Brûler les revenus par les deux bouts

Encore plus d’impôts
(Photo AFP)

Soucieux de conserver « l’universalité » des allocations familiales, le gouvernement a décidé d’en maintenir le montant, y compris pour les foyers disposant d’un haut revenu. En revanche, il réduit le plafond du quotient familial à 1 500 euros (au lieu de 2 000), ce qui lui permettra de récupérer 1,1 milliard en 2014 et 1,7 milliard en 2016. Il durcit les conditions d’attribution des prestations d’accueil du jeune enfant (PAJE) et du congé parental, et supprime la réduction d’impôt pour frais de scolarité dans le secondaire, en contrepartie d’une majoration du complément familial et de l’allocation du soutien familial pour les ménages les plus modestes.

JEAN-MARC AYRAULT  a fait son choix, dans la ligne, toujours prévisible, d’une hausse des impôts. Car la baisse du plafond du quotient familial ne représente pas autre chose qu’une forte augmentation de l’impôt sur le revenu. Il est vrai qu’elle ne concerne que les 12 % des foyers les plus aisés. Le gouvernement peut dire que, de toute façon, les mesures, forcément impopulaires, qu’il s’apprêtait à prendre soulèveraient un tollé : l’UMP, avant même de connaître les décisions relatives à la famille, avait dénoncé une atteinte à une politique familiale qui a donné d’excellents résultats. Il n’empêche que la droite se trompe aussi : le problème du pays, c’est l’étendue, désormais insupportable, de sa protection sociale, qui est à la source de son accablant endettement.

La rengaine de « l’héritage ».

Plus d’un an après l’arrivée de M. Hollande au pouvoir, il n’y a pas de jour où un responsable de la majorité ou de la gauche ne rappelle l’aggravation  considérable de l’endettement dont la droite fut responsable sous Nicolas Sarkozy. L’ex-président a en effet lutté contre une crise particulièrement violente par le renforcement de la protection sociale. Quand on dit que les Français vivent au-dessus de leurs moyens, il ne s’agit pas de dénoncer les riches qui, eux, n’ont besoin ni des allocations familiales ni de de la « prestation d’accueil du jeune enfant » et dont les comptes bancaires ne sont jamais à découvert. Il s’agit d’admettre, sans critiquer les bénéficiaires, que nous avons distribué de l’argent aux familles (retraites, santé, allocations de toutes sortes) en l’empruntant sur les marchés. Nous n’avons pas d’autre choix que de mettre un terme à ce processus délétère si nous voulons renouer avec la croissance.

Bien entendu, c’est la quadrature du cercle. Baisser les impôts ou réduire les prestations sociales revient, arithmétiquement, au même : c’est de l’argent en moins dans la poche des familles. Il demeure que, plus nous augmentons les impôts, plus la consommation intérieure, seul moteur de la croissance pour un pays handicapé à l’export, diminue. Il n’y avait aucune raison de ne pas supprimer carrément les allocations familiales versées à toutes les familles ayant un revenu suffisant pour s’en passer. Celles-là ne renoncent pas à procréer pour une question d’argent, alors que les plus pauvres sont incités à faire des enfants par la sollicitude de l’État. On pourrait quand même se poser la question d’une politique familiale généreuse dans un pays qui a cinq millions de chômeurs. Ce n’est pas tout de les mettre au monde. Encore faut-il, tout en évitant le malthusianisme, leur assurer un avenir. Les enfants de riches trouveront, en général, un travail. Les enfants de pauvres, même soutenus par les allocations, n’auront ni la même éducation ni la même formation.

C’est triste ? C’est une situation déplorable qu’il faut à tout prix transformer ? À n’en pas douter. Mais en ce qui concerne l’endettement, il y a urgence. Le déficit public n’offre pas la conjoncture la plus favorable pour lancer une grande réforme aux objectifs égalitaires. En revanche, plus vite nous contiendrons la dette, plus vite nous parviendrons aux équilibres fondamentaux, plus vite l’horizon sera dégagé et plus les changements deviendront possibles.

RICHARD LISCIA

 

 

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One Response to Brûler les revenus par les deux bouts

  1. domurado dit :

    « Le problème du pays, c’est l’étendue, désormais insupportable, de sa protection sociale, qui est à la source de son accablant endettement ».
    Le problème du pays (et pas que du nôtre d’ailleurs) ne serait-il pas d’abord l’étendue de la fraude fiscale. On nous explique que des sommes astronomiques ont été détournées vers des paradis fiscaux, que des revenus colossaux ont été « optimisés », mais que ceux qui n’ont pas les moyens de ces pratiques doivent se serrer la ceinture au nom du sacro-saint équilibre budgétaire. Tout cela revient à prendre dans la poche des plus modestes pour continuer à alimenter les comptes off-shore. Avec pour conséquence la profonde crise économique et sociale que connaît un pays comme la Grèce.
    Il me paraît donc que la première tâche à laquelle un gouvernement digne de ce nom devrait s’atteler est la lutte contre l’évasion fiscale. Le reste n’est que poudre aux yeux.

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