Macron s’assagit

Un discours d’une heure et demie
(Photo AFP)

Comme tout est polémique, on ne distingue plus le bon grain de l’ivraie. Il y avait, dans le (long) discours du président de la République devant les deux chambres réunies en congrès à Versailles plusieurs éléments intéressants à retenir.

D’EMBLÉE, on a pu noter d’ailleurs que la polémique sur la « convocation » des parlementaires par le chef de l’État n’a pas lieu d’être. C’est Nicolas Sarkozy qui a institué ce rendez-vous annuel en se fondant sur un argument important, à savoir qu’il était anormal qu’un chef d’État ne pût s’adresser directement aux élus. Ceux de LR qui ont refusé de se rendre à Versailles se sont plus opposés à M. Sarkozy qu’ils ne se sont dressés contre M. Macron. Quant à la France insoumise, qui s’est fait porter pâle, elle s’est appuyée sur le fait qu’elle préconise l’instauration d’une VIè République et que, par conséquent, elle ne saurait obéir à des dispositions constitutionnelles qu’elle renie. Autrement dit, elle a préféré le rêve à la réalité, avec une logique si puissante qu’on est en droit de se demander si LFI pourra jamais nous gouverner, ce qu’à Dieu ne plaise. Le président a néanmoins calmé le jeu en informant son audience qu’il a allait introduire un amendement permettant le dialogue entre lui et les élus. Ils pourront le critiquer, il pourra leur répondre. C’est l’extension du domaine de la lutte.

Un cap est franchi.

Mais il a fait amende honorable. Il a reconnu « avec humilité » qu’il n’avait « pas tout réussi ». De la part de Jupiter, c’est inattendu. Est-ce que l’opposition, sous toutes ses formes, ne pouvait pas, ne devait pas reconnaître, que le chef de l’État a franchi un cap hier et a décidé, face au mécontentement populaire, de policer quelque peu sa communication et de ralentir le rythme de ses réformes ? D’autant qu’il a expliqué ce qui l’anime. Il ne distingue pas l’économique du social et permettez-moi de vous dire que, sur ce plan, il a raison. Pour réduire les inégalités, mais sans y parvenir, nous avons distribué des tombereaux d’argent. On ne lutte pas contre le chômage et la pauvreté par des dons mais en créant les conditions pour qu’un emploi soit plus facile à conquérir. D’où l’énorme malentendu entre le président et le peuple, dont les composantes ne sont pas nécessairement spécialisées dans les sciences sociales, et qui, quand il se sent oublié, réclame des gestes financiers aux pouvoirs publics. Lesquels, s’ils cèdent, entrent aussitôt dans une spirale de la dépense dont l’expérience a montré que le pays ne sort jamais.

Assurément, le président aurait pu se dispenser de cette mise au point générale sur ses intentions et ses actions s’il avait évité de multiplier les erreurs de communication et de jugement. Ce qui a créé une tension presque insoutenable, c’est qu’il semblait rigide, insensible aux appels, au besoin de soulagement que réclament nos concitoyens les moins favorisés. Il a admis que sa trajectoire a dérapé, mais il ne renonce pas à une philosophie qui, dans l’économie de marché, doit guider l’action de son gouvernement. On le juge parfois si intelligent qu’on ne comprenait pas bien pourquoi il se livre souvent à des provocations, comme « le meilleur moyen de se payer un costume, c’est de travailler », remarque insolente qui rappelle Marie-Antoinette.  Eh bien, il apparaît que ce président qui semble tout savoir, est, comme d’autres, capable de se tromper ou de céder à l’hubris. Cela ne fait de lui ni un monstre ni un incompétent. Beaucoup de ses initiatives ont choqué, on veut espérer qu’il va les corriger.

Une nécessité historique.

Le discours devant le congrès aura-t-il convaincu l’opinion, sa cote de popularité va-t-elle remonter ? Je ne le crois pas du tout, d’autant que le pays a la tête ailleurs qu’en politique, et ne s’intéresse ces jours-ci qu’à la coupe du monde de football. À n’en pas douter, la cote du président et du Premier ministre est en train de chuter lourdement. Ce qui ne veut pas dire pour autant que le mandat de M. Macron sera raccourci ou que les forces vives de la nation vont lui tenir la dragée haute. Observez bien le tableau : l’extrême gauche refuse de participer au congrès de Versailles au nom d’une constitution « idéale » qui n’existe pas ; la droite représentée par Laurent Wauquiez ne sait même plus reconnaître  ce qu’il peut y avoir de positif dans un discours et s’enferme dans une opposition systématique, apportant des réponses préfabriquées ; le Rassemblement national est en perte de vitesse. J’ai eu l’occasion d’écrire que Macron tire sa force de la faiblesse des diverses oppositions, de droite ou de gauche. Et, encore une fois, peu importe qu’il soit impopulaire.  Ce qui compte, ce n’est sûrement pas l’adoration du totem, c’est la nécessité historique, pour le pays, de « transformer » ses structures de production, la répartition de ses richesses, la formation, l’apprentissage, le renforcement de l’Union européenne, et de garder l’inébranlable méthode qui fait de l’éthique l’instrument de la réforme.

RICHARD LISCIA

 

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3 réponses à Macron s’assagit

  1. Michel de Guibert dit :

    Le fait que ce soit Sarkozy qui ait institué ce rendez-vous du chef de l’Etat devant les parlementaires ne rend pas plus juste ce gauchissement de la Constitution et cette confusion des rôles du chef de l’Etat et du chef du gouvernement.
    C’est au Premier ministre de s’adresser aux parlementaires devant lesquels il peut engager la responsabilité du gouvernement, ce n’est pas au président de la République.

    Réponse
    La face du monde ne sera pas changée parce que le président s’adresse aux élus. Arrêtons de brandir des épouvantails.
    R.L.

  2. PICOT François dit :

    C’est désolant, mais oui, nous avons devant nous, comme vous le dites très bien, une Marie-Antoinette qui nous méprise cordialement et traite de lépreux ceux qui ne sont pas de son avis. Nous n’oublierons pas ça non plus.
    Réponse
    Il ne fallait pas les prendre pour vous.
    R.L.

  3. JB7 dit :

    Très beau billet, avec une belle analyse finement argumentée. J’apprécie beaucoup vos deux dernières phrases !

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