Le FN en embuscade

Intransigeante et déterminée (Photo AFP)

Intransigeante et déterminée
(Photo AFP)

Nombre de commentateurs croient trouver dans les divisions du Front national, et notamment les différences idéologiques entre Marine Le Pen et sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, députée du Vaucluse, des signes d’un affaiblissement du parti d’extrême droite. La perception de ces divisions par l’opinion n’empêche pas pourtant le cote élevée du FN.

SELON un sondage Elabe, publié hier, 57 % des personnes interrogées considèrent que le FN est divisé contre 42 % qui le jugent plutôt uni. La polémique sur le remboursement de l’IVG qui a opposé Marine et Marion a pris une tournure violente, en particulier parce que Florian Philippot, numéro 2 du FN, a cru bon de dire que « cette personne isolée », à savoir Marion, ne décidait pas de la ligne du parti. Riposte humiliante et qui tente de remettre à sa place l’étoile montante du FN. Elle traduit peut-être une perte de contrôle de ses propos par M. Philippot, mais elle montre que ce qui oppose la jeune députée à l’appareil du FN devient problématique alors que le pays est en campagne électorale. Ce qui ne veut pas dire pour autant que l’électorat du Front va changer d’avis à cause d’un différend dont il peut espérer la résolution au sein même du parti, ou, devrait-on dire, au sein de la famille Le Pen.

Une ligne différente.

Bien entendu, on peut se demander comment Marine Le Pen juge les propos de M. Philippot et si, agacée par la liberté de ton de sa nièce, elle a souhaité que son numéro 2 lance une telle diatribe contre la jeune femme. Le problème, en effet, ne se résume pas à une scène de ménage. Il porte sur les idées de Marion, qui, visiblement, entend ne faire aucune concession sur la ligne, catholique, anti-mariage pour tous, anti-avortement qu’elle défend, alors que Marine Le Pen, de son côté, espère élargir son électorat en proposant une ligne plus modérée, peut-être plus moderne, et en rassurant ceux qui votent à droite mais craignent encore d’apporter leur suffrage à l’extrême droite. D’une certaine manière, Marion Maréchal-Le Pen fait peser une hypothèque sur le programme du FN, à savoir que, le jour venu et si elle constitue autour de ses propres idées un noyau assez fort, elle peut écarter M. Philippot et, pourquoi pas ?, sa propre tante. Personne n’ignore que la députée, en combattant l’adoucissement des thèses du FN, rejoint la ligne de son grand-père qui a subi, aux mains de Marine, un traitement qu’elle juge sans doute injuste.

Le risque d’une évolution du FN.

Mais tout cela ne se fera pas en un jour. Les élections générales, pratiquement, c’est demain, et même si Marion fait de nouvelles déclarations plus ou moins provocatrices, la machine électorale du Front, qui est puissante, doit tourner à plein régime. Au fond, la querelle familiale va bien au-delà de l’IVG. Marine a réformé le parti pour en faire une force de gouvernement acceptable, un jour, par une majorité. Marion continue de poser la question qui est aussi celle de Jean-Marie Le Pen : le Front doit rester lui-même et n’a pas besoin de gouverner, la vie est très agréable dans l’opposition et la contestation est un exercice délicieux. On comprend d’ailleurs que cette position puisse plonger M. Philippot dans la plus noire des colères. Son ambition, comme celle de sa patronne, va bien au-delà d’un programme figé dans la contemplation. Il craint ce que chacun d’entre nous peut craindre : que Marion devienne un jour celle qui appliquera ses propres idées. Le risque existe que le Front national arrive au pouvoir sur la base du projet Philippot (contestable pour beaucoup d’autres raisons que l’IVG) mais que par la suite, il poursuive son action sur la base du projet Marion.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Le FN en embuscade

  1. mXmF dit :

    Dans ce qui est aujourd’hui le Front National et qui n’a plus rien, rigoureusement plus rien, à voir avec le FN d’origine, Marion a au moins le mérite de la cohérence par rapport à M. Philippot et d’options économiques plus rassurantes. Elle promeut ainsi un parti conservateur libéral pendant du parti progressiste socialiste de Jean-Luc Mélanchon. Ça ne mène sûrement pas au pouvoir mais c’est bon pour la démocratie, pourvu que les deux soient représentés au parlement. Et à proportion de leur influence dans le pays.

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