Macron dans le texte

Confort oratoire
(Photo AFP)

Le président de la République a reçu hier l’Association de la presse présidentielle et, devant quelque 120 journalistes, il a procédé à un tour d’horizon de son action depuis son élection, parfois en donnant des réponses évasives, parfois en se tenant au plus près de la vérité.

SUR LE pouvoir d’achat de ses concitoyens, sujet qui fait l’objet des plus vives polémiques, le chef de l’Etat a répondu qu’il ne satisferait pas les exigences populaires par un surcroît de dépense publique. « Je ne suis pas, a-t-il dit, prisonnier des sondages, je ne suis pas obsédé par (la nécessité) que l’on me fasse confiance ou non. Nous sommes tous pareils, ce n’est jamais assez. Il faut convaincre les Français au moment où » ils arrivent aux urnes. Si le trait est courageux, il ne lui vaudra pas que des applaudissements. Pendant la campagne, Emmanuel Macron était convaincu que la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des Français suffirait à apporter aux foyers un soulagement qui lui vaudrait un fort regain de popularité. La taxe est néanmoins progressive, la hausse de 1,7 % de la CSG affecte durement les retraités et la combinaison de cette effort insuffisant pour le plus grand nombre avec la suppression de  l’ISF a créé un profond mécontentement. Depuis qu’il est élu, M. Macron s’arrange toujours pour trouver un commentaire en harmonie avec sa philosophie, mais sa phraséologie ne satisfait pas forcément les électeurs.

La République du soupçon.

Il a été meilleur quand les affaires Darmanin et Hulot ont été évoquées. Il a souligné le danger, réel, que s’instaure une « République du soupçon » qui paralyserait le pays. Il est en effet évident que si l’on ne respecte ni le secret judiciaire, ni la présomption d’innocence, comme le fait actuellement la majorité de la presse, on va jeter le discrédit sur l’ensemble du travail de l’exécutif. Le soupçon érigé en tribunal risque de ronger les institutions et de paralyser l’Etat, même si, dans toutes les affaires de harcèlement ou de viol qui ont occupé la majeure partie de l’actualité ces dernières semaines, il est indispensable que les personnes les plus haut placées ne bénéficient pas de privilèges, comme ce fut le cas si souvent dans le passé, mais comme ce n’est plus le cas aujourd’hui, si l’on tient compte de la vague énorme des « révélations » ou plutôt des accusations lancées par les victimes. M. Macron n’est pas entré dans les détails, mais il est bien prématuré de lui faire un procès en aveuglement. La position générale du gouvernement semble la plus appropriée : pas de démission sans mise en examen. Certes, les faits reprochés aux deux ministres sont plus qu’évanescents, de sorte que le risque qu’ils courent est minime. Mais ce n’est pas leur faute si les dossiers de l’accusation sont faibles.

Propos philosophiques.

Sur les sans domicile fixe (SDF) dont un ministre a dit récemment qu’ils étaient pratiquement tous hébergés, ce qui a fait hurler les organisations caritatives, le chef de l’Etat a reconnu qu’il n’a pas pu tenir sa promesse électorale de donner un abri à chaque SDF. Il a mis son échec sur le compte d’un accroissement de l’immigration clandestine, ce qui ressemble plutôt à un prétexte.  Sur l’Europe il a confirmé son ambition : non seulement il s’en tiendra à une liste unique par parti, ce qui a déclenché les vociférations des Républicains, mais il a bon espoir de constituer une force centrale qui regrouperait la République en marche, le MoDem et tous les centristes désireux de rejoindre cette coalition. On verra plus tard quelle place les élus de ce mouvement occuperont dans l’hémicycle du Parlement de Strasbourg. Le projet de service militaire pour tous est encore dans les limbes. Il pourrait durer de trois à six mois, se limiter à un service civique (avec une composante militaire), il faudra attendre la présentation du projet en avril.

Les commentaires de M. Macron ont pris toute leur densité quand il a reconnu, non sans une certaine candeur, que « l’exercice du pouvoir n’est pas une épreuve, mais une ascèse, une fonction qui marque la fin de l’innocence. Je ne suis pas l’enfant naturel des temps calmes de la politique, je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’Histoire, une effraction ». Ce genre de réflexion ne fera pas progresser sa popularité, mais il offre l’occasion d’une utile méditation.

RICHARD LISCIA

 

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