Vivement dimanche

Un chien dans un jeu de quilles (Photo AFP)

Un chien dans un jeu de quilles
(Photo AFP)

La surprenante victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite suffit à expliquer la brusque tension avant le second tour. Alain Juppé joue son va-tout et on ne voit pas bien pourquoi il faudrait le lui reprocher.

LE MAIRE de Bordeaux fait feu de tout bois quand, par exemple, il demande à son épouse, habituellement si discrète, d’entrer dans le ring; quand il accuse M. Fillon de se satisfaire des soutiens de l’extrême droite qui arrivent en nombre, mais ne mentionne pas la volée de bois vert infligée au candidat favori par Marion Maréchal-Le Pen ; quand il dénonce la proximité de M. Fillon avec Poutine, ce que le député de Paris ne fait même pas mine de nier ; quand il répète que le programme économique et social de son adversaire risque de provoquer un chaos. M. Juppé utilise successivement des arguments plus ou moins bons, comme n’importe quel candidat qui est resté en tête de tous les sondages pendant près de deux ans et s’est effondré à la dernière minute, cherchant fiévreusement le moyen de récupérer un peu de sa popularité passée.
De son côté, M. Fillon ne saurait bénéficier de son magnifique redressement sans admettre qu’il entraîne la re-mobilisation de ceux qui n’ont pas voté pour lui. Disons que, lorsqu’il se plaint de la violence des attaques dont il fait l’objet, il est moins choqué qu’il ne le dit et se contente de continuer à jouer sa partition et, en somme, à faire campagne avec les accents de la victime.

Un bon résultat.

Cette longue semaine va-t-elle fracturer la droite, comme le pensent certains ? Pas le moins du monde. Les pessimistes professionnels ne voient pas le bon côté des choses, même quand elles s’améliorent. Voilà une droite qui a passé avec succès le test des primaires, qui va, quoi qu’on en dise, se regrouper autour d’un homme, dont le comportement réhabilite quelque peu la politique et les partis, qui a créé dans l’électorat de la passion, de l’envie, le formidable espoir de faire du passé table rase et de changer en profondeur la société française. Ce n’est pas un mauvais résultat.
Il restera toujours des gens pour nous dresser un tableau sinistre de la situation. Je ne crois pas que l’extrême droite va se diviser : elle aura toujours ses têtes de turc et agressera M. Fillon comme elle a voulu la perte de M. Sarkozy, comme elle s’en prendrait à M. Juppé s’il avait gagné le premier tour, comme elle s’en prendrait à lui s’il gagnait le second. Il y aura toujours des gens pour tenter de rappeler qu’ils existent, comme François Bayrou, l’homme qui a voté Hollande en 2012, mais qui veut encore jouer un rôle, recrée son vieux suspense éculé autour de son éventuelle candidature, jamais fâché, au nom de sa liberté personnelle mais infiniment moins altruiste qu’il ne le prétend, de casser la droite s’il le faut pourvu qu’il garde son job, quitte à trahir la cause de la veille pour adopter celle du lendemain. Je n’ai pas prévu la victoire de M. Fillon, mais je n’ai cessé de répéter que M. Bayrou était un boulet pour M. Juppé. Il est pour quelque chose dans sa défaite et le maire de Bordeaux aurait dû s’en séparer. Mais les électeurs, grâce à la primaire, ont pris leur destin en main, et ne se laisseront plus embobiner par les professionnels de la contorsion sémantique et du projet obscur.

Quelques mystères.

Non, décidément, pour le meilleur ou pour le pire, les choses ne seront plus ce qu’elles furent naguère et nous devons tous nous y habituer. Nous ne sommes pas, heureusement, au pays de Trump. Il est logique, normal, évident que s’étripent deux candidats à un poste qui ouvre une voie royale vers la présidence de la République. Et s’il y a de l’excès dans la méthode Juppé post-premier tour, son lieutenant Benoît Apparu s’est empressé de rappeler les ressemblances entre les programmes des deux finalistes. Que valent, dans cette nouvelle ère de l’électeur-roi, les calculs stratégiques des officines partisanes ? Pourquoi l’extrême droite, comme le croit M. Juppé, adouberait-elle M. Fillon, alors qu’il se présente, par certains aspects, et depuis l’élimination de Nicolas Sarkozy, comme une alternative au Front national ? Pourquoi le déplacement massif des électeurs de gauche dimanche dernier (14 % des votants) n’a-t-il pas égalisé le score entre MM. Juppé et Fillon ? Qu’est-ce que M. Bayrou vient faire dans cette histoire ? Quelle stratégie pour Hollande, pour Valls, pour Macron ?
L’électeur de gauche décidera bien mieux que les stratèges des candidats. On ne peut faire que des supputations hasardeuses. François Hollande, dit-on, se prononcera le 10 décembre. Sa décision rendra le débat plus clair.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Vivement dimanche

  1. liberty8 dit :

    Quel beau combat ! Pour une fois je suis passionné par cette primaire. Hier soir étant rentré un peu tard j’ai pu quand même suivre la fin du meeting Fillon et vu des extraits de Juppé.
    Je trouve ces échanges très intéressants, en faisant abstraction des piques un peu dures de M.Juppé. On parle vraiment programmes et chiffres, il faudra tenir le cap plus tard.
    Cela me fait penser un peu à Waterloo ou Fillon /Wellington accroché sur son plateau répond à toutes les attaques de son adversaire et les repousse toutes d’un feu dévastateur pendant que Juppé/Napoléon lance toutes ses forces sur le roc et engage même sa garde (Mme Juppé ?).
    Je souhaite la même conclusion et je ne pense pas que cela laissera des traces. Les deux hommes sont plus amis et proches qu’on ne le pense.

  2. Galex dit :

    On ne peut toutefois ignorer la « Lettre ouverte de Bernard Debré à Alain Juppé » publiée le 22/11 : « Ces accusations de ta part sont monstrueuses et inacceptables », écrit le député de Paris sur son blog.
    Une primaire sans traces post-électorales dans la grande famille ? Sûr ?

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