Défaite avant la bataille

Atermoiements coupables
(Photo AFP)

On devra expliquer un jour, dans les livres d’histoire, comment les frappes contre la Syrie se sont transformées en déconfiture occidentale avant même d’avoir commencé. Les complications diplomatiques et juridiques qui ont empêché l’attaque font maintenant douter de l’utilité d’une intervention militaire. Tout le monde s’y est mis : David Cameron, le Premier ministre britannique, qui a demandé l’avis de la chambre des Communes, laquelle lui a interdit de participer aux frappes ; Barack Obama, qui a eu la grande idée de s’adresser au Congrès dans un pays dont l’opinion est majoritairement hostile à un assaut contre la Syrie ; il y a maintenant l’opposition en France qui, face à l’affaiblissement du front des faucons, exige un vote parlementaire.

LA QUESTION ne porte pas, n’a jamais porté, sur le bien-fondé de la « punition » à infliger à Bachar Al-Assad, pour reprendre le terme juste du président Hollande, mais sur la détermination des Occidentaux à s’engager contre la barbarie, comme ils l’ont fait en Libye et au Mali. Les atermoiements de Barack Obama ne sont pas étrangers au spectacle désolant auquel nous assistons depuis quelques jours. Le président des États-Unis a un agenda diplomatique qui est entré en collision avec la crise syrienne : il fait tout pour quitter le Proche-Orient et pour se tourner vers l’Asie, les convulsions du printemps arabe le ramènent sans cesse dans le chaudron révolutionnaire de la région. On lui reprochera donc d’être trop soumis aux constructions intellectuelles qu’il a héritées de Harvard et de ne pas adapter sa politique aux circonstances. S’il ne voulait pas entrer en guerre contre le régime syrien, il lui suffisait de le dire dès le premier jour et de maintenir sa position. La part humaniste de cet homme cultivé a voulu garder une option au cas où Bachar se livrerait à quelque acte monstrueux. Cela n’a pas tardé. Il disposait d’armes chimiques, il les a donc utilisées.

La France ne peut agir seule.

Du coup, François Hollande, dont on ne dira jamais assez avec quelle maestria il a conduit l’offensive française au Mali et obtenu très vite d’impressionnants résultats politiques, se trouve dans une impasse. La France ne peut agir seule en Syrie. Une alliance avait été forgée avec le Royaume-Uni et les États-Unis, elle explose. Du coup, l’opposition, qui a vu très vite M. Hollande s’embourber dans l’affaire, réclame un vote parlementaire. La Constitution n’oblige nullement le chef de l’État à consulter les élus, il lui suffit de les informer (lors des explications que le gouvernement leur donnera après-demain). Elle n’empêche pas non plus des députés de demander un débat avec vote, elle n’empêche pas davantage le président à le proposer.

La méthode démocratique n’est pas la bonne.

Mais ni en Grande-Bretagne, ni aux États-Unis, ni en France, le vote ne sera (ou n’a été dans le cas des Anglais) épuré des arrière-pensées liées à la politique économique et sociale. L’UMP, et même l’UDI de Jean-Louis Borloo, y mettront la rancoeur que leur inspirent des réformes partielles. En Amérique, les républicains, d’ailleurs partagés en faucons et isolationnistes, espèrent surtout affaiblir le champion de l’assurance-maladie universelle. Alors ? Si M. Obama ne reçoit pas un blanc-seing du Congrès, M. Hollande, le chef de l’État le plus déterminé à frapper la Syrie, devra renoncer. Et il devra le faire même s’il décide de soumettre à un vote parlementaire son intervention militaire. Ce qui plongerait la France dans le ridicule. Si, au contraire, les élus français votent « non », et que le Congrès américain vote « oui », M. Obama se retrouvera complètement isolé. Et l’Amérique sera accusée, de toutes façons, de faire cavalier seul.

D’aucuns disent que c’est trop tard. Qu’il fallait attaquer la Syrie il y a longtemps et que la sauvagerie de Bachar, armes chimiques ou non, méritait une sanction occidentale. Ils n’ont pas tort. Mais la  réalité des choses est différente. Il y a eu très vite l’obstruction des Russes et des Chinois au Conseil de sécurité, qui nécessitait une réflexion et donc du temps ; il y a eu la saturation créée par les opérations en Libye et au Mali, qui rendait exténuante une troisième intervention importante ; il y a, aux États-Unis, le souvenir cuisant des mésaventures irakienne et afghane et, au Royaume-Uni, la culpabilité née des mensonges de Tony Blair au sujet de l’Irak. Toutes choses que Barack Obama n’a pas su vraiment peser et inclure dans la formation d’une décision qui, avec chaque jour qui passe, devient de moins en moins possible.

RICHARD LISCIA

 

 

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