Un réformisme secondaire

Une manifestation gay
(Photo AFP)

Le réformisme tous azimuts du président de la République ne garantit pas aux Français qu’ils vivront mieux dans un an ou deux : ses mesures économiques et financières sont complexes, sinon inopérantes, et ne convainquent pas tout le monde. Le déficit d’ardeur dans les domaines de l’emploi et du pouvoir d’achat est compensé par un zèle « sociétal » qui se concentre aujourd’hui sur le droit de vote des étrangers et le mariage gay. François Hollande espère ainsi laisser une marque de son passage au pouvoir. Comme s’il renonçait à associer son nom au redressement national.  

LES RÉFORMES de la société qu’il envisage ne sont nullement négligeables. Il veut rééditer la politique de François Mitterrand, qui fut erronée sur le plan économique et social, mais fertile en avancées morales (abolition de la peine de mort, extension des libertés de toutes sortes). D’où l’aversion apparente de M. Hollande pour les nationalisations, l’une des mésaventures de la gestion de son illustre prédécesseur. En revanche, le mariage des homosexuels et le droit de vote pour les étrangers possèdent toutes les composantes des réformes socialistes traditionnelles : en passant outre les convictions de la moitié de la population, elles créent une sorte de choc révolutionnaire. Le chef de l’État est persuadé que, lorsque le mariage gay sera adopté, la France s’y habituera comme elle s’est habituée à la suppression de la peine capitale.

À la Ponce-Pilate.

De là vient l’idée, par ailleurs dangereuse, que Mitterrand avait introduite dans les esprits : le pouvoir exécutif n’a pas toujours besoin de coller à une majorité d’idées pour imposer une réforme. On peut la faire sans l’approbation de tous. La gauche de la gauche en est tellement convaincue qu’elle augmente les enchères : les élus socialistes et le PS constituent le fer de lance du mouvement. Ils ne se livrent pas à cet exercice par opposition au président. Il les laisse faire, il leur murmure d’agir. Par exemple, il ne dit pas si, oui ou non, il est favorable à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples d’homosexuelles, mais il laisse tout le loisir au Parlement d’en décider. Bref, il s’en lave les mains, ce qui est tout de même une drôle de façon de gouverner.

Nous ne sommes ni contre le droit de vote des étrangers, ni contre le mariage gay, comme nous l’avons déjà écrit. Tout au plus émettons-nous des réserves sur certains bénéficiaires du droit de vote qui pourraient être des anti-France. Ou sur la qualification de « père » et « mère » à laquelle tiennent les hétérosexuels et dont aucun gouvernement n’a le droit de les priver. Mais là n’est pas le débat :  avec les socialistes ou sans eux, la société française est appelée à s’affranchir dans le droit après s’être affranchie spontanément des tabous de la société post-Guerre mondiale. Le mouvement est depuis longtemps enclenché. Il faut savoir regarder la réalité en face.

Une question de survie nationale.

Il demeure que le redressement économique est plus essentiel aujourd’hui que les réformes de société, que le sort de chaque citoyen en dépend, que l’avenir est alarmant, que les réponses du pouvoir à l’inquiétude générale semblent bien insuffisantes, que la dissémination des efforts entre les deux réformismes risque d’affaiblir le premier, indispensable à la survie nationale.

L’avenir est d’ailleurs moins sombre qu’on ne le prétend. En résolvant le problème grec, en adoptant la supervision européenne du système bancaire, en créant d’énormes fonds de secours, l’Union européenne aura pris en 2012 des dispositions excellentes qui se traduisent aujourd’hui par un début de sortie de crise de l’euro, à confirmer en 2013. La France doit s’inscrire dans le redressement européen. Elle doit montrer qu’elle accomplit, à coup sûr, sa part d’efforts. Le gouvernement ne peut pas se contenter d’ouvrir un débat sur le mariage gay qui fait hurler la moitié du pays, lequel a plus besoin de calme et de raison que d’hystérie. Il doit, dès 2013, confirmer qu’il va réduire la dépense publique et alléger le fardeau social des entreprises. Ces gestes, pour le moment, ne sont qu’une promesse. Il faut la tenir.

RICHARD LISCIA

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