Biden : nouvelle ère

Joe Biden hier
(Photo AFP)

Joe Biden a donné une vigueur exceptionnelle à son envol en se présentant comme le chef de « tous » les Américains, en tendant la main à l’ensemble de ses concitoyens et en remplaçant le rapport de forces entre majorité et minorité par l’alternance démocratique.

ON ATTENDAIT de M. Biden qu’il fît un discours historique. Il faut ici souligner la forme et le contenu de son adresse à la nation. L’homme qui bégayait encore il y a quelques années a prononcé sans notes un discours de près d’une demi-heure qui décrit son programme pour les quatre années de son mandat. Il y a mis cette compassion qui est devenue sa marque mais il a mis en garde les séditieux en répétant qu’ils « ne gagneront pas », qu’ils « ne gagneront jamais ». Il s’agit donc à la fois de changer quelques millions de votes et de livrer aux « terroristes intérieurs » une guerre sans merci.

Aucun incident.

À noter qu’aucun incident ne s’est produit, grâce à la surveillance militaire, ce qui, du coup a atténué le malaise créé dans le monde par le sac du Capitole. À l’Amérique divisée et affaiblie non seulement par le Covid mais aussi par l’immense fossé qui sépare deux parties presqu’égales de la population, il demande un sursaut, un retour à la raison et à la confiance. Il a même eu cette formule assez belle : « Nous agirons non pas en montrant l’exemple de la force, mais en montrant la force de l’exemple ». Joe Biden est l’alter ego de John McCain, sénateur républicain de l’Arizona, un maître du compromis avec les démocrates, décédé d’un cancer il y a quelques années, qui aurait fait un bon président mais a échoué face à Barack Obama.

Soutenu par le monde des affaires.

Il n’y a peut-être pas de quoi nous rendre ivres de bonheur, et encore moins de s’abîmer dans le culte de la personnalité, ce qui ne constitue pas l’objectif de Biden. Mais pour tous ceux qui, sur la planète et pas seulement aux États-Unis, voyaient l’Amérique sombrer dans une sorte de cinquième dimension, c’est un soulagement. Le verdict des urnes a balayé Ubu-Roi et l’a remplacé par un homme d’État qui combattra les atteintes à la démocratie, mais respectera le peuple, a déjà signé 15 décrets présidentiels pour donner la direction de son action, multi-latéralisme, dialogue avec les alliés, fermeté avec les adversaires. Nul ne doute qu’il fera très vite sa priorité du combat contre le Covid et organisera une campagne fédérale de vaccination massive. Nul ne doute qu’il apportera aux plus pauvres un nouveau soulagement financier. Il se trouve que, depuis que Biden est candidat, curieusement, le monde de la Bourse et des affaires a lâché Trump et joué la victoire de Biden.

Trump sera occupé.

Toutes sortes d’éléments favorables sont donc réunies pour assurer le succès de sa gouvernance. Nombre de commentateurs français qui, pourtant, craignaient que Trump ne l’emportât, ont choisi la rigueur pour le juger. Je veux bien que l’on perçoive les immenses difficultés qui attendent Biden. Mais on peut aussi souligner ses atouts. Il n’est pas certain, par exemple, qu’il retrouve Trump sur son chemin ; que la procédure de destitution lancée par les démocrates pour destituer le président sortant aboutisse ou non, il devra faire face aux enquêtes judiciaires qui seront lancées contre lui et ne retrouvera pas aisément le niveau minimum d’éligibilité qu’il avait en 2016 ; Trump a donné rendez-vous à ses partisans en 2024 « sous une forme ou une autre », il n’est pas exclu qu’il soit contraint de les appeler à manifester contre sa mise en détention éventuelle. La pandémie peut aussi être jugulée par une campagne massive (et fédérale) de la population et vous assisterez assez vite à un rebond exceptionnel de l’économie, avec des créations d’emplois et des jours meilleurs pour les foyers.

La question existentielle des républicains.

Il y aura sûrement un apaisement des relations internationales qui sera obtenu par le dialogue et la fermeté. Biden reprendra ses responsabilités à l’Otan et ne désignera pas l’Union européenne comme « une entité pire que la Chine », ce propos scandaleux que Trump a prononcé. Les États-Unis sont déjà retournés à la conférence de Paris sur le climat et à l’OMS, reviendront à une Otan qu’ils n’ont jamais quittée, mais resteront fermes avec Pékin et Moscou. Biden, cependant, défendra âprement les intérêts de son pays, y compris face à ses alliés. Il poursuivra ainsi un mouvement amorcé par Barack Obama dont il fut le vice-président pendant deux mandats. Il donnera de l’air aux immigrants, il a déjà gelé les fonds pour le financement du mur avec le Mexique. Il régularisera le sort des « dreamers », ces 800 000 jeunes venus d’Amérique latine pour étudier aux États-Unis et qui souhaitent y rester. Une révolution morale est en train de succéder à un coup de force contre les institutions. Enfin Biden s’est entouré d’une équipe de rêve, une concentration de talents et d’expérience qui assurera le suivi des décisions, tandis que le parti républicain se posera sa grande question existentielle : est-ce que ça vaut encore la peine de soutenir un président défait qui, en s’attaquant aux institutions, a obéré la carrière de ses amis ?

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Inceste : la déferlante

Olivier Duhamel
(Photo AFP)

Publié au début du mois, le livre de Camille Kouchner relatant le viol de son frère par leur beau-père, Olivier Duhamel, a déclenché dans les réseaux sociaux une vague de révélations indignées par d’anciennes victimes de crimes identiques. La justice s’est emparée du cas Kouchner et le problème posé aujourd’hui est d’en faire un crime imprescriptible.

PAR RAPPORT au crime, la naïveté de l’immense majorité des gens est toujours mise en défaut. Certaines statistiques parlent d’un enfant sur dix qui, en France, aurait été victime d’agressions sexuelles et la plupart de ces agressions sont commises par des membres de la famille. Ce n’est donc plus seulement la nature de l’infraction qui est dénoncée, c’est le nombre très élevé de cas. Il ne peut être diminué que par une peur croissante du gendarme. Il est admis que les enfants devenus adultes éprouvent de vives difficultés à faire savoir ce qu’ils ont enduré. Et ils ne peuvent réagir que lorsque, enfin maîtrisant leur propre existence, ils peuvent se retourner contre leur bourreau. Ce processus prend des décennies et n’aboutit pas forcément. Le frère de Camille Kouchner a appris à reconstruire sa vie. Il n’était pas très enthousiaste quant aux révélations que sa sœur s’apprêtait à faire. Il est certain qu’elle a remué un passé douloureux et qu’il retourne à un moment de sa jeunesse qu’il préférait oublier.

Des martyrs.

De fait, « la Familia grande », du nom de l’ouvrage de Mme Kouchner, expose le microcosme qui n’a cessé, depuis la révolution morale de 1968, de se complaire dans les libertés nauséabondes qui menaçaient de détruire la famille en bénéficiant de son extrême indulgence, son apathie, et de la loi du silence. C’est une autre façon de dire que l’intelligence et la culture, associées à une accumulation de pouvoirs, conduisent à des actes intolérables qui transforment les victimes en martyrs, parfois tout le long de la vie, parce qu’elles ont honte et peur. Il y aurait une « tradition » de l’inceste en France depuis des siècles ; elle serait liée à l’alcoolisme dans les milieux agricoles ou urbains et pauvres et, avec le slogan soixante-huitard « Il est interdit d’interdire », elle aurait gagné les milieux intellectuels. Les révélations faites par la presse depuis le début du moins sont à cet égard effarantes, dans la mesure où elles montrent de signes avant-coureurs ou des symptômes qui auraient échappé à l’opinion publique, comme Daniel Cohn-Bendit qui a mentionné dans un de ses livres son attirance pour les enfants, ou l’affaire de Gabriel Matzneff qui n’a jamais hésité à écrire et, surtout, à s’enorgueillir, des rapports amoureux qu’il entretenait avec des enfants.

Les enfants doivent être protégés.

À part un incident télévisé avec François Bayrou, qui lui reprochait son comportement, Cohn-Bendit s’est fort bien tiré de cette affaire. Matzneff, pour sa part, a tout perdu, à commencer par les subventions versées par l’État à son « talent », que la prospérité n’a pas récompensé. Ce qui est remarquable et montre à quel point la société française s’est adaptée à une étrange évolution des mœurs, fondée essentiellement sur l’oubli de l’éthique, c’est qu’il y a eu toute une époque où l’on ne s’émouvait guère de la tendance à ce qui voulait passer pour du libertinage alors qu’il s’agissait d’une grossière violation des droits humains là où les enfants et adolescents devaient être sûrs d’avoir la garantie de la protection affectueuse du reste de la famille. Cette période est bel et bien finie et les violeurs en puissance feraient mieux de prendre une douche froide et ne pas s’aventurer sur ce terrain. Il n’existe pas d’amour familial qui ne soit complètement désintéressé et la mère doit protéger ses enfants, parfois contre leur père ou beau-père.

La France se réveille.

En ce sens, Camille Kouchner ne se contente pas d’obtenir un succès de librairie, elle a réveillé la France, qui s’aperçoit soudainement qu’elle avait perdu toute vigilance face à un crime fréquent et dévastateur qu’elle ne peut plus laisser impuni. Il faut donc le rendre imprescriptible comme les crimes contre l’humanité, car c’en est un. On ne peut pas admettre que les pulsions du violeur soient admises et ne soient pas jugées ; elles n’ont aucune légitimité, même si, de toute évidence, elles sont irrépressibles, ce qui veut seulement dire que le coupable est un justiciable et un malade qui doit être soigné. On ne peut pas abandonner enfants et adolescents à leur désespoir : leur incapacité à se défendre est largement documentée, elle ne constitue pas une circonstance atténuante pour l’agresseur. Les explications sinistres données par les violeurs ne diminuent en rien leur culpabilité ; celles que fournissent ceux « qui savaient » mais ne savent plus comment se dépêtrer de cette affaire et parmi lesquels on compte quelques célébrités, devraient éviter de passer par les radios et chaînes de télévision. Même s’ils ne sont coupables que de complaisance, ils portent un fardeau accablant qui suffit à les discréditer  définitivement.

Pour se garder de toute chasse à l’homme, il faut qu’une loi soit rédigée et adoptée. Il faut, comme on dit, que la peur change de camp. Il faut donner aux enfants le droit de s’épanouir dans un monde d’affection et d’amour, et surtout dans le respect de leur corps et de leur charme. Il faut un temps pour chaque maillon de la vie, pour l’enfance, pour l’adolescence, pour l’âge adulte. Le pire, c’est qu’on en est à le rappeler.

RICHARD LISCIA

 

Publié dans Non classé | 3 commentaires

La fin de Trump

Biden, l’homme calme
(Photo AFP)

C’est à dessein que j’écris ce titre car je crois qu’il est plus important d’écarter Donald Trump du pouvoir que d’y installer Joe Biden. Ce qui ne veut pas dire que Biden ne dispose pas des moyens de gouverner, bien au contraire.

C’EST DEMAIN, à midi (18 heures, heure de Paris) que Biden jurera, une main sur la Bible, qu’il protègera la Constitution américaine pendant les quatre années de son mandat. Aux États-Unis, la laïcité n’est pas défendue comme en France : on y affirme sa religion comme l’a fait le vice-président Mike Pence, qui, en se présentant en 2016 à ceux qui l’acclamaient avait déclaré : « D’abord je suis chrétien », un peu comme si les autres n’avaient pas d’importance ou comme si ses racines religieuses suffisaient à le légitimer dans ses nouvelles fonctions. Joe Biden a eu le temps de prouver ses capacités pendant la campagne : un sang-froid exceptionnel quand ses concurrents semblaient le distancer dans les primaires ; puis quand, une fois adopté presque par défaut par le parti démocrate, il est resté insensible, je dirai même de marbre et n’a pas bougé un cil sous les railleries et sarcasmes incessants de Donald Trump ; puis quand, au soir du 3 novembre, le début du décompte des voix paraissait favorable à Trump, ce qui a conduit le candidat démocrate à déclarer que de toute façon, il allait gagner. Une telle assurance, une telle confiance en soi et dans son pays apparaissaient soudain comme le socle d’une légitimité qu’il retrouva in fine dans les urnes avec un vote populaire et électoral largement majoritaire.

Des gestes désespérés.

La défaite a accentué le comportement hallucinant de Trump. Elle lui a dicté des gestes désespérés, comme la tentative de soudoyer le secrétaire d’État de Géorgie, d’utiliser tous les recours et judiciaires possibles devant des tribunaux, y compris la Cour suprême, qui l’ont débouté, de réaffirmer sa « victoire » sur les réseaux sociaux qui ont fermé ses comptes, de demander à ses nervis de marcher sur le Capitole et de le saccager, de tenter, encore hier, de publier un décret autorisant Européens, Britanniques, Brésiliens et autres à entrer librement aux États-Unis, Covid ou non. Il est encore président, non ? Non, ont répondu les démocrates qui ont annulé le décret, sans que le moindre élu républicain ne puisse s’y opposer. À deux jours de l’inauguration du 46ème président, c’est la première décision anti-Trump que Biden ait osé prendre. Il était temps.

La réconciliation est-elle possible ?

Trump a marqué son pays au fer rouge. Il a perdu avec 81 millions d’électeurs ; il a signé le fossé immense qui sépare les villes et la campagne, la dérive de la moitié du peuple vers le néo-fascisme, l’invasion du Parlement par une foule de voyous, la haine des institutions que le président-élu de 2016 avait juré de protéger. Cette fois, le parti républicain, qui avait accueilli la candidature de Trump avec des réserves, mais qui s’était rapidement soumis à sa puissance, a arraché ses racines, oublié Lincoln, opté pour une philosophie cynique composée de sophismes, de mensonges, de faits alternatifs, d’une vérité artificielle. La moitié du peuple qui a élu Biden ne peut se débarrasser de l’autre moitié, elle doit se réconcilier avec elle, elle doit passer des compromis avec elle, elle doit la ramener à la raison. C’est, bien entendu, une tâche énorme, peut-être hors de portée des talents multiples qui composent déjà la galaxie de Joe Biden. Mais, d’une part, il n’a pas le choix car il ne peut pas attirer les séditieux dans les rets de la Constitution s’il n’applique pas en toute occasion les principes énoncés par la Loi fondamentale. Et, d’autre part, oui, l’équipe de Biden est composée de personnalités expérimentées, qui ont déjà gouverné, qui, avant même de résoudre les problèmes aigus de la société américaine actuelle, les ont analysés et commencent à concevoir les moyens de s’y adapter.

La sobriété de Biden est une vertu.

Biden est âgé, mais ne fera qu’un mandat. Il est calme, ce qui est une vertu dans le vaste désordre américain. Il a déjà annoncé qu’il démantèlerait les constructions conçues par la démence trumpiste, le Mur du Mexique, la sortie de la conférence contre le réchauffement climatique, l’absence à l’OTAN et à l’Unesco, l’immobilisme diplomatique, toutes sortes d’attitudes qui ont consacré la plus forte régression des États-Unis en quatre ans : pertes de marché, perte d’influence, abandon de l’Afghanistan, de l’Irak et de la Syrie, indifférence pour la Libye, inertie face à la pandémie, mesures insuffisantes face à l’écroulement de l’économie et à la montée du chômage et, enfin, hystérisation des partisans de Trump par un discours trompeur. Il y a encore des gens futés pour dire que Trump a établi le plein emploi et accru le taux de croissance, mais sans mentionner le recours à la planche à billets et aux emprunts ; il y en a qui pensent, et à raison, qu’il a rapproché les pays arabes d’Israël, mais sans régler le problème palestinien ; bref, il y a des gens qui, sous la démagogie,  croient déceler des succès en trompe l’œil. Biden ne changera pas ce qu’il y a pu avoir de positif dans l’action de Trump, mais soyons sûrs que si Trump avait obtenu un second mandat, le recul américain eût été historique et peut-être irréversible. La question n’était donc pas, pour les Américains, d’élire un bon président. Elle était de se débarrasser de Trump. Ils l’ont fait.

RICHARD LISCIA 

 

Publié dans Non classé | 2 commentaires

Le courage de Navalny

Navalny hier à l’aéroport de Cheremetyevo
(Photo AFP)

Après cinq mois de convalescence en Allemagne où il a été soigné à la suite d’un empoisonnement, le dissident russe Alexei Navalny a été arrêté dans un aéroport de Moscou immédiatement après son arrivée.

ON SAIT BIEN pourquoi Navalny a tenu à rentrer en Russie. Il n’ignorait pas le sort que lui infligerait le régime de Vladimir Poutine : une nouvelle incarcération. Les services secrets russes, déjà soupçonnés d’avoir imbibé les vêtements de Navalny avec un poison qui leur est familier et a servi à tuer ou rendre malades d’autres dissidents russes, le Novi-Tchok, ont fait atterrir son avion dans un aéroport différent de celui qui était prévu et ont escamoté le dissident à l’abri de ses partisans, réunis en vain dans le premier aéroport. Sa conduite est-elle suicidaire ? Il a expliqué qu’en tant qu’exilé, il ne servait à rien. Il ne peut agir qu’en Russie, en énonçant les atteintes aux libertés généreusement prodiguées par Poutine, qu’en expliquant à un peuple excessivement docile qu’il est en réalité asservi, en attirant à bon escient les foudres du Kremlin pour mieux démontrer qu’il y a quelque chose de pourri dans l’empire du tzar.

Le retour au glacis soviétique.

L’Europe et les États-Unis ont aussitôt dénoncé la répression contre un homme pacifiste qui ne lutte qu’au moyen de la parole. À quoi Poutine a répondu « qu’ils feraient mieux de s’occuper de leurs affaires ». Il joue une partie où il est toujours gagnant : il n’existe pas de sanction, morale ou commerciale, qui puisse faire reculer le maître du Kremlin; il associe le mensonge (il continue à affirmer que ses services ne sont pour rien dans l’empoisonnement criminel de Navalny) à un rapport de forces en sa faveur, l’Europe et l’Amérique étant affaiblies par la pandémie et par leurs propres divisions. Mais il est toujours resté insensible aux critiques qui pleuvent sur lui et sur son régime ; il a fait emprisonner et tuer de nombreux dissidents et journalistes ; il a muselé la presse ;  il a lentement mais sûrement reconstitué le glacis soviétique sans avoir reconstruit l’URSS ; il étend son influence en Géorgie, en Ukraine, au Bélarus ; il est plus proche des dictateurs que des démocrates : il poursuit son action militaire en Syrie, en Libye, en Arménie et ailleurs, souvent en se rendant complice d’un autre échantillon de la dictature internationale, le Turc Recep Tayyip Erdogan, les deux hommes jouant au jeu de la manipulation réciproque.

La collusion Trump-Poutine.

Poutine est aussi celui qui a fait adopter des lois qui font de lui un président à vie. Au début des années 2000, il cachait son pouvoir en déléguant ses fonctions de président à Dmitri Medvedev. Aujourd’hui, il ne prend plus de gants avec ses ambitions, clairement affichées : il est le boss, le patron, le tzar. Il a même inscrit dans la Constitution l’impossibilité de le poursuivre après sa retraite. C’est donc un modèle pour Donald Trump, qui a toujours rêvé d’abolir la Constitution américaine pour asseoir définitivement son règne sur les États-Unis. Si Trump a un faible coupable pour Poutine, c’est parce que, comme lui, il méprise les régimes démocratiques. Navalny se dresse contre cette forme de pouvoir inébranlable et totalement dépourvue de scrupules. Le dissident considère le régime russe comme un cauchemar et fait le rêve d’une Russie libérée, dotée d’institutions reposant sur le suffrage universel et des élections libres. Il tente, mais en vain, de secouer le peuple russe, immobile, comme s’il était victime d’une fatalité historique.

La tâche insurmontable de Navalny.

La tâche de tous les dissidents dans des pays sous le joug est compliquée par l’affaiblissement de l’Europe et des États-Unis. Poutine et d’autres se moquent des difficultés de l’Union européenne et de la « plus puissante des démocraties ». Il les menace en faisant voler ses avions de guerre en rase-mottes au-dessus de la flotte de l’Otan en Mer Baltique ; il soutient en Europe les régimes qui souhaitent s’affranchir de la règle de droit. Bien entendu, on ne sait rien des effets de la pandémie sur la santé des Russes ; on sait en revanche que le budget russe est lourdement grevé par une crise économique qui n’a guère augmenté le pouvoir du Russe moyen. Il demeure que tout ce qui peut arriver de mal aux Européens ou aux Américains est pain bénit pour Poutine. La présidence de Trump a disparu en partie à cause de ses liens avec le Kremlin. Mais Poutine ne peut que se réjouir de la régression des États-Unis pendant les quatre années écoulées. Navalny, seul, peut-il vaincre Poutine ? Rien ne se fera en Russie sans le soulèvement du peuple. On en est loin.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | Un commentaire

Vaccination : l’injustice

Vaccination d’un professionnel de santé
(Photo AFP)

Commencée à tâtons, la campagne de vaccination contre le Covid piétine, l’afflux des patients éligibles dépassant, et de loin, les capacités d’absorption. C’est une injustice faite aux demandeurs. Démonstration par l’exemple.

JUSQU’À la conférence de presse tenue hier par Jean Castex et ses ministres, la campagne vaccinale avait démarré dans une grande confusion, les centres de vaccination probables refusant de prendre des rendez-vous et les mairies étant dépassées par d’innombrables appels. La création d’un numéro de téléphone national et de sites Internet dédiés n’a pas arrangé les choses : personne au bout de la ligne, les sites restant obstinément muets. Le gouvernement a constaté quelques bonnes évolutions de la pandémie, à savoir que les fêtes de fin d’année n’ont pas accru la contamination exagérément. Il a adopté le couvre-feu à partir de 18 heures pour tout le pays, la réouverture des écoles, et promis l’accélération de la vaccination dont les Français peinent à trouver les effets positifs ou rassurants. Un exemple : il était impossible, jusqu’à aujourd’hui, d’obtenir un rendez-vous, fût-il aux calendes grecques, certains sites qui, quelques  heures plus tard, figuraient sur la liste du gouvernement, refusant d’admettre qu’ils allaient être engagés dans la campagne.

Les vaccino-optimistes.

Les personnes éligibles pour une vaccination en janvier, c’est-à-dire les plus de 75 ans, sont restées en rade et il est bien peu probable qu’elles obtiennent un rendez-vous avant le mois de mars. Les solutions apparentes, telle que la vaccination en dehors du périmètre communal, ne montrent pas davantage la disponibilité des centres désignés. De toute évidence, la logistique mise en œuvre est insuffisante : manque de soignants, de vaccins et manque d’ordre chronologique des demandes. La bonne nouvelle est que la campagne vaccinale a fait des enthousiastes et que les vaccino-sceptiques de naguère deviennent de grands amateurs de l’immunité, mais la mauvaise est qu’ils encombrent les sites et le téléphone. Que les plus audacieux se font parfois vacciner alors que ce n’est pas leur tour. Que l’éligibilité par l’âge et la co-morbidité ne fonctionne pas.

Indifférence des fonctionnaires.

Cette crise qui accompagne une campagne souhaitée par les plus raisonnables d’entre nous nous prive d’un ultime espoir : celui d’échapper un jour au confinement et au couvre-feu, de nous rendre la liberté d’avoir des loisirs et de travailler. Conscient que la demande est plus forte que l’offre, le gouvernement multiplie les réserves sur les prochaines étapes et prévoit davantage de nouvelles mesures coercitives que de donner à tous la chance d’être vaccinés dans les meilleurs délais. Le plus consternant, dans cette affaire, c’est l’indifférence avec laquelle sont accueillies les demandes des gens éligibles forcés de passer par Internet et ses infinies exigences de sécurité et de fonctionnalité, le mutisme des fonctionnaires chargés d’accueillir les personnes âgées venues spécifiquement jusqu’à eux pour exprimer leurs doléances et leur demi-sourire face à l’incompréhension de leurs interlocuteurs.

Une cause nationale.

La vaccination est pourtant une cause nationale et, à terme, le seul moyen d’en finir un jour avec la pandémie. Elle exige donc un sursaut général pour en faire une procédure aussi simple que la vaccination contre la grippe. Les grandes pharmacies, désireuses de vacciner, ont été laissées à l’écart alors qu’elles auraient pu absorber leurs clients, qui ont confiance en elles. Les médecins généralistes n’ont pas été consultés, sans doute parce qu’ils ne peuvent pas associer leur intervention à une lourde logistique. Il faut préciser que le vaccin Pfizer-BioNtech, une fois sorti du réfrigérateur, est valable pendant cinq jours, assez de temps pour vacciner de nombreux patients, pourvu qu’on les informe qu’ils peuvent s’adresser à leur médecin ou à leur pharmacie.

Certes, il y aura un jour de vaccination pour ceux qui le souhaitent. Mais tous les patients ont vécu en 2020 une année accablante et ils espéraient que, en 2021, ils retrouveraient la possibilité, et même la garantie, de recommencer à faire des projets. Pour beaucoup, il n’en est rien. La quête du nouveau Graal doit trouver un jour pour la première injection, ce qui décidera de la seconde. De mois en mois, nous finirons par terminer l’année sans avoir pris un moment de répit, comme en 2020. C’est lassant et c’est injuste, surtout pour ceux qui ont des familles à l’étranger et qu’on ne laissera pas voyager tant qu’ils n’auront pas été immunisés.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | 3 commentaires

Trump aux abois

Trump : la curée ?
(Photo AFP)

L’effort des démocrates de la Chambre des représentants en faveur d’une destitution de Donald Trump est peut-être voué à l’échec, mais il a un objectif politique à long terme.

EN APPARENCE, la démarche des démocrates, qui ont voté hier une demande de destitution du président en exercice, ressemble à un feu d’artifice sans lendemain. En réalité, il s’agit d’une tentative qui, même si elle n’obtient pas les 67 suffrages requis au Sénat, a pour vocation d’éliminer une fois pour toutes le président, encore en exercice pour six jours, de la vie politique. Un président qui fait l’objet de deux procédures d’impeachment pendant son mandat, c’est sans précédent. Il a été largement battu le 3 novembre dernier, mais la moitié du pays le soutient encore. Il ne quittera donc la Maison Blanche que pour préparer son retour en 2024. Le mandat de Joe Biden, aussi légitime qu’il soit, sera soumis à l’influence de l’opposition républicaine.

La justice attend de pied ferme.

Techniquement, les démocrates du Sénat doivent convaincre 17 collègues républicains pour obtenir l’impeachment, ce qui est peu probable. Mais au moins sera-t-il dit que M. Trump doit s’extraire définitivement du monde politique. Certes, la question vient vite aux lèvres : à quoi bon cette procédure contre un homme qui, de toute façon quittera la Maison Blanche le 20 janvier à midi ? Elle demeure utile pour signifier à l’opinion américaine que l’autoritarisme, le mensonge ou le cynisme ne sont plus les leviers de la démocratie américaine. Les élus démocrates se sont servis de la très grave atteinte aux institutions à laquelle Trump s’est livré au début du mois lorsqu’il a ordonné à ses nervis d’envahir et de saccager le capitole. Bien entendu, cet acte criminel ne saurait rester sans réponse et Trump en répondra après le 20 janvier, une armée de procureurs étant prête à monter un dossier d’accusation.

La nature du fléau.

L’inconvénient de cette procédure est que non seulement elle risque fort de ne pas aboutir, mais qu’elle galvanisera les troupes de Trump et qu’elle accentuera l’énorme clivage qui sépare les deux Amériques. Elle empoisonnera même le début du mandat de Joe Biden qui ne bénéficiera d’aucune période de grâce. Elle creusera les divisions. Mais une mesure forte devient indispensable devant la nature du fléau. Derrière Trump, il n’y a pas seulement l’incroyable absence d’éthique qui le caractérise, il y aussi des électeurs qui, s’ils ne vont pas tous au Congrès pour terroriser les élus, se rangent dans le camp du GOP (Grand Old Party). Censuré ou non par les réseaux sociaux, Trump s’arrange toujours pour communiquer avec ses millions de soutiens. Il est capable de rendre impossibles les réformes sanitaire, économique et sociale dont les États-Unis ont un criant besoin. Il n’est donc pas excessif de le livrer par tous les moyens à la justice. Il faudra le rendre inéligible.

La rage des démocrates.

Dans cette bataille, la passion et l’émotion, la colère et même la rage des démocrates, tiennent la première place. Le calcul politique n’en est pas moins élaboré : il s’agit de préserver l’avenir, de mettre les élus républicains devant les responsabilités qu’ils n’ont pas voulu assumer depuis quatre ans, et d’offrir une alternative à la soumission frileuse à un homme qui a trahi sa mission. Ils sont tous affreusement partagés entre une loyauté à Trump qui leur a permis, à ce jour, de garder leurs fonctions, et un sens de l’histoire qui leur commande d’adopter une attitude plus rationnelle à l’égard des faits. Dans le premier cas, ils font durer un malaise qui aggrave la crise politique américaine ; dans le second, ils seront classés comme traîtres par une forte fraction de leurs électeurs. De ce point de vue, les jours qui viennent seront décisifs. Le réalisme veut que l’impeachment ne sera pas prononcé. Le chaos politique peut néanmoins produire un nouveau coup de théâtre à la mesure de la tempête qui ravage le pays.

Le bout du nez du fascisme.

Joe Biden envisage son mandat comme celui d’une réforme générale soutenue par un début de réconciliation entre démocrates et républicains. La phase ouverte par Nancy Pelosi, puissante présidente de la Chambre des représentants, nuit à cet espoir. En même temps, le bannissement de Trump peut rassurer les sénateurs républicains : ils ne craindront plus le retour de manivelle et feront leur choix en fonction non pas en tant que vassaux de Trump mais en tant que patriotes. Les démocrates viennent d’infliger au pire des présidents américains une rétribution politique sans égale. Se réclamer de Trump aujourd’hui, c’est évidemment faire un mauvais choix, tomber dans le camp des séditieux, nier la légitimité du suffrage universel. Trump est arrivé au pouvoir avec un dédain de la loi, de la Constitution et du droit. Il y est parvenu en enthousiasmant des foules qui ignorent ce qu’elles doivent à ces valeurs fondamentales de la démocratie américaine, celle-là même qui tente, non sans vigueur, de se débarrasser du poison populiste et, au-delà, de la montée du fascisme.

RICHARD LISCIA

 

Publié dans Non classé | Un commentaire

Montebourg sort de sa tanière

Arnaud Montebourg
(Photo AFP)

Arnaud Montebourg, ancien ministre de François Hollande, a laissé entendre qu’il serait de la partie présidentielle, créant à gauche une émotion discrète chez les autres candidats potentiels, mais affirmant ainsi que les dés ne sont pas jetés.

MONTEBOURG candidat ? C’est son droit. Cependant, depuis qu’il a été évincé de l’exécutif (avec Benoît Hamon qui, du coup, a créé son propre parti), il a fait dans le privé un parcours qui n’a pas mis en valeur ses qualités de dirigeant. L’opinion  éprouvera quelques difficultés à comprendre ses orientations. Il suffit d’admettre que, s’il peut s’opposer à Anne Hidalgo, déjà en campagne, par ses idées clairement plus à gauche, il est en capacité d’attirer la frange extrême des électeurs socialistes incarnée par les frondeurs d’autrefois ainsi que nombre de partisans de Jean-Luc Mélenchon. Sa candidature est donc crédible, pour autant qu’il ne commette pas, pendant ce parcours semé d’embûches, les faux-pas et les écarts de langage dont il est coutumier.

La recherche de l’équilibre.

Toute expérience étant utile, sa traversée du désert, du moins le suppose-t-on, n’aura pas manqué de refroidir ses emportements. Dans une élection, il faut s’adresser au plus grand nombre, il faut éviter d’indisposer un électorat pour en combler un autre, il faut, en quelque sorte, maintenir un équilibre de type centriste, celui-là même qui, naguère, a si bien réussi à Emmanuel Macron, mais auquel il ne peut contribuer qu’en atténuant sa passion pour la Sixième République, horizon qu’il partage avec M. Mélenchon. La campagne de la présidentielle aplanit les arêtes les plus saillantes. La notion même de compromis traduit une trahison toujours possible du programme de départ. Il y a les idées neuves et il y a la prudence des électeurs.

Un homme de son temps.

À l’heure qu’il est, et en toute objectivité, M. Montebourg ne fait pas le poids contre Mme Hidalgo. Mais il a l’énergie du populisme auquel elle est très réticente et si, face à la puissance de sa logorrhée, elle se contente de son discours habituel, de gauche, certes, favorable à l’environnement, certes, mais respectueux de toutes les formes de combat politique, il pourrait tourner des millions de têtes. En d’autres termes, et compte tenu de l’hystérisation de la politique qui profite aux Le Pen, aux Mélenchon, aux Verts fanatisés, il fera bonne figure dans la campagne. Il est à la fois un cheval de retour et un homme de son temps. Il a le bon âge et la prestance. Il possède une expérience et, s’il veut chambouler les règles régissant notre économie, il part d’excellents sentiments. Ce n’est pas qu’Anne Hidalgo ne les partage pas, mais elle n’a peut-être pas l’énergie, la vigueur et la passion qui feraient d’elle une candidate conforme au spectacle que l’électorat attend d’une campagne électorale.

La confusion perdure.

On sait que la gauche est sortie effondrée de l’élection de 2017, ce qui a fait qu’ils sont plusieurs à en ramasser les morceaux, une émulation que l’on jugera sympathique mais qui ne résout en rien les divisions qui séparent candidats avérés et potentiels. Devant un tel désordre, les vocations sont multiples et les candidatures sont accompagnées par l’expression de quelques certitudes et d’une arrogance de mauvais aloi. Jean-Luc Mélenchon, pour LFI, Yannick Jadot pour les Verts, Hidalgo, Montebourg, Hollande, Hamon, Royal et Faure pour le PS se prennent tous pour des candidats légitimes, tous des hommes ou femmes capables de refaire l’unité du parti, alors qu’en réalité, pendant les cinq années de répit que leur aura octroyés Emmanuel Macron, ils auraient dû sagement travailler de concert sur un programme applicable à l’effondrement non seulement du socialisme français, mais de l’économie nationale. Ils n’ont rien fait de tel et on les retrouve tous drapés dans leur personnage shakespearien, chacun différent des autres, avec des programmes spécifiques et taillés sur mesure, davantage déterminés par leurs convictions personnelles que par la faisabilité de leur action en 2022. De ce point de vue, la candidature de Montebourg suffit à décrire la confusion qui règne encore à gauche  et qui semble garantir une dispersion de l’électorat.

La candidature d’Arnaud Montebourg ne dit donc rien de ce que sera le programme de la gauche et de sa réunification. Gauche ou pas, elle est traversée par une infinité de courants et d’ambitions personnelles qui feront le miel des mêmes, je veux dire Macron et Marine Le Pen.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

La bourde de Marine

Marine Le Pen
(Photo S. Toubon)

Marine Le Pen, qui ne perd jamais une occasion de dénoncer les erreurs de l’exécutif, a mis deux mois pour reconnaître la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle des États-Unis. 

IL A FALLU, pour qu’elle y consente, que le vice-président actuel, Mike Pence, annonce la certification du résultat issu des urnes, juste après que des émeutiers d’extrême droite eurent saccagé le Capitole. Sans doute lui a-t-il paru nécessaire de se distinguer des chefs d’État ou de gouvernement européens qui, à l’unisson, n’ont pas mis 48 heures à reconnaître que le nouveau président s’appelait Biden. Mme Le Pen, avec un sens politique aigu qui fait tout son charme, voulait être sûre que les recours intentés par Donald Trump seraient déboutés. Ils l’ont tous été, ce qui ouvrait la voie à une attitude du Rassemblement national plus conforme aux faits qu’à son idéologie.

La dernière du cher Donald.

Nous avons tous compris que le point de vue du RN sur les élections américaines ne fait ni chaud ni froid aux Américains et à ceux qui les dirigent. Pour sortir de la nasse où il s’est délibérément laissé enfermer, Trump avait besoin de quelque chose d’un peu plus significatif que le soutien de Marine Le Pen. Et il est probable que Biden lui-même ignore la catastrophe à laquelle il vient d’échapper, à savoir la non-reconnaissance de sa victoire par le RN. Peu importe d’ailleurs que Trump, hier, ait confirmé une nouvelle mesure anti-française qui coûtera chaque année un milliard d’euros de vins non exportés aux États-Unis, de sorte que Marine aura objectivement contribué à l’affaiblissement de l’économie nationale. Nous n’en sommes plus à un milliard près, sauf que les viticulteurs devraient se demander pourquoi ils voteraient en 2022 pour une dame qui s’intéresse si peu à leurs intérêts.

Des fascistes révolutionnaires.

En outre, il serait utile qu’elle se livre à une analyse minutieuse du mouvement que représentent les nostalgiques de la Confédération, les réactionnaires violents, les racistes et antisémites qui peuplent cette organisation si efficace mais si dangereuse pour les institutions américaines et pour la puissance démocratique de l’Amérique. Ce ne sont pas des électeurs marqués par la bonhomie qui voudraient seulement que les grands de ce monde pensent à eux, ce sont des fascistes révolutionnaires qui ne cachent ni leur haine des autres, c’est-à-dire des non-Blancs, ni leur désir d’imposer leur point de vue au reste des États-Unis par la menace et la violence. Ce ne sont pas des gens qui, s’ils avaient l’occasion d’adouber Mme Le Pen, lui rendraient service. Ils ne règnent que par la peur, le nombre et leur aversion évidente pour la Constitution. Des Français, de quelque bord qu’ils soient, doivent-ils respecter ces énergumènes ? C’est  ce que pense notre très chère Marine qui, comme d’habitude est bien plus prompte à dénoncer l’épouvantable président Macron qu’à mettre un peu de cohérence dans son programme.

Une voie sans issue.

Bien entendu, si Trump avait réussi dans ses démarches auprès des États-clés pour inverser le résultat obtenu par Joe Biden, Marine Le Pen aurait triomphé. Il semble qu’il n’y ait eu personne, parmi les beaux gosses qui l’entourent et relaient ses propos avec encore plus de virulence, pour lui dire que la non-reconnaissance immédiate de la victoire du démocrate revenait à s’engager dans une voie sans issue. Il suffisait qu’elle m’appelât au téléphone : je lui aurais dit dès le 5 novembre qu’il n’y avait plus la moindre chance pour le Donald de gagner l’élection. Elle a confondu les certitudes contenues dans le verdict des urnes avec les faits alternatifs, rejoignant ainsi les théories fumeuses et infantiles du président le plus pervers de l’histoire des États-Unis. Elle s’est tout simplement rangée dans le camp des pires réactionnaires américains sans se poser la question de ce qui, de toute façon, allait se produire.

Elle évitera sans doute les conséquences de son très mauvais choix grâce à son faible rayonnement international. Mais, dans un mois ou dans un an, un conseiller du président Biden lui rappellera que le Rassemblement national a beaucoup tardé à reconnaître sa victoire, ce qui conduira le président en exercice à rayer de ses contacts un parti qui, désormais, ressemble comme deux gouttes d’eau à QAnon, ce mouvement d’une extrême violence qui a participé à la démolition du Capitole et causé la mort de cinq personnes. En tout cas, Marine Le Pen nous a rappelé à tous de quel bois ses idées et ses actions sont faites. Elle n’est pas capable de se projeter sur l’avenir  immédiat, de comprendre la force des institutions dans un pays démocratique, de deviner où réside le danger d’un acte plus conçu pour impressionner que pour renforcer la « cause » qu’elle défend.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | Un commentaire

Vaccin : l’outrance

Jean Rottner
(Photo AFP)

Il est incontestable que la campagne de vaccination contre le Covid a pris un temps de retard dès le départ. Il est inadmissible que, au lieu de contribuer à son accélération, les diverses oppositions politiques tirent à boulets rouges contre le gouvernement, comme si l’objectif n’était pas l’immunisation des Français, mais la chute du pouvoir.

DANS ce nouvel épisode de la guérilla politicienne, le principal est sacrifié et le contingent est exalté. La recension des erreurs de communication, des tâtonnements et des hésitations de l’exécutif suffit à indiquer que, au sujet de la pandémie, il doit se concerter avec la science médicale et prendre, à chaque initiative, des mesures précautionneuses et calculées. Les critiques qui lui sont adressées sont d’ailleurs fondées sur une grave contradiction : si l’État était allé plus vite, il aurait été facile de lui reprocher ses prises de risques ; il a choisi d’aller plus lentement, surtout pour rassurer la population à vacciner, dont une majorité n’est guère enthousiasmée par cette perspective. Si les célébrités qui nous gouvernent ne se sont pas fait vacciner publiquement, c’est parce qu’elles ne voulaient pas ignorer l’ordre chronologique de la campagne qui établit les priorités et fait passer les soignants et les personnes âgées avant les autres. L’idée que ce gouvernement ne peut commettre que des erreurs, qu’il ne peut rien commencer qui ne soit déjà un échec, que l’incompétence et l’ignorance sont au pouvoir, est insignifiante comme tout ce qui est excessif.

« Scandale d’État ».

Elle est aussi anormalement disproportionnée par rapport à la lenteur de la campagne : scandale d’État, déclare Jean Rottner, président LR de la région Grand-Est, si le débarquement de juin 1944 avait été organisé comme cette campagne, il aurait échoué,  affirme Anne Hidalgo qui n’a pas encore terminé l’extermination des rats dans les jardins et les parcs de Paris, allons acheter des vaccins à Cuba, réclame Jean-Luc Mélenchon qui n’a pas compris le problème et qui n’est pas « rassuré » par le vaccin de Pfizer, comme s’il se rangeait déjà parmi les citoyens hostiles à la vaccination, lui-même affligé d’un variant cubain du Covid. N’en jetez plus : nous avons compris. Pour vous, la vaccination, ultime espoir pour éradiquer la pandémie, n’est pas le combat prioritaire. Vous luttez pour 2022. Le virus est l’instrument de votre projet pour le renouvellement du mandat présidentiel. Si le pouvoir trébuche, vous le faites tomber avec un croche-pied. Vous n’aurez de cesse, en toute circonstance, qu’il ne soit à terre et qu’il y reste. Mais, patience ! Vous aurez bientôt tout le loisir de le confondre, de le combattre à la loyale, sans invoquer, comme l’a fait le président du Sénat, Gérard Larcher, le document de 58 pages qu’il serait indispensable d’avoir lu avant d’être vacciné. Non, ce texte n’existe pas, riposte le ministre de la Santé, Olivier Véran, et les cent mille vaccinés ont-ils été soumis au préalable à la lecture ?

Déchirements internes.

La cacophonie des insultes, des outrances verbales, des épithètes historiques accompagne le chaos des idées contradictoires, d’un activisme électoral prématuré, comme la constitution de groupes pour un tel ou tel autre, uniquement formés pour défendre un homme ou une femme contre ses concurrents à l’intérieur du mouvement. Ils se déchirent entre eux alors qu’ils doivent s’unir pour l’emporter. Il n’y aura pas de candidat de gauche crédible qui ne soit soutenu par tous les socialistes et par les Verts ; il n’y aura pas de candidat de droite susceptible de faire un score valable s’il ne rassemble pas la totalité de son camp et une partie de la République en marche et même du RN.

Nous connaissons ce syndrome.

S’ils veulent aller plus vite que la musique, penser à 2022 avant de lutter contre le virus, qu’ils commencent par adopter la bonne stratégie. Qu’ils mettent fin d’eux-mêmes à ce fracas politique, symptôme alarmant d’une société dont les membres aiment beaucoup plus s’entendre parler qu’agir et aider les soignants à s’occuper de leurs patients. La qualité du jeu des partis ne cesse de se dégrader. Personne n’a plus honte de sa propre hypocrisie, jamais le politiquement correct n’a fait autant de dégâts, jamais on n’a autant songé au pouvoir non en imposant ses idées et son plan mais en démolissant l’adversaire. La confusion de propos parfois sectaires, incohérents, nourris d’arguments contradictoires aboutit à une somme négative qui ne résout en rien une crise aux aspects multiples qu’aucun gouvernement, depuis 1945, n’a eu à affronter. Nous connaissons ce syndrome. Nous l’avons vu à l’œuvre aux États-Unis et nous avons assisté au début d’anarchie qu’il a créé. Qu’il nous soit au moins permis de douter que ceux dont l’objectif se résume au remplacement de nos gouvernants actuels soient capables de faire mieux qu’eux.

RICHARD LISCIA 

Publié dans Non classé | 7 commentaires

Pédophilie : un fléau

Le livre de Camille Kouchner
(Photo AFP)

Camille Kouchner, fille de l’ancien ministre Bernard Kouchner, publie un livre, « La familia grande », dans lequel elle accuse son beau-père, le politiste et universitaire Olivier Duhamel, d’avoir violé son frère il y a une trentaine d’années.

M. DUHAMEL, très connu du public de la télévision, a démissionné de toutes ses fonctions, notamment des cours qu’il a donnés pendant de longues années à Sciences Po. L’affaire a fait un bruit énorme avant même la publication du livre de Camille. Bernard Kouchner avait épousé la sociologue et universitaire Evelyne Pisier. Ils ont eu trois enfants, Camille, et deux jumeaux, l’un nommé Julien et l’autre surnommé « Victor » par Camille. Ils ont divorcé et Evelyne s’est mariée en secondes noces avec Olivier Duhamel. C’est à ce moment, à la fin des années quatre-vingt, que s’est produit le drame. Et c’est seulement aujourd’hui qu’éclate le scandale.

Indulgence et complaisance.

L’attaque de Camille a pris Olivier Duhamel par surprise et l’a laissé sans voix. Il croyait sans doute que le temps écoulé le mettait à l’abri de toute poursuite. S’il est probable que les faits sont prescrits, il est certain que la honte met un terme à sa carrière. L’affaire met en jeu des familles de célébrités françaises, les Pisier, les Kouchner et les Duhamel qui, toutes, appartiennent au milieu intellectuel parisien et se situent à un niveau de savoir et de notoriété au-dessus de tout soupçon. Elle a été racontée dans tous les médias et dans « le Monde » en particulier, qui a publié cette semaine un récit détaillé de deux pages. Il ne s’agit pas d’un fait-divers, mais d’un fléau dont l’exemple fourni par les révélations de Camille montre qu’il traverse la totalité de la société française et que personne, puissant ou misérable, n’est à l’abri. Dans le cas ainsi révélé, un homme mûr a littéralement détruit la vie d’un adolescent et, pire encore, a bénéficié de l’omerta familiale, de l’indulgence de son épouse, de la terreur paralysante des enfants et de la victime, de la complaisance de leurs amis qui, tous, auraient été informés d’un comportement répétitif d’Olivier Duhamel, homme dont le public français a toujours respecté les opinions qu’il exprimait sur les plateaux de la télévision, notamment sur LCI.

Une représentation monstrueuse de l’amour.

Entretemps, Camille est devenue avocate et il lui a fallu courage et détermination pour se livrer aussi tard à des révélations. Elle n’a pas caché ses intentions à sa famille qui lui a demandé de réfléchir, puis de faire preuve de prudence, puis, de guerre lasse, l’a laissée rédiger son ouvrage et le publier, avec le consentement de « Victor » que les explorations dans la vase d’un passé affreux auraient pu troubler et, surtout, aggraver l’ancien malaise. Il se dit que Bernard Kouchner, enfin informé, a exprimé son intention de « péter la gueule » d’Olivier Duhamel. Il en a été dissuadé par la familia grande. C’est dommage car l’incident aurait eu pour effet d’appeler des explications qui auraient contribué à l’époque à l’établissement de la vérité. Que dire, sinon qu’il s’agit moins, en l’occurrence, de faire le procès d’un homme et de son entourage, que d’affirmer la vérité en toute circonstance si on veut que cessent des agissements encouragés par la quiétude du cocon familial ? Que dire, sinon qu’on n’enterre jamais ces histoires sordides parce qu’elles constituent un mal social, un hydre à mille têtes qui sortent de la boue de loin en loin ? Se taire revient à être complice d’un crime, c’est passer par pertes et profits le sort épouvantable d’un adolescent dont l’éducation a été défigurée par une représentation monstrueuse de l’amour.

Un crime ineffaçable.

« La familia grande » jette la consternation dans un public qui croit aux règles plus qu’aux exceptions, qui se rassure en attribuant aux esprits les plus cultivés et les plus fins des vertus, des sagesses, des élans spirituels plutôt que d’irrésistibles pulsions charnelles. La pédophilie semble, en réalité, plus répandue qu’on ne le croit et elle n’épargne aucun milieu. Elle ne recule même pas devant un constant apprentissage, c’est une vague qui recouvre tous les scrupules et fracasse et emporte ce qu’il y a de meilleur chez l’agresseur et, hélas !, chez la victime. La société n’a pas besoin de se venger de M. Duhamel. Au soir de sa vie, il est frappé par l’opprobre. Quant à « Victor », même s’il semble avoir su construire avec succès sa vie d’adulte, nous savons tous qu’il ne peut pas effacer de sa mémoire la violence dont il a été victime.

RICHARD LISCIA

Publié dans Non classé | 7 commentaires