Covid : sombres perspectives

Jean Castex
(Photo AFP)

Aucun citoyen attentif à l’information n’a besoin des appels du gouvernement à la prudence sanitaire. Il suffit d’examiner les chiffres pour comprendre que la deuxième vague (ou la prolongation de la première, accélérée par l’automne et par l’indiscipline) est arrivée, qu’elle fait plus de trente mille cas de contamination par jour, plus de décès et qu’elle risque bien de saturer les hôpitaux.

LA FERMETÉ apparente du Premier ministre, Jean Castex, dépouillée cette fois de tout lyrisme, n’encouragera que les Français disciplinés, déjà confinés pour être plus sûrs et que le couvre-feu à 21 heures ne dérange pas. Elle ne convaincra pas ceux d’entre eux dont le commerce est sinistré par la crise ou qui font de leur « liberté » une valeur plus importante que celle de leur santé ou celle des autres. Le débat sur la gestion du Covid par le gouvernement est inintéressant : l’ampleur de la pandémie touche tous les pays, Allemagne comprise, et il est absurde, sinon judicieux du point de vue électoral, de faire de l’exécutif un bouc émissaire. On admettra simplement que M. Castex a été hésitant, tantôt ferme tantôt désemparé, ce qui n’a rassuré personne, par opposition à son prédécesseur, lequel savait quantifier la crise et exposer un plan pour la juguler. Mais on ne peut pas savoir si Édouard Philippe aurait mieux défendu le pays contre la « deuxième vague ». Ceux qui nous dirigent ne sont, en dernière analyse, que des hommes.

Savoir où l’on va.

Nos concitoyens rebelles aux mesures de prévention sont nombreux, appartiennent à toutes les classes et comptent nombre d’intellectuels qui répandent leur mauvaise humeur dans la société. La logique, qui établit la distinction entre de nouveaux inconvénients dans la vie quotidienne d’une part, des soins lourds et la mort de personnes âgées  d’autre part, ne semble pas pénétrer leurs cerveaux. C’est peut-être parce qu’ils n’ont que leur avis à donner, ce qui ne change rien à la progression de la maladie et qu’ils sont en situation d’irresponsabilité, comme les partis d’opposition et comme les gens dont la situation économique et sociale est atteinte de plein fouet par la pandémie. Ceux-ci ne veulent pas payer pour le reste de leurs concitoyens, l’État les aide, comme il aide les travailleurs de la culture. Mais aucune de ces victimes, même si elle survit socialement, n’aperçoit à l’horizon le retour à la normale. La France n’est pas moins épargnée que le monde mais, comme toute la planète, elle a besoin de savoir où elle va.

Les médecins déconcertés.

Peut-être sommes-nous plus vulnérables, parce que nous avons eu trois années difficiles avec une mise en place des réformes qui a entraîné des manifestations monstres, le blocage des transports publics, et déjà des manques à gagner colossaux, puis la crise des gilets jaunes et enfin le Covid, fléau durable, toutes choses qui ont forcément démoli le projet macroniste et l’ont ramené à un course poursuite derrière le virus. Un débat interminable occupe les esprits sur la gestion de la pandémie, que l’opposition juge défaillante, sans fournir la preuve que, avec elle, la vie serait meilleure et  sans la comparer à celle des États-Unis, par exemple. Joe Biden, le candidat démocrate, vient de dire qu’un homme responsable de 220 000 décès ne devrait pas être président. Il a raison mais il compare un président en exercice avec son bilan désastreux et un candidat qui n’a pas eu encore l’occasion de faire ses preuves. C’est assez dire qu’il faut laisser le Covid en dehors du champ politique. Certes, c’est un exécutif qui prend les grandes décisions, mais il ne le fait pas sans consulter le corps médical. S’il y a du désordre dans cette affaire, c’est parce que nos meilleurs spécialistes ou experts sont eux-mêmes déconcertés par la virulence de la pandémie.

Nous n’avons pas d’autre choix que de donner au monstre sa livre de chair. Nous payerons le Covid sur le plan de la santé publique, car nombreux seront les contaminés affectés par les séquelles de la maladie, sur le plan économique et social et sur le plan moral. Nous n’en sortirons pas avec une politique de l’autruche, mais seulement si nous acceptons la réalité comme elle est. Notre qualité de citoyens implique droits mais aussi devoirs. C’est un très mauvais moment à passer, mais ce sera seulement un (long) épisode.

RICHARD LISCIA

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L’État de droit en question

L’hommage à la Sorbonne
(Photo AFP)

On ne pouvait imaginer de lieu plus adapté pour rendre un hommage national à Samuel Paty que la cour d’honneur de la Sorbonne, fabrique du savoir littéraire et scientifique, à la confluence des Lumières dans un monde dégradé par la violence, la haine et la barbarie.

LA POLICE et la justice ont placé très rapidement devant leurs responsabilités les auteurs multiples du complot qui a abouti à la décapitation du professeur d’histoire et géographie. Il n’existe aucune raison de croire que le dossier sera classé sans suite. Des sanctions seront prononcées. Les agresseurs seront condamnés et tous ceux qui se réjouissent du supplice infligé à M. Paty se savent déjà traqués. Cependant, la question se pose aujourd’hui de l’efficacité de notre faisceau de lois, constamment perfectionnées depuis trente ans pour essayer de tuer dans l’œuf toute velléité de « séparatisme », le mot est bien plus judicieux que ce que l’on en dit. Deux lois, l’une décidée par l’exécutif, l’autre sous forme de proposition d’élus, que le Conseil constitutionnel a rejetée, seront vraisemblablement adoptées par le Parlement qui renforceront notre arsenal judiciaire. Le pays a sûrement le droit de se défendre contre des personnages malveillants voués à utiliser nos propres libertés pour nous attaquer. Malheureusement, ou heureusement, nous ne pouvons pas nous battre avec les armes de l’ennemi. Nous ne pouvons pas atteindre notre objectif, l’élimination du terrorisme, par de purs moyens répressifs que n’entérinerait pas notre société démocratique.

Le terreau de la révolte.

Le terrorisme fleurit sur le terreau des esprits jeunes, mal informés ou désinformés et révoltés contre la société où ils vivent. Ils commencent par se mettre en marge de ce qu’ils appellent le « système », adoptent des attitudes provocatrices, par exemple le voile intégral, et sont vite gagnés par la propagande que des manipulateurs leur instillent grâce au parcours-éclair que leur assurent les réseaux sociaux. On a, un peu trop vite, ironisé sur la « naïveté », attribuée au Conseil constitutionnel, sous le prétexte qu’au nom de la rigueur, il a récusé la loi contre la haine proposée par la députée d’En marche, Laetitia Avia. Elle va revenir devant l’Assemblée avec une proposition nouvellement rédigée. Nous voulons espérer qu’elle a largement puisé dans notre besace législative, car nous devons avoir le souci de ne pas combattre la violence par des moyens que la République interdit. Nous ne devons pas dériver vers le non-droit pour combattre les assaillants de la démocratie.

Un adversaire indistinct.

Il est vrai qu’ils ne nous donnent pas le choix, qu’aucun gouvernement ne saurait s’abriter derrière des principes pour éviter de riposter à ceux qui ne cachent même pas leur projet de disloquer notre société. Mais il a été largement démontré dans le passé que les démocraties doivent accepter le défi de la terreur ou de l’invasion et peuvent l’emporter avec les moyens dont elles disposent. Ceux, à quelque confession qu’ils appartiennent, qui acceptent de lutter contre le terrorisme, se retrouveront naturellement dans le même camp, face aux autres, une minorité nuisible et agissante, mais vouée à sa perte par l’exagération de ses sinistres ambitions. Nous parviendrons de cette manière à faire le tri entre les musulmans de France : ceux qui nous soutiennent et composent une majorité et ceux qu’il faut juger. Nous parviendrons, dans le même temps, à rester fidèles à nos principes même si on ne mène pas une bataille, surtout quand elle est longue, sans se salir, sans se réduire soi-même et sans ressembler un tout petit peu aux fanatiques qui nous haïssent. Rappelons-nous sans cesse qu’ils ne font pas de quartier et que la moindre indulgence de notre part se  retournerait contre nous. Encore faut-il que nous soyons unis contre un adversaire indistinct, caché dans une foule de citoyens innocents et ruminant sans relâche son projet mortel.

Il lui serait facile de dénoncer la répression infligée par un État au mépris de ses propres lois. Les terroristes n’en sont pas à un mensonge près, à une insulte près, à un acte de violence près. Leur exaltation, leur fanatisme, leur zèle barbare, leur passion destructrice ne les empêche ni de réfléchir ni de mener à bien quelques unes des plus mortelles de leurs entreprises. À ce titre, il faut les prendre au sérieux, donc les combattre avec une fermeté et une endurance que l’on réserve à d’intraitables ennemis. L’essentiel étant que nous restions nous-mêmes : jamais tentés de nous égarer au-delà de la légitime défense.

RICHARD LISCIA

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Un complot contre la victime

Samuel Paty
(Photo AFP)

Rondement menée, l’enquête sur l’assassinat de Samuel Paty a identifié les principaux responsables  de ce qui, en définitive, est un complot impliquant plusieurs personnes. Un père de famille et au moins un islamiste radical avéré, en tout sept personnes dont deux mineures, ont été présentées au juge tandis que les autres ont été libérées. Le Collectif pro-palestinien Cheikh Yassine va être dissous.

LE DÉBUT des investigations prouve que Samuel Paty n’a pas outrepassé sa mission d’enseignant. Il n’a convié aucun élève à sortir de la classe pendant son exposé sur les caricatures de Mahomet. L’adolescente qui a témoigné à charge contre lui n’était pas à l’école au moment des faits. La France rendra à M. Paty l’hommage national qu’il mérite. Cet hommage, dès lors que la vérité sera définitivement établie, s’adressera en même temps à toute la profession d’enseignant, avec l’approbation entière des autorités, celle des parents d’élèves et de l’ensemble de nos concitoyens encore sous le choc de la brutalité exceptionnelle du crime. Les djihadistes ne sont pas des apprentis sorciers. Ils ont un projet politique qui consiste non seulement à semer la peur, mais à diviser les Français, à créer une atmosphère empoisonnée susceptible d’encourager la violence entre divers groupes.

Un terreau social.

Le gouvernement n’a pas minimisé la menace. Il a nommé, « sans trembler », l’islamisme radical, il a fermé la mosquée de Pantin dont les habitués s’étonnent cependant d’être « punis » pour un crime qu’ils n’ont certes pas commis, mais auquel le discours de certains dignitaires religieux a contribué en agressant verbalement la République et la laïcité. Il a interpellé et arrêté de nombreux djhadistes actifs ou potentiellement dangereux. La laïcité protège toutes les religions, y compris l’islam, mais la réalité sociale fait que des Français musulmans estiment ne pas bénéficier du statut de citoyen à part entière, en dépit du succès de nombre de leurs coreligionnaires qui ont fait des percées dans les entreprises, en littérature, en art, au cinéma et à la télévision. Ces brillants témoins de la réussite des musulmans en France ne sont pas assez nombreux. Ils seraient une minorité dans la minorité. Il existe, notamment à la périphérie de Paris, des clusters de chômage, de misère, de logements insalubres, d’inégalités que le temps ne comble pas. C’est sur ce terreau social que prospèrent d’abord le trafic de drogue, première activité économique des quartiers dits sensibles, puis la délinquance généralisée et le crime, et enfin le djihadisme qui prétend donner aux jeunes musulmans une vocation, une issue, un rôle.

Le mythe du paradis djihadiste.

Cette description du parcours d’un djihadiste n’explique pas l’engagement criminel et, surtout, n’exonère pas ceux qui y sombrent. Le djihadisme n’est pas autre chose que le crime estampillé par une triomphale adhésion à des anti-valeurs que des manipulateurs présentent comme un sacerdoce qui assure le splendide destin du croyant sur terre comme au ciel. La haine, le sang, le meurtre, la férocité, la vengeance deviennent des passions constructives dans un monde voué, quoi qu’il arrive, à la domination politique de la planète par les musulmans. Beaucoup d’enseignants français pensent que notre pays peut échapper à cette dérive d’une minorité grâce à au dialogue. Beaucoup pensent qu’avec du temps et de la patience, ils peuvent arracher les adolescents musulmans au mythe de « la guerre contre les croisés » et au terme de laquelle ils rejoindraient une autre existence au paradis. En tout cas, si nous réprimions le djihadisme avec une violence aveugle, nous abaisserions la nation au niveau de nos ennemis.

Voilà pourquoi nous n’avons pas d’autre choix que de réprimer sévèrement à la fois les idéologues qui répandent leur credo maléfique à des fins politiques et leurs victimes qu’ils transforment en bombes à retardement ou en cocktails Molotov. Le principe est simple : avec moins de djihadistes en circulation en France, nous réduirons le risque de nouveaux attentats. Les ennemis de la laïcité ne sont pas seulement dangereux. Ce sont des menteurs et des lâches qui s’attaquent aux populations civiles. Sous le découvert d’antisionisme, ils sont antisémites. L’idée selon laquelle une minorité s’attaquerait seulement à une autre minorité a été balayée il y a trente ans quand les salafistes ont désigné l’ennemi, les juifs, certes, mais la France aussi. Nous sommes donc tous concernés. Et nous devons réagir d’une double manière : en conservant le dialogue avec tous les musulmans raisonnables, et en livrant bataille à ceux qui, décidément, ne sont plus récupérables.

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La riposte

Imams rassemblés à Conflans
(Photo AFP)

Le gouvernement ne se contente pas d’approfondir l’enquête sur l’assassinat de Samuel Paty. Il met en garde à vue de nouvelles personnes impliquées dans le crime et fait procéder à des arrestations dans toute la France. La mosquée de Pantin a été fermée pour six mois.

DEPUIS vendredi, les services de police procèdent à de nombreuses arrestations et interpellations, notamment parmi les associations soupçonnées de dispenser un enseignement nuisible à nos institutions. L’exécutif n’est donc pas resté inerte, alors que les partis d’opposition parlent de « guerre » (Renaud Muselier, LR, et Marine Le Pen) et que la droite (Gérard Larcher, président du Sénat) reproche au président de la République de ne pas avoir la carrure pour lutter contre le terrorisme islamiste. Il y a quelque semaines, M. Macron n’avait pas plus tôt parlé de guerre contre la pandémie qu’il était aussitôt accablé de sarcasmes. Cette attitude des droites ne respecte même pas le délai auquel nous convie le deuil national. Certains sont pressés de médire sur le pouvoir politique, sans même s’intéresser à l’extraordinaire mouvement de colère collectif auquel ont participé les Français, sans même attendre l’hommage solennel qui sera rendu demain à la victime, sans nous dire, surtout, comment il va falloir protéger les enseignants contre ce genre de crime. MM. Larcher et Muselier, sinon Marine Le Pen, nous avaient pourtant habitués à plus de décence. Il semble pourtant que, même s’ils s’emparaient enfin de ce pouvoir qu’ils convoitent tant, ils éprouveraient d’énormes difficultés à mettre en œuvre les dispositions qu’ils préconisent.

Manque d’expérience.

Nous sommes dans un État de droit. Toute mesure répressive est passée au crible des lois. Toute personne en garde à vue a droit à la présence d’un avocat. Un exemple : la famille tchétchène du futur assassin a obtenu le droit d’asile après un premier échec, puis ils ont fait appel et l’asile leur a été accordé. Les gens se disent : mais ces Tchétchènes, que viennent-ils faire chez nous ? De la même manière, certains proposent un moratoire sur l’immigration de manière à ce que nous puissions intégrer les immigrés déjà arrivés en France. Mais nos lois nous obligent à veiller sur un migrant avant de décider si oui ou non il peut rester sur notre sol. Nous ne pouvons pas le jeter à la mer. D’autres se demandent  pourquoi les 270 personnes frappées d’expulsion ne sont pas déjà parties. Mais parce que les pays d’où ils viennent refusent de les recevoir ! L’idéal serait de donner à Mme Le Pen un peu d’expérience au pouvoir. J’affirme qu’elle serait incapable de réaliser un dixième de son programme au bout d’un an, sauf à changer la Constitution dans un sens qui n’obtiendrait pas la majorité des deux tiers indispensable à ce changement. Sans compter les obligations juridiques que nous avons contractées avec l’Union européenne.

La colère et son objet.

Dire que le gouvernement n’est formé que d’incapables, c’est s’exposer au risque de présenter une action alternative qui n’aboutirait pas. Il est très facile d’enflammer les esprits avec des il n’y a qu’à. Il est infiniment plus difficile de lancer une vague répressive qui reviendrait à défendre l’État de droit par des moyens de non-droit. Je ne sais pas si nos gouvernants actuels sont des enfants naïfs qu’il faut entraîner au corps-à-corps, mais je n’ai pas l’impression que leurs détracteurs soient eux-mêmes préparés à jouer les commandos, les SWAT ou les Seals. L’attentat de Conflans-Sainte-Honorine n’est ni le premier ni le dernier. M. Macron n’est au pouvoir que depuis trois ans, le terrorisme islamiste exerce ses ravages depuis trente ans. On n’a jamais dit à Chirac ou à Sarkozy qu’ils n’avaient pas les muscles pour se battre.

Cependant, les Français ne prêtent guère attention à ce jeu minable du « Pousse-toi de là que je m’y mette ». Ils expriment leur colère contre ceux qui la méritent, les assassins, les lâches, les morbides, pas contre leurs dirigeants. Ils sont unis face à l’ignominie, ce qui représente l’unique soulagement que nous puissions attendre de telles atrocités. Mais l’idée d’unité contre-carre les petits projets sordides nourris par les partis d’opposition, ceux, en tout cas, qui ont cédé à la tentation de taper une fois de plus contre le pouvoir (comme c’est original !) plutôt que de contribuer à la force du « non » que la nation oppose à la violence.

RICHARD LISCIA

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La nation sous le choc

L’hommage de Bordeaux
(Photo AFP)

L’assassinat d’un professeur d’histoire et géographie, Samuel Paty, aux abords du collège de Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, par une jeune Tchétchène de 18 ans, a déclenché un immense mouvement d’émotion en France. Quinze personnes sont en garde à vue. Des hommages publics ont été rendus à la victime. Mercredi, c’est tout le pays qui honorera l’enseignant.

LE RÉCIT de cette affaire est exemplaire car on y trouve tous les ingrédients du différend opposant ceux qui placent la religion au-dessus des lois de la République et ceux qui, au contraire, défendent la laïcité, laquelle, entre autres, interdit le recours à la violence chaque fois qu’apparaît un litige religieux. M. Paty était un éducateur soucieux d’appliquer le programme qui, dans le cadre de l’instruction civique et morale, exige l’enseignement de la laïcité. Exposant la question de la liberté d’expression, il avait montré il y a deux semaines les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo, non sans avoir autorisé les élèves qui s’en seraient offusqués à quitter la classe. Un parent d’élève, informé ce qui s’était passé, avait porté plainte contre M. Paty, qui a eu beau jeu d’indiquer que le cours est préconisé par le ministère de l’Éducation. À son tour, il a porté plainte pour diffamation. Entretemps, l’affaire courait sur les réseaux sociaux. Et c’est ainsi qu’une Tchétchène de 18 ans, totalement inconnu de la police, a fomenté son projet personnel : la décapitation de M. Paty. Un ami l’a accompagné en voiture depuis Évreux où il vivait, jusqu’à Conflans. Là, il a assassiné M. Paty, s’est enfui, a été rattrapé par la police, a refusé de se rendre et a été abattu.

Les profs exposés.

Ce qui signifie que tout ce qui a été dit par plusieurs gouvernements au sujet du droit intangible de publier des caricatures de Mahomet en France n’a pas été sérieusement cru par une fraction de la population musulmane. Un père de famille a porté plainte sur un sujet où le droit est entièrement du côté de la victime ; les réseaux sociaux se sont enflammés à propos d’un cours que la République juge pertinent ; des milliers de personnes ont réclamé une sanction contre un innocent et déclaré que les musulmans devaient se faire justice eux-mêmes. Et puis est apparu à tous les enseignants ce nouveau danger qu’il y a à expliquer la laïcité aux élèves. Tout un corps de métier est menacé de meurtre. Tous les profs sont sommés par une minorité de ne pas appliquer le programme. La bataille de Charlie Hebdo ne fait que commencer, alors que les complices de la tuerie sont jugés en ce moment-même. L’atteinte à la neutralité laïque est d’une telle ampleur, la blessure infligée à l’unité nationale si béante, l’émotion nationale d’une telle intensité qu’il devient impératif de corriger la dérive qui a conduit l’assassin au pire des crimes.

Les musulmans dans la Nation.

Parmi les manifestants qui se sont exprimés dimanche dans les centres des grandes villes, il y avait certes des musulmans, accourus non seulement pour soutenir le corps enseignant mais pour indiquer leur propre adhésion à la laïcité. Nous devons les garder à nos côtés et leur demander de contribuer à l’effort pédagogique dont les enfants musulmans, qui ne font jamais que rapporter ce qu’ils entendent à la maison, ont un immense besoin. Il faut dire qu’on peut être musulman et laïc ; que dans une société pacifique, on ne meurt pas pour une caricature et encore moins d’ouvrir une discussion à son sujet ; qu’il ne s’agit nullement de stigmatiser l’islam et que, après tout, nous avons tous le droit de ne pas aimer ces caricatures et de le dire. Le débat qui va s’ouvrir au Parlement sur le projet de loi contre le « séparatisme » doit être enrichi par des dispositions capables de protéger les enseignants ; de rappeler de manière formelle que la liberté d’expression est sacrée en France, que cela plaise ou non à un petit nombre de musulmans ; que la nation est une et indivisible, de sorte que tous ceux qui militent en faveur du terrorisme islamiste doivent être expulsés ou jetés durablement en prison.

Les Français attendent du gouvernement qu’il se montre ferme, actif et qu’il procède à la surveillance des mosquées et des milieux qui véhiculent, parfois ouvertement, comme c’est le cas d’un agitateur, Abdelhakim Sefrioui, aujourd’hui en garde à vue mais qui, malgré ses provocations, n’a jamais été arrêté, à des expulsions et, surtout, qu’il abaisse le seuil d’alerte à des propos contre la laïcité, pour l’application de la charia ou les appels à la violence. Nous sommes dans une société où les mots tuent. L’enquête en cours a conduit à la mise en garde à vue de quinze personnes. C’est assez dire que les assassinats commis par les terroristes n’arrivent pas par hasard et qu’on trouve toujours des gens pour armer les illuminés mentalement et physiquement et les envoyer au casse-pipe. La lâcheté et l’hypocrisie de ces personnes ne peuvent être combattues que par les plus sévères des sanctions.

RICHARD LISCIA

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Covid : le procès

François Molins, procureur général de Paris
(Photo AFP)

Saisi de quelque 90 plaintes d’associations et de médecins, le parquet a ordonné hier des perquisitions aux domiciles d’Édouard Philippe, ancien Premier ministre, Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé, Olivier Véran, ministre de la Santé, Jérôme Salomon, directeur de la Santé, Sibeth N’Diaye, ancienne porte-parole du gouvernement.

COMME chacun sait, les ministres ne peuvent être jugés que par la Cour de Justice de la République pour des faits commis pendant l’exercice de leurs fonctions. Elle a donc ordonné une instruction, ce qui a valu aux cinq personnalités politiques mentionnées ci-dessus une perquisition, à laquelle aucune ne s’est opposée. La procédure a été appliquée à la lettre sans la moindre friction. Sans doute les intéressés se sont-ils souvenus d’une autre perquisition, celle qui a été faite il y a deux ans dans les locaux de la France insoumise et où policiers et Jean-Luc Mélenchon en sont presque venus aux mains. On note néanmoins que les perquisitions de jeudi matin suivaient de quelques heures les déclarations télévisées du chef de l’État sur la pandémie, coïncidence que la justice, pour protéger son indépendance, refuse de prendre en considération. Ce qui ne l’empêche nullement d’accomplir un acte qui, objectivement fait de l’ombre au gouvernement.

Le précédent Fabius.

On regrette, par principe, la judiciarisation de la vie politique, même si les avocats des plaideurs s’appuient sur des considérations humanitaires. On est satisfait néanmoins de la prudence courtoise dont les ministres concernés ont fait preuve. On constate que Jean-Christophe Lagarde (UDI) et Éric Coquerel (LFI) estiment que l’enquête n’aboutira pas à des mises en examen. La Cour de Justice de la République a déjà été confrontée à ce genre d’affaire, notamment quand elle a entendu Laurent Fabius au moment de l’épidémie du Sida. À l’époque, on disait : accuser un Premier ministre du crime de n’avoir pas prévu une épidémie et de n’avoir pas les moyens de lutter contre elle est une forfaiture.

Ce qui pèse dans la balance, c’est le manque de masques en février et mars, caché par la recommandation du gouvernement de ne pas en porter. Peut-être aussi les étranges déclarations d’Agnès Buzyn sur ce que l’on savait dès janvier méritent-elles d’être creusées. Il n’empêche que le manque stratégique de masques résulte des gestions antérieures à celle du gouvernement Macron et que perdre du temps en hésitant avant de choisir un angle d’attaque contre la pandémie n’est pas un crime en soi. Encore une fois, il suffit de comparer notre situation avec celle de pays comparables au nôtre. Seule l’Allemagne a fait mieux que nous et seulement parce qu’elle était structurellement mieux préparée. Nous nous en sommes mieux sortis que l’Italie, l’Espagne, la Belgique, le Royaume-Uni, les États-Unis.  Faut-il aussi juger les dirigeants de ces pays ?

La justice politisée.

La Cour de Justice de la République et les juges rejettent, eux, la notion de politisation de la justice. Mais ils ne peuvent pas l’ignorer. Ils savent que leur enquête a lieu après les municipales et avant les régionales et qu’elle est préjudiciable aux intérêts de la majorité. Oui, disent-ils, mais si un crime ou un délit a été commis, il faut le sanctionner sans s’occuper du contexte. En réalité, ils savent que l’enquête, aux yeux du peuple, désigne un coupable. Ils le savent et ils en jouent pour confondre les gens qu’ils poursuivent. On n’ira pas jusqu’à imaginer qu’en allant plus vite que la musique dans l’affaire du Covid, ils règlent aussi un compte avec le nouveau ministre de la Justice, Édouard Dupond-Moretti, qui a porté plainte contre trois magistrats du parquet financier. Pas plus qu’on ne croira à une accélération délibérée (au bout de 13 ans !) des poursuites contre Nicolas Sarkozy, poursuivi au sujet du financement de ses campagnes électorales.

On l’a vu cent fois ailleurs, et là on le voit pour des hommes  politiques. Un exemple : les poursuites contre M. Fabius étaient, disons-le, indécentes. Elles auraient dû servir de précédent pour que les juges se réfrènent. À quoi il est impératif d’ajouter que nous sommes dans une matière, la science, la recherche, la médecine qui ne peuvent relever de la justice qu’en cas de violation voulue de la loi, par exemple, la mise sur le marché d’un médicament frelaté. Que tous les corps constitués aient voulu prendre part aux décisions anti-Covid, quoi de plus naturel ? Mais les avis étaient partagés entre médecins, entre politiques, entre malades. Le cercle de la discussion était bien plus large qu’il n’eût fallu. Une décision sanitaire, c’est techniquement compliqué. Et la faute du gouvernement aura été de consulter trop de personnes plutôt que pas assez.

RICHARD LISCIA

 

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Couvre feu, arme ultime

Macron hier
(Photo AFP)

Le président de la République a annoncé hier soir qu’il décidait un couvre feu de 21 H à 6 H qui s’appliquera, dans la pratique, à quelque vingt millions de Français. Cette disposition sera contrôlée et ceux qui voudraient lui échapper seront sanctionnés. L’épreuve commence vendredi soir.

IL S’AGIT principalement d’empêcher les réunions familiales privées qui ont beaucoup augmenté, ces dernières semaines, le nombre de contaminations, de séjours  à l’hôpital, de réanimations et de décès. Les diverses mesures prises contre les formes publiques de rassemblement ont en effet soulevé bien plus de polémiques qu’elles n’ont freiné la progression de la pandémie. Le couvre-feu sera abondamment critiqué mais peut-être empêchera-t-il la saturation du système hospitalier. Il durera environ six semaines, autorisera les Français à se déplacer pour les vacances de la Toussaint, mais, comme pour le confinement, il ne peut pas durer indéfiniment. Dans cette perspective, le Salon de l’Agriculture de l’an prochain a déjà été annulé. L’application StopCovid, dont les résultats sont à peu près nuls, sera remplacé par une nouvelle application.

Macron pessimiste.

Le corps médical a approuvé ces nouvelles mesures, mais personne ne peut dire avec certitude que le couvre-feu transformera la pandémie en un phénomène plus facile à gérer pour le gouvernement, qui a déjà eu recours à diverses dispositions, dont le confinement, lequel, aux abords de l’été, a produit d’excellents résultats. Mais l’exécutif ne s’est résolu au couvre-feu que parce qu’il se refuse à décréter un second confinement. Celui-ci aurait en effet des conséquences désastreuses sur l’économie alors que les demandes d’aides des entreprises, notamment les petites et les moyennes affluent de toutes parts et ne seront satisfaites qu’un prix du creusement du déficit. Clairement, M. Macron n’est pas optimiste qui a reconnu hier qu’il est dur d’avoir vingt ans en 2020 et admet que la jeunesse paie le prix fort de la pandémie. Aussi bien a-t-il a adopté un ton plus compassionnel qu’autoritaire et en a appelé, une fois encore, à la bonne volonté de ses concitoyens, dont certains, mais pas tous, continuent à défier l’État au nom de leur liberté.

Virus politisé.

La France est atteinte de plein fouet par la pandémie, mais elle n’est pas la seule dans ce cas et, si les comparaisons se multiplient pour démontrer la part des hésitations du gouvernement français dans la recrudescence de la pandémie chez nous, des esprits plus raisonnables admettent que d’autres pays vont encore plus mal que nous. Le virus a été politisé dès qu’il a commencé à frapper. Absence de matériels indispensables, impréparation des décideurs, pérégrinations des mesures tour à tour fortes, longues, pas assez longues, protégeant les vieux, puis les jeunes, ce chaos apparent n’exprime que la complexité de la crise à laquelle il n’y a pas eu de riposte internationale ou, tout au moins, européenne. Pourtant, le pire, quoique inévitable, était d’introduire la politique dans un phénomène sanitaire d’ordre mondial. Elle s’y est prestement invitée, justifiant, par une logorrhée verbale, les attitudes qu’on a pu observer dans une partie de la population. L’idée même qu’il existait des alternatives au programme sanitaire du gouvernement contenait la recrudescence de la maladie car, si le gouvernement peut se tromper, les gouvernés s’arrogent le droit de n’en faire qu’à leur tête.

Calendrier électoral.

Signe de cette politisation : on envisage de reporter les élections régionales, prévues pour le printemps de l’année prochaine. C’est beaucoup trop tôt pour le dire car, dans cinq mois, peut-être serons-nous tirés d’affaire. Mais cela convient  aux partis qui s’apprêtent à perdre les régionales, par exemple la République en marche ou la France insoumise. Le seul argument qui vaille, c’est le précédent des municipales : Macron voulait les ajourner, la droite l’a supplié de les tenir, le premier tour, avec une participation dérisoire, a bien eu lieu et le second a été reporté à un moment plus faste. Le calendrier électoral doit être indépendant des aléas de la conjoncture. Si toutes les précautions sont prises, masques, gel, distanciation sociale, les Français pourront voter sans crainte. Nous éprouvons tous une immense frustration face à la pandémie. Nous n’avons pas besoin d’avaler davantage de couleuvres. Le virus est un ennemi à combattre, le suffrage universel doit être préservé tout autant que notre santé.

RICHARD LISCIA

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Impact politique du Covid

Giuseppe Conte
(Photo AFP)

La pandémie a altéré en profondeur la gouvernance d’à peu près tous les pays. Selon la nature des institutions, le virus est en train d’indiquer le sort prochain, faste ou néfaste, des gouvernements en place.

EN FRANCE, le président de la République, qui s’exprime ce soir et pourrait annoncer de nouvelles mesures déplaisantes pour l’opinion, commence à être sérieusement affaibli par la colère populaire, par le ras le bol de soignants et par une communication qui ne s’est jamais améliorée. Ses défaites électorales, aux municipales et probablement aux régionales, semblent tracer le chemin de l’échec aux élections générales de 2022, surtout si, dans moins de dix-huit mois, nous en sommes encore au confinement et à la pénurie des soins. Inutile de préciser que l’exécutif n’a pas de martingale pour redresser la barre : les insuffisances structurelles du système de soins, ajoutées à à usage désastreux des effets d’annonce, ne seront corrigées qu’au terme d’un effort bien plus long que ce qu’il reste du premier mandat de M. Macron.

On observera que le chef de l’État est moins victime de la pandémie que de la manière de réagir à ses conséquences. Contrairement à ce que nous disent ses détracteurs professionnels, il a fait quelques bons choix stratégiques, sans lesquels il ne pourrait plus s’exprimer comme il le fera ce soir : le choix du confinement, puis du retour au travail, se présentait comme un impératif catégorique, de sorte que lui reprocher de dépenser trop d’argent sans avoir vaincu la pandémie est une façon de dire qu’il y avait une alternative là où n’en existait aucune.

Un héros italien.

La pandémie, puis des mesures de discipline dont on ne soupçonnait pas les Italiens, ont fait du président du Conseil italien, Giuseppe Conte, un héros national. Son improbable popularité a rassuré un peuple qui se voyait durablement voué au déclin. Comme M. Conte l’a déclaré, il ne s’agit pas de mots, mais du sacrifice de tout un peuple. On voudrait bien que les Français, sourds aux exhortations du pouvoir, entendent la parole de Rome. Mais il y a pire que le sort, désormais incertain, de Macron. Il y a le cas de Boris Johnson, en Grande-Bretagne, qui conduit la négociation sur le Brexit avec l’Union européenne en recourant à des manœuvres tactiques extrêmement subtiles (et perverses) alors que la fin des pourparlers doit avoir lieu avant la fin de l’année et que M. Johnson continue à chipoter sur la pêche et la gouvernance, notamment.

Hier, devant la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée, le ministre Jean-Yves le Drian, a simplement dit ce qui crève les yeux, à savoir que le no deal est très probable, ce qui transformera le Royaume-Uni et l’UE en adversaires commerciaux. Ce n’est sûrement pas bon pour l’Union, mais ce l’est encore moins pour la Grande-Bretagne qui s’aventure dans un domaine capable de la ruiner et de créer de terribles tensions entre les Anglais et les Écossais, entre les Anglais et les Irlandais.

Le patient anglais.

Comme on fait on lit, on se couche. M. Johnson ne peut pas se croire le plus malin alors qu’il n’a pas jugulé la pandémie et qu’il a été lui-même contaminé et croit que, en dépit de la crise sanitaire, il peut en ajouter une autre, peut-être plus grave. On remarquera que les populistes, dans cette affaire ont moins de marge que les dictateurs purs et durs. Donald Trump aussi a été malade, il a tenté d’apparaître comme un Superman qu’aucun virus ne peut abattre, mais, même ses plus farouches partisans constatent aujourd’hui que, loin de contribuer à la disparition d’un virus qui a tué plus de 210000 citoyens américains, il s’en sert pour tenter désespérément de gagner une élection que, sur le papier tout au moins, il a perdue.

Il n’en va pas de même en Chine qu’une discipline de fer semble avoir débarrassée de la pandémie ou dans d’autres pays, comme la Russie, où le mutisme règne. On dit que la grippe espagnole de 1918 a fait un nombre beaucoup plus élevé de victimes. C’est vrai, mais un siècle plus tard, les gens n’acceptent pas leur sort avec fatalisme. Ils refusent obstinément la souffrance et réclament des moyens radicaux que l’on ne peut obtenir que par la patience et avec le temps. Un laboratoire vient de renoncer à un essai clinique de vaccin qui a produit des effets secondaires. C’est un coup de frein à la course folle vers la vaccination. Voilà la réalité d’un monde capable d’immenses conquêtes technologiques, mais encore soumis aux caprices de l’infection.

RICHARD LISCIA

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Castex : premier bilan

Jean Castex
(Photo AFP)

Le Premier ministre, Jean Castex, était ce matin sur France Info, l’occasion pour lui de dresser un premier bilan de ses premiers cent jours passés à la tête du gouvernement.

IL A SU défendre son action politique, même au moment où il a été interrogé, de manière embarrassante, sur la nécessité de limoger Édouard Philippe qui, depuis qu’il a quitté ses fonctions, caracole sur les cotes de popularité. De deux manières : en donnant la mesure de sa tâche, au moins aussi accablante que celle de M. Philippe naguère, mais aussi sa prédilection pour le dialogue social qu’il a illustré par diverses négociations suivies de quelques succès.

Il est courant de décrire le parcours chaotique du gouvernement, par goût de la critique, à cause du contexte électoral qui, depuis les élections européennes, demeure permanent, et sans doute parce qu’il y a un siècle que la France n’avait pas connu une menace pandémique aussi violente. M. Castex n’a pas à se justifier, et il l’a rappelé à ses interlocuteurs : sa nomination par le président de la République suffit à assurer sa légitimité. En outre, il ne risquait pas dire s’il était meilleur ou moins bon que M. Philippe.

Un appel au civisme.

Il a annoncé notamment que le gouvernement allait lancer une nouvelle application StopCovid que, cette fois, il chargera sur son téléphone cellulaire. Il s’est montré martial au sujet des attaques insupportables contre les policiers et les commissariats de police. Il ne procèdera pas à un nouveau confinement national, mais il confinera partout où il y aura de nouveaux clusters. Il est conscient de l’usure des soignants, de leurs défections, de la difficulté à les remplacer, mais, dit-il, le gouvernement fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher la saturation des hôpitaux et, plus particulièrement, celle des salles de réanimation. Il a lancé à ses concitoyens un appel au civisme, plus solennel qu’alarmant, selon une méthode qui le caractérise et prend soin de ne pas épouvanter l’opinion, déjà très inquiète et proche de la crise de nerfs.

M. Castex est bien placé, par son cartésianisme, pour tenir un langage rationnel et logique et il réussit, parfois mais pas toujours,  à galvaniser les foules sans les plonger dans la panique. Simplement, il lui faut des résultats. Il ne suffit pas de hausser le ton et de recourir à la fermeté : il sait que les Français veulent en finir avec ce cauchemar qui dure depuis huit mois et semble interminable. Comme son prédécesseur, il appuie sa démarche sur les avis du Conseil scientifique, mais les médecins, qui ont maintenant une bonne expérience de la gestion du virus, ne savent pas tout, ce qui donne à la démarche du gouvernement cette allure empirique inévitable qui déconcerte l’opinion.

Le temps fera son œuvre.

M. Castex a éludé la question sur sa nomination et a suggéré de la poser à Emmanuel Macron. Un point est clair : la popularité d’un homme politique monte quand il ne fait plus rien, ce qui est le cas de M. Philippe. Sur l’utilité de son remplacement par M. Castex, n’est-il pas oiseux de se poser la question au sujet d’un fait accompli et irréversible ? Le Premier ministre, comme il se doit, a perdu des plumes en gouvernant un pays clivé par tant de divisions. Il n’a pas de baguette magique et aucun chef de gouvernement, à commencer par M. Philippe, n’aurait fait sans doute mieux. Certes, il doit régler quelques problèmes d’une complexité inouïe, à propos desquels le temps fera mieux son œuvre que l’action politique. Il se trouve que M. Castex n’a pas besoin d’une leçon d’humilité ; qu’il est superflu de poser une question quand tout le monde connaît la réponse : M. Castex est là pour préparer le terrain électoral ; que le jugement dernier est dans le verdict des urnes. Et que jamais le Premier ministre actuel ne se plaindra de n’avoir fait qu’une petite moitié de mandat.

RICHARD LISCIA

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Sophie Pétronin libérée

Sophie Pétronin avec son fils
(Photo AFP)

Membre d’une organisation humanitaire au Mali, Sophie Pétronin, 75 ans, enlevée par des terroristes en décembre 2016, a été libérée hier et rentre en France aujourd’hui. Emmanuel Macron a salué l’effort de la junte militaire au pouvoir à Bamako.

ELLE ÉTAIT l’« oubliée » de la République. Même si toute négociation pour la libération d’un otage se déroule dans le secret, on n’avait pas beaucoup d’espoir pour Mme Pétronin à l’époque où Ibrahim Bacar Kéïta était président du Mali. Or il a été déposé par un coup d’État militaire au mois d’août dernier et les militaires qui se sont emparés du pouvoir souhaitaient obtenir des djihadistes islamistes la libération de Soumaïla Cissé, membre de l’opposition politique qui a fait campagne trois fois pour être élu et a été capturé au moment où il haranguait les foules maliennes. Les militaires maliens semblent bien avoir payé une forte rançon et ils ont relâché dans la nature quelque deux cents terroristes détenus dans les prisons de Bamako. Mme Pétronin a bénéficié de la transaction, ainsi que deux Italiens, dont un prêtre.

Émouvantes retrouvailles.

La libération de Mme Pétronin, qui est malade et dont le sort inquiétait sa famille, a donné lieu à de magnifiques retrouvailles avec son fils, venu à Bamako à cette occasion. Leur rencontre, au bout de presque quatre années de détention affreusement injuste, a donné lieu à un beau moment d’émotion. La courageuse Mme Pétronin, apparemment en bonne forme, a affirmé qu’à aucun moment elle n’a désespéré : elle était convaincue qu’elle ne resterait pas aux mains de ses geôliers. Elle entend retourner au Mali pour reprendre ses activités humanitaires, réservées aux enfants dénutris. Les images heureuses de la réunion  avec son fils valaient, à n’en pas douter, les sacrifices consentis par le régime. Mais le problème politico-militaire du Sahel reste entier.

Deux cents ennemis de plus.

La junte a toujours promis d’organiser des élections libres pour désigner un nouveau président, ce qui lui permettrait de retourner dans ses casernes. La transaction qu’elle a conclue avec les terroristes constitue indirectement, une réponse aux critiques européennes, toutes fondées sur l’idée que le temps des coups d’État est révolu en Afrique. La libération de Sophie Pétronin est la réponse vertueuse à ces critiques. Elle empêche le gouvernement français de camper sur le respect des institutions puisqu’il ne peut que se réjouir du dénouement de la mésaventure infligée à l’otage, la dernière citoyenne française emprisonnée par des terroristes. Elle confirme en outre que les militaires souhaitent relancer le processus électoral au Mali. Mais elle ne dit rien de l’avenir. Pendant la négociation avec les djihadistes, les opérations militaires françaises de pacification ont été limitées. Barkhane fait face maintenant à 200 ennemis de plus qu’il faudra aller chercher dans les montagnes. Si la junte suit méticuleusement un plan de retour du Mali à la normale, elle a pris des risques pour la stabilité du pays. Elle aurait été plus convaincante si elle avait réussi à monter elle-même des attaques contre les terroristes et si elle avait rétabli la sécurité d’un certain nombre de villes situées à l’est du pays.

Tous négociateurs.

Le dialogue que Paris mène avec la junte est influencé par le respect dû à la souveraineté malienne. Il appartient aux Maliens de décider de leur sort politique, même si, cette fois, leurs militaires ont choisi la voie brutale pour se débarrasser d’un pouvoir d’ailleurs fort peu efficace et sans doute corrompu. Le succès des putschistes leur donne un avantage puisque la France ne peut que se réjouir d’avoir récupéré une otage. Ils ont du même coup amélioré leur image et deviennent des négociateurs politiques capables, au nom de leur propre autonomie, de remettre en question le rôle joué par la France au Sahel. La mise sur pied d’une force inter-africaine susceptible de repousser durablement les terroristes n’est pas achevée. Le Mali seul ne peut, de toute évidence, liquider les terroristes. il vient de les renforcer, car, de même qu’il s’octroie une médaille politique, il accorde à ses impitoyables adversaires le statut d’interlocuteurs valables. Or ce qui se joue dans le Sahel n’a rien à voir avec une négociation commerciale. Les islamistes représentent un danger qu’il faut éliminer à tout prix si on ne veut pas que le Mali, pendant qu’il se cherche, tombe aux mains des terroristes et devienne une rampe de lancement vers le territoire français.

RICHARD LISCIA

 

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