Le parcours d’un combattant

Un prêtre devant le Christ de Vasarély
(Photo AFP)

Dans « Adieu curé » (1), Christian Delahaye, journaliste, écrivain et théologien, fait le récit d’une vie consacrée à la difficile, sinon impossible, réforme des institutions de l’Église catholique et romaine. Un effort considérable décrit dans un récit d’une richesse impressionnante.

CE N’EST PAS la première fois que, par amitié, admiration et émotion, je suis amené à disserter, dans cette chronique et dans mes articles du « Quotidien du médecin », sur le cas de mon collègue Christian Delahaye, auteur de nombreux articles, enquêtes et exclusivités journalistiques dans le même journal, que j’ai eu le privilège de diriger pendant vingt ans et où nous avons produit, grâce à sa curiosité, son instinct et son entregent, des portraits de médecin (il est lui-même le fils de deux médecins), des entretiens de haut niveau et quelques surprises pour nos lecteurs. Si son talent de journaliste laissait aisément pressentir sa carrière d’écrivain (il a publié de nombreux livres), rien ne permettrait de croire, tant il est humble face aux tâches immenses qu’il s’est imposées, qu’il serait un jour le théologien abouti qu’il est devenu.

La lutte contre les dogmes.

Avec « Adieu curé », il a choisi de mêler dans la même narration son autobiographie et sa lutte pour que l’institution catholique respecte le message du Christ. Je suis très mal placé pour approuver ou non son argumentation, et je ne cherche pas à cacher que ma connivence avec lui risque de nuire à mon impartialité. Mais rien de sincère n’est jamais répréhensible : si j’approuve sa démonstration, c’est parce que j’y vois la poursuite d’un combat de tous les temps, celui de la liberté contre les dogmes. Je savais en partie ce qu’il raconte aujourd’hui, mais j’ignorais (ou alors je n’ai pas eu pour lui assez de compassion pour partager ses souffrances) la douleur, la solitude, le doute que lui a apportés la simple et honnête lutte de cet homme en faveur d’une réforme qu’il reste à accomplir. Christian a simplement tenté d’ouvrir un débat  au sein de l’Église. Des prêtres ou des hommes sincères l’ont soutenu, mais toutes les hiérarchies catholiques, barricadées dans leur zone de confort, se sont liguées pour l’exclure du seul champ qui l’intéresse passionnément : la foi. Celle que je n’ai pas moi-même, de sorte que, pour m’intéresser à son discours, il fallait que j’y trouve de quoi nourrir abondamment ma réflexion personnelle.

Drôle et triste.

S’il m’avait surpris déjà par la qualité de ses ouvrages, voilà qu’il m’éblouit avec « Adieu curé », parce qu’il en a fait un récit émouvant, drôle, triste, qui présente l’avantage de mêler la province profonde, celle que l’on célèbre aujourd’hui avec une ferveur tardive, mais où lui vit depuis longtemps, au combat qu’il mène avec acharnement pour que les catholiques aient, en quelque sorte, un accès direct à la pratique de leur religion. Deux campagnes, une que, pour notre bonheur, il raconte avec le talent d’un Maupassant, et l’autre qu’il arpente avec la subtilité de « Saint-Germain ou la négociation », de Francis Walder (2) dans les entretiens qu’il a, au fil du temps, avec de simples abbés, des ambassadeurs de l’évêché, des bureaucrates du diocèse.

Ni pompe ni pourpre.

Tout en travaillant pour gagner sa vie, il entreprend des études de théologie, sept années de dur labeur, il lit les textes sacrés, il étend ses connaissances aux écrits du judaïsme et au Coran, il passe brillamment ses examens. Et alors que faire de cet impressionnant bagage ? Tous ses interlocuteurs lui proposent de devenir prêtre, alors qu’il clame urbi et orbi que Jésus n’est pas dans la pompe et dans la pourpre, qu’il n’est pas avec les marchands du temple, mais dans la nature et dans le monde. Adieu curé, c’est certes le message qu’il s’envoie à lui-même mais c’est aussi ce qu’il pressent pour tous les curés du monde : les catholiques n’ont pas besoin de ce magistère, ils peuvent affirmer leur foi et leur christianisme en dehors de l’influence du Vatican.

La talent contre l’injustice.

Il ne se fait pas que des amis. Il est exclu de l’enseignement qu’il prodiguait à Caen et à Paris. Il est combattu par le silence des uns, par la colère des autres, notamment l’homme d’Église qui voulait faire un curé de Delahaye et ne supporte pas son refus. Il est arraché, d’une manière très proche du totalitarisme, à son unique raison de vivre, la religion, et il se replie dans la maison de garde-barrière qu’il a acquise dans le Perche, où, entretemps, et malgré les années consacrées à ses études, il est gentleman-farmer, éleveur et apiculteur. Inlassable Christian, inlassable chrétien. Il se défend en remuant le couteau dans la plaie, en continuant à promouvoir ses thèses philosophiques et d’ailleurs universelles par des livres de plus en plus pointus, efficaces, et même belliqueux. Ceux qui ont voulu le réduire à néant ont reçu la rétribution qu’ils méritaient. Je dis « universelles » parce qu’il livre l’éternel combat des hommes pour la liberté. Il est le Navalny de l’Église, son bouc émissaire, la victime de bourreaux qui, dans leur ultra-conservatisme, se sont conduits avec cruauté et perversité.

À l’injustice, il oppose son talent, un langage d’une richesse surprenante, et ce contact avec le monde normand qui ne cesse de l’émerveiller. Il a pris racine là où désormais il habite, et son éclectisme comprend, côte-à-côte, le journalisme, la théologie,  l’agriculture, l’amour des bêtes, celui des levers de soleil sur la campagne tranquille, l’ascétisme des nuits glacées de l’hiver, et la foi.

RICHARD LISCIA

(1) Éditions Empreinte, 200 pages, 18 euros

(2) Éditions Gallimard

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La guerre importée

Un immeuble de Gaza en flammes
(Photo AFP)

Un conflit israélo-palestinien déclenche automatiquement des tensions entre juifs et arabes en France. On l’a vu en 2014, et après. Le gouvernement a interdit une manifestation pro-palestinienne qui devait se tenir demain et pourrait avoir lieu quand même. La défense de la cause palestinienne passe souvent par des violences inacceptables.

LES DÉCISIONS du gouvernement israélien sont illégales du point de vue international et condamnées par l’ONU. Tout esprit libre accepte et milite pour la création d’un État palestinien vivant en paix à côté d’Israël. Cette solution n’est envisagée ni par le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, ni par le Hamas. La notion selon laquelle Israël dispose d’une force militaire très puissante qui ne lui donne que le choix de la générosité n’est pas applicable. Surarmé par l’Iran, qui préconise l’élimination pure et simple de l’État juif, le Hamas est en mesure d’inonder le territoire israélien de roquettes. C’est ce qu’on appelle une guerre asymétrique : le nombre de morts et de blessés n’a rien à voir à l’affaire. Une insécurité totale règne aujourd’hui en Israël, dont on peut attribuer partiellement la responsabilité aux dirigeants du pays, mais elle est créée par le Hamas.

Le soutien au terrorisme.

Dans ces conditions, une manifestation pro-palestinienne en France est en réalité une manifestation pro-Hamas, organisation terroriste. La population arabe-musulmane de France atteint douze à quinze fois le nombre de Français juifs, inférieur à 500 000 et qui, à ce jour, n’ont pas réagi collectivement aux événements du Proche-Orient. La décision du gouvernement d’interdire la manifestation ne représente donc pas, comme on s’est empressé de le dire à gauche, une atteinte à la liberté d’expression. Celle-ci n’est pas permise par les textes en France quand elle s’attaque à celle des autres groupes. On aura d’ailleurs remarqué que l’Autorité palestinienne (AP), celle que dirige Mahmoud Abbas en Cisjordanie, ne s’est pas associée à l’agitation du Hamas. Il faut se souvenir qu’un projet d’élections palestiniennes qui devaient avoir lieu ces jours-ci a été reporté sine die parce que l’accord entre le Hamas et l’AP n’a pas été conclu. Les Palestiniens ont parfaitement le droit de se dresser contre la lente usure du territoire qu’ils ont pour objectif de transformer en État. Ils n’ont pas celui de plonger Israël dans le chaos. Et ils ne peuvent espérer aucune avancée s’ils ne commencent pas par s’unir.

Le jeu pervers de l’Iran.

Le sort d’Israël est inséparable d’un tableau général où l’Iran joue un jeu pervers et dangereux, en refusant de réintégrer l’accord nucléaire, en armant jusqu’aux dents le Hamas au sud et le Hezbollah au nord, deux menaces capables de prendre Israël en étau, sans compter celle d’une arme atomique dotée d’un vecteur et qui pourrait vitrifier Israël. On ne peut pas, en conscience, ne pas soutenir le droit des Palestiniens à  vivre librement dans un État aux frontières définies. On ne peut pas, en conscience, envisager une solution qui, pour satisfaire les Palestiniens, détruirait Israël. D’autant que la violence du Hamas l’emporterait largement sur la gestion pour le moment débonnaire, mais hélas fort inefficace, de l’AP. Les conséquences d’une « explication » militaire entre juifs et arabes seraient tellement graves en termes humains et géopolitiques que le statu quo apparaîtrait comme un moindre mal.

Biden doit intervenir.

Comme on le sait, cette crise, comme les précédentes, n’est pas limitée au mouchoir de poche qui représente le territoire d’Israël. Elle répand sa furie en Europe et ailleurs, partout où les manifestations sont permises et où la haine des juifs s’exprime sans nuances. Il semble bien que la diplomatie américaine ait été surprise par ce coup de tonnerre. Mais il appartient à Joe Biden d’intervenir à chaud et de commencer à dicter à Netanyahu ses premières consignes. Il y a eu en deux ans quatre élections générales, et il n’y a toujours pas de gouvernement israélien, de sorte qu’à l’apathie de l’AP répond l’incapacité législative d’Israël, démocratie immobilisée par un scrutin anachronique, la proportionnelle intégrale, celle que propose François Bayrou en France. Ou bien le Premier ministre israélien quitte ses fonctions et est remplacé par un autre chef de gouvernement qui tienne compte de l’énorme tension qui règne dans la région, de manière à faire de l’apaisement sa priorité. Ou bien, c’est Netanyahu qui change et change de soutiens à la Knesset pour commencer à faire des propositions de paix aux Palestiniens.

RICHARD LISCIA

 

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Israël dans la tourmente

Netanyahu sur la corde raide
(Photo AFP)

Une tentative d’expulsion de familles palestiniennes de Jérusalem-Est a déclenché ans les territoires occupés et à Gaza ce que l’on peut considérer comme un soulèvement. Depuis Gaza, le Hamas a tiré des roquettes sur Jérusalem. Cela a entraîné des bombardements israéliens. On compte de nombreux morts et blessés.

L’ONU, le monde entier font pression sur les deux parties pour qu’elles reviennent à la raison. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, loin de chercher un cessez-le-feu, envoie ses avions tirer sur des groupes armés, mais parmi les victimes, il y a aussi des enfants. À Gaza, civils et djihadistes sont inextricablement mêlés. Il ne semble pas que, en dépit des objurgations internationales, le retour au calme soit possible dans les jours qui viennent. Le conflit n’épargne pas Israël : l’aéroport Ben Gourion a été fermé, ce qui coupe l’État juif du reste du monde.

Solitude du gouvernement israélien.

Cette crise est d’autant plus grave qu’elle se produit après quatre consultations électorales en deux ans qui n’ont pas ramené la stabilité. Pratiquement, Benjamin Netanyahu ne devrait qu’expédier les affaires courantes. La guerre lui offre la possibilité d’éloigner l’opinion de la politique, au moment précis où il doit rendre des comptes à la justice et risque de passer le pouvoir à une autre coalition parlementaire que la sienne. Le Hamas sature l’espace aérien israélien avec ses roquettes (110 en cinq minutes) de façon à déborder le système anti-missiles de Tsahal. Comme les pays arabes, notamment ceux qui se sont rapprochés de l’État juif ces derniers temps, ont unanimement condamné la répression à Jérusalem et à Gaza, la solitude du gouvernement israélien actuel est totale. Il se retrouve dans une guerre asymétrique au cœur de laquelle l’ennemi n’est nullement négligeable et demeure loin d’avoir épuisé son pouvoir de nuisance. Pire : le monde et la Cour pénale internationale (noyautée par l’islamo-gauchisme) dénoncent Israël sans contester les méthodes terroristes du Hamas qui tire sciemment sur des civils.

Trump, c’est fini.

On s’étonne donc de ce que l’État hébreu ait laissé s’envenimer le différend israélo-palestinien à Jérusalem. L’expulsion d’habitants palestiniens de Jérusalem-Est n’a aucun fondement légal. Une poignée d’Israéliens extrémistes ou religieux ont eu le champ libre, sans doute parce que la situation personnelle de M. Netanyahu devient intenable et qu’il ne peut pas se fâcher avec un ou plusieurs partis figurant dans sa coalition. Il est en train d’essuyer un grave échec car c’est son image de garant de la sécurité qui vole ainsi en éclats. Mais il aurait dû voir venir la catastrophe et donc empêcher ou mater les provocateurs de Jérusalem. Il sait en effet que ses accords avec le monde arabe sont fragiles et tous fondés sur l’hostilité à l’Iran, pas vraiment sur une convergence de vues. Il sait aussi que Joe Biden a remplacé Donald Trump à la Maison Blanche. Biden n’a pas annulé les dispositions adoptées par son prédécesseur en faveur d’Israël, comme le déménagement de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, mais il reste profondément attaché à un accord créant un État palestinien à côté d’Israël, sans doute avec des échanges de territoires.

Changer de politique.

L’occasion se présente ces jours-ci pour qu’une force centriste remplace le Likoud à la tête du pays. Il lui faut la majorité absolue (61 sièges) à la Knesset. Elle n’y parviendra pas sans le concours des dix députés arabes. Leur présence au sein d’une force gouvernementale serait aussitôt dénoncée comme une trahison. Si la crise politique est pratiquement insoluble, c’est la faute du scrutin proportionnel qui, certes, permet aux Arabes d’Israël d’être représentés au Parlement, mais qui  empêche une majorité de se dégager. In fine, le tableau général de la crise est parfaitement clair : Netanyahu est au bout du rouleau, politiquement et moralement ; la politique de conquête ou de grignotage des territoires est condamnée par le monde entier et risque de se transformer en guerre durable. N’est-ce pas une bonne raison pour y renoncer ?

Palestiniens divisés.

Il est vrai que les Israéliens se battent contre des Palestiniens divisés au point qu’ils viennent de renoncer à des élections. À la somnolence de Mahmoud Abbas, toujours président de l’Autorité palestinienne, répondent les provocations du Hamas, formation dangereuse pour Israël mais aussi pour les perspectives d’avenir de la Palestine. On a vu en Afghanistan où conduisent les négociations avec les extrémistes : les Américains voulaient se retirer du pays d’une manière contrôlée, les Talibans en ont profité pour massacre des enfants dans des écoles. Ce sont deux situations différentes, mais elles montrent toutes les deux qu’il y a dans l’absolutisme terroriste un point de non-retour qui empêche la négociation, l’espoir, l’avenir.

RICHARD LISCIA

 

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Armée : re-belote !

Un canular ?
(Photo AFP)

Une semaine après la parution dans « Valeurs actuelles » d’un texte signé par des militaires, souvent de haut gradés, qui dénonçait le « délitement » du pays, le magazine hebdomadaire en remet une couche avec une tribune anonyme, qu’il attribue à des militaires en service et qui enfonce le clou du désordre national.

LES DEUX documents se rejoignent et se complètent pour faire porter à Emmanuel Macron le fardeau de plus en plus lourd d’une sécurité malmenée par les assassinats de policiers, le trafic de drogue et le terrorisme. On voudrait croire à la sincérité des signatures, sauf que les signataires restent dans l’ombre, préférant, de toute évidence, leur propre sécurité à celle du pays, à laquelle ils devraient contribuer avec plus d’acharnement si elle ne leur semble pas suffisante. On se pose une question, parmi d’autres, sur le rôle d’un journal qui, pour vendre du papier, renonce au respect de toute déontologie professionnelle. On constate que, s’il est facile de prétendre que le texte a été signé par des centaines de militaires d’active, rien ne prouve que ces « dissidents » existent ; toute l’affaire pourrait n’être qu’un énorme canular. Le pseudo-putsch est surtout la Bérézina d’une certaine presse défaillante, engagée, trompeuse et partisane.

Une enquête est nécessaire.

Pour le moment, le gouvernement s’est contenté de mettre en avant la « lâcheté » de ces écrivains du dimanche, mais il est difficile de s’insurger contre un comportement qui n’est assumé par personne, sinon par « Valeurs actuelles », et on doit admettre, pour ne pas sombrer dans le ridicule, qu’un être inexistant ne peut être ni lâche ni courageux. Il serait bon qu’il y ait une enquête pour aller trouver l’identité des signataires et demander à la direction de l’hebdomadaire de quelle manière il a procédé. Ce qui n’empêche pas le débat politique. Marine Le Pen s’est en effet réjouie du désordre qui semble régner dans l’armée (pour autant que le texte soit authentique), et comme on la comprend ! C’est simplement trop beau pour être vrai : un soulèvement militaire à moins de six semaines des régionales et moins d’un an de la présidentielle ! L’événement tombe à point nommé et de telle sorte qu’il faut faire toute la lumière sur ses tenants et aboutissants, ce qui transformera la bombe en boomerang et permettra de confondre les auteurs du canular, extrême droite ou militaires retraités, prêts à trouver une distraction dans l’abaissement systématique du pays.

« On n’en peut plus ».

On en rirait si on ne voyait que l’intox va assez loin pour que la classe politique avale la couleuvre, les uns houspillant les militaires, même s’ils ne représentent personne, les autres leur trouvant principalement la vertu de voler au secours de leurs ambitions politiques. Le plus grave, peut-être, c’est encore l’énormité d’un bobard que la France a vite pris au sérieux, alors qu’elle a d’autres chats à fouetter. C’est aussi l’empressement de Marine Le Pen et de ses amis à s’emparer derechef du sujet et d’en faire la démonstration qu’il faut chasser Macron du pouvoir et le remplacer par une faussaire. Les Français consacrent beaucoup de temps à la dénonciation d’une violence qui amène Mme Le Pen à dire dans un soupir de martyre : « On n’en peut plus ». Il leur semble que tout concourt à cette violence, à commencer par des méthodes politiques inspirées par la famille Borgia, des déclarations qui se transforment en flèches acérées capables d’abattre l’ennemi d’un seul coup, et un théâtre qui se veut tragique où tous se croient obligés de sembler animés par une colère si sincère qu’ils ne savent plus la contenir.

Plafond de verre.

Tout ça pour nous dire que nous serions au bord du gouffre, alors que les Français estiment que l’on peut commencer à tourner la page du Covid et qu’ils auront des vacances cette année, sans compter la remise du pays au travail et le rebond économique. Au fond, cette grossière fabrication qui, en somme, consiste à attribuer au personnel militaire des états d’âme peu conformes à sa rectitude mais qu’il ne ressent pas de toute façon, traduit le désespoir d’une femme politique qui sait bien, au fond d’elle-même qu’au terme des campagnes électorales, elle ne parviendra pas à faire exploser le plafond de verre ; que, si elle ne peut le briser par le suffrage universel, elle doit contribuer à la subversion : et que, si le discours cataclysmique ne suffit pas, il va lui falloir créer de toutes pièces le cataclysme, l’inventer en faisant marcher quelques relais militaires rabougris. Et c’est elle, Marine, qui veut gouverner la France ?

RICHARD LISCIA

 

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Gauche : les mânes de Mitterrand

Dimanche au Creusot
(Photo AFP)

François Hollande, Anne Hidalgo, Jean Glavany, Pierre Joxe, Lionel Jospin et d’autres ténors du parti socialiste se sont réunis hier au Creusot pour commémorer l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République il y a quarante ans. 

IL ÉTAIT logique de célébrer l’union de la gauche et sa victoire en 1981. Les participants à la réunion en ont tiré la leçon, pas moins logique, de ce que la gauche peut faire quand elle se rassemble. Mais l’application de cette leçon à la conjoncture relève plus de la nostalgie que de l’inspiration. On peut certes démontrer que François Mitterrand a bénéficié de deux mandats de sept ans chacun, battant ainsi tous les records de longévité politique d’un président de la Vè République. On peut aussi remarquer que l’exploit ne peut pas être renouvelé l’année prochaine. Non seulement la gauche n’a pas adopté de programme commun, non seulement elle n’a pas de candidat capable de franchir le premier tour (en tout cas pour le moment), mais la structure de ses forces n’a pas cessé de s’affaiblir depuis trente ans. Le PS est réduit à peau de chagrin. Les Verts ont remplacé le PS comme parti de référence de la gauche, et, surtout, chacun des partis présentera un candidat différent, probablement Mme Hidalgo pour le PS, Yannick Jadot ou Éric Piolle pour les Verts, Jean-Luc Mélenchon pour la France insoumise et Fabien Roussel pour le parti communiste.

La France est à droite.

Il y a pire : les socialistes affaiblis sont encore sous le coup de l’action des frondeurs qui ont ruiné le mandat de M. Hollande. Les Verts font des propositions qui, si elles étaient appliquées, affaibliraient l’économie. Le programme de M. Mélenchon passe par la dissolution de l’Assemblée nationale et l’élection d’une Assemblée constituante qui modifierait en profondeur la Constitution. On ne court pas un très grand risque quand on prévoit la défaite de la gauche dont les effectifs, tous partis confondus, ne dépasseraient pas les 30 ou les 35 % du corps électoral, ce qui veut dire que la France a basculé à droite, et même à l’extrême droite,  depuis longtemps. Ce n’est donc pas en se référant à Mitterrand, au programme commun et à une époque révolue que la gauche va se réinventer et renaître de ses cendres. Le plus probable est qu’elle a  besoin encore de quelques années de réflexion et d’une défaite de la prochaine droite au pouvoir, quelle qu’elle soit, pour enfin rebondir.

Surenchère intégriste.

Le renforcement de la droite, assorti de la progression de l’abstention et de l’affaiblissement naturel du meilleur candidat, à savoir Emmanuel Macron, l’entêtement des Républicains à ne pas s’associer à la République en marche, l’augmentation du nombre d’électeurs du Rassemblement national ne facilitent guère la tâche au président sortant. Mais, contrairement à la réputation que les médias veulent lui faire, il a fait des petits. Il a d’abord montré à des personnalités comme Valérie Pécresse et Xavier Bertrand que rester à LR est suicidaire et, avant cela, il a attiré vers son parti nombre de LR qui ont compris dès 2017 que travailler pour les dirigeants conservateurs du parti ne pouvait conduire qu’à de nouveaux échecs. Toutes choses qui, à l’époque de la présidence Mitterrand, auraient concouru à une victoire de la gauche. La vérité conjoncturelle est la suivante : la gauche va s’affaisser à cause du rôle néfaste joué par les Verts et principalement par leur chef, Julien Bayou, tenant de la surenchère intégriste pour toutes les questions d’environnement et la droite souffre de l’énorme pré-carré qui appartient à Marine Le Pen.

Un choc inévitable.

Cependant, la situation va rapidement se décanter : les enquêtes d’opinion montreront que l’électorat, éparpillé autour d’une douzaine de noms, va se concentrer autour de trois ou quatre candidats. De même que l’hypothèse, qui épouvante les Républicains et selon laquelle il faut éviter à tout prix un nouveau match Macron-Le Pen, se confirmera. Le train est en marche et ne s’arrêtera que le jour du second tour. Tout le prouve : l’incapacité structurelle de la gauche à franchir le premier tour, l’existence d’une majorité silencieuse qui ne vote pas Le Pen, n’aime pas nécessairement Macron, mais n’aura que lui pour se débarrasser de la dame de l’extrême droite, le sursaut démocratique et républicain auquel le président sortant invitera ses concitoyens. Ainsi les exigences excessives des Verts,  à l’aise dans les comportements de type soviétique, la résistance fort peu inventive de la droite classique, la déroute d’une gauche qui vit avec le passé font-elles le lit du choc REM-RN que tous dénoncent mais que tous favorisent.

RICHARD LISCIA

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Une police entre deux feux

Policiers en action
(Photo AFP)

Un brigadier de 36 ans, père de famille,  Éric M., a été tué hier à Avignon pendant une opération de routine de contrôle anti-drogues. Le crime s’est produit quelques jours à peine après l’assassinat d’une fonctionnaire de police à Rambouillet.

CHAQUE ANNÉE, on dénombre 15 à 20 policiers ou gendarmes tués pendant l’exercice de leur fonction et une centaine de blessés. Les syndicats de police ne sont pas seulement mécontents, ils manifestent, ils constatent douloureusement qu’ils sont privés non seulement du respect de la population mais qu’ils deviennent des cibles faciles, comme en témoignent l’assaut contre deux voitures de police à Viry-Châtillon, les attaques au mortier d’artifice contre des commissariats et la conviction fort répandue chez les trafiquants de drogue qu’ils sont sur un territoire qui leur appartient et qu’ils ne doivent pas être dérangés pendant leur commerce. Le jeune homme tué hier ne portait pas de gilet pare-balles. Le tableau de la sécurité en France est donc catastrophique et il représente probablement le résultat d’une inadéquation entre les efforts de la police et une justice soit laxiste soit débordée.

Deux solutions.

Dans toute quadrature du cercle sociétal et selon que l’on est de droite ou de gauche, il y a deux types de solution. Il y a ceux qui préconisent de réprimer la police à cause des violences auxquelles elle se livre, comme aux États-Unis où il est question de priver la police d’une partie de son budget pour la distribuer dans les quartiers défavorisés, le fameux defund police. Et il y a ceux qui la jugent indispensable. Ces deux positionnements ne sont pas seulement le miroir des tendances fortes dans l’opinion, ils alternent dans le temps. On tue un policier et tout le monde veut immédiatement la peau de l’assassin. Des gilets jaunes sont éborgnés par des lanceurs de balles, et on veut mettre les flics en prison. La réalité républicaine, c’est qu’un pays qui se respecte a besoin de sa police. Il doit certes exiger d’elle un comportement responsable, mais elle doit « garder la paix » civile. Le droit de manifester est constitutionnel, le droit de tout casser n’existe pas et la police doit empêcher agressions et déprédations.

Une dérive populiste.

Les policiers et gendarmes de France ne sont pas seulement confrontés au trafic de drogue et au terrorisme. Ils se battent contre une dérive populiste qui est en train de faire d’eux les parias de la société. Ils ne sont pas soutenus avec une extrême vigueur par la justice ; ils sont mal payés ; ils dépriment et se suicident. Et pourtant, sans eux, nous serions plongés dans le chaos. Ils sont victimes de changements sociaux qui mettent en danger toutes les catégories professionnelles et pas seulement la police. Les juges, les médecins, les journalistes, les avocats, les patrons, les partis politiques, les syndicats de travailleurs et d’autres catégories professionnelles font l’objet de la même détestation, qui est d’autant plus dangereuse qu’elle semble plus gratifiante que le dépôt d’un bulletin de vote dans une urne.

Ils ne font plus peur.

Ça matin, sur France Info, un policier disait à juste titre :« Les flics ne font plus peur à personne ». C’est  une excellente remarque dans la mesure où, pour faire reculer la délinquance, il faut commencer par l’épouvanter. Les tirs aux mortiers de feux d’artifice sur les commissariats et la facilité avec laquelle, pour quelques sachets de cannabis, on dégaine son revolver et on abat un policier en fonction, montrent effectivement que l’on ne craint plus les policiers et aussi que leur vie ne vaut pas cher aux yeux des criminels. Il faut ici avoir la lucidité de dire que ce n’est pas une affaire de droite ou de gauche, pas un problème du gouvernement actuel mais un phénomène qui remonte à plusieurs décennies pendant lesquelles la sécurité n’a cessé de reculer. Il faut surtout que les Français expriment à haute voix leur soutien aux policiers et gendarmes, et même qu’ils les aiment parce qu’ils représentent, en ces temps troublés, une présence rassurante. Le 19 mai, une grande manifestation célèbrera la mémoire des victimes policières du banditisme. C’est l’occasion ou jamais de montrer aux criminels qu’ils ne seront jamais en sécurité nulle part tant que la police fera son travail.

RICHARD LISCIA

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La droite dans le désarroi

Sophie Cluzel
(Photo AFP)

En multipliant les conditions au rassemblement, en Paca, des forces LR et d’En Marche annoncé il y a quelques jours par le Premier ministre Jean Castex, les Républicains s’offrent le vain espoir de sauvegarder leur liberté d’action. Ils n’empêcheront pas cependant la recomposition des partis politiques qui, si elle n’est pas visible lors des régionales, deviendra une nécessité lors des présidentielles et législatives de 2022. 

EN 2017, l’irruption du candidat Macron dans la campagne électorale induisait à la fois le changement et la voie à suivre. Les Républicains ont tout fait pendant quatre ans pour retarder la recomposition, les alliances de circonstance, et la lutte contre les extrêmes. Leurs efforts ont produit des effets. LR dominera les régionales en île-de-France, même si Valérie Pécresse a formé son propre mini-parti. Laurent Wauqiez est indéboulonnable en Rhône-Alpes. Dans les Hauts-de-France, Xavier Bertrand a de très fortes chances de vaincre le Rassemblement national, sans l’aide de LR, et en allant joyeusement à une bataille pour lui vitale car sa candidature à la présidence en dépend. Si le problème s’est vraiment posé en Paca, c’est parce que Renaud Muselier sait qu’il risque d’être battu par le RN et qu’une alliance, dès le premier tour, avec la République en marche lui permettrait de se maintenir à la tête de la région.

« Trahison ! »

Au nom de l’intégrité de LR, les ténors les plus à droite du parti, comme Éric Ciotti ou Bruno Retailleau ont dénoncé ce qu’ils ont appelé une « trahison » mais ne représente rien d’autre que l’honnête constat du rapport de forces dans la région. À partir de là, s’en est suivi une épisode peu glorieux, qui a permis à M. Muselier de ne pas être exclu de LR mais l’a contraint à faire à moitié l’expérience envisagée. Il faudra que Sophie Cluzel, secrétaire d’État aux Handicapés, quitte ses fonctions ministérielles si elle veut rester sur la liste Muselier. On ne voit pas bien ce que ça change, mais, dit-on chez LR, « l’honneur est sauf ». Comme si l’honneur déterminait l’action politique. Mais, entretemps, le maire de Toulouse, Hubert Falco, a quitté LR, celui de Toulouse, Jean-Louis Moudenc, LR, n’est pas hostile à une union des forces démocratiques contre les extrêmes et, à Nice, Christian Estrosi, qui souhaite obtenir un maroquin, entretient de bonnes relations avec Emmanuel Macron.

La droite se bat contre son avenir.

On peut donc considérer que, d’une certaine manière, la droite se bat contre son avenir. Elle se défendra fort bien aux régionales, elle est assurée de perdre la présidentielle. Même Xavier Bertrand, qui n’est plus LR, mais est perçu comme son représentant, ne semble pas en mesure de se qualifier pour le second tour. En tout état de cause, LR n’a comme espoir présidentiel qu’un homme qui a quitté ce parti, mais refuse toute forme de rapprochement avec la REM. Rapprochement qui, avant même d’être accompli, divise déjà les macronistes de gauche  : ils ont compris l’évidence, à savoir que le pouvoir se droitise et cherche beaucoup moins qu’en 2017 à réussir le parfait équilibre entre éléments de gauche et éléments de droite. La vérité est que, même à gauche, il y a des hommes et des femmes prêts à faire un bout de chemin avec le président, Manuel Valls par exemple.

La majorité invisible.

Il y a en France un noyau large de gens qui ne veulent ni de l’extrême gauche ni de l’extrême droite. Ils forment une majorité invisible, mais seulement parce que LR estime que Macron lui a arraché ses chances en 2017. C’est une analyse franchement ridicule. LR avait perdu dès le rassemblement du Trocadéro, à la fin de 2016, en sacrant François Fillon, alors que, de toute évidence, l’ancien Premier ministre ne passerait pas le cap judiciaire. Certes, Macron en a tiré avantage, de même que le renoncement de François Hollande en novembre 2016 a donné des ailes à sa candidature. Mais ce qui est épisodique dans l’affaire n’est pas déterminant. Les Français sont peut-être déçus par Emmanuel Macron, mais ils sont toujours à la recherche d’un président centriste, réformateur, défenseur acharné des institutions et doué d’assez de sang-froid pour résister à la diffamation permanente.

Deux partis.

En 2021, comme en 2016, cet homme providentiel, qu’on le dise ou non, c’est Macron. Ce à quoi nous assistons, c’est l’explosion d’une étoile, c’est la pulvérisation d’un système trop anachronique pour survivre. Macron en a eu l’intuition (sa meilleure qualité) et les faits l’ont vérifié. Il y a deux partis en France : les extrêmes qui vont des Verts e de Mélenchon jusqu’à Le Pen et les centristes qui rassemblent LR, une faible partie de la gauche et les macronistes. Il ne fait aucun doute que Marine Le Pen va réduire l’écart. C’est une question de conscience qui s’adresse à chaque homme ou femme politique : la vraie question, est-ce le rôle de Sophie Cluzel, ou la prise du pouvoir par l’extrême droite, avec des conséquences historiques incontrôlables ?

RICHARD LISCIA

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Macron et Napoléon

Un portrait en Corse
(Photo AFP)

La commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon par Emmanuel Macron ne va pas sans risques. Il le fera cet après-midi « sans hagiographie mais sans repentance » avec l’objectif de rappeler aux Français que l’empereur avait fait de la France jusqu’en 1815 le pays le plus puissant d’Europe.

LE CHEF de l’État ne saurait passer sous silence le terrible bilan humain de ses conquêtes territoriales, la mise en coupe réglée de l’Europe par sa famille, la restauration de l’esclavage huit ans après son abolition et, en définitive un tel excès d’ambition qu’il finit par être battu par les Européens coalisés contre lui et qu’il mourut à 51 ans à Sainte-Hélène. Mais Napoléon aura été également l’homme qui a modernisé rapidement la société française, projet positif que Macron partage avec cet ancêtre. La meilleure façon d’examiner les faits historiques consiste à écouter des historiens dépassionnés et fiables. Le nationalisme a fait une icône de Napoléon, comme en témoigne l’hommage sans nuances que lui a rendu Marine Le Pen. Macron sera plus simple, plus sobre, plus en lien avec la réalité historique.

Le goût de la liberté.

Napoléon, tyran ou visionnaire ? Il n’aurait pas construit l’unité européenne à la manière de Jean Monnet et de Robert Schumann. Tout, dans la révolution de 1789, puis dans les excès de la Terreur, le conduisaient d’abord à placer une cloche sur les passions incendiaires d’un peuple incapable de mettre un terme à la remise en cause de la société française, avec tout ce qu’elle comportait de violence, puis d’aller défendre la liberté si chèrement acquise dans le reste de l’Europe. C’était sans compter sans la monarchie britannique et son conservatisme, qui, du coup, apparaissaient plus raisonnables que l’empereur devenu l’ennemi public numéro un du continent. Ce qui ne signifie pas qu’entretemps, il n’avait pas réussi à donner au peuple le goût ineffable de la liberté. Il aura fallu le restant du XIXè siècle pour que, après avoir essayé de nouveau la monarchie et même le Second Empire, la France devînt définitivement républicaine.

Napoléon moins les guerres.

De sa grandeur passée, il est resté quelque chose, peut-être le sens profond de ses responsabilités internationales qui en font aujourd’hui la République européenne la plus engagée dans le respect des droits de l’Homme et dans l’alternative diplomatique aux conflits militaires. Ce n’est pas Napoléon qui nous a donné cette vertu. Mais d’abord il a été le premier à comprendre qu’il fallait une puissance de la taille européenne pour compter dans le monde. L’Europe d’aujourd’hui, c’est Napoléon moins les guerres. Et ensuite, et en dépit de l’esclavage, il a été le premier à comprendre que l’État français ne pouvait se moderniser qu’en accordant à tous les citoyens les mêmes droits. Cela n’a pas empêché la famille impériale de se conduire comme une nomenklatura avant l’heure, mais, dans le napoléonisme, il y avait déjà l’éducation pour tous, la liberté pour tous, l’espoir d’une égalité des chances. On ne parle que de cela aujourd’hui. C’est dire que Napoléon était un précurseur.

Il n’appartient à personne.

Il est impossible, bien sûr, que Macron capte l’héritage de l’Empire, mais il dira qu’il tire son intuition historique de celle de Napoléon, en la purifiant de l’usage de la force. Aussi bien l’empereur n’appartient-il à personne, en tout cas pas à Marine Le Pen qui en fait l’exemple à suivre sans apporter à la démarche les nuances contemporaines qui font qu’on ne peut traiter les migrants sans un minimum de compassion, ni unifier l’Europe en la conquérant militairement. C’est encore, pour le président, l’occasion de démonter ce qu’il y a de pernicieux, chez Mme Le Pen, dans sa marche forcée vers l’Élysée, justement parce qu’elle a choisi de ne retenir de l’empereur que la gloire infinie de ses conquêtes, mais rien de sa recherche d’un monde en paix après la guerre et d’une France épanouie.

RICHARD LISCIA

 

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Le masque philosémite

Sans masque
(Photo AFP)

La mairie écologiste de Strasbourg a adopté dans la nuit de lundi à mardi un texte qui n’applique qu’en partie celui de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’holocauste (IHRA) sous le prétexte qu’il demeure essentiel de protéger la liberté d’expression  et donc celle de critiquer la politique du gouvernement israélien.

ADOPTÉ après des débats houleux par une majorité de 46 sur 65 sièges, le texte est un modèle d’hypocrisie. Il ne tient pas compte de la croissance des violences et des insultes antisémites en France et tente de trouver une voie moyenne grâce à laquelle juifs et antisémites trouveraient leur zone de confort. Quoi de plus démocratique en effet que de pouvoir juger la politique d’un gouvernement, fût-ce celui d’Israël, si on estime qu’il ne fait pas la part belle aux Palestiniens ?

Il se trouve cependant que l’antisémitisme est une forme de racisme absolu qui ne peut être sincèrement combattue que par une riposte absolue. Or, dans cette affaire, on part de loin. La mairie de Strasbourg, en effet, avait accordé une subvention de 2,5 millions d’euros à la construction d’une nouvelle mosquée parrainée par une association turque, Milli Görüs, ce qui a produit un tollé suffisant pour qu’elle y renonce. Le 22 mars le refus de la maire, Jeanne Barseghian, d’adopter le texte de l’IHRA provoque la colère d’une partie de l’opinion strasbourgeoise qui se traduit par deux mois de discussions houleuses.

Un soupçon d’islamo-gauchisme.

On comprend donc que la conquête par les écologistes de la ville de Strasbourg n’a pas seulement bénéficié à l’environnement, mais que, comme dans le reste du pays, l’écologie abrite une forme d’extrême gauchisme et même d’islamo-gauchisme qui n’a rien à voir avec le réchauffement climatique mais tout à voir avec les manifestations où des éléments subversifs crient « Mort aux juifs ! » à proximité des synagogues. Si l’idéologie n’avait pas noyé la réflexion de Mme Barseghian et ses amis dans la défense, coûte que coûte, des droits, certes inaliénables, des Palestiniens, les Strasbourgeois n’en seraient pas à se demander si on ne les traîne dans pas un labyrinthe de concepts qui les conduit lentement vers l’antisémitisme. En tout cas, l’islamo-gauchisme voudrait avoir droit de cité, il pourrait aujourd’hui affirmer qu’il l’a conquis dans celle de Strasbourg.

Appeler un antisémite par son nom.

L’opposition REM et LR a tout fait pour atténuer les conséquences de la motion dont Jeanne Barseghian a avalisé le texte, lequel ne reprend donc pas celui de l’IHRA, mais écarte tout de même « le refus du droit à l’autodétermination des juifs en affirmant par exemple que l’existence d’Israël est le fruit d’une entreprise raciste ». Encore heureux ! Ainsi, la belle ville de Strasbourg aura mis 73 ans pour reconnaître l’État hébreu, mais au prix d’une liberté qui permet à n’importe quel antisémite de le traîner dans la boue et à n’importe quel islamiste de commettre des attentats. Mais pour être certaine de défendre les droits des Palestiniens, la majorité du conseil municipal a ajouté la nuance qu’elle croit indispensable : « La liberté d’expression et la critique politique de tout gouvernement, y compris Israël, sont des droits inaliénables ». 

Un parti de gouvernement ?

On se demandera, par parenthèses, si toutes les villes du monde sont tenues de prendre position sur le texte de l’IHRA, ce qui ne semble pas évident. On se demandera si appeler un chat un chat et un antisémite un antisémite se présente comme un effort surhumain. On se demandera pourquoi il fallait un conseil municipal à majorité Verte pour arriver à un résultat aussi minable. On suppose vaguement que la stratégie de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) contre Israël n’est qu’une forme de lutte en faveur des droits des Palestiniens et non une forme d’exclusion qu’aucun démocrate ne peut accepter. Les Verts rétorqueront sans doute, mais pas tous heureusement, qu’ils forment un parti politique et même de gouvernement bientôt consacré par les urnes. On verra bien.

Une mascarade.

On ne manquera pas de se poser aussi la question des tâches que doit accomplir une mairie et si tant de jours et d’énergie étaient nécessaires à cette mascarade. Je dis mascarade parce que les Verts ont inventé le masque anti-antisémite que permet de l’être sans l’être tout en l’étant. La perceptible vérité qui ressort des affres strasbourgeoises, c’est que l’agenda des Verts va bien au-delà des préoccupations environnementales et qu’ils ne craignent pas de nous emmener dans un voyage souvent sans retour : celui de l’intolérance, celle-là même que Mme Barseghian préfère au simple slogan que serait : « Halte à l’antisémitisme ! ». Y compris sous la forme « noble » de l’anti-sionisme.

RICHARD LISCIA

 

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La scission de la droite

Renaud Muselier
(Photo AFP)

C’est à dessein que Jean Castex, Premier ministre, a annoncé un accord entre la République en marche (REM) et le président LR de la région Paca, Renaud Muselier, pour que la REM retire sa liste et vote LR. Ce cadeau apparent a été dénoncé par les caciques des Républicains, écartelés entre la tentation lepéniste et la connivence avec la REM.

AU DÉPART, c’est une question d’affinités. Idéologiquement, M. Muselier est Macron-compatible et il n’est pas le seul à se trouver dans cette disposition au sein de LR. Mais à peine l’accord a-t-il été annoncé par M. Castex qu’il sciait la droite classique entre pro-Macron et anti-Macron. Le problème posé à LR par le président de la République date de quatre ans. La droite pense que, en 2017, il lui a littéralement « volé » la victoire, oubliant un peu vite que les problèmes judiciaires de François Fillon avaient affaibli sa candidature. Le candidat LR avait néanmoins rassemblé presque 20 % des suffrages, ce qui, par rapport aux casseroles qu’il traînait, constituait un exploit. Mais, s’il avait été élu, aurait-il pu continuer à gouverner ?

Pour le Front républicain.

L’électorat qui a déserté LR est certes allé chez la REM. Mais il est allé aussi vers le Rassemblement national. La vérité est pourtant simple, même si elle est écartée d’une pichenette par les ténors des Républicains : si on ne renforce pas Macron, c’est Marine Le Pen qui sera élue et non le candidat toujours pas désigné des LR. À lui seul, M. Muselier tente de reconstituer le Front républicain, cette sorte de mur électoral qui renforcerait le plafond de verre que Marine Le Pen ne parvient toujours pas à crever. Depuis quatre ans, LR désigne son ennemi, Emmanuel Macron, alors qu’il est aussi et surtout menacé par Marine Le Pen, vers qui certains LR et pas des moindres se sont déplacés et qui est devenue si crédible et si respectable dans le champ politique que personne n’a plus honte de lui apporter sa voix.

Ce n’est pas une fatalité.

Une ou d’autres régions pourraient suivre M. Muselier dans son sillage, les consignes de parti ayant peu d’influence sur les ambitions des présidents de région et encore moins sur des électeurs qui, s’ils ne peuvent pas exprimer leur choix librement, renforceront l’abstention. La cassure de LR n’est pas un séisme, elle n’échappe pas aux volontés humaines, elle n’est pas une fatalité. Depuis quatre ans, la scie de la division écarte les deux camps idéologiques qui composent le parti : ceux qui considèrent le RN comme un parti fréquentable  et ceux qui savent que Marine Le Pen poursuit une conquête qu’elle juge inéluctable pour autant qu’elle ne soit pas freinée par des démocrates de cœur. Le macronisme, qu’on le haïsse ou qu’on le vénère, a changé durablement le paysage politique. Il est parfaitement exact que le partage entre gauche et droite a été remplacé par un partage entre extrême droite et extrême gauche. Il est tout aussi exact que l’électorat de gauche (Verts compris) ne représente plus que 35 % de l’électorat, qu’il existe une forte majorité de droite, capable de s’exprimer et de gouverner si elle largue toute amarre avec le RN.

Politique de Gribouille.

Le choix ainsi offert aux Républicains est donc très clair : ou bien, ils s’allient à Macron et écartent durablement la menace de l’autoritarisme ; ou bien ils se ruent vers l’enfer néo-fasciste, avec le très faible espoir de gagner une partie où leurs atouts sont minces. Les dirigeants de LR, les Christian Jacob, Damien Abad, Gérard Larcher, Bruno Retailleau se sont prononcés pour la deuxième hypothèse, mais rien ne prouve qu’ils représentent la majorité, pas plus qu’en cédant aux sirènes lepénistes ils ne font preuve d’imagination. La voie qui leur est offerte est étroite mais, en dépit des divisions de LR, c’est un parti bien implanté sur le territoire et qui doit sauver son honneur. Pour le moment, il en est à la politique de Gribouille : ill saute dans le lac RN pour échapper à la pluie. Est-ce bien raisonnable ?

Ce qu’il reste de gaullisme.

Enfin, la confusion entre les régionales et la présidentielle traduit principalement un désarroi effrayant. Le candidat de LR à la présidence ne risque pas d’être attiré par RN ; il devra, quoi qu’on en dise, exposer un programme digne des compétences de LR en matière d’économie, de finances et d’environnement. Il ne suffira pas de dresser un bilan cataclysmique du mandat de Macron, ça, Marine Le Pen sait le faire ; il faudra apporter un espoir qui ne peut être réduit au ralliement au RN, parti qui se situe sur un lieu idéologique diamétralement opposé à ce qu’il reste de gaullisme au sein de LR. Il est temps que les Républicains fassent un retour aux sources et se souviennent de ce qui fait d’eux un parti de gouvernement et pas celui de la subversion.

RICHARD LISCIA

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