Kerviel, escroc ou héros

Kerviel embarqué par la police
(Photo AFP)

Jérôme Kerviel a été arrêté lundi peu après minuit à Menton alors qu’il venait de franchir la frontière italienne. Sa reddition suit un énorme cirque médiatique qui a commencé par une marche en Italie pendant laquelle ses partisans, dont un prêtre, l’ont accompagné tandis que les journalistes ne cessaient de l’interroger. M. Kerviel, condamné en appel et devant la Cour de cassation, à purger une peine de trois ans ferme, mais non à rembourser les quelque 5 milliards d’euros qu’il a fait perdre à la Société générale, venait d’interpeller le chef de l’État.

L’ANCIEN TRADER souhaitait en effet que François Hollande fît explorer la piste des témoignages, fallacieux selon lui, qui l’ont confondu pendant ses divers procès. L’Élysée a répondu comme il se doit : il n’appartient pas au pouvoir politique de s’immiscer dans l’action judiciaire. En revanche, M. Kerviel est libre d’adresser une demande de grâce au président de la République, mais l’ancien trader a rejeté cette hypothèse. M. Kerviel a pour avocat David Koubbi,  lequel s’est fait un  nom en assurant la défense de Tristane Banon, la jeune femme qui a accusé Dominique Strauss-Kahn d’avoir tenté de la violer (l’affaire a abouti à un non-lieu). On est donc tenté de croire que Me Koubbi a conseillé à Jérôme Kerviel d’adopter la tactique reposant entièrement sur des digressions médiatiques qui ont amené le condamné à multiplier les déclarations contradictoires : il a dit à la fois qu’il se rendrait, puis qu’il ne se rendrait pas, aux policiers. Il a fini par le faire parce qu’il sait forcément que, en se dérobant à la justice française, il n’aurait fait qu’aggraver son cas et prolonger  sa peine.

Des sympathisants hostiles au système.

M. Kerviel a suscité un mouvement de sympathie autour de sa personne chez tous ceux qui pensent que le système bancaire français et européen est corrompu, qu’il prend des risques insensés avec les avoirs des épargnants et que la Société générale est bien plus coupable que son trader dans la mesure où la spéculation sur des dizaines de milliards d’euros chaque jour est, si j’ose dire, monnaie courante. Tout cela est vrai, mais, dans le cas particulier de M. Kerviel, il est incontestable que, dans sa recherche d’une performance extraordinaire et même magique, il a pris des risques que sa banque n’a pas autorisés. Tandis qu’il jouait des sommes qui sont allées jusqu’à 50 milliards,  il cachait son jeu à ses supérieurs hiérarchiques. Il n’est pas le seul coupable dans cette affaire, mais il en est un, et de taille. Le fait que d’autres que lui devraient être poursuivis (encore que beaucoup aient été punis, à commencer par Daniel Bouton, le P-DG de la banque, qui a dû la quitter) n’empêche pas du tout qu’il ait commis un délit grave.

Rien ne diminue sa responsabilité.

Son entretien dans la rue avec le pape, l’amitié soudaine que lui portent un prêtre et de nombreux nouveaux amis, son voyage de pèlerin marcheur en Italie,  toutes ces choses servent seulement à diluer la culpabilité de M. Kerviel et à faire de lui la victime qu’il n’est pas. Il a tout essayé pour échapper à la prison, et on le comprend ; il a peur d’y aller, et c’est normal ; il existe un problème avec les banques françaises qui ne sera résolu qu’à long terme. Mais la condamnation de M. Kerviel n’a rien à voir avec la religion, ni même avec une réforme bancaire qui échappe complètement à son influence. M. Kerviel a été condamné en appel et la Cour de cassation a confirmé le jugement ; les juges ont annulé la ridicule obligation de rembourser les 4,9 milliards d’euros qu’il a coûtés à sa banque ; il a donc été jugé par une justice sereine, démocratique et équilibrée et rien, pas même les condamnables méthodes du système bancaire, ne peut réduire sa responsabilité personnelle.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Kerviel, escroc ou héros

  1. drpb dit :

    Je ne suis pas sûr que Jérôme Kerviel, au point où il en est, puisse avoir peur de la prison (je pense même qu’il pourrait en sortir renforcé). Que les trading (en particulier à « hautes fréquence ») soient un activité d’oies blanches, j’en doute. Que la Société Générale se soit fait rouler « à l’insu de son plein gré » dans la farine (« cacher ce trader que je ne saurais voir » ), me laisse dubitatif. N’y a-t-il pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, ou pire ne sait pas voir ? Quoi qu’il en soit, le témoignage humain de Kerviel me paraît intéressant sur ce qu’il nous dit d’un « tout financier  » devenu un peu fou. Le pape François (et l’Eglise qui pour une fois me paraît faire son travail), quant à lui, n’a-t-il pas mis le doigt sur ce point uniquement pour des raisons théologiques ? Affaire Kerviel ? A suivre, assurément.

  2. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Même si ce qu’écrit Richard Liscia est vrai, même s’il est très probable que, en tant que trader, M. Kerviel ait eu des pratiques de voyou, il reste certain que les vrais coupables sont toujours en liberté : ses ex-employeurs, et le système bancaire capitaliste avec.
    Et il me semble bien que M. Kerviel soit le lampiste qui trinque à la place des (vrais) coupables.

  3. Delteil christian dit :

    J’en ai franchement un peu marre qu’on ne parle que de ce Kerviel, il y a en ce moment des choses plus importantes que de savoir si une personne jugée doit ou non subir sa peine. Et de quoi se mêle donc ce prêtre avec ses sermons à la télé, que sait-il de cette histoire ? Laissons la justice travailler, laissons Kerviel se défendre avec ses conseils qui sont nombreux, et parlons d’autre chose. Que les médias tous confondus arrêtent un peu de nous bassiner avec des histoires sans intérêt.

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