Ukraine : le rêve européen

Manif’, signe de croix et drapeau européen
(Photo AFP)

Pour qui et contre quoi les Ukrainiens se battent-ils depuis plusieurs semaines à Kiev dans le froid et la neige ? Pour l’emploi ou le pouvoir d’achat ? Contre les impôts ? Pour leur santé, leurs carrières, leur portefeuille ? Non. Pour être considérés comme des Européens.

L’EUROPE prostrée, l’Europe appauvrie, l’Europe lasse, sceptique, exaspérée : c’est pourtant à l’Union européenne qu’une forte partie, la moitié au moins, des Ukrainiens souhaite être associée. Ce qui les motive, c’est le refus de leur président, Viktor Ianoukovitch, de signer un accord de rapprochement entre son pays et l’UE. Il y a des raisons objectives à ce refus : Moscou a pris l’Ukraine à la gorge. Vladimir Poutine peut, à tout instant, couper le robinet du pétrole et du gaz, dont dépend la survie de son ancien satellite. Sous l’offensive de charme du tzar-président, il y a la menace de représailles au cas où, in fine, l’Ukraine préférerait l’Europe des Vingt-Sept à la reconstitution progressive de l’ancien bloc soviétique. M. Poutine a souvent dit que la fin de l’URSS avait été une catastrophe historique. Peu à peu, et par le moyen des plus fortes pressions économiques, par l’évocation de la Géorgie, pays à moitié envahi par les troupes russes, et amputé de deux de ses provinces,  par la force sinon par l’exemple, Moscou exerce un chantage sur Kiev.

L’échec de la « révolution orange ».

M. Ianoukovitch n’est pas pro-européen. Il sait trop ce qu’il a personnellement à perdre dans une association avec l’UE qui le contraindrait à combattre une corruption dont il est, avec son fils, le principal bénéficiaire, à introduire une justice indépendante alors qu’il a fait enfermer Ioulia Timochenko, ancienne Première ministre, sous de fallacieux prétextes, à retourner aux urnes pour un résultat incertain. Le malheur de l’Ukraine, c’est que la « révolution orange » de 2004 a placé au pouvoir une équipe pro-européenne et moderne, mais qui s’est déchirée dans des querelles intestines et n’a peut-être pas combattu la corruption avec toute la vigueur requise. Pourtant, les Ukrainiens, plus exactement les non-russophones, eux, n’ont pas changé d’avis : ils veulent devenir un peuple européen, ils n’entendent pas adhérer à un nouveau glacis de type soviétique.

Une question de liberté.

On ne peut pas dire que les membres de l’Union les aient beaucoup aidés ni même qu’ils fussent sensibles à l’hommage ainsi rendu à l’intégration européenne. Il est évident qu’il faut une longue pause dans l’élargissement de l’Union ; il est indéniable que c’est à Kiev même que s’est constituée la nation russe ; il est incontestable que les liens historiques forgés entre Kiev et Moscou sont puissants. Et pourtant, la question n’est pas là. Elle est toute contenue dans un rêve de liberté, de démocratie parlementaire, d’ordre républicain, d’égalité entre tous les citoyens. Le plus sûr garant de ces principes dont dépend tout le reste, à commencer le bien-être populaire, c’est l’Europe, c’est l’UE. Ces manifestants irréductibles, qui résistent à toutes les épreuves, qui se moquent de leurs racines, qui ont un sens aigu de leur avenir, sont des gens d’une maturité remarquable : ils ont compris que leur pays est placé devant un choix historique dont tout dépend. Ils réclament une démocratie.

Ils nous donnent une leçon à tous. Ils nous montrent que, en dépit de notre affaiblissement, notre situation demeure enviable. Ces immondices que divers politiciens, experts ou politologues déversent sans cesse sur l’Europe, sur l’euro, sur la Commission de Bruxelles, sur le Parlement de Strasbourg, sur la Banque centrale de l’Union, ne correspondent qu’aux insultes d’imprécateurs uniquement désireux de se rendre originaux et de casser la machine. L’Europe rebondira, surmontera ses difficultés, retrouvera son rôle majeur. Elle gardé ses ressorts.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Ukraine : le rêve européen

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Merci pour la qualité de votre analyse, et votre sens de la formule et de l’emploi du mot approprié!
    Et merci d’aller à l’essentiel et aux priorités dans vos conclusions sur l’Europe, les « pro- » ou « anti-européens ».

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