La routine djihadiste

Hollande à l'ambassade du Danemark à Paris (pHOTO AFP)

Hollande à l’ambassade du Danemark à Paris
(pHOTO AFP)

Les deux attentats commis samedi et dimanche au Danemark contre un centre culturel et une synagogue a fait deux morts et cinq blessés. Il n’a rien à voir avec l’affaire des caricatures qui, dans ce pays, fait l’objet d’une polémique depuis de nombreuses années. Un journal de Copenhague avait publié des caricatures sur l’islam il y a quelques années ; et les Danois, qui n’étaient pas enthousiastes, ont fini par prendre la défense du journal et de ses journalistes qui avaient été menacés par les fondamentalistes. Le tireur qui a attaqué des personnes participant à un débat sur la liberté d’expression et une synagogue de Copenhague (il y en a peu) ne se vengeait pas d’une publication satirique. Il a seulement réédité le double forfait des frères Kouachi et de Amédy Coulibaly à Paris.

IL EST VRAI, néanmoins, que la confusion se fera dans les esprits entre les deux motivations de ces deux nouveaux attentats, justement parce que les médias ont rappelé le rôle joué par les Danois dans la liberté d’expression. Le rapprochement entre l’attaque contre « Charlie Hebdo » et les deux attaques de Copenhague semble clair. Il montre principalement qu’une vague d’agressions contre des sites juifs et médiatiques est à prévoir dans toute l’Europe. L’agresseur avait 22 ans, il a le profil classique du djihadiste animé par la haine de tout ce qui est occidental ou juif, il semble avoir bénéficié de soutiens puisque la police danoise a procédé à des arrestations : rien de vraiment surprenant dans cette affaire et le pire est que, pour les Européens, une routine s’installe dans la chronologie fournie des actes terroristes, dans une violence antisémite inégalée depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, dans la mise en place de systèmes de surveillance et de protection coûteux et pas forcément inviolables.

Une chasse à courre.

Il n’est sûrement pas question de négliger le problème de la liberté d’expression tel que le posent nos ennemis (c’est ainsi qu’il faut les appeler), mais, si peu nombreux que soient les juifs en Europe (et pour cause, n’est-ce pas?), il faudra bien, d’une manière ou d’une autre et, si compliqué que ce soit à mettre en oeuvre, les protéger d’une façon sûre et durable. Je ne vois pas comment les gouvernements européens pourraient donner libre cours à l’idée que le territoire immense qu’ils contrôlent se transforme en chasse à courre pour les tueurs de juifs. La vraie question est là, elle ne se limite pas à la défense de la liberté d’expression. La profanation de centaines de tombes juives dans un cimetière du Bas-Rhin montre que les fondamentalistes et les néo-nazis s’imitent réciproquement ou se rejoignent dans la même ferveur destructrice, chacun dans son genre sinistre et que la haine antisémite prend en France une dimension alarmante.

Terrorisme antisémite.

En d’autres termes, il se peut bien que le climat particulier d’un Danemark farouchement indépendant ait favorisé les attentats de Copenhague, mais on voit qu’il existe, depuis peu de temps, une forme de terrorisme antisémite qui a commencé à Toulouse avec les crimes particulièrement affreux de Mohamed Merah, s’est poursuivie à Bruxelles avec l’attentat de Mehdi Nemmouche contre un centre culturel juif, puis avec l’attentat contre l’Hyper Cacher et ses quatre morts. France, Belgique, France, Danemark. C’est bel et bien une crise européenne, dont les conséquences sont d’autant plus graves que les Européens, faut-il le rappeler, ont une responsabilité particulière à l’égard des juifs. Ceux-ci assistent, certes avec effroi mais aussi avec colère, à la répétition d’un phénomène qui a failli les faire disparaître de la planète il n’y a pas s’il longtemps qu’on le croit : les derniers rescapés encore vivants de la Shoah se demandent avec amertume pourquoi ils sont obligés de revivre des instants qui leur rappellent ceux qu’ils ont connus jadis et ce qui leur vaut une haine si tenace qu’elle traverse les âges et les civilisations.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à La routine djihadiste

  1. Alan dit :

    Merci Monsieur Liscia de parler pour nous. Une consolation, tout de même, dans la situation actuelle. Mes grand-parents ont fui la Pologne et la Roumanie dans les années 30 pour l’Argentine, alors terre d’accueil. Mes parents ont quitté leur pays, librement mais avec une pression antisémite certaine, pour la France. Et moi, arrivée ici à l’âge de 13 ans, je me demande quarante ans après s’il ne faut pas à nouveau aller ailleurs…
    On comprendrait mieux cette ‘passion’ antisémite si c’étaient des juifs qui se faisaient sauter avec des bombes partout, ce n’est pourtant pas le cas.

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