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La lumière au bout du tunnel
(Photo S. Toubon)

Pendant que le président Hollande se débat dans le scandale Cahuzac, Nicolas Sarkozy, son rival apparent, reçoit une bonne nouvelle. En effet, selon « le Parisien », le parquet de Bordeaux s’apprêterait à proposer un non-lieu le concernant dans l’affaire Bettencourt. Dans la matinée, le parquet a démenti avoir rendu son avis, qui ne sera connu que dans quelques mois. Toutefois, l’AFP, s’appuyant sur ses sources, affirme que le dossier ne contient pas des éléments suffisants pour envoyer M. Sarkozy devant un tribunal.

LE JUGE D’INSTRUCTION n’est pas tenu de prendre en compte l’avis du parquet. Mais, s’il envoie l’ancien président en correctionnelle malgré ce qu’en dit le parquet, il est plus que probable que le mis en examen sera relaxé. Si M. Sarkozy franchit ce cap avec succès, ses soucis ne seront pas pour autant effacés. Il est en effet impliqué dans ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire des sondages de l’Élysée, enquêtes d’opinion qui ont été commandées à tout-va par le président sans appels d’offres et ont bénéficié uniquement à Patrick Buisson, son ancien conseiller en communication. M. Sarkozy doit également être innocenté dans l’affaire dite de Karachi, où son implication est loin d’être démontrée.

Au moins peut-il croire que sa carrière politique n’est pas menacée pour le moment. Le zèle du juge Gentil, qui a choisi le motif d’abus de faiblesse pour mettre en examen l’ex-président a surtout eu pour effet de montrer que M. Sarkozy ne cache plus sa volonté de revenir dans le circuit politique et peut-être plus tôt que l’on croyait. Un non-lieu augmenterait ses atouts face à un président Hollande empêtré dans les affaires comme dans une camisole de force. Mais ne tirons pas de plan sur la comète : d’ici à l’élection de 2017, il y a quatre ans. Et quand on sait ce qui s’est passé depuis seulement une année, on imagine sans mal que les rebondissements de la vie politique seront nombreux dans un avenir proche.

Deux principes bafoués.

Le délitement de la République prend chaque jour de nouvelles formes. Comme la plupart des institutions, la justice fait l’objet d’un dénigrement à deux sens. On lui reproche parfois son indulgence, mais, dans l’affaire Bettencourt, on la blâme pour son acharnement contre Nicolas Sarkozy. On ne répétera jamais assez que la présomption d’innocence et le secret de l’instruction, deux grands principes, sont bafoués tous les jours. De sorte que la réaffirmation et le renforcement de l’indépendance de la justice par François Hollande n’apparaissent pas vraiment comme des améliorations : une mise en examen reste, aux yeux du public, une mesure infamante, ce qu’elle ne devrait être en aucun cas. Pour des millions de Français, tous ceux qui ont le pouvoir partagent des privilèges et des passe-droits qui leur sont réservés. De la même façon, le viol du secret de l’instruction est accueilli non pas par la colère mais comme la révélation d’une vérité définitive.

L’indépendance de la justice étant une notion sacrée, elle ne doit pas ignorer que, quand il s’agit des hommes ou des femmes politiques, son action a un effet plus large que sur des personnes dépourvues de notoriété. M. Sarkozy a commis une erreur lorsqu’il a comparé les magistrats à des « petits pois ». On se refuse à penser que des juges aient pu profiter d’une affaire pour se venger. Ce serait non pas un abus de faiblesse, mais un abus de pouvoir.

RICHARD LISCIA

 

 

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