Gauche : l’unité introuvable

Mélenchon : périr avec panache ?
(Photo AFP)

D’aucuns disent, à propos du refus de Jean-Luc Mélenchon de passer un accord avec Benoït Hamon, que c’était écrit, car on sait combien est irascible le représentant de la « France insoumise ». On ne peut pas nier pour autant l’intelligence de M. Mélenchon et on s’étonne donc qu’elle ne le conduise pas à sacrifier le contingent à l’essentiel.

C’EST UNE BONNE NOUVELLE pour la droite : la gauche désunie ne devrait pas franchir le cap du premier tour. La popularité de M. Hamon augmente tous les jours mais, s’il n’apparaît pas comme le candidat unique de la gauche, il est peu probable qu’il arrive second, d’autant que le pourcentage actuel de la gauche, toutes tendances confondues, ne dépasse pas les 35 %. Une fusion des programmes aurait fait naître un espoir, notamment chez les socialistes, contraints par la primaire de soutenir M. Hamon qui n’est guère que le représentant d’un courant, celui des frondeurs, et qui se situe au creux d’une vague, celle des promesses intenables, avec le PG, le PC, les partis ultra-minoritaires de l’extrême gauche, et le FN. On ne décrira jamais assez les affinités existant entre ces divers partis, tous marqués par le populisme, l’aversion pour l’Europe, la dépense frénétique, l’absence criante de financement. Bref, ils sont prêts à engager le pays dans une aventure suicidaire.

Périr avec panache.

Il demeure que l’attitude de M. Mélenchon (qui refuse de s’accrocher au « corbillard socialiste ») n’est peut-être pas définitive. Car il ne faut pas le sous-estimer. Il est assez cohérent pour donner à ses propositions l’apparence du réalisme, alors qu’il se moque des conséquences financières (et sociales, en définitive) de ses mesures. Il est tout de même capable de faire l’analyse à laquelle tout le monde procède, à savoir que nous sommes dans l’année où la gauche doit céder le pouvoir et que, si elle triomphait, ce serait un miracle historique. M. Mélenchon sait tout cela et, s’il refuse de se fondre dans l’intérêt général de la gauche, cela signifie qu’il préfère nous jouer son numéro jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la défaite, ou alors à une victoire de la gauche qui le rangerait parmi les simples ministrables. Ou qu’il préfère périr (politiquement) avec panache.

Marine Le Pen invulnérable.

François Fillon aperçoit donc, dans l’hiver électoral, un rayon de soleil. Il se dit qu’il a soixante jours pour passer de 20 à 25 %. Il compte sur l’opinion de droite, ulcérée d’être éventuellement privée de son candidat, de sa chance de gouverner, de l’occasion de tourner la page d’un mandat somme toute catastrophique et qui mérite une sanction par les urnes. Ce matin, M. Fillon pense certainement qu’il a eu raison de ne pas céder à la pression qu’exerce sur lui le Parquet national financier (PNF), d’avoir changé d’avis et de ne plus lier sa candidature à d’éventuelles humiliations judiciaires, d’avoir convaincu son camp de l’absence de plan B, hypothèse qui aurait fait surgir une demi-douzaine de candidatures, donc toutes incapables d’emporter l’adhésion du « peuple de droite ». M. Fillon constate en outre qu’Emmanuel Macron commet des erreurs, que ses propos peuvent soulever, comme partout ailleurs, des réactions indignées, et qu’il n’est pas à l’abri d’une perte de popularité. Enfin, l’ancien Premier ministre voudrait bien que le PNF s’intéresse à Marine Le Pen au moins autant qu’à lui. Il en veut à la presse de décortiquer le « Penelopegate », alors que les accusations lancées par la Commission européenne contre la présidente du FN au sujet de deux douzaines d’emplois fictifs qu’elle aurait financés avec les allocations du Parlement européen pour l’assistance parlementaire, ne font guère la Une des journaux. Certes, il ne s’agit pas d’enrichissement personnel et le scandale n’a pas la même ampleur. Mais au regard des enjeux historiques de cette année, il serait bon qu’on fasse aux procédés de Mme Le Pen la publicité qu’ils méritent.
Car M. Fillon n’est pas sûr de se placer au second tour, pas plus que M. Macron et si M. Hamon, par extraordinaire, y parvenait, le choix pour les Français serait entre deux « partis de la faillite », comme les appelle si justement « le Point ». Un choix si mauvais que, pour la première fois depuis 1940, l’extrême droite aurait une chance de s’emparer du pouvoir.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Gauche : l’unité introuvable

  1. liberty8 dit :

    M. Mélenchon a chiffré son programme à 250 milliards de dépense, une broutille, décidément on ne joue pas dans la même cour. Une partie compensée par un emprunt de 100 milliards, le reste ?
    Heureusement qu’il se considère hautement et fait passer son ego avant une stratégie de gauche, sinon la messe serait dite.
    Quand on regarde la courbe de tous les sondages depuis un mois, plus parlante qu’un sondage à un instant T, M.Macron accuse un palier autour des 20 %, M.Fillon arrête la chute et accuse le même palier à 20 %, les courbes vont-elles de nouveau se croiser avec le programme d’En Marche ! qui devrait sortir ces jours-ci et qui aura du mal a satisfaire la chèvre et le chou ?
    Par contre, au second tour, dans tous les cas de figure, Mme Le Pen passe de 39 à 44-46 % sans jamais changer l’orientation de la courbe en montée constante ; ça sent le souffre, les Français vont-ils craquer l’allumette ?

    • Num dit :

      Exact. On le souligne peu mais Le Pen a gagné de 6 à 8 points en 2-3 semaines dans les sondages de second tour, ce qui est exceptionnel
      Elle est par ailleurs à un niveau (42-44%) à deux mois du premier tour, jamais vu précédemment et qui laisse imaginer qu’un scénario à l’américaine n’est plus tout à fait impossible…

  2. gaucheau2ètour dit :

    Est-ce que Jean-Luc Mélenchon veut vraiment un accord ? Une plateforme commune de propositions/mesures pour un gouvernement de gauche ? Rien n’est moins sûr. S’il y a des différends, il suffit de les mettre sur la table,dans la transparence, de façon que les citoyens en prennent connaissance. En l’état actuel des choses, il semble difficile de se faire une opinion éclairée sur les obstacles réels (querelles d’ego) à ce nécessaire accord en vue d’une candidature commune. Bien sûr, certains pourraient être tentés de se dire que cet accord n’est pas nécessaire, utile et qu’au fond chacun peut aller à la bataille du scrutin électoral en faisant cavalier seul. Dès lors, les chances pour la gauche de se qualifier au deuxième tour de l’élection à venir seraient faibles,très faibles pour ne pas dire minimes.Les leaders de la gauche qui aspire à gouverner demain (Hamon, Mélenchon, Jadot + le PCF) ont donc une lourde responsabilité : faire l’union des forces de gauche.Ce n’est pas facile mais il n’y a pas d’alternative pour être à la hauteur des enjeux.

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