Les « leçons » du terrorisme

Hollande décore les défenseurs des victimes en 2016
(Photo AFP)

Les Français célèbrent, non sans tristesse et non sans malaise, les épouvantables attentats du 13 novembre 2015. Le devoir de mémoire est d’autant plus impératif que nous ne sommes pas assurés que le carnage ne se reproduira pas un jour. Nous devons nous armer de stoïcisme mais aussi de vigilance.

LE DÉBAT national sur tout ce qui se rapporte à l’islam est pollué par les arrière-pensées politiques. Il n’existe pas de crédo national concernant le djihadisme. Il est encore capable de se reconstituer instantanément. L’expédition ad patres du chef de l’État islamique, Al Baghdadi, n’empêche pas la persistance de réseaux prêts à frapper le territoire, tandis que le terrorisme individuel traduit une sorte de haine intérieure envahissant quelques consciences, ce qui contribue à la persistance dangereuse d’une polémique opposant la gauche et la droite sur le maintien de la laïcité en France : cela implique une bonne dose de fermeté. Bien entendu, les musulmans eux-mêmes auront vite fait de trouver dans l’exercice « aveugle »de la laïcité un instrument destiné à réduire leurs libertés. Ils peuvent, à raison, invoquer les sociétés où les communautés s’épanouissent à l’écart du modèle national. Il demeure que la France a fait un autre choix, celui de l’intégration qui a magnifiquement fonctionné pour absorber des immigrés appartenant à d’autres confessions.

Le maître mot : intégration.

L’arrivée, parfois massive, de musulmans attachés à leur religion, qu’ils peuvent pourtant pratiquer sans encombres en France, a soulevé un problème inattendu, d’abord parce que l’islam est très différent du christianisme, ensuite parce que la longue crise économique et sociale qui a suivi les Trente Glorieuses a freiné puis bloqué leur intégration et, a fortiori, leur assimilation. Beaucoup de musulmans, dans une proportion difficile à évaluer, sont devenus ces « premiers de cordée » chers à Emmanuel Macron. Beaucoup d’autres, sans doute plus, ont trouvé dans l’islam le moyen de se distinguer du courant principal et de s’affirmer non pas en tant que contributeurs au développement général du pays, mais en dehors de lui. Il est licite de reconnaître les sources sociales de cette attitude politique, licite de comprendre pourquoi l’intégration n’a pas fonctionné pour eux et licite d’essayer des solutions combinant leur appartenance à l’islam, la pratique ostensible de leur religion et une loyauté sans failles à l’égard de l’État et de la République.

Le terrorisme a son corollaire, la méfiance des Français à l’égard d’une religion dont les terroristes se croient les dépositaires. L’aversion pour une culture de mort est l’objectif recherché par le djihadisme qui n’a pas le projet de tuer tous les Français mais de semer dans le pays un désordre suffisant pour que l’ordre islamiste émerge du chaos en tant que maître politique de la France. Il ne s’agit pas de « grand remplacement », slogan facile de l’extrême droite, mais de conversion. Les citoyens non musulmans seraient meilleurs s’ils devenaient musulmans. Voilà où se situe le danger dont il nous appartient de déceler les signes avant-coureurs avant que nous soyons cernés par une idéologie que n’aurions pas combattu avec assez de vigueur.

Un islam soft.

Nous devons donc situer la discussion sur le plan exact où elle se déroule, qui est politique et non sociétal.  Nous devons exalter à l’infini les avantages de la laïcité dont le rôle n’est pas d’attaquer les religions, mais de poser des limites à la pratique d’une religion. Il ne faut pas qu’un individu français se distingue par une foi que le pays ne peut pas suivre et qui, en somme, correspond, dans sa ferveur excessive, à une régression. Il faut au contraire que cet individu soit en tous points, dans sa vie publique, identique à ses concitoyens et que, en conséquence, il pratique sa religion dans sa sphère privée. Se prononcer contre le port du voile, par exemple, ce n’est pas être anti-musulman, c’est approuver le système laïque tel qu’il a été instauré en France au début du XXe siècle. Les musulmans eux-mêmes doivent parcourir une partie du chemin. Ils savent que la multiplication des attentats se traduit par une montée de la xénophobie. Ils savent qu’il n’existe pas de prescription du voile pour les femmes dans le Coran et qu’il s’agit en réalité d’une invention des hommes pour qu’ils puissent dominer le deuxième sexe. Ils devraient donc admettre que la diversité des textes coraniques et des imams leur offre la possibilité de choisir une manière discrète d’exercer leur religion.

On trouvera sans difficulté une majorité de Français qui accepteront de donner aux musulmans tous leurs droits sans exception, avec un bémol pour leur religion car elle les éloigne, si elle est pratiquée avec fanatisme, des valeurs républicaines. L’influence délétère qu’exercent par ailleurs des imams dévoyés ou des mosquées vouées à un islam exclusif et dominateur ne peut pas être acceptée en France puisqu’elle fait partie d’un projet politique incompatible avec la démocratie parlementaire. Fermeté et tolérance sont donc les deux axes d’un projet pour inclure l’islam dans la vie démocratique française.

RICHARD LISCIA

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La loi du silence

Danièle Obono en plein exercice
(Photo AFP)

Un étudiant de 22 ans s’étant immolé par le feu  à Lyon pour cause d’extrême précarité, les étudiants ont manifesté et interdit l’accès à de nombreux endroits où des débats étaient prévus, notamment avec François Hollande.

L’ÉTUDIANT,  avant d’accomplir son acte, avait en effet  souligné l’impéritie de nos présidents successifs, dont François Hollande.  Le jeune homme, qui est aujourd’hui dans un état grave, a tenté de dénoncer une politique sociale de l’État vouée aux économies. Ce que Danièle Obono, députée de la France insoumise, a exposé à l’Assemblée nationale dans une phrase lapidaire, adressée au secrétaire d’État à la Jeunesse, Gabriel Attal ; « Votre politique tue notre jeunesse ». M. Attal n’a pas riposté avec la vigueur de l’agresseur, preuve que le raccourci sémantique commence à trouver pignon sur rue, ce qui produit un phénomène social étrange et contradictoire. Dans cette société de 2019, on est arrivé à dire à peu près ce qu’on voulait, y compris les pires amalgames, mensonges et contre-vérités, mais en même temps on entend de plus en plus de gens qui exigent que certains orateurs se taisent, la ferment en quelque sorte, ou soient atteints de mutisme.

Grèves, justifiées ou non.

Cette sélection des parleurs se fait par ordre décroissant, les plus excités certains d’emporter la palme et les plus calmes assurés qu’ils seront interdits de discours. C’est en soi un problème sérieux de société en ce sens qu’il créerait un droit à la parole, réservé à ceux qui ont font une torpille contre les autres. Mais voilà qu’il y a plus grave. La colère, bien compréhensible, des étudiants, trouve sa source dans une vision sociale qui ne fait de cadeau à personne, en dépit des mesures hâtives prises par le gouvernement pour apaiser les gilets jaunes. Mais il y a beaucoup de mécontents, par exemple à l’hôpital où la crise n’est toujours pas résolue et ne le sera pas si le gouvernement ne se décide pas à injecter dans les structures hospitalières l’argent dont elles ont besoin. Tout se passe comme si on avait tenté de calmer les gilets jaunes au détriment de tous les autres, dans un pays où nombre de revendications sont justifiées mais où d’autres le sont moins. Par exemple, les cheminots qui se mettent en grève durablement à cause d’un accident de train et, comme ils se voient contraints d’expliquer leur colère excessive, ils en font la démonstration par une prolongation de la grève. Une sorte de preuve par l’absurde.

Convergence des luttes.

De la même façon, les étudiants sont partis pour un mouvement de longue durée, ce qui conduit la plupart de nos estimables chroniqueurs et éditorialistes à additionner les mécontentements, à les placer dans la perspective de la journée syndicale d’action du 5 décembre prochain et à y voir la fameuse « convergence des luttes » tant souhaitée par les oppositions. Alors là, promis, juré, s’il y a convergence, c’est la fin du gouvernement d’Édouard Philippe. Cette hypothèse n’est pas irréaliste car 2019 aura été pour le président et sa majorité une « annus horribilis », assez horrible en vérité  pour qu’elle ne puisse se conclure que tragiquement. Le  quasi-suicide par le feu de ce pauvre étudiant serait alors une répétition historique, le même acte ayant été accompli autrefois par Ian Palach, un étudiant tchèque qui réclamait la disparition du régime communiste. Ce fut l’un des signes avant-coureurs, ou prématurés, comme on voudra, de la chute du mur de Berlin dont on célèbre en ce moment le trentenaire. Mais on devine alors combien les comparaisons sont parfois abusives : si Mme Obono estime que le pouvoir assassine les étudiants en France, elle a forcément tort puisque ce même pouvoir offre aux Français la liberté dont ils peuvent disposer allègrement. Liberté pour laquelle Palach a donné sa vie,  à Prague, il y a cinquante ans, alors que Anas K., lui, réclamait une scolarité gratuite.

RICHARD LISCIA

 

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Une finale inéluctable ?

Marine Le Pen
(Photo AFP)

« Le Figaro » de ce matin publie un sondage selon lequel 68 % des Français sont persuadés qu’au second tour de la présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen seront face à face, mais déclarent qu’ils ne veulent pas de ce duel. Il leur appartient pourtant de voter, s’ils le souhaitent, pour la droite ou pour la gauche afin de mettre un terme au huis-clos du duo.

LA SIMPLIFICATION du processus électoral induite par l’ascension du Rassemblement national et par la vive résistance du macronisme n’est la faute de personne sinon celle des intentions de vote. Accuser le président de « cynisme » sous le prétexte que cette situation résulte de sa stratégie revient à mépriser le suffrage universel. Ce sont les Français favorables à Mme Le Pen qui voient les choses de cette manière ; ce sont les Français confiants que M. Macron peut écarter le danger de l’extrême droite qui le qualifieront pour le second tour. Le chef de l’État se contente de faire un constat : en dépit d’un débat politique tonitruant, en dépit des attaques dont il fait l’objet de toutes parts (c’est le mieux placé, donc c’est lui qu’il faut faire tomber), en dépit de la mauvaise humeur persistante de la population, il y a encore assez de démocrates en France pour se dresser contre la popularité croissante de Mme Le Pen. Et si un homme est capable d’offrir à la présidente du RN  une alternative plus soft, c’est encore, c’est toujours Macron.

Cartes brouillées.

En présentant sa candidature à la présidentielle en 2017, il a évidemment brouillé les cartes. Il a affaibli la droite  avec la complicité très involontaire mais très mesurable d’un LR qui s’est jeté stupidement dans les bras de Fillon. Est-ce encore la faute de Macron si M. Fillon a des démêlés avec la justice ? François Hollande a renoncé à demander un second mandat. C’est certes à cause de la candidature imprévue de son ancien ministre, mais c’est aussi parce que son impopularité lui garantissait l’échec. M. Mélenchon de son côté voyait midi à sa porte et a fait un score (presque 20 %) remarquable. Feu de paille. Ce n’est pas le futur président qui a demandé aux Français de ne pas voter Mélenchon, Fillon ou Hollande. De la même manière, aujourd’hui, LR reprend des forces avec la soudaine réapparition de François Baroin qui disait avoir abandonné la politique. Du coup, Valérie Pécresse lance un appel à la réunification de la droite. Il y a des candidats dans tous les partis et, même à Europe Écologie les Verts, où Yannick Jadot, l’homme politique le plus optimiste de France, se voit déjà à l’Élysée. François Hollande, pour sa part, souhaite clairement que les socialistes l’appellent à la rescousse. Il y a des gens qui ont la stature d’homme d’État. Il y a encore beaucoup d’appétit de pouvoir, mais il demeure que les seuls à proposer une gestion différente du pays sont Macron et Le Pen.

Le Pen en 2027 ?

En 2017, ce fut la force de Macron de se dresser contre les progrès électoraux du Front national ; en 2022, au second tour, et si rien d’essentiel ne se produit qui contrarie la mécanique présidentielle, les mêmes deux candidats se retrouveront dans un duel qui, selon les sondages, montrera l’énergie cinétique que Marine Le Pen ne cesse d’acquérir, au point qu’elle finira un jour par être élue. Ce tableau est cruel, mais il est vrai. Personne ne peut dire le contraire, personne ne peut accuser Macron d’en être l’auteur. Au contraire : s’il a une qualité d’homme d’État, c’est sa capacité à saisir l’occasion historique. Il sait très bien que Le Pen se nourrit de son rejet du droit, de l’Europe, du libéralisme (et aussi des libertés). Ce qui renforce le rôle du président en tant que défenseur des mêmes valeurs. Il faut du temps aux formations meurtries par les récentes échéances électorales. Elles doivent mettre ce temps à profit pour se reconstruire. En 2027, Macron partira. Mais Le Pen sera encore là.

RICHARD LISCIA

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La manif’ fourvoyée

Esther Benbassa hier
(Photoi AFP

Dans la manifestation d’hier, consacrée à la défense des musulmans, Jean-Luc Mélenchon a vu un évènement « magnifique, conclu par une Marseillaise magnifique ». Or, non seulement il s’agissait d’une démonstration dont tout le monde pouvait se dispenser, mais en plus elle a abouti à l’amalgame tragique entre persécution des juifs et racisme anti-musulman.

CE RACISME existe et il a pris sa forme la plus répréhensible lors de l’attentat contre une mosquée dans les Landes qui a fait deux blessés graves. Les agressions anti-musulmanes existent et sont tout aussi déplorables que les attaques contre les juifs, plus nombreuses. Les violations de sépultures musulmanes existent, comme celles des cimetières juifs, mais au total, ce sont les cimetières chrétiens (plus de mille en un an) qui font l’objet du nombre d’attaques le plus élevé. Peut-être l’indignation de ceux qui s’identifient aux victimes ne doit-elle pas être évaluée en chiffres. Mais, d’une part on n’a pas vu les chrétiens de France se lever comme un seul homme pour dénoncer l’anti-catholicisme ; et, d’autre part, l’intolérance est largement partagée entre les communautés, avec une nuance : les juifs, peu nombreux en France, et si souvent insultés et agressés, se plaignent mais ne s’en prennent à personne, alors que, depuis un certain temps, des Français juifs meurent parce qu’ils sont juifs, ce qui nous renvoie à une époque tragique de l’histoire.

La montée du communautarisme.

La droite et la gauche, la République en marche et le gouvernement, n’ont guère été enthousiasmés par ce projet de manifestation où ils ont vu le développement d’un phénomène alarmant, la montée du communautarisme musulman. À la France insoumise, la perplexité régnait et quelques ténors de ce parti se sont abstenus, notamment François Ruffin et Alexis Corbière. Pourquoi ? Parce que, contrairement à leur patron, ils ont bien vu qu’à ce compte-là, des manifestations pour chacune des communautés pourraient être organisées, ce qui nuirait à la République une et indivisible. D’emblée, le PS a refusé de participer, probablement pour une autre raison : le risque d’une dérive des manifestants vers des thèmes et des slogans en faveur de l’islam politique, qui est le plus grand ennemi de la société française. On peut très bien reconnaître que les musulmans de France se heurtent à la xénophobie et au racisme, comme on peut reconnaître qu’une frange active de musulmans se retrouve dans le terrorisme antifrançais. Au nom de la bienveillance à l’égard de tous, par crainte aussi d’apparaître comme des pro-musulmans de second ordre, d’aucuns ne craignent pas d’encourager, dans ce courant, les éléments radicaux, d’ailleurs présents parmi les organisateurs de la manifestation.

Étoile jaune et croissant de lune.

On en a vu la preuve formelle quand certains des manifestants et parfois des enfants sont apparus portant une étoile jaune associée à un croissant de lune. La pire des provocations : trop de musulmans, hélas, poussent le raisonnement jusqu’à se présenter comme un groupe aussi persécuté aujourd’hui en France que les juifs le furent pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est une double faute, parce que les musulmans de France, qu’ils l’admettent ou non, vivent généralement en paix et se sont souvent bien intégrés dans la société française ; et parce que personne en France ne songe à exterminer tous les musulmans. C’est ce qu’aurait dû dire Esther Benbassa, sénatrice verte, qui a vu ces horribles badges et les considère comme un symbole du rapprochement entre judaïsme et islam. Elle était indignée de ce qu’elle, qui se déclare juive et se consacre à la mémoire de sa famille, fût considérée comme antisémite. Effectivement, quand on pratique l’amalgame, on crée des ambiguïtés surprenantes. Dès lors que tout ce qui est excessif est insignifiant, le pays pouvait faire l’économie de cette manifestation qui, comme d’autres, ne changera rien. Mais elle a au moins prouvé une chose : que les victimes, dont la douleur est si vive, en arrivent à oublier la culpabilité des musulmans hostiles à la société française qu’ils souhaitent ni démocratique, ni républicaine et qu’ils veulent rendre musulmane, par la violence si nécessaire. Mme Benbassa n’a qu’à se débrouiller avec ça.

RICHARD LISCIA

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1989 : l’histoire bascule

Gorbtachev aujourd’hui
(Photo AFP)

La commémoration de la chute du mur de Berlin nous renvoie à une époque où l’Europe était divisée, où sévissait la guerre froide, où les peuples européens dominés par les Soviets de l’URSS n’avaient guère d’espoir pour l’avenir. Les habitants du Vieux-Continent ont oublié cette période, sorte d’hiver géopolitique pendant lequel l’absence de droits et de libertés avait placé des dizaines de millions de personnes sous le joug soviétique.

LES ALLEMANDS (mais aussi les Polonais, les Hongrois et les Tchèques) ne doivent qu’à eux-mêmes la liberté qu’ils ont conquise de haute main. Tous les complots dont les dirigeants soviétiques accusaient les Américains, n’existaient pas ou, mieux, s’ils existaient, ils n’avaient guère entamé la dictature du prolétariat. Que des peuples, de leurs mains et de leurs voix, aient contraint des dirigeants obtus, incapables de comprendre qu’on ne gouverne pas indéfiniment en maintenant un ordre inique, aient obtenu le passage libre en Europe de l’Ouest, c’est une sorte de miracle dont, hélas, on n’évalue pas assez les bienfaits aujourd’hui. Pire : ceux qui ont arraché leurs droits à des vieillards cacochymes uniquement intéressés par un pouvoir durable, sont devenus aujourd’hui ceux qui, parfois, réclament l’ordre et la fermeté de fer dont il se sont débarrassés il y a trente ans. Ainsi la boucle est-elle bouclée : ils ont vaincu une dictature, les voilà qui en réclament une autre, tout aussi malveillante, mensongère et prête à réprimer les démocrates.

« Démolissez ce mur ».

C’est l’occasion historique qui, souvent, fait le talent des dirigeants. On ne peut pas nier que Helmut Kohl, à l’époque chancelier allemand, n’ait pas su saisir l’opportunité incroyable que les Allemands de l’Est lui apportaient sur un plateau. On ne peut pas oublier que, quelques années plus tôt, Ronald Reagan ait apostrophé le successeur de la Nomenklatura en ces termes : « M. Gorbatchev, démolissez ce mur ! », injonction à laquelle le président de l’URSS aurait certes souhaité obtempérer mais il n’avait pas encore les moyens d’agir. Les Est-Allemands s’en sont chargés, ce qui prouve que la parole d’un président américain peut modifier le cours des choses, pourvu qu’il soit crédible. François Mitterrand a été embarrassé par ce qui se passait en Europe centrale. Il n’avait pas tout à fait tort de craindre la puissance que l’Allemagne réunifiée allait acquérir. Ses réserves, cependant, ont été recouvertes par le fracas de l’énorme tempête européenne. Enfin, le successeur de Reagan, George Bush senior, s’est parfaitement adapté à la situation. Il a aidé Gorbatchev, il a réalisé une chose incroyable : la dénucléarisation des États satellites de l’URSS. À l’époque, le récit de la dénucléarisation du Kazakhstan par les techniciens américains, paru dans Time magazine, fut impressionnant. Malheureusement, Mikhaïl Gorbatchev, encensé par le monde entier, a été rejeté par le peuple russe qui avait déjà la nostalgie d’un pouvoir qui veillait aux fins de mois et aux retraites. D’où l’apparition de Boris Eltsine, conforme aux souhaits occidentaux, qui résista à un coup d’État, mais découvrit en Vladimir Poutine un fils spirituel. Comme il s’est trompé !

L’importance des libertés.

On ne parle  pas de la chute du mur en 1989 si on ne rapporte pas cette sorte de révolution populaire, joyeuse, innocente et dépourvue de toute violence à la situation en Europe aujourd’hui. Des Anglais qui veulent à tout prix quitter l’Union européenne ; des peuples xénophobes qui font de l’immigration un danger mortel ; des partis politiques qui entretiennent le racisme et la haine ; des leaders qui promettent une ère radieuse quand ils savent qu’elle sera celle d’une régression épouvantable. Le souvenir de 1989 est celui d’une révolution pacifique qui a rayé de la carte une dictature continentale. Voilà pourquoi on n’est pas exagérément pessimiste quand on décèle dans le retour des vieux réflexes démagogiques la source d’un fascisme qui pourrait conduire à un nouveau glacis qui gèlerait l’Europe. Les Allemands n’ont pas fini de regretter la guerre immonde qu’ils ont livrée à des peuples sans défense et notamment aux juifs. Mais un régime de type hitlérien peut naître dans n’importe quel pays qui serait victime d’un séisme économique et social. C’est notre devoir de répéter sans cesse qu’il y a pire que le dénuement, pire que la faim, pire que l’injustice et les inégalités. Il y a cette mort de l’esprit qu’est la privation de liberté. Nous ne le savons pas tous : l’homme a plus besoin de liberté que de nourriture, celle-ci étant d’ailleurs un corollaire de celle-là.

RICHARD LISCIA

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Benalla l’écrivain

Alexandre Benalla
(Photo AFP)

Jamais satisfait de l’anonymat, fût-il temporaire, Alexandre Benalla publie un livre chez Plon : « Ce qu’ils ne veulent pas que je dise ». Il ne contient aucune révélation majeure et semble consacré à l’amélioration de son image.  « Le Point » de cette semaine publie un entretien éloquent avec Benalla.

DANS ses propos, l’ancien chef de la sécurité de l’Élysée ne regrette rien, ne reconnaît pratiquement aucune faute, sinon celle de n’avoir pas trouvé la bonne stratégie pour échapper aux foudres de la justice et, avec une sorte de candeur enfantine, il revient sans cesse sur la qualité exceptionnelle de son professionnalisme, par exemple en racontant comment il a exfiltré le président et sa suite d’un endroit bloqué par des taxis en colère. Il se rend hommage à lui-même, démarche derrière laquelle personne ne saurait le suivre et explique qu’il va très bien, qu’il a des contrats, qu’il mène grand train. L’immédiate impression qu’il donne au lecteur, c’est qu’il n’a pas encore digéré la longue séquence de faits qui lui ont valu de quitter l’un des postes importants de la République. Il a beau chercher, il ne voit pas de quelle manière il a failli, il se demande si son livre va avoir le succès commercial de Valérie Trierweiler. Tout juste reconnaît-il que, à l’Élysée, il s’est heurté de plein fouet à une classe de hauts fonctionnaires qui respectent les règles fixées et préfèrent vivre entre soi qu’avec un électron libre venu de nulle part et dont le seul atout était la séduction qu’il exerce, y compris sur le président.

Un nouveau politologue.

L’intérêt de l’ouvrage est principalement anecdotique, pour ceux qui aiment les histoires croustillantes. Mais il ne va pas plus loin qu’une énonciation de faits connus, débarrassée au passage de ceux qui lui valent des déboires avec la justice. On découvrira en lui un nouveau politologue capable de dire ce qui ne va pas dans le pays et qui, si on l’écoutait, résoudrait nombre des problèmes nationaux. Qu’il ait choisi de s’exprimer à travers le genre littéraire ne diminue en rien la platitude de ses réflexions, empruntées en grande partie à ce qui se dit dans la presse.  On a compris qu’il s’y entend pour gagner de l’argent, que ses démêlés avec la justice et la police ne l’empêchent nullement de faire carrière, notamment à l’étranger et que, s’il a beaucoup de mal à se hisser au niveau de l’intellectuel, les spécialistes de la sécurité le considèrent comme un vrai professionnel. C’est très clair : il ne parvient toujours pas à réaliser que son parcours a été fulgurant et d’avoir été l’un des chouchous du président. A cette rapide ascension, il tente de donner un prolongement aussi brillant, en oubliant que, entretemps, il a fait une grosse chute. Il est un peu le Rastignac de 2019. De sorte que le livre, qui ne gênera personne, au pouvoir ou ailleurs, risque de le maintenir là où il est, dans la sécurité, mais de fermer la dernière page sur son expérience des hautes sphères.

Sous le vernis de la séduction.

D’aucuns diront qu’il n’a rien de plus à dire, d’autres diront le contraire : à savoir qu’il a gardé un peu d’affection pour Emmanuel Macron, ce qui ne ressort guère de ses propos, et qu’il a pris soin de le ménager, pour ne pas insulter l’avenir. Le complotisme sévit toujours, un peu comme si les événements hallucinants qui se succèdent ici et ailleurs ne suffisent pas à apaiser l’appétit de surprise et qu’il fallait inventer autre chose pour tenir le public en haleine. L’opération est ratée. Elle montre au moins qu’il faut savoir oublier quelques choses navrantes qui  n’ont pas grandi le pouvoir, qui n’ont pas transformé Benalla en leader politique, mais qui donnent un peu à réfléchir sur les choix de conseillers que l’on est amené à recruter quand on ne les a pas suffisamment scrutés avant de découvrir qui, sous le vernis de la séduction, ils sont vraiment.

RICHARD LISCIA

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Guerre (civile) des mots

Édouard Philippe
(Photo AFP)

Les sujets de dissertation ne manquent pas, mais je préfère participer au débat sur l’accueil à réserver aux propos du Premier ministre à la suite des graves incidents survenus à Chanteloup-les-vignes, dans les Yvelines. Je trouve en effet ce débat ahurissant car il décrit parfaitement le dévoiement auquel conduit l’appétit de polémique.

DES individus ayant semé le désordre et détruit un centre culturel justement destiné à la jeunesse, Édouard Philippe a déclaré que ces émeutiers étaient « des imbéciles et des irresponsables ». Il aurait pu dire des délinquants ou des criminels,  ou des « sauvageons », à l’instar de Jean-Pierre Chevènement, ou encore de la « racaille », expression de Nicolas Sarkozy. Il a parlé comme M. Philippe et je ne vois pas pourquoi il devrait s’exprimer dans un langage qui ne reflète pas sa personnalité. Mais non, il n’a pas prononcé les bons mots, ceux qui auraient dû décrire sans doute l’Apocalypse. Aux faits eux-mêmes, en tous points consternants, s’ajoute une mauvaise querelle sémantique.

Prévert entre en scène.

Je me souviens du poème de Jacques Prévert qui commence par « Bandit, voyou, chenapan ! ». Il racontait la réaction des bourgeois au comportement d’un petit chapardeur, dont la mauvaise manière décrivait la solitude et la peur dans un monde hostile. Ai-je besoin de rappeler que le merveilleux Prévert, auteur de scénarios inoubliables, poète du peuple, serait aujourd’hui du côté des gilets jaunes ?  Mais la société d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle des années cinquante. À  ma sensibilité d’adolescent a succédé le raisonnement que m’ont conféré l’acquisition de quelques rares connaissances et le travail. En conséquence, je n’ai aucune raison de désavouer un écrivain qui a enchanté ma jeunesse, à une époque lointaine et différente. Qui prononce maintenant le mot chenapan ? Personne. On dit délinquant, criminel, lie de la société. C’est ce que la maire de Chanteloup a réclamé à cor et à cri, un peu comme si la meilleure thérapie contre la casse et la violence, c’étaient des mots dévastateurs. Mais on ne changera pas M. Philippe, ci-devant chef du gouvernement. Il a émis un jugement plus juste et plus éclairant que la simple insulte. Il a voulu dire que les émeutiers de Chanteloup travaillaient contre eux-mêmes, détruisaient un patrimoine qui est le leur, bloquaient eux-mêmes leurs perspectives d’avenir.

Ah, Barbara !

Croit-il les convaincre ? Mais non. Il relève simplement que le pire dans tout ça, c’est un autre mot de Prévert : « Ah, Barbara, quelle connerie, la guerre! ». Il ne s’agit pas  de Chanteloup, mais de la Seconde guerre mondiale, à Brest où « il pleuvait ce jour-là », comme si le mauvais temps soulignait la détresse, la fin de tout, les vies broyées, l’amour impossible. Quelle connerie, la violence, la destruction, la haine ! Et quelle folie, quelle irresponsabilité ! Vous voyez, Philippe parle de cette façon. Mais comme il est impossible d’accuser le Premier ministre d’avoir organisé l’émeute de Chanteloup (on finira pas y venir), on lui fait savoir qu’il ne trouve que des mots feutrés pour exposer une réalité abominable.  Il s’agit d’un cycle sans fin où les élus, les réseaux sociaux, les gens, quoi, parviennent immanquablement à assouvir leur haine. Pauvre personnel politique, qui évolue entre médiocrité et nullité ! Oui, il existe une atmosphère de guerre civile en France. Elle est encouragée par un énorme flux de mots presque plus violents que les crimes. Sur la plaie, le Premier ministre tente de mettre un baume. Il devient la cible.

RICHARD LISCIA

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Baroin, le retour

François Baroin
(Photo AFP)

Depuis quelques jours, on ne voit plus que François Baroin, ancien ministre de Chirac et président de l’Association des maires, sur les plateaux de télévision. Il fait une rentrée électorale et ne s’en cache pas vraiment. Il pourrait apparaître comme une alternative acceptable à Emmanuel Macron.

FRANÇOIS BAROIN est un modéré qui défend ses causes avec acharnement. Doté d’une belle prestance, il est jeune (48 ans), charmant (un autre gendre idéal) et relativement dynamique. Il vient de réintégrer les instances stratégiques des Républicains. De tous les candidats possibles de la droite, y compris Xavier Bertrand  (qui travaille dur pour le bien-être des habitants de sa région, les Hauts-de-France), et Valérie Pécresse (présidente de la région Île-de-France), c’est peut-être celui qui a le plus de charisme. Il a déclaré ce matin qu’il voulait desserrer l’étau entre Macron et Marine Le Pen. Son optimisme est le bienvenu mais se heurte à des difficultés considérables : avant d’aspirer à la magistrature suprême, il aura pour objectif de remonter la pente que LR a si vite descendue, avec les présidentielles et les européennes. Un succès aux municipales pourrait lui donner un bonus.

Paysage politique : un puzzle.

Les tout récents sondages sur les élections de 2022, d’ailleurs prématurés, donnent Emmanuel  Macron et Marine Le Pen au coude-à-coude, entre 27 et 29 % des suffrages, avec, loin derrière, Jean-Luc Mélenchon et le candidat LR, encore inconnu. M. Baroin a le temps de desserrer l’étau. Mais il lui faut œuvrer à la réunification d’un parti très divisé et, au-delà, énoncer un programme qui séduise une majorité. Deux tâches titanesques. On peut cependant faire confiance à un calme qui, jusqu’à présent, lui a interdit d’élever la voix, à une élégance dont il ne se départit jamais, et à ce sang-froid sans lequel on n’est pas un homme d’État. Son plus sérieux problème, c’est la convergence des idées qu’il peut avoir avec celles du macronisme. Jamais le paysage politique n’a autant ressemblé à un puzzle et jamais le pays n’a eu autant besoin d’unité. Ce que disent les sondages, en réalité, c’est que le Rassemblement national fera son meilleur score en 2020. Au second tour, Marine Le Pen obtiendrait 45 % des suffrages. C’est dire qu’elle a toutes les raisons de se présenter, car plus personne n’a honte de voter pour elle.

Le comeback de l’ancien monde.

La chance de M. Baroin, ce sont les municipales, car LR est déjà bien implanté et va à la conquête des mairies avec la foi du charbonnier, alors que la République en marche réinvente la cacophonie et risque de perdre des villes aussi importantes que Paris, Lyon et Marseille. La querelle dérisoire entre Benjamin Griveaux et Cédric Villani est le signe avant-coureur d’une défaite dans la capitale, alors que les Parisiens ont voté très majoritairement pour Macron en 2017. Même absurdité à Lyon où Gérard Collomb veut être réélu maire sans que Macron ait pu convaincre son concurrent, David Kimelfeld, de lâcher prise. Derrière le « nouveau monde », l’ancien revient au galop. Il ne s’agit plus des qualités personnelles ou de l’intérêt des programmes, il s’agit d’ego. Les cas de confusion au sujet des démarches de la République en marche sont nombreux. Ses élus ou militants ne recherchent pas la meilleure organisation, ne tentent même plus de s’entendre avec des alliés possibles partageant au moins une partie de leurs idées, ils se contentent d’assister à des matches de boxe, tandis que le président, pour sa part, s’abstient de protéger la cohésion du mouvement.

Mais il appartiendra à M. Baroin, s’il veut réussir, d’apparaître, comme ses prédécesseurs, comme le chef naturel des Républicains. Parmi eux, nombreux sont ceux qui le trouveront trop soft, trop mou, trop modéré. Son pire ennemi, c’est la démagogie. Si on en juge par le tempérament que l’on a eu maintes fois l’occasion d’observer, c’est un excellent homme, qui ne tombera jamais dans la vulgarité ou dans le mensonge. Malheureusement, nous sommes dans une phase historique où certaines qualités se transforment en défauts.

RICHARD LISCIA

PS-Pas de blog mardi. Je vous retrouve mercredi 6 novembre.

 

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PSA-Fiat : nouveau géant

Carlos Tavares
(Photo AFP)

La fusion de PSA (Peugeot, Citroën et Opel) avec Fiat-Chrysler fait de nouvelle entité le quatrième groupe automobile du monde, valorisé à plus de 40 milliards d’euros. Le gouvernement soutient la fusion tout en se déclarant « vigilant » sur l’emploi.

PROMIS, juré, aucune usine ne sera fermée pour cause de concentration industrielle. La CGT n’est pas de cet avis qui, échaudée par de précédents licenciements, craint que, même si toutes les usines de PSA restent fonctionnelles, on peut y comprimer les effectifs. Car, quel est le but de l’opération, sinon de faire des économies ? Certes, il s’agit principalement de donner aux deux groupes, franco-allemand et italo-américain, la taille critique qui leur permet de rester compétitifs sur le marché au moment où l’industrie automobile mondiale doit affronter l’avenir, c’est-à-dire le passage aux voitures électriques. Carlos Tavares, le P-DG de Peugeot, a déjà prouvé ses talents de manager. Il a rétabli les comptes de Peugeot qui, au moment où il est arrivé, allait mal, à la faveur d’une reprise de la croissance qui n’enlève rien à son intuition et à son autorité. Il a racheté Opel, marque allemande, qui avait besoin d’une bouffée d’oxygène. Mais, aujourd’hui, le grand patron du groupe résultant de la fusion, c’est le descendant du prestigieux capitaine d’industrie Giovanni Agnelli, John Elkann, qui en devient  le P-DG, alors que Tavares est directeur général.

Une bonne et mauvaise nouvelle.

On soupçonnera donc M. Elkann, quand il sera aux commandes, de sacrifier plus de salariés français que de salariés italiens. Mais la fusion entre les deux entreprises correspond à une forme de vitalité européenne : les groupes nationaux sont voués à grossir et à acquérir une taille mondiale. On a vu, par exemple, que le magnifique succès d’Airbus résulte de la coopération entre plusieurs pays de l’Union, Grande-Bretagne comprise, ce qui, avec le Brexit, jugé inéluctable, pose aujourd’hui un problème pour les fusions de grands groupes. Comment, dans une France déprimée par le chômage, assaillie par toutes les concurrences possibles, peu encline à la cohabitation, les ouvriers de PSA vont-ils accueillir la nouvelle, bonne pour les capitalistes, mauvaise pour les employés ?

On imagine que Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, est sincère quand il insiste sur la « vigilance » de l’État. Mais on a déjà vu à l’œuvre des mouvements capitalistiques beaucoup vigoureux que les États. Et on sait en outre que les fusions d’entreprises font partie des procédés européens. Le moment venu, on nous chantera la vieille rengaine : mieux vaut assurer la survie de l’entreprise, quitte à licencier quelques centaines ou quelques milliers d’employés, que de se battre dans le périmètre du dernier carré, ce qui est le signe avant-coureur d’une défaite en rase campagne et une fermeture d’usine. C’est assez dire que la logique capitaliste ne fait pas bon ménage avec celle des salariés et de leurs syndicats. Le mot rengaine est très péjoratif mais il correspond, hélas, à une réalité implacable contre lequel l’humanisme et la solidarité ne disposent que de la parole, et pas de l’influence.

RICHARD LISCIA

 

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Permanence de Hollande

Le « sage » de la République
(Photo AFP)

François Hollande vient de publier un nouveau livre, « Réponse à la crise démocratique » (Ed.Fayard-Terra Nova). Cent vingt six pages pour ne pas perdre le contact avec d’éventuels électeurs, pour semer des idées fortes et pour rester dans la mémoire de l’opinion.

L’ANCIEN président de la République peut toujours compter sur l’effet de curiosité qui lui a valu de belles ventes pour ses précédents ouvrages. Que l’ex-chef de l’État se soit converti en littérateur n’est qu’un exemple du fonctionnement du marché de l’emploi. Qu’au-delà du rapport qu’il a noué avec le peuple français lorsqu’il était à l’Élysée, c’est-à-dire dans l’action politique, il ait choisi de devenir l’observateur assidu de la société française n’a rien de répréhensible. Peut-être peut-on dire  qu’au rythme où il publie, il devient difficile de le suivre et de retenir ses sages conseils. Aussi bien n’ai-je pas lu son plus récent ouvrage, mais j’ai compris qu’il y faisait une proposition colossale : prolonger le quinquennat d’un an, donc d’en faire  un sextennat.

La chance perdue.

Voilà bien une manière de retenir l’attention et de déclencher une foule de commentaires politiques :; pourquoi pas un retour au septennat, pourquoi pas un seul mandat pour un seul homme (ce qui l’exclurait, avec Nicolas Sarkozy, de la course à la présidence) ? Parce que le projet de François Hollande est cousu main pour lui-même. Croyez en son expérience. Il a pris des dispositions pour refonder les structures productives du pays. Cela a pris du temps, de sorte qu’au terme de son quinquennat, il n’a pas vu venir le moment radieux de la croissance et de la création d’emplois. Et il n’a battu en retraite vers la fin de 2016 que pour assister à une forte reprise. Si elle avait seulement montré le bout de son nez quelques mois plus tôt, il aurait été réélu.

Flagrant délit.

Je laisserai au lecteur le soin d’établir la distinction entre sa naïveté et son incroyable optimisme. Mais enfin notre ex-président est pris en flagrant délit : il invente un système dont il serait le logique bénéficiaire. De plus la conjoncture de 2016 n’est pas celle de 2019. Nous avons eu de la croissance, il ne nous en reste que quelques bribes. S’il faut six ans pour qu’elle revienne, nous devrions élire un chef d’État qui réduirait ce délai de moitié ou plus. Mais le débat ne servira qu’à multiplier ses apparitions à la télévision ou ses interventions radiophoniques, ce qui est nécessairement l’objectif recherché. Comme les 126 pages de l’œuvre ne traduisent pas un effort immense, les dividendes de l’investissement seront considérables. M. Hollande pourrait être réélu président et ne pas appliquer sa propre idée s’il voit qu’elle ne sert plus à rien sinon à prolonger son sextennat d’un an.

Un exemple de sagesse.

Si M. Hollande publie des livres au rythme d’une rafale de mitraillette, certains de ses amis pourront s’en montrer agacés. Mais de toute évidence il considère ses interventions publiques comme salutaires, étant entendu qu’il y voit l’expression de la plus pure sagesse et qu’il ne veut, comme tout le monde, que le bien de son pays. On devine, à le voir et à l’entendre, qu’il trouve un confort exceptionnel dans le rôle qu’il s’est alloué. La parole répétitive le libère, le console, le renforce, augmente l’estime qu’il a de lui-même, un peu comme si, ayant renoncé en 2016 à se présenter pour un second mandat, il en a conçu ensuite une vive humiliation qu’il veut effacer par une dose de triomphalisme médiatique. Le voilà donc engagé dans une course sur une piste où il est seul, donc sans concurrent, et au terme de laquelle il est convaincu qu’il sera un candidat crédible.

RICHARD LISCIA

 

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