Covid : l’espoir renaît

Une vaccination très attendue
(Photo AFP)

La perspective d’un vaccin bientôt mis sur le marché, ajoutée à des résultats du confinement plutôt bons, soulève dans la population l’espoir qui manquait à la discipline collective. Mais la bataille ne fait que commencer, elle durera plusieurs mois avant que nous soyons réellement libérés des contraintes que nous avons subies pendant neuf mois.

LE CAHIER des doléances est à la fois surchargé et pleinement justifié. Comme cela a souvent été le cas depuis février dernier, les mesures du gouvernement, fondées principalement sur l’assignation à domicile, contenaient des contradictions et incohérences. On comprend par exemple la souffrance des libraires, victimes de la discrimination, ou des restaurateurs, menacés de mort professionnelle. Ce que l’on comprend moins, c’est que la nécessité des gestes barrières et du confinement n’ait pas été partagée par l’ensemble de la population et que les agressions contre le confinement ou contre le port du masque soient considérées dans une large fraction du peuple comme la juste riposte aux diktats abusifs de l’exécutif. Tenter d’entrer dans la logique gouvernementale, afin d’y trouver dans ses méandres les points qui font sens, n’a pas produit le consensus souhaitable. D’aucuns estiment que la discipline nationale a été grosso modo respectée et que les exceptions soulignent la règle. Ce n’est pas sûr : celui qui porte le masque à contre-cœur ne verra pas d’un bon œil le voisin qui s’en dispense.

L’arme du salut.

Toutefois, si la discipline n’était pas suivie d’une façon générale, le gouvernement et le corps médical ne verraient pas s’aplatir la courbe des cas de contamination. Peut-être serait-il productif que s’épargnent mutuellement gouvernants et gouvernés. Nous sommes tous dans le même bateau et nous avons un objectif commun, le recul, puis la disparition, de la pandémie. Il ne fait aucun doute, par ailleurs, que la seconde vague résultait des excès de l’instinct grégaire quand le premier confinement fut levé. La discipline, en l’occurrence, est le nerf de la guerre, l’instrument ultime, l’arme du salut. Il n’est pas juste de sacrifier certaines industries et pas d’autres, mais qu’y a-t-il de juste dans une pandémie ? Qu’y a-t-il d’anormal à ce que le pouvoir ait paru, en certains instants, dépassé ? Pourquoi ne pas admettre que, loin des comparaisons établissant le hit parade des pays bons et mauvais, nous avons tous été touchés à des degrés divers, sans doute parce que nous n’avons pas été prudents, sans doute parce que la pression exercée sur les exécutifs a été énorme ?

La mélodie n’est pas écrite.

Avant même que la vaccin n’arrive, on fait un nouveau procès au gouvernement. On lui reproche à juste titre de ne pas être préparé à la campagne de vaccination. Il répond qu’il y travaille, qu’il a commandé des millions de doses de vaccins et les réfrigérateurs géants qui devront les conserver, qu’il utilisera au moins trois des vaccins qu’il a commandés, qu’il fera vacciner les personnels de santé en priorité, puis les personnes âgées ou vulnérables.  Nous ne sommes pas assez naïfs pour croire que la mélodie est écrite sur le papier à musique, nous craignons des chaos régionaux, des injustices, les conséquences négatives d’une hâte généralisée, les pouvoirs publics n’étant pas moins impatients que les populations.

Les inconnues de la vaccination.

La pandémie a été l’occasion d’exploiter à fond la créativité humaine. Nous avons forgé une première arme anti-Covid, le confinement, nous en aurons bientôt une autre, encore plus efficace, la vaccination. Pour autant que nos concitoyens, particulièrement hostiles à une immunisation dont ils craignent le pire, ne se mettent pas à l’écart. Nous ne pouvons pas les forcer à se faire injecter un produit, fût-il testé en phase clinique et approuvé par nos instances savantes. La vaccination collective, la seule qui puisse terrasser le coronavirus, ne doit pas laisser un tiers de la population sans couverture vaccinale. C’est assez dire que le chemin déjà tortueux qui nous a conduits jusqu’ici deviendra de plus en plus escarpé et que ses conséquences politiques risquent d’être plus négatives que celles produites par le confinement.

RICHARD LISCIA

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Le doute des partis

Macron n’a pas de soucis
(Photo AFP)

Le coronavirus n’a pas eu que de sérieuses conséquences sanitaires, psychologiques, morales, économiques et sociales. Il a jeté un vaste désordre dans les partis politiques et renvoyé au point de départ quelques stratégies relatives à l’élection présidentielle de 2022.

LE GOUVERNEMENT devrait retenir la proposition de Jean-Louis Debré, ancien président du Conseil constitutionnel, de reporter au mois de juin 2021 les élections régionales. Pour les Républicains, cet ajournement va poser divers problèmes, à commencer par la désignation de leur candidat. Christian Jacob comptait sur les régionales pour qu’en émerge le candidat LR « naturel » d’un cercle incluant trois présidents de région, deux hommes, Xavier Bertrand, qui a pourtant quitté LR,  Laurent Wauquiez (président de la région Rhône-Alpes, où il est très populaire) et une femme, Valérie Pécresse, présidente de l’Île-de-France, qui n’est plus dans le parti. Sans compter Nicolas Sarkozy, auquel songent beaucoup de militants LR, qui ne voient pas que l’ancien président de la République reste poursuivi par la justice et comparaîtra l’année prochaine devant des tribunaux, ce qui ne favorisera guère son retour en politique.

La pandémie a rebattu les cartes.

Le report des régionales n’améliore pas non plus les chances de la majorité République en marche qui, décidément, se défend très mal dans toutes les élections locales. Il n’apporte rien au Rassemblement national. Marine Le Pen continue de bombarder le pouvoir à boulets rouges mais, ce faisant, elle est concurrencée par la droite et l’extrême gauche qui se sont convaincues qu’en affaiblissant Emmanuel Macron, ils finiront par le laisser sur le carreau dès le premier tour. Seule la droite, mais elle en est loin, songe à se qualifier pour le second tour et donc à battre la candidate du RN au premier. On ne voit pas davantage M. Macron élaborer une stratégie de reconquête, fondée sur le tête-à-tête avec Marine Le Pen au second tour. La pandémie a pourtant rebattu les cartes. Le gouvernement de Jean Castex a mal géré le déconfinement, puis le reconfinement, ce qui lui a valu une baisse de sa cote de popularité, laquelle, curieusement, semble épargner le président de la République, conformément aux vœux de tous les chefs d’État de cette République qui se servent de leur Premier ministre comme d’un fusible. Le fait est que l’incroyable cascade de coups portés à la société française à la fois par les réformes et par la simple adversité n’a pas uni LR, n’a pas profité à la gauche, ni même à la France insoumise où la brusque annonce de la candidature de Jean-Luc Mélenchon (soumis à 150 000 parrainages obtenus en 36 heures, quelle comédie démagogique !) ne lui garantit guère le score de près de 20 % qu’il a fait en 2017 et qui, de toute façon, ne serait pas suffisant.

Le grand réparateur.

La gauche n’avait qu’un espoir : celui de créer un front avec les Verts, projet que M. Mélenchon s’est hâté de démolir avec sa candidature précoce qui met fin probablement à toute négociation. Certes, le chef  de LFI s’est montré réaliste : l’unité est souhaitable mais tellement lointaine qu’il a préféré passer un moment agréable sur les tréteaux de la campagne. Mais il a écarté du même coup le seul moyen de se débarrasser de Macron. Ce qui va se passer d’ici à 2022 n’est nullement comparable à ce qui s’est passé en 2016. Il y a quatre ans, la République en marche a fait des propositions neuves aux Français qui ont été séduits. Dans moins de deux ans, M. Macron se présentera en grand et unique réparateur d’une société démolie par une crise sanitaire et économique. Si le candidat de la droite ne commence à s’exprimer qu’en juillet, si la gauche n’est pas réunifiée, si de ce tsunami n’émerge que Macron, frais comme un gardon après tant de vicissitudes, le second tour opposera encore une fois Macron à Le Pen, dont le parcours est lent mais inéluctable : elle représente un courant puissant et plus personne n’a honte de se dire lepéniste. Et, au fond, ce n’est que justice car le président et la patronne du RN occupent depuis le début du mandat le devant de la scène, de sorte que, sans vouloir vexer des personnalités aussi estimables que M. Bertrand ou Mme Pécresse, ils apparaîtront comme de pâles figures face aux deux candidats « naturels ».

On peut toujours penser que la messe n’est pas dite et qu’il se passera des choses d’ici à 2022 qui changeront la donne politique. Mais ce n’est pas vraiment se renouveler que de camper sur cet argument invoqué chaque jour depuis plus de trois ans et demi. Comme le culte de la personnalité n’est pas le genre de la démocratie que nous sommes, personne n’exalte les vertus de M. Macron. On avait vu néanmoins un miracle dans sa conquête du pays en 2017. On en voit un autre dans sa résistance incroyable au cumul des malheurs. Pour le moment, en tout cas.

RICHARD LISCIA

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L’argent ou le droit

Merkel avec Viktor Orban
(Photo AFP)

La Pologne et la Hongrie continuent à bloquer les deux gigantesques plans d’aide de l’Union européenne, l’un de 750 milliards d’euros et l’autre de 1074 milliards, qui doivent permettre la relance de l’économie européenne. La mise en œuvre du projet est retardée, ce qui aggrave les problèmes sociaux de 450 millions d’Européens.

C’ÉTAIT, au début,  la bonne idée des grandes démocraties membres de l’UE : exiger de Varsovie et de Budapest qu’elles mettent leur législation en conformité avec l’État de droit pour pouvoir toucher ces subventions. Les gouvernements hongrois et polonais n’ont pas cédé aux exigences de leurs partenaires où ils voient un chantage. Mais l’Europe ne peut pas attendre et chaque jour qui passe diffère la distribution de sommes d’importance vitale, notamment pour ceux qui sont, comme la France, les bénéficiaires nets.

On peut se demander si l’idée, ou le stratagème, était pertinent, dès lors qu’il mettait en jeu une avancée essentielle, au prix d’un risque finalement avéré. Hongrois ou Polonais ont au moins autant besoin de nous de cette manne financière et les deux dossiers n’ont aucun rapport. Mais peu importe : il faut trouver une solution, y compris pour les Polonais et les Hongrois, récipiendaires nets.  Le blocage décidé par la Pologne et la Hongrie n’est pas anecdotique. Il n’a pas été facile, pour la France et pour l’Allemagne, d’obtenir leur consentement au plan de relance des pays attachés à l’orthodoxie budgétaire, Pays-Bas, Autriche, Suède et Danemark et, tout aussi bien à leurs yeux, l’issue de la crise aurait pu être le renoncement à l’application des deux plans.

Une machine déréglée.

Ce qui nous garantirait quand même une stagnation économique ou même une récession en 2021. Comme d’habitude, l’Union est empêtrée dans la machine à 27 composantes qu’elles a mise au point et que peut dérégler n’importe quelle brebis galeuse. Si le retour à l’État de droit a été voté à la majorité simple, ce qu’autorisaient les statuts de l’UE, les plans de relance doivent être adoptés à l’unanimité. Les Polonais et les Hongrois se débattent comme de beaux diables, en dénonçant l’autoritarisme des « puissants » (France et Allemagne), qui s’exercerait au détriment des partenaires européens les plus petits. Personne n’est dupe de ce raisonnement pathétique : les deux gouvernements sont aux mains de populistes, dont la longévité politique dépend presque exclusivement de mesures qui, parfois, renvoient leurs administrés au Moyen-Âge. Le débat ne se déroule pas uniquement au niveau des exécutifs : il y a, dans les deux pays, un mécontentement des classes populaires qui manifestent pour conserver leurs libertés.

Sauver l’âme de l’Europe.

On est tenté de croire qu’il faut mettre l’affaire entre parenthèses, car il est difficile de convaincre des gouvernements qui n’existent que par des décisions de type néo-fasciste. Et reprendre la discussion à des jours meilleurs au cours desquels Viktor Orban, le Hongrois, et Matteus Moriawecki, le Polonais, devront passer un nouvel examen, devant leurs pairs. Mais un bon projet d’avenir ne tient la route que si la vision qui le sous-tend est respectée dans le temps. S’il est urgent de distribuer de l’argent aux pays européens qui en ont besoin, la décision doit être prise à 25, au détriment de Varsovie et de Budapest, placés devant le fait accompli et aussi dans une situation critique car, derrière leur malsaine arrogance, se love un criant besoin de fonds pour ranimer leurs économies. Encore faut-il en convaincre les pays dits frugaux qui ont failli faire capoter le projet. Et les convaincre vite car les aides financières doivent circuler au sein de l’Union et le plus tôt sera le mieux.

Cet épisode traduit le malaise européen dans son ensemble, nombre de pays de l’Union étant gagnés par l’influence des populistes. Celle-ci, depuis la pandémie, est certes en recul, comme on peut le constater en Italie où la Ligue, le parti de Matteo Salvini, perd des points à chaque élection, au profit de la coalition dirigée par Giuseppe Conte, issu du mouvement Cinq étoiles. Depuis qu’il est président du Conseil des ministres, il est apparu comme un remarquable leader. Avec les aides financières, l’Union renforcera son économie menacée par le virus. Avec le retour à l’État de droit pour tous, elle sauvera son âme.

RICHARD LISCIA

 

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D’Obama à Trump

Barack Obama
(Photo AFP)

L’ancien président des États-Unis (2007-2017), Barack Obama poursuit le publication de ses mémoires (La Terre promise)∗. S’il offre peu de révélations, il expose une philosophie à des années-lumière des expériences parfois douloureuses du monde d’aujourd’hui.

L’OUVRAGE est sévère pour quelques-uns des chefs d’État ou de gouvernement qu’il a rencontrés, par exemple M. Sarkozy ou David Cameron (Premier ministre britannique) ou plus élogieux, par exemple Angela Merkel. Ce qui compte, en réalité, ce sont les circonstances familiales et historiques qui ont conduit le jeune Barack à faire carrière dans la politique malgré les objections de son épouse Michelle, à être élu sénateur, puis battre Hillary Clinton aux primaires de 2006 et être élu président des États-Unis.

C’était, pour  les Noirs américains, une revanche bienvenue après l’esclavagisme, puis la ségrégation et le racisme. Le président Obama a été réélu à un second mandat, ce qui laissait penser en 2012 que la société américaine avait surmonté durablement sa longue crise raciale et que le rêve américain devenait possible pour n’importe quelle minorité. Le double triomphe d’Obama cachait pourtant une rage, une colère, un ressentiment enfouis jusqu’alors dans le tréfonds de la société et qui a donné lieu à une éruption volcanique. Le passage direct d’Obama à Trump démontre que, si le choix d’un président noir avait été un immense progrès, celui d’un président xénophobe et raciste incapable d’exciper d’autre chose que ses terribles défauts,  était, pour la moitié des Américains, le remède à la pilule Obama qu’elle n’avait toujours pas digérée.

Le legs d’Obama.

L’ex-président a donné un entretien à François Busnel,  chroniqueur littéraire à la télévision, ce qui aura suffi à apaiser la nostalgie de nombre de Français qui ont gardé de ce président américain, encore jeune et élégant, un souvenir ébloui. Sans doute aurait-il pu faire, pendant ces huit années au pouvoir, plus et mieux. Mais nul ne saurait lui nier sa classe, sa démarche souple et fluide héritée du basket, sa distinction et son charisme (qui nous changent de la grossièreté et de la sémantique vulgaire de Trump) ni la force d’une vision du monde qui, si elle avait été mieux mise à contribution, aurait pu ébranler quelques montagnes.

Personne n’a oublié les hésitations, souvent catastrophiques, d’Obama, par exemple quand il a refusé d’engager en Syrie les troupes américaines, amorçant de la sorte une série d’abandons au Proche-Orient et livrant François Hollande à la pire des solitudes. Personne n’ignore qu’il s’est lancé dans une campagne de séduction du monde arabo-musulman, ce qui n’a eu aucune influence sur le terrorisme mondial. Et personne, dans son propre parti, n’a vu venir le cataclysme que représentaient la candidature et la victoire de Trump.

Pourquoi Trump a-t-il failli être réélu ?

Aussi est-on en droit de formuler sur Barack Obama des jugements mitigés. Mais on ne reste pas insensible au charme de l’homme d’État qui parle en philosophe et n’a jamais été aussi libre de s’exprimer que depuis qu’il a quitté la Maison Blanche. On ne le regrette pas uniquement pour ce qu’il est, à mon avis un honnête homme, mais à cause du successeur qu’il a eu, une sorte d’antithèse d’Obama qui a tout fait pour éradiquer l’influence qu’il a laissée, par exemple le système d’assurance-maladie, comme s’il réglait un compte personnel.

On est donc saisi par le doute : pourquoi les Américains, qui ont accepté un président noir pendant deux mandats, n’ont-ils pas voulu d’une femme blanche au même poste ? Pourquoi, après un bond en avant pour l’affranchissement des minorités, pour la lutte contre les inégalités et pour  l’environnement, cette incroyable régression, comme l’Amérique n’en avait pas connu auparavant ? Et pourquoi le courant réactionnaire s’est-il tellement renforcé au point d’être totalement aveugle aux bouffonneries d’un clown qui a soumis la plus grande puissance mondiale à ses caprices infantiles et à son narcissisme ?

Pour battre Trump, il a fallu rassembler au sein du même parti toutes les forces de la gauche et du centre. Si Trump, sans gagner, a fait un score aussi impressionnant, c’est qu’une moitié de l’Amérique, loin d’être révulsée par son comportement de psychopathe, s’estime fort bien représentée par lui. On est content de ce qu’Obama soit là, qu’il ait soutenu Biden, qu’il publie des livres pour diffuser ses idées. On est content aussi de ce qu’un membre prestigieux de la communauté noire des États-Unis soit un esprit de haute volée. Mais on est inquiet de ce que, loin d’enthousiasmer tous les Blancs et tous les Noirs à la fois, il ait laissé la place à un individu qui concentre toutes les tares humaines. Ce n’est pas parce que Trump est ce qu’il est que ses compatriotes votent pour lui. Ils l’ont choisi malgré ce qu’il est et même s’il allait les entraîner dans une effroyable mésaventure. Voilà le fonds de l’affaire : le racisme massif et durable d’une moitié du peuple américain.

RICHARD LISCIA

∗  848 pages, Fayard

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Policiers et libertés

Il y a deux ans à Caen
(Photo AFP)

Le gouvernement souhaite faire adopter par le Parlement une proposition de loi intitulée « Sécurité globale » qui renforce la protection des policiers et gendarmes dans l’exercice de leurs fonctions. La gauche est vent debout contre ce texte, tandis que reste posée en France la manière dont on contrôle les manifestations.

C’EST l’article 24 de la proposition qui pose problème. Disons d’emblée que, du point de vue des forces de l’ordre, leur sécurité ne sera pas améliorée par le floutage systématique des photos et videos qui pullulent sur Internet. Les journalistes ont le contrôle des images qu’ils diffusent et dont il est facile de retrouver la trace. Mais n’importe quel manifestant ou casseur peut laisser, grâce à son téléphone, des images impérissables, sources de procès et de polémiques. La proposition de loi a pour objectif de faire la synthèse entre le respect de la liberté d’expression et la nécessaire sécurité personnelle des policiers et gendarmes. Elle entraîne une riposte doublement négative : la colère de la gauche et de l’extrême gauche et le mépris de l’extrême droite qui, par la voix de Jordan Bardella, considère qu’il s’agit d’une « bonne mesure », mais qui reste « dérisoire ».

Un privilège féodal.

Personne ne se déclarera surpris par de telles déclarations, toutes inspirées par le combat électoral. Certes, le gouvernement pense principalement aux manifestations rituelles qui, en France, relèvent de la tradition mais qui, hélas, sont passées de l’atmosphère bon enfant à la violence et à la destruction. Les braises des incendies passés ne sont toujours pas éteintes. Les revendications des gilets jaunes, qui n’ont jamais perdu le contact en tant que groupes, ont été financièrement satisfaites mais de nouvelles exigences sont apparues avec la crise pandémique. La police et la gendarmerie, c’est comme l’hôpital : elles sont indispensables à la bonne santé du pays et au retour de l’ordre dans une époque où tout différend social se transforme en combats de rue. À noter qu’une fois encore, le Rassemblement national pose les bonnes questions, comme le disait jadis Laurent Fabius. Et même, dans ce cas, il apporte des réponses qui méritent un peu d’attention quand il propose un juge dans chaque Hôtel de Police pour que le casseur ou le manifestant qui a agressé des policiers reçoive une rétribution immédiate. La REM et LR ne sont nullement hostiles au renforcement de la protection des forces de l’ordre. Mais les manifestants y voient un privilège féodal qui leur est accordé.

Le retour des gilets.

On trouve là l’un de ces nœuds gordiens qu’il est difficile, sinon impossible, de trancher. Le droit de manifester doit assurément rester inviolable. Le droit de blesser, casser ou tuer doit être aboli. Il n’existe pas encore. Mais, malheureusement, toute manifestation entraîne aujourd’hui des conséquences graves. Il n’est pas concevable que des policiers ou gendarmes soient poursuivis pour avoir obéi aux ordres. Il ne l’est pas davantage pour des personnes qui ont été éborgnés par les lanceurs de balles (LDB), toujours à la disposition des policiers et qui devraient disparaître de leur arsenal. La proposition de loi ne sera pas inutile si le législateur se décide à protéger le flic et le manifestant  contre leur propre violence. Mais il est très possible aussi de se contenter des lois dont nous disposons déjà et de les appliquer avec un peu d’ardeur. Ce n’est pas toujours facile, s’agissant d’une justice frileuse, en conflit avec son ministre, et qui pense davantage au citoyen, souvent présenté comme une victime, qu’à la loi et à l’ordre.

Personne en tout cas ne peut nier cette dérive profonde de la société française vers toujours plus de violence et il ne s’agit plus, aujourd’hui, de brandir la liberté comme l’étendard de toutes les causes, y compris les pires, les moins cohérentes et les plus hypocrites. Où en sont les gilets jaunes aujourd’hui? Leur violence a payé : elle a coûté 17 milliards à l’État, mais cet acquis a été englouti par les conséquences économiques et sociales de la pandémie. La chute du PIB a lessivé les classes moyenne et pauvre. La « bataille », s’il en faut une, doit repartir de zéro. Grâce aux réseaux sociaux, les gilets jaunes n’auraient aucun mal à relancer un mouvement. Mais pour quoi faire ? Pour accuser le pouvoir d’avoir déclenché l’épidémie en France ? L’exécutif et ses contempteurs mesurent aujourd’hui l’incohérence des exigences de ceux-ci et les gages offerts par celui-là. Ce sont des centaines de milliards qui ont été jetés dans la fournaise de la récession.

RICHARD LISCIA

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Covid : la carotte et le bâton

 

Macron et Castex
(Photo AFP)

Les déclarations fréquentes mais contradictoires du gouvernement sur l’évolution de la maladie, la résistance acharnée des petits commerces, le noble désir des croyants de poursuivre la communion à l’église forment un débat à somme nulle : les pouvoirs publics ne peuvent pas déconfiner et la France doit continuer à produire si elle ne veut pas tomber dans la faillite. 

DEPUIS le début du fléau, le fossé entre dirigeants et dirigés ne fait que s’élargir. Nos gouvernants semblaient, ces derniers jours, perdre le contrôle de la pandémie. Qu’ils parlent aujourd’hui de son ralentissement tout en maintenant une discipline sévère explique plus leurs errances que leur maîtrise de la circulation du virus. Cependant, il est facile et hypocrite de les juger au moment où ils affrontent trois grands malheurs à la fois, la pandémie, les difficultés économiques et sociales, l’incertitude sur ce que sera l’avenir immédiat. On n’a pas vu vraiment que les partis d’opposition, à ce jour, disposent d’une martingale propre à soulever l’optimisme ni qu’ils attirent vers eux la popularité dont l’exécutif est privé. Je demeure convaincu que notre plus grand ennemi est l’indiscipline, en dehors des inévitables voyages en transport public pour ceux qui ne peuvent recourir au télétravail. De cette indiscipline, nous  avons vu un échantillon ignoble quand trois ou quatre cents personnes se sont réunies dans une maison de Joinville-le-Pont pour y faire une fête si tonitruante qu’il a fallu leur dépêcher la maréchaussée.

La stratégie des imbéciles.

On ne saurait critiquer les catholiques qui réclament la messe ni les libraires qui souhaitent rester ouverts. On peut même se lancer dans une longue algarade sur la liberté d’expression et l’accès à la culture, on sera sûr de gagner. Comme si la mort était négociable, comme si « l’immunité collective », stratégie des imbéciles, puisqu’il s’agit d’avoir des millions de malades et des centaines de milliers de morts pour que le virus disparaisse enfin. C’est un calcul cynique, celui qui a sans doute prévalu pendant quelques semaines aux États-Unis et en Grande-Bretagne. C’est une politique de Gribouille dès lors que l’on offre au virus les victimes qu’il cherche aveuglément. Elle a fait des ravages sanitaires mais elle a surtout ravagé les esprits fragiles de ceux qui y ont cru. Comment, dans un contexte aussi sérieux, présenter des revendications dont le résultat inévitable est de créer de nouveaux clusters ? Je sais ce qu’on dit : si on prend le métro pour aller sur son lieu de travail, on peut aussi à l’église. Sauf que le travail est indispensable au fonctionnement de l’économie, pas les lieux de culte. À aucun moment, ce gouvernement n’a choisi de sacrifier une partie, fût-elle faible, de la population pour alléger la pression sur les soignants. Cela n’empêche pas le public de hurler à la cantonade ses revendications catégorielles.

Une longue hibernation.

En somme, nous avons été conviés depuis mars dernier à une longue, très longue hibernation. Je conseille aux clients des librairies de relire les ouvrages qui ont jalonné l’histoire de la culture et aux catholiques de prier chez eux, de méditer, même si leur souhait est de communier avec leurs coreligionnaires. L’équilibre, le retour à la normale, la fin de l’épreuve sont au bout d’un effort dont aucune autorité en la matière ne peut dire quand il pourra cesser. Dans ce domaine également, les réseaux sociaux ont accompli leur travail de sape, en défendant le mécontentement, la colère, la hargne avec des arguments de joueur de bonneteau. Là aussi, on aura assisté à une vaste opération de désinformation permettant à des gens démasqués de dire que le gouvernement en fait trop et on se demande bien pourquoi, quel est son dessein, son projet, pourquoi il nous fait ça. Sans doute parce que l’exercice du pouvoir conduit tout naturellement au cannibalisme. Que tout pouvoir finit par dévorer ses enfants. Que la fête est vicieuse et l’enfermement vertueux. Qu’il était bon de diminuer la pollution. Qu’il était utile de réduire la mortalité routière. Qu’il faut, en tout cas, changer notre mode de vie. Que nous avons tout à gagner à préférer la sobriété. Je plaisante, bien sûr, mais au fond n’a-t-on pas joué, avec le confinement et les gestes-barrières, la répétition de la pièce planétaire que nous jouerons quand il sera temps de mettre un terme au réchauffement climatique, c’est-à-dire le plus tôt possible ?

RICHARD LISCIA

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Biden conforte son avance

Biden ou le soulagement
(Photo AFP)

Le dépouillement des suffrages se poursuit dans les États américains contestés et le résultat définitif (et incontestable) pourrait ne pas être connu avant plusieurs jours. Ce qui n’ôte rien à l’avance de Biden qui bénéficie plus que Trump du vote par correspondance.

PERSONNE ne rejoint Donald Trump dans son négationnisme électoral. Que l’administration américaine de chaque État soit démocrate ou républicaine, elle continue vaillamment le dépouillement des votes  dont 99 % est acquis avec des avances variables en faveur de Biden. De toute façon, le candidat démocrate l’a déjà largement emporté contre son adversaire puisque, depuis le 5 novembre, il a la majorité absolue (et même plus) du vote des grands électeurs. Au niveau des institutions, sinon chez ceux qui ont voté Trump et sont convaincus qu’il y a eu une fraude massive sans en avoir la moindre preuve, il n’y a pas lieu de se livrer à des recours judiciaires contre la fraude, comme le font avec un empressement désespéré les avocats du président sortant.

L’attente d’un « miracle ».

Donald Trump se bat, en conséquence, sur le terrain qu’il a choisi et qui est glissant. Peut-être n’est-il pas inutile, si l’on veut se débarrasser définitivement de lui, de le laisser courir vers de nouvelles humiliations susceptibles d’empêcher son comeback en 2024. Sa femme, sa fille et son gendre lui auraient conseillé de concéder sa défaite pour toutes les raisons inscrites dans un nouveau combat perdu d’avance. Ses deux fils, au contraire, l’encouragent à tenir bon, mais jusqu’à quand ? Trump ne peut pas s’opposer au déroulement inéluctable du calendrier électoral. Il ne peut pas rester à la Maison Blanche au-delà du 20 janvier prochain. Jamais un président élu n’a obtenu autant de voix populaires, comme l’a fait remarquer Joe Biden qui, sans jamais prononcer le nom de Trump, n’hésite pas à décrire son agenda et se comporte déjà en président qui travaille et n’a pas une minute à perdre. L’idée qu’une surprise miraculeuse, venue du ciel, accorderait un second mandat à Trump, est à la fois exclue et infantile, même si elle est partagée par les 70 millions d’électeurs de Trump.

Populisme pas mort.

En outre, il ne faut pas s’étonner que, en dépit d’un bilan très discutable, le président sortant ait pu recueillir autant de voix. Les élections présidentielles américaines se terminent rarement par un large écart. Joe Biden a tout de même cinq millions de voix d’avance sur Trump, ce qui lui donne la majorité en voix d’électeurs et en voix du collège électoral. On peut donc dire que chacun des deux adversaires a accompli un tour de force, Trump parce qu’il a obtenu une minorité nombreuse malgré une gestion cacophonique des États-Unis et Biden parce que, en dépit d’un populisme triomphal, il a renversé la vapeur. On souligne dans le monde entier la puissance du trumpisme et on a raison. Il témoigne d’une fracture profonde et durable de la société américaine. Il se manifestera encore sous toutes les formes possibles, par les urnes ou par la violence. Il fait peser une ombre sur le placide Biden dont la riposte besogneuse constitue peut-être le meilleur argument. Mais, chez les analystes, on ne discerne pas la logique qui les autoriserait à dire que le miracle, dans cette affaire, c’est d’avoir empêché le président-candidat d’obtenir un second mandat. Le premier a déjà fait des ravages considérables, éthiques, sanitaires, sociaux. Le second aurait sans doute privé l’Amérique du rebond vertueux auquel elle a droit.

L’heure de réflexion.

En effet, ce pays est encore réparable. Il ne l’aurait pas été si Trump avait obtenu quatre années de plus. Sa vision était destructrice, son protectionnisme un combat de boxe commercial, sa diplomatie une tension permanente qui n’a mis à genoux ni la Corée du Nord, ni l’Iran, ni les talibans en Afghanistan, son isolationnisme une recette parfaite pour priver les États-unis de leur influence dans le monde, son négationnisme environnemental une arme de destruction massive contre la faune et la flore. Il faut se rappeler que la très compétente Hillary Clinton a été vaincue par Trump alors qu’elle représentait le seul choix raisonnable offert au peuple américain ; et que, en quelque sorte, l’électorat  s’est ravisé. Il a perçu, clairement ou vaguement, un immense danger. Les démocrates se sont sauvés eux-mêmes et sauvé leurs adversaires républicains, pour qui l’heure de la réflexion est venue : ont-ils besoin de sombrer dans la démagogie, de contribuer à la scission nationale, de refuser tout compromis et de mobiliser contre le parti démocrate la haine du peuple ?

RICHARD LISCIA

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Sarkozy blanchi ?

Le soulagement de Sarkozy
(Photo AFP)

Ziak Takieddine, actuellement réfugié au Liban pour échapper à la justice française, a démenti ses précédentes allégations selon lesquelles il avait remis cinq millions d’euros dans trois valises à Nicolas Sarkozy lors de la campagne électorale de 2016. La somme était censée venir du pouvoir libyen, alors détenu par Mouammar Kadhafi. La droite estime que « la vérité éclate enfin ».

IL EST LOGIQUE de se demander à quel moment Takieddine, sulfureux intermédiaire entre la Libye et la France, ment et à quel moment il dit la vérité. Du côté de la justice, on rappelle que le dossier, si minutieusement élaboré contre l’ancien président, contient des accusations exprimées par d’autres parties. Elles n’ont pas plus de crédibilité puisqu’elles émanent d’anciens affidés de dictateur libyen, lui-même assassiné lors de la révolution qui déchire encore son pays. M. Takieddine a fait ses déclarations à Paris Match et BFMTV et fournit une exégèse de ses déclarations contradictoires : dans un premier lieu, il a voulu échapper à des juges qui le harcelaient ; dans un second lieu, touché par la grâce, il a voulu exonérer M. Sarkozy. Il est très improbable que la justice conclue par un non-lieu. C’est une particularité bien française ; un juge ne se trompe jamais et donc ne se dédit jamais, quitte à ce que la procédure aboutisse à une relaxe ou un acquittement à la fin de la procédure quand on a oublié les noms de ceux qui poursuivaient leur proie.

Aucune preuve.

Pour Nicolas Sarkozy, tenu comme n’importe qui de défendre son honneur et dont la carrière politique pourrait se poursuivre, les propos de Takieddine arrivent comme le printemps après l’hiver. On serait tenté de demander à ses amis d’avoir une patience comparable à celle de la justice si on ne nourrissait le soupçon que les investigations ont été conduites à charge, avec peut-être des arrière-pensées politiques et avec le concours empressé de certains médias disposés à prendre parti contre un ancien président qui, à gauche, a soulevé de vives inimitiés. Le point essentiel de toute cette affaire, c’est que les juges, pétris de soupçons, ne disposent d’aucune preuve, et qu’ils se contentent de comparer le cas de M. Sarkozy à celui d’une flopée d’élus qui ont trempé dans des affaires similaires et ont été condamnés.

Ce qui se rassemble s’assemble, n’est-ce pas ? En l’absence d’aveux, on peut toujours soupçonner. Sauf que, dans un dossier très politique, l’hypothèse élaborée relève plus du cinéma d’action que de la réalité, que les témoignages fournis par d’anciens dirigeants  libyens pouvaient logiquement être inspirés par un ardent besoin de vengeance après l’intervention française qui a empêché Kadhafi de s’emparer de la Cyrénaïque rebelle, et que les scénarios proposés par des hommes incapables de la moindre impartialité ne sont soutenus par aucune preuve sinon une déclaration écrite d’un ancien Premier ministre libyen dont la crédibilité est proche de zéro, en admettant même que le document soit réel.

Réformer la justice.

Comme le dit Robert Badinter, il faut préférer la relaxe d’un coupable à la condamnation d’un innocent. Les juges le savent mais, par passion pour le dossier impliquant M. Sarkozy, ils n’ont pas songé un instant à faire la leur la conviction de l’ancien Garde des sceaux. Le problème n’est sûrement pas M. Sarkozy, dont le sort ne soulève de compassion que chez ses thuriféraires, il est celui du fonctionnement de la justice en France. On peut être sûr qu’Éric Dupont-Moretti, l’actuel ministre de la Justice, dont la magistrature observe l’action avec mauvaise humeur, est conscient, lui, du problème. Il sait à quels murs il s’est heurté quand, en tant qu’avocat, il défendait des malheureux qui, n’ayant pas l’envergure d’un ex-chef d’État, étaient livrés pieds et poings liés à des jurys plus inspirés par leur « intime conviction » que par le savoir des experts. Comme nombre d’institutions nationales, la justice française a besoin d’une réforme. Des préoccupations sanitaires et économiques nous en éloignent. Elle n’en est pas moins indispensable et urgente.

RICHARD LISCIA

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Le monde vote Biden

Mark Esper, ministre limogé
(Photo AFP)

Les chefs d’État et de gouvernement du monde occidental, sinon tous ceux de la planète, ne semblent pas vouloir entrer dans la polémique entre les démocrates et les républicains sur l’issue de l’élection présidentielle américaine : ils ont félicité Joe Biden pour sa victoire. Ce qui n’empêche pas Donald Trump, soudainement très isolé dans son bureau Ovale et dans ses récriminations assorties d’un limogeage collectif des principaux dirigeants de la Défense, de diffuser des tweets rageurs, déconnectés de la réalité.

PARMI les partisans étrangers de Biden, on note Emmanuel Macron, Angela Merkel et, malgré la perspective d’un immense accord commercial entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, Boris Johnson, qui n’a pas été le moins chaleureux avec Biden. M. Trump mesure ainsi l’étendue de sa solitude sans paraître se douter qu’elle résulte de son entêtement.

Même la First Lady, Melania, lui aurait conseillé de concéder sa défaite, selon plusieurs chaînes de télévision.  L’ultime garde rapprochée du président sortant continue à défendre son comportement et surtout les recours judiciaires qu’il a mis en œuvre dans les quelques États où les décomptes ne sont pas terminés et qui, s’ils aboutissaient à un résultat favorable à Trump, ne suffiraient pas à lui donner la majorité en voix électorales et encore moins en voix populaires.

Une sorte de coup d’État.

Seulement quelques journaux à tendance conservatrice appuient la démarche du président en exercice qui, depuis samedi dernier, a perdu néanmoins le soutien de Fox news, chaîne de télévision conservatrice jusqu’à présent entièrement acquise à Trump et dont la rédaction, dans une sorte de geste libérateur, a donc décidé de rejoindre le chœur des partisans de Biden et de diffuser des commentaires goguenards, comme celui d’hier qui conseillait au président-élu d’accorder d’emblée à Trump les États disputés puisque, de toute façon, cela ne suffirait pas à lui donner la majorité.

Le président battu fait parler ceux qui, ayant tout misé sur lui, sont entraînés dans sa chute ; le chef de ses avocats, Rudy Giuliani, ancien maire de New York qui est devenu la tache de sa profession en insistant sur la légalité et l’utilité des recours et en faisant de la victoire de Trump le « fait alternatif » qui remplace la vérité unique et universelle ; le secrétaire d’État (ou ministre des Affaires étrangères), Mike Pompeo, qui ne craint pas de prononcer un bref discours dans lequel il prétend qu’une calme et saine transition vers un second mandat sera assurée ; un des fils de Trump qui clame à une foule de journalistes incrédules que la fraude électorale est massive alors qu’il n’en a pas la moindre preuve. Trump, seul dans son bureau, ne se prive pas de tweeter ses habituelles calembredaines. Et, après avoir limogé Mark Esper, le secrétaire à la Défense, il a encore sorti ses deux adjoints pour faire place nette au Pentagone qu’il espère intimider et rallier à ses idées, dans un effort désespéré qui ressemble à s’y méprendre à un coup d’État. Cet homme est dangereux.

Un fantôme à la Maison Blanche.

Ses folles initiatives, en effet, indiquent sa volonté de rester au pouvoir, malgré l’écrasante réalité du scrutin, malgré la puissance des institutions (qu’il a toujours méprisées : ah ! comme il envie Poutine et Xi Jinping, ses deux ennemis préférés), malgré l’embarras des élus républicains qui, après l’avoir soutenu parce qu’il est incroyablement populaire, craignent maintenant qu’il déclenche une guerre civile. Elle demeure improbable pour au moins une raison : si le compte des suffrages est d’une lenteur agaçante, il devra être terminé avant la réunion en décembre du collège électoral qui désignera le vainqueur. Puis une nouvelle élection partielle aura lieu au début du mois de janvier pour désigner les deux sénateurs de Géorgie, lesquels n’ont pas pu être départagés par le scrutin du 3 novembre. Enfin, il faudra bien que le 20 janvier, Trump ait fait place nette pour permettre à Biden de gouverner.

Certes, tous les scénarios existent, qui relèvent plus de la science fiction que de la politique. Entretemps, l’éléphant aura cassé beaucoup de porcelaine dans le magasin et peut-être aura-t-il enfin concédé officiellement sa défaite, ce qui n’est pas sûr. Et sans doute n’assistera-t-il pas à une passation des pouvoirs qui, pour un homme tel que lui, si narcissique, fantôme de la Maison Blanche hurlant sa rage, serait une grande humiliation. Déjà la campagne de Biden s’efforce d’avoir accès aux fonds prévus pour financer la transition et se heurte au dernier mur, celui des fonctionnaires que la présence due Trump à la Maison Blanche terrorise.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Trump a déjà raté sa sortie. Il en a fait une bataille grotesque où il a perdu le résidu de sa crédibilité. Certes, la moitié du peuple américain croit viscéralement en lui ; certes il a dévoyé le parti républicain (qui doit maintenant se refonder et abandonner des positions à la fois destructrices et suicidaires) ; certes, il a su capter un courant que les démocrates n’ont pas vu venir, mais dont le président-élu a compris la puissance. Mais il n’y a pas dans cette âme la moindre once de compassion, le moindre gramme de grâce, la plus petite dose d’élégance. Il bout de fureur. La colère accroît sa passion destructrice.

RICHARD LISCIA

 

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Covid : le vaccin

Un essai en Allemagne
(Photo AFP)

Pour la première fois, les Laboratoires Pfizer ont annoncé hier qu’ils avaient mis au point, en phase clinique, un vaccin contre le coronavirus, efficace à 90 %, mais dont la durabilité n’a pas été précisée, et pour cause. Cette annonce apporte une lueur d’espoir à tous les pays, notamment à la France, où la pandémie ne cesse de progresser.

PAR LA voix de la Commission de Bruxelles, l’Union européenne a indiqué qu’elle achèterait 300 millions de doses de ce vaccin ; lequel ne sera mis sur le marché que dans trois mois mais permettra vraisemblablement de mettre un terme au cycle des confinements et des déconfinements. Le nombre de 300 millions pourrait n’être qu’un début si le vaccin anti-Covid devient obligatoire et si les Européens veulent immuniser la totalité de la population. Malheureusement, 46 % des Français sont hostiles à toute forme de vaccination et le gouvernement aura beaucoup de mal à les convaincre. Cependant, l’immunisation de 54 % de nos concitoyens devrait largement suffire pour obtenir une immunisation collective. La campagne de vaccination n’est pas pour demain. Le vaccin doit être certifié par les autorités sanitaires européenne et française et il ne sera mis sur le marché que si sont établis de nombreux paramètres, innocuité, absence d’effets secondaires, constance de l’immunité pendant au moins un an.

Ne pas relâcher la discipline.

L’existence du vaccin risque d’avoir les mêmes résultats négatifs que ceux du déconfinement, qui avait déclenché le laxisme de la population et s’est traduit par une deuxième vague dont les personnels hospitaliers, les enseignants et les malades paient aujourd’hui le prix. Il est donc essentiel de conserver les gestes barrières et les mesures anti-contagion qui sont en place aujourd’hui, et de ne pas préférer les joies de Noël aux risques de contamination. Les autorités sanitaires doivent dès maintenant établir un protocole de vaccination massive en dressant la liste des priorités, en commençant par les soignants et les personnes vulnérables, soit qu’elles aient d’autres pathologies, soient qu’elles aient dépassé l’âge de 65 ans. Non seulement le lancement de la campagne n’aura pas lieu avant la fin de l’hiver, mais elle durera plusieurs mois.

Jubilation à la bourse.

Les bourses mondiales ont salué la découverte du vaccin par Pfizer par une hausse énorme des valeurs, atteignant 7,5 % à Paris. L’industrie pharmaceutique, mais aussi celles des voyages, ont atteint des sommets. Cette réaction excessive de la bourse, qui n’attendait que ce signal pour grimper de plusieurs échelons, n’est pas irrationnelle. Si les fabricants de vaccins bénéficient de ce nouvel atout, ce qui est logique, il est également évident que les populations vaccinées pourront voyager beaucoup plus facilement que pendant les périodes de confinement. D’autres vaccins, qui font l’objet d’une recherche acharnée et enfiévrée, devraient être mis au point dans les semaines qui viennent, ce qui pourrait nous éviter une sordide compétition des États pour l’accès au vaccin. Quoi qu’il en soit, il est remarquable que la mise au point d’un premier vaccin n’ait pris que dix mois, alors que d’autres infections, comme le Sida, n’ont toujours pas de vaccin, au bout de 37 années de recherche. Il est vrai que les nations les plus riches ont pris en charge les milliards d’euros nécessaires aux investissements, ce qui leur a permis en outre de prendre le contrôle de la mise sur le marché, la répartition et la distribution du vaccin.

RICHARD LISCIA

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