Le front anti-Macron

Edouard Philippe, hier
(Photo AFP)

En définitive, la manifestation du 1er mai et ses dégâts collatéraux ont été une occasion unique, pour les oppositions de droite et de gauche, de déverser un tombereau de critiques sur le président Macron et son gouvernement, coupables, selon elles, d’avoir failli dans l’exercice de ses fonctions.

CETTE FORME de contestation ne manque pas de sel quand on se souvient sans mal qu’il y a quelques jours encore, les mêmes censeurs dénonçaient de toutes parts l’autorité excessive d’Emmanuel Macron et sa manière « arrogante » d’appliquer son programme sans trop se soucier de l’inconfort qu’il procure à plusieurs catégories de citoyens. Mais on n’en est pas à une contradiction près et la confusion des analyses va sous peu refleurir, un peu comme  une bataille de missiles et d’anti-missiles dont la somme est nulle. Le Premier ministre, Edouard Philippe, est monté au créneau pour dire avec fermeté que le voyage du président dans l’hémisphère austral n’empêche pas qu’il y ait un gouvernement et un capitaine à la barre, qu’il n’a aucun reproche à adresser aux forces de l’ordre et que, devant ces black blocs d’une violence extrême, la casse des magasins était préférable à  une liste de morts et de blessés. Ce qui ne veut pas dire d’ailleurs que les pouvoirs publics ne tireront pas les enseignements du 1er mai et ne se hâteront pas de prévoir de nouvelles dispositions pour arrêter ces combattants de l’anarchie avant qu’ils ne puissent se regrouper.

Les syndicats frustrés.

A quoi il n’est pas inutile d’ajouter que le nombre exponentiel de manifs prévu par la gauche et les syndicats constitue une des explications de la mise à sac d’un quartier de Paris et de se demander si la fréquence des protestations sur la scène publique n’est pas dommageable à l’image de la France, au tourisme,  et à la tranquillité d’un peuple, constamment bousculé par des agités du bocal voués à la destruction des biens et des âmes. Il serait presque drôle, si la violence ne faisait pas partie des cortèges protestataires, d’entendre les syndicats frustrés de ce que leurs revendications et leurs slogans aient été noyés dans le délire de groupuscules absolutistes. De même qu’il est drôle que Jean-Luc Mélenchon, avec un sens de l’à propos tout à fait remarquable, a d’abord attribué les violences à l’extrême droite pour se reprendre ensuite. Il est si bien informé qu’il devrait exercer le pouvoir. Mais le procès fait à Macron au sujet de la « faillite de l’Etat », présentée par la droite comme une évidence, ne vaut guère mieux. Cela fait au moins deux décennies que, partout dans le monde, des dizaines de milliers de voyous, de Seattle à Davos, perturbent les grandes conférences et sommets de l’Occident haï ; et quoi ? C’est arrivé le 1er mai 2018 à Paris.

Il me semble que, au contraire, l’Etat en faillite nous a épargné le pire. On imagine ce qui aurait pu se produire si Laurent Wauquiez ou Marine Le Pen, eux-mêmes en quête d’autorité, avaient eu le pouvoir de réprimer les désordres de mardi en appliquant à la lettre les méthodes qu’ils préconisent. Ils n’y seraient pas allés avec le dos de la cuillère, pour autant, que face aux responsabilités qu’ils n’ont pas encore, ils n’eussent pas reculé. Ah, les mots ! Comme c’est confortable de juger depuis l’Aventin ce qui passe au Capitole ! On suggèrerait bien, aux uns et aux autres, qui ajoutent aux émeutes leur discours bruyant et hypocrite (ils ne pensent pas un mot de ce qu’ils disent)  d’attendre l’expiration du mandat de Macron pour faire campagne.

L’union des contraires.

Il est indéniable que s’est constituée, à la faveur des incidents du 1er mai, une sorte d’union des oppositions. Elle laisserait croire que le pouvoir est soudain bien isolé si, dans le même temps, on ne voyait une vérité tout autre, à savoir que les motivations de la droite et de l’extrême droite, de la gauche et de l’extrême gauche sont différentes et mêmes opposées. On perçoit une unité des criailleries, mais pas une fusion des idées. Macron, répète-t-on à l’envi, est imperturbable, mais pourquoi devrait-il s’émouvoir d’une offensive aussi désordonnée ? Les partis politiques n’ont plus rien à dire sinon qu’eux-mêmes réformeraient le pays, mais d’une autre manière, ce qui signifie en clair que leurs réformes ne s’adresseraient pas aux scléroses du pays mais risqueraient, pour des raisons politiques, d’aggraver la situation économique et sociale.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Le front anti-Macron

  1. admin dit :

    LL dit :
    Un front bien désuni, comme vous l’écrivez; mais aussi l’occasion pour les Français de prendre leurs responsabilités face aux criailleries. Il est temps pour eux de rompre avec les grévistes et manifestants qui leur empoisonnent la vie; de leur retirer le bénéfice du doute et de comprendre que ces sursauts sociaux, loin d’être bon-enfant et un signe de bonne santé en démocratie, sont les symptômes de la maladie qui finira par terrasser la France; aussi sûrement qu’elle a anéanti la Grèce.

    • marie jo dzula dit :

      Je ne suis pas d’accord avec vous, qu’il y ait des gens qui s’opposent est plutôt sain : dans une population générale: 60 % des moutons de Panurge, 15 % des dictateurs, 15 % des résistants, où vous situez-vous telle est la question réelle !

      Réponse
      Je suis pour la réforme.Je ne suis ni un dictateur ni un mouton de Panurge (veillez aux mots que vous utilisez) et je résiste de toutes mes forces au délire.
      R.L.

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