Voynet s’en va

« C’est violent, c’est grossier ».
(Photo AFP)

Maire de Montreuil, Dominique Voynet, EELV, a renoncé à briguer un nouveau mandat aux élections municipales de mars prochain. « J’ai voulu dire stop, halte au feu, c’est violent, insupportable, grossier », a-t-elle déclaré ce matin. Mme Voynet avait arraché la ville de Seine-Saint-Denis à un maire communiste, Jean-Pierre Brard qui, en gros, lui a répondu : bon débarras.

EN D’AUTRES TERMES, accablée par la dureté du combat politique, Dominique Voynet a eu droit, au moment de son renoncement, à une volée de bois vert supplémentaire. M. Brard qui, sans doute, n’avait pas supporté qu’une femme de gauche vienne le battre sur ses terres, dont il fut le maître absolu pendant un quart de siècle, affirme que les habitants de Montreuil avaient « pris la maire en grippe » et a mis en cause une gestion arrogante (elle ne disait pas bonjour aux employés de la voirie) et inefficace : il a dénoncé la saleté et la « bétonnisation » de la ville.

Un calcul. 

Bien entendu, les adversaires de Dominique Voynet pensent qu’elle a jeté l’éponge parce qu’elle était à peu près sûre d’être battue. Elle en conviendrait presque et attribue son échec probable à la division de la gauche à Montreuil. Ségolène Royal s’étonne de ce qu’elle ait préféré se retirer. L’ancienne candidate à la présidence rappelle que tous les combats politiques sont durs et même pénibles et qu’il faut avoir du courage, et  de l’abnégation, pour les livrer. Le choix de Mme Voynet n’en est pas moins intéressant. Elle a peut-être voulu éviter une confrontation dont elle serait sortie lessivée et vaincue. Mais elle n’a pas tort de signaler une dérive inquiétante du discours politique qui ne cesse de se charger en jugements lapidaires et violents et laisse moins la place à l’argumentation qu’à la destruction de l’adversaire.

Certes, il ne faut pas exagérer le phénomène. Les Républiques précédentes n’étaient pas dépourvues de débats hystériques dans les deux chambres, et des démocraties plus policées que la nôtre, par exemple celle du Royaume-Uni, donnent parfois de la discussion parlementaire une représentation théâtrale dont les répliques pourraient être écrites par le plus enflammé des dramaturges. Dominique Voynet  est probablement le cas particulier d’une femme politique qui oublie vite sa propre agressivité et sa méthode cynique de conquête d’un poste électif, mais, au fond, cela ne change rien. Elle ne dit pas qu’elle se situe au-dessus de la mêlée, mais que la mêlée est un abaissement de l’élu ou du candidat.

L’assassinat du personnage.

L’impuissance de tous, y compris ceux qui n’ont jamais exercé le pouvoir et en tirent hâtivement la conclusion qu’ils seraient meilleurs parce qu’ils sont neufs, explique la stridence des attaques politiques. Regardez ce qui se passe avec l’affaiblissement quotidien du pouvoir actuel. L’opposition n’en tire aucun bénéfice. Les Français ne font pas plus confiance à la droite qu’à la gauche pour diriger et gérer le pays. Quand la droite critique la TVA alors que, naguère, elle en préconisait la hausse, quand elle exige la fin de la semaine des 35 heures qu’elle n’a jamais eu le courage d’abolir, quand elle rejoint les ennemis de l’écotaxe alors qu’elle a conclu le marché des portails destinés à la recouvrer, la droite n’est pas crédible. Elle peut dire que tout va mal. Elle ne peut pas dire qu’elle ferait mieux, même si, par extraordinaire, elle en était capable. L’opposition n’est jamais composée que d’anciens gouvernants qui ont échoué et à qui il ne reste plus, comme arme, que ce que les Anglais appellent l’assassinat du personnage.

C’est pourtant au coeur de la gauche pure et dure que sont apparus ces derniers mois, sous le couvert d’un angélisme toujours agaçant, des rivalités de personnes dont le salut dépend principalement de la solidarité mais qui, en dépit d’une crise sans précédent, continuent à engager des guerres picrocholines. Elles nourrissent l’espoir que ceux qui occupent le sommet de la hiérarchie tombent de leur piédestal et qu’elles-mêmes puissent les remplacer. Il n’y a pas de vertu en politique et c’est en somme ce que Ségolène Royal, elle-même jamais à court d’un coup fourré, tout en étant victime de l’intolérance de quelques-uns de ses prétendus amis, essaie de nous faire comprendre.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Voynet s’en va

  1. A3ro dit :

    Les politiques sont impuissants car ils sont bloqués par des considérations politiques ou électoralistes et par des oppositions syndicales, bref, par le fait qu’on a promis la Lune à tout le monde et que tout le monde a fini par y croire. Peuple de France, c’est l’heure du réveil brutal et de la gueule de bois : si on veut s’en sortir, il faut virer des fonctionnaires, tailler dans les réglementations, diminuer les dépenses sociales, indemniser les chômeurs moins longtemps, mettre la retraite à 65 ans et garder les impôts à leur niveau actuel, sauf peut être pour les entreprises.

    Le premier politique qui propose ce programme là, il a mon vote et mon respect éternel.

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