La France des pauvres

De plus en plus de pauvres
(Photo AFP)

Dans son rapport annuel publié aujourd’hui, le Secours catholique indique que la pauvreté continue de progresser en France. L’étude comprend 1,4 millions personnes que l’organisation a rencontrées, dont 672 000 enfants. La très grande majorité vit sous le seuil de pauvreté, fixé à 977 euros par mois en 2011, et souvent sous le seuil de très grande pauvreté (644 euros par mois).

COMPTE TENU du taux de chômage à 10,5 %, de la compression des salaires sous l’effet de la diminution des marges des entreprises, de la déqualification croissante des jeunes, on accueillera les informations du Secours catholique avec consternation mais pas avec surprise. Non seulement le nombre des personnes au chômage ne cesse d’augmenter mais beaucoup de gens qui travaillent n’ont pas de quoi boucler leurs fins de mois. Cette oppression d’une forte fraction de la population (quelque 10 %) par le manque d’argent explique une gronde sociale qui, pour avoir éclaté en Bretagne, n’en épargnera pas moins d’autres régions.

L’État impuissant.

Ce qui est encore plus alarmant, c’est que le déclassement de pans entiers de la population se développe dans un pays où la générosité sociale a atteint un niveau tel qu’elle rend l’État impuissant. En d’autres termes : les gouvernements libéraux, tel que celui de Nicolas Sarkozy, ont compensé la crise par l’emprunt pour financer les dépenses sociales ; le gouvernement de François Hollande, lui, a procédé, dès juillet 2012, à d’importants transferts sous la forme d’augmentations d’impôts qui sont allés directement aux gens les plus démunis. Mais ni la méthode libérale, destinée à « libérer » les forces de production, ni celle des socialistes, censée faire payer les « riches » pour soulager les pauvres, n’ont produit de solution durable.

On lit dans la presse des articles alarmants sur le « risque de déflation », mais la vérité est que les prix, s’ils sont stables, demeurent très élevés, surtout pour ceux qui comptent chaque euro. L’approche libérale de la crise consiste à stimuler l’activité des entreprises, dont les marges réduites interdisent la hausse des salaires, donc l’indispensable augmentation du pouvoir d’achat dont doivent bénéficier les plus pauvres. Mais l’impératif de compétitivité conduit les directions à exiger plus de travail pour le même nombre d’heures et le même salaire. Il y a certes beaucoup de sociétés qui profitent de la crise pour faire chanter leurs employés. La plupart sont néanmoins confrontées à la pression d’une concurrence qui, avec la mondialisation, est devenue parfaitement déloyale.

Un manque de solidarité.

L’approche sociale n’est pas plus efficace. Elle accroît les impôts pour les sociétés et pour les ménages, ce qui a pour premier effet, de nuire à la solidarité entre les classes. Non seulement nous vivons dans un pays où la pauvreté s’étend, mais la crainte du déclassement se traduit par le chacun pour soi, l’individualisme, l’égoïsme et une sorte d’imperméabilité à la souffrance des autres. Les transferts des riches aux pauvres réduisent la consommation parce qu’ils sont lourds pour ceux qui doivent payer, mais pas suffisants pour ceux qui en bénéficient et restent pauvres malgré les aides sociales. Les transferts contiennent leur échec dans leur principe : en temps de crise longue, ils deviennent intolérables. Cautère sur jambe de bois.

On ne réduira la pauvreté que si sont lancées de vraies réformes. Une réforme fiscale pour stabiliser les impôts et ne pas en créer un tous les jours, une réforme néanmoins capable de renforcer le filet social. Une stimulation de la production industrielle par la baisse des charges. Il ne s’agit pas d’une baisse des salaires, mais du transfert d’une partie des prélèvements sociaux du salarié au consommateur. Une réduction massive des dépenses de l’État par la simplification administrative, la baisse du nombre pléthorique des exécutifs, la diminution du déficit de l’assurance-maladie, la désindexation provisoire des retraites et l’abolition des privilèges accordés à diverses catégories professionnelles. L’argent économisé devra aller impérativement vers le désendettement et l’investissement créateur d’emplois. On peut toujours rêver.

RICHARD LISCIA

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