Un avenir radieux

Un optimisme inébranlable
(Photo AFP)

L’exercice auquel François Hollande a convié ses ministres, réunis aujourd’hui en séminaire après deux semaines de vacances, est d’autant moins convaincant qu’il consistait à demander aux membres du gouvernement comment ils voyaient l’année 2025, ce qui a donné lieu à des analyses d’un optimisme inébranlable sans rapport aucun avec les problèmes que nous allons affronter lors de la rentrée.

CERTES, en 2025, nous aurons, avec un peu d’imagination et énormément de chance, résolu tous nos problèmes de dette, de chômage, de précarité et de pouvoir d’achat. Mais, pour s’en assurer, il eût été préférable de proposer les voies et moyens susceptibles de triompher des maux qui nous accablent aujourd’hui. Cet avenir ensoleillé que discernent nos ministres ne sera possible que si nous réformons, ici et maintenant, les régimes de retraite, si nous amputons les dépenses publiques, si nous avons de la croissance et si nous créons massivement des emplois. 2025, auraient dû dire les ministres, dépend étroitement de ce que nous ferons en 2013 et les années suivantes. En outre, la France qu’ils imaginent épanouie, vouée au développement durable, débarrassée des scories de la pollution, créant à tour de bras des emplois écologiques  semble fondée sur la permanence des socialistes et des Verts au pouvoir, ce qui, compte tenu de la popularité de nos dirigeants actuels, ne semble pas garanti. Heureusement pour les « visionnaires », le séminaire sera oublié dans douze ans, de sorte que personne n’a pris de risques, sinon celui du ridicule,  à annoncer le paradis en France par la grâce du socialisme tempéré.

« Vision de l’avenir ».

Remarquez que la vision de l’avenir est la nouvelle marotte du président qui, lors de sa plus récente intervention télévisée, jurait qu’il pensait non pas à la France de 2013 ou 2014, mais à celle qu’il voyait triomphante dans dix ans, et maintenant douze. Il est de bon aloi de ne rien concevoir qui soit éphémère et tout projet a l’air plus solide s’il se donne du temps. Mais la ficelle est grosse qui permet à M. Hollande de s’extraire d’un présent infernal pour se voir voler au-dessus d’une France sereine dans un rêve qu’il fait éveillé, non sans oublier la dure réalité à laquelle sont confrontés ses concitoyens qu’il accable d’impôts parce qu’il ne sait pas, au fond, donner un coup d’arrêt ferme et définitif à la dépense d’État.

De plus, il nourrit le secret espoir de tenir l’engagement téméraire qu’il a pris au sujet du retournement de la courbe du chômage, qui devait avoir lieu le mois prochain mais qu’il a repoussé à la fin de l’année. La croissance inattendue de 0,5 % au deuxième trimestre aura été, sur ce plan, une divine surprise, comme si les dieux avaient écouté la supplique du président. Ce chiffre est certainement meilleur que celui d’une baisse, mais il n’aura aucun effet sur l’emploi, pour lequel M. Hollande compte sur les contrats aidés qu’il met en place en grand nombre. S’il gagne son pari, tant mieux pour lui, et surtout pour ceux qui auront échappé ainsi au chômage. Cependant, le chef de l’État ne peut pas nous bercer d’illusions sous le prétexte que nous serions tous des pessimistes invétérés. Nous ne le sommes pas. Mais nous ne voyons vraiment pas, pour le moment, ce qui réanimerait notre espérance. Nous sommes tous dans une incertitude totale sur nos revenus réels, sur le niveau des impôts que nous paierons l’an prochain, et nous voyons que nos revenus sont brûlés par les deux bouts, un fisc gargantuesque et le gel ou la diminution de nos recettes. Ah, en 2025, nous serons riches ! Mais seulement si nous n’avons pas été engloutis par la crise et, pour beaucoup d’entre nous, si nous vivons jusque là.

RICHARD LISCIA

 

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Une réponse à Un avenir radieux

  1. mehl dit :

    Que nos politiciens de tout bord puissent avoir ne serait ce que la moitié de votre philosophie et de votre logique et le pays serait sur la bonne voie; aucun ne semble avoir le moindre « courage » pour faire les réformes qui s’imposent et que la grande majorité des Français appellent de leurs vœux, car ils sont plus responsables que l’on veut bien le dire

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