Trump-Kim : un succès

Ça baigne
(Photo AFP)

Le président des États-Unis, Donald Trump, et celui de la Corée du nord, Kim Jong-un, ont conclu ce matin à Singapour un accord qui les engage tous les deux dans la voie de la dénucléarisation. Présenté par les deux partenaires comme un triomphe « historique », l’accord n’est cependant que le début d’une très longue négociation.

IL SERAIT malsain de faire la fine bouche : le sommet américano-nord-coréen a bel et bien été un succès considérable, dont l’immédiat avantage est la détente non seulement entre les deux pays mais dans le monde.  L’accord est bon pour les États-Unis en ce sens qu’il les débarrasse pour le moment d’une inquiétude justifiée : le risque de guerre nucléaire.  Il est bon pour le peuple nord-coréen qui a payé de ses souffrances la constitution de sa capacité atomique. Il est bon pour les Sud-Coréens, qui ont toujours été très exposés et vulnérables à l’agression éventuelle de leur voisin du nord. Il est moins bon pour le Japon, dont l’anti-militarisme post-guerre mondiale le rend dépendant de l’armée américaine. Mais il est bon pour le monde, qui se passera avec bonheur de cette crise parmi tant d’autres.

Le dealmaker.

M. Trump a reconnu que la mise au point d’un accord substantiel, applicable, capable de lever toutes les craintes, prendrait beaucoup de temps. Conformément à sa phraséologie emphatique, il a fait du sommet un immense exploit personnel, car il est plus soucieux de gagner les élections législatives de novembre que de faire la paix à long terme. Il insiste sur ses talents de négociateur, de dealmaker, mais, il y a quelques jours encore, sur la base d’un malentendu ou d’une mauvaise préparation des négociations, il a failli rompre avec Pyong Yang. Entre diverses hypothèses soulevées par sa versatilité, l’accord a été la bonne, presque par hasard, dirait-on, si un tel raccourci n’était excessif.

Ce succès diplomatique, il le doit en outre aux concessions qu’il a pu faire et sur lesquelles il ne s’est guère étendu. Il s’est déjà engagé à mettre fin aux manoeuvres militaires menées de concert avec la Corée du sud. La dénucléarisation implique que son pays retire ses 28 000 soldats stationnés en Corée du sud et transporte ailleurs les armes atomiques qui y sont stockées. Kim Jong-un a tout le loisir d’exiger que les armes nucléaires repartent vers une destination très lointaine et être, par exemple, rapatriées aux États-Unis. Si la vérification du démantèlement de la capacité nucléaire de la Corée du nord prend dix ou quinze ans, la Corée du sud et le Japon ne devront pas être exposés, pendant la période de transition, au feu nucléaire. C’est un risque que Séoul est prête à prendre, mais pas Tokyo.

Pourquoi pas l’Iran ?

Donald Trump, qui n’en est pas à une contradiction près, vient de conclure un accord avec son pire ennemi, alors que le week end dernier, il a traité ses alliés du G7 par le mépris. Il a répété aujourd’hui que le Canada « paierait » pour les propos peu amènes que le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a prononcés après le départ de Trump pour Singapour : M. Trudeau avait jugé « insultantes » pour son pays les dispositions protectionnistes des États-Unis. De même, on s’interroge sur la facilité relative avec laquelle un accord entre Kim et Trump a été trouvé, alors que le président américain vient de sortir de l’accord nucléaire avec l’Iran, qui n’est pas, que l’on sache, plus dangereux que la Corée du nord : les Iraniens n’ont pas encore la bombe. Cette énorme contradiction dans l’action diplomatique américaine tient au caractère de M. Trump. Son comportement n’est pas dicté par la logique, mais par la hargne que lui inspirent les politiques de ses prédécesseurs : l’accord avec l’Iran est mauvais parce qu’il a été signé par Barack Obama. Et l’OMC (Organisation mondiale pour le commerce) est nuisible parce qu’elle a été inventée par d’autres présidents américains. Il existe entre Trump et Kim une affinité dont l’importance est cardinale : ils sont tous deux des capricieux, tous deux prompts à s’emporter, tous deux férus d’une communication féroce, tous deux capables de se lancer d’immondes injures et tous deux prêts à oublier leurs gros mots de la veille pour se réconcilier.

Cette diplomatie, entièrement livrée à deux individus, qui ne semblent pas trop écouter les voix de la modération, est dangereuse. La mise au point technique et scientifique de la dénucléarisation exige un travail rigoureux, conduit par des experts et une transparence absolue des deux parties. Non seulement on n’est pas sûr que la négociation sera une partie de plaisir, mais on craint que la même imprévisibilité qui a produit l’accord réapparaisse, avec des effets négatifs, pendant ce long et dur labeur.

RICHARD LISCIA

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5 réponses à Trump-Kim : un succès

  1. André Mamou dit :

    C’est une réussite totale pour Donald Trump ! Il faut en convenir et il ne sert à rien de le dire puis d’ajouter des mots pour en diminuer la portée. Trump est le président qu’il fallait aux Etats-Unis après huit années de veilleuse basse d’Obama. Tous ceux qui avaient exécuté Donald Trump, le traitant de pitre ridicule, cherchent maintenant à grossir les craintes pour l’avenir de l’accord intervenu. On sait que tout peut mal finir. L’accord sur l’ Iran surtout! Les mêmes qui se déclarent très satisfaits d’avoir traité avec des mollahs fourbes pour obtenir des, contrats de fournitures, font la fine bouche parce qu’un président deal maker a réussi là où ils auraient tous échoué.

    Réponse
    Je voudrais renvoyer mon cher correspondant aux déclarations des envoyés spéciaux américains qui affirment n’avoir rien compris à ce qui s’est passé à Singapour et ont souligné l’absence de toute déclaration de Kim et les explications « incohérentes » (citation) de Trump. Dans mon blog, je n’avais pas la place pour rappeler le rôle de la Chine, grande gagnante de l’accord, et surtout la nature du régime nord-coréen, l’un des plus impitoyables de la terre. Je veux bien qu’on aime Trump, mais Kim, franchement, soyons sérieux. Je n’ai pas rappelé non plus qu’il y a eu deux grands accords américano-nord-coréens par le passé qui n’ont pas empêché Pyong Yang de procéder à des essais nucléaires et de mettre au point des missiles intercontinentaux.
    R.L.

  2. Andre Mamou dit :

    Qui est fan de Kim? Je n’en connais pas.
    Qui est admirateur de Trump ? Les électeurs américains et les observateurs de bonne foi.
    À Singapour, il y a eu une réussite exceptionnelle due aux intérêts bien compris des uns et des autres dont bien sûr la Chine qui a tout facilité.
    Les éditorialistes français de la gauche agonisante se sont tous trompés, aveuglés par leur haine compulsive de tout ce qui n’est pas prévu par leurs maîtres à penser.

    Réponse
    Ces réflexions ne répondent pas à mes arguments. Nous verrons aux midterm elections si les électeurs américains sont fans de Trump. Les observateurs de bonne foi, dont je ne ferais pas partie, ce qui est tout simplement insultant, comme dirait Trudeau,savent au moins une chose : qu’un excès de vulgarité, de cynisme et de malhonnêteté flagrante ne font pas un président. Je ris quand je me vois assimilé à la gauche, alors que d’autres m’assimilent à la droite. Il me semblait que vous souteniez Macron, et, dans ce cas, demandez-lui ce qu’il pense de Trump. Si vous voulez échapper à l’énorme contradiction qui broie votre conscience, c’est simple : il suffit de n’être le fan de personne, d’être libre en toute circonstance et de juger sur pièces.
    R.L.

  3. mathieu dit :

    En prenant quelque recul sur l’histoire, on se surprendra du rôle international actif – et souvent positif – de présidents « bruts de décoffrage », plutôt va-t-en guerre, hors-moule, intellectuellement les moins différenciés ou les moins préparés à la chose politique, agissant d’abord réfléchissant après: Truman le commerçant, qui met fin à la guerre contre le Japon sans états d’âme, Nixon le roublard sans charisme qui s’ouvre à la Chine communiste, Reagan, acteur de série B qui met l’URSS à genoux et restaure le prestige américain, Bush jr (1ère saison!) qui fait tomber le régime taliban d’Afghanistan…et sait-on jamais, l’actuel clown énigmatique de la Maison Blanche, futur pacificateur de la Corée? Comme s’il valait mieux être méprisé et craint qu’admiré, apprécié et… déconsidéré! Le « sage » et charismatique Obama, attentiste sur tous les fronts, en fut l’éclatante démonstration!

    Réponse
    Nixon a fait toute sa carrière dans la politique, Reagan a été gouverneur de la Californie avant d’être élu président, Truman était vice-président des Etats-Unis, tous les gens que vous citez ont fait de la politique longtemps avant d’être élus président. Et n’accablons pas Obama : il voulait à tout prix mettre fin à l’interventionnisme militaire américain, ce que tout le monde suppliait l’Amérique de faire, on l’a oublié. Ceux qui critiquent Obama aujourd’hui sont ceux qui ont maudit l’Amérique pour ses expéditions au Vietnam, au Koweit, en Irak et en Afghanistan.
    R.L.

    • mathieu dit :

      J’ai sûrement mal explicité ma pensée. Pour le dire autrement, ce sont souvent les présidents plutôt populistes, plutôt « America first » que « Doits-de-l’Hommistes », peu enclins à l’introspection, à l’anticipation des conséquences…qui ont finalement participé à un certain équilibre mondial et modéré les ardeurs expansionnistes régionales. Ces présidents, rarement adoubés par l’intelligentsia bien pensante, étaient, malgré tout, les garants de l’intégrité des territoires, au prix de ce qu’on appelait l' »interventionnisme américain ». Vaut-il mieux laisser régner la loi du plus fort, laisser les dictateurs se servir, Poutine s’installer en Ukraine et en Syrie, Bachar anéantir et gazer son peuple (Trump seul a osé le canarder!), Erdogan massacrer les Kurdes, les Talibans restaurer la paix de la charia en Afghanistan? Je n’ai pas la réponse, mais je ne suis pas sûr que le pacifisme inconditionnel, l’absentéisme chronique, le non-interventionnisme viscéral d’un Obama soit la solution pour la planète.
      D’ailleurs l’image que l’on renvoie peut avoir plus d’impact que les actes réels. On le voit avec Macron restaurant la confiance et relançant la machine avant même que ses lois aient pu produire leur effet concret. De même l’image d’un président « grande gueule », imprévisible et guerroyeur, du fauve rugissant, est-elle peut-être plus génératrice de paix (ou au moins d’équilibre) que celle, apaisée et apaisante du fin humaniste, expert en communication tous azimuts, bon matou aux griffes élimées, regardant souris et rats s’entredévorer sans lever la patte!.. néo-Chamberlain prônant le dialogue avec Hitler ou avec Saddam… qui serait aujourd’hui le raïs du Koweit! « Celui qui veut éviter la guerre a la guerre et le déshonneur! »

      Réponse
      Bravo pour ce morceau de bravoure. Trump, grande gueule ? Quand ? Contre Poutine, qu’il veut réintégrer dans le G8, contre Erdogan, sur lequel il ne pipe pas mot, contre Kim, qu’il encense maintenant, contre Bachar (pas un mot ?). Il ne faut jamais généraliser. Je ne sais pas si un président doit être féroce ou droits-de-l’hommiste, mais les droits de l’homme existent et doivent être protégés. Jamais vous ne lirez dans ce blog un hommage au cynisme et à la cruauté, sous le prétexte fallacieux qu’ils assureraient le progrès.
      R.L.

      • mathieu dit :

        Sur le fond, je suis totalement d’accord avec vous. Ceci n’était pas un plaidoyer pro-Trump. Si j’étais homme de pouvoir, qu’à Dieu ne plaise, je serais sûrement bien plus proche d’Obama que de Trump. Ce qui m’encourage à rester observateur plutôt qu’acteur!

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