La violence est partout

Marlène Schiappa
(Photo AFP)

Est-ce seulement un effet du téléphone cellulaire et des réseaux sociaux, ou bien s’agit-il d’une augmentation exponentielle des actes de violence, dans la rue, à l’école, en ville, partout où des groupes se rassemblent ? L’opinion et la presse, en tout cas, ne minimisent pas cette montée de la délinquance, souvent gratuite, et expriment leur inquiétude.

UN MINEUR  de 13 ans tué dans une rixe entre adolescents, des coups et blessures infligés à nombre de couple homosexuels (ce qui a entraîné une vive prise de conscience dans le monde LGBT et un appel aux autorités pour qu’elles mettent un terme à ce phénomène déplorable); et, à Créteil,  un gosse de 15 ans, il est vrai très grand, a brandi une arme factice contre sa professeure pour qu’elle l’enregistre comme « présent » le jour où il était absent.  Dans le fracas des jours, on serait tenté de fermer les yeux, de se boucher les oreilles. Mais les vidéos sauvages, les images de visages tuméfiés, les propos indignés des victimes envahissent les foyers les plus éloignés. Une immense majorité est choquée, scandalisée, réclame des mesures. L’adolescent qui pointait un faux revolver sur sa prof’, assise à son ordinateur, muette et d’un sang-froid exceptionnel, ne comprend pas qu’on l’ait arrêté (avant qu’on l’ait remis en liberté sous contrôle judiciaire) et se contente de répéter qu’il voulait seulement lui faire peur. Dans sa version des faits, pas l’ombre d’un regret ou d’un remords. Aucune chance qu’il se repente vraiment. Dès lors qu’il ne s’agissait pas d’une arme réelle, il ne voit pas où est le mal. A une acte imbécile qui va empoisonner le reste de sa vie, s’ajoute un décalage alarmant entre le monde où il vit et la réalité. Pour être aussi fermé à la sensibilité des autres, faut-il être soi-même dépourvu de toute sensibilité ?

Délinquance par vagues.

Nous n’en finissons pas de nous colleter à la violence. La délinquance s’exprime par vagues. Nous savions que le marché de la drogue entraînait les pires sévices, les crimes les plus odieux, l’insécurité la plus grave.  Les médias nous ont dessillé les yeux sur les violences quotidiennes faites aux femmes, drame permanent que la société française est loin d’avoir réglé. Secrétaire d’État pour l’Égalité entre les hommes et les femmes, Marlène Schiappa avait déjà fort à faire pour ramener dans les mœurs françaises la notion du respect dû aux femmes. La voilà obligée, aujourd’hui, de déclarer solennellement que, comme l’antisémitisme, l’homophobie n’est pas une opinion, mais un délit puni par la loi. Et d’autant plus puni s’il est accompagné par des coups, comme ceux qu’un chauffeur de taxi a donnés à un couple homosexuel qui s’embrassait dans son véhicule. Tout le monde n’est pas obligé d’être homosexuel ou d’avoir une affection pour les homosexuels. Ils n’en demandent pas tant. Ils souhaitent simplement qu’on les laisse en paix, ce que, manifestement, nombre de leurs concitoyens supportent si mal qu’ils en viennent à les agresser physiquement.

Punition immédiate.

Mais pourquoi une telle violence ? Quelle est cette colère contre ce qu’on prétend ne pas être soi-même mais qui indigne tellement qu’on en vient à perdre le sens commun ? N’est-ce pas, là encore, une forme de peur, et qui s’exprime peut-être parce qu’on lutte soi-même contre une tendance homosexuelle ? Il serait difficile d’analyser une si large partie de la population, mais il n’est pas inutile de rappeler, comme l’a fait Mme Schiappa, que des règles régissent les relations civiles et qu’on ne saurait les franchir impunément. Curieusement, c’est au nom de l’ordre que les homophobes s’insurgent contre l’homosexualité, c’est contre le spectacle qu’elle offre,  mais pour y « remédier », voilà qu’ils plongent dans un désordre pire, celui de la violence physique. Alors qu’ils ont tout le loisir d’ignorer ce qu’ils réprouvent et peuvent se contenter de ne pas intervenir dans la vie des gens, même s’ils contestent leurs orientations. Nous avons assez vu de films sur des justiciers qui s’emparent d’une cause et exercent leur propre vengeance pour ne pas réagir contre cette pratique odieuse, injuste, née dans une colère malsaine et irraisonnée, et qui se satisfait de la punition immédiate infligée à des victimes qui n’ont commis aucun délit.

RICHARD LISCIA 

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L’affaire Khashoggi

Jamal Khashoggi
(Photo AFP)

L’abondance de l’actualité, comme on dit,  ne m’a pas autorisé à évoquer jusqu’à présent l’affaire Jamal Khashoggi : ce journaliste saoudien de 59 ans est entré au début du mois au consulat de son pays à Istanbul et n’en est jamais ressorti. Tout laisse penser qu’il a été assassiné dans les locaux du consulat par un commando venu de Riyad, qu’il aurait été  démembré et transporté hors du territoire turc. Sa disparition a soulevé un tollé planétaire.

LA SEULE QUESTION qui vaille est la suivante : comment le gouvernement d’un pays peut-il se livrer à un action aussi macabre et aussi méprisante des droits de l’homme en terre étrangère ? L’Arabie saoudite est dirigée de facto par Mohamed Ben Salman, dit MBS, un prince de la famille royale des Saoud de 33 ans, dont le père, roi officiel du pays, lui a donné carte blanche. Avec enthousiasme, il a procédé à diverses réformes, certaines allant même jusqu’à améliorer le sort des femmes, mais il n’est pas le genre de dirigeant à rendre des comptes à qui que ce soit. Jamal Khashoggi était un journaliste modéré qui, avec le temps, a fini par analyser négativement la gouvernance de Ben Salman et à publier des articles dans « le Washington Post ».  Apparemment, l’Arabie de Ben Salman veut se moderniser mais pas au point d’envisager la liberté de la presse.

Le Turquie en colère.

Le monde n’attendait d’ailleurs du nouveau chef,  jeune et impétueux , de l’Arabie qu’il la transforme en grande démocratie du désert. Comme les pays occidentaux sont dépendants du pétrole, les tentatives pour influencer cet apprenti dictateur qu’est « MBS » sont plutôt discrètes et rares. Cependant, l’enlèvement et l’assassinat possible, probable, de M. Khashoggi par des Saoudiens à la solde de MBS, est maintenant la thèse privilégiée et les partenaires de l’Arabie, notamment les Etats-Unis et l’Europe, ne pouvaient laisser passer une telle provocation, d’autant qu’elle a eu lieu en Turquie et non en Arabie. Le gouvernement turc, de son côté, n’est pas du genre à respecter les droits de l’homme et encore moins ceux des journalistes qu’il a pour habitude de jeter en prison sous des prétextes fallacieux. Mais le président turc, Recep Yassip Erdogan, n’est pas homme à accepter que des étrangers fricotent au cœur de sa chasse gardée. Il a donc demandé des comptes à MBS, sur un ton particulièrement virulent, et les grandes puissances, qui souhaitaient éviter un affrontement avec Riyad, toujours au nom du sacré-saint pétrole, ont été contraintes de suivre.

L’erreur terrible de MBS.

Autour du cas affreusement injuste, scandaleux, et même monstrueux, de M. Khashoggi, on a donc assisté à une partie diplomatique qui ne grandit personne, certainement pas le gouvernement d’Arabie, incapable de donner une version honnête de la disparition, ni M. Erdogan, dont les attaques ont toujours une arrière-pensée politique (la lutte pour le leadership du sunnisme), ni les Etats occidentaux qui sont partagés entre leurs intérêts stratégiques et leur adhésion  aux droits de l’homme, toujours coûteuse en matière géopolitique.  Le prince Ben Salman a touché ses limites. Il a commis une erreur susceptible de mettre un terme à sa carrière politique, car il a pris le risque de placer l’Arabie au ban des nations. Impossible de ne pas voir dans la disparition de Jamal Khashoggi le résultat bête et méchant d’une politique fondée sur l’impunité de celui qui la mène mais qui a oublié en l’occurrence qu’à Istanbul, on n’est pas dans le silence du désert.

Et quoi qu’il en coûtera, l’Arabie perdra, au moins pendant quelque temps, le soutien de ses amis traditionnels, à commencer par Donald Trump, qui n’a pas ménagé ses critiques et ses exhortations à MBS, même s’il lui en coûte de se fâcher avec le régime. La politique extérieure américaine est presque entièrement fondée sur l’alliance avec l’Arabie pour contrecarrer l’Iran, considéré par les Américains comme un Etat-voyou. Eh bien, voilà qu’il y a des voyous chez nos amis. C’est une question de réputation : on a tout à perdre, dans le monde diplomatique, si on reste proches de gens qui pratiquent les méthodes de la mafia.

RICHARD LISCIA

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Brexit : valse hésitation

Une formidable ténacité
(Photo AFP)

Un sommet européen réuni à Bruxelles n’a produit aucun résultat au sujet de l’accord que les 27 sont censés conclure avec le Royaume-Uni. La perspective d’une cassure sans accord donnant le vertige, on s’achemine vers un délai d’un an supplémentaire avant l’adoption définitive d’un texte qui rendrait aux Britanniques leur liberté commerciale et financière.

LE DIALOGUE entre Londres et Bruxelles devient si long qu’il serait apparemment sage d’y mettre fin. Sauf qu’une absence d’accord risque de créer, dans les transports, les échanges (assortis de nouveaux contrôles à mettre en place), et même les relations politiques, un chaos sans précédent. Une foule de problèmes sont apparus à la faveur de la négociation. Certains ont été résolus, mais le plus important, le sort de la frontière entre la République irlandaise et l’Irlande du Nord, ou Ulster, est un casse-tête. L’Irlande, capitale Dublin, appartient à l’Union européenne. L’Ulster aussi, mais parce qu’il s’agit d’un territoire britannique. Si la Grande-Bretagne quitte l’UE, l’Ulster la quitte aussi et il faudra alors ériger une frontière entre les deux Irlande. Cela créerait une crise insoluble : d’une part, les Irlandais républicains et indépendants ne supporteraient pas une frontière qui infligerait des droits de douane à leurs échanges avec l’Irlande du Nord ; d’autre part, la Première ministre, Theresa May, ne peut pas forcer la main des extrémistes du nord de l’Irlande qui assurent sa majorité à la chambre des Communes et dont la colère l’évincerait du pouvoir.

Une femme courageuse.

On a affaire, en l’occurrence, à un sérieux problème de politique intérieure. Mme May est une femme extrêmement courageuse. Elle a hérité d’une crise historique dont elle ne voulait pas et elle a été chargée d’assumer les conséquences catastrophiques de l’erreur stratégique de son prédécesseur : l’ex-Premier ministre, David Cameron, a cru en finir avec les divisions de son parti, les Tories, en organisant un référendum qui mettrait tout le monde d’accord, et définitivement. Malheureusement pour lui, pour le Royaume et pour l’Europe, les Britanniques, convaincus que l’Union européenne rognait leur indépendance et menaçait de les inonder d’immigrants, ont voté en faveur du Brexit. Mme May, au départ hostile au divorce avec l’Europe, a mis un point d’honneur à respecter la volonté populaire, alors qu’elle était parfaitement consciente que son pays courait à la mésaventure, pour ne pas dire au désastre. Les conservateurs les plus acharnés à quitter l’UE ont exercé sur elles des pressions à la fois déloyales et malhonnêtes, en exigeant d’elle notamment qu’elle présentât un plan plus favorable aux Britanniques qu’ils ne le méritaient, compte tenu du choix négatif et masochiste qu’ils avaient fait. A plusieurs reprises, elle a failli être renversée, notamment sous l’effet des coups de boutoir de Boris Johnson, son ancien ministre des Affaires étrangères, qui a fini par démissionner, clamant partout que Theresa May conduisait le pays à sa perte.

Il n’y a pas de bon Brexit.

La difficulté des négociations entre Londres et Bruxelles démontre qu’il n’y a pas de Brexit satisfaisant ni pour les Anglais ni pour les Européens. Le problème ne vient pas de ce qu’un pays ne puisse pas rétablir le contrôle de ses échanges à tout moment. Si la Grande-Bretagne n’avait jamais adhéré à l’Union, tout aurait été très simple. Mais aujourd’hui, elle doit défaire l’inextricable écheveau tressé en quarante-cinq ans d’intégration européenne. La vérité est que le système en place fonctionne et que le remplacer par un système totalement périmé, c’est prendre un risque dont les Anglais pourraient ne pas se relever. Ils le savent tous. M. Johnson sait parfaitement que le Brexit n’est pas viable. Avec l’extrême droite et une bande de conservateurs agités, il n’a cessé de mentir au sujet des bienfaits incalculables que le divorce avec l’Europe allait procurer à ses compatriotes. Maintenant, il prétend que le danger n’existe que parce que Mme May est incapable de couper le cordon . C’est faux. Elle tente seulement de ne pas insulter l’avenir.

 

RICHARD LISCIA

 

 

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Mélenchon : crise de nerfs

Mélenchon est fâché
(Photo AFP)

L’épisode étrange qui s’est déroulé hier, en plein remaniement ministériel, et pendant lequel on a vu Jean-Luc Mélenchon tenter vainement de s’opposer à une perquisition judiciaire, valait mieux qu’une de ces querelles auxquelles nous ont habitués les réseaux sociaux.  M. Mélenchon, en effet, a dénoncé une forme d’inquisition. En réalité, c’est lui qui se moque de la démocratie.

LE CHEF  de la France insoumise n’hésite jamais à exposer sa culture littéraire, historique, juridique pour mieux démontrer à tous qu’à lui, on ne la fait pas. Voilà que son parti doit répondre devant les juges de deux infractions possibles : emplois fictifs et détournement de fonds. De telles accusations ne vont pas sans une ou plusieurs enquêtes et de telles enquêtes ne vont pas sans perquisition. Il suffit de se rappeler les cas précédents  de partis politiques confrontés à la justice pour savoir exactement comment se déroule la procédure. Elle n’est pas drôle. Elle fait un effet glaçant sur les suspects même si plus tard ils sont innocentés. On a vu Eva Joly (juge dont on aurait pu exiger plus d’impartialité) passer les menottes à Roland Dumas qui, plus tard, fut innocenté au bout de deux procès. On a vu des familles ravagées par l’action des juges. Des hommes politiques tomber lourdement de leur piédestal. Et enfin on a vu que la mise en examen ne se traduit pas nécessairement par un procès et encore moins par une condamnation.

Présumés innocents.

Rien ne nous empêche de croire que M. Mélenchon et ses amis sont complètements innocents ; ni même de penser que, s’ils ne le sont pas, la justice les poursuit pour des broutilles et que le théâtre un peu grand-guignolesque de la perquisition exerce sur les « suspects » une pression excessive qui, avant même les conclusions du juge, ruine leur réputation. Aussi M. Mélenchon, grand orateur devant l’éternel, a cru qu’il pouvait dresser, entre les policiers et lui, un mur verbal. « Demain, disait-il, au cœur de la mêlée, ils trouveront une excuse pour me foutre en cabane, comme Lula » (ancien président du Brésil, actuellement en prison pour corruption). Ses amis criaient : « Résistance ! Résistance! ». Puis, M. Mélenchon s’en est pris au pouvoir qui, selon lui, a ordonné l’opération de la justice contre son parti. Il a apostrophé la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. « Vous devriez avoir honte de ce que vous êtes en train de faire ! » L’après-midi même, à l’Assemblée, répondant à une question de Mélenchon,  qui a porté plainte contre « la police politique », le Premier ministre, Edouard Philippe, a rétorqué que la justice est indépendante du pouvoir et que le magistrat qui a ordonné les perquisitions avait reçu le feu vert d’un juge des libertés.

A quoi s’ajoute un pataquès judiciaire qui, pourtant, n’avait aucune raison d’être. M. Mélenchon fait un procès à la police qui, à son tour, lui en fait un pour violences physiques et verbales commises au cours d’une perquisition. Comme toute démarche prend des mois et même des années, on est assuré d’assister à un long feuilleton dont la seule origine est l’irascibilité de l’omnipotent chef de la France insoumise.

Innombrables précédents.

Les extrêmes se rejoignent. Mélenchon a reçu le soutien de Marine Le Pen dont le parti est lui-même confronté à des poursuites au sujet du financement de ses activités. Ces deux-là, décidément, sont faits pour s’entendre. Mais ce qui est très curieux, c’est leur amnésie. Ils ont oublié deux choses : que des hommes et femmes politiques, depuis toujours, sont parfois ou souvent poursuivis par la justice ; et que ce qui arrive aujourd’hui au RN et à LFI est arrivé à tout le monde. La victimisation infantile à laquelle ils se livrent n’est donc que leur ultime argument pour échapper à l’enquête. Faudrait-il récrire la Constitution et prévoir deux exceptions garantissant l’immunité totale au RN et à LFI ? Stimulons leur mémoire, rappelons-leur les cas de Chirac, de Sarkozy, de Balladur, de Cahuzac, de Fillon, de Bayrou et j’en passe. En réalité, ils cherchent à embraser leurs troupes et créer un malaise assez grave pour faire reculer la justice. Leur prétention à une souveraineté inflétrissable sur laquelle juges et procureurs n’auraient aucune influence montrent qu’à leur délire politique s’ajoute l’arrogance de ceux qui se croient au-dessus des autres, ce qui ne les empêche pas de nous faire la leçon tous les jours sur l’impératif de proximité avec le peuple. Savez-vous à qui ils me font penser ? A Trump, vieil homme indigne, sans cesse drapé dans une illusoire vertu et qui voit dans toute institution encore debout dans son pays, l’ennemi à abattre. Tuer la vertu pour faire le mal en toute impunité.

En somme, nous avons assisté mardi à un théâtre de guignol, où deux vieux crocodiles de la politique tiraient les ficelles des marionnettes, n’hésitant pas, d’ailleurs, à en jouer les rôles de façon convaincante. Menaces vivantes et permanentes à la démocratie, ils se revendiquent d’elle pour nous priver de son fonctionnement ; spécialistes de la démolition, ils traînent la police et la justice dans la boue avec l’espoir de s’en débarrasser ; experts en naïveté populaire, ils veulent nous faire croire que l’exécutif aurait attendu le jour du remaniement gouvernemental pour lancer flics et juges aux trousses de Mélenchon et compagnie. Que Mme Le Pen tombe dans un tel travers, quoi de plus naturel ? Elle vit dans un monde parallèle, sans immigrés et sans euro. Mais, Mélenchon, l’homme aux mille citations gréco-latines ? Lui, il nous prend tous pour des brêles. Et s’il désavoue la justice quand il est minoritaire, qu’en fera-t-il une fois qu’il sera parvenu au faîte du pouvoir ?

RICHARD LISCIA

 

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Un remaniement prévisible

Christophe Castaner
(Photo AFP)

La composition du nouveau gouvernement n’est pas de nature à bouleverser les foules, qui, contrairement aux oppositions, n’ont manifesté aucune impatience pendant les quinze jours de la longue recherche de nouveaux ministres.

ON SE DEMANDE pourquoi il a fallu attendre deux semaines pour désigner Christophe Castaner au ministère de l’Intérieur, alors que son nom circulait sur toutes les lèvres. L’exécutif lui a donné un adjoint, le directeur de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), Laurent Nunez, ce qui devrait apaiser les policiers et gendarmes, dont les revendications multiples n’ont pas été satisfaites par  Gérard Collomb. Pour le ministère de la Culture, que Françoise Nyssen devait quitter, Edouard Philippe a engagé Frank Riester, le chef du mouvement Agir, sorte de LR dissident, qui a toujours prôné la coopération avec Emmanuel Macron. Marc Fesneau, président du groupe MoDem à l’Assemblée, devient secrétaire d’État aux relations avec le Parlement. Didier Guillaume, 59 ans, ancien du PS, connu pour ses affinités avec Manuel Valls, est nommé à l’Agriculture. A 29 ans, le député Gabriel Attal est nommé secrétaire d’État auprès de Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, pour s’occuper plus particulièrement du service national. Jacqueline Gourault, ancien adjointe de M. Collomb, obtient un large ministère des Territoires. Plusieurs autres secrétaires d’État ont été nommés. On compte 34 ministres et secrétaires d’Etat au total et la parité hommes-femmes (17-17) est respectée.

Une seule nuance de gauche.

Il n’y a rien de surprenant à ce que des personnalités comme Frank Riester et Didier Guillaume entrent au gouvernement. Si le projet consistait à donner à l’ensemble de l’équipe une nuance de gauche, c’est raté. Manifestement, Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont essuyé plusieurs refus dans le camp socialiste, fortement démoralisé, mais loyaliste. Cependant, le gouvernement est modifié en profondeur et, comme l’Élysée a tenu à le faire savoir, si quelques hommes et femmes changent, le projet politique reste identique. Personne ne croyait d’ailleurs que, sous la pression des oppositions et des médias, l’exécutif renoncerait à son programme, qui reste la réforme dans tous les domaines (et en permanence). Aussi bien aurait-il pu s’épargner ce long cheminement de deux semaines, qui a fait beaucoup jaser et qu’il fallait interrompre à tout prix si le Premier ministre voulait éviter les sarcasmes et agressions verbales des oppositions lors des questions de l’Assemblée  nationale au gouvernement, aujourd’hui et demain. Bien entendu, ni la droite ni la gauche n’hésiteront à attaquer les choix du président et du Premier ministre et à poser publiquement la question d’un changement aussi radical alors qu’il s’agissait seulement de remplacer Gérard Collomb et que cela aurait pu être fait plus vite.

Une équipe super-macronienne.

En revanche, ce nouveau gouvernement ressemble encore plus à Emmanuel Macron que le précédent. Si la droite y est plus présente que la gauche, c’est certes parce que des personnalité du PS n’ont pas voulu y participer, mais aussi parce que le réformisme n’est décidément pas la tasse de thé des socialistes. Une fois encore, le président de la République a les coudées franches pour poursuivre les réformes et les partis d’opposition, comme la France insoumise, qui croient que le pouvoir est aux abois, ne doivent pas nier qu’ils sont incapables de freiner la mise en place du programme de M. Macron. Qu’à droite et à gauche, on se livre aux commentaires convenus n’empêche pas la macronie de trouver, avec ce profond remaniement, un second souffle. Tout dépend, bien sûr des élections à venir, municipales et européennes, qui scelleront le destin du président. Mais ce n’est pas la République en marche qui est, en dépit de ses cafouillages, la plus mal préparée à ces échéances. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer les graves divisions de la gauche et l’incapacité des Républicains de représenter, jusqu’à présent, une alternative crédible à la REM.

RICHARD LISCIA

 

 

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Merkel dans la tourmente

Angela Merkel
(Photo AFP)

Le parti frère de la CDU (conservateurs dirigés par la chancelière Angela Merkel) n’a obtenu, aux élections régionales de Bavière, « que » 37 % des voix contre 9,5 % seulement pour le SPD (sociaux-démocrates, membre de la coalition gouvernementale), 17,8 % pour les Verts et plus de 11% pour l’AfD, Alternative für Deutschland, extrême-droite.

LA MONTÉE de l’extrême droite se confirme donc en Allemagne, mais le plus impressionnant est moins ce phénomène que l’effritement rapide de la coalition au pouvoir. On pourrait très bien dire que les grands vainqueurs de la consultation sont les Verts, qui ont recueilli  plus de 17% des suffrages et que l’ascension de l’AfD est moins marquée que ce parti n’aurait pu l’espérer.  Si la CSU, alliée de la CDU, a pu obtenir 37 % des suffrages, elle a perdu un bonne dizaine de points par rapport aux régionales de 2013, des points que l’on retrouve à l’AfD. Et cela, malgré les efforts du grand patron de la Bavière, le ministre de l’Intérieur fédéral Horst Seehofer qui, depuis le début de l’été, a attaqué Mme Merkel à plusieurs reprises, dans une tentative désespérée pour se démarquer d’elle et de sa générosité à l’égard des immigrants, et de conserver une position dominante.

L’original et la copie.

C’est bel et bien raté. Comme en France, l’électorat préfère l’original à la copie et Laurent Wauquiez, président des Républicains, devrait s’en souvenir, lui qui, comme jadis Nicolas Sarkozy, s’efforce de convaincre une partie des électeurs du Rassemblement national de se rallier à lui, alors qu’en réalité le rapport de forces avec LR est en faveur du RN.  M. Seehofer, dont l’absence de loyauté à l’égard de la chancelière et de la coalition ont surpris, a pris une voie sans issue. Mais, soulignons-le, le gouvernement de Mme Merkel n’est pas aux abois, il dispose encore d’une bonne avance sur les autres partis et il a surtout besoin d’une clarification des uns et des autres : les sociaux-démocrates ne peuvent pas se contenter de payer, à chaque élection locale, le prix de leur présence dans la coalition, même si le vent idéologique tourne vers l’extrême droite en Allemagne, ce qui fait souffrir la gauche allemande comme la gauche française. Et la CSU, de son côté, doit reconnaître que sa stratégie électorale ne produit pas de bons résultats.

La coalition risque de rompre.

Le danger, pour Mme Merkel, est une éventuelle crise de nerfs du SPD, qui ne souffrirait plus de gouverner et demanderait sa liberté, ce qui obligerait la chancelière à demander la participation des Verts. Un sondage publié par la « Bild Zeitung » accorde encore 26 % à la CDU/CSU et 17 % au SPD, soit un total minoritaire de 43 %. Mme Merkel peut-elle continuer à gouverner dans ces conditions, alors que le SPD s’effondre et que la CDU est fortement concurrencée par l’AfD ? La dame aux quatre mandats pourrait bien en avoir fait un de trop car, à l’origine de ses tourments, il y a surtout sa politique migratoire fort généreuse qui a vivement indisposé une grosse fraction de l’électorat, ces Allemands qui craignent le fameux « grand remplacement ». Les élections générales de Hesse, qui ont lieu le 28 octobre diront si l’affaiblissement de la coalition se confirme. Mais d’ores et déjà, la position personnelle de Mme Merkel est menacée. Théoriquement, son mandat court jusqu’en 2021, mais elle risque d’être déstabilisée de l’intérieur, M. Seehofer n’ayant pas caché qu’à ses yeux elle dirige un gouvernement impuissant. Il pourrait créer les conditions d’un vote au sein de la CDU qui contraindrait Mme Merkel à partir. C’est d’ailleurs de cette manière qu’elle s’est débarrassée d’un Helmut Kohl affaibli par un scandale financier, en 1999, pour accéder au pouvoir en 2005.

Le très gros problème que crée la crise allemande est européen. Les élections au Parlement de Strasbourg ont lieu l’année prochaine et tout indique qu’elles seront un match entre « progressistes » et « populistes », deux termes qui désignent, chacun dans sa catégorie, des gens très différents, mais qui expliquent bien que l’affrontement aura lieu entre ceux qui soutiennent l’Union européenne et ceux qui souhaitent sa destruction. Bien entendu, le scrutin aura des formes diverses, adaptées aux situations nationales : on parle déjà d’un référendum pour ou contre Macron en France, des scores élevés que pourraient faire le RN, la Ligue italienne et l’AfD allemande, et le seul moyen des démocrates pour arrêter la dérive des électorats vers l’idéologie de l’extrême droite, c’est de voter pour les partis pro-européens.

RICHARD LISCIA

 

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Une Francophonie très politique

Louise Mushikiwabo
(Photo AFP)

Le sommet de la Francophonie à Erevan, Arménie, s’est déroulé dans une ambiance fraternelle et émotionnelle, marquée par un hommage à Charles Aznavour, « cent pour cent français et cent pour cent arménien ». Sous l’impulsion de la France, c’est une Rwandaise, Louise Mushikiwabo, qui a été appelée à prendre la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).

LE SOUTIEN d’Emmanuel Macron à Mme Mushikiwabo lui a été vivement reproché car le Rwanda, qui a choisi l’anglais comme langue d’enseignement, est probablement l’un des pays les plus francophobes du monde : le gouvernement rwandais continue à reprocher à la France le rôle qu’elle aurait joué lors du génocide. Le président a vu, au sommet de l’organisation, l’occasion de raccommoder nos relations avec Kigali. Son pari n’est pas absurde : on ne voit pas comment la représentante du Rwanda pourrait faire la promotion du français tout en boudant la France, d’autant qu’elle remplace une Canadienne, Michelle Jean, dont la gestion a été critiquée. Le succès de l’OIF, qui attire de nombreux pays, y compris ceux où on ne parle pas le français, a entraîné sa politisation, chaque membre souhaitant y jouer un rôle important. Même l’Arabie saoudite a voulu adhérer, mais la France et d’autres pays lui ont fait comprendre qu’elle devrait faire preuve de patience. Le gouvernement saoudien se débat dans une affaire très grave, l’assassinat possible d’un journaliste saoudien d’opposition qui aurait été tué dans un consulat de son pays en Turquie, ce qui a conduit à une crise très sérieuse entre les Turcs et les Saoudiens.

Mettre la francophonie au service du français.

La politisation de l’OIF rappelle celle de l’UNESCO, devenue l’un des centres où s’exprime une critique virulente contre Israël et les Etats-Unis qui, sous la houlette de Donald Trump, ont cessé de participer à ses travaux et surtout de les financer. Il serait donc souhaitable que la France rappelle que la francophonie n’a pour objectif que de contribuer au renforcement de l’enseignement du français dans le monde et d’installer une langue alternative dans les relations internationales. On devine que M. Macron accepte cette politisation puisqu’il en fait un atout diplomatique. Mais il permettra à ses concitoyens d’exalter principalement le rôle du français, le bonheur pour nous de l’entendre, notamment en Afrique, mais aussi ailleurs, et la dimension que donne à la France la prédilection des peuples étrangers pour son langage.

Notre tâche, loin d’être terminée, passe par un apprentissage du français en France qui soit plus ambitieux. Il est indéniable que Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education, s’y emploie. Mais nous n’avons pas toujours été très vigilants en la matière, surtout quand nous avons cru que l’enseignement des mathématiques et des sciences devait devenir prioritaire, au détriment des humanités et du français. L’expérience a largement démontré que, non seulement il existe désormais en France une poche d’illettrisme qui doit secouer Jules Ferry dans sa tombe, mais que le bon usage de la langue est un vecteur précieux, peut-être supérieur, pour l’accès à l’emploi. On entend parler de directeurs des ressources humaines qui, quand ils voient des fautes dans un curriculum vitae, éliminent le candidat ; en outre l’expression orale, dont la qualité garantit les premiers contacts entre le demandeur d’emploi et l’entreprise, est devenue avec le temps, un impératif catégorique ; enfin, nous ne pouvons pas à la fois exalter notre langue et ne pas exiger qu’elle soit le véhicule acceptable de la pensée de tous nos concitoyens.

Une langue pour dire tout et encore plus.

Or nous ne sommes pas en train d’assister à une amélioration de l’usage du français en France. Les raisons de ce déclin sont multiples : Internet, réseaux sociaux, langage numérique qui remplace les phrases avec verbe et complément, vélocité accrue de la transmission des messages qui nuit à l’expression. Il suffit de lire ce qui est diffusé sur Internet pour être épouvanté non seulement par la vulgarité des textes, mais par leur incohérence, leur nullité grammaticale et l’exiguïté de leur lexique. Les grands médias ne sont pas à l’abri de quelques dérives orthographiques, des néologismes et des anglicismes, d’ailleurs utilisés pour donner du punch au texte. Ce n’est pas ce français-là que nous devrions transmettre à nos enfants et à nos amis francophones. C’est en leur enseignant Molière et Racine que nous leur ferons découvrir la beauté, mais aussi la complexité et la souplesse d’une langue qui peut tout dire et changer à l’infini les manières de le dire.

RICHARD LISCIA

 

 

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Les prémices d’une crise

Laxisme financier ?
(Photo AFP)

Pourquoi les bourses du monde entier accusent-elles une chute brutale ? Parce que la croissance, qui est relativement forte dans le monde, cache des failles structurelles (et politiques) que personne ne songe à combler.

DONALD TRUMP a encore répété, tout récemment, que l’économie américaine (4 % de croissance et plein emploi) n’a jamais été aussi forte. Son emphase habituelle n’est pas démentie par les chiffres. Mais cette période de croissance, qui n’est pas partagée par tout le monde, est probablement illusoire : beaucoup d’incertitudes pèsent en effet sur l’avenir immédiat. Il est important de dire ici que le président américain, malgré tous ses efforts pour ralentir la croissance par des mesures protectionnistes répétées, n’a pas réussi à réduire les échanges commerciaux, de sorte que le déficit américain reste tout aussi élevé qu’avant ses décisions. Il est non moins important de rappeler qu’il a stimulé une croissance naturellement bonne par des réductions d’impôts dont il n’a nullement prévu le financement. Cette relance d’une économie déjà vigoureuse aura donc pour effet, à terme, de créer une bulle financière. C’est le scénario que redoutent le plus les acteurs économiques et financiers. La dette mondiale n’a cessé d’augmenter, en dépit de l’inoubliable crise de 2008  et des mesures qui ont suivi pour que l’effondrement du système ne se reproduise pas. Avec 164 000 milliards de dollars de dette mondiale accumulée, le défaut d’un seul pays (et il y a plusieurs concurrents à la banqueroute, à commencer par l’Argentine et l’Italie) peut conduire à un désastre.

Les accusations de Trump.

Le Fonds monétaire international lance de discrets appels à la prudence, mais il est impossible de convaincre Trump de changer de politique monétaire. Il a accusé la Banque fédérale des réserves (la Banque centrale des Etats-Unis) d’augmenter les taux, ce qui effraierait les marchés, toujours friands des politiques « accommodantes » de la Fed. Ce n’est pas vrai. La bourse a depuis longtemps intégré l’idée que les taux d’intérêt devaient remonter et, si les marchés se sont effondrés ce matin, c’est pour d’autres raisons. La première est le retour du protectionnisme, dont les effets sont pour l’instant invisibles, mais qui finira, à plus long terme, par réduire sensiblement les échanges mondiaux. La seconde, c’est l’instabilité politique créée par la montée des populismes dans le monde entier, en tout cas sur les deux continents, américain et européen. L’arrivée des extrêmes au pouvoir crée le genre d’incertitude politique dont les bourses ont horreur. Le moins que l’on puisse dire de ces nouveaux régimes, c’est qu’ils sont hostiles à toute discipline financière et ont hâte de récompenser leurs électeurs par des mesures sociales dont ils n’ont pas le premier centime. C’est ce qu’a fait Trump, c’est ce que fait aujourd’hui le gouvernement italien, c’est ce que ferait Marine Le Pen si elle entrait à l’Élysée. En d’autres termes, la croissance rassure les marchés, mais les perspectives d’une croissance artificielle, due uniquement à des considérations démagogiques, les épouvantent.

Le Brexit ne va non plus pas dans le sens de la prudence. Il en sortira de très vives difficultés économiques pour la Grande-Bretagne, mais l’Union européenne en souffrira aussi. Le développement galopant de la Chine repose sur une dette incalculable, celui de divers autres pays sur une dette intérieure tout aussi alarmante. Et ce que l’on sait des dettes de toutes sortes, c’est que si, le plus souvent, les emprunteurs n’ont pas les moyens de les rembourser, il y a toujours des créanciers qui attendent imperturbablement les intérêts, puis le capital.  Le coup de semonce de la bourse d’aujourd’hui peut ne pas se reproduire demain. Mais les conditions sont réunies pour qu’existe un risque d’effondrement financier mondial qui ne sera pas forcément écarté par les mesures de contrôle adoptées au lendemain de la crise de 2008.

RICHARD LISCIA

 

 

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Le non-remaniement

Macron à la station F
(Photo AFP)

Ce serait drôle, et même un peu loufoque, s’il ne s’agissait pas de l’Etat : il n’y aura pas de remaniement ministériel avant vendredi soir, peut-être samedi et, pourquoi pas ? un peu plus tard. L’exécutif ne fournit aucune raison pour le retard, ce qui soulève une foule d’hypothèses.

LE MEILLEURE séquence d’hier a été l’escapade d’Emmanuel Macron à la station F, le fameux « incubateur » de start up dans le XXIIIè arrondissement, suivi d’une promenade chez les bouquinistes de la Seine et d’une retour à pied à l’Elysée. Le président a l’art de transformer en balade une affaire aussi sensible que devrait être le remaniement. Il nous aura bien baladés, nous les journalistes, en nous laissant croire que, quoi qu’il arrivât, il y aurait un gros changement dans la composition de l’équipe d’Edouard Philippe avant le conseil des ministres de ce matin, qui a eu lieu avec ceux qui seront limogés dans quelques jours. Il a pris à la lettre l’explication devant l’Assemblée du Premier ministre qui, sommé par le chef des députés LR, Christian Jacob de mettre fin à « cette mascarade », a calmement répondu qu’il voyait dans la démarche de son interlocuteur un soupçon « d’impatience et de fébrilité », deux dérives dont le pouvoir serait indemne selon lui.

Les Français indifférents.

J’ai tendance à penser que le temps qu’il faut pour recomposer le gouvernement après la démission de Nicolas Hulot et de Gérard Collomb, pour en faire l’instrument des réformes à venir et qui seront si difficiles à mener à leur terme, un peu de réflexion sur le caractère du ou des nouveaux ministres, sur l’équilibre idéologique des restants et des entrants, sur leur adaptation au cap nouveau que, très probablement, la politique de M. Macron va franchir, ne devrait pas être un sujet de discussion. On peut, une fois de plus, être surpris et agacé par la méthode, qui crée un suspense inutile et l’un de ces brouhahas politiques dont Paris a le secret, mais on observe tout en même temps que, si les journalistes sont mis à rude épreuve, si l’opposition fait du retard un faute inexpiable, si la majorité est de plus en plus embarrassée, les Français, quant à eux, vaquent à leurs affaires, pas plus impressionnés par le gouvernement d’hier ou par celui de demain, de la même façon que, mardi, ils prenaient leur parti d’une mobilisation populaire censée bouleverser notre destin mais qui ne les a guère émus.

Si le remaniement est reporté de presque un semaine, c’est parce que M. Macron part aujourd’hui pour l’Arménie, où il va célébrer la francophonie, et qu’il n’en reviendra que vendredi soir. Le président a l’art de se mettre, mais avec grâce, dans des situations impossibles : il eût été inconvenant, ou bizarre, ou sans précédent,  d’annoncer la composition du nouveau gouvernement en son absence. Mais en réalité, comme d’habitude, et à cause de son sacré caractère, qui se satisfait des situations les plus incongrues, il n’avait plus le choix qu’entre deux inconvénients, d’aller trop vite ou d’une façon précipitée, ce qui lui aurait valu des quolibets, ou d’aller trop lentement, ce qui lui en vaut déjà. C’est en ce sens, mais seulement en ce sens, que Donald Trump a un peu déteint sur lui.

L’arme du ridicule.

Je ne crois pas que ce que M. Jacob appelle une mascarade, et où je vois davantage une pièce de la commedia dell’arte, me permette d’énoncer des supputations sur le bois dont sera fait le prochain gouvernement. Ce sera à n’en pas douter un matériau très macronien, d’une texture inattendue, à la fois froid et chaud, dur et mou, solide et fragile. Ce sera le gouvernement d’Emmanuel Macron, l’homme qui prétend ne jamais être mis en difficulté, et qui s’en va en goguette dans un Paris ensoleillé au moment où la totalité de la classe politique, y compris la majorité, enrage. Mais c’est l’occasion où jamais d’écrire un mot élogieux pour Edouard Philippe, géant calme et sympathique, qu’aucun vent contraire ne saurait faire plier. Dans sa loyauté sans failles pour le président, il vient d’ajouter un peu de dialectique ; et c’est pour résoudre son différend avec lui au sujet du prochain ministre de l’Intérieur que, d’un commun accord, ils ont décidé de reporter l’annonce du remaniement. Il est sans doute inévitable que le chef de l’Etat se rende à l’étranger, même dans les périodes où sa présence sur le sol français semble nécessaire, mais nous sommes rassurés par celle du Premier ministre, dont le calme olympien nous change du lyrisme des oppositions, plus promptes à inventer de belles phrases et à lancer l’assaut contre un moulin qu’à admettre une chose pourtant simple : quand on n’a plus d’autre option que de tenter de ridiculiser l’adversaire, on risque de se couvrir de ridicule.

RICHARD LISCIA

 

 

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Retraites, dossier explosif

Jean-Paul Delevoye
(AFP)

Une journée de mobilisation populaire contre la politique sociale du gouvernement a lieu aujourd’hui qui ressemblera aux précédentes et ne causera pas de nuisances excessives aux travailleurs. Ce qui ne veut pas dire pour autant que les syndicats sont affaiblis face au pouvoir. Au contraire, ils l’attendent sur la réforme des retraites, qui se présente comme une bombe à retardement.

JEAN-PAUL DELEVOYE, haut commissaire chargé des retraites et Agnès Buzyn, ministre de la Santé, reçoivent demain 10 octobre les représentants des syndicats pour faire le point sur les systèmes de retraite que le gouvernement veut unifier sous la bannière : un euro cotisé donne les mêmes droits à tous les travailleurs. Formule excellente qui résume bien les injustices contenues dans le modèle actuel qu’il faut réviser de fond en comble. Emmanuel Macron semble craindre que la logique de la réforme, poussée à l’extrême, risque de nuire au changement. Il a donc renoncé à changer l’âge de la retraite (62 ans actuellement) et le nombre d’années cotisées. En revanche, l’exécutif a conçu l’un de ces concepts qui annoncent l’orage, l’idée d’un âge pivot qui ne serait pas identique à l’âge légal. Inutile de se voiler la face : nous vivons plus vieux et plus longtemps, la plupart d’entre nous en meilleure santé qu’autrefois au même âge, et il serait donc normal que nous cotisions plus longtemps. Ni les actifs ni les retraités, cependant, n’acceptent ce raisonnement, surtout dans les métiers difficiles, répétitifs ou fatigants, et là encore, un principe universel s’applique difficilement à la totalité des postes de travail.

Un équilibre impossible ?

À quoi sert la réforme ? À tendre vers l’équilibre des budgets qui sont alloués à la vieillesse. L’espérance de vie, le chômage massif, la baisse du nombre de cotisants couplée à la hausse du nombre de retraités rendent les anciens systèmes insoutenables. Le risque est très grand d’une réforme qui bouleverse les mœurs de telle manière que le peuple, soutenu par les syndicats, s’y oppose ; le risque est égal d’une réforme qui, contournant la question centrale de l’âge, ne parviendra pas à rétablir l’équilibre entre les dépenses et les recettes, avec un solde négatif qui restera à la charge des contribuables. Il va falloir à Mme Buzyn et à M. Delevoye beaucoup d’ingéniosité, de stoïcisme et d’équanimité pour faire passer un texte qui change les données en profondeur. Or le contexte est négatif : le gel des retraites non seulement pour ceux qui ne touchent que la pension de la Sécurité sociale mais pour ceux qui ont cotisé à une ou plusieurs retraites complémentaires a créé un mécontentement énorme chez les quelque 15 millions de retraités. On assiste à une sorte de soulèvement dans une population de personnes âgées qui revendiquent à hauteur du bénéfice qu’elles ont tiré de vivre plus longtemps.

La recherche d’un compromis.

Bien entendu, tous les retraités ne sont pas logés à la même enseigne. La moyenne des pensions de la Sécu s’établissant à 1 200 euros, on peut dire que la majeure partie des pensionnés ne méritait pas une hausse d’1,7 % de la CSG. Mais  les gens se plaignent de leurs fins de mois pendant que le gouvernement se bat contre un phénomène macro-économique des plus inquiétants. Car la réforme a pour principal objectif de sauvegarder les avantages existants, ce que M. Macron répète à l’envi. Si elle ne passe pas, le pays ne pourra plus la financer. L’hypothèse d’un compromis viable entre le gouvernement et les syndicats est affaiblie par la grogne qui règne dans les organisations et chez les retraités. C’est pourtant une tâche sacrée : il s’agit de mettre au point un système pour tous qui soit durable et évite les crises répétitives du financement.

RICHARD LISCIA

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