La raideur de Macron

Impavide
(Photo AFP)

Emmanuel Macron est resté insensible aux appels lancés par sa majorité et par  l’opposition pour opérer un virage à gauche,  tenir compte des difficultés de ses concitoyens, peut-être faire une pause dans les réformes. Il pourrait consentir à amender son programme pour garder un avantage politique. Il s’y refuse.

SON INTRANSIGEANCE reflète-t-elle une recherche obsessionnelle de la victoire, ou n’est-elle à ses yeux que le moyen de réussir ses réformes ? Il est difficile de répondre à cette question tant, au fond, le chef de l’État et les ressorts qui l’animent sont non seulement incompris, mais méconnus. Il demeure qu’à ignorer l’art du compromis, à mépriser les syndicats, y compris les réformistes, à traiter l’opposition par l’indifférence et à imposer la discipline à sa majorité, il pourrait bien courir, à terme, à un échec. D’un côté, on est choqué par tant d’insensibilité. De l’autre, on commence à deviner vaguement que les réformes sont à ses yeux plus importantes que son parcours personnel : tant pis s’il n’est pas réélu, pourvu qu’il apporte ce changement dont le pays a tant besoin.

SNCF : crise résolue, grève permanente.

On mesure sa détermination quand la réforme de la SNCF est approuvée par les deux chambres alors que la grève continue. C’est étrange, parce que le rôle de l’État est tout de même de veiller au bien-être de ses administrés. Or, dans le double entêtement de ceux qui envisagent de poursuivre la grève jusqu’au coeur de l’été et d’un exécutif qui refuse tout compromis avec les cheminots (même si la négociation se poursuit sur la convention qui remplacera leur statut), il y a, prise en étau, la masse de la clientèle de la SNCF. Il ne semble pas que la grève soit populaire et, en tout cas, les Français acceptent que la réforme soit désormais dans la loi. Il ne semble pas que, dans leur irrédentisme, les cheminots aient la moindre chance de convaincre ceux qu’ils font souffrir. Mais l’opinion a le droit d’exiger du gouvernement qu’il fasse ce qui est en son pouvoir pour mettre un terme à la grève.

Avec Macron, ce n’est pas ainsi que les choses se passent. On ne fait pas une réforme aussi difficile, qui crée autant de remous, de rancoeur, de colère, pour ensuite accepter qu’elle soit détricotée. Par rapport à toutes les tentatives passées de réforme du réseau ferroviaire, MM.Macron et Philippe sont déjà allés plus loin que leurs prédécesseurs. Le voudraient-ils qu’ils ne pourraient pas faire machine arrière. Mais alors, peut-être que le gouvernement pourrait envisager de lâcher du lest dans d’autres domaines, peut-être serait-il tenté d’adoucir son image, de montrer sa compassion pour ce qui est, après tout, son électorat ? Eh bien, c’est non. On se demandait si le débat autour des aides sociales n’était qu’un ballon d’essai. Mais non, c’est un projet. Fidèle à lui-même, et il va bien falloir s’y habituer, le chef de l’État se livre, dans ce domaine comme dans tant d’autres, à la provocation. La dépense sociale, affirme-t-il, est trop élevée alors que le nombre de nos concitoyens vivant sous le seuil de pauvreté ne diminue pas. Il doit, par ailleurs, tailler dans une dépense publique qui dépasse 1 200 milliards d’euros, soit quelque 56 % du produit intérieur brut. Il y est tenu parce que la France ne peut être crédible en Europe que si elle parvient à réduire durablement son déficit budgétaire et diminuer sa dette.

Il ne suffit pas d’être de gauche.

Alors, voilà : Macron dit que, ce qui compte pour lui, ce n’est pas d’être aimé par les Français, ce n’est pas de rayonner, ce n’est pas d’avoir une popularité élevée, c’est de réaliser les objectifs qu’il s’est fixés. Et, après tout, qui ignorait que réduire la dépense tout en créant les conditions favorables à l’emploi était une tâche titanesque ? Rappelez-vous, ce président n’est ni de droite ni de gauche, mais  les deux à la fois. Quand il est sommé d’orienter un peu vers la gauche le train de ses réformes, il répond que moderniser le pays n’est ni de gauche ni de droite et que, de toute façon, une gauche qui préfère la stagnation à la reconstruction (c’est ce qui est arrivé sous le mandat précédent) ne mérite pas de gouverner. Bref, le président n’hésite pas à courir tous les risques, personnel et politique. Il semble prêt à sacrifier sa carrière au succès de ses réformes. Avec sans doute le sentiment secret que, lorsque la messe sera dite, lorsque les colères commenceront à s’éteindre, lorsque la France sera redressée, il sera félicité. Personnellement, ce dont je suis sûr, c’est que, s’il n’est pas réélu en 2022, il laissera une France transformée.

RICHARD LISCIA

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8 réponses à La raideur de Macron

  1. Scalex dit :

    Personnellement je deviens de plus en plus macroniste. Un bon président prend les bonnes décisions et ne revient pas en arrière. C’était le grand défaut de ses prédécesseurs. Ceux ci prenaient parfois de mauvaises décisions. Ils étaient donc obligés d’en changer sous la pression du peuple et perdaient ensuite toute autorité. Rendez vous dans quatre ans pour conclure le sujet.

  2. jymb dit :

    Prendre de mauvaises décisions, adopter une posture de rigidité mentale et de mépris souverain envers toute opinion alterne ou toute opposition, pour Emmanuel Macron, comme pour son Premier ministre, les masques sont vite tombés. Ils ont volontairement oublié qu’ils n’étaient les « vrais » élus que d’une petit minorité de Français. Ainsi la très grande majorité, étrillée, appauvrie, mise au ralenti sur les routes, méprisée, jamais consultée, est exaspérée et ne souhaite que les voir disparaître de la scène politique.
    Les pleins pouvoirs ont toujours été une catastrophe, l’Histoire le démontre, le quotidien le confirme.

    Réponse
    Bien entendu, je m’inscris en faux contre ce texte, dont le langage est inacceptable.
    R.L.

    • Dubuc dit :

      Que vous vouliez l’entendre ou pas, c’est la triste réalité
      qui émaille des discours des patients !
      Au lieu de se confronter aux vrais problèmes, il y a un
      métalangage de Macron qui dit comme on l’a lu autrefois
      chez Orwell « la liberté, c’est la prison ». 

  3. Dominique BROC dit :

    Richelieu, l’un des plus grands hommes d’Etat dans notre Histoire, a dit : « La raison d’Etat doit être la règle et la conduite d’un Etat ». Emmanuel Macron et son gouvernement imposent la raison, sans laquelle l’oeuvre nationale est impossible. Ils doivent écarter les ennemis de la raison que sont l’émotion qui trouble la pensée et l’idéologie qui la déforme.

  4. Picot dit :

    Macron est un président légitime, peut être, mais nullement représentatif de la population Française (18 % des voix des inscrits), et il donne l’impression pénible d’obéir totalement à Bruxelles dans ses réformes, tant pis si ses concitoyens ne sont pas d’accord. Un référendum serait dangereux pour lui sur pas mal de sujets. Il faut avoir, en outre, un sacré mépris des gens en difficulté pour avoir le culot monstrueux de dire à un chômeur qu’il faut travailler pour se payer un costume. Nous n’oublierons pas. Un président qui n’aime ni les Français, ni la France, ne préside pas grand chose.

    • Scalex dit :

      Avez-vous le souvenir d’une élection présidentielle où le président s’est fait élire dès le premier tour ? En tout cas, c’est bien parce que Macron ne fait rien pour se faire réélire… qu’il sera réélu en 2022 (au second tour évidemment).

  5. JB7 dit :

    Belle analyse, toute en finesse !
    Cela fait bien longtemps que j’attends que l’on fasse les réformes dont la France a besoin. Malheureusement, faire ces réformes rend impopulaire et enlève toute chance d’être réélu, comme vous l’avez parfaitement souligné dans votre billet. Ce qui explique que ni la droite, ni la gauche n’ont eu le courage de faire les réformes nécessaires …
    Avant les élections présidentielles, quelqu’un avait demandé des précisions à Emmanuel Macron, sur son programme. Il avait répondu que ce qui était important ce n’était pas le programme mais d’avoir une vision. C’était une très belle façon de botter en touche pour ne rien dévoiler et garder les mains libres.
    Avouons-le, nous avons tous rêvé d’avoir un jour un président qui serait un véritable homme d’État, qui penserait uniquement à l’avenir de la France et ferait toutes les réformes nécessaires, quitte à saboter son avenir politique et celui de sa majorité. Mais dans la vraie vie… cela nous semblait impossible !
    Inutile d’en dire plus, tout est déjà dit dans votre billet !

  6. ostré dit :

    Toutes ces réformes ne font que rendre les riches plus riches et les pauvres ou classes moyennes plus pauvres. C’est évident…

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