Borne piégée

La liaison la plus courte ?
(Photo AFP)

Qu’est-ce qui se passera si, à l’occasion du discours de politique générale que la Première ministre, Élisabeth Borne, prononcera le 5 juillet devant l’Assemblée, l’opposition dépose une motion de censure ? L’appétit vient en mangeant. La majorité relative ne convient plus aux partis extrémistes qui s’en prennent à la cheffe du gouvernement au moment précis où le président de la République la laisse se débrouiller avec les partis.

ÉLISABETH BORNE est un bon petit soldat qui n’a d’autre ambition que de servir les intérêts de la majorité et ceux du président. La voilà engagée dans une expérience périlleuse. D’abord, elle est attaquée de toutes parts et on va jusqu’à lui nier sa légitimité. Ensuite, on demande publiquement à Emmanuel Macron de la limoger avant que quiconque puisse évaluer le bilan de ses premiers pas au pouvoir. Enfin, on fait de la majorité relative l’instrument d’une attaque féroce contre une femme qui a tout de même été élue et n’a pas, que l’on sache, quoi que ce soit à prouver.

Une majorité prostrée.

Comment en est-on arrivé là, alors qu’Emmanuel Macron a été réélu, non sans panache, à un second mandat, que la nomination de Mme Borne restera dans les annales comme une victoire des femmes et qu’il existe des points de convergence dans les programmes du pouvoir et ceux de l’opposition ? C’est une question qui englobe le parcours sinueux des oppositions, le caractère des personnalités politiques, et surtout la prostration de Macron et de la majorité après le verdict du second tour des législatives.

La coalition, c’est facile…

On jette un coup d’œil sur le reste de l’Europe et on s’aperçoit que beaucoup de pays sont gouvernés, dans le calme, avec des coalitions allant de l’extrême-droite et de l’extrême gauche. C’est le cas de l’Allemagne ou de l’Italie. Lesquelles observent les événements en France sans la moindre inquiétude. Elles jugent la France sans passion en notant simplement qu’elle commence à leur rassembler, qu’il n’existe pas, chez elles, de mantra du genre jamais avec les gauchistes, ou jamais avec les néo-fascistes.

Un nuage de fumée.

Mais la comparaison ne va pas au-delà de ce constat. Macron n’est pas obligé de cohabiter mais il ne peut pas gouverner seul. Il a besoin d’une cinquantaine de votes d’appoint, on se fait un plaisir de les lui refuser. On fait donc du second tour des élections législatives un phénomène historique sans précédent. On fait monter un nuage de fumée sur les intentions des uns et des autres. Ce qui permet de dire qu’on ne voit plus ni Macron ni Borne, qu’ils ont disparu de la scène politique, qu’ils ne savent pas eux-mêmes où ils vont.

Rééquilibrage ?

C’est vrai, mais la crise n’est pas une partie de ping-pong. Le président a demandé aux partis de s’exprimer sur le comportement qu’ils vont adopter, ils lui renvoient la balle, une fois encore. Et ils se contentent de répéter à l’envi qu’il est le seul artisan de ses déboires, qu’ils n’y sont pour rien, qu’il doit, lui, Macron, se sortir tout seul du pétrin. Si les suffrages des Français avaient aux yeux des partis la moindre importance, on voit l’usage qu’ils en font. Il leur semble plus important de rabaisser le président et sa Première ministre, plus agréable de les humilier, plus utile de les confondre que de dire clairement vers quoi ils souhaitent emmener le pays. Selon les sondages, 70 % des Français sont contents d’avoir « rééquilibré » les pouvoirs exécutif et législatif.

Motion de censure.

Alors qu’il existe des dossiers urgents, comme le pouvoir d’achat, qui peuvent être traités très rapidement grâce à un consensus passager. Je mets au défi les élus capables de déposer une motion de censure de nous prouver que leur triomphalisme personnel est moins important à leurs yeux que l’allègement des souffrances de leurs compatriotes les moins nantis. Et c’est là que la crise devient totalement absurde : tout ça, ce chaos, ce séisme, cette catastrophe pour une poignée de sièges ! Sommes-nous devenus fous ? Avons-nous le droit de nous servir de ce moment de faiblesse de la majorité pour transférer tous les pouvoirs à la minorité ?

Drôle de stratégie.

La séquence électorale a déjà été d’une longueur anormale. L’opposition n’a qu’une obsession, prolonger la crise pour forcer le peuple à retourner aux urnes. On s’épouvantera alors des chiffres de l’abstention, de la grogne populaire, des émeutes de circonstance. Cette stratégie n’est pas sérieuse. C’est un cancer greffé sur un organe sain, un réflexe excessif qui ne signifie rien, une embardée de l’histoire que l’histoire ne retiendra pas.

RICHARD LISCIA

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Macron défie les partis

Une poignée de mains à contrecoeur
(Photo AFP)

Le discours prononcé hier soir à la télévision par Emmanuel Macron ne contenait rien de neuf, mais il aura fait l’effet d’une douche froide sur les ambitions affichées par les partis politiques, qu’il a tous reçus mardi et mercredi.

LOIN DE s’engager dans une nouvelle polémique, le président de la République, en énonçant les faits électoraux qui viennent de se produire, a rappelé à l’opinion qu’il avait été réélu confortablement ; que, s’il n’a pas de majorité absolue, il a quand même une majorité ; et que, si, dans les oppositions, il n’y a personne pour faire des concessions, il avisera. Il n’a donc parlé ni de pacte avec telle ou telle formation ni même de majorités dossier par dossier. Cependant, au cas où l’Assemblée se livrerait à l’obstruction, il la dissoudrait. (Il ne l’a pas dit, mais il l’a pensé assez fort pour que d’aucuns l’entendent) .

Un discours bref et sec.

Son allocution, brève et sèche, était une mise au point sur la réalité des faits tels qu’il les perçoit après quatre scrutins. Il n’a pas besoin de cohabiter et d’ailleurs avec qui ? Avec la droite ou la gauche ? Pourquoi donnerait-il un tel pouvoir à un parti, n’importe lequel, qui n’a pas décroché autant de sièges que le sien ? Tout en traitant les élus et les électeurs avec le respect qui leur est dû, soucieux en outre de ne pas aggraver la crise de régime à laquelle les extrêmes veulent nous faire croire, il a quand même fait comprendre qu’il détenait un mandat de cinq ans auquel il n’entend pas renoncer et que, s’il doit s’accommoder de sa majorité relative, les partis doivent, de leur côté, reconnaître qu’ils ont besoin de lui.

Cohabitation : un faux projet.

Autrement, le dialogue qu’il a instauré avec les partis, qu’il a présenté comme une façon de les écouter, a été surtout une occasion de les mettre en garde : il ne s’agit pas de faire de l’Assemblée une volière. Car l’interprétation par l’opposition des résultats électoraux est totalement contraire à l’esprit de la Vè République. C’est tellement vrai que Jean-Luc Mélenchon, qui a cru, avant dimanche soir,  qu’il serait appelé pour former le gouvernement, attend encore le coup de fil du président. Le chef de la France insoumise a voulu faire croire aux Français qu’il y aurait une cohabitation, mais celle-ci n’est possible que si l’opposition emporte la majorité absolue. Macron ne l’a pas obtenue, Mélenchon non plus. Il est même curieux que personne n’ait parlé de défaite de la gauche, alors que Mélenchon lui-même n’a exprimé aucun enthousiasme.

Le RN prêt à avaler LR.

Le tableau général des rapports de force entre les partis n’a pas changé, sauf pour le Rassemblement national. La Nupes n’a pas réuni plus de députés que le nombre qu’elle aurait obtenu si ses quatre partis étaient allés solliciter l’électorat séparément. Les Républicains, comme prévu, ont perdu la moitié des sièges qu’ils avaient dans la législature précédente, ce qui, d’ailleurs, ne les a pas rendus moins arrogants. Eux et l’extrême droite ont tellement bombardé Macron de quolibets et de critiques qu’ils ont fini par lui faire perdre une quarantaine de députés. Arrivés à ce point, ils continuent à le bouder, alors qu’ils partagent nombre d’idées avec le président. Leur irrédentisme risque certes d’empoisonner son mandat, mais il ne finira que d’une manière : le « grand remplacement » de LR par le RN.

Le danger vient du RN.

Quant à la Nupes, elle commence déjà à voler en éclats. Les Verts, le PS et le PC ont refusé de donner à Mélenchon les clés de la maison. Naïvement, il a cru les convaincre alors qu’ils ne se sont associés à lui que pour obtenir plus de sièges et redorer leur blason. En dehors du macronisme, un seul grand parti s’impose, celui de Mme Le Pen. On continue, partout et encore ce matin de dire, que sur les épaules de Macron pèse l’horrible responsabilité d’avoir favorisé les extrêmes. C’est faux. La gauche est restée à son étiage et si Le Pen arrive aux portes du pouvoir, c’est tout simplement parce que les médias, ravis de pouvoir taper sur l’exécutif, ont complètement oublié le sérieux danger que le RN représentait. D’ailleurs, qui, dans l’univers politique et médiatique, s’est demandé ce qui se passerait si Macron était mis en minorité ? Qui a tenté de décrire le pays post-Macron, sous la houlette d’une Le Pen ou d’un Mélenchon ? Tout ce qui intéressait les partis et les médias, c’était le pouvoir, à n’importe quel prix. Leur « coûte que coûte » en quelque sorte.

Le mensonge des extrêmes.

Macron a constamment livré un combat homérique contre l’extrême gauche et contre l’extrême droite. Il n’est pas responsable de la montée du RN que l’on peut fort bien attribuer aux inquiétudes que l’ascension de Mélenchon a données à l’opinion. Ces deux-là se nourrissent l’un l’autre de leurs passions acrobatiques qui vont du pro-poutinisme à l’euro-scepticisme. Ce qu’on ne voit guère, parce qu’on a le nez dans le guidon, c’est à quel point leurs convictions politiques, économiques et sociales sont anachroniques, à quel point ils doivent dresser du paysage français un tableau tellement sinistre que leur stratégie repose, forcément,  sur un immense mensonge.

RICHARD LISCIA

 

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Le régime des partis

Photo de famille des députés LFI
(Photo AFP)

La crise, telle qu’elle ressort des élections législatives, montre au moins deux choses surprenantes : le président a été réélu brillamment mais n’a pas obtenu une majorité absolue ; forts du nombre élevé de leurs députés, la coalition de la gauche et le Rassemblement national veulent lui imposer une forme de cohabitation. 

LE PASSAGE au scrutin proportionnel, encore réclamé hier par Marine Le Pen, n’est plus nécessaire. Son parti, de même que la gauche, a bénéficié du scrutin majoritaire. L’invraisemblable dichotomie entre la réélection du président et la simple érosion de son contingent de députés este pire que la cohabitation : si Macron avait été clairement minoritaire, il lui aurait été plus facile de constituer un nouveau gouvernement avec la droite ou avec la gauche qui auraient imposé leurs décisions.

La Nupes se décompose.

Tous les partis consultés par le chef de l’État refusent de conclure un pacte avec lui. Les médias et et les Républicains lui reprochent encore d’avoir fait monter les extrêmes, alors qu’ils n’ont cessé pendant cinq ans de tirer sur lui à boulets rouges, excellente recette pour l’affaiblir et le rendre responsable de tous les maux du pays. Mais la réalité est beaucoup plus complexe : trois des partis formant la Nupes ont indiqué à la France insoumise qu’ils entendaient rester maîtres de leurs votes, alors que Jean-Luc Mélenchon souhaitait prendre la tête d’une coalition.

Mélenchon, l’injure à la bouche.

Il a tourné la page du poste de Premier ministre qu’il convoitait. Mais il est plus agressif que jamais. « Cette femme, a-t-il dit, n’a pas de légitimité », parlant d’Elisabeth Borne et en l’injuriant deux fois en deux mots. C’est la remarque la plus grossière de cette année électorale. Le mot femme est dans sa bouche un terme de mépris et de sexisme et Mme Borne est deux fois légitime, parce qu’elle a été nommée par le chef de l’État et parce qu’elle a été élue députée dans le Calvados. Les chiens aboient, la caravane passe.

Un siège éjectable.

Ce qui ne veut pas dire que Mme Borne a les clés de la sortie de crise. Son incontestable majorité ne semble pas lui conférer beaucoup d’autorité en la matière. Et il est vrai qu’elle est assise sur un siège éjectable : si le gouvernement ne trouve pas rapidement un rythme normal d’activité, Macron devra en changer, sans doute avant la fin de l’année. Les consultations des partis d’opposition n’ayant à ce jour donné aucun résultat, il faut bien que les choses avancent, notamment à l’Assemblée où doivent être élus le président et les vice-présidents, les chefs de groupe, les questeurs.

Macron dans l’impasse. 

Emmanuel Macron a encore des tâches européennes, qui vont lui prendre deux jours demain et après-demain. Il mesure en tout cas les effets pervers de l’action menée par une opposition mue uniquement par la haine : il y a une distance incompréhensible entre ce qu’il est possible de faire avec une majorité relative et l’impasse qui le paralyse. Son autorité est indiscutable et il dispose encore d’un parti puissant. Pourquoi le pays serait-il gouverné par des partis minoritaires ?

Ceux qui se réjouissent.

Le réflexe qui a littéralement soulevé l’opinion contre lui aux législatives a cassé la mécanique de la Constitution. En un jour, on s’est retrouvé dans la IVème République, avec des partis qui font la loi, l’instabilité du gouvernement, le dérèglement des prises de décision. Ceux qui se réjouissent de cette crise semblent ignorer qu’ils n’en seront pas à terme les bénéficiaires : ne pas contribuer à l’action du gouvernement, cela revient à paralyser le pays au moment où il réclame à cor et à cri des solutions aux problèmes du pouvoir d’achat, des déficits et de la dette et de l’environnement.

Un gouvernement d’union nationale ?

Non seulement ces tâches doivent être accomplies d’urgence, mais les crises ne seront pas résolues par une période d’instabilité. En outre, la France a des responsabilités en Europe et dans le monde et son désarroi actuel inquiète ses amis ou partenaires. L’ancien Premier ministre Édouard Philippe propose un gouvernement d’union nationale, idée qui a été testée auprès des chefs de parti ; bien sûr, ils n’ont pris aucun engagement. Elle peut néanmoins faire son chemin dans les jours qui viennent. Il ne devrait pas être au-dessus des forces d’Emmanuel Macron de trouver la quarantaine de députés qui accepteraient de voter ses textes, en dépit de l’hubris d’opposants qui se voient déjà sur les marches du pouvoir.

RICHARD LISCIA

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Une majorité introuvable

Christian Jacob, premier chef de parti à être reçu par Macron
(Photo AFP)

Emmanuel Macron reçoit aujourd’hui et demain tous les chefs de file des partis politiques dans l’espoir de conclure des accords de gouvernement. Jean-Luc Mélenchon se fera représenter par ses lieutenants.

L’EXERCICE ne surprend personne : il s’agit d’éviter la paralysie législative, d’obtenir des coopérations soit dans la durée soit au coup par coup et donc de trouver des partenaires prêts, en échange de concessions parfois importantes, à voter les réformes proposées par le président de la République. Il ne fait aucun doute que la Nupes et le Rassemblement national, qui ont les yeux plus gros que le ventre, auront des exigences susceptibles de bouleverser l’agenda du président. C’est toute la question : la crise ne vient pas d’une absence de majorité absolue pour le chef de l’État, elle a été déclenchée par la montée en puissance de deux partis non républicains, LFI et le RN .

On craignait Mélenchon, c’était Le Pen !

Car le Front républicain est mort sur l’autel des législatives de 2022. Non seulement le PS et les Verts ont choisi de se mélenchoniser, mais l’extrême droite fait une percée inattendue, avec 90 députés. RN et Nupes, à eux deux, possèdent des forces égales à celles du président, soudain sensible à la gravité du danger après l’avoir ignorée depuis qu’il a été réélu. Sinon, et même s’il manque 40 députés à Macron, l’essence même de l’exécutif ne serait pas menacée. Elle l’est parce que, une fois encore, le triomphalisme vengeur des deux extrêmes exige la reddition sans conditions du pouvoir. Pour le moment, il n’en est pas question.

Un parfum de dissolution.

Ou bien, le président finit par convaincre ceux de l’opposition qui demeurent des républicains intransigeants, qu’ils soient de droite ou de gauche, et il procède à un remaniement gouvernemental qui me semble inéluctable, avec le départ d’Élisabeth Borne, qui sera sacrifiée, comme il se doit, à la carrière du chef de l’État ; ou bien, il n’y parvient pas, ce qui est difficile à croire si on pense que le verre est à moitié plein, avec 245 macroniens dans l’hémicycle. Et alors, après avoir joué au chat et à la souris avec Mélenchon et Le Pen, Macron dissout l’Assemblée et procède à de nouvelles législatives.

L’inquiétude de l’Europe.

Si un tel schéma est crédible, c’est parce qu’il s’est produit un désastre dans la nuit de dimanche à lundi. Il suffit, pour en mesurer la dimension, d’observer les réactions d’inquiétude chez tous nos partenaires européens qui voient deux bouledogues, l’extrême gauche et l’extrême droite s’installer confortablement à l’Assemblée, alors qu’elles sont en recul en Allemagne et en Italie ; qui craignent que la France ne soit plus en mesure de tenir ses engagements européens ; qui se demandent comment l’opposition dépensière et sûrement incompétente va gérer la dette et les déficits.

Anesthésié par sa victoire.

Les médias sont prompts à dire que Macron est entièrement responsable de la catastrophe, alors qu’ils n’ont cessé de produire des sondages inquiétants pour l’avenir de la macronie, sans indiquer vers quelle chute courait la France. Et comme si les annonciateurs de la défaite s’en réjouissaient et ne seraient pas au nombre des premières victimes d’un exécutif noyauté ou inspiré par des apprentis-sorciers. Je crois plutôt que la victoire de Macron aux deux tours de la présidentielle et la séquence contraignante du quinquennat qui donne en principe une majorité absolue au chef de l’État élu, a rassuré le président, et l’a même anesthésié. Il est vrai qu’il n’a pas fait campagne. Il était presque aussi absent de la présidentielle, ce qui ne l’a pas empêché de réaliser le tour de force de sa carrière.

Les déçus de Macron.

Il a cru que les Français ne le détestaient point ! Il a eu tort. Dans ce vote, qui lui a quand même accordé 245 sièges, mais pas la majorité absolue, il y avait des milliers de gilets jaunes, des milliers de déçus, des milliers de laissés-pour-compte d’une société qui fonctionne mais ne sait pas inclure tout le monde.

Une démarche illogique.

On ne peut donc pas l’absoudre, mais on doit ajouter que les oppositions se sont élevées contre lui avec une vigueur propre à menacer les institutions. Et le tableau qui ressort de cet épisode électoral n’est pas seulement anxiogène. Il est totalement illogique : un peuple qui réélit son président et lui nie ensuite la capacité de gouverner. Il n’y aurait eu, dans l’opposition, que des Républicains, que n’importe qui pouvait recoudre les trous. Mais là, les Français ont voté pour des partis dont on dit qu’ils ne sont pas de gouvernement, tout simplement parce que leur gouvernance imaginée est aussitôt associée au chaos.

RICHARD LISCIA

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Macronie en déroute

Emmanuel et Brigitte ont voté sous la pluie
(Photo AFP)

La défaite d’Ensemble aux élections législatives est sans appel. Avec 245 sièges, elle est très loin de la majorité absolue (289) et la répartition des suffrages ne permet pas de voir avec quel groupe elle pourrait conclure un accord stable pour les cinq ans à venir.

LA VICTOIRE du président Macron aux deux tours de l’élection présidentielle ne permettait pas, objectivement, de prévoir un résultat aussi médiocre aux législatives. De ce point de vue, les sondages, qui annonçaient la déroute d’Ensemble, se sont révélés exacts. Les conquêtes de la Nupes sont impressionnantes : le président de l’Assemblée nationale; Richard Ferrand, a été battu, ainsi que plusieurs ministres , Justine Bénin, candidate à la Guadeloupe, Brigitte Bourguignon, prématurément nommée à la Santé, Amélie de Montchalin, méchamment descendue de son piédestal, tandis qu’Olivier Véran, Gabriel Attal, Olivia Grégoire et Stanislas Guérini sauvaient leur peau.

L’opposition n’a aucune chance de gouverner.

Cependant, personne ne peut contester à Emmanuel Macron sa réélection pour un second mandat et il n’est pas illicite de dire que, si le pays semble ingouvernable pour le président de la République, il le semble encore plus pour l’opposition. La répartition des sièges, pour l’instant, est la suivante : Ensemble 245, premier parti de France ; Nupes 131, RN 89, LR 61, Divers droite 10, Divers gauche 22, Divers Centre 4 et d’autres divers 3.

Ce que la macronie peut encore faire.

La percée de la gauche sous la houlette de Jean-Luc Mélenchon est indéniable. Elle devient le deuxième parti, pour autant qu’elle reste unie, ce qui est loin d’être acquis. La percée du RN est, pour Marine Le Pen, une heureuse surprise. Mais les extrêmes représentent désormais un tiers du pays. Nupes, RN et LR ont vite fait savoir qu’il n’était pas question pour eux de passer un accord de gouvernement avec Ensemble. C’est tant mieux. Les discussions auraient  été interminables et sans résultat. La majorité doit chercher chez les « divers » de quoi soutenir ses projets et, si elle ne réussit pas à le faire, sur le long terme, elle doit accepter  que d’éventuels alliés puissent reprendre leurs billes quand ils le souhaitent.

Macron devra changer.

Il est difficile de croire que Macron va gouverner comme il l’a fait pendant cinq ans. Il est bel et bien contraint de mettre de l’eau dans son vin et de négocier le contenu de ses réformes avant de les soumettre au vote. C’est la leçon qu’il doit tirer d’une communication parfois exécrable et d’une indifférence anormale pour les diverses oppositions. Il n’ira pas très loin avec Nupes et RN et il est préférable qu’il trouve ailleurs des alliés, fussent-ils d’un jour.

La responsabilité du président.

La leçon de ce second round des élections législatives est que tout ce qu’il aurait été possible de faire avec la droite classique et avec la gauche dissidente ne peut plus se produire et que c’est la nature même de la Nupes et du RN de chercher à changer les institutions. La responsabilité de Macron devant ses propres électeurs est donc immense. Toutefois, elle permet aussi l’expression d’une colère, sous une forme institutionnelle ou brimée par les institutions. D’une certaine façon, les gilets jaunes ont trouvé un abri à l’Assemblée, mais ils seront moins dangereux.

Une dissolution de l’Assemblée ?

Le réformisme macronien va en prendre un coup. Le président sait qu’il ne pourra pas accomplir la moitié ni même le quart de ses projets. Il sait qu’il va rencontrer, au cours de ces années qui viennent, des obstacles qui exigeront de lui d’utiliser tous les moyens de pouvoir que lui donne la Constitution. Par exemple, il est difficile de dire si, dans la recherche d’une majorité absolue, il ne va pas trouver, même chez les « divers », des attitudes arrogantes, du genre Macron-bashing, tellement à la mode, et s’il ne devra pas dissoudre l’Assemblée, procéder à des élections anticipées et retrouver de la sorte la majorité absolue qui lui a été refusée.

À l’aise dans l’adversité.

Un tel projet ne peut naître pendant que le chef de l’État affronte de nouvelles contrariétés. Il doit être précédé d’une réflexion et d’une concertation longues et minutieuses. Les Français ont beaucoup voté, ils ont besoin d’un répit. Contrairement à l’analyse qui insiste sur le retour au « régime des partis » et affirme que l’Assemblée prendra une partie du pouvoir exécutif, je crois l’inverse, à savoir que la représentation nationale va vociférer mais ne va pas voter grand-chose.  Il ne faut pas douter de l’habileté de Macron qui, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, est plus à l’aise dans l’adversité que quand tout va bien.

RICHARD LISCIA

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Macron à Kiev

L’accolade de la réconciliation
(Photo AFP)

En définitive, Macron s’est rendu à Kiev, dans un vieux train brinquebalant, en compagnie du Premier ministre italien, du président roumain et du chancelier allemand. Le vent emporte les propos outrés de ces élus pudibonds qui voient dans ce voyage le comble du cynisme.

DES RAISONS de sécurité ont sans doute empêché le président de la République d’annoncer son voyage à Kiev. Il ne s’est pas privé pour autant de demander aux Français de lui donner une majorité législative. Il l’a fait sur le sol français et n’a pas mélangé les genres, contrairement aux accusations formulées par les extrêmes, adonnés à un refrain entêtant. Il est, jusqu’à la fin du mois, président du Conseil européen et à ce titre, en compagnie de deux autres pays fondateurs de l’Europe, il a apporté à l’Ukraine et à son président un soutien sans limites.

L’imagination de Mélenchon.

Observez la situation : un président est forcé d’entrer dans le cours de l’histoire à la faveur d’une guerre ignoble. Ses opposants expriment des convictions qui ne restent pas une heure dans les mémoires. On a voulu, pendant cinq ans, abattre Macron pour toutes les mauvaises raisons, son âge, son caractère, son triomphalisme, son dynamisme, son audace, sa témérité, son optimisme indestructible, bref ses qualités et les défauts qu’elles entraînent souvent. Il est élu, puis réélu, et alors, tandis que l’extrême droite semble se replier sur elle-même, Jean-Luc Mélenchon fait courir l’idée qu’il existe quand même un moyen de battre Macron.

Plus vite que la musique.

L’idée du troisième tour électoral n’est guère nouvelle. Que Mélenchon fasse d’une veille recette un combat supplémentaire, c’est de bonne guerre. De là à dire que son idée est géniale et qu’il sera Premier ministre, c’est aller plus vite que la musique. Les tout derniers sondages indiquent une légère remontée (deux ou trois points) de la participation. Nous avons, collectivement, fait reculer l’extrême droite, votons maintenant pour briser l’élan d’une extrême gauche qui a réussi à circonvenir ces deux partis démocratiques que sont le PS et les Verts.

Un bon président pour l’Europe.

Macron à Kiev, c’était l’indispensable réconciliation avec Volodymyr Zelensky, qui n’avait pas digéré les propos du président de la République sur la nécessité de « ne pas humilier la Russie ». Les deux hommes s’en sont expliqués. Le chef de l’État a clairement désigné l’agresseur et ses exactions, il a tout aussi clairement soutenu le combat des Ukrainiens. Je rappelle qu’Emmanuel Macron, jusqu’à la fin du mois, engage l’Union européenne, qu’il n’accomplit ses gestes qu’avec le soutien des autres pays de l’UE. Qu’il représente tout ce que l’extrême gauche pro-Poutine et islamo-gauchiste veut détruire mais aussi tout ce que les Européens attendent de leurs dirigeants.

Ce ne sont pas Européens qui votent ? Certes. Je ne connais pas les résultats du second tour des législatives. Mais je peux affirmer avec certitude que Mélenchon ne sera pas Premier ministre, que Macron composera une majorité, qu’il aura un gouvernement stable, et que, s’il reste à l’Élysée, ce sera un immense soulagement pour le monde entier. À part le Vénézuéla et Cuba, Poutine et Mélenchon.

RICHARD LISCIA

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Le dernier combat

Mélenchon en campagne
(Photo AFP)

Il est temps que se termine cette campagne électorale, qui a introduit dans le débat, peut-être plus qu’auparavant, des accusations infondées, des mensonges outranciers et des jugements  inacceptables. Avant même d’être au pouvoir, la Nupes a donné un exemple édifiant de ses méthodes.

IL EST préférable de se concentrer sur ce qui, désormais, apparaît clairement : la Nupes n’aura pas la majorité absolue, mais disposera d’un groupe imposant (jusqu’à 200 députés) capable d’empoisonner les débats ; M. Mélenchon ne sera pas « élu » Premier ministre ; il pourra exercer son opposition jusqu’à faire une somme nulle des projets de la majorité.

Cinq ans de galère.

Dans le camp de Macron, le président a été brillamment réélu pour un second mandat ; il n’est pas sûr d’obtenir la majorité absolue et il doit se préparer à tenter d’organiser une coalition (plus à droite qu’à gauche, par la force des choses) pour engager les réformes dont l’opposition ne veut pas. Il n’est pas impossible que, à terme, il se sépare d’Élisabeth Borne. Il affronte donc cinq années de galère, avec de forts partis d’opposition de plus en plus frustrés et de plus en plus agressifs, dans un contexte de crise mondiale, de crise alimentaire, de famine dans certains pays, d’inflation, de baisse du pouvoir d’achat, d’argent beaucoup plus cher.

Un complot imaginaire.

On se souvient comment son élection en 2017 semblait lui ouvrir la voie royale d’une gouvernance tranquille et réformiste et ce qu’il en a été en vérité. Le paradoxe qui a conduit le peuple français à lui retirer sa confiance après l’avoir élu à raison de deux Français sur trois, est à l’œuvre aujourd’hui encore : si Mélenchon a un talent, c’est celui d’avoir déjà renversé l’ordre des choses. Il s’est donné le droit d’exprimer ses réflexions les plus insolentes et les plus méprisantes non seulement à l’égard de Macron, mais à l’égard de la fonction présidentielle. Il se réclame d’un droit qui n’est écrit dans aucun de nos textes, mais qui lui permettrait d’attribuer chaque mot et chaque geste de Macron à un sordide complot anti-France dont on se demande bien en quoi il serait utile au président.

Accusations contradictoires.

Comme Alexis Corbière et Marine Le Pen (mais où va la calomnie ?), qui ont présenté le voyage à Kiev en compagnie de Mario Draghi (Italie) et Olaf Scholtz (Allemagne) comme un élément illégal de la campagne électorale. Ce sont les mêmes qui reprochaient hier encore à Macron de quitter le sol français en pleine campagne. Les mêmes qui jugeaient monstrueux qu’il lance un appel à l’unité avant de partir. Ces commentaires sournois se fracassent sur la logique et ils n’ont pas été plus tôt présentés qu’ils sont corrigés par des faits nouveaux.

Sa petite entreprise.

En réalité, le choix est clair : Mélenchon a monté sa petite entreprise avec ses matériaux de démagogue, mensonges, calomnies, procès faits à ses adversaires, face auxquels il montrerait, lui, une vertu immaculée. Ce serait idiot si ça ne marchait pas aussi bien. Ce serait à pleurer si les larmes étaient une arme électorale. On dit que le premier parti de France est l’abstention, on peut dire que le premier parti est la bêtise de quelques millions d’électeurs pris au piège du populisme.

Le problème n’est pas la gauche.

Mais aucun groupe, aucune tendance, aucun parti ne peut triompher : l’exécutif est affaibli, contre toute attente ; l’opposition s’est incarnée dans une sorte de monstre improbable fait de bric et de brac ; le problème n’est pas du tout que la gauche redevienne populaire, ce qui, d’ailleurs n’est pas le cas : unie ou désunie, ses effectifs électoraux ne dépassent pas 32 %. Le pays est à droite. Le problème, c’est que cette gauche-là, c’est Mélenchon, pas la social-démocratie ; la démagogie, pas la démocratie ; et la métamorphose du pays, qui ne sera plus européen, dont le rôle mondial sera réduit à néant, dont le rayonnement s’éteindra et où, à force de faire des dépenses et d’augmenter les impôts, on ne cessera de créer des délits qu’il faudra sanctionner.

Je suggère à tous les électeurs de s’accorder cinq minutes de méditation avant d’aller voter. Cinq minutes pour mesurer leur propre responsabilité. Cinq minutes pour comprendre enfin la vraie nature de la Nupes, la plus grosse escroquerie politique que Mélenchon ait inventée.

RICHARD LISCIA

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Une bataille sans pitié

Macron hier
(Photo AFP)

Emmanuel Macron avait le choix entre deux adversaires, l’un plus impitoyable que l’autre. Il s’en est donc pris à Jean-Luc Mélenchon.

LA CAMPAGNE a pris un tour hystérique à laquelle l’agitation médiatique a beaucoup participé. Le président, en partance pour la Roumanie, a décidé d’appeler les Français à un sursaut républicain, et aurait ainsi joué un « sketch de Trump », selon Mélenchon qui, en observant le président, découvre ses propres traits. L’hôpital qui se moque de la charité. Tout le monde reproche au chef de l’État d’être écartelé entre ses fonctions régaliennes et la campagne électorale, mais il suffit de regarder les choses avec un minimum d’indulgence et on s’apercevra qu’il ne fait rien d’anormal.

Argent magique.

Ce qui n’est pas le cas de la Nupes, plongée dans le complotisme, voyant des malversations partout, inventant quelques blagues marseillaises sur le intentions du gouvernement et qui, possédée par un fol espoir, se voit déjà à la tête de l’État. Mélenchon a tellement répété qu’il serait « élu Premier ministre », qu’il refuse de nuancer ses propos par un minimum de réalisme. Reconnaissant, en son for intérieur, qu’il joue la dernière carte de sa carrière, il n’a plus aucun scrupule. Il promet au « peuple » ce qu’il ne peut pas livrer, mais le voilà prêt à dépenser 250 milliards d’euros dont il n’aura pas en caisse le premier centime.

Le jeu a changé.

Marine Le Pen est clairement plus sobre, mais, du coup, elle devient beaucoup moins dangereuse que Mélenchon. Elle ne brigue pas Matignon et gère la campagne avec fatalisme et l’air de dire ce qui est d’ailleurs vrai : le système ne rompra pas et je suis au-dessous du plafond de verre, comme d’habitude. Il est indéniable que Jean-Luc Mélenchon a modifié le jeu et qu’il a pris la lumière ; il est tout aussi vrai qu’il vit dans l’illusion et que ses prévisions fantaisistes ne seront pas exaucées.

Trahisons.

Les membres de la Nupes, ou plutôt chacun des quatre partis qui la composent, auront la gueule de bois au lendemain du second tour, surtout si Ensemble obtient la majorité absolue. Leur triomphalisme sera de courte durée. Jamais « accord » n’aura cumulé autant de trahisons, jamais il n’aura été aussi inutile. Ils reprendront leurs billes après s’être livrés à un chahut mémorable mais pas historique. Vous qui votez, n’oubliez pas ça : quand Macron appelle à un sursaut républicain, il a tout dit, il a demandé le retour à l’ordre, il a condamné les mensonges et les artifices, il a réclamé l’ancrage de la France à l’Ouest et en Europe, et le renoncement au cynisme en politique, ce cynisme  idéologique, ce principe de la fin justifiant les moyens qui empoisonne la politique en France.

Mélenchon ment.

Il a choisi de le faire avant son départ sur le tarmac d’un aéroport militaire. Il a fait le discours que ne fera jamais Mélenchon non seulement parce qu’il ne sera jamais président mais parce qu’il prend la politique pour un jeu de massacre. Il ment sur les chiffres et sur ses intentions, mais il est aussi transparent que ses hologrammes. Son programme, c’est de voler les ménages français par une taxation  insupportable et je pèse mes mots. Il roule sur la sémantique des réseaux sociaux, il parle comme ses électeurs, c’est-à-dire avec un mépris immense pour tout ce qui ne lui ressemble pas. Il a réussi à dépasser en dangerosité Marine Le Pen. Il veut abattre Macron par des moyens peu démocratiques, il finira un jour prochain par être abattu par les suffrages.

RICHARD LISCIA 

 

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Mélenchon le subversif

Édouard Philippe ne veut pas d’une « France ingouvernable »
(Photo AFP)

Le groupe Nupes dénonce des « manipulations » de résultats du premier tour. Des candidats seraient listés selon le nom de leur parti d’origine au lieu d’être classés Nupes. Les enquêtes lancées par les médias à ce sujet montrent que les erreurs sont extrêmement rares, que l’immense majorité des candidats sont satisfaits de leur identification et que le camp présidentiel souffre du même problème.

LA QUESTION est : qui est le premier parti de France ? De toute façon, on le saura au soir du 19 juin. Jean-Luc Mélenchon n’a pas d’autre objectif que de semer le trouble, de faire peser la suspicion sur Ensemble, de laisser entendre qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de France. Le problème posé par de genre de comportement, directement emprunté à la démagogie de Trump, c’est que la Nupes a un objectif unique, le désordre parlementaire, la confusion politique et l’ambition, comme dit Édouard Philippe, de rendre la France « ingouvernable ».

Le programme de la peur.

L’ancien Premier ministre a revendiqué une majorité absolue pour son propre camp. Ce serait effectivement la pluie qui met fin aux incendies. M. Mélenchon a adopté récemment un langage moins agressif, mais il n’a jamais renoncé à faire peur aux Français, en présentant son programme comme la revanche des pauvres contre les riches. En somme, à la place d’une sémantique boueuse, il préfère une promesse de règlement de comptes au terme de la lutte des classes. Pendant les quatre jours de campagne qu’il lui reste, il continuera à réclamer que le peuple l’élise « Premier ministre », surtout s’il parvient à avoir une majorité absolue.

Débat ou foire d’empoigne ?

Ce ne sera pas le cas, et personne n’est dupe. La séquence, cependant, ne sera pas terminée. Ses bataillons de députés continueront à dire qu’ils auraient été plus nombreux, il fera croire que les résultats sont manipulés. Ce qu’il veut, c’est que la foire d’empoigne empêche tout débat sérieux. Emmanuel Macron ne peut pas, constitutionnellement, dissoudre l’Assemblée nationale avant un an. Le risque de ne pas avoir une majorité absolue le contraint à chercher une alliance ; elle ne peut avoir lieu qu’avec les Républicains.

Le message de Jacob.

Christian Jacob, leur président, rejette implicitement un tel engagement. Les Républicains, dit-il, voteront les lois qui leur conviennent et rejetteront celles qu’ils n’aiment pas. On peut donc assister à un blocage des institutions et à une perte de temps considérable que le pays ne peut pas s’offrir. La solution réside dans le pilotage à vue ; toute une série de combinazioni peut permettre que soient adoptées successivement des lois dont les inspirations idéologiques seront contradictoires.

Le haut de la fourchette.

En campagne, les candidats de la majorité présidentielle réclament la majorité absolue. Ils lancent des appels à la cantonade que les électeurs n’entendent pas, eux qui trouvent utile qu’un président réélu doive composer éventuellement avec le Parlement. Sans accorder à ces efforts une trop grande importance, le mieux qu’il reste à faire est de voter au second tour et d’attendre : il n’est pas impossible que Ensemble obtienne le haut de la fourchette proposée par les instituts de sondages, et qui est de 310 députés.

Rodomontades.

Bien entendu, du point de vue de la majorité sortante, une note optimiste n’est qu’un encouragement à ramer encore plus fort. À défaut d’un programme applicable, la Nupes dispose d’une capacité de nuisance très étendue et le fera savoir aussitôt après les élections. Le gouvernement, d’une certaine manière, accueille ses rodomontades avec sobriété. Peut-être, en effet, que les démonstrations de force de la Nupes à l’Assemblée suffiront à satisfaire les spécialistes de la casse en ville. Et qu’à tout prendre, nos gouvernants préfèreront cette forme d’expression.

Une chose est sûre : le second mandat de M. Macron ne sera pas une partie de plaisir. On s’étonne parfois de l’ambition que manifestent ceux qui briguent un mandat, quel que soit le contexte politique. Ils n’ignorent rien des risques qu’ils vont courir, mais préfèrent rencontrer des obstacles plutôt que renoncer au pouvoir.

RICHARD LISCIA

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Macron perd une manche

Mélenchon parmi les siens
(Photo AFP)

Le mouvement macroniste Ensemble arrive en tête au premier tour des élections législatives, mais seulement avec une avance de quelque milliers de voix. Tout dépendra du second tour, mais il ne fait aucun doute que, même si la macronie obtient la majorité absolue, elle sera fragile et ne dépassera pas les 295 sièges. 

CEUX d’entre nous qui demeurent hostiles au dispendieux programme de Jean-Luc Mélenchon doivent évidemment se mobiliser pour le second tour. Cependant, la Nupes va nourrir un espoir identique : elle aussi réclamera au peuple souverain de s’engager en sa faveur. Les appels au civisme risque de produire une somme nulle.

Deux ministres éliminés.

Les résultats officiels accordent la première place à Ensemble avec 25,75 % des voix contre 25,66 % pour la Nupes. Les projections pour le second tour créditent les forces macronistes de 255 à 295 sièges contre 150 à 210 pour la Nupes. Les candidats Jean-Michel-Blanquer et Emmanuelle Wargon, anciens ministres, ont été éliminés. Amélie de Montchalin, ministre actuel de la Transition écologique et Clément Beaune, ministre des Affaires européennes sont en ballottage très défavorable.

Le triomphe de Mélenchon.

Bien entendu, Jean-Luc Mélenchon a salué sa victoire d’une manière tonitruante, en répétant qu’il était en mesure de remporter la majorité absolue, ce que ne prédisent pas les sondages qui, jusqu’à présent, ne se sont pas trompés. Emmanuel Macron, de son côté, consacrera les cinq jours qu’il lui reste avant le second tour à convaincre les abstentionnistes de voter pour son parti. Dans tous les cas de figure, majorité simple ou relative, il lui faudra passer un accord avec un autre parti, peut-être LR, pour ne pas subir le déferlement des torrents verbaux de la Nupes. Celle-ci s’efforcera, comme elle ne l’a cessé de le faire jusqu’à présent, de délégitimer le président réélu.

Macron a des réserves.

Il est difficile de croire que l’appel aux abstentionnistes les convaincra, chez Macron ou à la Nupes ; celle-ci n’a pas de réserves de voix (puisqu’elle a coalisé toutes les forces de gauche) alors que Macron en a assez pour trouver une majorité absolue, mais forcément fragile et changeante. Les experts mettent la défaite de Macron au crédit des abstentionnistes (mais il y en a eu presque autant en 2017) ou à sa stratégie qui a été de faire campagne à la dernière minute.

Trop de crises.

La vérité nous semble plus simple : d’abord il y a moins de macronistes qu’il y a cinq ans, à cause des frustrations causées par les réformes et les crises que nous avons traversées ; ensuite la logique du quinquennat, censé donner au président élu la majorité dont il a besoin pour gouverner a été mise en pièces par la campagne de communication qu’a lancée Jean-Luc Mélenchon.

C’est la preuve que la démagogie peut avoir raison des électeurs. Elle a poussé l’extrême droite à des sommets. Voilà qu’elle pousse une gauche artificielle, dotée du statut de deuxième parti, mais dont l’unité risque de s’effondrer au moment du vote des nouvelles lois. Elle pourrait même devenir le premier parti si le second tour est plus favorable à la gauche qu’à la macronie.

L’économie magique.

Il faut aussi mesurer le changement auquel nous assistons. Il suffit de lire le programme de M. Mélenchon pour savoir qu’il est coûteux. Il prévoit des investissements de 250 milliards d’euros, qui seraient compensés par un tel rebondissement économique que l’État y gagnerait 267 milliards. Si ce n’est pas l’économie vaudoue, comme disait George Bush père, c’est quand même l’économie de Merlin l’Enchanteur. La vérité est que le projet Mélenchon n’est pas financé, que la Nupes sera dominée pendant tout le quinquennat par la France insoumise, qui imposera à ses partenaires son islamo-gauchisme, ses aspirations marxistes, ses intentions de mettre un terme au droit de propriété et sa kleptomanie.

La Nupes : anachronique.

La Nupes n’a pas d’avenir car c’est un produit du passé, un projet anachronique et dangereux pour la stabilité et surtout pour la réputation de la France. La droite et l’extrême droite sont consternées, mais elles sont responsables de n’avoir eu comme adversaire désigné qu’Emmanuel Macron. Elles ont sous-estimé Mélenchon et maintenant, elles peuvent craindre le pire, la mise en place d’un système proche du trotskisme.

RICHARD LISCIA

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