Irma politisée

Un hélicoptère apporte des vivres
(Photo AFP)

C’était inévitable : droite et gauche ont vivement critiqué « l’impréparation » ou « l’amateurisme » du gouvernement au sujet de la lenteur des secours apportés aux sinistrés de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy.

COMME dirait l’autre, la critique est aisée, l’art difficile. Que les habitants des deux îles, à bout de nerfs, réclament des mesures plus rapides et plus efficaces, qu’ils dénoncent le pillage et l’insécurité qui s’ajoutent à leur dénuement, qu’ils ne comprennent pas forcément que l’acheminement des secours doive aussi se faire sans mettre en danger les secouristes, quoi de plus normal ? Mais que les partis politiques dont les instances se sont réunies au cours du week end pour mieux mesurer ce qui les fragmente plutôt que ce qui les unit, aient trouvé cet os à ronger, à savoir le malheur des sinistrés, pour continuer à faire de la politique et tenter d’affaiblir le pouvoir, c’est tout simplement pathétique. Même si, bien sûr, tout n’est pas parfait dans les décisions du gouvernement. Ceux qui essaient cyniquement de tirer avantage de la douleur de leurs concitoyens perdus à des milliers de kilomètres de la métropole en s’en servant comme d’un instrument de la lutte politique ne pourraient pas, pourtant, nous certifier qu’ils auraient été plus efficaces s’ils étaient à la manoeuvre.

Un réflexe de survie.

Bien entendu, il y a une distance entre les déclarations rassurantes de la ministre des Outremer, Annick Girardin, et les images que nous envoient les programmes de la télévision. Les pillards se sont multipliés, ils sont parfois violents, mais dans une île où il n’y a ni eau, ni vivres, ni électricité, ils sont plus guidés par un réflexe de survie que par le désir de voler. La sécurité des habitants était donc en question. À l’heure qu’il est, tout devrait rentrer dans l’ordre, assuré par deux mille soldats, gendarmes et pompiers. On a vu des personnes en larmes, partagées entre le projet de partir et celui de rebâtir leur vie, qui cherchaient et trouvaient un bouc émissaire, c’est-à-dire les pouvoirs publics. Un tel ouragan vaut bien une crise de nerfs. D’autres, plus tortueux, exposent, de leur point de vue confortable, celui de Sirius, des analyses alambiquées qu’ils sont bien incapables de soumettre à la réalité des faits. Il fallait envoyer les secours avant l’arrivée d’Irma ; il suffisait de consulter la météo pour savoir qu’il s’agissait d’un phénomène sans précédent, exigeant donc des efforts exceptionnels de la communauté nationale. Ils ne nous disent pas que si l’on avait stocké vivres et eau, générateurs et personnels militaires, on n’aurait protégé contre la force de l’ouragan ni les moyens humains ni les moyens matériels.

La nature est plus forte.

La grande leçon de cet ouragan, c’est que la société moderne, si inventive et si puissante, n’est pas plus forte que la nature aujourd’hui qu’il y a cinq mille ans. Un ouragan balaie une île et la fracasse. Il est plus puissant qu’un gros navire apportant des secours, que n’importe quel aéronef, que n’importe quelle troupe astucieuse qui voudrait en limiter les effets. Il y a tout à faire sur les deux îles et il faudra des mois pour qu’un semblant de vie normale apparaisse. Il faudra rétablir les communications et l’approvisionnement. Déblayer les routes et aller voir les gens là où ils sont, c’est-à-dire parfois loin du centre. Et après, la reconstruction, dont le financement posera problème, même avec le concours des assurances, prendra des années. À remarquer toutefois que c’était écrit. Nous savions, avec le réchauffement climatique, que les paradis du monde, à fleur d’eau, sont menacés. Nous savions qu’avec cette nature déchaînée, il devient de plus en plus dangereux de vivre isolé sur une terre exposée aux effroyables caprices du climat. La question se pose partout où vivent des insulaires.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Irma politisée

  1. Michel de Guibert dit :

    A propos des pillages, je ne crois pas que les pillards qui volent des téléviseurs ou du matériel électronique soient plus guidés par un réflexe de survie que par le désir de voler.

  2. DUDUCHE dit :

    J’ai honte pour mon pays que des politiques, indignes de ce nom, en soient encore à tirer sur tout ce qui bouge : calomniez, calomniez, il en restera toujours quelques choses.

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