux. En fait, on parle de 500 euros de plus par mois, soit 6 000 de plus par an. Sera-ce suffisant, alors que des milliards ont été déversés sur l’aéronautique et l’automobile ?

Un marché du travail rétréci.

« Nous allons souffrir », a dit dimanche le chef de l’État, avec un accent de vérité qui donne des frissons dans le dos. Il célébrait le fait d’armes du colonel de Gaulle qui a lancé, en 1940, une contre-offensive contre l’ennemi. Quand tout est perdu, cela s’appelle l’aurore, si vous vous souvenez d’Emmanuel Roblès. Oui, mais avant que le soleil se lève, combien de ruines ? On parle énormément du monde d’après, mais je suis convaincu qu’il ressemblera à celui d’avant, ne serait-ce que parce qu’il mettra les Français, comme les autres peuples, dans une position de dénuement face aux nouveaux défis. Les hommes ont des besoins, il leur faut donc des ressources, lesquelles ne sont assurées que par une activité. Dans un rétrécissement du marché du travail, les plus forts et les plus qualifiés trouveront cet emploi, pas les autres. Nous en sommes à valoriser le travail de ceux qui exécutent les tâches les plus dures, mais le rapport de forces entre l’employeur et l’employé potentiel restera le même : en faveur du premier et totalement cynique.

RICHARD LISCIA

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Les mots de la crise

Les masques, comme au carnaval
(Photo AFP)

La pandémie de coronavirus a contraint nos technocrates à puiser dans le vaste vocabulaire français des mots qui désignaient autre chose mais qui leur semblent appliqués à la crise. C’est un florilège parfois amusant, parfois un peu lassant, mais plutôt intéressant.

J’ACCORDE le Grand Prix à l’expression distanciation sociale qui semble d’autant plus technique et mystérieuse qu’elle signifie seulement que les personnes ne doivent jamais se rapprocher de moins d’un mètre de leurs congénères. C’est ce que l’écrivain Pascal Bruckner, non sans frustration, a appelée « la société du mètre et demi », laquelle éloignerait les gens jusqu’aux confins de l’absurde. C’est aussi une formule malheureuse et quelque peu mensongère car elle fait résonner une note positive à propos d’une contrainte, un peu comme le plan social d’une entreprise qui se traduit par des licenciements massifs.

Le masque érotique.

Confinement et déconfinement (celui-ci n’existe pas dans le dictionnaire) méritent une mention car ils décrivent en un mot ce qui, autrement, serait expliqué en une longue périphrase comme « restez chez vous, c’est la meilleure des préventions » et « vous pouvez sortir mais devez porter un masque que vous changerez ou laverez souvent sans que vous soyez autorisé à vous rapprocher de vos concitoyens ».

Le mot masque a l’avantage d’être joli et agréable, d’autant qu’il évoque le carnaval de Venise ou de Rio, ou encore les fêtes du Royaume à Versailles. C’est l’irruption dans la tourmente d’un concept festif qui, loin de priver les gens de se reconnaître et de se mélanger, apporte une note de mystère, de séduction et de jeu dans une tragédie pourtant peu propice aux loisirs et à la joie de vivre. J’irai même jusqu’à dire, en évoquant Casanova, que le masque a une dimension érotique qui convient au confinement car le virus n’est pas le sida et autorise l’amour charnel.

Surblouses et charlottes.

Le « nous sommes en guerre » répété à l’envi par Emmanuel Macron, décidé à mobiliser les Français contre la pandémie, représente bien sûr une exagération et, en tant que telle, il n’est pas sûr qu’elle ait été prise au sérieux par le bon peuple. Toutefois, c’est une sorte de référence obscure au général de Gaulle qui hisse notre président actuel au statut du chef de la Résistance. Il ne fallait pas une imagination débordante pour la trouver, mais elle contient une gravité conforme à l’épreuve que nous traversons. La guerre entraîne toutes sortes de mots militaires comme mobilisation, résistance, héroïsme, dévouement, sacrifice, qui font partie de ceux qu’utilise jusqu’à l’usure le langage journalistique mais ont l’avantage d’envoyer un message simple et compréhensible pour tous.

Prévention et traitement.

En revanche, le vocabulaire médical est beaucoup plus hermétique. D’abord, il faut distinguer entre prévention et thérapie. Ensuite, à l’hydroxycloroquine, dont deux études annoncent ce matin qu’elle n’est pas un traitement sûr, et qui représente un terme énigmatique et pour certains imprononçable, la population préfère le doliprane (pas plus de trois grammes par jour). Réanimation a fait florès, car il laisse présager un risque mortel, ainsi que « lit de réanimation », qui n’est pas un lit comme les autres. Surblouse m’a impressionné, car je ne suis pas médecin. Le mot a grandement contribué à la gloire des soignants qui s’en sont taillé dans des sacs-poubelles. Triomphe de l’ingéniosité française et du système D. Charlotte, mot exquis qui évoque une ville de Virginie, une pâtisserie ou ma voisine. Test est sec comme un borborygme, c’est un objet fuyant et insaisissable qui nous glisse des mains comme une savonnette mais que nous rencontrons très peu dans notre contrée. L’importance du test est dans son corollaire, l’écouvillon, quel mot merveilleux ! Enfin, il  y a le signe cabalistique Ro qui semble établir la notion la plus exquise qu’échangent les médecins, avec la connivence des savants qui parlent au-dessus de la tête du public ignorant : je crois avoir compris que plus le Ro, mesure de contamination, est inférieur à un et mieux ça vaut pour nous. Ah, j’allais oublier le gel hydroalcoolique, superbe mot et beaucoup plus chic que désinfectant.

Mille milliards de sabords.

L’autre volet du vocabulaire de crise se situe dans la sémantique économique. Je dirai que c’est, comme chez Tintin, une explosion de nombres : mille milliards de sabords a précédé les milliers de milliards de dollars dépensés par Trump ou les centaines de milliards dépensés par Macron. Moi j’ai été davantage préoccupé par le prix des masques puisque les premiers que j’ai achetés m’ont coûté 13,95 euros la pièce.  Oui, une arnaque favorisée par la pénurie du début du confinement. Le mot le plus employé est vaccin, qui a la particularité d’être dans tous les propos, qui préoccupe tous les esprits des soignants et des soignés (ainsi que des personnes non infectées) mais dont la gestation est si longue que l’on se demande ce qui arrivera le plus vite, notre mort brutale à l’hôpital ou l’instrument imbattable de la meilleure des préventions.

RICHARD LISCIA

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Les deux contagions

Marine Le Pen
(Photo S. Toubon)

Le retour à l’emploi et à l’école se déroule dans des conditions assez bonnes, surtout si l’on tient compte de la complexité des procédures de déconfinement. Mais l’admettre est au-dessus des forces de la classe politique.

PEUT-ÊTRE serait-il sensé de dépolitiser la crise sanitaire ? On ne voit pas que la série de règlements de comptes que préparent quelques officines irréductibles apportera au pays la sérénité dont il a besoin. On devine que le grand ménage économique, social, environnemental, censé succéder à la pandémie, sera freiné par ce besoin irrépressible de la population de trouver un bouc émissaire. On perd ainsi de vue l’objectif éloigné du gouvernement, c’est-à-dire le retour à la « normale ». Les erreurs multiples du gouvernement, principalement au niveau de sa communication, n’enlèvent rien aux résultats, bons pour le moment, de la double phase, confinement et déconfinement.

Dans un premier temps, il s’agissait de juguler la pandémie. Au prix d’efforts colossaux, surtout ceux des soignants, et on ne dira jamais assez qu’ils ont été d’un dévouement admirable, nous y sommes parvenus. Dans un deuxième temps, le pays se remet lentement au travail, tout en s’efforçant d’écarter la fameuse « deuxième vague ». Elle peut se produire à tout moment dans les semaines et les mois qui viennent, ce qui remettrait en cause le déconfinement. Perspective sinistre. Les partis d’opposition ont rejeté sans ménagements la notion d’union sacrée de la nation. Mais dans ce cas, comment peuvent-ils se plaindre de l’autoritarisme des pouvoirs publics ? S’il n’y a pas coopération pour une cause, il n’y a pas concertation.

La parole unique.

Nous sommes maintenant dans une société dont le seul langage repose sur les jugements négatifs. Affirmer qu’un résultat est positif constitue un crime. Défendre le bien commun au lieu de consacrer toute son énergie à la dénonciation des coupables est une faute intellectuelle, une action indigne d’un homme honnête, un conformisme honteux. Accompagner une méthode qui se renforce chaque jour de ses succès, ce n’est pas entretenir l’optimisme, c’est rester aveugle aux désastres qui nous attendent. Estimer qu’il vaut mieux être gouvernés qu’abandonnés à notre sort par la dictature du déni, c’est contribuer au malheur qui nous accable. Comparer la politique sanitaire française à celle des autres pour en établir les plus et les moins est irresponsable.

Le jugement général de l’opinion, des médias et des oppositions épargne bien sûr médecins et soignants (et il ne faut jamais oublier de les remercier) mais traîne dans la boue un exécutif qui, pourtant, n’a pas chômé. À la contagion par le coronavirus s’ajoute la contagion de la haine qui se répand comme les incendies de forêts en Australie, balayant tout sur son passage, les biens et les hommes, et pire encore, l’intelligence et la raison. Peu de nos concitoyens comprennent qu’une épidémie est un phénomène naturel. De sorte qu’ils croient dur comme fer au complot : les Chinois auraient « fabriqué » le virus dans un laboratoire P4 installé à Wuhan avec le concours de la technologie française et l’auraient répandu dans toute la planète. Pour quoi faire ? Pour se priver des marchés extérieurs ? On ne se demande pas à qui profite le crime, on a tôt fait de désigner le criminel.

Un propos subliminal.

Le gouvernement savait tout, en janvier, non en décembre, et peut-être en novembre. Et il n’a rien fait. Pourquoi ? Parce qu’il adore les insultes, les attaques sauvages, les dénonciations, son propre affaiblissement et ne craindrait pas d’être à l’origine du chômage et de la paupérisation des Français. Nombres d’hommes et de femmes politiques s’acharnent sur lui parce qu’ils se prétendent capables de gouverner à sa place, de mieux faire, de nous sauver tous, nos corps et nos emplois, nos vies et notre bonheur. Si les sondages sont implacables pour le président de la République, ils n’indiquent pas pour autant une remontée des partis d’opposition. Tiens, comme c’est curieux et qu’est-ce que ça veut dire? Que si nos concitoyens n’ont pas une haute idée de leurs dirigeants actuels, ils n’en voient pas d’autres pour les remplacer et, surtout, pour appliquer une méthode plus efficace. Quand Marine Le Pen bombarde le pouvoir avec des mots de palefrenier, améliore-t-elle le débat ? Non : écoutez-là bien. Elle a message subliminal sous ses propos vipérins : bande d’andouilles, élisez-moi, ne vous contentez pas de me hisser au second tour.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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Virus et libertés

Des attroupements n’ont pu être évités
(Photo AFP)

La France a subi assez de tragédies pour faire des libertés individuelles l’alpha et l’oméga du comportement de ses citoyens. Mais, d’une part, les libertés sont diverses et, d’autre part, une crise sanitaire ne peut pas être combattue sans que ces libertés soient contrôlées. Il existe une différence majeure entre des restrictions décidées par un pouvoir arbitraire et des ajustements qui répondent à la logique et doivent être consentis par chacun d’entre nous.

DANS l’absolu, il n’est pas juste d’empêcher la liberté de mouvement ; il n’est pas juste de dicter des gestes, d’instaurer une distance obligatoire entre individus, de contraindre les gens à porter un masque, de leur dire s’ils peuvent ou non travailler, de les contraindre à se laver les mains dix fois par jour, de se promener ou non dans les parcs et jardins, de fermer des plages publiques. Et il est encore moins juste d’annoncer un déconfinement régionalisé et tellement assorti de précautions qu’il en finit pas ressembler au confinement précédent. Ce n’est pas juste, mais de telles prescriptions ne résultent pas de caprices gouvernementaux ou de folles décisions d’Ubu-Roi. Elles permettent de combattre un ennemi encore plus dangereux que le terrorisme. Lequel n’avait pas d’autre but, en effet, que de forcer toute une population à rester à la maison, de semer la peur, de bouleverser habitudes et traditions et de vider de sa signification la liberté d’être. Souvenez-vous : le pays n’a jamais été aussi uni qu’en 2015 : il s’est levé comme un seul homme pour protester contre la terreur. Aujourd’hui, il ne peut pas s’adresser de la même manière à un virus sourd et aveugle. Une épidémie est un séisme à plusieurs répliques, insensible au sort de l’humanité et de la nature, et d’une férocité ravageuse. Ce qui ne veut pas dire que, même si les armes dont nous disposons se révèlent insuffisantes, nous ne pouvons pas le combattre.

Pas de liberté sans clairvoyance.

La liberté s’accommode mal de l’ignorance. Ce n’est pas faire injure aux médecins et aux chercheurs que de souligner ce qu’ils répètent eux-mêmes, à savoir qu’ils ne disposent pas encore tous les éléments statistiques nécessaires, ni d’un traitement sûr, et que la fabrication du vaccin prendra des mois ou des années. L’exercice de la liberté ne consiste pas à se satisfaire de l’ignorance mais au contraire de développer nos connaissances communes. On est en train de constater l’échec des multiples essais européens nommés Discovery, mais nous n’avons perdu là qu’une bataille, pas la guerre. Le Covid-19 est une affaire planétaire, il faut donc un médicament ou un vaccin planétaires. Cette forme de rébellion constatée dans la formation de nouveaux clusters, en France mais aussi en Allemagne, montre que le moindre relâchement est coûteux pour ceux qui se relâchent et pour leurs familles et amis. La liberté commence par ne pas nuire à la liberté des autres de ne pas tomber malades. Boire une bière autour d’une petite table où s’agglutine une dizaine de personnes, embrasser des amis ou parents retrouvés, se distraire en groupe semble naturel et même bénin, mais pas dans le climat créé par le virus. Le déconfinement n’est pas le retour à la normale, il représente une autre forme de confinement. Nous croyons être libres de ne pas respecter les règles, mais la vraie liberté est de leur obéir.

De la patience.

Ce périple dans un monde empoisonné par le virus nous semble interminable. Il exige une patience infinie, un effort collectif. On peut en vouloir à nos dirigeants pour une foule de raisons, mais nous sommes en démocratie, ce qui est une chance, et nous devons accepter leurs directives qui, si elles étaient excessives ou mal intentionnées, seraient aussitôt modifiées par le Parlement ou par la Loi fondamentale. Le confinement a servi à sauver des vies et qui peut nier que ce travail a été accompli ? Le déconfinement doit nous rendre à terme notre niveau de vie, pourquoi, alors, le combattre ? Le 11 mai n’a pas sonné l’heure de notre libération, mais celle de la reprise du travail, tout aussi indispensable à notre survie que la victoire sur le coronavirus. Nos libertés ne sont pas menacées parce que nous marchons, avec le gouvernement, sur une ligne de crête, mais par la chute à droite ou la chute à gauche : si nous devons battre le virus à plate couture mais arrivés ruinés au terme de la guerre, nous aurons échoué. Si nous devons rétablir l’économie en y laissant une fraction de la population, ce sera impardonnable.

RICHARD LISCIA

 

 

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Un lourd contentieux judiciaire

Éric Ciotti
(Photo AFP)

Le début très surveillé du retour au travail ou à l’école, qui, pour le moment semble se dérouler dans l’ordre, ne lève pas la menace d’un procès collectif contre l’État et ceux qui l’incarnent, depuis les maires jusqu’au président de la République (qui bénéficie toutefois de l’immunité) et ses ministres. Les chances d’obtenir des condamnations sont toutefois très réduites.

CE SERA sûrement  un procès très désagréable pour les décideurs et une diversion par rapport à la relance de l’économie et, de ce seul point de vue, la procédure judiciaire n’est pas souhaitable. Mais elle aura lieu puisque la Cour de justice de la République a reçu 53 plaintes, dont une dizaine visent nommément le Premier ministre et d’autres l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn et l’actuel, Olivier Véran. Des associations diffusent en outre des modèles de plaintes qui, pour un seul site Internet, sont au nombre de plus de 173 000. On ne reviendra pas sur une stratégie qui s’efforce, contre toute logique, de trouver des boucs émissaires pour une crise sanitaire contenant, encore aujourd’hui, plusieurs inconnues. Comme les procès inspirés par les conséquences du Sida, des carrières politiques risquent d’être brisées et des vies honnêtes balayées par le vent de la vengeance, non contre le virus mais contre les pouvoirs publics. Dans quelques mois ou dans un an, les accusés pourront ou non exciper de leur bilan pour mieux se défendre. Quelques juristes pensent à une amnistie générale assortie d’indemnisations automatiques des victimes, ce qui permettrait à la vie politique de se poursuivre sans encombres. Mais les plaignants ne l’entendent pas de cette oreille.

Un problème médical.

Leur attitude est bien entendu liée à leurs fortes convictions idéologiques : ils se situent dans une opposition qui ne fait pas de quartier, mais ils ne voient pas une évidence, à savoir que l’action de l’État est liée aux connaissances fournies par le corps médical et par les chercheurs. Ils ont dénoncé aussi les hésitations du pouvoir inspirées par l’incertitude scientifique. Il ne sera pas difficile, pour les avocats, de montrer que, si des ministres ou des maires avaient passé outre l’avis de la médecine, ils auraient été tout autant poursuivis. La notion de non assistance à personne en danger, contenue dans l’article 223-7 du code pénal qui souligne « l’abstention volontaire de prendre … des mesures permettant de combattre un sinistre de nature à créer un danger pour la sécurité des personnes » a été appelée en renfort. On peut adresser beaucoup de critiques au pouvoir, on ne peut pas prétendre qu’il n’a rien fait, alors que  le déconfinement a permis de sauver des dizaines de milliers de vies humaines. Tout l’objet de la procédure, comme l’indique le député LR Éric Ciotti dans un entretien avec « le Figaro » d’hier, consiste à considérer les dispositions adoptées par le gouvernement comme nulles et non avenues, et en outre comme nuisibles à la santé de la population. Cette vision outrancière des choses devrait, elle aussi, aboutir à une impasse. Aucun élu, à quelque parti qu’il appartienne, ne saurait se transformer en bourreau de ses propres électeurs. Cette position extrême contient déjà la faillite de la plainte engagée.

Objectif : crise de régime

Enfin, pour leur défense, les décideurs s’abriteront derrière le climat que les plaideurs ont eux-mêmes instauré par la sévérité ou l’exagération de leurs critiques et de leurs attaques qui n’ont fait que freiner l’action du gouvernement. C’est l’anecdote de l’arroseur arrosé. Les juges examineront les plaintes avec tout le sérieux exigé par la gravité de la tragédie nationale et en fonction des textes qui soulignent en particulier le principe de précaution. Ils n’accepteront pas pour autant que ce principe soit manipulé et qu’il serve au combat politique. À moment donné, il sera temps de comparer ce qui a été fait en France et ce qui a été fait ailleurs et de dire non pas si l’action gouvernementale a été transparente (elle ne l’a pas été) mais si ses résultats sont négatifs. De toute évidence, ils ne le sont pas : le confinement a été observé et le déconfinement l’est aussi. Il est utile, du point de vue démocratique, qu’un gouvernement soit surveillé, abondamment critiqué et même harcelé, surtout à propos d’une question de vie et de mort. Il serait très malencontreux d’ajouter à la crise sanitaire une crise de régime au moment précis où toutes les forces du pays devront se concentrer sur la production de richesse.

RICHARD LISCIA

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Défiance et déconfinement

Martinez, sous-marinier de choc
(Photo AFP)

Le déconfinement, assorti de mesures-barrière draconiennes a commencé aujourd’hui dans un ordre acceptable dont on ne sait s’il est servi par la discipline ou le fatalisme ni s’il va durer. Cependant, les résultats de la lutte contre la pandémie sont encourageants puisqu’ils indiquent un nombre moins élevé de patients en réanimation et de décès et un nombre croissant de malades guéris.

LES oiseaux de malheur, qui annonçaient le chaos pour les transports et à l’école, en sont pour leurs frais. Les menaces d’amende pour les non-porteurs de masque ne sont pas applicables avant demain car la prolongation de l’état d’urgence sanitaire n’a pas été adoptée par le Conseil constitutionnel qui vient d’émettre des réserves sur le traçage des malades. Ce dont il faut se féliciter : le Conseil est là pour dire le droit et la preuve est ainsi fournie que nous vivons dans une démocratie. Emmanuel Macron a d’ailleurs exigé que la prolongation de l’état d’urgence lui soit confiée, et personne, cette fois, ne peut le lui reprocher.

Si les voyageurs restent calmes et coopératifs, la répression ne sera pas nécessaire. On imagine que les modalités de la reprise resteront compliquées, dans les trains, les bus et le métro, dans bon nombre de commerces et dans les services, comme les coiffeurs, dont la liste des rendez-vous est saturée pour les trois semaines à venir. Mais deux éléments positifs se dégagent clairement de la situation : le déconfinement, tel qu’il est voulu par l’État, est applicable et le risque d’une deuxième vague, qui terrifie à la fois la population et le gouvernement, ne devrait pas se matérialiser. Un sondage Odoxa réalisé pour « le Figaro » et France Info dans cinq pays européens, France, Grande-Bretagne,  Allemagne, Italie et Espagne, indique que les Français (comme les Italiens) ne sont confiants qu’à 32 % dans la gestion de la crise par le gouvernement, contre plus de 50 % dans les trois autres pays. Cela est dû vraisemblablement aux critiques sévères lancées contre les pouvoirs publics depuis le début de la crise sanitaire par les réseaux sociaux et par les partis d’opposition, car les bilans des autres pays, sauf celui de l’Allemagne, sont clairement moins bons que les nôtres. Le Royaume-Uni est le plus touché mais Boris Johnson est bien plus populaire qu’Emmanuel Macron.

Un fait dont il faut tenir compte.

On doit donc accueillir les chiffres du sondage avec un minimum de circonspection, même si la défiance à l’égard des pouvoirs publics se présente comme un fait politique avec lequel il faut compter. L’avenir n’est pas radieux pour la majorité, minée par ses querelles internes et constamment bombardée de sarcasmes par des individus ou des partis qui la dénoncent systématiquement, sans tenir compte des progrès de la lutte contre la maladie. L’aversion pour le pouvoir s’accompagne d’ailleurs d’un ressentiment contre le corps médical qui n’aurait pas trouvé le remède miracle ou la solution fulgurante, comme si la France, seule au monde, devrait disposer d’une thérapie ou d’un vaccin avant toutes les autres nations. De plus, personne ne fait l’effort de comparer la situation en France, où la mortalité est légèrement inférieure à celle de l’Italie et de l’Espagne et largement inférieure à celle de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Certes, l’Allemagne présente un bilan bien meilleur que le nôtre car elle était infiniment mieux préparée que nous et a pratiqué les tests à grande échelle. Il s’agit d’une des preuves de la supériorité économique allemande, qui n’a jamais manqué de masques ni de lits de réanimation. Mais nulle part la victoire contre le virus n’a eu lieu, puisque, en Allemagne comme en France, de nouveaux foyers du Covid-19 sont apparus, vite enrayés par la pratique des tests.

Les torpilles de Martinez.

La stratégie du stop and go adoptée par le gouvernement semble contradictoire. Elle a conduit plusieurs de nos essayistes, de Michel Onfray à Pascal Bruckner, à dénoncer l’infantilisme des mesures de confinement au moment tardif où elles étaient levées. Seront-ils soulagés par le déconfinement ? Rien n’est moins sûr. Derrière cette crise d’ampleur inédite, il existe tout un background politique qui aggrave singulièrement le bilan des pouvoirs publics et annonce de sérieuses difficultés politiques pour nos dirigeants actuels. Mais en réalité la logique des deux grandes phases de lutte engagées par eux est imparable et la guérilla que syndicats et oppositions ont lancée contre eux n’est ni saine ni sanitaire : il s’agit, avant tout, d’affaiblir un homme et son parti, quels que soient les services qu’ils ont rendus à la population. Le paroxysme de ce combat, nourri par une passion destructrice plutôt que par l’intérêt général, se situe à la CGT qui a fait fermer, sur ordre de justice, l’usine Renault de Sandouville, sous le prétexte de la sécurité, notion appuyée sur le principe de précaution inscrit dans la Constitution. Des juges ont estimé rationnel de donner suite à la plainte de la CGT qui, accessoirement, a déclenché une série d’attaques venimeuses contre la CFDT, sans même essayer de maquiller la nature répugnante de ces attaques. Bien entendu, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, avec la main sur le cœur, a dénoncé ensuite une affiche caricaturant le chef de la CFDT et le président du patronat, présentés  comme des homosexuels de connivence, comme s’il n’avait pas encouragé, depuis des mois, de tels débordements. Il est curieux que le malheur national ne fasse pas reculer l’ignominie et que l’enjeu soit ainsi perdu de vue. L’enjeu, c’est la mortalité et la souffrance, l’horrible menace sociale, l’appauvrissement inéluctable du pays. Ne dites surtout pas que M. Martinez essaie de couler la société française. Il lance des torpilles et se moque de leur trajectoire. Et de leurs cibles.

RICHARD LISCIA

 

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