Une amnistie pour les casseurs

Les dégâts causés par les ouvriers de Continental
(Photo AFP)

Le Sénat a voté en première lecture une proposition de loi communiste d’amnistie sociale pour les faits commis à l’occasion de conflits du travail ou d’activités revendicatives de salariés, y compris au cours de manifestations sur la voie publique ou dans des lieux publics. Ce texte s’applique aussi pour les faits commis dans le cadre des mouvements revendicatifs concernant le logement. Le projet sera présenté à l’Assemblée nationale au mois de mai. L’initiative des sénateurs communistes soulève une polémique, une de plus. 

L’OPPOSITION s’indigne, le patronat roule des yeux effarés : les sénateurs communistes sont sûrement satisfaits d’avoir levé ce nouveau lièvre et placé le gouvernement socialiste au pied du mur. Mais le PC est guidé principalement par le ras-le-bol général qu’entraîne la pratique des licenciements collectifs. Face à l’implacable doctrine de la gestion des entreprises au moyen d’économies qui détruisent le tissu social, la gauche et l’extrême gauche cherchent des moyens de rétorsion : une entreprise qui continue à faire des profits ne doit pas chercher à les augmenter en renvoyant des salariés. Il y a un problème éthique et humain que les dirigeants de société refusent souvent de traiter. Une loi protégeant les casseurs dits sociaux (qui agissent sur un coup de colère parce qu’ils sont exténués par l’injustice, et non pour accroître le désordre) équilibrerait le rapport de force entre patrons et salariés.

Une autre forme de violence.

En même temps, la gauche dégouline d’indulgence. Pendant que le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, lutte avec détermination contre la délinquance et la criminalité, et, malheureusement, avec des résultats insuffisants, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, multiplie les mesures qui exonèrent les criminels de tout poil. Les prisons débordant de détenus, on met en liberté les individus condamnés à des peines légères. Certes, la prison n’est pas le meilleur vecteur de la réinsertion, mais le message est clair. C’est celui de l’impunité. Aussi bien les ouvriers acculés à la violence par une autre forme de violence qui repose sur le mépris de certaines entreprises pour leurs travailleurs versent-ils dans la délinquance sous l’effet du désespoir.  Il n’empêche que l’État, c’est l’ordre et que, sans ordre, il n’y a pas vraiment d’État. Et si les sénateurs communistes se transforment soudainement en défenseurs du désordre, ils ne feront qu’à leurs dépens car leur vote signifie, au-delà du geste « humanitaire », que leur propre institution favorise le risque d’une explosion sociale qui, à terme, l’emporterait elle aussi.

Droit et psychanalyse.

Que fera la majorité de gauche à l’Assemblée en mai prochain ? Ou bien elle retiendra la réintroduction d’une forme de justice par des moyens litigieux. Ou bien elle pensera que, pour éviter la casse, il existe d’autres moyens plus en accord avec le droit, par exemple l’interdiction des licenciements dits boursiers, c’est-à-dire dictés par les profits et non par l’impératif de sauver l’entreprise. Il ne faut pas s’y tromper : le patronat n’aime pas davantage cette solution, à laquelle il s’est déclaré très vivement opposé à de nombreuses reprises.

Finalement, le droit n’étant pas autre chose qu’une forme de codification de la morale telle qu’elle est perçue par la société humaine à un moment donné, il faudra bien que le code pénal établisse une distinction entre les destructions uniquement destinées à aggraver le désordre et des accès de colère sociale déclenchés par certains diktats économiques. Le danger, bien sûr, c’est la difficulté de définir les uns et les autres, dès lors qu’il s’agira d’analyser les intentions des casseurs : la psychanalyse ne fait pas bon ménage avec le droit, pas plus que l’économie avec le social.

Il faut se demander ce qu’il peut y avoir d’irresponsable dans une loi qui apporte son onction à la violence. Elle mettrait au deuxième plan le dialogue social ; elle encouragerait ceux de nos compatriotes qui rêvent du grand soir ; elle n’apporterait aucun début de solution à une crise sans laquelle nous ne serions pas amenés à concevoir une violence naguère condamnée et maintenant légitime.

RICHARD LISCIA

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