Le FN, discret et à l’affût

Marine Le Pen à Fréjus (Photo AFP)

Marine Le Pen à Fréjus
(Photo AFP)

La stratégie de Marine Le Pen est à la fois claire et efficace : elle veut ajouter à sa grosse part de marché électoral la respectabilité que lui contestent encore des partis moins récents et plus ancrés dans la population que le FN, même si celui-ci se taille, à la faveur des rendez-vous électoraux, des positions de plus en plus fortes.

L’AFFAIBLISSEMENT sensible de la gauche n’a pas donné à la droite classique l’essor qu’elle pouvait en attendre. Concurrencée par le Front national, elle lui abandonne des suffrages. Cela fait des années que le Front national perturbe le jeu droite-geuche. Il a commencé à le faire en 2002 quand Jean-Marie Le Pen s’est retrouvé au second tour de l’élection présidentielle, plongeant le pays dans la stupeur. Aujourd’hui, la crainte s’est transformée en certitude : Marine Le Pen compte bien se qualifier pour le second tour, et, pis encore, pourrait arriver en tête de tous les candidats du premier tour. Elle n’est vraiment combattue que par le système uninominal à deux tours. On a vu des candidats de droite ou de gauche se faire élire avec une popularité inférieure à celle de Marine Le Pen. Son étiage, c’est 30 %, peut-être un tout petit peu moins.

Légitimer le parti.

Elle l’a si bien compris que, pratiquement, elle n’a plus besoin de faire campagne. Au cours du week-end écoulé, elle a réuni ses troupes à Fréjus, façon d’entretenir la flamme, et elle leur a tenu les propos cinglants qu’ils attendaient d’elle, sur l’Europe, l’immigration et les autres partis. On trouvera toujours, dans son argumentation, de quoi avoir un haut-le-coeur. Un républicain authentique ne sera jamais convaincu par son argumentation. Mais elle sait que sa seule chance, c’est de sortir du cadre un peu étroit où la confine l’extrémisme. Dieu sait qu’elle a multiplié les efforts (jusqu’à entrer en conflit avec son père) pour normaliser son parti en quelque sorte et tenter de lui donner une réputation comparable à celle des autres formations politiques.

Comment sortir le FN de la marginalité.

Bien entendu, l’exercice a ses limites. Il lui faut en effet garder à ses côtés ceux qui s’estiment assez trahis par la politique pour avoir choisi l’extrême droite ; et, bien entendu, elle doit conserver la forte identité nationaliste et populiste qui a fait le succès du Front. C’est d’ailleurs pour des raisons de ce genre qu’elle a conservé dans son programme la sortie de la France de la zone euro. À peu près tout le monde lui dit que c’est de la folie, mais par égard pour Florian Philippot, elle n’a pas renoncé à cette puissante et désastreuse disposition. Elle se contente de naviguer sur ce qui lui convient le mieux, l’aversion pour les autres partis, l’intolérance, une xénophobie que ses amis, sinon elle, colportent allègrement, un programme économique qui ruinerait le pays. Elle reste convaincue que le seul moyen de faire du Front un parti de gouvernement, c’est de le sortir d’une idéologie trop marginale et de le rendre acceptable pour une plus grande partie de la population.
Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Si sa stratégie est intelligente et lui apporte des dividendes considérables, il y a une limite à l’exercice qui consiste à faire du FN un parti à la fois comme les autres et différent de tous les autres. Elle ne peut pas prétendre à plus de vertu que ses concurrents de droite ou de gauche. Le programme du Front passe nécessairement par l’intolérance et une certaine violence, ce qui fait qu’il n’est pas, tout simplement, républicain. Et il faut que les électeurs frontistes le sachent : ils nourrissent depuis près de 50 ans une verrue qui défigure la République. Leur mémoire est courte : ils soutiennent un parti dont les racines remontent à la France de Vichy.

RICHARD LISCIA

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7 réponses à Le FN, discret et à l’affût

  1. Andre MAMOU dit :

    Ceux qui soutiennent le FN sont surtout ceux qui trouvent que la France « est envahie par les Arabes » et que ces derniers deviennent agressifs et « dominateurs »!
    Il y a une réaction de rejet et c’est exactement la même chose en Allemagne : personne ne les veut chez soi.

  2. mXmF dit :

    @Mamou
    On se demande vraiment pourquoi !

  3. morel gérard dit :

    Continuez à faire ce genre de commentaires , M. Liscia, et le FN sera au pouvoir en 2022.
    Vous faites partie de ceux, ou vous faites semblant de ne pas comprendre ce qu’est le FN d’aujourd’hui. Vous ne vous rendez même pas compte qu’avec, pour l’instant, 30 % des Français, tout le monde connaît des électeurs FN, et on sait qu’ils ne sont pas, pour la grande majorité, xénophobes.
    Le patriotisme qui se dessine, face au danger évident de l’islamisme radical n’a rien à voir avec du racisme ou de la xénophobie. Et ce genre d’aveuglement n’a qu’une conséquence : rendre les gens lucides fous de rage, et les précipiter dans les bras du FN

    Réponse
    Des gens lucides fous de rage ? La folie étant, selon vous, le développement normal de la lucidité, je vous propose de faire le chemin inverse.Tout le monde connaît des électeurs FN ? Oui, c’est vrai, j’en connais, ils m’écrivent. Merci de m’accorder tant d’influence puisque selon vous, à moi seul je parviendrai à faire des électeurs du Front une majorité absolue qui, évidemment, ne contient aucun xénophobe.
    R.L.

    • Num dit :

      Ce qui a changé surtout ces deniers temps, c’est que certains totems sont en train de tomber. Par exemple, la xénophobie (littéralement ta peur de l’étranger) considérée depuis 30 ans comme le pire des maux ou des péchés républicains et utilisée comme une insulte. Mais les événement récents (des étrangers ou Francais d’origine étrangère assassinent et massacrent des Francais) font que ce tabou tombe et que des gens s’interrogent: n’ont-ils pas finalement le « droit » d’être xénophobes (d’avoir peur de l’étranger) ?
      Et désormais, la majorité (relative pour l’instant) est en train de basculer en France comme en Allemagne (cf attentats de Munich ou nouvel an à Francfort): et si c’étaient nos moralistes républicains qui avaient tort ? Et si la xénophobie était justifiée ?
      Résultat: une montée en puissance inédite de l’extrême droite en Europe.
      Mais surtout, une inefficacité et même une contre-productivité totale des arguments moraux. La seule solution pour faire reculer le populisme sera que les politiques traditionnels ouvrent les yeux sans tabou et réagissent enfin…

      • morel gérard dit :

        Totalement d’accord avec vous. Mais on constate que ça bouge, dans une partie de la vraie droite…Pas celle de M. Juppé ou de Mme NKM, qui ne savent pas vraiment où ils sont.

    • morel gérard dit :

      relisez au moins ce que j’écris :
       » et on sait qu’ils ne sont pas, pour la grande majorité, xénophobes. »
      et vous me répondez : « une majorité absolue qui, évidemment, ne contient aucun xénophobe »
      Vous venez, une nouvelle fois, de démontrer comment on pousse les électeurs vers le FN…Continuez, Mr Liscia…Continuez ….

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