Chômage : le bug fatal

Sapin n’était pas dupe
(Photo AFP)

La « bonne nouvelle » d’une baisse sensible du chômage en août était fausse. Le nombre de demandeurs d’emploi a chuté non pas de 50 000, comme l’affirmait l’INSEE, mais de 22 000 à 29 000. À la décharge du ministre du Travail, Michel Sapin, il faut s’empresser de dire qu’il avait accueilli l’information avec des pincettes. Et même si on accepte le chiffre le plus bas de la baisse, il reste très encourageant.

IL N’EMPÊCHE que, un fois de plus, les divagations kafkaesques de notre bureaucratie auront pesé de tout leur ridicule et nous feraient rire si le sort des chômeurs se prêtait à la plaisanterie. Que s’est-il passé ? Apparemment, Pôle emploi demande chaque mois aux chômeurs  où ils en sont de leur statut par SMS. Entre 32 000 et 41 000 n’auraient pas reçu ce message et n’y auraient pas répondu à cause d’un « bug » dans une compagnie de téléphonie. Le directeur de Pôle emploi, Jean Bassères, ne nie nullement la responsabilité de son organisme mais considère qu’elle est partagée avec celle de l’opérateur. Une enquête est en cours. On veut espérer, comme le secrétaire général de la CFDT, que les chômeurs concernés seront réintégrés dans les statistiques et non plus rayés des registres du chômage.

Conséquences en cascade.

On méditera sur notre dépendance à la modernité qui fait que le sort d’un individu à la recherche d’un emploi est lié à un SMS, bien qu’il faille avouer que le dialogue avec Pôle emploi par l’intermédiaire de La Poste est moins pratique. On réfléchira aux conséquences en cascade : bug informatique, mauvaise interprétation des données, personnes privées de leur indemnité de chômage. On travaillera avec ardeur pour que « l’incident » ne se reproduise plus.

Mais on se gardera, tout en même temps, d’en faire une affaire d’État. Le gouvernement n’a été qu’à moitié trompé, qui a tout de suite compris que la nouvelle était trop belle pour être vraie, et qui s’est gardé de tout triomphalisme. Au demeurant, le taux de chômage a réellement baissé en août, sinon de 1,5 %, de quelque 0,75 %. Une baisse, par les temps qui courent, c’est une agréable surprise, qui s’ajoute à la remontée des ventes d’automobiles et à un rebond de croissance au deuxième trimestre. On subodore comme un frémissement de l’économie qui n’est peut-être pas à mettre à l’actif du gouvernement mais ne saurait figurer non plus dans son vaste passif. Le pire, quand tout va mal, c’est de croire que ça va encore plus mal qu’on ne le dit.

Enfin, il est bon que chacun des protagonistes de cette affaire ait assez vite reconnu ses erreurs. M. Bassères s’est exprimé dans une transparence absolue et a indiqué que les statistiques du chômage ont été rapidement corrigées. Preuve que nous n’avons pas été durablement dupés, à peine quelques jours, et que la vérité, dans une vraie démocratie, finit toujours par triompher.

RICHARD LISCIA

 

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 Responses to Chômage : le bug fatal

  1. A3ro dit :

    Il faut mettre au crédit du gouvernement de ne pas avoir immédiatement crié victoire et d’avoir pris la nouvelle avec les réserves qui s’imposaient. Au moins les statistiques de l’économie et de l’état social du pays ne sont pas « arrangées » pour faire plaisir aux gouvernements successifs.

    Par contre, comme vous le soulignez très bien, tant d’amateurisme dans l’administration, pose l’éternelle question de leur efficacité, et surtout, de leur rapport efficacité/coût. Mais tant qu’il seront un socle électoral aussi sensible aux discours syndicaux d’un autre âge, ça va être compliqué d’y changer quoi que ce soit.

  2. AlbertOuazana dit :

    Il y a comme un bug dans votre papier : « SFR, la compagnie de téléphonie de Bouygues » ???

    Lier les concurrents est une tentation bien compréhensible, mais… 🙂

    Sinon, merci pour vos commentaires, toujours si pertinents.

    Bien cordialement,
    AO

    • admin dit :

      Cher Monsieur,
      La correction est faite grâce à vous. Je vous prie de bien vouloir m’excuser pour cette erreur qui a résisté à plusieurs relectures.
      Bien à vous

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.