Poutine superstar

Un seul meeting
(Photo AFP)

Non seulement la victoire de Vladimir Poutine aux élections d’hier était attendue, mais elle a eu lieu dans les conditions qu’il avait établies avant le scrutin.

IL DEMANDAIT en effet une participation d’environ 70 % avec une majorité d’environ 70 % également. Il a obtenu 76% des suffrages. Des cas de fraude ont été signalés et même filmés (bourrage d’urnes), mais qu’à cela ne tienne. Officiellement, il est le gagnant incontestable du scrutin, après avoir écarté sans ménagements ses  opposants les plus sérieux et en laissé d’autres grappiller quelques pourcentages, pour que le vote ait toutes les apparences de la consultation la plus sincère et la plus honnête. Les récriminations sont inutiles car elles ne changent rien à l’affaire : Poutine domine son pays non seulement en utilisant les méthodes les plus scandaleuses de la fraude, mais parce qu’il exerce indubitablement sur le peuple russe un attrait irrésistible. Lequel est d’abord dû au nationalisme qui a permis à la Russie de traverser de très dures épreuves, comme la Deuxième Guerre mondiale, et parce que, grâce au pétrole sinon à la qualité de sa gestion, il a établi une stabilité économique et sociale dont les Russes lui sont redevables, ce qui les rend sourds aux appels d’une opposition muselée par une justice aux ordres.

Paranoïa des uns et des autres.

M. Poutine, maître du Kremlin depuis 2000, en reprend donc pour six ans, soit au total un quart de siècle au pouvoir. On pourrait dire, par comparaison, que, même dans un pays ultra-démocratique comme l’Allemagne, la chancelière Merkel aura réussi s’y maintenir pendant seize ans. Ce qui est impossible dans les autres démocraties parce que le cumul des mandats dans le temps est limité à deux ou à trois. La seule question intéressante porte sur ce que les Européens et les Américains vont faire du triomphe de Poutine. Ses agissements hostiles à l’Occident, et plus particulièrement la tentative d’assassinat de deux Russes sur le sol britannique, exigent une fermeté et une détermination sans failles, ce qui a été le premier réflexe des Britanniques et de leurs alliés. Il est évident toutefois qu’il ne suffit pas de lui tenir la dragée haute parce que la paranoïa de Poutine, qui se dit encerclé par les forces de l’OTAN, a déclenché en Occident une paranoïa comparable, elle-même alimentée par l’agressivité du Kremlin, notamment lors de la présentation d’armes « invincibles » censées mettre à genoux toutes les démocraties du monde.

Cynisme et audace.

C’est assez dire qu’il sera pour le moins ardu de convaincre le nouveau tzar de Russie d’introduire dans son système quelques ingrédients démocratiques. Il réprouve nos systèmes et il est convaincu que les peuples européens sont mûrs pour les abattre, principalement à cause des nouvelles peurs sociales, mondialisation et immigration. Tout n’est pas faux dans son analyse mais elle conduira directement à notre asservissement si, par malheur, une majorité d’électeurs européens la trouve justifiée, comme en témoigne la multiplication des votes populistes dans des pays où l’extrême droite se banalise, ne choque plus l’opinion et devient la voie royale de l’expression du mécontentement. Ce qui compte, ce n’est pas tant le succès d’une dictature que le modèle qu’elle représente pour les autres. Poutine a compris depuis longtemps qu’il n’est plus un épouvantail et il a bel et bien l’intention de contribuer autant qu’il lui sera possible à la déstabilisation des sociétés européennes et américaine, comme il l’a déjà fait, avec un cynisme et une audace stupéfiants, lorsque ses services se sont ingérés dans les processus électoraux aux Etats-Unis et en France.

Tous ceux qui observent avec lucidité les provocations du Kremlin sont attaqués régulièrement par les amoureux de la Russie, de sa culture, de la remarquable ténacité du peuple russe. Inutile de nous prendre à partie, nous ne sommes pas en train de dénigrer Tolstoï ou Pouchkine. L’Allemagne a inventé un jour le nazisme, mais il aurait pu naître sous d’autres cieux. A tout hasard, j’ose espérer que les Russes seraient plus heureux avec un président vraiment issu des urnes et qui rétablirait les libertés essentielles dans son pays.

RICHARD LISCIA

 

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3 réponses à Poutine superstar

  1. admin dit :

    LL dit :
    Mais, par un retournement amusant, il a été lui-même victime de cyber-attaques! Il y a des gens qui luttent encore en Russie contre l’oppression de ce voyou de bas étage.

    • BERNARD dit :

      Voyou de bas étage? Un homme politique qui mène une diplomatie cohérente et efficace au service d’une Russie qui se reconstruit. La Russie est un monde bien différent de notre Europe occidentale menée comme un canard sans tête qui ne sait pas où il va. Arrêtons ces jugements péremptoires gratuits et arrogants.

  2. Rivoalan dit :

    Franco russe, votre diatribe contre le peuple russe et notre président est un scandale et discrédite votre journal aux ordres de l’oligarchie mondialiste .
    Je suis poli mais votre copié-collé de la presse mainstream donne la nausée.
    Réponse
    Qu’en termes élégants ces choses sont dites.
    R.L.

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