Éthique : de gré ou de force

Nadine Morano
(Photo AFP)

L’affaire Cahuzac a eu, entre autres, deux effets sérieux : elle a élargi le débat sur l’éthique personnelle des élus à l’ensemble de la classe politique,  alors que, au début, elle concernait le PS uniquement ; elle a permis aux détracteurs de la politique d’austérité de réclamer une pause dans l’effort de redressement.

NON SANS habileté, François Hollande a réagi au scandale en adoptant ce matin un vaste programme de moralisation de la vie publique qui répond aux récriminations des électeurs, pour qui, de toute évidence, l’affaire Cahuzac n’est ni un cas isolé ni un épisode lié à la seule majorité. Rares sont les partis qui ne traînent pas quelques casseroles historiques et celles de l’UMP sont parfaitement identifiées. L’opposition s’inquiète tout de même de ce que la majorité d’aujourd’hui, frappée par un scandale survenu dans son seul périmètre, recherche une thérapeutique qu’elle imposera à tous. Peut-être le gouvernement espère-t-il montrer qu’on est plus riche à droite qu’à gauche, ce qui n’est pas toujours certain. Dans le strip-tease patrimonial auquel se livrent, avant même qu’on le leur demande, plusieurs personnalités, on note qu’il s’agit plutôt de contribuables qui ne sont pas assujettis à l’Impôt sur la fortune (ISF) ; et que ceux qui pourraient avoir plus d’argent se gardent bien, pour le moment, de révéler leurs avoirs.

La haine de l’argent.

L’année dernière, M. Cahuzac a d’ailleurs rempli un formulaire, comme tous les nouveaux ministres, pour décrire en détail l’état de sa fortune. Il a omis alors de signaler son ou ses comptes à l’étranger. La question ne porte donc pas sur une transparence qu’assurerait un déshabillage généralisé et quelque peu indécent, auquel on comprend que Nadine Morano (UMP), par exemple, refuse de soumettre, mais sur les contrôles que le fisc ou la Haute autorité annoncée aujourd’hui par le président de la République, devraient exercer afin de s’assurer que la déclaration de patrimoine est conforme à la réalité. On remarque, en outre, qu’une fois de plus, l’argent fait l’objet d’une détestation particulière, comme si le seul fait d’en gagner honnêtement était répréhensible. Certes, les banques ont contribué à nos malheurs, mais il s’en suit une aversion pour les riches et même les moins riches qui aggrave encore le climat général.

L’autre effet de la moralisation, c’est le retour en force du laxisme budgétaire, préconisé par Arnaud Montebourg, soutenu par Benoît Hamon et quelques Verts, qui demande que l’on étale dans le temps la réduction de la dépense publique sous le prétexte qu’un programme trop sévère empêcherait durablement le retour à la croissance. Il est vrai que M. Montebourg, qui continue à faire cavalier seul en contournant le Premier ministre, semble  s’associer à une prise de conscience générale. Même Bruxelles et le Fonds monétaire international (FMI) reconnaissent que l’effort de redressement budgétaire des pays européens doit être plus souple. La manoeuvre n’en pas moins surprenante : les familles françaises ont été écrasées par l’augmentation des impôts, on leur dit maintenant que l’État ne fera pas sa part du chemin. Il aurait fallu faire l’inverse : procéder à des hausses d’impôts limitées pour ne pas décourager la consommation et s’attaquer avec vigueur à la dépense publique.

Cependant, François Hollande a  exclu ce matin toute remise en cause de sa politique économique. Non seulement, a-t-il dit en substance, il faudra que les élus publient leurs patrimoines, mais leur activité professionnelle dans la vie civile (par exemple les relations d’un médecin avec les laboratoires pharmaceutiques), feront l’objet d’une enquête. Un parquet financier, avec compétence internationale, va être créé. Le scandale méritait, assurément, une réaction forte des pouvoirs publics. Mais pour traquer un brigand, on va empoisonner la vie de tous les élus. Appelez ça comme vous voulez : une mise à nu, une chasse aux sorcières, un contrôle qui, inévitablement, portera atteinte à la vie privée, ce qui n’est jamais de bon augure dans une démocratie.

RICHARD LISCIA

 

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