Sarko : l’éternel retour

Une Europe qui séduirait même ses détracteurs
(Photo AFP)

Nicolas Sarkozy publie aujourd’hui dans « le Point » une tribune qui exalte les avantages de la construction européenne tout en exigeant que soient réformées quelques-unes de ses structures les plus importantes : il plaide pour une suspension immédiate  des accords de Schengen et la création d’un « Schengen II », pour un rapprochement économique et social entre la France et l’Allemagne, pour un leadership renforcé, pour une gouvernance différente dès lors que l’Union compte maintenant 28 pays.

CETTE PRISE de position est un tir à plusieurs cibles : M. Sarkozy veut encourager les sympathisants de l’UMP à aller voter massivement aux élections européennes de dimanche ; en soulignant l’absence de leadership européen, il condamne implicitement l’apathie diplomatique de François Hollande ; en rappelant que, si nous avons la paix en Europe depuis 70 ans, c’est grâce à l’Union, il indique que les positions du Front national sont dangereuses et pourquoi il ne faut pas voter pour l’extrême droite. L’ancien président de la République affirme qu’on peut être à la fois français et européen. Il se présente donc comme un homme de synthèse, celui qui comprend le désarroi des Français face à une Europe qu’ils accusent de tous les péchés, celui qui peut réformer profondément le fonctionnement de l’Union et leur apporter autre chose que le retour au protectionnisme, à la défiance entre Européens, aux conflits entre nations.

Avec moi…

Sous-entendu : avec moi, Sarkozy, l’accord de Schengen posera des limites à l’immigration. L’Europe ne sera plus une passoire.  Avec moi, le poids de Malte ou de Chypre au sein de l’Union ne sera pas identique à celui de la France, laquelle, plus proche de l’Allemagne, renforcera son influence. Avec moi, on admettra comme une évidence qu’il n’y a plus une Europe, mais deux, depuis que la zone euro regroupe dix-huit pays sur les vingt-huit qui forment l’Union.

Pourquoi M. Sarkozy a-t-il jugé utile de publier ce texte par ailleurs intéressant ? Pour donner un coup d’arrêt à l’ascension du Front qui pourrait, dimanche, remporter le plus grand nombre de voix. Il court un gros risque car, s’il n’empêche pas le FN d’arriver en tête des résultats, il subira un revers personnel, alors que la relation directe de son texte avec un bon score de l’UMP serait plus difficile à évaluer. En outre, une fois de plus, il apparaît comme le seul leader UMP capable de rassembler son camp au moment où le parti traverse une crise. Non seulement il est divisé en divers courants incarnés par Copé, Fillon, Wauquiez, Bertrand, Le Maire, Baroin et d’autres, mais le financement des campagnes passées de l’UMP fait l’objet d’une enquête qui peut causer beaucoup de dégâts, notamment chez les copéistes.

La question de l’héritage.

En même temps, Nicolas Sarkozy n’en finit pas de revenir à la politique. À la veille des municipales, il avait publié dans « le Figaro » un texte également solide auquel d’aucuns ont attribué le succès de la droite le soir du scrutin. Après quoi, il n’a cessé d’accompagner Carla Bruni dans sa tournée de concerts. À l’UMP, on commence à se plaindre des fausses rentrées de l’ex-président, on voudrait qu’il reprenne les rênes du parti et de toute l’opposition. M. Sarkozy veut éviter d’entrer trop tôt en campagne, c’est-à-dire d’être trop tôt la cible des attaques incessantes de la gauche. Le président actuel fera tout ce qui est en son pouvoir pour disqualifier son adversaire de 2012 avant qu’il ne devienne celui de 2017. M. Hollande et ses amis, encore aujourd’hui, attribuent leurs difficultés à l’héritage empoisonné que leur aurait laissé la droite. Ils n’hésiteront pas à rappeler, le moment venu, les erreurs commises par MM. Sarkozy et Fillon.

On verra, dans un premier temps, si la tribune de M. Sarkozy aura permis un rebond de l’UMP. Ensuite, M. Sarkozy va devoir résoudre son dilemme personnel et décider quand il se jettera dans la mêlée. Tout ce que l’on peut dire, c’est que, visiblement, il a envie d’en découdre et qu’il sera candidat. Va-t-il s’imposer à son parti ou acceptera-t-il de passer par une primaire ? Il pense, et il a dit, que son statut d’ancien président l’autorise à se faire plébisciter par l’UMP sans scrutin à proprement parler. Ce n’est pas ce que pensent MM. Fillon, Copé et Juppé.

RICHARD LISCIA

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