Un référendum pour rien

Pour Cormand, rien de nouveau (Photo AFP)

Pour Cormand, rien de nouveau
(Photo AFP)

Le référendum sur la construction d’un nouvel aéroport pour la ville de Nantes s’est traduit par un « oui » indiscutable, à 55,17 % des voix. Pourtant, rien ne permet d’affirmer que l’aéroport, prévu il y a 50 ans, verra le jour.

C’EST LE 11 février dernier que le président de la République a décidé de soumettre le projet, contesté par les écologistes, aux citoyens de Loire-Atlantique, soit un peu moins d’un million de personnes. M. Hollande avait déclaré dans la foulée que le résultat de la consultation serait suivi d’effet, le « non » entraînant aussitôt l’abandon du projet, le « oui » déclenchant la mise en chantier, après évacuation des fameux « zadistes » qui occupent les lieux. Les partisans du nouvel aéroport exigent donc maintenant que le gouvernement tienne parole. Manuel Valls n’a pas hésité à abonder dans leur sens. Affaire réglée ? Pas le moins du monde. Les écologistes, notamment Cécile Duflot, estiment qu’ils en sont pas contraints par une consultation limitée à un département. Les « zadistes » n’ont pas l’intention de bouger et ont déjà montré à plusieurs reprises qu’ils sont capables de se montrer extrêmement violents quand les forces de l’ordre tentent de les expulser. Le secrétaire général d’EELV, David Cormand, estime que l’exécutif a conçu un référendum dans un espace territorial où les sondages lui apportaient la certitude d’obtenir un « oui ». Il conteste donc la légitimité de la procédure et son résultat.

Rien n’est réglé.

Par conséquent, rien n’est réglé. L’expulsion des zadistes pose des problèmes considérables, pour ne pas dire insurmontables. Elle donnera lieu à des scènes de violence dont l’effet immédiat sera d’inquiéter la population qui, comme d’habitude, ne sait pas trop pourquoi l’aéroport est tellement indispensable. Les travaux risquent donc de ne pas commencer très vite. De nouveaux recours juridiques seront déposés à chaque étape du chantier. Dans ces conditions, la construction de l’ensemble sera constamment retardée et chaque retard coûtera plus cher. Faut-il en tirer la conclusion que cet aéroport ne verra jamais le jour ? Il faut surtout admettre que le référendum, comme celui des Anglais, n’était pas la bonne solution. Le problème qui est posé n’est pas celui de la légitimité de l’aéroport, exigé par le vote des élus, ce qui suffit à en faire un projet acceptable. Le problème, c’est l’autorité de l’État. Dans d’autres circonstances, le couple exécutif a montré qu’il reculait devant l’usage de la force. M. Hollande, dans l’affaire de la manifestation du 23 juin, a montré qu’il était prêt à désavouer son Premier ministre s’il pouvait éviter un clash avec les syndicats.

État de droit ?

De sorte que le chef de l’État ne risque pas d’envoyer des bulldozers qui passeront sur le corps des « zadistes ». Sans aller jusque là, il peut envisager de les expulser par la force, mais cela demandera des milliers de policiers alors que les forces de l’ordre sont épuisées par la surveillance du territoire et par les manifestations à répétition de la CGT et de FO, doublées d’une séance de casse en chaque circonstance. Le référendum étant rejeté par les écologistes les plus déterminés de France, le pouvoir n’a que le choix entre les batailles rangées qui ne manqueront pas d’éclater et le renoncement. S’il renonce, c’en sera fini de ce qu’il lui reste d’autorité. Si la totalité des décisions juridiques et un référendum vont dans le sens de la construction, et si quelques centaines de personnes peuvent bloquer la totalité de ces décisions, cela veut dire que nous ne sommes plus dans un État de droit. Une fois de plus, le gouvernement s’est lui-même noué une corde autour du cou. S’il choisit la construction, bonjour les dégâts ; s’il recule, il sera, une fois de plus, la risée de l’opinion.

RICHARD LISCIA

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