La mésentente cordiale

Boris Johnson
(Photo AFP)

Le Brexit a laissé des séquelles sévères dans les relations entre la France et la Grande-Bretagne, principalement parce que le Premier ministre britannique refuse de respecter les accords de séparation entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

LA BONNE question est pourquoi avec la France, et non avec l’UE ? En premier lieu, le phénomène est dû à l’identité du commissaire européen, Michel Barnier, qui fut chargé des négociations avec le gouvernement britannique ; en deuxième lieu, à cause de la proximité géographique entre les deux pays ; en troisième lieu parce que chaque fois que Johnson fait monter la tension entre Paris et Londres, il gagne en popularité nationale. M. Barnier, vraisemblable candidat à la présidence de la République, n’a jamais cédé ni aux injonctions du souverainisme britannique, ni faibli devant ses exigences outrancières. Certes, l’analyse des tabloïds anglais est très différente de la nôtre, mais elle est plus déterminée par les caprices populistes que par la logique.

Une attitude de façade.

La France a défendu les droits de pêche dans les eaux anglaises en vertu d’un moratoire qu’au fond d’eux-mêmes les Anglais ne souhaitaient pas appliquer. Il s’ensuit que, depuis que le royaume a pris le large, il empêche, par tous les moyens, y compris sa flotte, les pêcheurs français d’exploiter le poisson britannique, sans respecter les échéances prévues et en se moquant des difficultés des pêcheurs français. Ce n’est certes pas la première fois que les Anglais se livrent à des provocations contre la France, mais c’est une attitude de façade :  ils aiment beaucoup avoir une résidence secondaire en France et les barrières que Londres oppose au trafic entre les deux pays entraînent des déconvenues pour les Anglais comme pour les Français, notamment les centaines de milliers qui sont installés à la City.

Boris prend des risques.

La vérité est la suivante : M. Johnson était pressé de parvenir à un accord et il a fait d’importantes concessions pour y parvenir. Aujourd’hui, il préfère se dédire et tente de prouver à ses électeurs qu’il tient la dragée haute à la France, ce qui est la bonne méthode pour augmenter les tensions bilatérales. Ce faisant, il prend des risques, ce qui n’étonne pas ceux qui le connaissent. Il savait bien que, pour affirmer la souveraineté britannique, il aboutissait à l’effet inverse, la toujours possible dislocation de ce rassemblement de nations qu’est le Royaume-Uni. Qu’il ait choisi de courir un si grand danger donne une idée de son excessive témérité, le populisme réservant des gains immédiats au mépris de la politique à long terme.

Un début de dépeçage.

D’une part, il donne des idées à l’Écosse, à majorité pro-européenne, qui réclame un référendum pour parvenir à la sécession d’avec le pouvoir central. D’autre part, il refuse d’assimiler le statut de l’Irlande du Nord à celui de la République d’Irlande, déjà membre de l’UE, ce qui représente un cas d’école historique. Le Brexit, en d’autre termes, pourrait bien être un début de dépeçage de la Grande-Bretagne, les catholiques irlandais de l’Ulster réclamant, comme ils le font depuis des décennies, leur indépendance et leur probable rattachement à l’Irlande. Cette seule perspective aurait dû tempérer l’aspiration du gouvernement anglais au Brexit. Mais la caractéristique de Boris Johnson n’est pas la prudence, bien qu’il sache au fond de lui-même qu’il est capable de trahir la parole donnée. Il n’est pas moins populaire, il est relativement peu critiqué par la moitié de l’électorat favorable à  l’Europe et l’opposition travailliste demeure apathique. Toutes les conditions sont donc réunies pour que M. Johnson n’en fasse qu’à sa tête.

Tableau sinistre.

Cependant, si le Premier ministre britannique remporte quelques succès sur le front de la pandémie (mais avec une remontée alarmante des cas de contagion), les accords commerciaux qu’il a pu conclure à droite et à gauche ne compensent pas les pertes enregistrées dans le commerce euro-britannique. Au final, malaise en Irlande, nation qui a déjà énormément souffert de la guerre civile entre catholiques et protestants, premiers signes des séparatismes irlandais et écossais, provocations contre la France, le tableau est non seulement sinistre, il est anachronique par la seule volonté d’un chef de gouvernement dont la clarté des intentions est soigneusement cachée.

RICHARD LISCIA

PS-Pour le mois qui vient, je ne prendrai toujours pas les vacances que je n’ai pas eues depuis dix-huit mois. Je crois cependant qu’il serait présomptueux et fastidieux de poursuivre cette chronique quotidienne sans relâche. Je vous propose de ne traiter que les sujets d’actualité. Pour ceux qui reviennent de vacances ou ne partent pas, je suggère de jeter un œil a moitié fermé sur ce blog ; aux autres je souhaite d’excellentes vacances.

R. L.

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La violence des anti-vax

Manif’…anti-masque
(Photo AFP)

Attirant chaque samedi plus de monde, les manifestations contre la campagne vaccinale sont aussi accompagnées d’actes de violences : batailles classiques contre policiers et gendarmes, menaces ou coups adressés aux journalistes. Reporters sans frontières a porté plainte.

C’EST UN SIGNE de leur radicalisation : ils ont tellement raison que la contradiction leur est insupportable, et en même temps, ils se sentent tellement minoritaires qu’ils tentent, aveuglément, d’intimider tous ceux qui risquent d’entacher leur cause.

Voilà, du coup, qu’ils s’en prennent au corps médical, acquis à la vaccination universelle, qu’ils réclament un traitement à la place du vaccin, qu’ils bafouent la liberté d’expression au mépris de celle-là même qu’ils prétendent défendre, qu’ils se retrouvent dans la même contestation de l’État, de la Constitution et des institutions, que des femmes proches de l’imbécilité crasse parlent du « viol » de leur corps par la seringue (si ce n’est pas un fantasme sexuel, dites-moi donc ce que c’est) qu’ils affirment préserver le corps de leurs enfants, pourtant soumis dès leur plus jeune âge à onze vaccinations obligatoires (qui ont pratiquement éradiqué la mortalité infantile), bref qu’ils s’inscrivent dans un déni tellement irréductible qu’on ne saurait par décence, par respect pour son prochain, par compassion, leur infliger la vaccination.

Un effet du populisme.

C’est l’un des aspects, et pas le moins grave, de la dérive sectaire qui a gagné le monde, notamment avec l’arrivée au pouvoir de quelques dangereux populistes, parmi lesquels Donald Trump, Boris Johnson, Jair Bolsonaro et d’autres qui ont réduit la nation qu’ils dirigent à une enclave satisfaite de ses propres folies. Le phénomène existe partout en Europe (en Allemagne, il est encore plus violent) et il est d’autant plus inquiétant qu’il ne disparaîtra qu’avec la découverte d’un traitement rapide et efficace contre le Covid-19, pour autant que ces malheureux n’y voient pas une autre intrusion maléfique dans leur organisme. Le populisme est lui-même une forme de pandémie. Il va inéluctablement vers son objectif, qui est la destruction des corps. Et de la société.

Erreurs de communication.

On entend, ici ou là, des voix qui tentent de découvrir la logique de ce comportement insensé et le meilleur moyen, pour y parvenir, c’est encore de dénoncer les hésitations répétitives des pouvoirs publics, leurs messages contradictoires et empiriques, une communication qui s’adapte d’heure en heure à la réalité du moment, souvent imprévisible quelques instants plus tôt. Il est indiscutable que la pandémie a entraîné un nombre accablant de commentaires, une logorrhée universelle, des approximations, des erreurs de jugement, une cacophonie planétaire où s’est perdu le fil de la raison. De ce point de vue, c’est plus facile de dire oui ou non, de tomber dans l’obéissance sans réserves ou de sombrer dans le refus, d’inventer une cause urgente, de la défendre avec rage et passion, de prononcer des mots irréversibles, et d’y ajouter des actes de violence.

Danger public.

Mais s’il faut faire de la place au déni, quelle est la prochaine étape ? Comment vaincrons-nous le virus si nous arrêtons la campagne vaccinale ? Comment ne pas comprendre que le variant Delta, si contagieux, qui se répand avec vélocité dans une population pourtant à moitié vaccinée, trouvera alors un boulevard pour décimer les Français ? Comment les anti-vaccin pourraient-ils nous donner une leçon, eux qui menacent de mort ou d’une maladie longue les personnes les plus fragiles ? Comment ne pas situer leur responsabilité au niveau le plus grave, le moins acceptable, et ne pas les dénoncer comme un danger public ?

Liberté chérie.

Il est impossible de séparer le phénomène du contexte politique et social. Il y a, dans leur comportement, le sursaut contre toute forme d’autorité ; l’entêtement au sujet d’un choix malheureux que par fierté ils ne veulent pas reconnaître comme tel, de sorte que plus on essaie de les convaincre et plus ils s’enferment dans le déni ; il y a la nostalgie de la chloroquine, du Dr Raoult et de toutes les médecins alternatives ; et il y a, que l’on me permette de le dire, une ignorance considérable du fonctionnement des institutions. Les anti-vaccin appuient leur action sur le principe de liberté, sans jamais comprendre que c’est celle des autres qu’ils compromettent, endommagent ou effacent. La liberté, comme le reste, se partage. Et la liberté de quelques-uns ne saurait priver tous les autres de liberté.

RICHARD LISCIA

 

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La nouvelle promesse de Macron

Macron hier à Papeete
(Photo AFP)

En visite en Polynésie française, Emmanuel Macron a promis de tenir compte des souffrances des populations locales pendant les essais nucléaires (1966-1996) et d’en indemniser les victimes.

CE PRÉSIDENT si chahuté n’a jamais ralenti le rythme de son activité depuis qu’il a été élu. Il a décidé, en pleine crise sanitaire, d’aller au bout du monde où se trouvent des Polynésiens, Français du Pacifique, qui ont des reproches à nous adresser depuis trente ans, depuis que nous avons mis un terme à nos essais militaires nucléaires. Il leur a tendu la main, comme il sait le faire, et il a même prolongé son voyage vers le Sud du Pacifique puisqu’il s’est rendu aux Îles Marquises. Depuis quatre ans, il est couvert de critiques, de blâmes, parfois de quolibets et d’insultes, mais l’homme du « en même temps » est celui de la synthèse. Chaque fois qu’il le peut, il traite un dossier (celui-ci est enterré depuis plus d’un quart de siècle) tout en continuant à gérer les crises qui n’ont cessé de jalonner son mandat : dans l’avion du retour, aujourd’hui, il a présidé son conseil des ministres hebdomadaire en visioconférence.

193 essais.

Le chef de l’État a reconnu que la France avait une dette envers la Polynésie et il a pris l’engagement de traiter le dossier dans une transparence absolue. En 1966, la France de de Gaulle a mis fin aux 17 essais nucléaires effectués au Sahara. Puis, pendant trente ans, jusqu’en 1996, elle a procédé à 193 essais à Mururoa et Fangataufa. Il ne s’agissait plus du même ordre de grandeur. François Mitterrand, harcelé par les pays soucieux de mettre un terme aux dégâts causés par les essais sur la nature et sur les hommes, a suspendu la campagne d’essais pendant trois ans. Jacques Chirac les a repris aussitôt après avoir été élu, jusqu’au 27 janvier 1996. Les grandes puissances nucléaires ont alors trouvé un accord pour remplacer les essais souterrains par la modélisation. La France, n’ayant pas encore mis au point ce système, poursuivit ses essais, ce qui lui valut un tollé mondial dont Chirac ne put se débarrasser qu’en y mettant fin.

Une calamité.

C’était déjà une immense bataille autour de l’environnement, et c’était aussi la soumission du peuple de Polynésie à une calamité. Macron a reconnu une évidence : il y a des personnes irradiées dans ces îles du Pacifique et elles ont au moins droit à une indemnisation. On notera que la France s’est lavé les mains d’une catastrophe qu’elle a sciemment provoquée ; sommée d’en finir avec la pratique des essais, elle a refusé afin de maintenir son statut de grande puissance nucléaire. Dans cette affaire, Chirac s’est montré très gaullien, mais il n’a pas senti que le vent avait tourné contre les armes atomiques et que développer son stock national devenait une affaire mondiale, où le vice était dénoncé par la vertu. La critique était injuste dans la mesure où les stocks américain et russe étaient déjà infiniment plus grands que le nôtre. Mais la fin de essais a sonné comme le glas international des engins nucléaires et, bien sûr, cette décision ne souffrait aucune exception.

Un peu de justice.

Les nationalistes retiendront que Chirac a réussi à protéger le statut de la France, ce qui n’est pas négligeable quand la guerre froide réapparaît et que la Russie et la Chine expriment des ambitions expansionnistes. Les écologistes et les pacifistes se souviennent, en revanche, de ce que la France a fait aux Polynésiens. Macron, qui tient au statut de notre pays au moins autant que ses prédécesseurs, a voulu introduire un peu de justice dans notre politique nucléaire, alors même qu’il fournit un effort budgétaire pour moderniser nos moyens de dissuasion. On le lui reprochera sans doute car il est coutumier de le critiquer pour un geste inattendu, ce geste que les Polynésiens attendaient avec impatience. La France les a laissés dans l’incertitude (et la souffrance) pendant trente ans, il était normal qu’elle posât sur eux un regard un peu plus charitable.

RICHARD LISCIA

 

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La course contre le virus

Macron en Polynésie
(Photo AFP)

Si le nombre de vaccinations anti-Covid se poursuit à un rythme accéléré, celui des contaminations et des hospitalisations ne cesse d’augmenter, ce qui laisse prévoir un été particulièrement agité et une rentrée conforme à la quatrième vague.

LE PRÉSIDENT de la République voyage dans le Pacifique, mais reste très présent sur le front de la pandémie. Il a remporté au Parlement une victoire relative avec l’adoption du passe sanitaire, mais le Conseil constitutionnel pourrait en modifier certains aspects, notamment la « suspension » des salaires de ceux qui refusent d’être vaccinés. Aussi clairs que soient les messages des pouvoirs publics, la crise reste confuse et difficile à appréhender pour la plupart de nos concitoyens, qui ont cru prématurément qu’ils auraient des vacances agréables. C’était sans compter avec la virulence du variant Delta qui, progressivement, occupe tout le terrain de la contamination et qui, une fois de plus, oblige le gouvernement à changer de stratégie.

Une question psychologique.

Pendant ce temps, le mouvement de refus de la vaccination, fondé sur des arguments privés de toute logique, se développe et accroît la confusion des esprits, alors que la vaccination se présente comme l’instrument indispensable pour éviter les cas graves et les décès. M. Macron s’est servi du passe sanitaire pour remplir les centres de vaccination pris d’assaut par ceux qui veulent partir en vacances. Mais la contestation de cette politique risque d’empêcher notre progression vers l’immunité collective. On a déjà constaté, à plusieurs reprises, l’influence de la psychologie sur la campagne vaccinale, approuvée par la plupart, mais dénigrée par assez de citoyens pour freiner l’immunisation. De ce point de vue et, bien que cette fois-ci nous disposions à la fois des vaccins et des personnels, la crise sanitaire est peut-être plus grave qu’elle ne l’a été jusqu’à présent : on peut, comme le font les autorités, lutter sur le double front de la pandémie et de l’économie, on ne le peut pas si les réseaux sociaux débordent de messages contradictoires.

Été morose.

D’autant que le temps affaiblit les déterminations les plus solides. Les Français ont déjà perdu l’été 2020 et des centaines de milliards d’euros, ils auront un été 2020 à peine meilleur. Les migrations vers les lieux de loisirs nationaux ou à l’étranger ne sont pas propices à la lutte contre le virus. On fera les comptes à la rentrée, mais la seule perspective d’une rentrée pénible suffit à créer un malaise. Le président n’a pas manqué de s’en prendre à la mouvance anti-vaccin, critiquant leur argument libertaire construit sur l’indifférence ou le mépris des autres. Il s’en est expliqué avec des mots simples, accessibles à tous, mais il n’y a aucune raison de croire qu’il a été convaincant.

Ce qui est français et ce qui ne l’est pas.

Comme le corps médical, il se bat contre la déraison, alors que la simple logique n’a aucun effet sur ceux qui, ayant découvert une nouvelle cause, la haine de la vaccination, s’y accrochent avec fanatisme parce qu’elle leur permet de se désigner eux-mêmes comme les victimes d’une forme de complot d’État contre leur intégrité physique. La crise se complique avec la multitude de commentaires : même si la vaccination a largement obtenu un consensus national, les plus favorables d’entre nous sont conduits à critiquer les détails des mesures adoptées, en demandent plus, en demandent moins, ouvrant la voie aux interminables complaintes fondées sur une philosophie de pacotille. Il y a, dans l’affaire, ce qui est spécifique à la France, par exemple l’absence d’un cartésianisme pourtant fondateur, et ce qui est commun à tous les peuples gagnés par le désarroi.

Un Attila contemporain.

Le virus est une sorte de monstre transcendantal sur lequel nous n’avons qu’une influence modeste. Nous lui avons donné des propriétés humaines, avec un dessein, des objectifs, une stratégie, une ubiquité, une versatilité, une agilité tactique qui le rendraient presque magique. On est allé jusqu’à dire que le variant D est mille fois plus contagieux que le variant alpha. C’est une manière d’en faire non plus un fléau, mais une sorte d’Attila qui parcourt le monde à la tête de sa féroce cavalerie en brûlant tout sur son passage. C’est là qu’une dose de vaccin paraît bien peu utile, là où il faudrait un lance-flammes pour faire reculer l’envahisseur.

RICHARD LISCIA

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La riposte par le passe

Le rôle essentiel de Larcher
(Photo AFP)

Le passe sanitaire a été adopté dans la nuit par le Parlement, ce qui peut être considéré comme la réponse de l’État aux divers mouvements qui s’opposent à cette mesure au nom des « libertés ».

L’EFFET d’un certain nombre de décisions a été atténué par les sénateurs, par exemple le licenciement pur et simple des salariés qui refusent d’être vaccinés. Leurs revenus seront seulement « suspendus », ce qui leur permettra de réfléchir. La présentation du passe sur les terrasses des cafés et restaurants ne sera pas non plus appliquée. Ces aménagements n’empêchent pas le passe de devenir un complément utile à la vaccination afin de mieux assurer la protection des vaccinés.

Vaccinations et contaminations en hausse.

Nous sommes en effet dans une période marquée par deux évolutions contradictoires : d’un côté, le discours prononcé par le président Macron le 12 juillet dernier a déclenché une vague de vaccinations sans précédent, dont la force ne s’est pas démentie à ce jour ; de l’autre, le variant D fait des ravages, avec près de 20 000 contaminations par jour, ce qui se traduira forcément, dans moins de deux semaines et encore en pleines vacances estivales, par un engorgement des hôpitaux. Le passe sanitaire n’a pour intérêt que de contribuer aux mesures de prévention de la contamination : on a constaté qu’au moins 4 % de la population contaminée avait été vaccinée. Il disparaîtra donc quand nous aurons atteint l’immunité collective, objectif envisageable pour la fin de l’année.

Un fiasco évité.

La politique et la proche perspective de l’élection présidentielle risquaient de conduire le Parlement à un fiasco. La non-adoption du passe aurait été perçue comme un triomphe par ceux, ultra minoritaires mais tonitruants, qui continuent à lui être hostiles. C’est un bras-de-fer entre eux et le gouvernement et l’on doit se féliciter de ce que le Sénat et l’Assemblée aient trouvé un compromis  d’autant plus salutaire que les dispositions adoptées en première lecture à l’Assemblée étaient trop rigoureuses. Le débat politique s’est déroulé dans les couloirs du palais du Luxembourg (Sénat), avec, en toile de fond, la volonté de la droite de s’opposer au texte initial tel qu’il avait été adopté par la majorité présidentielle, mais de ne « couler » en aucun cas le passe sanitaire. Le président LR du Sénat, Gérard Larcher, à la fois fin connaisseur des questions de santé et des négociations parlementaires, a joué, de ce point de vue, un rôle essentiel. Il a réussi à démontrer l’utilité de la Chambre haute (souvent contestée) et aidé le gouvernement tout en lui tenant la dragée haute.

Question de discipline.

Ces « politicailleries » décrivent les grandeurs et bassesses de la démocratie parlementaire. Elles n’ont, au final, qu’un rapport lointain avec l’enjeu du débat : le mouvement contre la vaccination, parfaitement contemporain parce qu’il est parfaitement illogique, se voulait capable d’affaiblir les institutions et donc le régime. Il n’y sera pas parvenu, même si, comme c’est probable, il continue à manifester tous les samedis, comme il l’a fait avant-hier, avec des rangs grossis et une violence démesurée. Il était urgent d’adopter le passe sanitaire, car la quatrième vague a quelque chose de plus effrayant que les trois précédentes, mais aussi parce qu’il fallait démontrer à des foules capricieuses que la meilleure expression de la liberté, c’est encore la discipline individuelle.

Nous vivons une période où, de toute évidence, nos concitoyens aspirent à ignorer et à bafouer les contraintes sociales, pourtant seules capables d’assurer la cohésion de notre société. Le message des pouvoirs publics est resté centré sur l’immunité collective, jamais évoquée par les manifestants. Et pourtant, la pandémie n’offre qu’une leçon : dès lors qu’elle nous touche tous, c’est ensemble que nous la vaincrons. Il appartient maintenant au Conseil constitutionnel d’avaliser ou non le projet de loi.

RICHARD LISCIA

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Pécresse candidate

Valérie Pécresse
(Photo AFP)

Valérie Pécresse, présidente réélue de la région Île-de-France, a annoncé hier sa candidature à la présidence de la République.

LA SURPRISE vient moins du projet de Mme Pécresse que du timing de sa décision que l’on n’attendait pas avant la fin du mois d’août. Cela s’explique par le fait que Xavier Bertrand, lui aussi président réélu des Hauts-de-France, a pu faire campagne pendant quelques semaines seul au nom de la droite ; il était temps, pour l’ancienne ministre de Jacques Chirac, d’annoncer son intention, ne fût-ce que pour trouver dans les sondages d’opinion une cote améliorée de popularité. Les propos prononcés par Mme Pécresse à l’occasion de sa décision n’ont été ni flamboyants ni provocateurs, et ce qui pouvait passer pour une forme de modestie a été perçu comme un remarquable contrôle de soi, un peu comme si sa candidature était dans l’ordre des choses.

Deux candidats qui se ressemblent.

On ne peut que se réjouir de l’arrivée de Valérie Pécresse sur le ring, car on la considère comme une  démocrate. Elle a en outre montré son indépendance quand elle a quitté les Républicains pour fonder son mouvement, Libres ! C’est le destin de LR de n’avoir décidément que des candidats qui ne sont pas des adhérents. Mme Pécresse est vraisemblablement disposée à participer à une primaire et, dans cette intention, elle réintégrerait LR. Ce n’est pas le cas de Xavier Bertrand qui entend poursuivre sa campagne en dehors de toute influence partisane. À quelques nuances près, les programmes des deux candidats seront très proches, au point que le grand public aura beaucoup de mal à les distinguer. Tous deux ont durci récemment leurs positions sur la sécurité et l’immigration, sans doute pour montrer qu’ils n’ont rien à voir avec la majorité présidentielle. Mais, pour tout ce qui concerne les dossiers régaliens, les différences ne sont que des nuances. Macron n’est pas moins démocrate que Mme Pécrese ou M. Bertrand.

Trois femmes, c’est magique !

Lesquels auront donc beaucoup de mal à démontrer qu’ils sont d’abord distincts l’un de l’autre et qu’ils appartiennent à l’opposition, ce qui les contraint déjà, même s’ils n’en ont pas envie, à critiquer l’action gouvernementale avec la vigueur de la droite de LR. Cela veut dire, s’agissant de M. Bertrand, que, s’il est dangereusement indépendant, il faut bien qu’il soit élu par des millions de citoyens, qu’il trouvera d’abord dans le parti qu’il a quitté. Il en va de même pour Mme Pécresse, qui fera plus vite allégeance à LR que M. Bertrand. Il ne faut pas considérer la candidature de Valérie Pécresse comme un simple épisode de l’histoire politique française. En effet, c’est une élection présidentielle où l’on retrouverait trois femmes,  candidates crédibles, Anne Hidalgo, Valérie Pécresse et Marine Le Pen ; c’est aussi une élection où les candidats vont en découdre à propos du choix de l’électorat, démocrate et républicain d’un côté, extrémiste de l’autre ; c’est donc une élection qui ne permettra pas à Jean-Luc Mélenchon de franchir le premier tour et embarrassera Mme Le Pen, incapable de sortir de son ghetto.

Quel programme ?

Le rôle de la droite classique sera essentiel en 2022. Parce que LR a fait une remontada lors des élections intermédiaires ; parce qu’il a bien tenu ses bastions locaux ; parce qu’il a des candidats crédibles dont le niveau n’est pas inférieur à celui d’Emmanuel Macron. En revanche, le parti, pour le moment, n’a le choix qu’entre deux candidats indépendants. Et il n’a pas vraiment de programme, en ce sens que les différences d’approche des grandes réformes qu’il prétend avoir avec la République en marche sont mineures. Il ne peut s’imposer que par la surenchère, comme le font, un peu forcés, Mme Pécresse et M. Bertrand. S’il y a des partis extrémistes forts, c’est justement parce qu’ils proposent une révolution institutionnelle. LR, pour sa part, n’est même pas en mesure, sauf avec une bonne dose de mauvaise foi, de dire que Macron n’a rien fait et qu’il n’est pas réformiste. Quand on respecte la Constitution, il faut énormément de temps pour faire bouger la société.

Nous aurons un débat de qualité si l’extrême droite et l’extrême gauche ne pourrissent pas les débats. La meilleure carte du président sortant, dont l’affaiblissement soulève tant d’ambitions, c’est que ses adversaires auront nécessairement des programmes qui ressembleront au sien et que les changements qu’ils annonceront seront en réalité une forme de continuité.

RICHARD LISCIA

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La quatrième vague

Lit de réanimation
(Photo AFP)

Le gouvernement s’efforce d’obtenir une majorité pour l’adoption du passe sanitaire, considéré par lui comme un nécessaire moyen préventif, dans un débat animé par ceux des élus qui en ont rejeté l’utilité, au nom de leur « liberté ».

LE SURSAUT VACCINAL, que nous devons au discours du président de la République annonçant il y a dix jours le recours au passe sanitaire, se poursuit pourtant, même si les voix sont rares à approuver les effets de cette méthode. Dans la rue, le débat a été creux, surtout marqué par des emphases ou de troubles amalgames qui ont augmenté l’indécence du débat. Les anti-vaccin sont des esprits fatigués par les efforts de prévention et d’adaptation à la crise, sans doute parce que, dans leur étrange logique, ils ne comprennent pas que la mutation constante du virus contraint le pouvoir politique à trouver une série de ripostes successives.

L’étendard des libertés.

Il suffit, en effet, de continuer à minimiser la gravité de l’épidémie pour réclamer à cor et à cri l’abandon de tous les gestes préventifs. Or la violence du variant D, la vitesse des contaminations, le nombre de personnes qu’il atteint en un temps record, comme en témoignent les chiffres sur les personnes prises en charge à l’hôpital qui, demain, seront des cas sérieux et des patients en réanimation, démontrent à toute personne douée d’un minimum de raison que le vaccin, en aucun cas, ne doit réduire les gestes barrières et que la fin du confinement, la saison des vacances, l’enthousiasme induit par le reflux de la pandémie ne signifiaient pas pour autant que nous étions rendus à ces libertés si précieuses que les « refuseniks » en ont fait leur étendard.

Le président-sphinx.

La preuve est là, sous nos yeux, que le péril reste immense, qu’il ne faut pas relâcher notre vigilance, que nous sommes, par les faits, obligés de réagir collectivement contre les menaces qui pèsent sur nous, pris dans notre ensemble, collectivement, alors que des hommes et des femmes politiques se complaisent à entretenir la peur chez nos concitoyens, alors qu’ils espèrent trouver dans la révolte le moyen unique d’affaiblir le pouvoir, et qu’ils laisseraient mourir quelques milliers de Français de plus-ne craignons pas de le dire- pour réaliser leur dessein. Dans l’entêtement des anti-passe, il y a bien sûr le ras-le-bol désormais traditionnel d’un peuple qui adore contester l’autorité de ses élus ; mais dans l’opposition politique, il y a la rage consécutive au discours de Macron et à l’effet populaire qu’il a eu. Ce sphinx qui renaît invariablement de ses cendres, ce président qui a encore quelques intuitions politiques, ce lutteur et maître du verbe, sinon des horloges, n’a jamais lâché prise.

Voie sans issue.

Quoi ? Il résiste à l’impopularité des réformes, à ses propres gaffes, au torrent de sarcasmes déversés sur sa personne, aux gilets jaunes, à la pandémie ? Mais quel malheur définitif pourrait venir à bout de lui ? Quel sinistre événement, ces chantres de la mort, ces pleureuses du théâtre antique, ces Cassandre indécrottables vont-ils nous inventer ? La différence entre eux et lui, c’est qu’ils ont choisi la voie sans issue pour réussir, alors qu’il fait seulement appel au bon sens des gens, à leur vertu, à leur courage, à leur raison. Comme l’ont dit des membres du gouvernement, dont Olivier Véran : « Cent mille manifestants, quatre millions de vaccinés ».

Arguments ou mensonges ?

Il n’y a aucune dramatisation dans les alertes lancées par les autorités sanitaires et politiques. On peut toujours, on en a le droit, contester un point ou un autre du dispositif sanitaire, on ne peut pas nier que le salut passe par le vaccin. Quand le Front national constate qu’aucun lit de réanimation n’a été créé depuis le début de la pandémie, d’abord c’est faux (en ce sens que quelques milliers de lits sont en réserve pour le cas où la réanimation est de nouveau sur-sollicitée) et puis, la critique n’a aucun sens : un lit de réanimation, c’est aussi une équipe médicale de douze soignants. Fallait-il interdire aux médecins et aux infirmières de prendre quelques  jours de vacances après dix-huit mois de dure bataille ?

Une forme de folie.

L’aveuglement des anti n’est pas autre chose qu’une forme de folie. C’est s’adresser à une pandémie comme nous n’en n’avons jamais connu avec les armes de la campagne électorale. L’ennemi n’est plus le virus, c’est Macron. L’infection n’est plus dangereuse, la majorité l’est. La perte de liberté n’est pas due aux circonstances, à l’épreuve historique qui nous est infligée, mais au désordre des mesures gouvernementales. Le comble du cynisme est ainsi atteint dans la manipulation des esprits, la contamination des consciences par l’intolérance absolue, et ces éternels mensonges qui, de tout temps, nous ont fait tant de mal.

RICHARD LISCIA 

 

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L’affaire Pegasus

Mohamed VI
(Photo AFP)

Depuis dimanche, et en dépit de la progression alarmante du Covid, on ne parle dans les médias que d’une affaire d’espionnage ahurissante : des États, dont le Maroc, ont acheté un logiciel israélien nommé Pegasus capable de s’infiltrer dans les téléphones les mieux protégés et notamment ceux des chefs d’États ou de gouvernement, des élus ou des journalistes. 

C’EST une affaire extrêmement grave car la révélation faite par un consortium de journalistes investigateurs (Forbidden Stories) avec l’appui d’Amnesty International laisse pour le moment de nombreuses zones d’ombre. Le téléphone d’Emmanuel Macron aurait été envahi par Pegasus, mais le chef de l’État dispose de plusieurs appareils. On ne sait donc pas, pour l’instant, lequel a été la cible de l’attaque, comment, depuis la révélation, il communique, pas plus qu’on ne sait s’il peut trouver un moyen de parler à distance d’une manière complètement sûre.

Le Maroc soupçonné.

Nombre d’experts soulignent l’efficacité de Pegasus mais nuancent leurs propos en remarquant qu’il est extrêmement difficile de craquer les codes et mots de passe de certains téléphones particulièrement protégés. Cependant, le premier constat, jusqu’à présent, est que le Maroc, qui nie en vrac toutes les accusations, fait l’objet d’une suspicion mondiale, et le deuxième est que le procédé, qui consiste à violer les conversations secrètes des grands de ce monde et même des moins grands, est scandaleux : la puissance du logiciel n’excuse pas l’atteinte sans précédent ainsi infligée aux  libertés démocratiques.

Une diplomatie française embarrassée.

Il y a, dans cette affaire, un contexte politique qui explique l’embarras des pays victimes. La France a plutôt de bonnes relations avec le Maroc, soutient sa position dans le différend relatif au Sahara occidental, contre le Polisario, soutenu, lui, par l’Algérie et qui revendique un État indépendant. La mise en cause du régime marocain et une enquête internationale contre Rabat annihileraient littéralement les relations de la France et de l’Europe, d’une part, et du Maroc, d’autre part. En outre, si Pegasus est un instrument qui remet en cause la confidentialité des propos tenus par les gouvernements visés, il ne représente qu’un « progrès » dans l’espionnage tous azimuts pratiqué depuis des décennies par tous les pays, y compris les démocraties parlementaires, qui ne se contentent pas de viser leurs adversaires. On se souvient de l’espionnage d’Angela Merkel par les services secrets américains du temps de Barack Obama, du scandale qu’il a soulevé et de l’embarras ainsi créé dans les rapports entre les deux meilleurs amis du monde.

L’atteinte à la liberté de la presse.

Par ailleurs, la « révélation » pose plus de questions que de réponses. C’est un récit à épisodes publiés chaque jour et peut-être qu’au terme de ce récit, nous finirons par en savoir davantage. Mais le risque existe qu’on ne connaisse pas l’identité de toutes les victimes, qu’on ne soit jamais certain de l’efficacité du logiciel et qu’Emmanuel Macron change tous ses téléphones sans savoir s’il a été vraiment espionné. Le Maroc a poussé le bouchon encore plus loin en ciblant des journalistes, ce qui est moins grave du point de vue diplomatique, mais infiniment plus grave du point de vue des libertés.

La science au service de l’espionnage.

La monarchie marocaine a prouvé, si c’était nécessaire, qu’elle n’a aucun scrupule à l’égard des médias quand il s’agit de faire taire les commentaires désobligeants sur ses décisions autoritaires. Cela fait des lustres que les progrès de la science sont mis de la sorte au service des dictatures mais aussi  des régimes populistes. On sait que Poutine a tenté au moins deux fois d’influencer l’issue des élections générales aux États-Unis et que, pour lui, l’ingérence dans les affaires des pays étrangers est une activité de routine, quels que soient les logiciels.

De sorte que la révélation est plus grave que l’affaire elle-même. Pegasus constitue le cas extrême d’une cyber guerre qui a commencé depuis longtemps. Le pire, peut-être, c’est qu’une petite start-up israélienne dont personne, à ce jour, n’avait entendu parler, dispose désormais d’un pouvoir qui ébranle les pays les plus stables. La malheureuse leçon est que la démocratie va devoir se défendre en multipliant les parades électroniques et en faisant elle-même assez de progrès dans ce domaine pour devancer le cyber espionnage.

RICHARD LISCIA 

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Castex, un an plus tard

Castex, ou la loyauté
(Photo AFP)

Premier ministre, Jean Castex fête discrètement son premier (et dernier) anniversaire à Matignon. Le bilan est bien sûr partagé mais beaucoup moins négatif que ce que l’opposition veut bien en dire.

JEAN CASTEX a bénéficié d’un différend stratégique entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe qui a fini par partir. Le chef de l’État a raisonné au nom de la conjoncture d’il y a un an : il lui fallait un chef de gouvernement qui ne fût ni rebelle ni ambitieux personnellement. Le modeste Castex, par ailleurs technicien abouti de la gestion des affaires de l’État, avait le profit idéal. Il fut néanmoins accueilli avec des réserves qui mêlaient son manque de notoriété, son accent du midi, ses costumes mal taillés et même son humilité. La plupart de ces critiques se résumaient à de faibles réflexions très personnelles attaquant un personnage au nom de sa modestie, comme si son absence de cynisme pouvait constituer une tare. M. Castex a gardé son accent, a probablement changé ses costumes, n’a pas manqué d’autorité, et s’est montré d’une loyauté irremplaçable à l’égard du président de la République. L’expérience fait l’homme.

Présent, actif et courageux.

Il a eu raison de ne pas vouloir ressembler à son prédécesseur. Il faut rester soi-même en toute circonstance et ne pas singer les autres. Le public y verrait une pantomime. La vraie question est la suivante : faut-il se priver, en politique, du talent des autres parce qu’ils font de l’ombre à la figure principale ? Dans la décision de Macron de changer de Premier ministre, puis de garder le second jusqu’à la fin de son mandat, il y a eu sans doute un élément important, à savoir qu’il craignait l’ascension rapide d’Édouard Philippe, aujourd’hui l’homme le plus populaire de France. Était-ce vraiment judicieux de le renvoyer à la mairie du Havre, d’où il écrit des livres et renforce sa stature politique, alors que lui aussi se serait usé à Matignon ? Si la démarche consistait à éloigner les talents de la personne du président, elle aura été négative : la qualité d’un professionnel améliore son entourage. Mais il est vrai que M. Castex s’est montré aussi présent, actif et courageux que l’aurait été M. Philippe.

Gestion de crise.

L’actuel Premier ministre a géré des crises graves, et même sans précédent. Il l’a fait avec calme, sobriété, efficacité. Toute sa démarche était contenue dans sa loyauté, comme s’il était important à ses yeux d’attirer sur sa personne la totalité des critiques et quolibets. Nous avons été quelques-uns à écrire que le remplacement de Philippe par Castex représentait une erreur stratégique, mais nous ne pouvons pas prétendre qu’avec Philippe à Matignon les événements auraient été moins tragiques. La pandémie balaie non seulement le mode de vie des gens, mais aussi leurs analyses. Il n’est pas du tout impossible que M. Macron retrouve son ex-Premier sur son chemin, mais, pour le moment, le choix de Castex n’a pas eu des conséquences négatives sur le quinquennat.

Symbiose Macron-Castex.

Il est licite d’ajouter que, si Édouard Philippe était resté, la tension entre les deux têtes de l’exécutif aurait assez augmenté pour que le fameux fusible entre le président et le Premier ministre ne fonctionne pas, de sorte qu’ils auraient abordé les élections de 2022 dans un malaise collectif susceptible de leur nuire à tous les deux. Certes, rien n’empêche le maire du Havre d’entrer en lice à n’importe quel moment. Dans ses livres, ses voyages et ses discours, il exprime sa différence. Il dit invariablement qu’il ne sera pas candidat aux élections de 2022. Mais, comme tout le monde, il peut changer d’avis. Et alors, il bénéficiera d’une insolente popularité et d’une liberté énorme puisqu’il n’est plus LR et n’a jamais été REM. Ce n’est pas M. Castex qui s’opposerait à une telle ambition. Il trouve, dans sa symbiose avec le président, l’achèvement d’un choix qui lui convient, en ce sens qu’il ne croit pas avoir besoin de prouver qu’il peut aller au-delà de ses fonctions actuelles et qu’il n’en a sans doute pas envie.

RICHARD LISCIA 

 

 

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Vaccin : le refus minoritaire

Martine Wonner
(Photo AFP)

Les manifestations contre la campagne vaccinale ont recommencé samedi un peu partout en France ; l’entêtement des « refuseniks » n’est pas près de refluer : plus leurs procédés sont dénoncés, plus ils s’enfoncent dans l’ignominie.

IL N’EXISTE aucune logique, aucune dialectique, aucun sens commun chez ceux de nos concitoyens qui rejettent le vaccin. De sorte qu’il devient impossible de les persuader par l’argumentation, le cartésianisme et la raison. Chaque samedi, ils sont plus nombreux et ils servent de caisse de résonance à quelques hommes et femmes politiques appartenant aux extrêmes. La question ne porte ni sur les libertés individuelles, ni sur les « dangers » auxquels le vaccin nous exposerait, ni sur l’État de droit. Elle fait du « non » l’arme ultime contre l’ordre démocratique et républicain. Elle crée un malaise dans un domaine, la prévention sanitaire, à propos duquel nous croyions que tout débat était terminé. Elle crée un malaise national, sinon une crise, et ne ressemble ni à une revendication sociale ni à un phénomène de type gilet jaune. La lutte contre la vaccination anti-Covid relève tout simplement du nihilisme.

Une forme de fanatisme.

On remarquera d’ailleurs que les dénonciations diverses de l’étoile jaune portée par les manifestants comme s’ils étaient victimes d’un régime comparable à celui des nazis, les « fake news » qui alimentent sans cesse leurs discours, leur imperméabilité aux accusations de démagogie, de mensonge et de cynisme retournent comme un boomerang vers le corps médical, le gouvernement et les institutions sanitaires. Les manifestants se glorifient d’être ignobles. Ils relativisent les effets génocidaires de la Shoah en brandissant un symbole qui fait d’eux les victimes qu’ils ne sont pas. Ils prétendent mettre au jour un complot alors qu’ils ne font que servir la cause de politiciens extrémistes, par exemple Florian Philippot, qui a bien du mal à exister politiquement et s’est jeté sur cette occasion avec une gourmandise qui en dit long sur son programme. Ou encore Nicolas-Dupont Aignan, qui, lui aussi, essaie d’augmenter le nombre de ses électeurs. Ou Martine Wonner, députée qui a quitté la République en marche pour rejoindre le mouvement Territoires et Libertés, lequel ne veut plus d’elle et l’a expulsée, car elle s’est fait un plaisir de reprendre à son compte les non-arguments invoqués par les fanatiques anti-vaccins.

Vérité alternative.

Le fait est que nous n’avons pas grand-chose à leur dire. Il est inutile et même contre-productif de hurler contre une conduite dont ils sont fiers. Le stratagème de l’étoile jaune remplirait de honte n’importe quel homme ou n’importe quelle femme dotés d’un peu de décence, ils en font leur drapeau. L’argument sur la dangerosité du vaccin étant une forfaiture tout simplement dénoncée par les faits (les vaccins marchent), on peut s’égosiller à l’infini, ils n’entendront pas.

Tout, en France et ailleurs, est devenu possible. Il existe de par le monde un camp de la « vérité alternative » dont le credo altère le bon sens des autres. Loin d’espérer convaincre des gens qui, parce qu’ils se retrouvent le samedi, croient qu’ils représentent tous les autres, il faut simplement continuer à appliquer les règles et lois issues de l’Assemblée nationale. Il faut diriger la sévérité vers ceux qui, au nom de leur propre liberté, ne craignent pas de conduire le pays au désastre sanitaire. Il faut que l’appareil préventif soit de marbre et qu’il poursuive sa tâche au mépris de ces lamentables histrions qui croient entrer dans l’histoire quand ils sèment le désordre.

Fans de Bolsonaro.

Le pire est qu’ils n’ont  rien inventé. Ce sont des avatars des gilets jaunes, d’anciens centristes soudain saisis par le fascisme, des néo-nazis qui, 76 ans après la défaite de l’Allemagne hitlérienne, se réclament d’elle en quelque sorte. Ces sont des adeptes du « primum non nocere » compris à l’envers, des amateurs de bolsonarisme, et surtout des gens qui, pour avoir leurs quinze minutes de gloire télévisée (qui, auparavant, avait entendu parler de Mme Wonner ?) n’hésitent pas à favoriser une pandémie. Ils seront, de toute façon, largement battus aux élections. Ils veulent témoigner de leur colère à la fois feinte et festive. Mais la majorité, celle qui  ne manifeste pas, leur réserve la monnaie de leur pièce.

RICHARD LISCIA

 

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