Hollande corrige Ayrault

Ayrault : l’erreur
(Photo AFP)

Le rapport sur l’immigration que l’Hôtel-Matignon a publié sur son site Internet a contribué à durcir les relations entre le président de la République et le Premier ministre. François Hollande s’est en effet empressé de dire que le contenu du rapport ne correspond pas du tout à la position du gouvernement, de même que, auparavant, il avait exclu toute hâte dans la « remise à plat » de la fiscalité lancée par Jean-Marc Ayrault.

LE DOCUMENT sur l’immigration n’est pas un texte anodin facile à oublier. Il renonce, ni plus ni moins, à la laïcité. Il réclame que soit prise en compte la « dimension arabo-orientale » de la France. Il propose l’autorisation du voile à l’école. Il souhaite remplacer le mot « intégration » par le mot « injonction ». Il conteste la suprématie de la langue française. Il veut créer un délit de harcèlement racial et « une Cour des comptes de l’égalité ». Certes, les auteurs, des fonctionnaires, chercheurs, syndicalistes, représentants d’associations, imaginent des instruments capables de faire reculer le racisme et l’intolérance. Mais, pour y parvenir, ils sont prêts à abandonner le modèle français d’intégration. Or ce n’est pas parce qu’il ne fonctionne plus ou fonctionne mal qu’il doit être abandonné.

Bataille Ayrault-Copé.

Compte tenu du tollé qu’il a soulevé, le document n’a plus aucune chance d’être retenu et, encore moins d’être appliqué. Il ne convient ni au chef de l’État, ni à la majorité du PS, ni à l’opposition. Le président de l’UMP, Jean-François Copé, ayant affirmé que M. Ayrault se servait du rapport pour augmenter le vote en faveur du Front national (et donc de diminuer celui qui va à l’UMP), le Premier ministre a riposté avec une vigueur excessive : il a traité M. Copé d’ « irresponsable » et de « menteur ». Ce sont deux insultes inadaptées à la situation : M. Copé n’a pas inventé le rapport. Elles s’expliquent sans doute par l’embarras du chef du gouvernement, qui a laissé ses collaborateurs donner une importance extrême au document en le publiant sur le site de Matignon.

Si on ignore les épithètes qui le rabaissent, le débat ne doit pas nous être indifférent. Il y a bel et bien, dans notre société, un groupe qui est prêt à mettre en place une politique de l’immigration à l’anglo-saxonne, c’est-à-dire favorable au communautarisme. Autant le verbe et l’acte racistes sont intolérables et doivent être combattus avec force, autant la déroute face aux provocations politiques que sont le voile et d’autres exigences de type traditionnel ou culturel traduirait le déclin de la République. Les vagues d’immigration en France qui ont précédé l’après-guerre ont toutes été intégrées. Certes il s’agissait souvent d’Européens, mais a-t-on jamais imaginé une dimension « italienne », « polonaise », « arménienne » ou « juive » de la France ? Même si les communautés dont les racines sont au Maghreb ou en Afrique sub-saharienne ne sont pas catholiques, elles peuvent observer librement leur religion tout en s’insérant dans la société.

Deux bases inébranlables. 

Deux phénomènes ont compliqué leur intégration : une crise qui dure depuis trente ans et qui a écarté les personnes issues de l’immigration du développement humain qu’elles méritaient, comme tout citoyen français ; et une crispation du monde islamique, avec les conséquences internationales que l’on connaît et le retentissement qu’elle a chez un certain nombre de jeunes musulmans en France. Plutôt que de laisser les auteurs du rapport s’embarquer dans une réforme dont les inconvénients dépasseraient, et de loin, les avantages, le gouvernement aurait dû leur fixer deux bases inébranlables, intégration et laïcité.

La violence des propos de M. Ayrault contre M. Copé n’a diminué en rien sa responsabilité dans cette affaire et, quoi qu’en dise le Premier ministre, il a donné un nouvel os à ronger au Front national. Il appartient au président de traiter l’erreur du chef du gouvernement de la manière qui lui semblera utile. Le problème de fond porte, une fois de plus, sur le fonctionnement de l’exécutif. Le Premier ministre lance une réforme des impôts en profondeur, le président la minimise, et personne ne croit plus au « grand soir » fiscal. M. Ayrault laisse courir un texte qui trahit plus d’un siècle de laïcité. M. Hollande dit non. Non seulement le pouvoir ne choisit pas les bons dossiers, mais, sur chacun d’eux, il finit par reculer plus vite qu’il n’a avancé.

RICHARD LISCIA

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4 réponses à Hollande corrige Ayrault

  1. A3ro dit :

    Passons sur l’amateurisme et la cacophonie gouvernementale. Par contre, lancer des diversions sur des sujets que l’on sait explosifs et diviseurs pour esquiver les décisions et les réformes économiques d’autant plus difficiles qu’elles sont urgentes, ça devient la marque de fabrique de ce gouvernement.

    C’était de toute façon couru. Trop de garde-fous empêchent le gouvernement de prendre de trop mauvaises décisions : les marchés, les agences de notation, Bruxelles (d’autant plus vilipendés qu’ils ont raison). Mais les bonnes décisions : baisse du nombre de fonctionnaires, des allocations, refonte du code du travail, moralisation de la vie politique, etc… sonnent comme autant de suicides politiques en puissance, et ne seront donc pas faites. Il faudrait un sacré homme d’État pour aller contre l’opinion et, souvent, contre sa propre majorité. Pas des politiciens comme Sarkozy ou Hollande.

  2. Plapla dit :

    L’idéologie est une pente dangereuse que le rapport a prise sans avoir les freins nécessaires. Mais l’attitude du Premier ministre ne démontre, dans cette affaire, qu’une affligeante incompétence.

  3. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    C’est tout de même ahurissant que les services du Premier ministre aient laissé passé ce tissu de propositions issues de doctrinaires bornés et de bobos bien éloignées des réalités de la vie quotidienne!
    Ahurissant d’irresponsabilité, et/ou d’incompétence, et donc très inquiétant!
    Ce texte donne les meilleures armes qui soient aux extrémistes fauteurs de guerre.
    L’évidence est que toute personne immigrante, ou issue de l’immigration, doit s’intégrer au pays auquel elle demande de l’héberger et de la faire vivre; ça passe par l’apprentissage de la langue, de la culture, et le respect des lois en vigueur.
    Regardez simplement comme la plupart des « immigrants » venus de pays asiatiques se sont intégrés et sont travailleurs…
    Dans ces conditions, et à ces conditions, la culture d’origine de « immigrants » doit être respectée, soutenue, toute liberté religieuse respectée, bien sûr.
    A l’évidence, le texte dont il est question a pour but principal de saboter les fondements-mêmes de notre pays et de notre démocratie.
    Il cherche la guerre, et il donne des armes aux fauteurs de guerre de l’autre bord : de l’extrême droite.

  4. LECRU JEAN dit :

    Moi président, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur, disait M. Hollande. Mais aujourd’hui de quel nom peut-il l’affubler? On n’ose pas trop l’écrire, de peur de sombrer dans l’injure. C’était le bon temps où, dans l’opposition, on dénigrait à qui mieux mieux la politique de l’ancien gouvernement ou on torplllait la reforme des retraites, le smic jeune, où on affabulait sur le feuilleton d’une octogénaire dont le tort était d’être née riche, mais tout ca ne fait, loin sans faut, ni un homme d’État ni un chef de gouvernement. Heureusement, la politique de la France ne se décide plus à Paris mais à Bruxelles. Ouf! on a eu peur.

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