L’argent qui rentre

Bernard Cazeneuve, ministre du Budget
(Photo AFP)

Le gouvernement annonce avec satisfaction que, en six mois, 11000 Français, qui détenaient des fonds en Suisse, ont répondu à son appel à la régularisation de leur situation. Il prévoit d’engranger 1 milliard d’euros grâce à cette opération. La plupart des contribuables concernés sont des personnes qui disposaient d’un vieil héritage déposé en Suisse avant qu’ils ne le leur appartiennent.

LA PEUR  a certainement joué son rôle dès lors que les pouvoirs publics avaient assorti leur appel d’une menace de forte pénalisation pour les contribuables qui n’obtempéreraient pas. Mais le nombre de nos concitoyens possédant un capital en Suisse serait de l’ordre de 50000. Ce qui semble signifier que tout le monde n’est pas épouvanté, alors que les banques suisses elles-mêmes annoncent que, tôt ou tard, elles seront contraintes par les nouvelles règles internationales (imposées notamment par les États-Unis) de donner des listes au ministère français de l’Économie.

L’attitude juste.

Le meilleur moyen de mettre un terme à l’exil des capitaux, c’est encore d’adopter une fiscalité raisonnable. Les riches ne verraient aucun avantage dans l’exportation de leur fortune s’ils ne diminuaient pas ainsi les impôts qu’ils versent. La coercition, enfin, n’empêche pas la recherche d’autres paradis plus lointains, pour autant que l’exercice ne soit pas fastidieux ou dangereux. En dépit de ces aléas, l’attitude du gouvernement est juste. Dans le pays capitaliste par excellence, les États-Unis, la lutte contre la fraude fiscale est acharnée et donne lieu à des condamnations sévères non seulement en amendes très élevées, mais aussi parce qu’elle aboutit souvent à de longues peines de prison. La question est morale. Elle pose le problème de foyers riches qui dénoncent la pression fiscale mais n’en bénéficient pas moins des avantages sociaux. C’est pourquoi ceux qui ont un problème de conscience finissent par s’exiler physiquement : ils préfèrent adopter la législation d’un autre pays, avec ses avantages et ses inconvénients.

L’intérêt général.

Une situation clarifiée est toujours plus efficace qu’un obscur combat contre l’évasion fiscale, forcément lent et plein d’embûches. Dans la poursuite des exilés fiscaux, le gouvernement socialiste est allé un peu plus loin qu’Éric Woerth, ministre du Budget du temps de Nicolas Sarkozy, qui avait traité 3 000 dossiers. C’est sans doute le mérite de nos gouvernants actuels, mais le chemin tracé par les Américains et les Allemands, eux aussi très intransigeants, a permis à la France de progresser dans ce domaine.

Quoi qu’il en soit, on ne saurait, en une période aussi troublée, laisser faire des hommes ou des femmes dont les intérêts personnels priment sur l’intérêt général, d’autant qu’il s’agit de payer plus et non d’être ruiné. Encore une fois, une fiscalité plus souple renforcerait la lutte contre l’évasion. Et c’est pourquoi l’idée d’un impôt à 75 % sur les revenus très élevés, retenue principalement pour placarder Jean-Luc Mélenchon, fut mauvaise. Le gouvernement, qui vient d’adopter une politique de l’offre, recommandée par les canons libéraux, devrait l’étendre au patrimoine. La sévérité des mesures qu’il sera appelé à prendre en matière fiscale sera d’autant mieux comprise qu’il n’apparaîtra pas comme l’ennemi des riches.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to L’argent qui rentre

  1. PAPOUNET dit :

    On sent les élections municipales. Nos libertins qui ne sont pas capables de taxer la moindre plus-value, nous font le coup des récalcitrants financiers qui, pris de panique, viennent avouer leurs péchés et retrouver une rédemption psychologique. Décidément nos pseudos-socialistes ne doutent de rien. François Hollande serait-il la réincarnation de Guillaume Tell ?

  2. PAPOUNET dit :

    On parle beaucoup d’évasion fiscale mais on ne cause jamais du patrimoine de nos très démocrates socialistes. Je me pose toujours la question de savoir comment des gens qui n’ont jamais travaillé de leur vie ont pu s’offrir un tel patrimoine.
    Au passage faire référence au sieur Woerth, la parenthèse est comique.
    L’intérêt personnel qui prime sur l’intérêt général, j’hallucine surtout quand je pense qu’un député ayant eu un mandat de cinq ans va toucher 1500 euros mensuels à sa retraite, et je ne parle pas de toutes ses indemnités cumulées.

  3. PAPOUNET dit :

    On apprend que les caisses de l’Unedic sont vides. Il faut savoir que cet organisme est co-géré par le collège patronal et salarial ; donc, on peut déduire que nos brillants syndicalistes traînent des incompétences au niveau de la gestion.
    On se souvient que dans les années 90, la durée d’indemnisation ne dépassait pas 8 mois alors que notre pays avait encore une bonne structure industrielle. Aujourd’hui, pour avoir travaillé durant 4 mois, on est indemnisé sur 24 mois alors que le nombre de chômeurs indemnisés a dépassé allègrement les 3 millions :cherchez l’erreur.
    Heureusement que l’argent arrive par wagons chez nos amis libertins ; sinon, on aurait de quoi s’inquiéter.

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