Comment combattre Dieudonné

Un personnage sinistre
(Photo AFP)

Dieudonné M’Bala M’Bala, dont on sait qu’il a préféré l’apologie de l’antisémitisme à sa vocation d’amuseur public, ne fait plus rire que les imbéciles qui se précipitent encore à son spectacle. Au mois de décembre, il s’en est pris, à deux reprises, à un journaliste de France Inter, Patrick Cohen, auquel il a, peu ou prou, souhaité le sort des chambres à gaz. Il s’en est suivi la flopée habituelle de commentaires.

LES PLUS NOMBREUX ne volaient guère au secours d’un journaliste respecté et talentueux dont le seul problème, aux yeux de ces antisémites que l’on croit marginaux, est sans doute le nom qu’il porte et qu’il n’a pas changé. Ce qui est très ennuyeux avec beaucoup d’intellectuels, c’est qu’ils ne se contentent jamais de l’indignation et qu’il leur faut, en toute occasion, expliquer les haines du monde avec moult arguments historiques ou sociologiques. Il y en a même qui, loin de se demander si M. Cohen a jamais eu la moindre responsabilité dans le sort jadis réservé aux Noirs, remontent à l’esclavage pour décrire les « sentiments » ou les « réflexes » de Dieudonné. Les juifs ont-ils participé à l’esclavagisme, se demande très sérieusement un anthropologue dans « le Monde » ?

On ne peut rien faire…

Il ne répond guère à la question mais, en la posant, il apporte indirectement un argument fallacieux en faveur de Dieudonné, c’est-à-dire à l’homme qui, en France, a fait de l’antisémitisme son étendard, son combat et le sens de sa vie.  Et, bien entendu, le même esprit supérieur nous sert la rengaine d’Israël où il voit se former un régime d’apartheid, autre assertion qui mérite pour le moins une vérification mais qui, si elle avait la moindre justification, n’expliquerait toujours pas ce que Patrick Cohen vient faire dans tout ça. À l’antisémitisme brutal du saltimbanque s’ajoute donc celui, inconscient mais plus dangereux, de l’intellectuel qui, au lieu de se révolter sainement, tente de rendre logique une détestation incontrôlable construite sur l’amalgame : qu’est-ce que l’expression « les juifs » signifie sinon qu’ils auraient tous un dénominateur commun, comme s’il n’y en avait pas de toutes les convictions, de tous les âges, de tous les horizons ?

Quelques doctes éditoriaux nous ont également expliqué tout ce que l’on ne peut pas faire contre Dieudonné : on ne doit pas interdire ses spectacles, sinistres concentrés de haine qui ne réjouissent que des spectateurs à la fois immoraux et stupides ; on n’a pas besoin de créer une nouvelle loi, il suffit d’appliquer les textes en vigueur ; mais on devrait au moins exiger de Dieudonné qu’il paie les amendes relativement lourdes auxquelles il a été condamné à la faveur de huit ou neuf procès. Tiens, il ne paie pas ? Il ne se conforme pas à la loi ? Qui est-il donc pour que la police n’aille pas le chercher et ne lui fasse pas rendre gorge ? Dieudonné est pétri d’un ressentiment maladif, et il est probablement manipulé par des forces occultes qui croient servir le mouvement palestinien mais lui offrent un drapeau ignoble, un repoussoir tout juste bon à écarter les Israéliens de toute solution négociée.

C’est un délit.

Comme on nous l’a sagement expliqué, la parole antisémite n’est plus une forme d’expression, c’est un délit en France. Si Dieudonné échappe à toute répression, c’est justement parce que ceux qui sont chargés d’appliquer le droit dans notre pays ne sont sans doute pas scandalisés par des propos antisémites incessants, répétitifs, et qui attaquent tout ce qui ressemble à un juif. On se dit, ici et là, que, finalement, Dieudonné n’est rien ni personne et que ce qu’il dit n’a aucune influence.

D’abord il en a auprès de ses spectateurs et clients. Ensuite, M. Cohen mérite un peu de solidarité, laquelle, jusqu’à présent, lui a été chichement comptée. Enfin, pour ce qui me concerne, je rappellerai que j’ai pris la défense de Christiane Taubira, maltraitée par les manifs pour tous. Tout être humain mérite un minimum de respect. Et ce qui vaut pour une Noire vaut pour un juif. Pas besoin d’évoquer Israël ou l’esclavage pour le savoir. Dieudonné n’est la victime de personne en France. Il jouit même, pour le moment, d’une impunité qui n’honore pas notre démocratie. Les victimes, ce sont les innocents qu’il tente chaque jour d’enfouir dans sa propre boue.

RICHARD LISCIA

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8 Responses to Comment combattre Dieudonné

  1. phban dit :

    Voici une position simple et claire qui vous honore. Il faut cesser de tout mélanger, volontairement ou non, l’antisémitisme est une plaie de nos sociétés qui ne demande qu’à se rouvrir dès que des manipulateurs y voient un moyen de contrôler des imbéciles, des pervers ou des perturbés.

  2. PAPOUNET dit :

    Il me semble que moins on parlera de cet individu et plus il risque de disparaître dans les méandres de l’oubli. Il se passe des choses bien plus graves en France que les délires d’un humoriste en manque d’inspiration. Il ne faut pas faire comme le ministre de l’intérieur qui se focalise sur ce monsieur alors que tous les jours les citoyens sont soumis à des violences et des cambriolages !

  3. Jeanjean dit :

    Le sujet est complexe car on ne sait pas au fond ce qui motive réellement Dieudonné : conviction politique qui est le fruit de je ne sais quelles expériences personnelles ou opportunisme très discutable du comique ? Peut être les deux. La réponse est multiple mais me semble reposer sur des principes simples : oui, il faut assurément soutenir Patrick Cohen car les attaques personnelles de ce type sont inacceptables, il faut certainement distinguer ce qui relève de l’antisémitisme primaire et ne concerne que ce qui répond à l’appartenance confessionnelle, il faut enfin traiter le sionisme et la question israélo-palestinienne à part, car même si le sujet importe aux juifs de France, il est et doit être traité comme une question de politique extérieure concernant deux peuples qui s’opposent.Lorsque toutes les composantes de la société respecteront ces principes la réponse aux propos de cet agitateur sera claire et adaptée. Il est probablement le produit de ces ambiguïtés persistantes qui peuvent pousser certains a l’amalgame et qu’il faut lever impérativement.

  4. Bibi No 1 dit :

    Diablonné est grassement financé par l’Iran pour semer le trouble dans nos sociétés et jouer au petit hitlérien de service. Il est aussi auto-manipulé par son délire personnel, ses ancêtres nantais ayant largement participé au commerce triangulaire, et il veut aussi faire oublier la source même de l’esclavage intra-africaine ou arabo-musulmane, aubaine des Européens, qui aujourd’hui sont seuls à porter le chapeau, on se demande pourquoi.

  5. chrisabob dit :

    M. Dieudonné est un opportuniste qui exploite un filon (créneau comme il est dit dans les médias),depuis qu’il s’est rendu compte que son esprit artistique ou créateur(s’il en a jamais eu !) était complétement nul et tari:celui de la méchanceté et de la provocation nauséabonde.
    Une solution à appliquer:l’obliger à payer ses amendes et un respect du blackout du sinistre personnage par les médias (retour à la poubelle de la « petite » histoire en quelque sorte).

  6. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Je soutiens sans la moindre réserve la prise de position de Richard Liscia.
    Et je crois qu’il est indispensable de traiter par l’ignorance et la non-argumentation (ou contre-argumentation) les propos de M. Dieudonné.
    Tout en demandant l’application de la loi dans toute sa vigueur et toute sa rigueur contre lui.

    J’aurais aimé voir et entendre les « bonnes consciences » se mobiliser contre l’antisémitisme de cet « humoriste » (?)…

    Tout ne peut pas être dit, et la censure peut devenir nécessaire vis-à-vis de Dieudonné.

  7. SOLIN Jean dit :

    Il me semble que le cas Dieudonné n’est pas uniquement sociologique ou législatif. Dieudonné est un malade mental et plus précisément un paranoïaque. Le problème c’est qu’on ne peut ou ne sait pas traiter ces gens là. Plus grave encore, car on ne s’en rend pas compte: ils sont contagieux. C’est donc un sujet de santé publique et, au minimum il convient- comme vous le faites- de marteler la prévention. Merci.

  8. JOHNSON Raymond Messanvi Psychiatre - Psychanalyste à Lomé au TOGO dit :

    Je pense qu’un amuseur public ne peut faire rire que sur les travers de notre société. Il y a malheureusement la triste et amère mémoire de la Shoah qui est difficile à gérer et que l’antisémitisme réveille des plaies profondes. Chez nous, le « sale nègre » ne fait même plus tourner la tête à personne; car le nègre n’est pas plus sale que le clochard dans les rues de Paris. En Afrique, origine de Dieudonné, nous nous contentons de rire de choses sérieuses pour ne pas sombrer dans la dépression. Il n’y a pas lieu de combattre Dieudonné qui mérite d’être accepté comme un amuseur public même si ses propos hérissent parfois des poils.

    Réponse :
    Hérisser des poils ? Voilà une expression qui me paraît bien légère pour une affaire autrement plus sérieuse !

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