La primaire revisitée

Bayrou se décide aujourd’hui
(Photo AFP)


La confusion qui règne en politique à la veille d’élections décisives a remis en question l’intérêt et la légitimité des élections primaires, à gauche comme à droite.

LES CRITIQUES dont les primaires font l’objet aujourd’hui relèvent, au moins partiellement, de la pusillanimité des électeurs qui, après avoir embrassé avec enthousiasme ce supplément de démocratie, en dénoncent maintenant les dangers avec amertume. Ce changement de sentiment montre qu’il faut prendre les primaires au sérieux et que, même si elles n’ont pas de force constitutionnelle, même si elles représentent une innovation importée de l’étranger et plaquée sur des règles codifiées, elles ont des effets, heureux ou pervers, qu’il faut bien connaître avant d’adopter le processus.

Le bilan aux orties.

Elles ont produit, en l’occurrence, des conséquences qui déroutent l’électorat, lequel, après tout, n’est pas obligé de se reconnaître dans le choix d’une faible minorité, militante ou activiste, et s’estime piégé par une orientation qu’il n’a pas souhaitée. Mais, dans les deux camps, celui de la gauche et de celui de la droite, y avait-il cette année une autre façon de procéder ? François Hollande a donné le signal de la « primarisation » des élections en décidant de ne pas se présenter pour un second mandat, alors que, aux Etats-Unis, pays d’où vient la désignation du candidat non par un parti mais par le peuple, le président sortant et candidat à un second mandat est automatiquement candidat, la primaire étant réservée à l’opposition. Ici, il a bien fallu combler, à gauche, le vide laissé par M. Hollande. Pour lui, le vainqueur de la consultation devait revendiquer le bilan du gouvernement socialiste. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Non seulement Manuel Valls a été battu mais Benoît Hamon, le vainqueur, incarne la fronde qui n’a cessé de combattre la gestion du pays par l’exécutif. Le risque d’un désaveu de M. Hollande par la primaire était pourtant clairement contenu dans la liberté laissée à l’électorat de gauche de se prononcer contre lui et pour l’opposition interne au gouvernement.
En réalité, la contestation du hollandisme avait commencé depuis longtemps et avait déjà eu une conséquence majeure, la défection d’Emmanuel Macron, qui a quitté le gouvernement pour organiser son propre mouvement en dehors de toute primaire. La stratégie de M. Macron a prouvé par la suite qu’elle était la bonne puisque l’ancien ministre de l’Economie semble capable de franchir le cap du premier tour. De même, à droite, la primaire a donné le coup d’envoi d’un élan irrésistible en faveur de François Fillon, mais contre toute attente, car Alain Juppé était le vainqueur désigné par les enquêtes d’opinion. La victoire de M. Fillon a été aussi le triomphe politique du principe de la primaire jusqu’au moment où l’ancien Premier ministre est passé du statut de favori à celui de l’homme ayant des démêlés avec la justice et, du coup, susceptible d’envoyer son camp à la défaite alors qu’il était censé obtenir l’alternance.

La candidature de Bayrou.

La candidature probable de François Bayrou, qui se prononce cet après-midi à 16H30 au terme d’un de ces suspenses dont il a le secret, ne fera que compliquer celle de M. Fillon, qui commençait à peine à stabiliser sa position dans les sondages. M. Bayrou va au moins bénéficier d’un avantage, celui de n’être pas passé par la primaire, qu’il aurait vraisemblablement perdue, mais en même temps il ridiculise le choix des millions d’électeurs qui ont choisi M. Fillon. De sorte que les primaires ont été cette année la meilleure et la pire des choses, et même simultanément. A gauche, la primaire a donné la majorité à une minorité de frondeurs. Pour eux, la surprise a été plus qu’agréable, pour les vallsistes et les hollandais, elle a accentué le désastre auquel a conduit l’impopularité de M. Hollande. A droite, la primaire a créé une surprise, certes précédée par un brusque revirement des sondages en faveur de M. Fillon, mais l’électorat de droite ignorait que son candidat eût une sorte de vice de forme capable de l’empêcher d’être élu président.
Conclusion : la primaire, c’est très sérieux. Il faut l’utiliser avec prudence et non sans avoir, au préalable, examiné toutes ses conséquences possibles. Car elle engage un parti sur un chemin irréversible.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à La primaire revisitée

  1. A3ro dit :

    La primaire se comprend très bien pour le système américain, ou il n(y a généralement qu’une élection générale entre tout les participants. Avec notre système a deux tours, on pourrait argumenter que le premier tour joue le rôle de primaire, mais la nécessité de parvenir au 2e tour et la nature binaire de celui ci font qu’une primaire peut avoir son utilité.

    Le gros souci de la primaire, c’est en effet que l’électorat visé est nettement détaché du centre et des électeurs indécis, qui sont le cœur d’une élection générale. Résultat, les candidats a la primaire sont tenté de jeter de la « viande crue » aux revendications extrêmes – on va passer le revenu universel ! Augmenter le SMIC ! versus On va diminuer les remboursements de la sécurité sociale ! Sortir de Schengen !. Autant de propositions qui seront ressorties au futur vainqueur et le rendront otage de l’aile extrême de leur courant, au détriment de propositions de consensus.

    Pour l’instant, le seul a avoir un discours sans proposition trop extrêmes, c’est Macron, mais c’est surtout parce qu’il ne dit pas grand chose de substantiel…

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