Le charme puissant de l’Italie

Napolitano : la retraite à 94 ans
(Photo AFP)

Incapables de tomber d’accord sur un nouveau président de la République, les grands électeurs italiens ont trouvé la solution : garder le même. Le même, c’est Giorgio Napolitano, 87 ans, ancien communiste, vénéré par ses concitoyens. Du coup, les taux d’intérêt auxquels l’Italie emprunte sur les marchés ont baissé.

IL EST PEU PROBABLE que M. Napolitano, réélu pour un septennat, aille au bout de son mandat. Il a accepté de se présenter par devoir : les élections législatives n’ont produit aucun résultat, il n’y a pas de nouveau gouvernement et celui, si décrié, de Mario Monti, continue à expédier les affaires courantes (et à appliquer des réformes qui ont fait hurler la droite et la gauche). Il va nommer un gouvernement de grande coalition comprenant des hommes de droite et de gauche (M. Monti pourrait être vice-président du Conseil et ministre de l’Économie) et de nouvelles élections auront lieu, sans doute à l’automne prochain.  Après quoi, M. Napolitano sera libre de tirer sa révérence.

L’appel à un homme fort.

Il n’y a qu’en Italie qu’on voie ça. Le pays vit avec un système politique comparable à celui de la IVè République française et qui est à bout de souffle. De toute évidence, il lui fallait un homme fort, qui ne pouvait être ni Silvio Berlusconi, poursuivi par la justice, ni Beppe Grillo, dont le « non » à tout ne risquait pas de féliciter la tâche. La gauche, qui avait la majorité à la Chambre des députés, a été incapable de trouver un allié pour gouverner. Son chef, Pier Luigi Bersani, a donc démissionné. C’est le cas extrême d’un homme qui se retire parce qu’il a gagné une élection. Il sera sans doute remplacé, à la tête du Parti démocrate, par son jeune rival, le maire de Florence, Matteo Renzi.

La crise politique italienne devrait servir de leçon à tous ceux qui, en France, rêvent d’un retour au scrutin proportionnel. Il est certes le plus démocratique qui soit, mais il est de nature à créer des impasses politiques longues. Nous ne sommes pas à l’abri de la montée d’un populisme comparable à celui de Beppe Grillo. L’Italie vient de prouver que ce n’est pas la solution : drapé dans une probité candide qui n’ôte rien à sa vulgarité, le leader populiste a refusé de se présenter lui-même aux élections législatives, et a rejeté systématiquement tout compromis avec la droite ou la gauche. Ce faisant, il n’a guère servi les intérêts de son pays qui a durablement présenté l’image du chaos politique. La prédilection pour un scrutin aussi juste que possible n’empêche pas le recours à un homme fort. Certes, Napolitano n’est ni Bonaparte ni de Gaulle, ni du genre à rechercher les frissons du pouvoir. Mais enfin, il a le droit de rester à son poste jusqu’à 94 ans. Ce n’est pas tomber dans le « jeunisme » que de s’en inquiéter.

Les rebouteux de la politique.

On a comparé Beppe Grillo à  Jean-Luc Mélenchon. La différence entre les deux hommes, c’est que le second a un programme, alors que le premier n’en a a pas. Mais ils sont aussi dangereux l’un que l’autre, parce qu’aucun État moderne ne peut survivre sans gouvernement et parce que les solutions prônées par M. Mélenchon achèveraient de ruiner la France. Une crise extrême ne doit pas entraîner une réponse extrême ; l’indignation fort compréhensible du peuple ne doit pas provoquer le chaos. Quand tout va mal, tout peut aussi empirer et les rebouteux de la politique n’utilisent que des produits toxiques. Le mouvement de M. Grillo, qui a fait l’effet de la foudre en Italie, ne durera que le temps de la crise économique et sociale. Et M. Mélenchon, même s’il s’en défend, ne puise sa popularité que dans la détresse populaire. Il retournera à l’anonymat quand la croissance reviendra.

RICHARD LISCIA

 

 

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