Police et peuple

Le rodéo est interdit
(Photo AFP)

Une manifestation contre les violences policières devrait attirer beaucoup de monde aujourd’hui. La police française fait l’objet d’une vaste polémique qui se nourrit à la fois de ses dérapages et de son utilité.

DANS UN CAMP où il a déjà été dit que « la police tue », le procès de nos forces de l’ordre a déjà fini par une condamnation. Façon d’ignorer qu’aucune action de répression n’a lieu sans un défi, un délit ou un acte de violence. On attaque les commissariats au mortier, on passe sur le corps des policiers pour tenter de les fuir, on  organise des rodéos ultra dangereux pour les passants et on voudrait que les « gardiens de la paix » restent inertes.

On tue des policiers.

Les comportements policiers sont commentés en permanence, de sorte que les arguments se croisent à propos d’un système voué au rétablissement de l’ordre, mais avec une série de contraintes qui ne tiennent aucun compte de l’agitation des délinquants. Les uns voudraient que la répression soit encore plus implacable, les autres souhaitent la multiplication les zones de non-droit. On ne fait pas l’unité d’une société sur des bases aussi fragiles. Le temps où les flics faisaient peur est terminé. On les défie, on les attaque, on les assassine, comme le couple de policiers à Magnanville. Ils exercent désormais un métier qui ne les laisse jamais en sécurité. Ils peuvent rentrer chez eux et être exécutés.

La police ne fait plus peur.

Bien entendu, les médias s’en mêlent, qui n’ont pas un préjugé favorable aux gendarmes et policiers. Il est facile et démagogique de dire que le jeune Nahel, qui, au début de l’été, enfreignait répétitivement le code de la route en pleine ville, ne devait pas payer ses actes de sa vie. Il est moins simple de démontrer qu’il n’a pas été été la victime des flics mais celle de ses propres errements. On a fait un triomphe à sa mère sans lui demander si elle faisait parfois des recommandations de prudence à son fils. C’est le monde d’aujourd’hui : la police n’inspire aucune peur aux délinquants, les innocents se soumettent à toutes les formalités.

Les choux gras de l’extrême droite.

Il ne s’agit ni de faire une ovation à la police, ni d’ignorer les droits de chaque citoyen. Il s’agit d’empêcher des actes qui mettent en danger les passants. De leur montrer qu’ils sont protégés. Il s’agit de donner une signification à la quiétude de la vie civile, de s’opposer à la privation de liberté qu’une délinquance minoritaire produit infailliblement sur l’immense majorité de la population. C’est une affaire politique dont la prise en charge par l’État est indispensable car une police et une gendarmerie en colère est un facteur de déstabilisation de la société. Pour l’exécutif, la manœuvre est délicate. Il craint, en réprimant à tout va, de trop ressembler à l’extrême droite qui, elle, fait ses choux gras avec le sentiment d’insécurité.

Pourtant, il ne s’agit que d’appliquer la loi, qui n’est pas née aujourd’hui et régit depuis toujours la vie des collectivités. Nahel est certainement une victime, mais son épopée routière n’a pas eu lieu sans inquiéter des milliers de piétons et d’automobilistes. À ceux-là, le gouvernement doit un gage, une promesse, celle d’empêcher des violences auquelles un fatalisme prématuré nous a progressivement habitués.

RICHARD LISCIA

PS- Pas de blog lundi. Je vous retrouve mardi, si cela vous convient.

R. L.

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Le Sénat résiste

Gérard Larcher, président du Sénat
(Photo AFP)

Des élections sénatoriales auront lieu dimanche. Elles renouvelleront pour moitié la composition de la chambre haute. Elles ne  réduiront pas l’hégémonie des Républicains sur l’institution.

LE SÉNAT comprend 348 membres. Ils ne sont pas élus au suffrage universel mais par un collège de personnes déjà élues, au nombre de 162 000. Tous les trois ans, une moitié des sénateurs se soumettent à la décision des urnes. Le mode d’élection et les particularités du Sénat font qu’il  a souvent été contesté, certains estimant que le scrutin, étant circonscrit à des élus, n’est pas légitime. Quand il était le Premier ministre de la cohabitation avec Jaques Chirac, Lionel Jospin a envisagé de supprimer le Sénat purement et simplement. Mais pour prendre cette mesure, il lui fallait le concours des principaux intéressés, qui la refusèrent avec virulence.

Le cas Trump.

L’élection du Sénat français rappelle par certains aspects l’élection présidentielle américaine mais par un collège électoral de 578 personnes censées traduire le vœu exprimé par le peuple. Un dysfonctionnement majeur s’est produit en 2016 quand Donald Trump, qui avait obtenu 3 millions de voix populaires de moins qu’Hillary Clinton, l’a emporté grâce à sa majorité au collège,  le principe du winner takes all, qui signifie qu’il emporte un État plutôt que la majorité dans cet État, s’appliquant en l’occurrence.

Une fonction confortable.

Le Sénat n’est pas un organisme inutile. Ses débats policés et courtois sont bien plus efficaces que ceux de l’Assemblée nationale. Son pouvoir est limité puisque, en cas de différend entre les deux chambres, c’est l’Assemblée qui finit par l’emporter. Mais il arrive souvent que les amendements produits par les sénateurs soient retenus par les députés ou qu’ils lancent une proposition de loi. La position des sénateurs est confortable. Beaucoup d’avantages sont accordés à la fonction , notamment pour les retraites et la chambre haute dispose d’une cagnotte confortable.

Club privé.

Une réforme en profondeur reste néanmoins indispensable. Il serait logique d’élire les sénateurs au suffrage universel tous les six ans et en une fois. Ils en acquerraient la légitimité qui leur est encore contestée aujourd’hui. Pour le moment, la forme du scrutin fait trop penser à une partie de cartes réservées à un club privé. Toutefois, dans ce pays chamailleur et tourmenté, un tel projet donnerait lieu à une bataille homérique, qu’il soit lancé par l’exécutif actuel ou par le successeur de Macron. On est là au cœur de la politique, des décisions essentielles, de la vie des institutions. Les réformes sont des montagnes presque impossibles à franchir.

Peur de la réalité.

Tout, en France, se passe comme si l’essentiel se situe davantage dans les arrière-pensées que dans les actes. Des quantités considérables d’élus nous ont déjà fait la leçon à plusieurs reprises. Une peur viscérale du changement nous détourne d’objectifs qui seraient salutaires s’ils étaient enfin atteints. Macron à lui seul incarne la volonté d’agir, de bouger, de mettre en mouvement la société. Il a remporté quelques victoires et essuyé au moins autant d’échecs. Mais sa détermination à agir en dépit des multiples oppositions et du sentiment des protestataires qui, en définitive, sont épouvantés par la réalité, est louable.

RICHARD LISCIA

 

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Les deux rois

Les deux couples
(Photo AFP)

Entre une monarchie indéboulonnable et une République qui donne au président des pouvoirs peut-être excessifs, sont nées des affinités. La visite du roi Charles III en France souligne un rapprochement que le Brexit ne peut pas affaiblir.

POUR Charles, son séjour en France assure une légitimité que les Britanniques ne sont pas prêts à contester ; pour Emmanuel Macron, c’est la preuve que, bien qu’il ne soit pas éligible pour un troisième mandat, son second est actif et utile. Le déploiement des fastes royaux de la République, qui passe forcément par un dîner de très haute tenue dans les splendeurs du château de Versailles, contribue à renforcer, sinon la popularité des deux chefs d’État, leur légitimité : ils ne jouent que dans la cour des grands.

Discours émouvants.

Ce qui, bien sûr, n’efface pas les obstacles que tous  deux rencontrent dans la gestion interne de leurs pays et dans un monde en pleine crise qui, parfois, semble au bord de  l’abîme. L’alliance France-Royaume-Uni, de ce point de vue, n’est pas négligeable car il s’agit de deux puissances nucléaires totalement d’accord sur la façon de traiter les provocations de la Russie et de la Chine. Emmanuel et Charles ont prononcé, de ce point de vue, les discours émouvants de deux leaders que peu de choses séparent.

Ces Anglais masochistes.

On n’ira pas jusqu’à comparer la somme des difficultés du royaume et celle de la République. Il semble néanmoins que la Grande-Bretagne ait une pente plus rude à grimper. On peut bien révéler un secret de Polichinelle : le Brexit aura été un désastre historique qui a placé les Britanniques dans une situation inextricable d’où ils ne savent pas sortir. Rishi Shunak, le Premier ministre, n’a pas l’intention de recourir au référendum, le roi n’a pas le pouvoir exécutif et les Anglais sont capricieux. Les adeptes du Brexit sont encore nombreux, même s’ils en souffrent. L’Angleterre, comme tant d’autres pays, a un côté masochiste que le suffrage universel, hélas, a renforcé.

Ce qui nous rapproche.

Mais nos deux pays sont unis dans la défense de l’Ukraine et l’idée que les envahisseurs doivent être écrasés  par les envahis ; la démocratie est leur religion commune ; et Charles a déjà appris au moins une chose, à savoir que le grand large n’est pas  aussi séduisant que l’Europe, toujours conspuée, critiquée, malmenée, mais toujours miraculeusement solide. Sept ans de réflexion ont conduit nos amis britanniques à la conclusion qu’il faut y réléchir à deux fois avant d’entrer dans un virage de l’Histoire en épingle à cheveux. Naguère, le bruit courait que la reine Élisabeth était pro-européenne, mais qui peut en fournir la preuve ?

Il a tant attendu.

Charles n’imitera pas sa mère. Elle avait acquis, avec la guerre, les Malouines et la mort de Diana, une expérience exceptionnelle. L’infirmière qui conduisait une ambulance sous les bombardements nazis s’est muée en chef d’État mûr. Pour Charles, les dossiers sont les menaces venues de l’Est, l’environnement, le Brexit dévastateur.  Il a tant attendu son trône qu’il a eu tout le temps de préparer la gestion de son pays. Peut-être, dans la limite de la délégation de pouvoirs dont il bénéficie, nous surprendra-t-il. Hier, dans son discours, à la fois humble et amical, il a montré qu’une bonne entente avec la France ne nuirait pas à la santé du Royaume-Uni. Ne comptons pas chichement notre coopération.

RICHARD LISCIA

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Arménie martyre

Erdogan et Poutine complices
(Photo AFP)

La querelle entre l’Azerbaidjian et l’Arménie sur l’enclave du Haut-Karabakh s’est transformée en guerre, avec un assaut des forces azerbaidjianaises soutenues par la Turquie et dans l’indifférence de Poutine, qui continue à tenir un discours hypocrite, contre une Arménie plutôt pacifiste.

LE SORT de ces deux pays en guerre est lié, mais l’Azerbaidjian a une supériorité militaire considérable et il en use pour déloger les Arméniens du Haut-Karabach. L’ONU a montré son impuissance quand son secrétaire général a exigé la fin des combats. Les dés sont pipés. Nous n’assistons pas à un conflit bilatéral, mais à une guerre régionale dominée par la soif de contrôle des Azeris et l’incapacité des Arméniens à se défendre alors qu’ils s’étaient placés sous le parapluie russe, à leur grand détriment.

Une autre carte du monde.

La Turquie est la puissance qui agite les marionnettes que sont les Azeris et reproduit le scénario qui a conduit au génocide des Arméniens au siècle dernier. Bien entendu, en foulant aux pieds du géant russe le respect des frontières, l’invasion de l’Ukraine par les forces de Poutine a créé un  contexte qui favorise les pays agresseurs. La stratégie reposant sur la force seule est partagée par quelques États qui, loin de reconnaître les vices de la méthode, cherchent à redessiner la carte du monde.

Un second génocide ?

De sorte que nous sommes, là encore concernés, par ce qui se passe en Arménie, qui n’est pas loin de subir le même sort que l’Ukraine et qui, ayant accepté la protection russe, se trouve maintenant totalement isolée et à la merci de féroces combattants. On mesure la difficulté, pour les Occidentaux en général et pour les Européens en particulier, à mettre l’Arménie à l’abri de conquérants cruels qui n’ont jamais reconnu le génocide et s’apprêtent à en commettre un autre, dans les mêmes conditions, contre le même peuple et avec la même indifférence pour les principes de droit international.

Hégémonie turque.

On constate la complexité de cette crise : le Turc Erdogan défend une démocratie illibérale mais aide les Ukrainiens à exporter leurs céréales. De sorte qu’il est devenu un pivot entre le Kremlin et les Occidentaux. Il en profite pour renforcer son hégémonie ; le Kremlin joue les généreux défenseurs de la paix en Arménie, mais ne lève pas un doigt pour contenir l’agressivité azérie. Le tout dans un contexte où l’argumentation azérie est un record de mauvaise foi. Le vrai problème réside aux Nations unies qui, face au veto russe et chinois, a perdu toute capacité à protéger les petits États en danger. Nous avons besoin d’une réforme d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, mais bien entendu Moscou et Pékin freinent des quatre fers et ainsi le sort des États est-il décidé par la guerre.

Guerres de voisinage.

L’idée que le partage du monde à Yalta a apporté la paix internationale a volé en éclats. Poutine, Kim, Xi, les mollahs et d’autres font cohabiter la paix en général avec des guerres de voisinage. On savait déjà à quel point l’invasion de l’Ukraine a apporté de souffrances aux Ukrainiens et d’inquiétude à l’humanité. On s’aperçoit maintenant que les fauteurs de guerre, munis de l’arme nucléaire, déclenchent des conflits artificiels uniquement conçus pour installer un nouvel ordre mondial fondé sur le crime.

RICHARD LISCIA

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L’âge du capitaine

Biden n’a que l’âge de ses artères
(Photo AFP)

Un débat permanent agite le monde des observateurs au sujet de tous les candidats à la présidence de leur pays quand ils franchissent l’âge de départ à la retraite. Un homme (ou une femme) qui est septuagénaire ou octogénaire peut-il se présenter?

C’EST un débat qui ignore la situation politique dans chacun des pays concernés. Pour commencer, il implique la distinction entre les régimes autoritaires, où la discussion est limitée, et les régimes parlementaires où elle persiste. Ensuite, l’expérience du candidat, son programme, sa capacité à gérer les crises comptent nécessairement. Dans le cas des États-Unis, Joe Biden demande à rempiler à 80 ans, mais Trump, capable de battre le président sortant l’année prochaine, en aura déjà 77. Les Américains n’ont pas d’autre choix que d’évaluer le programme des deux candidats et de choisir celui qui leur convient le mieux, indépendamment de l’âge.

L’avenir est imprévisible.

Le  destin d’un président est impossible à imaginer : même jeune, il peut être victime d’un accident, d’une maladie ou d’un attentat. Personne ne croyait que John F. Kennedy était vulnérable jusqu’au jour où il a été assassiné par un tireur isolé. En d’autres termes, il n’y a rien de vraiment dangereux dans le choix d’un géronte. La constitution des États-Unis prévoit un vice-président capable de prêter serment dès la mort du président. Ce qui ne permet pas de préjuger de ce qui se passera ensuite : Lyndon B. Johnson s’est hâté d’appliquer à la lettre, notamment au sujet de l’émancipation des Noirs, le programme de Kennedy.

Des amendements à la constitution.

La seule façon de maintenir un parti au pouvoir et de rester sur la ligne définie par le président mort en exercice, c’est d’associer à la gestion du pays l’homme qui lui était le plus proche. Nous n’avons pas en France cette garantie constitutionnelle. Quand Georges Pompidou est mort en 1974, il y a eu des élections générales gagnées par Valéry Giscard d’Estaing,  centriste qui avait eu des démêlés avec les gaullistes mais maintenait le pays à droite. Parmi les nombeux amendements qu’il est souhaitable de négocier, figure ce point particulier, une nouvelle durée pour le mandat présidentiel et peut-être des précisions sur le renouvellement du mandat.

Une succession démocratique.

Mais la critique de notre système à ses limites : la succession d’un président décédé dans l’exercice de ses fonctions est assurée en France par le suffrage universel, ce qui la rend parfaitement démocratique. Il est rare que les électeurs américains, en effet, songent au vice-président quand ils élisent un président. Toujours est-il que seules les âmes sensibles sont hostiles à la candidature d’un vieillard. La seule question qui vaille, c’est l’orientation de son programme et la certitude que son successeur éventuel accomplira sa tâche selon des normes fixées à l’avance.

RICHARD LISCIA

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La lettre scélérate

Gabriel Attal indigné
(PHOTO AFP)

Élève du lycée professionnel des Arts et métiers de Poissy (Yvelines), le jeune Nicolas, âgé de 15 ans, s’est suicidé samedi dernier. On a aussitôt appris qu’il était profondément dépressif car il faisait l’objet du harcèlement constant de ses camarades.

EN MAI DERNIER, les parents de l’adolescent avaient adressé une lettre indignée et sévère à la direction de l’école, qui a vu dans cette missive un comportement agressif  et excessif. Elle a répondu aux parents que leur texte était indigne et les a menacés de poursuites judiciaires susceptibles de se traduire par un procès et une peine d’emprisonnement de 5 ans et de 45 000 euros d’amende. Geste fatal, qui a aggravé le malaise du jeune homme et a directement conduit à son suicide.

« Une honte ! »

Le ministre de l’Éducation, Gabriel Attal, a aussitôt déclaré que la lettre de l’Académie était une « honte ». Réflexe largement partagé par l’opinion, car les cas de harcèlement sont extrêmement nombreux, à l’école mais aussi dans diverses institutions et entreprises. Bien entendu, tous les litiges avec cette énorme institution qu’est l’école ne se traduisent pas nécessairement par la mort de l’enfant harcelé. Mais, de toute évidence, les dirigeants de l’Académie n’ont eu qu’une préoccupation : protéger l’ordre établi et se protéger eux-mêmes et tant pis pour la victime abandonnée à son sort.

Une réforme. 

L’absence de toute compassion, le refus d’enquêter sur l’affaire, la négligence répandue qui permet de masquer les différends au moyen des consignes réglementaires semblent avoir déclenché un large mouvement de réforme capable de mettre les harceleurs et leurs familles devant leurs responsabilités. C’est ce que Gabriel Attal a annoncé. Une réforme en quelque sorte, qui permettra de protéger les plus fragiles des écoliers et lycéens et qui apportera, plutôt que des hurlements de colère, un peu d’assurance et de répit aux parents d’élèves.

Bouc émissaire.

L’école devrait être un havre de paix, elle est hélas une source d’angoisse pour beaucoup d’enfants isolés, incompris, écartés des « bandes ». À chaque âge, l’être social est confronté à l’hostilité du milieu et ne doit montrer aucune fragilité. Ceux qui s’en sortent bien sont souvent des adeptes du harcèlement,  méthode cynique pour détourner l’attention du groupe vers un bouc émissaire. Il est probable que le port de l’uniforme apaiserait les relations entre adolescents car il effacerait les différences sociales, religieuses, et autres inégalités.

Un prix inacceptable.

Cependant, il s’agit d’un travail de longue haleine qui nécessite un effort considérable  et ne débouchera pas toujours sur un succès, tant sont nombreuses les agressions du groupe sur un individu isolé, qu’il s’agisse du harcèlement, du bizutage ou de toute forme de mise à l’écart et de stigmatisation. Contrairement à ce que l’on croit en général, il s’agit d’une question politique qui réclame une réflexion nationale, car, dans la société d’aujourd’hui, les atteintes à la personne sont fréquentes  Le gouvernement, en l’occurrence, et l’erreur profonde commise par les responsables de ce lycée les désignent comme d’insensibles bureaucrates. Le prix payé par Nicolas pour la lâcheté des autres reste néanmoins inacceptable.

RICHARD LISCIA

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Immigration : le fardeau partagé

Jordan Bardella veut refouler les migrants
(Photo AFP)

Face au nombre excessif de migrants qui viennent d’arriver à Lampedusa, Italie, Emmanuel Macron a admis que la gestion de ce flux de malheureux devrait être partagé par la France.

IL NE FAUT pas accepter un seul immigré de plus, a déclaré Jordan Bardella,  prince consort du Rassemblement national, donnant ainsi de son pays une image mesquine, égoïste et lâche. Bien sûr, on aura tôt fait de dire que le président français essuie les plâtres laissés par un gouvernement italien néo-fasciste. C’est faux. Cela fait des années que l’Italie reçoit des vagues de migrants, que la France refoule ceux qui veulent venir par le train à Vintimille ou en passant par les Alpes. Il faut que l’Union européenne adopte une charte de l’immigration et que les conditions d’accueil soient les mêmes pour tous, tous les immigrants et tous les pays européens.

La question du siècle.

La réflexion de M. Bardella ne manque pas de saveur quand on sait qu’il a des affinités avec Giorgia Meloni, présidente du conseil italien, et qu’il retourne contre elle la question du siècle : le traitement à réserver aux foules en hardes et échevelées qui s’échouent sur les plages de Lampedusa. Le problème est européen et l’on se souvient peut-être de Charles Pasqua qui disait que, pour retenir les candidats à l’immigration (à un prix pour eux faramineux), il était vital d’investir sur le continent africain et créer des emplois durables. Comme pour les gaz à effet de serre, on a vu venir la crise migratoire. Elle est composée de misère absolue et de volonté des immigrés de survivre. Nous ne pouvons pas l’ignorer et nous ne pouvons plus, comme c’était le cas dans le passé, abandonner l’Italie, membre fondateur de la Communauté économique européenne, à son sort.

Aller vite.

Un peu de pédagogie populaire est essentiel dans cette affaire. Les immigrés ne vivent pas aux crochets de la générosité des cotisations sociales. Ils ne demandent qu’à travailler et à avoir un revenu. Il y a bien cinq cent mille emplois non pourvus en France et il n’est pas stupide de former des étrangers pour qu’ils accomplissent des tâches que les Français rejettent. On peut être irrité par les déclarations du président de la République qui se lance dans une politique sans avertir son entourage ou ses ministres. Mais, dans cette affaire comme dans tant d’autres, il faut aller vite. L’automne arrive et déjà il faut trouver un toit et de la nourriture pour des dizaines de milliers de nouveaux venus.

Il n’est pas vrai de dire que l’immigration est forcément impopulaire. Un restaurant sera heureux de trouver un plongeur, un garage un mécanicien, un médecin une assistante. M. Bardella se moque à la fois de Mme Meloni et de nous. Rira bien qui rira le dernier. L’avenir, ce n’est pas le cynisme ou l’indifférence, c’est l’humanisme.

RICHARD LISCIA

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Le triomphe annoncé de Marine

Une Marine Le Pen à 33 %
(AFP)

Un sondage Toluna Harris Interactive réalisé au début du mois donne Marine Le Pen gagnante au premier tour avec 30 à 33 % des suffrages.

DÈS LORS QU’IL N’EN RESTE que deux au second tour, Mme Le Pen devancerait Édouard Philippe d’une dizaine de points car l’ancien Premier ministre ne recueillerait que  22 % des voix au premier tour. Les autres candidats potentiels arrivent loin derrière, Jean-Luc Mélenchon 16 à 17 %, Gérald Darmanin à 14 %, Gabriel Attal à 12 %, Jean Castex à 9 %. La bataille va donc se dérouler entre l’extrême droite et celui qui représentera le mieux la macronie. Aucun LR ne figure dans ce sondage, sauf Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre de François Hollande.

Le temps changera le tableau.

Un sondage fait sur un événement qui aura lieu dans trois ans et demi n’est pas pertinent. La moindre erreur stratégique risque de modifier le tableau. Mais, même en tenant compte du temps qui passe et peut changer les attitudes, il est clair que plusieurs candidats à la présidence de la République n’ont pas la cote de popularité nécessaire pour entrer sur le ring. En outre, s’ils sont nombreux au premier tour, les descendants de Macron s’apercevront que leurs chances ne sont pas à la hauteur de leur ambition.

LR : suicide collectif.

On doit prendre ces résultats au sérieux car ils confirment l’ascension de Marine Le Pen, ce qui obscurcit l’horizon démocratique, quoi qu’elle en dise. Il faut noter que seuls des personnages issus de la macronie sont en mesure de battre Mme Le Pen au second tour. Les Républicains doivent s’interroger sur leur stratégie qui consiste à récuser M. Macron constamment. Quoi qu’ils pensent et disent, ils représentent une force de complément pour Édouard Philippe et rien d’autre. Pourtant, ils continuent à pratiquer l’obstructionnisme à l’Assemblée et au Sénat, certains que, ce faisant, ils ne compteront pas en 2027. C’est une forme étrange de suicide collectif.

Faites-nous un Front républicain.

Rien ne les y contraint, mais les adversaires de Macron seraient bien inspirés de songer à la renaissance du front républicain. Le Pen à l’Élysée serait une catastrophe. Ce serait placer au pouvoir une personnalité qui n’a pas les compétences requises pour gérer l’économie française et qui, de surcroît, entretient des relations avec la Russie de Poutine.  Le Pen présidente, c’est la certitude d’un affaissement de la France, avec des dossiers, le climat ou la dette publique, très difficiles à gérer.

L’électorat français a encore le choix de la décence et de l’efficacité ; ceux qui ont voté Macron en 2022 ne doivent pas se disperser entre tous les candidats, même s’ils sont macronistes. Pour ce pays, il faut une force centrale qui repousse les extrêmes, un parti en mouvement qui réduise sa communication et augmente son action.

RICHARD LISCIA

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Kim, Poutine : la paire grotesque

Kim présente ses conseillers à Poutine
(Photo AFP)

Il n’y a rien de plus grotesque que cette rencontre à Vladivostok entre Vladimir Poutine et  Kim Jong-Un. Elle raconte l’abaissement de la Russie qui dialogue avec l’ennemi international numéro 1.

POUTINE vient de donner au monde l’image d’un chef d’État si consterné par son isolement qu’il irait chercher un allié jusque dans les profondeurs du populisme et de l’indignité. La Grande Russie n’aurait pas l’heur de convenir aux Occidentaux ? Qu’à cela ne tienne : le maître du Kremlin a fait renaître le tiers monde, qui n’est rien d’autre qu’une vaste organisation pour faire chanter les pays et les forcer à payer les plus pauvres d’une manière coercitive. Tout à coup, il y a eu ce rendez-vous grotesque à Vladivostok où Kim, frappé de paranoïa, s’est rendu dans son train blindé, tellement lourd qu’il ne dépasse pas les soixante kilomètres à l’heure.

Le flirt de deux filous.

Poutine a attendu sagement Kim et, dès qu’ils se sont vus, ils n’ont parlé que d’ogives nucléaires, le dada de Kim, qui s’amuse à envoyer des fusées stratégiques dans le ciel du Japon et de la Corée du sud. Et voilà deux filous fiers de filer le guilledou. Poutine s’efforce de montrer la qualité de ses alliés et Kim deviendra le chef d’un État  puissant. L’idéologie et la diplomatie n’ont rien à voir avec les intérêts bien compris des deux nations. Kim lâchera Poutine quand ça lui chantera.

Sans doute ces deux-là sont-ils trop absorbés par leur amitié renaissante, mais ils forment une coalition de dictateurs particulièrement dangereux. Pendant qu’ils discutent, les conseillers de Poutine répandent des éléments d’information sur la capacité de Moscou à lancer de nouvelles agressions. Et face à ce péril, les Occidentaux recommandent à Volodymyr Zelensky de ne pas pénétrer sur le territoire russe et de ne pas faire bouillir le très nerveux Poutine.

Une fiction théâtrale.

Comment le vieux roublard du Kremlin et le jeune Kim qui se balade dans son train blindé pourraient-ils être crédibles ? Tout se passe comme s’ils jouaient une pièce de théâtre complètement fictive, avec des personnages dont ils campent fort bien les caractères et l’idiotie, quitte à ce que le monde se moque d’eux. Que leur importe dès lors qu’ils se sont réciproquement renforcés, au moins en apparence. Les deux compères sont des gens très dangereux car ils ont la capacité de détruire le monde, y compris eux-mêmes. Ce qui les retient, c’est évidemment leur paranoïa, Poutine, physiquement lâche et tenant à une vie prospère, bateaux, Sotchi, Saint-Petersburg, ah ! il ne donnerait son job à personne ; et Kim qui n’osait même pas rêver de la reconnaissance  de son régime et des honneurs à lui accordés par la Grande Russie.

Deux pays privés d’avenir.

Il faut donc leur faire savoir dans un murmure que le droit international existe et que s’ils l’ignorent, ils paieront pour leurs crimes. L’idée même qu’on puisse négocier avec ces gens-là est consternante. Ils n’ont que du vent à vendre. Ils ont violé le droit pendant des décennies, le droit devra les aplatir. Et ce droit, c’est nous qui le possédons, un peu comme Moïse avec ses dix commandements. Présidents-fantoches, dictateurs de pacotille, gangsters au pouvoir, ils tomberont, tôt ou tard, de leur piédestal. La Corée du nord n’a pas d’avenir tant qu’elle est dirigée par une marionnette. La Russie n’a pas d’avenir si elle ne retourne pas au pluripartisme, maintient la détention politique et n’organise pas des élections libres.

RICHARD LISCIA 

 

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Ukraine : l’Occident essoufflé

Zelensky doite de ses alliés
(Photo AFP)

La guerre est-elle trop violente, trop ensanglantée, trop coûteuse pour les Ukrainiens ? Non, ce sont leurs alliés qui souffrent, doutent, donnent des conseils stratégiques, fixent un calendrier pour la victoire finale ou soulignent les sautes de caractère de Volodymyr Zelensky. 

IL NE FAUT PAS minimiser la dérive des pays qui se sont rangés du côté ukrainien dès le début de la guerre. Elle obère les livraisons d’armes, elle crée entre alliés un climat plus querelleur  qu’efficace, elle fait le bonheur de Poutine. C’est un jeu dangereux, celui qui consiste à décortiquer l’action des Ukrainiens à chaque minute. Ils avancent, non, ils reculent ! Ils doivent gagner cette guerre, mais c’est impossible quand on pense aux moyens humains et matériels mis en œuvre par Poutine.

La nature même de l’ennemi.

Nous devrions mieux connaître notre catéchisme ukrainien. Ne pas oublier, jamais, que ces malheureux se battent pour nous et à quel prix. Qu’ils se contentent de revendiquer leur droit inaliéniable à la liberté. Qu’ils ont affaire à un ennemi d’une sauvagerie inouïe. Qu’à chacun de ses revers militaires, Poutine parle de lancer une attaque nucléaire. Qu’il est donc un danger pour nous tous et pas seulement pour les Ukrainiens. Que face à un homme qui ne respecte aucune règle, auteur de crimes de guerre et contre l’humanité, nos audaces ne sont pas téméraires, elles sont simplement adaptées à la nature même de l’ennemi, à sa cruauté, son cynisme, ses menaces.

Bousculer Poutine.

« Ils auront la guerre et l’indignité », s’ils signent un traité de paix avec Hitler, disait Churchill en 1938 après que les alliés eurent conclu un accord très accommodant pour l’Allemagne nazie. C’est ce qui nous guette aujourd’hui. La subtilité diplomatique n’a rien à voir avec la monstruosité russe. Nous devons bousculer Poutine, lui rappeler que nous pouvons vitrifier Moscou ou Saint-Petersbourg, car c’est un langage qu’il comprend très bien. À sauvage, sauvage et demi.

Le cas de l’Inde et du Brésil.

Notre résistance à l’agression russe nous coûte infiniment moins cher que celle des Ukrainiens. Elle nous coûte en armes et en munitions, pas en vies humaines, mas en insécurité. Nous voyons parfaitement que Poutine ne met pas ses menaces à exécution. Pas fou, le maître du Kremlin. Il crée une géographie du crime qui interdirait aux juges d’examiner le dossier, de lui dire le droit international, de le mettre au défi. L’autre idée ravageuse serait qu’en soutenant Zelensky, nous nous fâcherions avec de grands pays, comme l’Inde ou le Brésil. Honte à eux. Ils ont choisi le diable et lui accordent une aura divine. Ils porteront cette responsabilité longtemps après la guerre.

Rien à perdre.

Le choix de la décence, le réflexe de l’indignation, celui de la détermination nous sont imposés par nos consciences. Dans un accès de faiblesse, nous savons que le courage nous lâche, et pourtant, ce que nous avons à perdre est dérisoire par rapport à ce qu’ont à perdre les Ukrainiens. L’Ukraine n’est pas Taïwan, elle est proche, elle au cœur de l’Europe, avec nous, et ils sont admirables, jeunes français ou européens, qui répondent à l’appel ukrainien, sans même réfléchir, en se précipitant vers l’Ukraine pour y combattre le mal historique, l’inhumanité, l’expression de la plus abominable des sauvageries.

RICHARD LISCIA

 

 

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