Malaise dans la majorité

Gérard Collomb
(Photo AFP)

La loi asile-immigration, qui sera votée vendredi prochain, a mis à mal la majorité. Un certain nombre de députés venus de la gauche s’opposent à un texte qu’ils considèrent comme liberticide. C’est le premier conflit sérieux entre le gouvernement et son parti.

IL Y A, bien sûr, d’autres d’autres sujets de mécontentement dans le groupe LREM, mais c’est la première fois qu’un certain nombre d’élus envisagent de voter contre le texte et que d’autres décident de s’abstenir. Richard Ferrand, président du groupe à l’Assemblée, est à la manoeuvre. Il estime que ces députés peuvent exprimer leur différence pendant le débat, mais qu’ils ne peuvent pas trahir le mouvement en votant contre le texte, présenté par Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur. C’est principalement le doublement de la durée de rétention pour les demandeurs d’asile, de 45 à 90 jours, qui a mis le feu aux poudres. Par rapport aux législations déjà en vigueur, la nouvelle loi correspond, à n’en pas douter, à un durcissement. Mais ce à quoi on assiste n’est pas un simple différend idéologique entre le pouvoir et une fraction de la majorité. Il s’agit de tout autre chose.

Un ré-équilibrage.

Le programme d’Emmanuel Macron, « président des riches », a soulevé les réactions négatives que l’on sait à à gauche, à droite (pour des raisons opposées) et, surtout, dans l’opinion.  Les élus venus de la gauche ressentent donc un malaise compréhensible. Ils voudraient que le gouvernement rééquilibre son action en adoptant quelques mesures en faveur des pauvres et de la classe moyenne. La frustration de ces députés ne date pas d’hier. Ils l’ont déjà exprimée à plusieurs reprises. La loi asile-immigration est en quelque sorte la bouchée restée dans leur gorge. Ils ont ont décidé d’en faire un test de la volonté du président d’orienter ses réformes dans un sens qui calmerait un peu le tollé à gauche et leur permettrait d’en faire un argumentaire à l’endroit de tous ceux qui leur reprochent d’être passés à LREM avec armes et bagages.  Emmanuel Macron aurait pu, effectivement, lâcher du lest à l’occasion de la loi asile-immigration. Lors du débat de dimanche dernier, on a pu constater qu’il est lui-même partagé sur la façon de traiter certaines dérives de l’islam et sur la place de l’islam en France.

Mais, pas plus qu’il ne peut avoir l’air de céder sur son programme de réformes économiques et sociales, il ne pourra accorder à une faible fraction de la majorité le geste qu’elle attend de lui. Car la question de l’immigration déterminera les scrutins à venir, y compris lors des élections générales de 2022. Les exemples sont multiples en Europe du succès croissant des partis populistes. Ce n’est pas un hasard si le nouveau chef des Républicains, Laurent Wauquiez, a adopté, à l’égard de l’immigration, une position comparable à celle de Marine Le Pen. Il sait qu’il peut élargir son électorat en martelant ce thème électoral qui risque de devenir la pierre angulaire pour une large majorité de Français. En Allemagne, les populistes ont déstabilisé la coalition au pouvoir qui peine à s’entendre sur la marche à suivre, en dépit du succès électoral d’Angela Merkel. En Italie, les populistes, de gauche ou de droite, se disputent encore le poste de président du conseil. En Hongrie, en Pologne, les libertés essentielles sont menacées par des gouvernements qui fondent leur popularité sur la xénophobie et la haine du migrant.

Un risque pour l’avenir immédiat.

Le projet de Gérard Collomb heurte évidemment tous ceux qui souhaitent que la France augmente encore son accueil, légalise l’aide individuelle aux migrants, construise de nouveaux centres d’hébergement et traite pratiquement tous les immigrés clandestins comme des personnes méritant le statut de réfugié politique. Cette attitude grandirait moralement notre pays, mais elle se traduirait, presque automatiquement, par une victoire à terme du Front national. On ne cesse de reprocher -à tort- à Emmanuel Macron d’être « mal élu », il n’empêche qu’il a servi de rempart contre l’extrême droite, ce qui représente l’une de ses actions majeures et elle n’est pas la seule.  Lui demander de gauchiser la loi asile-immigration juste pour faire pièce aux critiques de l’extrême gauche et de la gauche reviendrait à répondre à un problème de société majeur par une manoeuvre politicienne. D’autant que le projet, contrairement à ce qu’en disent ces nouveaux « frondeurs » de la République en marche, reste dans les clous de la démocratie. La question ne porte plus sur le sort des migrants, mais sur le sort de la société française tout entière.

RICHARD LISCIA

 

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9 réponses à Malaise dans la majorité

  1. marie jo dzula dit :

    M. Ferrand a menacé les dissidents d’exclusion. Ce mouvement qui s’est présenté comme nouveau révèle aujourd’hui son vrai visage, on écoute mais on ne tient pas compte, pas mieux que les autres et pour moi pire car plus manipulateur et faisant le choix de la communication à outrance pour mieux berner les gens (entre Sarkozy, Hollande et Macron: les trois facettes de notre société).

    • JB7 dit :

      Ferrand est un vieux briscard de la politique, connaissant toute les ficelles du métier et qui traine un certains nombre de casseroles.
      Je ne crois pas que la jeune génération de députés de la majorité soit à mettre dans le même panier. Cette jeune génération donne plutôt l’impression de vouloir réformer rapidement et de vouloir faire les réformes qui auraient dues être faites sous les quinquennats précédents.

  2. Chretien dit :

    Question naïve : pourquoi l’Europe et aucun de ses membres n’interpellent les pays (riches) du Golfe et en particulier l’Arabie saoudite en sous-peuplement d’accueillir leurs frères musulmans ?

  3. Chretien dit :

    En échange nous pourrions accueillir les chrétiens d’orient et les Coptes que le pape n’a pas beaucoup soutenus.

    • Michel de Guibert dit :

      Je pense que la majorité des chrétiens d’Orient, et notamment les coptes, n’aspirent qu’à vivre en paix dans leur pays plutôt que de devoir émigrer.

  4. JB7 dit :

    Remarquable analyse (comme d’habitude!).
    Notre président ne peut pas résoudre tous les problèmes en même temps, mais il est étonnant de voir que, depuis des années, les Allemands n’ont besoin que de trois mois pour donner une réponse aux demandes de droit d’asile, alors qu’en France cela demande 6 à 24 mois.

  5. Picot dit :

    Un durcissement par rapport aux lois en vigueur ? Avec le rapprochement familial envisagé pour les mineurs ? C’est une plaisanterie. Comme vous le dites si bien, le problème n’est plus le sort des migrants mais de la société civile toute entière, et il y a bien longtemps que ce gros souci existe.

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