Une défaite à la Pyrrhus

Edouard Philippe hier
(Photo AFP)

Présenter comme un triomphe l’échec de deux motions de censure, voilà où se situe le tour de force des oppositions. Non seulement elles n’auront pas déstabilisé le gouvernement, mais elles ont démontré que la crise politique par elles engendrée était factice.

EN PREMIER LIEU, et quoi qu’en disent quelques commentateurs à charge, il n’y avait aucune raison de demander au Premier ministre des comptes sur une affaire circonscrite à l’Elysée. Edouard Philippe qui, pour la deuxième fois, a fait la preuve de sa résilience, de son équanimité et de son talent oratoire, a su renvoyer les aboyeurs de l’Assemblée à leurs limpides arrière-pensées : ils ont instrumentalisé l’affaire dans l’espoir de bloquer les réformes, il leur a annoncé qu’il les poursuivrait sans relâche.

Un électron libre.

Il n’y a strictement rien dans le dossier Benalla, sinon que le personnage est un électron libre auquel le président Macron a accordé trop hâtivement sa confiance. Alexandre Benalla n’est pas une barbouze, c’est seulement un homme qui a cru que ses fonctions à l’Elysée l’autorisaient à mener une expédition dans le Paris du 1er mai, avec son ami Vincent Crase, qui n’est pas moins coupable que lui. Il n’existe pas de police parallèle autour du président, et s’il en existe une, qu’on nous donne des noms. Il est tout de même paradoxal que Christian Jacob, chef des LR à l’Assemblée,  héraut d’un gaullisme que M. Macron sert mieux que lui, prononce le mot de « barbouze », jadis employé pour désigner le Service d’action civique, ou SAC, cher à Charles Pasqua.  Néanmoins, la majorité a tangué,  Christophe Castaner, à la fois secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement et chef de la majorité REM (mélange des genres) a réagi par un repli tactique, les hommes dits forts du président ont surtout cherché à se disculper, et de ce chaos émergera, comme M. Macron l’a promis, une profonde réorganisation des services de l’Elysée. C’était acquis avant que les oppositions redoublent de férocité, d’injures et qu’elles piétinent la présomption d’innocence, moins en ce qui concerne Benalla que le président lui-même, accusé au cours du débat de l’Assemblée d’avoir menti et d’avoir couvert l’affaire.

Passion contre raison.

Peut-être l’a-t-il fait, mais dans ce cas, cela signifie surtout qu’il n’a pas prévu que, ivres de rage, de jalousie et surtout de revanchisme, la gauche et la droite, poussées à l’apogée de la jubilation par l’occasion inespérée que la maladresse du pouvoir leur a offerte, ne le lâcheraient pas. Elles ne sont parties en vacances aujourd’hui qu’avec l’immense espoir de lui mener la vie dure dès le 3 septembre. Ainsi va la vie politique, plus passion que raison, plus communication qu’action. Ce qui n’enlève rien à la réalité de quelques faits dont on est à peu près sûr : il est possible, même si M. Philippe dit le contraire, que la réforme de la Constitution ne soit pas examinée à la rentrée et, si elle l’est, qu’elle ne ressemble guère au projet initial. Toutes les relations du pouvoir avec les corps intermédiaires seront révisées et encadrées par des règles qui redéfiniront l’organisation du travail exécutif et législatif. Il n’est pas certain que le chef de l’Etat renonce à quelques-unes de ses provocations favorites comme « Qu’ils viennent me chercher ! » mais il va être contraint de témoigner un peu de respect à ses interlocuteurs, fussent-ils eux-mêmes ses pires détracteurs. La recherche de rapports plus sains entre les institutions est valable pour tous, y compris M. Macron.

La procrastination n’est pas un crime.

Pour autant, la République n’est pas une monarchie et les étiquettes que l’on accroche au dos du président ne sont que des gadgets de communication. Il n’est ni le président des riches, ni celui des villes. Il n’existe ni monarchie à l’Elysée ni trône dans son bureau et sa façon d’exercer le pouvoir n’est pas plus exclusive que celle de ses prédécesseurs, on a tendance à l’oublier. La fin de l’état de grâce n’a pas eu lieu hier car M. Macron n’a jamais bénéficié de cet état. Sa victoire fulgurante en 2017 a provoqué dans toute la classe politique du « vieux monde » une énorme réaction immunitaire qui s’est traduite par une fièvre croissante et ces jours-ci si aiguë qu’elle a conduit le malade au délire. Tout ça pour un jeune homme de 26 ans qui a gravi si vite les échelons qu’il a fini par tomber de l’échelle.

La réaction excessive, hystérique, haineuse des oppositions traduit principalement celle d’hommes et de femmes si souvent confrontés au scandale qu’ils en voient (ou feignent d’en voir) partout. Comme M. Macron était vierge jusqu’à présent, ils ont absolument voulu qu’il soit déniaisé. Il a été indulgent, il a cru passer entre les gouttes, il aurait dû ordonner le licenciement de Benalla et de Crase dès le 2 mai. Mais la procrastination n’est ni un crime ni un délit. Et la preuve qu’il n’existe pas de système parallèle à l’Elysée sera apportée par les enquêtes parlementaires et judiciaires en cours. Les oppositions auraient pu se contenter de ces enquêtes, qu’elles ont exigées et obtenues, apportant bien malgré elles la démonstration du fonctionnement impeccable de nos institutions, celles qu’elles contestent tant qu’elles n’ont pas le pouvoir, lequel suffit à rendre belle et bonne « la République monarchique ».  Enfin, il n’est pas vrai que la présidence macronienne est une montagne dont nul ne peut gravir les pentes. Le 2 mai, l’Elysée dormait sur ses deux oreilles, mais les révélations du « Monde » du 18 juillet ont déclenché une série de dispositions légales dont l’ensemble témoigne de la vivacité de la démocratie française. Cela n’a pas suffi à ces oppositions si divisées qu’elles ont présenté deux motions de censure concurrentes et également minoritaires. Ceux qui vitupèrent le pouvoir sont bien incapables de le prendre.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Une défaite à la Pyrrhus

  1. PICOT François dit :

    Contrairement aux apparences, Macron représente, hélas, le vieux monde. Il est dans la parfaite continuité de ses prédécesseurs.

    Réponse
    Avec une flopée de réformes en plus. Dans ce cas, vive le vieux monde !
    R.L.

    • Picot dit :

      Des réformes, désolé, qui sont dans les cartons depuis 20 ans au moins.

      Réponse
      Ne dites pas que vous êtes désolé quand vous ne l’êtes pas. Dans les cartons depuis vingt ans? Peut-être. Mais, cette fois, des réformes votées et appliquées.
      R.L.

  2. cabrieres dit :

    L’auteur se croit subtil et cultivé en parodiant la victoire à la Pyrrhus en défaite a la Pyrrhus, mais il arrive à un non sens car si la victoire à la Pyrrhus équivaut à une défaite,la défaite à la Pyrrhus équivaut à une victoire le contraire de ce que soutient l’auteur.
    Réponse
    L’auteur est ravi de ce commentaire, car il montre que l’auteur du commentaire n’a rien compris : le défaite de qui, la victoire de qui ? Que l’auteur du commentaire commence par se poser la question.
    R.L.

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