Dumas : pavé dans la mare

Un maître de la provocation (Photo AFP)

Un maître de la provocation
(Photo AFP)

Roland Dumas, 93 ans, ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, a déclaré lundi matin que Manuel Valls était « probablement sous influence juive ». La réponse, il est vrai, était quelque peu sollicitée par la question posée dans les mêmes termes. Nul ne croira toutefois que l’ancien ministre qui a survécu sans grand dommage à l’affaire Elf, n’ait pas pris un malin plaisir à provoquer un nouveau scandale. L’ami de l’avocat Vergès, spécialiste des commentaires tonitruants, et qui, pour les défendre, a exalté les vertus des plus grandes crapules, aujourd’hui décédé, a sans doute tenu à lui rendre hommage en fracassant ce qu’il considère comme le langage politiquement correct.

ON A VITE fait de dire que Roland Dumas ne représente plus rien, qu’il a toujours émis des opinions dans lesquelles aucun membre du PS ne se reconnaît, et on laisse entendre ce qui vient à l’esprit de tout le monde, c’est-à-dire qu’il est gâteux. C’est la bonne attitude si l’on se refuse à le traîner en justice, ce qui risque de ridiculiser ses détracteurs plus que Roland Dumas lui-même. D’aucuns l’ont comparé à Pétain, lorsque, au terme de sa longue descente dans l’ignominie collaborationniste, le maréchal n’avait plus pour argument de défense que son grand âge. Mais les comparaisons historiques ne valent rien. Ce n’est pas le même moment. M. Dumas a été ministre, il n’a pa eu la même influence que Pétain. Le maréchal était à bout de souffle, au terme d’un parcours terrible, soudainement confronté à un échec historique indescriptible. Roland Dumas, lui, s’amuse à casser de la vaisselle dans ce vaste magasin de porcelaine qu’est devenu un pays livré à ses passions politiques (et raciales), à affirmer des idées diamétralement opposées à celles qui animaient son combat politique d’antan, comme s’il s’employait à prouver la vanité des idéaux revendiqués par ses ex-amis socialistes.

Le copain de Dieudonné.

Mais l’exercice n’est pas drôle. Il place une fois de plus Manuel Valls sur la défensive, car le Premier ministre doit se battre sur le front économique, social et politique tout à la fois. C’est un chef de gouvernement qui a plus à craindre de la majorité que de l’opposition. C’est l’homme à abattre parce qu’il va vite et qu’il a énormément d’ambition. Enfin, les allusions antisémites de Roland Dumas ont été d’autant plus venimeuses et ignobles qu’elles visaient l’épouse de Manuel Valls. Dumas représente à sa manière ce camp bizarre qui associe des gens de gauche à Dieudonné, aux révisionnistes, aux complotistes. Des gens qui, au fond, préfèrent le cynisme à l’humanisme, les terroristes aux pacifistes et s’élever contre ce tout ce qui est institutionnel au lieu de s’y soumettre. Ce qui rend les propos de Dumas hallucinants, c’est qu’il a joué sur tous les tableaux, tour à tour ministre et confident de Mitterrand, avocat des causes extrémistes et violentes, compromis dans l’affaire Elf et en somme jamais gêné d’être à la fois un repris de justice, ou presque, un officier judiciaire, un ancien ministre et l’amant de celle qui se fit appeler la « putain de la République ».

Il se venge.

Il y a, en ce moment en France, une sorte de crispation au sujet des Français juifs qui, rappelons-le, représentent moins de un pour cent de la population du pays et font néanmoins l’objet de tous les commentaires possibles et imaginables, ce qui me force personnellement à intervenir une fois plus sur le sujet de l’antisémitisme. Peut-être ne faut-il pas s’étonner de cette vague raciste, étant entendu qu’elle est soulevée aussi par une une crise économique qui plonge des millions d’entre nous dans la détresse. Ce que des adolescents à peine sortis de l’enfance ont fait au cimetière juif de Sarre-Union, avec la profanation de centaines de tombes, en dit long sur le flot de haine qui noie littéralement la société française et son caractère irrationnel. Pour eux, un bon juif n’est même pas un juif mort. En jetant de l’huile sur le feu, un homme comme Roland Dumais n’obéit pas seulement aux caprices dictés par son grand âge. Il n’est pas du tout gâteux. Il ne relève de la gérontologie que dans la mesure où, n’ayant plus rien à perdre, il se distrait en cassant tout, les juifs, Manuel Valls, les mimétismes socialistes, la société qui a osé le poursuivre. Après lui, le déluge.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Dumas : pavé dans la mare

  1. Oj dit :

    Je crois que vous n’évoquez pas assez dans vos propos le rôle du journaliste qui a invité et mené l’interview de Roland Dumas. J’imagine qu’il l’a fait venir sur son plateau de radio pour lui faire dire ce qu’il savait déjà. Alors, la question qui vient immédiatement à l’esprit est celle-ci : avait-il besoin au lendemain de la profanation de 300 tombes juives en Alsace et de l’attentat de Copenhague, d’inviter Roland Dumas dont tout le monde se fiche du point de vue ? Il ne s’agit même pas de savoir s’il est fondé d’inviter ou pas ce vieux gâteux, comme le suggère le Petit journal de Yann Bartes, mais de ne pas rajouter de l’huile sur le feu dans le contexte actuel. Le journaliste de RMC est aveuglé par sa notoriété qui, par orgueil, le pousse à faire de la provocation chaque jour que le bon Dieu fait, sinon il est stupide et certainement à ranger des voitures. Il est des gens chez qui la sénilité est précoce. Parole de gériatre !

  2. phban dit :

    Si ce type lamentable a échappé, de peu, à la prison dans l’affaire Elf, par contre il a bel et bien été condamné pour complicité d’abus de confiance, dans le cadre de la succession du sculpteur Alberto Giacometti, à douze mois d’emprisonnement avec sursis et 150 000 euros d’amende.
    On disait du temps de Mitterrand « Pour le droit, il a Badinter, et pour le tordu il a Dumas. »
    Il serait souhaitable que ses propos inqualifiables et qu’il a confirmés sans honte lui vaillent un procès et une condamnation sévère, eu égard au symbole qu’il a représenté (Président du Conseil constitutionnel !) et qu’il déshonore avec une délectation morbide.

  3. Oj dit :

    Merci a phban de rappeler ces points importants du parcours de Roland Dumas. Toutefois et quoique ses propos soient condamnables, laissons de vieillard cacochyme à ses régurgitations malsaines, et condamnons ce journaliste vieillissant qui comme son interlocuteur ne cerne plus les limites de son exercice cette fois, au nom de la sacro-sainte Information.

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