Le mois de tous les dangers

La France compte trois millions de chômeurs
(Photo AFP)

Le gouvernement tente de de répondre aux sollicitations pressantes de la population en multipliant les interventions dans les medias. Face à une aggravation de la crise en France, avec une montée du chômage reconnue sans nuances par Michel Sapin, ministre du travail, on lui demande d’agir plutôt que de parler. Il n’y a cependant rien de surprenant dans une détérioration de la situation qui était déjà contenue dans la stagnation du produit intérieur brut (PIB) pendant six mois. La destruction de dizaines milliers d’emplois traduit seulement le ralentissement de l’économie, même si elle est très difficile à vivre.

ON PEUT discuter à l’infini de l’autorité réelle du Premier ministre, des couacs gouvernementaux ou du mérite des mesures adoptées depuis trois mois. Le plus embarrassant pour ceux qui nous gouvernent, c’est qu’ils semblent découvrir l’ampleur de la crise alors que, au moment où ils ont pris le pouvoir, ils savaient fort bien à quoi s’en tenir. Ils ne pouvaient s’attendre à une embellie de la croissance ; ils ont entièrement axé leurs priorités sur le démantèlement des réformes Sarkozy, alors que beaucoup d’entre elles permettaient de faire des économies sur les dépenses ; ils auraient dû comprendre que leur désir d’introduire « plus de justice » dans la répartition de ce qu’il reste de ressources dans ce pays risquait de les conduire à une impasse.

Ce à quoi nous assistons, dans cette période de transition, correspond à tout ce que l’histoire nous a enseigné. Une équipe toute neuve se hisse au sommet du pouvoir. Elle arrive avec un plan d’action volontariste, appuyé sur une doctrine selon laquelle il n’y a pas d’obstacle que la persévérance et l’obstination ne puissent franchir. Et puis elle constate que les faits refusent de se plier à ses souhaits. Cela a été vrai de Kennedy, qui devait changer l’Amérique et a vu ses projets sombrer dans la baie des Cochons, ou de Mitterrand, qui après avoir constitué un gouvernement socialo-communiste, nationalisé de grandes entreprises privées,  instauré la retraite à 60 ans et la semaine de 39 heures, dévalué le franc à plusieurs reprises, n’a plus eu d’autre choix que d’épouser la rigueur et de préférer Jacques Delors à Jean-Pierre Chevènement.

Le pari du budget 2013.

Le fond du problème n’est pas que M. Ayrault, qui applique scrupuleusement le programme défini par le chef de l’État, manquerait d’autorité ; que l’on sache, François Fillon, traité de simple « collaborateur » par Nicolas Sarkozy, en avait moins que les conseillers de l’Élysée. Le fond du problème est que la méthode et les mesures de François Hollande ne tiennent compte ni de l’environnement européen, qui est catastrophique, ni d’une situation nationale qui réclame non pas des créations d’emplois publics coûteux pour le pays, mais des réformes de structures qui commencent par la baisse du coût du travail (ce qui ne veut pas dire baisse des salaires, mais transfert des charges vers un autre secteur de la fiscalité). En rejetant la TVA sociale, M. Hollande a pris un parti qui l’engage pour les années qui viennent. M. Ayrault a répété avec force, et le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, lui a fait écho, que l’objectif d’un déficit budgétaire à 3% à la fin de 2013 serait tenu.

Mais comment ? Les Français s’intéressent moins à la dette qu’au chômage. Ce qui marque cette rentrée, c’est que, dans la tête des gens, le gouvernement doit par tous les moyens créer des postes de travail. Lesquels, en réalité, ne proviendront que de la réindustrialisation par la mise en place de productions innovantes tournées principalement vers l’exportation. Cela ne se fera pas en un jour. Ce qui importe, ce n’est donc pas que Jérôme Cahuzac et Aurélie Filipetti sont en très mauvais termes, ou qu’Arnaud Montebourg tente de prendre la vedette à M. Moscovici. C’est que le gouvernement réalise brusquement que ses administrés ne veulent pas lui donner le temps de réformer parce qu’ils ont peur pour leur avenir immédiat.

Le sort de la France ne lui appartient pas complètement ; il dépend surtout de l’Europe. Jeudi, la Banque centrale européenne annoncera ou non son intervention sur le marché des emprunts d’État ; le 12 septembre, la Cour suprême de Karlsruhe dira si, oui ou non, le traité européen respecte la Constitution allemande ; avant la fin du mois, le gouvernement français présentera son projet de budget pour 2013 qui exigera de nouveaux et lourds sacrifices des contribuables ; ce mois-ci encore, le gouvernement devra s’engager sur une réforme des collectivités locales, c’est-à-dire la suppression d’une partie des départements.

Quoi qu’il en soit, le meilleur gage que le gouvernement peut donner de son autorité, c’est de ne céder à la panique en aucun cas et d’accélérer le rythme de ses décisions : les vacances des ministres ont été très encadrées et présentées comme un modèle de sobriété. Aussi bien le gouvernement aurait-il pu, exceptionnellement, s’en passer.

RICHARD LISCIA

 

 

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