Le déclin de l’autorité

Trois ans d’obstacles devant lui
(Photo AFP)

Les déclarations sont rarement des actes politiques, mais elles témoignent de l’évolution des mentalités. À gauche, François Hollande, magistrat suprême, est contesté dans ses propres rangs en des termes fort peu respectueux de sa fonction. À droite, l’emprise de Nicolas Sarkozy sur son camp se relâche, donnant lieu à toutes sortes de spéculations sur ce que deviendra l’UMP rénovée et la place de ses ténors dans la course à la présidence de la République.

À L’ASSEMBLÉE nationale, 250 députés socialistes sont en phase avec le gouvernement de Manuel Valls. Une quarantaine sont entrés dans une sorte d’opposition interne, pas moins virulente que celle de la droite. Le discours de leurs têtes de file, notamment Emmanuel Maurel, est irrédentiste. Ils refusent de voter les réformes engagées par le gouvernement. Ils rejettent les appels à l’unité et à la discipline que leur lance Manuel Valls. Ils semblent éprouver pour M. Hollande et ses mesures une aversion telle qu’elle les conduit à ne pas souhaiter qu’il se représente pour un second mandat. Ils envisagent en effet qu’il participe, comme d’autres candidats, à la primaire du parti socialiste. Dès lors que le Premier ministre ne peut compter ni sur les Verts ni sur le Front de gauche pour l’adoption du collectif budgétaire, acte politique primordial de l’année, il faudra sans doute, pour qu’il impose sa volonté, soit qu’il ait recours à la question de confiance, soit que le président menace de dissoudre l’Assemblée.

UMP sans souffle et sans voix.

L’UMP, de son côté, est en lambeaux. La crise financière déclenchée par les abus électoraux de Nicolas Sarkozy en 2012 la laisse sans souffle et sans voix. Jean-François Copé est parti, avec l’espoir insensé de revenir, alors que se précise un peu plus chaque jour la menace judiciaire. La candidature de M. Sarkozy au mandat présidentiel en 2017 n’est plus du tout une évidence. Il doit franchir plusieurs obstacles, à commencer par les affaires qu’instruit la justice, laquelle ne manquera pas, de temps à autre, de se rappeler à son bon souvenir. La popularité de M. Sarkozy chez les militants UMP reste écrasante, si l’on en croit le sondage publié cette semaine par le Figaro Magazine : il dépasse Alain Juppé de 32 points et François Fillon de 46 points. Mais les militants font un candidat, ils ne font pas un président.

La prochaine présidentielle est dans trois ans et la crise actuelle de l’UMP alimente les ambitions personnelles qui, dans la plupart des cas, s’expriment par une attaque contre l’héritage laissé par M. Sarkozy. M. Fillon, pour sa part, ne cache pas qu’il en veut beaucoup à l’ex-président, qu’il éprouve rancune, colère, antipathie. Xavier Bertrand, téméraire candidat, est beaucoup plus dans la dialectique. Il tente de montrer que la droite ne peut pas attendre que M. Sarkozy se décide, qu’il y a une vie après Sarkozy, que le bilan de sa gestion n’est toujours pas établi, alors qu’il devrait définir l’action à conduire à partir d’aujourd’hui. Sans compter d’autres prétendants, comme Laurent Wauquiez, lui aussi dénué d’indulgence à l’égard de l’ancien chef de l’État.

Crime de lèse-majesté.

L’affaiblissement de l’autorité du président Hollande et de son ex-futur rival autorise toutes les hypothèses. Il fait fleurir de nouvelles ambitions qui ont germé sur le terreau de la contestation sociale : les temps seraient si durs, nos dirigeants si nuls, nos perspectives si sombres que plus rien ne nous oblige à respecter une fonction suprême ou un passé prestigieux et qu’il serait bon de regarder dans le panel de présidentiables plus jeunes. Manuel Valls, qui ne mâche pas ses mots, et le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, parlent publiquement de « mort » possible du parti socialiste, en assimilant de la sorte la fronde des dissidents socialistes à une sorte de crime de lèse-majesté.

Le Figaro Magazine rapporte que, selon M. Sarkozy, « il faut tout changer ». M. Hollande lui-même a changé d’équipe gouvernementale et d’équipe élyséenne et il s’est décidé à remplacer une politique de la demande par une politique de l’offre. Les résistances que les deux hommes affrontent semblent indiquer que, au regard des résultats de leur gestion respective, ils ne sont plus considérés comme les leaders les plus adaptés à la violence de la crise nationale. Derrière ce courant protestataire dans les deux camps, il y a le rejet de réformes jugées trop pénibles, mais aussi le doute qu’inspire une autorité nourrie par un talent insuffisant, dans le cas de M. Hollande, ou par un désordre qui indigne, dans celui de M. Sarkozy.

RICHARD LISCIA

 

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