L’UMP dans un maelström

Copé, à quelques heures de sa chute
(Photo AFP)

L’opinion n’avait pas encore digéré la victoire du FN aux élections européennes que, dès lundi après-midi, commençait une nouvelle séquence des terribles difficultés de l’UMP. L’avocat de la société de communication Bygmalion annonçait en effet dans une conférence de presse que des factures concernant la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 avaient été adressées non pas à la campagne elle-même mais à l’UMP.

QUELQUES instants plus tard, sur BFM-TV, Jérôme Lavrilleux, bras droit de Jean-François Copé, confirmait, les larmes aux yeux, cette manipulation. Il s’agissait d’orienter les dépenses de campagne de manière à ce qu’elles n’atteignent pas le seuil prévu par la loi. Une perquisition avait lieu à partir de 17h30 dans les locaux de l’UMP et chez Bygmalion. Elle ne se termina que ce matin à 6 heures. À 8h30, à l’Assemblée nationale se réunissait le bureau de l’UMP. Les débats ont duré près de trois heures. Pratiquement tous les membre du bureau ont demandé la démission de Jean-François Copé, qui a résisté en faisant valoir qu’il n’était pas au courant des manipulations financières, comme  l’avait affirmé d’ailleurs son ami Lavrilleux. Finalement, il a été convenu que M. Copé partirait le 15 juin, qu’il serait remplacé par une troïka d’anciens Premiers ministres, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon, et que le congrès de l’UMP prévu pour 2015 serait avancé à octobre de cette année.

La colère des militants.

Dans ce maelström, le départ de M. Copé et son remplacement par une direction collective apparaissent comme des décisions positives. Elles ne suffiront pas pour autant à refaire de l’UMP la force politique qu’elle était naguère. Les conséquences judiciaires du scandale la rendront de moins en moins attirante aux yeux des électeurs de droite ; ses militants qui ont cotisé pour rembourser les 11 millions que le Conseil constitutionnel a refusés à l’UMP parce que ses comptes de campagne (malgré les fausses facturations) avaient dépassé le seuil prévu par la loi, sont fous de colère ; le comportement minable de l’ancienne direction va alimenter la propagande du Front national, lequel n’a jamais utilisé une phraséologie très subtile et continuera à harceler la droite avec le thème immortel de « tous pourris ».

Certes, il ne faut jamais enterrer trop vite un politicien ou même un mouvement politique. La troïka est composée d’hommes intègres. Les talents de l’UMP sont nombreux. Le parti peut donc trouver dans son personnel les forces humaines dont il a besoin pour se réformer et représenter une alternative politique. Mais le ras-le-bol des militants est immense, il exige des cérémonies sacrificielles, pour ne pas dire des mises à mort. Il devient très difficile de croire que Nicolas Sarkozy, impliqué à tort ou à raison dans diverses affaires en cours, puisse remonter la pente et rafler la mise avant le scrutin présidentiel de 2017. Or, s’il y a beaucoup de prétendants UMP à la présidence de la République, ceux qui ont la carrure de l’emploi, à quoi doit s’ajouter une honnêteté à toute épreuve, sont rares et aucun n’a le charisme de M. Sarkozy.

Sombre tableau.

L’UMP est en fait tellement malade que l’on se demande s’il ne vaudrait pas mieux que le parti disparaisse et qu’il renaisse sous une autre forme. Sa dette serait énorme et proche de 50 millions d’euros, ses cadres sont divisés et appartiennent à des clans plus prompts à s’entredéchirer qu’à trouver pour l’UMP le programme politique susceptible de sortir la France de l’ornière. Mais s’il survit, le parti doit s’ériger surtout en force d’alternance, en tenant compte d’une extrême droite à la fois puissante et intraitable, d’une décomposition de la gauche au pouvoir, d’un abstentionnisme alarmant, du coup qu’il vient de porter à ses propres troupes. La gauche, malgré la nomination de Manuel Valls, se casse le nez sur une crise tenace ; François Hollande, oracle télévisuel médiocre, parle désormais pour ne rien dire ; la droite est incapable de revendiquer le pouvoir ; le Front se renforce en se nourrissant des malheurs du pays ; l’extrême gauche est irresponsable. Voilà le tableau après les élections européennes. Il est sombre.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à L’UMP dans un maelström

  1. A3ro dit :

    Je suis tout à fait d’accord lorsque vous proposez à l’UMP de renaître de ses cendres, tel un phénix dont elle n’a pas la majesté, pour former un mouvement nouveau. Pour contrer le FN, je proposerai même de former un grand mouvement avec les « humanistes » de l’UMP et l’UDI-Modem, pour faire un grand parti de centre droit.

    La chute de Copé et Sarkozy qui tangue sont d’excellentes nouvelles si cela permet de couper la branche pourrie de l’UMP, incarnée par les Buison, Peltier, Morano, etc. , qui chasse sur les terres du FN et le légitime par la même occasion. Il est temps de remettre ce parti dans sa position marginale qu’il n’aurait jamais du quitter, de par ses positions xénophobes et dangereuses, en s’en éloignant le plus possible.

    Cerise sur le gâteau, en profiter pour faire profil bas médiatiquement et travailler à la conception d’un projet enfin pragmatique.

    La morale de cette histoire, c’est que bien mal acquis ne profite jamais !

  2. phban dit :

    Il est bien tard mais peut-être pas trop tard pour construire une droite moderne, orientée vers le centre, résolument contre les populismes faciles de l’extrême droite.
    Espérons que ce grand nettoyage imposé de l’extérieur permettra une renaissance, la France aurait bien besoin d’un grand parti politique pragmatique et décidé à agir.

  3. OJ dit :

    Il faut arrêter de tenter de toujours rechercher l’homme charismatique qui va faire gagner notre pays. Les paramètres de la société, dans le maelström international sont devenus tellement nombreux et complexes qu’une seule personne ne peut y suffire. Comme l’a dit la directrice du service politique de France 2 hier soir au cours de l’émission C dans l’air, la France croit toujours qu’elle va trouver l’homme providentiel.
    Les difficultés du pays ne datent pas d’hier, les politiques sont devenus des professionnels qui voient la France à travers le même prisme, celui de leur ego et pour la plupart de leur formation standardisée, le travail de réforme à réaliser est immense et prendra du temps. Il faut s’inscrire dans la durée et un seul homme n’y suffit plus.
    Il n’y a que la dissolution des partis dans un même ensemble où tout le monde se parlerait et se regrouperait par affinité et non par dogmatisme stérile, qui permettrait de disposer d’une classe politique à la hauteur de l’enjeu : construire un avenir pour notre pays. Celui-ci est malade de cette diatribe droite-gauche qui crée un centre qui gonfle par défaut et dont on ne comprend pas la cohérence idéologique (elle a quand même produit le parti de M. Madelin et dans un autre genre le MoDem à géométrie et orientations variables), ainsi que des extrêmes populistes. Cette idée relève évidemment de l’utopie mais si quelques politiques sautaient le pas, s’affranchissant du qu’en dira-t-on de leurs pairs et des journalistes, les citoyens dont il ne faut pas croire qu’ils ne réfléchissent pas pourraient voter pour eux. Confer le discours de Ségolène Royal et de François Bayrou en 2007 et leur score obtenu à l’élection présidentielle. C’est le seul moment où l’on a senti un vent de modernité. Toutefois, il semble que l’on ne puisse pas faire du neuf avec du vieux. M. Chirac, avec sa fracture sociale, en a fait la démonstration en son temps.
    Quoi qu’il en soit et de façon plus pragmatique, le retour programmé du Sénat dans le giron de la droite constitue l’occasion de relancer la machine. Plutôt que de placer à sa tête un cacique que l’on remercie pour ses bons et loyaux services, mieux vaudrait faire monter un politicien solide, connaissant l’appareil de l’État, résolument moderne et réformateur, qui ne véhicule pas les lanternes du passé. Deux ou trois personnalités qui on donné de la voix récemment en contrepoint pourraient faire le job. Ce serait un signal fort adressé aux électeurs.

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