FN : l’ambiguïté

Marine Le Pen
(AFP)

Paradoxalement, le mariage pour tous n’a pas soulevé l’ire du Front national. Marine Le Pen refuse de participer personnellement à la manifestation contre le mariage homosexuel de dimanche prochain. Pour sa part, son père regrette qu’elle n’ait pas adopté une attitude plus ferme contre le projet de loi.

AVEC LE FN, on n’en est plus à une bizarrerie près. Il était déjà étrange que le parti fût transmis de père en fille. Il est tout aussi étrange que chacun des deux ait adopté une stratégie différente : Jean-Marie Le Pen reste dans la ligne d’un mouvement replié sur lui-même, protestataire, mais sans ambition de gouverner. Marine Le Pen, avec son rassemblement bleu marine (RBM), tente de faire du Front un parti de gouvernement, susceptible de remplacer l’UMP divisée.

Le rôle de Philippot.

Ce faisant, elle bouscule le confort idéologique des anciens du Front, comme Bruno Gollnisch, qui se prenait pour le dauphin de Jean-Marie Le Pen, jusqu’au moment où il a été prouvé que les liens du sang étaient les plus forts. En prenant comme lieutenant Florian Philippot, jeune énarque de 31 ans, qui se réfère au gaullisme alors que M. Le Pen, favorable à l’Algérie française, a combattu De Gaulle et la Vè République, Mme Le Pen n’a pas craint d’infliger à quelques caciques du FN, et surtout à son propre père, une blessure morale. Ils ne supportent ce très sérieux inconvénient que parce que la stratégie d’ouverture de Mme Le Pen lui a permis d’obtenir des gains électoraux.

Au fond de lui-même, Jean-Marie Le Pen comprend le dessein de sa fille. Il comprend qu’il a mené des combats qui, aujourd’hui, sont désuets, qu’il ne peut pas laisser le Front s’enfermer dans l’isolement et qu’il faut ajouter des troupes fraîches au noyau des militants historiques. S’il avait été vraiment importuné par la stratégie de Marine, il l’aurait combattue. Il se contente de faire valoir son point de vue, un peu comme s’il appartenait à une opposition interne décidée à présenter des idées différentes, mais avec une conviction affaiblie par la tendresse paternelle.

C’est le même FN.

L’ouverture pratiquée par Marine Le Pen signifie-t-elle que le Front national devient chaque jour un parti « acceptable » auquel n’importe quel homme (ou femme) de droite pourrait adhérer ? Il faut se méfier d’évolutions apparentes qui n’ont pas suffi à déraciner de vieilles haines nourries par les militants du Front, de l’antisémitisme au racisme, d’un souverainisme anachronique à l’exaltation d’une France qui n’existe plus parce que, justement, elle a été pétrie par l’immigration, le déclin industriel, la dette et qu’à ses maux contemporains il faut des remèdes entièrement nouveaux, en tout cas pas ceux de l’autarcie, de l’isolement politique, du retour au franc.

Non seulement les dangers auxquels le Front nous exposait naguère (intolérance, divisions) n’ont pas disparu,  mais son programme, celui de Marine et de Philippot, représente la recette d’ un désastre.  De ce point de vue, on ne voit pas pourquoi il faudrait accorder à la fille de Jean-Marie Le Pen ce que son père n’a jamais obtenu : les lettres de créances auxquelles a droit tout mouvement politique fermement ancré dans la démocratie parlementaire. Elle n’est que l’image un peu moins effrayante d’un FN qui continue à véhiculer des notions dépassées et destructrices. Et si elle fait croire que le  Front est devenu crédible et séduisant, c’est le moment ou jamais de combattre cette supercherie, avant qu’elle trouve la brèche par laquelle elle fera passer ses troupes et ses « valeurs ».

RICHARD LISCIA 

 

 

 

 

 

 

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